Crise du capitalisme et alternative

Re: Crise du capitalisme et alternative

Messagede Pïérô » 03 Jan 2017, 02:16

Capitalisme et crises

Cet article correspond à la suite de l’atelier économie qui s’est tenu aux rencontres libertaires du Quercy. Nous avons (re)vu dans l’article précédent la théorisation de l’exploitation. Nous allons nous pencher maintenant sur un phénomène tellement d’actualité depuis tellement longtemps qu’on peut parfois se demander si ce n’est pas une arme idéologique du patronat, le phénomène des crises. Les débats n’avaient pas été enregistrés. Il se peut que certaines remarques aient été oubliées. Certains aspects n’avaient pas eu le temps d’être développés pendant l’atelier.

Retour dans le passé

Revenons à l’époque de Marx. Avec la révolution industrielle et l’essor du capitalisme, le 19ème siècle ouvre une période nouvelle pour l’humanité. Jusque là, on connaissait les crises de pénurie, c’est-à-dire des crises essentiellement agricoles, qui correspondaient à un phénomène simple, on ne produisait pas assez pour satisfaire aux besoins les plus élémentaires de l’ensemble de la population. D’où des famines. Vous me direz, nous connaissons encore au 21ème siècle des épisodes de famines dans certaines régions. Oui, mais ce n’est pas pareil. La différence ? Certes, une partie importante de la population est sous-alimentée, quand même 868 millions de personnes dans le monde d’après la FAO, soit un huitième de l’humanité. Mais ce n’est pas faute de production suffisante. On produit à l’échelle de la planète de quoi nourrir, loger, habiller, etc, l’ensemble de la population. Là est la nouveauté qui apparaît au 19ème siècle, là est le scandale.

Pour Marx, qui est d’une époque où on a encore la mémoire des crises de pénurie, l’existence même de l’échange marchand ouvre une nouvelle possibilité de crises. En effet, quand on produit pour satisfaire un besoin précis, on produit forcément utilement. Mais lorsque l’échange marchand commence à gouverner la production, on ne produit pas pour satisfaire ses besoins ou ceux de ses voisins, on produit une marchandise pour la vendre pour ensuite s’acheter ce dont on a besoin. On introduit alors une incertitude : vais-je vendre ? C’est ce que Marx appelle « le saut périlleux de la marchandise », ou possibilité formelle des crises. Les crises sont pour lui inhérentes au système, puisque la production n’est pas coordonnée en fonction des besoins.

Des crises consubstantielles au capitalisme

Il introduit aussi la « loi de la baisse tendancielle du profit », c’est-à-dire l’idée qu’à terme le taux de profit doit baisser, qui est un peu plus compliquée à comprendre. En gros, la plus-value, donc le profit, vient du travail vivant. Or, le capitalisme utilise de plus en plus de machines, donc la part du travail mort (les machines) (qui ne fait que transmettre sa valeur aux marchandises) augmente au détriment de celle du travail vivant (qui est le seul créateur de valeur, donc de plus-value, donc de profit). Donc, même si les profits augmentent, leur taux (le rapport à l’investissement) a tendance à diminuer. Il n’est pas très intéressant de discuter si ça se vérifie dans la réalité (je sais, on pourrait remplir une bibliothèque entière avec les controverses sur la question), ce qui est intéressant là-dedans, ce n’est pas cette loi, c’est ce qu’elle provoque. Dans le chapitre du capital qu’il lui consacre, il expédie cette loi en quelques paragraphes puis développe tout le long du chapitre que c’est l’aiguillon qui oblige le capitalisme à innover et se transformer sans cesse, et c’est ça qui l’intéresse.

Deux types de crises sont donc inhérentes au système et éclatent périodiquement. Comme on l’a vu plus haut, il peut y avoir des crises de surproduction. Il peut aussi y avoir des crises de suraccumulation : il y a trop de capital par rapport aux profit qu’il peut engendrer. Ces deux types de crises se rejoignent car il y a un excédent de capacités de production, et elles sont difficiles à distinguer. Mais là n’est pas l’essentiel. Chaque sortie de crise se traduit par une concentration accrue (donc l’élimination d’une partie des capitalistes), la destruction d’une partie du matériel obsolète. D’où le lien entre crise et guerre : la guerre permet de sortir de la crise de deux façons, d’abord en détruisant les usines donc les capacités de production excédentaires, mais aussi en offrant des débouchés à l’industrie. Il ne s’agit donc pas de guerres coloniales ou impérialistes comme le monde en est secoué en ce moment (celles-là offrent des débouchés mais ne détruisent pas assez de capital), mais de vraies guerres au cœur du système industriel (les « guerres mondiales »).
Le chômage aussi est inhérent au système, mais ce n’est pas forcément un symptôme de crise. Le capital a besoin d’une main d’oeuvre excédentaire pour peser à la baisse sur les salaires. C’est ce que Marx appelle l’armée industrielle de réserve. Ne confondons en effet pas crise et misère. Le capitalisme, ça peut parfaitement être la misère sans la crise. Il peut en effet se porter très bien quand nous nous portons très mal. Ce qu’on désigne par crise, c’est lorsque le système lui-même est en crise, et bien sûr, dans ces cas là, nous nous portons encore plus mal.

Marx pose aussi la question des débouchés pour le capital. En effet, à son époque, ce n’était pas la classe ouvrière qui risquait de consommer la production de masse. Et d’une certaine façon, ça ne l’est toujours pas. Pour qu’elle consomme beaucoup, il faut diminuer la plus-value. Une solution provisoire avait été trouvée à cette contradiction avec le fordisme et l’état providence en crise depuis le début des années 70. En effet, le fordisme reposait sur un compromis social qu’on peut résumer caricaturalement ainsi : les syndicats acceptent les conditions de travail imposées par le capital, en gros le travail à la chaîne et les accidents de travail qui vont avec, en échange d’un salaire décent et d’une déprécarisation de la classe ouvrière (protection sociale, code du travail avec CDI...). En quoi cela permettait-il de résoudre la contradiction entre débouchés et plus-value ? L’essentiel de la plus-value devient alors de la plus-value relative, c’est-à-dire qu’elle ne repose pas sur l’allongement de la durée du travail mais sur les gains de productivité qui permettent d’abaisser la valeur des marchandises qui sont nécessaires à la consommation ouvrière. Bien sûr, ce compromis n’a pas été volontairement recherché par le capital. C’était le résultat du rapport de forces au lendemain de la seconde guerre mondiale. Et la crise ne date pas du choc pétrolier. C’est ce compromis qui était entré en crise dès la fin des années 60, dès lors que les conditions de travail ont commencé à être massivement contestées (rappelez-vous les grèves massives d’OS dans la foulée de 1968, le slogan « ne pas perdre sa vie à la gagner »...). C’est parce que le système était déjà en crise que l’augmentation du prix du pétrole a eu un effet aussi dévastateur. Et c’est aussi ce compromis qui a été systématiquement démantelé par l’offensive néo-libérale depuis le début des années 80. Le patronat en est revenu à la bonne vieille recette de l’intensification du travail et de l’allongement de sa durée. Et il a cru résoudre le problème des débouchés par une explosion des crédits, qui ont en plus l’avantage d’enchaîner plus solidement encore les exploités à leurs exploiteurs. Sauf que cette solution ne pouvait être que temporaire, et on l’a vu avec la crise des subprimes dont nous subissons encore les conséquences.

Rosa Luxembourg avait repris au début du siècle dernier cette question des débouchés en expliquant que le capitalisme avait besoin d’un extérieur à dévorer sous peine de périr. Elle expliquait ainsi les conquêtes coloniales notamment. Cette idée peut être intéressante à creuser à nouveau aujourd’hui. Cet extérieur ne peut plus être géographique, le capitalisme a conquis toute la planète ou quasiment. Il a hélas presque fini de détruire ou de soumettre tous les autres systèmes sociaux ou modes de production qui pouvaient résister, les soit-disant sociétés arriérées. Mais cet extérieur peut avoir aussi un autre aspect : ça fait longtemps que nous dénonçons la marchandisation de notre société. Et effectivement, un des extérieurs que le capitalisme dévore en ce moment, c’est ce qu’il restait comme espaces non marchands y compris au sein des sociétés dites développées : loisirs, entr’aide, travail domestique, vie privée...

Un des débats aujourd’hui chez les économistes, marxistes ou non d’ailleurs, est de savoir si nous sommes en crise ou non. Ce qui pose accessoirement la question de savoir ce qu’on désigne sous le nom de crise économique. On peut poser la question en termes purement économistes : le système capitaliste est en crise quand le taux de profit baisse. Il y a en ce moment des discussions pour savoir si le taux de profit est reparti à la hausse (il n’y aurait donc plus crise du capital) ou non. Je ne me sens pas les compétences (et surtout, je ne dispose pas du temps nécessaire, je ne suis pas rentière !) pour trancher. On peut aussi poser la question de façon plus dynamique. Le capitalisme se transforme perpétuellement, il doit renouveler sans cesse ses modalités d’exploitation, en termes d’organisation du travail comme de compromis social. Ce qu’on va désigner comme crise alors, c’est lorsqu’un mode de développement capitaliste est épuisé sans qu’un nouveau aie été trouvé. Il est clair que le modèle fordiste, le modèle de l’état-providence qui a fondé les « trente glorieuses » est terminé. On peut considérer qu’il est dans ses derniers soubresauts qui ont duré donc environ 30 ans. La question est de savoir si un nouveau modèle a pris le relais. D’une certaine façon, la réponse est oui. Durant ces plus de trente années d’offensive du capital mondial et de défaites successives des exploités, en terme de rapports de classes comme en terme de rapports néo-colonialistes, une nouvelle forme/modalité capitaliste est apparue, basée sur un essor sans précédent de la finance. Les marchés financiers jouent depuis longtemps un rôle important dans le système capitaliste, mais ils en sont maintenant au cœur à un degré inconnu jusqu’ici. Surtout, la nouveauté du siècle dernier, c’est l’importance prise par le système de crédit dans la consommation de masse. Jusqu’à la fin de la première moitié du 20ème siècle globalement, on pouvait considérer que la finance et l’argent des exploités relevaient de deux univers séparés. Aujourd’hui, les exploités le sont aussi via le crédit et la quasi-obligation (obligation en France mais pas dans tous les pays) de détenir un compte en banque.
Mais cette réponse entraîne de nombreuses questions. Vivons-nous aujourd’hui une nouvelle crise, c’est-à-dire une crise de ce modèle financier ? Comment analyser le rôle actuel des marchés financiers et de la banque dans le système ? Ces questions ont été assez peu approfondies par Marx et les marxistes/marxiens révolutionnaires. A l’époque de Marx, ce système était encore très embryonnaire.

Quelques réflexions sur la finance

Reste qu’on ne peut plus se dispenser de réfléchir sur le rôle des marchés financiers si on veut comprendre ce qui se passe. La finance quelles que soient ses formes a en effet une caractéristique, elle ne crée pas de valeur : elle ne se mange pas, elle ne produit rien d’utile ou d’utilisable, elle ne devient créatrice de richesses qu’investie, immobilisée dans la production (de biens ou de services).

Et en effet, on peut se dire que les profits financiers sont prélevés sur la masse des profits, et que donc, l’importance de la finance, c’est d’abord une histoire de rapports de forces entre fractions du capital. Que les financiers prennent du gras sur les patrons du commerce et de l’industrie nous importe finalement assez peu. On ne peut cependant plus exactement raisonner comme ça : en France (qui est un cas un peu extrême), les revenus financiers représentent presque 90% des excédents des entreprises non financières. Il y a donc en fait une financiarisation de l’ensemble du capitalisme. En quoi cela nous intéresse-t-il ? Déjà, partir dans des grandes envolées sur la finance en faisant l’impasse sur le reste du système n’a aucun sens. On ne peut pas opposer une logique financière prédatrice à une logique entrepreneuriale caractéristique du système capitaliste industriel et commercial. Les deux sont maintenant inextricablement liées. C’est une des grandes limites des mouvements contre la financiarisation de l’économie, notamment ATTAC et le combat pour une taxe sur les transactions financières. On ne peut pas séparer le combat contre la finance du combat anticapitaliste, sous peine sinon de laisser le champ libre aux politiciens pour des postures antifinance démagogiques tant qu’on ne touche pas au système, voire pire, laisser le champ libre à des interprétations antisémites.

Or, la logique financière est effectivement un peu différente de la logique capitaliste traditionnelle. On peut en effet considérer les placements financiers comme une prévalidation des profits futurs, comme une préemption sur la création à venir de valeurs. On peut analyser l’essor de la finance comme une « montée en puissance des engagements de paiement anticipant sur la production à venir en proportion de richesses effectivement produites » (1) C’est donc un véritable encadrement des conditions capitalistes d’exploitation et une vraie pression supplémentaire. Et il y a une différence entre ces placements, que l’on peut qualifier de « capital fictif » et un investissement industriel ou commercial. C’est que lorsqu’on construit une usine, on investit de l’argent durablement, s’en désengager du jour au lendemain signifie une perte sèche importante. La caractéristique des investissements financiers, c’est qu’ils sont liquides, c’est-à-dire qu’on peut s’en dégager brutalement sans perte ou en limitant les pertes (ce n’est que de l’argent qui circule). Ceci change les logiques de gestion et d’accumulation. Ceci complique également le rapport de forces dans une lutte collective : les salariés ne savent pas forcément qui est leur patron, et ce patron est partiellement anonyme, caché derrière des transactions boursières, et très changeant. Lorsque ce sont les marchés financiers qui dictent les conditions d’exploitation, c’est directement contre un système que se battent en réalité les salariés.

On peut aussi remarquer qu’il s’est instauré en plusieurs décennies une véritable gouvernance mondiale par la dette. Ceci a commencé dans la années 80 dans les pays du tiers-monde avec les plans d’ajustement du FMI, c’est-à-dire l’utilisation du prétexte de la dette pour imposer une politique économique aux pays endettés. Cela continue aujourd’hui dans la zone euro, avec l’exemple éclatant de la Grèce. Mais, la particularité de la Grèce, c’est qu’elle a essayé de résister. Ces politiques économiques ont bien été imposées en Espagne, au Portugal, en Italie. Rappelons que pour la France, la loi travail correspondait à une préconisation de la Commission Européenne dans les discussions sur le déficit budgétaire français. Il existe aujourd’hui une forme de gouvernement économique mondial d’une très grande bourgeoisie transnationale qui impose ses lois par le canal du financement de la dette.

Beaucoup de questions demeurent donc sur la « crise » actuelle. Est-ce un nouveau mode de gouvernance capitaliste ou est-ce une crise du capital ? Ce modèle capitaliste financier est-il déjà en crise ou sommes-nous au début d’une longue période où ces « crises » feront partie de la normalité du système ? D’un point de vue capitaliste, comment résoudre la contradiction entre des profits qui viennent quand même in fine de la création réelle de richesses, et un capitalisme flottant qui refuse tout engagement à long terme et exige une rentabilité immédiate élevée, qui gagne aujourd’hui autant par la spéculation que par l’exploitation ? Sachant que l’argent de la spéculation est quand même pris forcément sur notre sueur, la plus-value qu’on nous extorque.

Sylvie

(1) Cédric Durand, le capital fictif, les prairies ordinaires, 2014. Le capital fictif est le nom donné par Marx aux placements financiers, fictif car ce n’est pas un investissement réel, créateur de marchandises.


http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article1917
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Re: Crise du capitalisme et alternative

Messagede bipbip » 18 Mar 2017, 19:26

Pourquoi la finance est-elle nécessaire au capitalisme ?

La dénonciation de la financiarisation de l’économie est très à la mode depuis le début de la crise de 2008. Si ça s’est un peu calmé chez les politiques ces derniers temps, elle reste largement présente en filigrane chez tous ceux se présentant comme « anti-système ». Quel système ? Ce n’est jamais clair, chacun à sa version et personne ne met le mot « capitaliste » derrière. Mais presque tous affirment leur volonté de redonner sa place à « l’économie réelle » par rapport à la finance vue comme « parasite ». Comme s’il existait deux formes de capitalisme, bien différentes et déconnectées l’une de l’autre.

En réalité, séparer ces deux formes semble beaucoup plus compliqué. Pour comprendre comment le système capitaliste fonctionne, faisons un bref panorama économique de ces 70 dernières années.

... http://www.19h17.info/2017/03/07/pourqu ... leconomie/
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Re: Crise du capitalisme et alternative

Messagede bipbip » 30 Mar 2017, 17:53

Où en sont les bulles du capital ?

« Shadow Banking », où en sont les bulles du capital ?

La crise des SubPrimes commencée à l’été 2007 à bientôt 10 ans. Une crise systémique, plusieurs tempêtes financières et 8 ans de stagnation économique plus tard, où en est le capitalisme financier mondial ?

On s’en souvient, la crise de 2007-2008 avait été déclenchée par l’explosion de la bulle des Subprimes. Des prêts hypothécaires immobiliers américains à risque, découpés et revendu à la chaine. L’augmentation des taux de crédits provoque l’impossibilité pour des millions d’Américains de rembourser leurs dettes. Ces défauts de paiement entrainent automatiquement la saisie et la mise en vente de biens, mettant des centaines de milliers de prolos à la rue.

Incapables de se rembourser, des banques et des compagnies d’assurances gigantesques font faillite. Pour empêcher une explosion totale du système, certaines comme AIG sont nationalisées par l’État américain. La crise se reporte alors sur la dette des Etats qui explosent et pousse ces derniers à faire payer leur prolétariat en multipliant les mesures d’austérité.

Bien sûr, l’explosion de cette bulle qu’étaient les Subprimes n’était que la partie émergée de la crise du capitalisme. Le développement de la financiarisation par les bulles spéculatives n’étant qu’un moyen de repousser temporairement la baisse du taux de profit. Mais ça, on l’a déjà expliqué ça en détail dans la notion : « Pourquoi la finance est nécessaire au capitalisme ? ».

D’où viendra la prochaine explosion ?

À partir de 2008, tout le monde a commencé à se demander quelle allait être la prochaine bulle à éclater. Celle qui en explosant exposerait un peu plus la crise du capital actuel.

Pendant un long moment, on a cru que les CDS allaient faire vaciller l’économie mondiale. Ces Credit défaut swap sont des sortes d’assurance de crédit impayé qui se déclenchait à partir du moment où le l’emprunteur n’était plus en capacité de rembourser. Avec la perspective de défaut de paiement de certains États comme la Grèce, le Portugal ou Chypre, le déclenchement de ces CDS faisait frémir l’ensemble des capitalistes de la planète. Surtout qu’en 2010, la quantité de CDS au niveau mondial était estimée à presque 30 000 milliards soit presque deux fois le PIB des États-Unis. Quelque 2 800 milliards concernaient des dettes d’État.

Bref, au fur et à mesure de la crise, ces CDS sont devenus tellement dangereux que les capitalistes s’en sont détournés. Les renflouements des banques par les Etats ont également souvent été faits en contrepartie de l’assainissement de ce genre de produit financier. Résultat aujourd’hui la bulle des CDS a largement dégonflé. Les investisseurs se sont tournés vers des produits moins médiatisés.

D’autres bulles menacent toujours d’exploser depuis plusieurs années. À l’instar de la dette étudiante américaine ou surtout de la gigantesque bulle immobilière chinoise.

La finance se tourne vers Batman.

Mais depuis la crise de 2007-2008, les bilans financiers des banques sont régulièrement scrutés par les États qui les ont renfloués pour vérifier la stabilité des investissements. Du coup, certains produits financiers louches (CDS, CDO, ABCP, etc.) ont été progressivement délaissés. Le problème c’est que cela ne change rien.

Depuis 2014, le capitalisme se tourne massivement vers ce que l’on appelle le « Shadow Banking » : La finance de l’ombre. Ce n’est pas la suite de The Dark Knight Rise, ni le dernier film d’horreur de David Cronenberg. C’est plutôt un moyen de créer massivement du crédit sans passer par la case banque ni le faire apparaître dans le bilan comptable. Concrètement cela regroupe aussi bien des plateformes de financement participatif que des boites de sous-traitances créées par les banques pour continuer de créer des prêts à risque. Ce qui est sûr c’est que cela représente aujourd’hui plus de 80 000 milliards de dollars (1,5 fois le PIB mondial) et presque 38% des prêts aux USA sont attribués par ce Shadow Banking[1]. Cela dépasse même les banques classiques qui ne représentent plus que 32% des crédits accordés au pays de l’Oncle Sam.

Ce Shadow Banking est donc devenu indispensable au fonctionnement de l’économie états-unienne. Il est devenu le seul moyen de prêter à la chaine à des personnes ou des entreprises sans être trop regardant sur les garanties de remboursement. En clair, la bulle des Subprimes qui a explosé en 2007 est complètement regonflée.

Mais le capitalisme est mondial et le même phénomène se passe en Chine depuis de nombreuses années. La plupart des prêts ne passent pas par les banques ou alors sont considérés comme des investissements et non des crédits. De plus, pour contourner le crédit très règlement, le prêt entre personnes et entre entreprises est très développé[2]. On se retrouve alors avec des chaines de crédits entre particuliers. Impossible de savoir réellement les sommes échangés, mais quelques impossibilités de payer les créances pourraient facilement entraîner des défauts de paiements en cascades.

Qu’en retirer ?

Alors ça ne veut pas dire forcément que ces bulles spéculatives vont exploser dans les mois qui viennent. C’est possible, mais personne n’en sait rien et il est très difficile d’anticiper les facteurs conduisant à ce genre de rupture. Ce qui est sûr par contre c’est que la situation économique n’est pas très différence de la veille du krach de 2007. Elle est même pire, car les sommes en jeux sont devenues beaucoup plus importantes.

Mais ça nous prouve aussi que l’ensemble des discours de moralisation et régulation de la finance sont totalement hypocrite. Les politiques mises en place ne peuvent être qu’inefficaces, car cette finance est indispensable à l’économie capitaliste. Aujourd’hui c’est ce Shadow Banking qui permet de faire fonctionner les PME aux USA comme en Chine.

En tout cas et 10 ans plus tard, on est loin d’être « sortis » de la crise comme peut parfois le présenter certains médias. En témoigne d’ailleurs la Deutsch Bank ou la Monte Paschi di Sienna, plus vieille banque du monde, qui est actuellement à deux doigts de la faillite.

Pour plus d’info pour comprendre le fonctionnement du capitalisme actuel, on vous encourage vivement à écouter le podcast de l’émission Sortir du capitalisme avec en invité Léon de Mattis http://sortirducapitalisme.fr/200-l-arg ... n-histoire.


http://www.19h17.info/2017/03/14/shadow ... e-capital/
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Re: Crise du capitalisme et alternative

Messagede bipbip » 03 Mai 2018, 18:56

Le capitalisme : une introduction

Petite introduction au capitalisme et son mode de fonctionnement par libcom.org.

A la base, le capitalisme est un système économique fondé sur trois éléments : le travail salarié (le fait de travailler pour un salaire), la propriété privée ou le contrôle sur les moyens de production (c'est-à-dire les usines, machines, fermes et bureaux), et la production dans l'objectif de vente et de profit.

Tandis que certaines personnes possèdent des moyens de production, ou du capital, la plupart d'entre nous ne possède rien. Pour survivre, nous devons donc vendre notre force de travail en échange d'un salaire, ou alors nous vivotons à l'aide d'allocations sociales. Le premier groupe de personnes constitue la classe capitaliste ou la “bourgeoisie” pour utiliser le jargon marxiste, et le deuxième groupe représente la classe ouvrière ou le “prolétariat”. Vous pouvez consulter notre introduction aux classes sociales (en anglais) pour avoir plus d'informations sur les classes.

Le capitalisme se fonde sur un processus simple – de l'argent est investi afin de générer encore plus d'argent. Quand l'argent est utilisé avec cette finalité, il fonctionne en tant que capital. Par exemple, quand une entreprise utilise les profits pour employer plus de personnel ou afin d'ouvrir de nouvelles filiales, dans l’objectif de générer un bénéfice, l'argent fonctionne comme du capital. Lorsque le capital s’accroît (on pourrait dire aussi, lorsque l'économie est en croissance), on appelle ça 'accumulation de capital', c'est le moteur de l'économie.

Le capital s'accumule d'autant mieux quand il peut se soulager de coûts en les transférant sur les autres. Lorsque des entreprises peuvent réduire des coûts, en ne tenant pas compte de la protection de l'environnement, ou en payant des salaires de misère, elles le font. Donc le changement climatique catastrophique et la pauvreté massive ne sont que l’expression du fonctionnement normal du système. Par ailleurs, pour faire plus d'argent avec de l'argent, de plus en plus de choses doivent être échangeables pour de l'argent. Ainsi, la tendance est de transformer tout, depuis les objets quotidiens en passant par des séquences ADN jusqu'aux émissions de dioxyde de carbone – et, de manière cruciale, notre force de travail– en marchandises.

Ce dernier point – la marchandisation de nos capacités créatives et productives, notre force de travail – détient le secret pour comprendre l'accumulation du capital. L'argent ne devient pas plus d'argent en un coup de baguette magique, mais par le travail que nous fournissons chaque jour.

Dans un monde où tout est à vendre, nous devons tou-te-s vendre quelque chose afin de pouvoir acheter les biens dont nous avons besoin. Ceux-celles d'entre nous qui n'ont rien d'autre à vendre que leur force de travail doivent vendre cette force à ceux-celles qui détiennent les usines, les bureaux, etc. Mais les choses que nous produisons au travail ne nous appartiennent bien évidemment pas, elles appartiennent à nos patron-ne-s.

De plus, à cause de l’augmentation du temps de travail, d'améliorations de la productivité etc, nous produisons beaucoup plus que ce qu'il faudrait pour que nous puissions fonctionner comme travailleur-se-s. Le salaire que nous recevons permet à peine de couvrir les dépenses pour les produits nécessaires pour nous maintenir en vie et en mesure de travailler chaque jour (ce qui explique pourquoi, à la fin du mois, notre solde bancaire est assez proche de celui du mois précédent). Le capital s'accumule (ou du profit est généré) grâce à cette différence entre le salaire que nous recevons et la valeur que nous créons.

Cette différence entre le salaire que nous touchons et la valeur que nous créons est la “valeur ajoutée”. L'extraction de la valeur ajoutée, ou plus-value, par l'employeur-se est la raison pour laquelle nous considérons le capitalisme comme un système qui est fondé sur l'exploitation – l'exploitation de la classe ouvrière.

Ce processus est sensiblement le même pour tout travail salarié, pas seulement celui qui se déroule dans les entreprises privées. Les travailleurs du secteur public sont eux-elles aussi constamment confrontés à des attaques sur leur salaire et sur leurs conditions de travail afin de réduire les coûts et de maximiser les profits pour l'ensemble de l'économie.

L'économie capitaliste repose également sur le travail non-rémunéré des femmes travailleuses.

La concurrence

Pour accumuler du capital, notre patron-ne doit entrer en concurrence sur le marché avec d'autres patron-ne-s d'autres entreprises. Ils-elles ne peuvent pas se permettre d’ignorer les forces du marché, ou alors ils-elles risquent de perdre des parts de marché au profit de leurs concurrent-e-s, de perdre de l'argent, de faire faillite, d'être racheté-e, et, en fin de compte, de ne plus être notre patron-ne. Pour cette raison même les patron-ne-s ne contrôlent pas vraiment le capitalisme, le capital en soi. C'est pour cette raison que nous pouvons parler du capital comme s'il s'agissait d'un acteur économique en soi ayant ses propres intérêts. Parler de 'capital' est donc souvent plus judicieux que de parler du patronat ou des patron-ne-s.

Autant les patron-ne-s que les travailleur-se-s sont aliéné-e-s (étranger-ère-s) à ce processus, mais de manière différente. Tandis que depuis la perspective ouvrière, nous vivons notre aliénation comme un contrôle que les patron-ne-s exercent sur nous, les patron-ne-s la vivent à travers les forces impersonnelles du marché et la concurrence entre eux-elles.

Les patron-ne-s et les politiques se sentent donc impuissant-e-s face aux 'forces du marché', chacun-e étant sous la pression d'agir de manière à ce que le capital puisse fructifier (d’ailleurs, ils-elles se débrouillent plutôt bien pour y arriver !): Ils-elles ne peuvent pas agir dans notre intérêt car toute concession à notre égard aidera en quelque sorte leurs concurrents nationaux ou internationaux.

Donc, par exemple, si un fabricant développe une nouvelle technologie pour produire des voitures qui lui permet de doubler sa productivité, il peut licencier la moitié de ses travailleur-se-s, augmenter ses profits et réduire les prix de ses voitures afin de vendre moins cher que ses concurrents.

Si une autre entreprise veut être gentille avec ses employé-e-s et essaye de ne pas virer des gens, elle sera au bout d'un moment éjectée du marché ou rachetée par un concurrent moins sympa – à ce moment là, l'entreprise devra quand même introduire cette nouvelle technologie et procéder aux licenciements afin de rester compétitive.

Évidemment, si les entreprises étaient tout à fait libres d'agir comme bon leur semble, les monopoles se développeraient et étoufferaient la compétition, ce qui conduirait au blocage du système. L'État intervient alors pour préserver l'intérêt à long terme du capital dans son ensemble.

L'État

La fonction première de l'État dans une société capitaliste est de maintenir le système capitaliste et de faciliter l'accumulation du capital.

A cet effet, l'État s'appuie sur des lois répressives et la violence contre la classe ouvrière lorsque nous essayons de protéger nos intérêts contre le capital. Par exemple, en adoptant des lois anti-grève, ou en envoyant la police ou des soldats pour briser une grève ou une manifestation.

De nos jours, le modèle 'idéal' d'un État capitaliste est la démocratie libérale. Cependant, à d'autres époques, des systèmes politiques différents ont vu le jour afin de permettre l’accumulation du capital. Le capitalisme d’État en URSS, le fascisme en Italie et en Allemagne sont deux modèles qui étaient nécessaires pour permettre aux autorités de cette époque de s'approprier ou de briser des mouvements importants de la classe ouvrière, car ces mouvements représentaient une menace potentielle pour l'existence du capitalisme.

Lorsque des abus de patrons poussent les travailleur-se-s à protester, l'État intervient parfois par d’autres manières que la répression pour assurer que le monde des affaires puisse poursuivre son activité sans perturbation. Il développe par exemple des législations nationales et internationales de protection de l'environnement et des travailleur-se-s. Généralement, l'étendue et l'application de ces lois fluctue en fonction de l'époque et du pays, selon le rapport de force entre employeur-se-s et employé-e-s. En France, par exemple, où les travailleur-se-s sont mieux organisé-e-s et plus combatif-ve-s, la semaine de travail est limitée à 35 heures. Au Royaume Uni, où les travailleur-se-s sont moins combatif-ve-s le nombre d'heures maximal est de 48, et aux États-Unis, où les travailleur-se-s sont encore plus réticent-e-s à faire grève, il n'y a pas de limitation du temps de travail du tout.

L’histoire

Le capitalisme est souvent présenté comme un système 'naturel', qui s’est formé telles les montagnes et les masses terrestres par des forces bien au-delà du contrôle humain. Or, le capitalisme n'a pas été construit par des 'forces naturelles' mais par l'emploi de violence massive et intense à travers le monde. D'abord, dans les pays 'développés', des barrières insurmontables ont amené des paysan-ne-s auto-suffisant-e-s à quitter leurs terres collectives et à rejoindre les villes pour travailler dans les usines. Toute résistance était brisée. Les personnes qui s'opposaient au travail salarié étaient sujettes à des lois visant les 'vagabonds', subissaient l'emprisonnement, la torture, la déportation ou étaient menacés d'exécution. En Angleterre, rien que sous le règne d'Henri-VIII, 72 000 personnes ont été exécutées pour vagabondage.

Plus tard, le capitalisme s'est imposé dans le monde entier à coups d'invasions et de conquêtes menées par les puissances impérialistes occidentales. Des civilisations entières ont été détruites brutalement, des communautés chassées de leurs terres n’ayant d'autre choix que d’accepter le travail salarié. Les quelques pays qui ont échappé à la conquête, comme le Japon par exemple, sont ceux qui ont adopté le capitalisme de leur propre gré afin de pouvoir rivaliser avec les autres puissances impériales. Partout où le capitalisme s'est développé, des paysans et des travailleuses et travailleurs ont résisté, mais ont finalement été vaincu-e-s par la terreur et la violence massives.

Le capitalisme n'a pas émergé suite à l'action de lois naturelles qui seraient propres à la nature humaine : il a été imposé avec la violence organisée par les élites. Le concept de propriété privée de la terre et des moyens de production semble aujourd'hui comme un état naturel des choses, mais nous devrions toujours nous rappeler qu'il s'agit d'un concept forgé par les humains et imposé par la conquête. De la même manière, l'existence d’une classe de personnes qui n'ont rien d'autre à vendre que leur force de travail ne va pas de soi – avant d’en arriver là, des terres collectives partagées par tout le monde ont été saisies de force, et les exproprié-e-s ont été contraint-e-s de travailler pour un salaire, sous la menace de mourir de faim, voire d'être exécuté-e-s.

Avec le développement du capital, celui-ci a créé une classe ouvrière globale qui regroupe la plus grande partie de la population mondiale, qu'il exploite mais dont il dépend aussi. Comme l'écrit Karl Marx: “La bourgeoisie produit avant tout ses propres fossoyeur-se-s.”

L'avenir

Le capitalisme, en tant que système économique dominant la planète existe seulement depuis un peu plus de 200 ans. En comparaison avec le demi million d'années de l'existence humaine, cela ne représente pas grand chose. Il serait donc naïf de croire que ce système existera pour toujours.
Il repose entièrement sur nous, la classe ouvrière, et notre travail qu'il doit exploiter, donc il ne survivra que tant que nous le tolérons. »


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