Droit des femmes en Algérie, le retour sur une lutte acharnée By admin On 21 sept, 2012 At 11:41

Par Belhacene AtiqaA l’exception, peut-être, de la crise des droits sociaux et de l’oppression des droits et des libertés individuels et collectifs, le maintien du statut discriminatoire et inégalitaire envers les femmes est à l’heure d’aujourd’hui l’une des plus grandes violations de la déclaration universelle , ainsi que les déclarations et les conventions au niveau régional et international, relatives aux droits humains et ratifiées par l’Algérie. Si la constitution algérienne, texte de loi fondamental, garantit le principe de l’égalité des droits devant la loi « sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe, d’opinion ou de toute autre condition ou circonstance personnelle ou sociale» à tous les citoyens algériens et se promulgue constitution d’un état démocratique, il en a été et en est toujours, autre chose pour l’application de ce texte de loi en ce qui concerne les droits des femmes en Algérie. Cinquante ans après, il n’ya guère lieu de fournir un bilan de la lutte féministe en Algérie car toute tentative de le faire serait une réduction de la pluralité de la vision que porte le mouvement sur lui-même et une globalisation de ce qui a attrait à la particularité dans ce même mouvement .
L’heure ne peut , cependant , pas passer sans une remise en question , sans une profonde reconsidération des enjeux de la problématique du maintien sous le statut de sous-citoyen de la moitié de la société algérienne et de l’impact sur la justice sociale attendue et requise d’un état algérien indépendant et qui se veut démocratique.
Que s’est-il passé pour les femmes durant les cinquante dernières années ? Quelles luttes ont-elles menées ? Où en sommes-nous aujourd’hui et que reste-il à faire ? Tant de questions qui se posent d’elles mêmes en ce cinquantenaire de l’indépendance nationale.
En veilleuse des priorités nationales Placée dans l’engrenage des enjeux politiques algériens, la question des droits des femmes et de l’égalité juridique des sexes, n’a jamais pu se positionner en tant que question de priorité nationale. La vision féministe sur le droit au développement et à la dignité humaine pour ce qui constitue la moitié de la société algérienne n’a pas eu le soutien politique requis et a été traitée en tant que question secondaire, à régler après les processus de changements dans lesquels se positionnaient l’Algérie. Ce fut d’abord la guerre de libération et la lutte pour l’unité nationale et ou les femmes, présentes dans toutes les étapes, manquaient de visibilité. Elles ont consacré leurs efforts à la cause nationale et non à la lutte pour le statut de citoyenne. Il n’y avait dés lors pas lieu de parler de lutte féministe au sens littéral du terme. Conscient de leur rôle prépondérant dans le basculement de la situation en Algérie dans un coté ou dans l’autre, le colonisateur français tente de les attirer. Le droit de vote leur est accordé en 1958 dans le cadre des politiques de l’émancipation de la femme.
L’indépendance nationale était sensée insuffler aux femmes la justice à laquelle elles aspiraient mais ce ne fut pas le cas. L’UNFA (union nationale des femmes algériennes) aspirant à l’installation du statut de citoyenneté entière et pleine pour les femmes, se retrouve aussitôt au pied du mur devant les restrictions du FLN. L’ordre est à l’édification sociale et économique du pays et la question des droits des femmes est léguée aux tiroirs.
L’ouverture démocratique et le pluralisme en 1989 sonne une nouvelle aire. Les femmes s’organisent en associations et le mouvement féministe algérien prend forme. Les initiatives se multiplient et la question féminine est posée de façon sérieuse dans les débats publics et officiels.
A Oran, L’Afepec (association féminine -devenue féministe- pour l’épanouissement de la personne et l’exercice de la citoyenneté) voit le jour, « Les cris des filles de Fatma Nsoumer » est fondée à Tizi-Ouzou. 1990, L’Algérie sombre dans le fanatisme religieux. La priorité nationale est à la lutte contre le terrorisme. Le mouvement féministe résiste mais s’oublie un peu. Il est question surtout de prendre en charge les femmes victimes des violences.
Le terrorisme n’est plus mais encore une fois les revendications des femmes sont marginalisées. L’heure nationale était à la réconciliation et à la refondation de l’unité. Le mouvement féministe se retrouve à lutter, alors, pour la reconnaissance des préjudices subis par les femmes durant la décennie noire. L’Algérie y est encore, en plein dans la reconstruction.
Il faudrait souligner, enfin, que le mouvement féministe algérien a connu, dans son ensemble, deux grandes tendances de réflexion aux avis mitigés. Ceux qui voudraient enraciner la lutte pour les droits des femmes dans les défis auxquels fait face l’Algérie car une fois ceux-ci relevés, ils bousculeraient la situation pour les femmes, un processus du haut vers le bas, la démocratie pour avoir l’égalité, et de l’autre coté, ceux qui sont dans la logique contraire, à savoir de continuer à se positionner dans la revendication de l’égalité comme une question prioritaire, l’égalité pour atteindre la démocratie.
Le code de la famille, tout un combat Inspiré de la Charia musulmane ( Medheb Malakite) , L’amendement du code de la famille a été, tout au long des cinquante dernières années, la lutte majeure des organisations de femmes en Algérie et s’est aussi inscrit dans la lutte pour un état civil. Les discours officiels depuis 1966 menaçaient déjà de l’adoption d’un code réprimant envers les femmes. L’avant projet de loi de 1973 fut décrié par les spécialistes comme étant discriminatoire. Ils objectaient, entre autre, les mesures du mariage d’une algérienne à un étranger, le maintien de la polygamie et les conditions de divorces discriminatoires et préjudiciables pour les femmes.
Le projet de loi de 1979 et dont le traitement se poursuit jusqu’en 1981 provoque la colère des femmes. Elles n’ont pas accès au projet qui est retenu sous silence et des manifestations sont organisées. Le mouvement féministe fait tourner une pétition pour demander un code égalitaire et pour annuler les mesures discriminatoires sur le divorce, la polygamie et le mariage retenues dans le code de 1973.
Le 9 Juin 1984 annonce le coup de massue pour le mouvement social démocrate qui commençait à s’organiser. Le nouveau code de la famille est pire que le précédent. Le père y est le chef de la famille et la femme lui doit obéissance. La polygamie ainsi que les conditions du divorce et du mariage, la tutelle, les droits sur la garde sont maintenus. Jamais, jusqu’à l’heure d’aujourd’hui, les femmes n’ont connu un texte de loi qui creuse autant les écarts entre les hommes et les femmes.
Le mouvement féministe s’organise pour lutter contre ce code. Le mouvement estudiantin s’active et les premières associations voient le jour dés 1989 mais il fallait attendre jusqu’en 1998 pour que le mouvement féministe propose le projet des 22 amendements du code de la famille par la constitution du collectif
« 20 ans Barakat ».Il fallait encore attendre jusqu’en 2005 pour que le code de la famille soit amandé. Des modifications y sont apportées tels que la garantie de l’affiliation de la nationalité par la mère, la réduction du rôle du tuteur et l’encadrement de la polygamie par l’accord des deux épouses. Ces mesures sont saluées mais sans enthousiasme, le statut discriminatoire envers les femmes résiste encore.
Décennie noire … Rouge La violence a commencé bien avant ce qu’on appelle aujourd’hui la décennie noire. Les agressions verbales et même physiques dont le jet de l’acide ont commencé dés 1980 .En ce temps-ci déjà, les étudiantes se faisaient agresser. Les féministes ont vécu à coup de lettres de menace quotidiennes. certaines à l’instar de Nabila Djahnine, ont été assassinées , d’autres ont été contraintes à l’exil. Les femmes étaient la cible première de l’intégrisme islamiste. Son idéologie avait pour but de détruire ce que leur combat a mis tout une vie à bâtir, une dignité pour l’humain qu’elles étaient .Il n’y avait pas que les assassinats à tous bout de route, les femmes ont été forcées à se voiler, il en convenait de leur propre survie. Elles ont été violées et prises comme butin de guerre. Certaines ont été victime de
« Zawaj El Moutea » et sont tombées enceintes. La plupart n’avaient même pas accès à l’avortement.
Cette situation de massacre renvoie à la situation des femmes après la réconciliation nationale. Le rapport Algérie, La
« mal-vie » sur la situation des droits économiques, sociaux et culturels en Algérie, fait en 2010 par La FIDH (fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, LADDH (ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme et le CFDA (collectif des familles des disparu(e)s en Algérie) rapporte :
« L’Etat ne reconnaît pas aux femmes violées par les terroristes le statut de victimes. L’absence de reconnaissance du statut de victimes, pour ces femmes, ne leur permet donc pas d’obtenir des aides suite au préjudice subi ni même de pouvoir bénéficier d’un processus de réhabilitation pourtant nécessaire suite aux violences qui ont été perpétrées à leur encontre ». Il n’ya pas de chiffres officiels sur la question mais selon le même rapport, il y’aurait entre 3000 à 8000 victimes des violences durant le terrorisme dans l’attente d’une reconnaissance de leurs droits.
Progrès social mais pas d’égalité S’il y’a un domaine ou la situation des femmes algériennes a, relativement, connue une avancée, ce serait celui des droits sociaux. Les niveaux des taux de mortalité maternelle décroissants traduisent une meilleure considération de la santé de la femme et aussi une meilleure prise en charge de la maternité. La parité est atteinte et même dépassée dans l’enseignement supérieur avec un taux supérieur à 60% pour les inscriptions féminines en 2010.
Le retard est retrouvé dans l’activité économique. Sur un taux d’activité de 41,7%, en 2010, les femmes représentaient 14,2%. Le chiffre équivaut est de 25,9% pour le Maroc et de 24,8 pour la Tunisie. Le taux de chômage des diplômées universitaires est de 33% par opposition à 10,4% pour leurs équivaut masculins. La loi sur le logement et la liberté de l’entreprise est égalitaire et des mesures de discrimination positive sont favorisées par l’état pour une meilleure participation des femmes à la vie économique. Les femmes gagnent, cependant, moins que les hommes mais cela est observé même dans les parties du monde les plus développées.
Violences de genre, point d’interrogation ?Il existe actuellement en Algérie une politique nationale et un programme étatique pour lutter contre les violences faites aux femmes. Ce n’est plus une question de volonté politique mais plutôt celui de l’insuffisance des mécanismes. L’Algérie ne dispose que de trois centres d’accueil des femmes violentées mais là encore, ils ne sont pas spécialisés. Des centres d’écoute associatifs sont mis en place mais ils ne reçoivent pas d’aides de l’Etat. Le problème, le vrai se situe actuellement au niveau de la loi. La violence de genre n’est pas reconnue comme un délit distinct et le mouvement féministe algérien attend une loi cadre dans ce sens.
« BALSAM, Réseau National des Centres d’Ecoute des Femmes Victimes de Violences », a été mis en place par des associations et des groupes militants, entre autre, Sos femmes en détresse d’Alger, Assala de Djelfa, Commission des femmes de l’UGTA, et Sos Nour d’Annaba.
L’avenir… La voix politique a été ouverte aux femmes lors des élections législatives de 2012 par l’adoption d’un système de quota visant à favoriser la participation des femmes à la vie politique. Cette nouvelle loi rentre dans les engagements de l’Algérie à prendre des mesures de discrimination positive progressives pour l’atteinte de l’égalité. Certes, cette loi aurait pu être adoptée bien avant mais elle n’en demeure pas moins salutaire.
Elle est révolutionnaire en ce qu’elle met aujourd’hui les partis politique devant leurs responsabilités à prendre en compte le rôle des femmes et leur apport à la vie politique de leur pays. C’est peut-être même la seule loi qui soit avant-gardiste par rapport à la société et en faveur des femmes.
Des obstacles ont été gravis et des acquis sont là, mais les chemins vers une véritable démocratie demeurent périlleux. Beaucoup de choses restent à faire pour que les femmes algériennes connaissent le véritable sens de la dignité et beaucoup de questions délicates restent à soulever : Les droits sexuels et reproductifs, l’égalité dans l’héritage et le témoignage devant la justice. Une paire de manche tout aussi vitale qu’est la lutte pour la levée des réserves sur la CEDAW (Convention pour l’élimination de toute forme de discrimination envers les femmes).Il en revient de la lutte pour la démocratie de reconsidérer les véritables enjeux de la question égalitaire et de la placer, enfin, au centre des processus pour le changement. Alors que l’Algérie fête ses cinquante ans d’indépendance, il en revient de la responsabilité de chacun de réfléchir sérieusement à la question.
Belhacene Atiqa