Voilà, j'ai quelques interrogations/idées/ressentis ces derniers temps que j'ai envie de partager et d'enrichir d'autres points de vue. Ma dernière réflexion porte sur le comportement global (difficile de faire des généralités sur les anarchistes) des anars/antifas vis à vis de l'extrême droite aujourd'hui.
J'ai commencé à m'énerver en découvrant stupidement (j'avais la candeur de croire que c'était des méthodes d'il y a 30 ans ou au moins que ça s'était calmé) le nombre hallucinant d'agressions fascistes et racistes qu'il y a à Lyon, que ce soit envers des proprios de café chicha, des types un peu trop bronzés à leur goût ou des militants cénétistes et antifascistes. Les fascistes sont de plus en plus décomplexés mais surtout de plus en plus actifs via les récentes modes identitaires (merci le débat sur l'identité nationale, ça a sûrement dû arranger les choses...), pseudo mouvements pro-ouvriers (blancs), la mode conspi, etc...
Déjà, le bilan est amer, l'extrême revient en force mais semble plus politiquement correcte pour certains, notamment avec la super pub pour Marine Lepen et le FN dé-diabolisé.
Soudain je tombe sur un fait-divers (sur rebellyon je crois), une militante antifa se fait attendre chez elle par trois fafs. Ils la tabassent, l'interrogent mais elle ne dit rien. A cause de ça elle se fait violer par les trois types. A ce moment précis je dois avouer que j'ai déjà une grosse envie de taper du nazi. On lis ensuite que la fille porte pas plainte parce qu'elle est anar et qu'elle ira pas chialer dans les jupes de l'État. Ça se comprend et je vois mal les flics dépenser leur précieux temps à aller chercher "qui qu'à violé la gauchiste" surtout s'ils ont une chance d'être dans un groupe facebook commun du genre "le porc ça rend fort" ou autre connerie.
Je lis la suite puis... rien. Merde alors ! Une camarade se fait tabasser puis violer par trois connards rasés, ses copains disent qu'ils ont la haine puis rien ? Bon, j'ai doublement les nerfs mais je prend sur moi, je ferme ma gueule et je passe à la suite. La suite c'est une émission de radio de france culture qui parle justement de la montée de l'extrême droite à Lyon et des actions racistes, agressions anti-antifa... Un type qui se présente comme un militant cénétiste raconte s'être fait agresser avec des potes alors qu'ils rentraient d'une soirée. Une bande de fafs leur est tombée dessus (par derrière précise-t-il) sans prévenir avec pas mal de bobos et d'ITT à la clef. On entend aussi le témoignage d'un type qui s'est fait coincer en bagnole par des fafs qui se sont dépêchés d'appeler leurs copains pour leur dire qu'ils avaient "attrapé du gaucho". Cette fois c'est en plein jour.
Bon, d'accord, pour l'extrême droite il est évident que la guerre reprend. Suite de l'émission de france culture, le militant cénétiste nous dit que désormais il évite, comme beaucoup de militants anars ou antifa, de se balader à Saint Jean, une quartier du vieux Lyon qui est désormais un territoire conquis par les fafs. A ce moment précis je dois avouer que je pète réellement un câble ! Les fachos foutent sur la gueule, intimident, agressent et ça marche ! Ils "gagnent du terrain" face à... personne en fait car c'est une guerre à sens unique. Soit un seul côté est conscient d'être en guerre, soit un seul bouge, l'autre se laisse faire.
C'est là que je me pose la question de l'offensive (ou auto-défense, appelez ça comme vous voulez). Pourquoi est-ce qu'on continue à se laisser martyriser comme ça ? En lisant quelques articles et quelques communiqués en réponse aux agressions (maigres réponses...) j'ai quelques éléments de réponse: "se foutre sur la gueule ça fait viriliste", "entrer dans la violence c'est entrer dans le jeu de l'extrême-droite", "la violence ne résout rien".
Là c'est le sommet de la connerie sauf que ça sort de la bouche de types qui sont sensés être du même bord politique que moi, et ça fait mal, très mal.
Comment peut-on refuser de répondre aux coups en brandissant une bannière aussi fédératrice que celle de l'antifascisme ? Comment peut-on encourager les fascistes à continuer en ne répondant pas ? A-t-on déjà vu un faf s'arrêter de taper parce qu'on était pacifistes ? Je ne pense pas. Et le fait de réserver la violence aux fascistes et aux "virilistes" je trouve ça con. J'aurais bien aimé voir la colonne de fer repousser les franquistes à coup de manifs tiens !
Si les fafs chient pas dans leurs frocs qu'est-ce qui va les empêcher de continuer de passer à tabac, de vandaliser et d'humilier ? La police ? Les manifs ? Est-ce qu'on va accepter de ne plus se balader dans tel ou tel quartier par peur de se faire tabasser ? L'extrême-droite agit en toute impunité et les seuls à vraiment condamner leurs agissements se terrent dans un pacifisme aussi malsain que dangereux.
C'est quoi la prochaine étape, la CASA POUND à Lyon ? La mort d'un camarade comme récemment en Ukraine ou trop souvent en Russie et ailleurs ?
Je pense que c'est justement dans cette période propice à la montée de l'extrême-droite, que ce soit grâce à la crise ou au discours des politiques, qu'il faut montrer qu'on est là et qu'on se laissera pas faire.
Et pour fédérer autour de l'antifascisme les tracts et les manifs ne suffisent pas. Sans propagande par le fait les paroles n'auront ni consistance ni crédit.
Pas d'avenir dans la légalité, pas de salut hors de la lutte.
Ni peur ni compassion, mort au fascisme.

