. QUE FAIT LA POLICE ? – Bulletin d’information anti-autoritaire – Nouvelle série – numéro 51 – juin-juillet 2011Editorial : C’était il y a soixante-dix ans
Dans notre France des droits de l’homme, on apprécie les dates anniversaires, mais certaines d’entre elles sont curieusement négligées. Alors, n’oublions pas que les 14 mai, 20 et 21 août 1941, il y a soixante-dix ans, la police parisienne procédait à l’arrestation de près de dix mille Juifs dans la capitale. Sans trop d’état d’âme il est vrai. Dès le 20 août de cette même année, policiers et gendarmes français veillaient également au bon fonctionnement du camp de Drancy où leurs proies récentes venaient d’être enfermées.
Il fallait bien protéger l’ordre nouveau.
C’était en un temps où l’Allemagne nazie triomphante occupait presque toute l’Europe continentale, a l’exception de l’Italie et de l’Espagne où des régimes fascistes étaient en place. Nos policiers arboraient fièrement la francisque de Pétain sur leur vareuse, et ne se posaient guère de questions sur le bien fondé de leur activité répressive, tout comme ils ne s’inquiétaient pas du devenir de leurs victimes. Au mieux, les défenseurs de 1′ordre public se contentaient d’obéir aux ordres scélérats. Au pire ils participaient tranqui1lement a une action d’épuration ethnique couverte par le pouvoir de Vichy, et le Commissariat aux questions juives. Il suffisait d’exécuter la consigne puisque c’était dans l’air du temps. La France avait perdu la guerre, et il fallait bien payer les pots cassés en marginalisant ceux qui étaient présentés comme les responsables de la défaite. Cela ne pouvait qu’aller de soi car les étrangers ont toujours été source de désordre. Nos policiers de cette époque en étaient bien convaincus.
Parmi les interrogations légitimes sur la capacité de nos policiers à réprimer sans vergogne, il y a cette quasi certitude qu’ils ont oublié les dérives de leurs anciens. Au-delà même de leur comportement criminel du 17 octobre 196l, avec des Algériens pour victimes, qui pourrait affirmer que nos policiers de 2011 refuseraient des opérations comparables à celles confiées par la Gestapo, de l’été 1940 à l’été 1944 ? Ceux qui, à cette époque noire de notre histoire se sont rendus coupables d’authentiques crimes contre l’humanité n’ont jamais été jugés globalement pour leur zèle à obéir aux ordres les ignominieux.
Bien évidemment, il ne peut être question de se livrer à quelque amalgame que ce soit car 2011 n’est pas 1942. Il faut pourtant bien constater que nos actuels policiers ou gendarmes ne rechignent jamais à arrêter des familles sans papiers, lesquelles se retrouvent dans l’un de ces centres de rétention administrative, anti chambre d’une expulsion rapide. A notre connaissance, il n’y a pas de démissions au sein des forces de l’ordre pour réprouver cette pratique. Par ailleurs les syndicats de policiers (y compris ceux qui se prétendent de gauche) n’ont jamais réagi contre les missions confiées à leurs adhérents. Il convient quand même de rappeler que, si nous étions sous la botte nazie, en 1941, nous sommes censés vivre en démocratie, en 2011. Par ailleurs il n’en reste pas moins que nos policiers de 2011 ne sont plus les rustres de 1941, tout justes titulaires du certificat d’études, alors que la plupart de nos gardiens actuels de l’ordre public sont bacheliers – ce qui ne les empêche nullement de ce comporter avec une certaine inhumanité. Alors, s’il n’est pas possible de comparer 1941 et 2011, comment ne pas s’interroger sur cette disposition répressive d’hommes (et de femmes) qui ne rechignent jamais à réprimer, n’hésitant jamais à ajouter la punition à la sanction -avec le regard mauvais qui s’impose.
Maurice Rajsfus
Lire la suite : http://quefaitlapolice.samizdat.net/?p=335
