Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede sebiseb » 12 Jan 2010, 17:51

barcelone 36 a écrit:
militants anarcho-communistes


c'est nouveau ça! :shock:

Oui, je n'ai pas cité, mais ça m'a interpellé.. En même temps, on est habitué à ce que les journaleux n'aient pas tout compris aux différents courants du mouvement anarchiste !
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 25 Jan 2010, 19:54

"Coup de Jarnac à Tarnac ?"

Tout fout l'camp ! J'te jure... La procédure visant nos archi-terroristes de l'ultra-gauche anarcho-autonome de la cellule invisible de l'épicerie de la rue du tilleul de Tarnac pourrait être purement et simplement annulée ! Mais que fait la police ?

C'est le Canard, déchainé, qui révèle l'embrouille. Figurez-vous que nos fins limiers de la SDAT (sous-direction anti-terroriste) ont installé deux caméras de surveillance devant l'entrée du domicile parisien de Julien Coupat. Quoi de plus normal, me direz-vous ? Sauf que c'était le 15 août 2008, trois mois avant l'ouverture de l'instruction. Une vulgaire vidéosurveillance sauvage, totalement illégale, donc. De fait, toutes les informations (22 procès verbeux) récoltées par ce biais risquent d'être annulées. Tout simplement.

Un train peut en cacher un autre

Et le (na)palmipède d'en rajouter une louche : Fin mars 2008, l'un des gérants du "magasin général" n'arrive pas à encaisser une carte bleue. Un technicien de France Telecom est appelé à la rescousse. Dare-dare. Verdict sans appel, confirmé par le siège : des fils ont été détournés pour écouter les conversations des dangereux lascars. Curieux, une mise sur écoute légale et indétectable peut se programmer à distance en quelques minutes. Encore plus curieux, la réaction (presque) immédiate de France Telecom : le technicien est convoqué, blâmé et mis à pied pour avoir accepté que son client l'accompagne dans le local technique... Bienvenue dans la vie.com.

Allô Tarnac, devine d'où je t'interpelle ?

Depuis, l'opérateur a soigneusement effacé les traces de l'intervention. Le 26 novembre dernier, un avocat de Julien Coupat et consorts a demandé à France Telecom de lui dévoiler l'historique de ses interventions effectuées à l'épicerie de Tarnac. "Les informations que vous sollicitez sont couvertes par le secret professionnel" lui rétorque le plus sérieusement du monde l'opérateur. Les employés de France telecom auraient-ils finalement plus de principes que les barbouzes de la SDAT ?

Pour autant, les magistrats qui suivent le dossier ne semblent pas vraiment inquiets. "Au pire, cela annulera des photos, sûrement pas l'instruction" disent-ils. Ouf ! On a eu chaud. De dangereux terroristes ont failli se faire la belle...

http://www.lesmotsontunsens.com/coup-de ... arnac-6830


L'article du Canard Enchaîné du 20 Janvier 2010 "A Tarnac, l'enquête déraille à grande vitesse." (.pdf)
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 05 Avr 2010, 17:31

Tarnac: la défense demande l'annulation

AP

02/04/2010

Les avocats d'un des mis en examen dans l'affaire de Tarnac ont déposé hier une requête en annulation de l'intégralité la procédure, estimant illégal le dispositif de vidéosurveillance au domicile parisien de Julien Coupat durant l'enquête préliminaire, a-t-on appris vendredi de sources judiciaires.

Aucune date n'a encore été fixée pour l'examen de ces requêtes devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. Elles ont été déposées par Mes Thierry Lévy et Jérémie Assous pour Christophe B., mis en examen le 27 novembre 2009 pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" dans l'enquête sur les actes de malveillance contre les lignes TGV en 2008. Tout mis en examen dispose d'un délai de six mois pour soulever des nullités de procédure. Dix personnes sont poursuivies dans ce dossier, dont Julien Coupat, présenté comme le chef d'une "structure" en lien avec ce que les enquêteurs appellent la mouvance "anarcho-autonome".

La première requête vise l'annulation du dispositif de vidéosurveillance mis en place par la Sous-direction antiterroriste (SDAT) le 15 août lors de l'enquête préliminaire, dirigée par le parquet de Paris. Deux caméras sont posées, l'une devant l'immeuble, l'autre sur le toit, devant le domicile de Julien Coupat, situé dans les parties communes de la copropriété. Or, soulignent les deux avocats, la jurisprudence considère les parties communes comme un lieu privé et l'installation de caméras dans le cadre d'une enquête judiciaire ne pouvait être autorisée que par un juge d'instruction. Qui ne sera saisi qu'en novembre 2008.

A l'appui de leur requête, jugée sérieuse par plusieurs sources judiciaires, les deux avocats font valoir une décision récente de la Cour de cassation. Celle-ci a annulé une procédure où les policiers, en enquête préliminaire, avaient placé des caméras dans un parking pour surveiller des trafiquants, rappelant qu'il constituait un lieu privé.
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 24 Avr 2010, 13:43

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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 24 Sep 2010, 20:22

Tarnac : les bricolages de l’antiterrorisme par Karl Laske

Les avocats du groupe de Tarnac, qui demandent l’annulation d’une partie de l’enquête, seront fixés le 22 octobre.

Quand un objet revient ainsi à la tête de celui qui l’a lancé, on dit que c’est un boomerang. Le volumineux dossier de l’enquête sur les sabotages des lignes TGV dans la nuit du 7 ou 8 novembre 2008 est désormais en suspension. Et il pourrait bien retomber sur les responsables de la sous-direction antiterroriste (Sdat), coauteurs du «coup de filet» visant la «mouvance arnarcho-autonome» à Tarnac. En deux ans d’instruction, aucune preuve n’est venue confirmer l’accusation contre les jeunes de Tarnac, toujours poursuivis pour «association de malfaiteurs, destructions et dégradation en relation avec une entreprise terroriste». Au terme d’une véritable contre-enquête, les avocats de la défense, Me Thierry Lévy, Jérémie Assous et William Bourdon ont soulevé, hier, la nullité de plusieurs actes de procédure devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. Ils seront fixés le 22 octobre.
Témoin sous X, procès-verbaux approximatifs, filatures imprécises et écoutes illégales : les méthodes employées par la Sdat dans la phase préliminaire de l’enquête sont désormais en cause. «Si un procès a lieu, ce sera celui de la police antiterroriste, estime Me Jérémie Assous. La procédure est en miettes, parce que la police n’a eu de cesse de la piétiner.» Sous la pression des avocats, le juge antiterroriste Thierry Fragnoli a été contraint d’interroger les responsables policiers, faisant apparaître de nouvelles contradictions. D’ores et déjà, le parquet général a requis, hier, l’annulation de la surveillance vidéo mise en place à Paris dans l’immeuble de Julien Coupat.
«Ces irrégularités de procédure sont évidemment liées à l’instrumentalisation politique de cette affaire, commente Me William Bourdon. C’est l’obsession de livrer un dossier clé en main qui a conduit à ces dérapages.» Analyse des zones d’ombre et des failles procédurales.
Des surveillances illicites ?
La police s’est livrée à une enquête «préventive» plus que préliminaire. En avril 2008, lorsque l’enquête préliminaire est ouverte, les policiers de la Sdat ne disposent d’aucun soupçon précis, hormis l’entrée sans visa, ni passeport, de Julien Coupat sur le territoire américain, en janvier 2008. Ils n’en dénoncent pas moins l’existence d’une «structure clandestine anarcho-autonome», disposant de «bases logistiques» en France, et projetant des «actions violentes». Loin de stopper immédiatement cette menace, ils attendent l’été pour équiper de caméras des arbres de la ferme du Goutailloux, à Tarnac, réaliser un album photo des visiteurs, et les placer sur écoutes. Cette surveillance intensive n’apporte aucun élément à charge dans l’affaire des sabotages de la SNCF. Une caméra est aussi fixée sur le toit d’un immeuble parisien. Celle-ci est orientée sur la cour intérieure, de façon à surveiller les allées et venues dans l’appartement occupé par Julien Coupat. Or cette dernière mesure, dans une phase d’enquête préliminaire, nécessite désormais l’accord du juge des libertés et de la détention (JLD), qui n’a pas été sollicité. Le parquet général s’est prononcé en faveur de l’annulation des procès-verbaux de cette vidéosurveillance. «Le parquet s’est désolidarisé de la Sdat, en signalant qu’il n’avait même pas été averti de ce dispositif de surveillance», explique Me Assous. Les avocats mettent également en doute la légalité d’écoutes découvertes à Tarnac, par un agent de France Télécom, en avril 2008.
Le témoin anonyme a-t-il été influencé ?
C’est un témoin sous «x» qui a apporté à l’accusation sa pièce maîtresse. Baptisé «témoin 42», il décrit Coupat comme un homme «qui n’a jamais caché faire peu de cas de la vie humaine» , qui «pourrait envisager d’avoir à tuer» et souhaite «le renversement de l’Etat par le biais d’actions de déstabilisation». Des expressions qui seront reprises in extenso lors du «coup de filet». Sans qu’on sache pourquoi, la Sdat réentend, un mois plus tard, 42 sous son identité réelle, Jean-Hugues Bourgeois, un jeune militant devenu agriculteur. Bourgeois contredit frontalement 42. Il n’a jamais été informé des «projets violents» du groupe et a un peu de mal à croire qu’on puisse présenter Coupat «comme un terroriste». «Une forfaiture !» commente Me Assous. Encore un an plus tard, il confie à TF1 que «ce témoignage» sous x «est faux». Comprendre dicté. Aux journalistes, Bourgeois confirme être 42. Le juge Fragnoli l’interroge aussitôt. Bourgeois refuse de parler de sa déposition en tant que 42, et dit qu’il n’a «rien à ajouter ou retrancher» au témoignage effectué sous sa véritable identité. On a donc trois versions. Les avocats de la défense ont demandé - sans succès - au juge un nouvel interrogatoire de Bourgeois en leur présence. La chambre de l’instruction a été, hier, saisie de ce refus et d’une question prioritaire de constitutionnalité exposée par les avocats. Le code de procédure pénale n’offre qu’un délai de dix jours pour contester le recours à «l’anonymisation» d’un témoignage. «Sur le fond, ce délai est trop restrictif pour permettre à un mis en examen d’exercer un recours effectif, explique Me Bourdon. C’est d’autant plus scandaleux que le témoin anonyme est un témoin clé.» L’objectif des avocats est d’obtenir l’examen du sujet par le Conseil constitutionnel.
Quel crédit pour le PV de filature ?
Les policiers étaient une vingtaine : 6 appartenaient à la Sdat, 14 à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Ils ont suivi Julien Coupat et Yildune Lévy la nuit du 7 au 8 novembre 2008, dans une zone voisine du lieu des sabotages. Le couple a dîné, et dormi dans leur voiture, à 30 kilomètres de là. Et selon les policiers, il serait allé se garer à proximité immédiate de la voie TGV sabotée ce soir-là. En relisant attentivement le PV, les avocats de la défense ont d’abord relevé de graves incohérences. Selon le relevé policier, le couple avait parcouru le chemin entre la commune où il avait dormi et le lieu du sabotage, soit 26,6 km en dix minutes, de 3 h 50 à 4 heures. Impossible à moins d’avoir roulé à 159 km/h. Questionnés par le juge, les policiers ont plaidé l’erreur de la prise de notes. Ils auraient écrit un «5» au lieu d’un «3». Mais selon le PV initial, la voiture de Coupat avait aussi stationné de 4 heures à 4 h 20 quelques mètres «avant le pont de chemin de fer» incriminé. Dans une nouvelle version communiquée au juge, le véhicule se serait posté dans une autre voie de service, à une centaine de mètres du pont. D’autres PV indiquent aussi «après le pont» ou encore «sous le pont». Ces approximations ont pour avantage d’écarter l’analyse des traces de pneus réalisée par les experts, qui ne correspondaient pas à ceux de la voiture de Coupat. Il n’y a pas que ça : les policiers avaient aussi indiqué avoir levé leur dispositif à 5 h 25, après avoir vu «une gerbe d’étincelles», au passage du premier TGV. «L’ensemble des effectifs a quitté la zone immédiatement» , indiquait le PV. Or à 5 h 30, nouvelle erreur de prise de notes, les policiers étaient déjà de retour dans le village où le couple avait dormi. Soit cinq minutes pour faire 26,6 km… 324 km/h cette fois ! En réalité, l’analyse du trafic téléphonique montre que les fonctionnaires étaient encore sur place à 6 heures du matin. «Le récit des services de police paraît pour le moins invraisemblable», concluent les avocats. «Pour que ce PV ait une force probante, il faudrait aussi que l’officier soit témoin de l’ensemble des faits qu’il relate, explique Me Assous. Ce n’est pas le cas : c’est un PV de synthèse, un PV de renseignement. Pourquoi les 20 policiers présents n’ont pas rédigé, chacun, un procès-verbal comme ils l’ont fait dans les opérations suivantes ?» La défense n’a pas curieusement pas eu accès au trafic téléphonique de 3 h 30 à 5 h 10. Le juge d’instruction pourrait réaliser prochainement une reconstitution des faits.
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 22 Oct 2010, 17:45

"Groupe de Tarnac" : le parquet valide l'intégralité de l'enquête
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 22.10.10 | 06h43 • Mis à jour le 22.10.10 | 16h53

La cour d'appel de Paris a rejeté, vendredi 22 octobre, la demande d'annulation de l'enquête antiterroriste qui vise le "groupe de Tarnac", soupçonné d'avoir saboté des lignes TGV en 2008. La défense de Julien Coupat et des neuf autres personnes mises en examen avait demandé l'annulation de deux pièces du dossier : la surveillance du domicile de M. Coupat à partir du 15 août 2008 et un placement sur écoute de l'épicerie de Tarnac (Corrèze), qui était gérée par certains des jeunes gens accusés des sabotages, au premier semestre 2008.

L'arrêt de la cour d'appel implique que trois juges d'instruction antiterroristes vont pouvoir continuer les investigations sur ces personnes censées avoir saboté des caténaires SNCF le 26 octobre 2008, puis dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 en y plaçant des fers à béton. "Les observations réalisées sur le groupe (ont permis) d'avérer sa volonté d'agir de manière concertée et violente afin de porter atteinte à l'Etat, ses représentants et ses infrastructures", lit-on dans l'arrêt de la cour.

Les magistrats rappellent divers éléments d'enquête, en particulier le fait que le leader supposé du groupe, Julien Coupat, a été repéré par la police le 3 novembre 2008 alors qu'il organisait des affrontements avec la police en marge d'une réunion de ministres de l'intérieur européens à Vichy. L'arrêt rappelle aussi que des ouvrages évoquant des actions de sabotage, ainsi que des faux papiers et du matériel pouvant, selon la police, avoir servi à fabriquer les fers à béton, ont été retrouvés lors de perquisitions à Tarnac, village de Corrèze où vivaient Julien Coupat et la plupart des autres suspects.

POURVOI EN CASSATION

La défense a toutefois annoncé son intention de se pourvoir en cassation. "Ce n'est que le début du cauchemar pour l'accusation, a dit aux journalistes Me Jérémie Assous. Nous allons démontrer que la police (...) n'a eu de cesse que de violer les règles élémentaires du code de procédure pénale." Les avocats comptent notamment déposer une nouvelle demande de reconstitution du sabotage d'une ligne TGV que Julien Coupat et sa compagne, Yldune Lévy, sont soupçonnés d'avoir commis en Seine-et-Marne dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008.

Libérés après le début de l'enquête, les suspects restent mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et pour certains "destructions en réunion", des faits passibles des assises. Ils nient les accusations et leurs avocats mettent en cause la police, estimant que des soupçons de falsification pèsent sur certaines pièces importantes du dossier.

Les avocats des jeunes gens mis en examen reprochent notamment aux policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT) d'avoir filmé "en dehors de tout cadre légal" la cour intérieure et la porte d'entrée d'un immeuble parisien dans lequel vivait Julien Coupat. Or, la surveillance vidéo d'un domicile est interdite dans le cadre d'une enquête préliminaire, affirme la défense, la captation d'images ne pouvant être autorisée que par un juge d'instruction ou un juge des libertés et de la détention.

Parallèlement à cette demande d'annulation, la défense met en doute la vraisemblance d'une pièce centrale du dossier, à savoir le procès-verbal D104, qui retrace la filature de Julien Coupat et de sa compagne dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 à Duisy (Seine-et Marne) près des lieux d'un des sabotages. Les avocats estiment que ce procès-verbal "n'est pas authentique" : ils doutent de la présence des policiers sur place et demandent donc au juge d'organiser une reconstitution des faits commis durant cette nuit.

La défense conteste également le témoignage recueilli sous X..., comme le permet la procédure, et qui présentait les jeunes gens de Tarnac comme des activistes dangereux.
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 19 Nov 2010, 21:05

Ci-après, le reportage intitulé «Tarnac : enquête sur "l'ultra-gauche"» diffusé le lundi 8 novembre 2010 sur Canal +, dans le cadre de l'émission "Spécial Investigation" (sic)...

1ere partie : http://www.megaupload.com/?d=S2K7OE1Y
2eme partie : http://www.megaupload.com/?d=3GO2Q511

[Pour visionner sans télécharger, il suffit de remplacer "megaupload" dans l'URL par "megavideo".]
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 10 Jan 2011, 00:51

PARIS (AP) — Une reconstitution des dégradations commises contre une ligne TGV en Seine-et-Marne dans l'affaire dite de Tarnac se déroulera le 14
janvier, a-t-on appris vendredi de sources judiciaires.

Julien Coupat, présenté par les enquêteurs comme le responsable d'un groupe anarcho-autonome et sa compagne Yldune Lévy sont soupçonnés d'avoir dégradé une ligne TGV à Dhuisy en Seine-et-Marne dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008. Le couple, qui a fait l'objet d'une filature a été aperçu par les enquêteurs à proximité de la ligne dégradée. Leur défense conteste le procès-verbal des enquêteurs sur lequel s'appuie leur mise en examen.

Leurs avocats ont relevé de nombreuses incohérences laissant planer un doute sur la présence sur les lieux des policiers qui l'ont rédigé. La reconstitution doit se dérouler dans la nuit du 13 au 14 janvier à 2 heures du matin, a-t-on précisé de sources judiciaires.

Interrogé lundi sur l'affaire lors de l'émission "Comme on nous parle" sur France Inter, Me Jérémie Assous, l'un des avocats des dix de Tarnac, s'était plaint des refus successifs d'organiser un tel acte procédural.

"On ne peut que relever la coïncidence entre l'organisation de cette reconstitution et l'émission de France Inter", a-t-il déclaré vendredi à l'Associated Press.

La qualification terroriste de ce dossier est contestée depuis le début par la défense. Elle a été retenue par l'accusation, qui estime que la violence de ce groupe avait pour but de déstabiliser l'Etat.

Le 22 octobre, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a rejeté les demandes d'annulation soulevées par la défense qui, depuis, a formé un pourvoi en cassation.

Dix personnes sont mises en examen depuis novembre 2008 pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" dans l'enquête sur des actes de malveillance contre les lignes TGV en 2008. Julien Coupat est également poursuivi pour "direction d'une structure à vocation terroriste". AP


Tarnac : une reconstitution le 14 janvier

Les avocats du groupe de Tarnac ont obtenu que les dégradations de la ligne TGV fassent l’objet d’une reconstitution.

Une reconstitution des dégradations commises sur une ligne TGV dans l’affaire dite de Tarnac sera organisée le 14 janvier.

Julien Coupat, présenté par les enquêteurs comme le responsable d’un groupe anarcho-autonome, et sa compagne Yldune Lévy sont soupçonnés d’avoir détérioré une ligne TGV à Dhuisy (Seine-et-Marne) dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008. Le couple, pris en filature, aurait été aperçu par les enquêteurs à proximité de la ligne dégradée.

Leur défense conteste le procès-verbal des enquêteurs sur lequel s’appuie leur mise en examen. Leurs avocats affirment avoir relevé de nombreuses incohérences laissant planer un doute sur la présence sur les lieux des policiers qui l’ont rédigé.

La reconstitution doit se dérouler dans la nuit du 13 au 14 janvier, à 2 heures du matin. La qualification terroriste de ce dossier est contestée depuis le début par la défense. Elle a été retenue par l’accusation, qui estime que la violence de ce groupe avait pour but de déstabiliser l’État.
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 25 Jan 2011, 22:50

L’ultragauche, nouvelle menace pour la police antiterroriste ? in Les Inrocks, 19/01/2011

D’où viendra la prochaine bombe ? Le 4 novembre, devant les caméras de France 2, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux détaille les trois formes de terrorisme qui menacent la France. Le ministre cite l’organisation séparatiste basque ETA puis "ceux qui viennent de l’ultragauche. Regardez ce qui s’est passé à Athènes avec le colis (piégé) destiné au président de la République". Il clôt la liste avec "l’islamisme radical, une menace forte".

Des anarchistes grecs ont en effet tenté d’envoyer des colis explosifs à Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Silvio Berlusconi. Mais ces bombes d’ultragauche sont loin : à 2 098 kilomètres de chez nous. Quand il parle d’ultragauche, Brice Hortefeux désigne ce mélange d’anarchistes, d’autonomes, d’antifascistes et de libertaires, parfois rassemblés en France dans des manifestations contre les prisons, contre les centres de rétention de sans-papiers ou pour la libération des prisonniers d’Action directe. Autrefois marginalité tolérée, désormais préoccupation majeure du ministère de l’Intérieur, comment cette ultragauche française s’est-elle retrouvée associée au terrorisme ?

Une dépanneuse, cinq ADN

Tout commence le 2 mai 2007 avec un engin incendiaire. Sous une dépanneuse de police garée devant le commissariat de la rue de Clignancourt à Paris, les policiers découvrent un sac en plastique contenant des bouteilles de liquide incendiaire et un dispositif de mise à feu. Ils recueillent cinq traces ADN. La police antiterroriste mène l’enquête.

En janvier 2008, des douaniers contrôlent la voiture d’un couple au péage de Vierzon, dans le Cher. Dans leur coffre, ils trouvent un plan de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville, du chlorate de soude et de la documentation sur la fabrication des explosifs. Après quatre-vingt seize heures de garde à vue sous le régime de l’antiterrorisme, I. M. et F F. se retrouvent à Fleury-Mérogis et subissent le traitement réservé aux "détenus particulièrement surveillés".

L’ADN d’I. correspond à l’un de ceux relevés sous la dépanneuse de police. Proches de la mouvance anarchiste des autonomes, ces partisans d’une insurrection permanente contre l’Etat, les partis et les syndicats, ces insurgés sans organisation qui cassaient du flic dans les manifestations des années 1970-1980, I. et F. deviennent les premières figures d’ultragauche mises en examen pour terrorisme depuis les lois de 1986. Peu médiatisée malgré la constitution de comités de soutien et une large couverture dans les organes militants, l’affaire échappe au grand public. I. reste un an en détention provisoire, F. quatre mois. En attendant une décision du magistrat, la justice les remet finalement en liberté sous contrôle judiciaire.

Le spectre d’Action directe

A l’époque de l’arrestation d’I. et F., trois hommes en route pour une manifestation contre les centres de rétention sont interpellés à Fontenay-sous- Bois. Ils transportent des ingrédients pour fabriquer un fumigène : un mélange non explosif de sucre, de farine et de chlorate de soude. Les policiers trouvent aussi quelques clous. Ils en concluent que les trois hommes possèdent de quoi confectionner une “bombe à clous”. Les analyses chimiques contrediront cette hypothèse. Mais l’ADN de deux d’entre eux correspond à ceux de la dépanneuse.

Ces trois dossiers, ainsi qu’une tentative d’incendie dans un entrepôt de la SNCF perpétrée par le frère d’Inès (dont l’ADN a aussi été retrouvé sur la dépanneuse) pendant le mouvement anti-CPE de mars et avril 2006, figurent aujourd’hui sur le bureau du juge antiterroriste Edmond Brunaud, qui n’a pas terminé son enquête.

Les mis en examen, hostiles à la classification policière de terrorisme et à ce qu’ils appellent “les journaflics”, refusent de s’exprimer autrement que par des lettres publiées dans leurs propres journaux et sites internet. On peut y lire le récit de leur vie en prison, le déroulement des interrogatoires ou leur dénonciation de l’état de la société française.

Quand la ministre de l’Intérieur, alors Michèle Alliot-Marie, découvre ces trois affaires début 2008, elle ordonne aux policiers des services de renseignement de surveiller de très près l’ultragauche. Le 10 février, elle déclare sur RTL et LCI “craindre” en France le “terrorisme d’extrême gauche” qui viendrait s’ajouter, selon elle, aux risques terroristes “d’Al-Qaeda, d’ETA ou de Corse”.

En juin, un rapport de la Direction centrale des renseignements généraux, intitulé “Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau préterroriste international : regards sur l’ultragauche française et européenne” recense toutes les actions attribuées à “la mouvance anarcho-autonome”. Il avance une formule qui va influencer la pensée de Michèle Alliot-Marie :

“Les faits et comportements observés sur notre territoire sont similaires à ceux recensés à la fin des années 1970 qui avaient été précurseurs de la constitution du groupe Action directe.”

La comparaison avec Action directe va dès lors imprégner les discours de la ministre. On la retrouvera aussi sous la plume des policiers dans les dossiers en instruction.

Arrive l’affaire de Tarnac. Dix occupants d’une ferme autogérée en Corrèze sont soupçonnés, en octobre et novembre 2008, d’avoir entravé la circulation des TGV en s’attaquant à leur alimentation électrique. Avant même l’audition des suspects, Michèle Alliot-Marie convoque la presse au ministère. Elle explique que “des personnes ont été vues dans des lieux proches des lieux de sabotage, à des heures pouvant correspondre” et que la police dispose de “suffisamment d’éléments réunis pour procéder à cette opération”.

Depuis, les avocats des mis en examen ont révélé les nombreuses incohérences de l’enquête policière : erreurs, entre autres, dans le relevé des horaires et des traces de pas. Les ultragauchistes de Tarnac s’éloignent chaque jour davantage de l’image terroriste qu’on a voulu leur attribuer.

De la colle dans la machine à expulser

Dernière affaire en date : fin 2009, des distributeurs automatiques de billets sont fracassés au marteau, détériorés par de l’acide ou de la colle, ou recouverts d’autocollants. C’est l’oeuvre des autonomes, ces rebelles que l’on croyait disparus ou embourgeoisés dans des squats d’artistes. Depuis 2007, une nouvelle génération de 20 à 30 ans a repris le combat contre la politique d’expulsion des sans-papiers. Ils veulent briser la cohérence de ce qu’ils appellent “la machine à expulser” : l’alliance entre ceux qui profitent des reconduites des étrangers à la frontière.

L’Etat, bien sûr, mais aussi les architectes et les constructeurs de prisons (Bouygues, Eiffage), les compagnies de transport qui participent aux expulsions (Air France, Carlson Wagonlit), les banques qui dénoncent des sans-papiers à la police (La Poste, BNP, LCL) et les associations qui encadrent la rétention, comme la Croix-Rouge française. Ces militants ont mené des dizaines d’opérations ciblées en région parisienne, à Lille, à Rennes, au moment du procès des “révoltés de Vincennes”, ces sans-papiers accusés d’incendie volontaire lors d’une mutinerie dans un centre de rétention administrative en juin 2008.

La nuit du 4 décembre 2009, donc, des petits groupes d’autonomes s’attaquent à une soixantaine de distributeurs de billets de La Poste et de la BNP dans des arrondissements de l’Est parisien. Obstrués ou cassés, les automates sont recouverts d’autocollants : “Hors service. Cette banque balance des sans-papiers aux flics. Sabotons la machine à expulser. Liberté pour toutes et tous”. Quelques jours plus tard, c’est le tour de vingt-sept autres distributeurs de La Poste, du Crédit lyonnais, de la Société générale et du CIC.

On est loin des attentats de l’ETA ou d’Al-Qaeda mais la police prend les choses au sérieux. Le parquet de Paris envoie la brigade criminelle. En février, à six heures du matin, celle-ci arrête à leur domicile cinq personnes appartenant à la mouvance anarcho-autonome et saisit des bombes de peinture. La justice met les suspects en examen pour “dégradations graves en réunion, dégradations de biens par des substances explosives ou incendiaires et refus de prélèvement ADN”.

Sur ces mises en examen et sur ce que recouvre le terme de substances explosives, le parquet de Paris ne nous donnera aucune information. Nous apprendrons seulement le nombre d’enquêtes préliminaires ouvertes pour des actions attribuées à la mouvance anarcho-autonome entre février et mai 2010 : douze au total pour des dégradations au marteau ou à la peinture contre La Poste, Air France, Carlson Wagonlit, LCL, BNP et la Croix-Rouge.

Sur le site du Réseau éducation sans frontières (RESF), l’une des personnes interpellées pour ces dégradations a rédigé un témoignage. Elle se bat contre les expulsions d’enfants étrangers. La brigade criminelle l’a arrêtée parce que son numéro de téléphone figurait dans les listes d’appels d’autres suspects. Elle s’est très vite retrouvée hors de cause. Le récit de son arrestation donne un aperçu de l’enquête en cours.

“Les policiers m’ont dit qu’ils cherchaient des bombes de peinture. Ils m’ont parlé de destruction de distributeurs automatiques de billets. (...) Ils m’ont parlé de ‘mes engagements politiques de gauche’. (...) Ils ont cherché de la littérature subversive. Ils ont pris en photo des livres (le dernier publié par RESF, La Désobéissance civile (...). Ils ont fouillé partout (...)”.

La routine... Mais l’affaire, d’apparence ordinaire, va s’emballer. La police se met à enquêter sur les casseurs d’ultragauche, qui manient le marteau et la bombe de peinture, comme sur des poseurs de bombes tout court.

ADN et perquisition

Plusieurs magistrats et policiers nous l’ont confirmé : ce sont aujourd’hui des enquêteurs de la section antiterroriste (SAT) de la brigade criminelle qui travaillent sur les dégradations de distributeurs, les collages d’affiches et les occupations d’agences commerciales par des autonomes. Pour trouver les auteurs de ces dégradations, ils s’appuient sur environ deux cents photos de militants identifiés comme anarcho-autonomes par les services de renseignement (DCRI ; DRPP : Direction du renseignement de la préfecture de police) en région parisienne.

Beaucoup de ces clichés proviennent des manifs de soutien aux mis en examen des affaires de Tarnac et de la dépanneuse. Les policiers les comparent aux visages filmés par les caméras de surveillance lors des dégradations. Quand ils arrêtent un suspect, ils prennent son ADN et le comparent à ceux relevés sur les distributeurs de billets abîmés. Le vandale présumé refuse souvent le prélèvement. Les policiers mènent alors une perquisition à son domicile et collectent sans son consentement de l’ADN sur ses vêtements, son oreiller ou sa brosse à cheveux.

Me Adrien Devonec, avocat à Paris, défend l’un des interpellés de février : un jeune homme soupçonné d’avoir guetté pendant que d’autres militants taguaient les murs d’une banque et injectaient de la colle dans les distributeurs. Il dénonce la tendance qu’ont les enquêteurs à interpeller au hasard dans la mouvance autonome dans l’espoir de résoudre ainsi leurs affaires.

Sa consoeur Laurence Bedossa, conseil de plusieurs jeunes autonomes, parle de “harcèlement policier” : “Depuis deux ans, on les arrête sans cesse. Ils font des gardes à vue de quarante-huit heures sans aucune poursuite à l’arrivée. Je leur dis de prendre garde : le pire serait que l’un d’entre eux pète les plombs, qu’il commette un geste violent qui justifierait ce discours qui les présente comme des terroristes.”

Dans l’un des dossiers qu’elle défend, une occupation éclair d’agences Bouygues et SNCF en mars 2010, les policiers ont même mobilisé les grands moyens de l’investigation. Pour retrouver qui a fait un collage sauvage d’affiches à l’intérieur des locaux, ils ont relevé des empreintes digitales, mais aussi filé plusieurs suspects et demandé à la police scientifique d’expertiser la colle utilisée... Si des militants d’ultragauche sont pourchassés par la police antiterroriste pour une simple dégradation de distributeurs de billets, seront-ils demain jugés pour terrorisme ? Au parquet de Paris, le bureau du procureur nous assure que "dans cette affaire, aucun élément n’est susceptible d’entraîner un classement en antiterrorisme".

Marc Trévidic, l’un des huit juges du pôle antiterroriste, considère que la section antiterroriste a d’autres chats à fouetter que d’enquêter sur l’ultragauche. Il ne cache pas son agacement. "Pour l’instant, je ne vois pas du tout où est cette menace terroriste d’ultragauche. Il faudra définir ce que c’est et nous expliquer qui est mort..." Ce juge instruit de lourds dossiers comme celui sur l’enlèvement et la décapitation des moines de Tibhirine ou l’attentat anti-Français de Karachi en 2002. Il sait que les enquêtes sur les poseurs de bombes qui tuent des gens ont besoin du meilleur des savoir-faire policiers.

"Si la section antiterroriste (de la brigade criminelle - ndlr) s’occupe des atteintes aux biens, elle a moins de temps pour s’occuper du reste et les enquêtes plus sérieuses attendent." Sollicités sur cette question par Les Inrocks, le parquet de Paris et le ministère de la Justice ont expliqué qu’" ils n’avaient pas à justifier le choix des enquêteurs".

Autre signe que la distinction entre l’atteinte aux biens et le terrorisme est en train de s’effacer : la rédaction il y a plus de deux ans d’un texte officiel qui propose d’élargir le champ des poursuites en matière de terrorisme. Il s’agit de la circulaire Dati, alors ministre de la Justice, du 13 juin 2008. Elle traite d’" une résurgence de faits en lien avec la mouvance anarcho-autonome" et de violences commises "à l’occasion de manifestations de soutien à des prisonniers ou des étrangers en situation irrégulière". Cette circulaire demande aux parquets locaux confrontés à ces faits et à ces violences "d’informer dans les plus brefs délais la section antiterroriste du parquet de Paris". L’objectif est sans équivoque : "...pour apprécier de manière concertée l’opportunité d’un dessaisissement à son profit".

Des gants de vélo suspects

Depuis deux ans que cette circulaire existe, le comportement des policiers a changé. A Paris, on les a vus agir curieusement en face d’objets (des gants de vélo) ou de comportements (un manifestant habillé tout en noir) considérés jusqu’à présent comme ordinaires.

Exemple le 8 novembre 2009, à Paris. Xavier1, cadre de 30 ans, se définit comme un “militant antifasciste”. Il rejoint à pied une manifestation pour les droits des familles de prisonniers, la deuxième après celle de Poitiers, en octobre, où des manifestants ont démoli des vitrines et des Abribus. Il se dirige vers le cortège avec une dizaine de manifestants. “Nous marchions vraiment détendus, avec un drapeau visible, des tracts, des revues à la main et dans un sac... On ne ressemblait vraiment pas à un black-bloc (ces groupes autonomes qui commettent des violences volontaires dans les manifestations - ndlr) !”

Rue du Faubourg-Saint-Antoine, quatre voitures de police barrent la route aux marcheurs. Une douzaine de policiers de la BAC en descendent. “Ils nous encerclent, nous plaquent contre un mur et nous mettent en joue au niveau de la tête avec leur flash-ball. Nous nous laissons fouiller. L’un d’entre nous avait des gants de vélo légèrement renforcés. Les flics voulaient lui faire avouer que c’était pour se battre.”

Une estafette embarque tout le monde au commissariat de la place Gambetta. “Ils nous ont mis dans la même cellule, la porte ouverte. Les flics de la BAC gardaient l’entrée et nous mettaient la pression : ‘C’est à cause de vous que le FN est si fort en France’ ; ‘Alors, tu voulais casser du keuf ?’ Un policier plaquait son flash-ball contre sa poitrine et le chargeait en nous fixant. On aurait dit qu’ils voulaient nous pousser à l’outrage. A un moment, le commissaire a débarqué. Il a jeté un oeil dans la cellule et à la table sur laquelle les policiers de la BAC avaient posé le résultat de leur fouille : tracts, revues, gants de vélo, casquette à pointes et un drapeau. Il a lancé : ‘C’est tout ce que vous m’avez trouvé ? Alors vous vous en occupez, je ne veux pas en entendre parler.”

Après plus de cinq heures en cellule sans être placés en garde à vue et plusieurs vérifications d’identité, les policiers relâchent les manifestants sans être l’objet de poursuites.

Renaud*, serveur de 37 ans, est interpellé à Paris le 29 mai 2010, une heure avant une manifestation non déclarée pour la liberté de circulation et contre les reconduites aux frontières. Habillé entièrement en noir mais le visage découvert, il discute avec quatre personnes sur la place de la République. Des policiers le contrôlent et fouillent son sac à dos, dans lequel ils trouvent des tracts "Non aux expulsions" et une petite bombe lacrymogène de 50 millilitres.

Renaud fait sept heures de garde à vue, donne ses empreintes et se laisse photographier mais refuse le prélèvement ADN. Jugé trois mois plus tard pour "attroupement armé", il ressort libre du tribunal : les policiers n’avaient le droit ni de fouiller son sac, ce qui s’apparente à une perquisition, ni de lui demander son ADN pour les faits reprochés. Lors des débats, on a entendu la consigne de la préfecture aux policiers, qui explique l’arrestation de Renaud : interpeller les personnes "dont l’apparence et le comportement laissent supposer l’appartenance à un groupe à risque de la mouvance anarchiste".

On reconnaît la préoccupation de la circulaire Dati. Depuis deux ans qu’elle existe, des violences d’ultragauche en manifestation ont-elles été signalées à la section antiterroriste du parquet ? "Il y a des éléments qu’on n’a pas envie de divulguer dans la presse", nous répond une chargée de communication du parquet de Paris. Au ministère de la Justice, même réponse : "Nous n’avons pas vocation à nous substituer au parquet de Paris s’il ne souhaite pas communiquer là-dessus", explique un conseiller.

Six mois à Fleury-Mérogis

La menace terroriste d’ultragauche définie par Brice Hortefeux est aujourd’hui cernée. Il existe une police antiterroriste pour traquer les saboteurs de "la machine à expulser" ; une section antiterroriste du parquet prête à statuer sur des violences commises en manifestation ; et, pour soutenir l’ensemble, une circulaire antiterroriste taillée pour la contestation d’ultragauche. Il ne manque qu’une chose, ainsi que le suggérait le juge Trévidic : des terroristes. Du moins, ceux qui méritent d’être comparés à ETA, Al-Qaeda, ou bien aux anarchistes grecs qui fabriquent des colis piégés.

Me Laurence Bedossa, l’avocate, soupçonne "une volonté d’instaurer un climat de peur et de pousser à la faute". Elle raconte l’audition d’un suspect dans l’affaire de la dépanneuse. Au juge qui demande à cette dernière "ce qu’elle pense de la société", le jeune homme répond : " Je m’oppose au fait que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres." "Donc vous êtes anarchiste ?", veut-on lui faire avouer. Me Bedossa s’étonne : "Aujourd’hui, être anarchiste supposerait la violence contre des personnes et se réduirait à cela. Dans les années 1970, on leur aurait foutu la paix. Aujourd’hui, on les considère comme des terroristes en puissance alors que ce sont des personnes éduquées, souvent diplômées, qui ne se reconnaissent ni dans le Parti socialiste, ni dans Olivier Besancenot."

Me Adrien Devonec défend un trentenaire condamné à de la prison ferme. Il manifestait contre la réforme des retraites, avait donné un coup de pied à un passant qui empêchait un casseur de s’en prendre à une banque. Son avocat s’interroge sur l’utilité d’envoyer en prison un ultragauchiste qui a donné un coup pendant une manifestation : "Rester six mois à Fleury-Mérogis, est-ce que ça va le calmer ou l’énerver ?"

Dans l’Est de la France, Nicolas, militant libertaire d’ultragauche très impliqué dans la lutte contre les expulsions, s’inquiète d’un durcissement de l’Etat contre les opposants aux expulsions des étrangers. Il voit en retour des sympathisants d’ultragauche de plus en plus tentés de mordre le mollet de "la machine à expulser". "La répression entraîne son contrecoup. Des comités se montent. Les militants les plus convaincus sont prêts à se sacrifier davantage aujourd’hui qu’il y a six mois. Je vois la rébellion qui gagne de nouvelles couches de la population."

Si cela vient à se vérifier, les policiers antiterroristes n’ont peut-être pas fini de se battre contre des feux de poubelles.
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 18 Fév 2011, 22:46

Affaire de Tarnac : les tubes qui accusent Coupat Nouvelobs, 18/02/11 19:20

Nouvelobs.com révèle les éléments matériels compromettants qui viennent d’être mis à jour par l’enquête sur les sabotages des lignes TGV.

Deux tubes en PVC, repêchés dans la Marne, à une vingtaine de kilomètres de l’endroit où avait été sabotée une ligne TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 : deux ans et demi après le début de l’enquête sur les sabotages des lignes ferroviaires, les policiers de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) tiennent enfin une piste matérielle qui met en cause les principaux suspects de l’affaire, les militants d’ultra-gauche du groupe de Tarnac. De quoi sauver in extremis une instruction jusqu’alors mal engagée.

Selon les informations de Nouvelobs.com, deux tubes, longs chacun de deux mètres et de cinq centimètres de diamètre, ont été retrouvés en février 2010 au fond de la Marne par les plongeurs de la Brigade fluviale. Ils gisaient à l’aplomb du pont de la Marne, coincés dans des roches, sur la commune de Trilport (77), à l’endroit même où Julien Coupat et son amie Yildune Lévy, suivis par la police, avaient fait une pause en voiture vers 4h45 du matin, 25 minutes après avoir quitté la ligne TGV de Dhuisy (77), où sera retrouvé un crochet saboteur.

Interrogés sur leur halte sur ce chemin de halage par le juge d’instruction Thierry Fragnoli, les deux jeunes gens s’étaient montrés évasifs. Julien Coupat avait dit n’avoir aucun souvenir alors que sa compagne expliquait qu’ils s’étaient "peut-être" arrêtés là pour une simple pause-pipi.

"Il était suivi à bonne distance grâce à une balise GPS"

L’analyse des tubes par la police scientifique montre qu’ils ont été reliés entre eux, par un manchon recouvert de scotch, avant d’être séparés (le scotch a été coupé au cutter).

Les enquêteurs sont aujourd’hui persuadés que ces tubes en plastiques ont servi de perche de fortune aux saboteurs pour placer un crochet en fer à béton sur les caténaires de la ligne TGV. "Avec une telle gaule artisanale de quatre mètres, on peut, à hauteur d’homme, atteindre les caténaires sans risque de s’électrocuter, explique un responsable policier spécialiste de l’ultra-gauche. C’est une méthode mise au point il y a quelques années par les anarcho-autonomes allemands pour paralyser les convois de déchets nucléaires".

Aucun des deux tubes en plastique retrouvé dans la Marne ne comporte la moindre trace d’ADN exploitable mais les enquêteurs pensent savoir où et quand a été acheté ce matériel grâce aux codes de fabrication subsistant sur le matériel. Ces seuls indices exploitables montrent que les tubes ont été commercialisés dans les magasins de bricolage de la région parisienne, en septembre ou octobre 2008, quelques semaines avant les sabotages de TGV. En enquêtant sur le réseau de distribution, les enquêteurs ont découvert que deux de tubes de cette série, ainsi qu’un manchon permettant de les emboîter ont été vendus, à 14h20 le jour-même du sabotage par le Bricorama de Châtillon (92). Le client, qui n’a pas pu être identifié, a payé en liquide. Mais les enquêteurs savent que Julien Coupat était dans le quartier à ce moment-là.

Les policiers qui filaient le militant autonome depuis qu’il avait quitté la résidence de ces parents en fin de matinée, ont en effet perdu sa trace à hauteur de la porte de Chatillon vers midi. "Il était suivi à bonne distance grâce à une balise GPS placée sur sa vieille Mercedes, révèle une source proche de l’enquête. A midi, le signal a disparu comme cela arrive quand la cible entre dans un parking souterrain. Et justement, le Bricorama de Châtillon en possède un pour ses clients". A 14h50, la balise avait recommencé à émettre. Et les hommes de la SDAT avaient pu alors reprendre leur filature.

Qu’ont fait Julien Coupat et Yildune Lévy entre midi et 14h50 à Châtillon ? Interrogée sur son emploi du temps, cette dernière a expliqué au juge qu’elle avait rejoint son ami pour aller déjeuner au restaurant mais qu’elle avait oublié où exactement.

"Une mascarade"

Les enquêteurs sont persuadés que le couple a profité de ce trou dans la surveillance pour faire ses emplettes au Bricorama avant de prendre la route vers la Seine-et-Marne, de tourner autour des lignes ferroviaires pendant douze heures, pour placer un crochet sur les lignes vers quatre heures du matin. "C’est une mascarade, s’insurge Me Jérémie Assous, l’un des avocats de Julien Coupat. Toute cette enquête est basée sur l’insinuation et non sur les preuves, La justice antiterroriste monte un nouveau contrefeu pour masquer le vide de ce dossier".

Les enquêteurs, eux, persistent. Ils se demandent maintenant si le couple Coupat-Lévy n’a pas profité du créneau où ils avaient déjoué la surveillance policière à Châtillon, pour récupérer également le crochet, façonné artisanalement. Un des membres du premier cercle de Coupat habite en effet à 450 mètres de ce Bricorama. La perquisition de son domicile, effectuée juste après les sabotages, le 11 novembre 2008, n’avait, d’après nos sources, rien donné.

Isabelle Monnin et Olivier Toscer
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 20 Fév 2011, 20:41

Tarnac : les mis en examen vont déposer 3 plaintes contre la police

Julien Coupat et Yildune Levy portent plainte contre la police pour faux et usages de faux en écriture publique, subornation de témoin et interceptions illégales

Un nouveau round commence dans le combat qui oppose le “groupe de Tarnac”, mis en examen pour des actes terroristes, aux policiers et juges chargés de l’enquête. Après avoir demandé la requalification des faits en simples sabotages - refusé en mai 2009 - l’annulation de pièces de la procédure - refusé en octobre 2010 - et la réalisation de plusieurs actes d’enquête qui pourraient les disculper - refusé ou ajourné - les mis en examen passent à l’étape supérieure.

Selon les informations recueillies par Les Inrocks, ils vont déposer trois plaintes (contre X mais visant clairement les policiers de la sous-direction antiterroriste, Sdat) pour interceptions illégales, subornation de témoin et surtout faux et usages de faux en écriture publique.

Julien Coupat et Yildune Lévy espèrent ainsi démontrer devant la justice que le procès-verbal de leur filature, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, et les versions policières successives tendant à le contredire plutôt qu’à le confirmer, constituent une manoeuvre de la Sdat pour affirmer leur culpabilité sans preuve.

Le PV 104, un faux?

Cette nuit-là, une vingtaine d’agents de la Sdat et de la DCRI suivent une Mercedes occupée par deux “membres de la mouvance anarcho-autonome”, en
Seine-et-Marne. Les policiers voient le couple s’arrêter dans une pizzeria, dormir quelques heures dans la voiture à Trilport puis reprendre la route avant de stationner à nouveau, à proximité d’une voie ferrée sur la commune de Dhuisy. Puis leur véhicule retourne à Paris.

Au petit matin, près de l’endroit où s’était garée la voiture, le passage du premier TGV provoque une gerbe d’étincelles qui attire l’attention des policiers. Les suspects sous surveillance ont-ils commis un acte de sabotage ?

Sur la foi du procès-verbal de filature dressé ce jour-là, désormais connu sous le nom de “PV 104”, Julien Coupat et Yildune Lévy sont arrêtés, mis en examen et écroués pour direction d’une association de malfaiteurs à vocation terroriste. Ils risquent la cour d’assises spéciales, même s’il n’y a eu ni morts ni blessés, le trafic SNCF ayant simplement été perturbé. Ni photos sur les lieux, ni traces ADN, ni aveux ne viennent prouver leur culpabilité.

Le rapport des policiers renforce les doutes

Plus de deux ans après l’ouverture de l’enquête, dans laquelle dix personnes sont mises en examen, le récit de cette nuit de filature varie selon les policiers interrogés et les contradictions apportées par la défense. Impossibilités temporelles, divergences entre les observations : le déroulement de ces quelques heures reste si flou que le juge d’instruction a exigé des policiers, un an après les faits, qu’ils s’expliquent sur le compte-rendu. Ils ont rendu leur rapport en juin.

“Les nouvelles pièces d’exécution, qui devaient “préciser” certains points incohérents de l’enquête de police, n’ont ajouté que de nouvelles invraisemblances”, estiment les avocats des mis en examen, maîtres William Bourdon, Jérémie Assous et Thierry Lévy.

Montage policier ou travail de cochon? En tout cas, le résultat décrédibilise largement le professionnalisme de la police antiterroriste.
Les incohérences de l’enquête et les questions sans réponses ont décidé Julien Coupat et Yildune Levy à porter plainte pour faux et usages de faux en écriture publique. Ce crime, s’il est commis par des personnes dépositaires de l’autorité publique, est puni de 15 ans de prison et 225000 euros d’amende.

Ils porteront plainte également pour subornation de témoin : une connaissance de Julien Coupat avait témoigné contre eux anonymement, avant de se rétracter, parlant de pressions policières visant à orienter son témoignage dans le sens de l’accusation.

Une plainte pour des écoutes illégales de l’épicerie de Tarnac, effectuées avant le début de l’enquête préliminaire et découverte par hasard par un agent de France Télécom, vient compléter le tableau.

Deux perches tendues au bon moment

Ce vendredi, le Nouvel Obs se fait l'écho d'une nouvelle piste, opportunément communiquée par les enquêteurs quelques jours avant le dépôt des plaintes dont nous avons eu connaissance.

En février 2010, la brigade fluviale avait fouillé la Marne, qui passe à 20 km des voies TGV. Elle y trouve deux tubes en PVC longs de deux mètres, qui emboîtées l’une dans l’autre à l’aide d’un manchon recouvert de scotch auraient pu servir à hisser le crochet sur la caténaire. Pas d’ADN, des “preuves matérielles” recueillis un an et demi après les faits, peu importe : selon la police ce sont probablement les perches dont se serait débarrassées Julien Coupat dans la rivière lors d’un arrêt sur la route du retour.

Reste quelques questions : Pourquoi fouiller la Marne plus d’un an et demi après les faits? Comment attribuer à Julien Coupat, qu’aucun policier n’a vu sortir les perches et les jeter à l’eau, l’achat en liquide de ces objets lors d’un instant où il aurait échappé à la surveillance policière ?
Pourquoi la police ne mentionne-t-elle que maintenant l’existence d’une balise GPS sur la Mercedes, dispositif illégal s’il n’est autorisé par un juge des libertés et de la détention ?
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 25 Fév 2011, 18:29

Tarnac: l'infiltré britannique Par Eric Pelletier et Anne Vidalie publié le 22/02/2011 à 10:35, mis à jour à 16:44

Selon nos informations, Mark Kennedy, un agent des services britanniques infiltré au coeur des mouvements "alter", a livré des précisions importantes sur les déplacements de Julien Coupat à l'étranger.

Ce fut longtemps le secret le mieux gardé de l'"affaire de Tarnac": un agent britannique, infiltré au coeur des mouvements altermondialistes et environnementalistes européens, a joué un rôle important dans cette enquête.

De 2002 à 2009, ce policier de 41 ans, Mark Kennedy, a renseigné sa hiérarchie sur les coulisses des milieux "alter". Au passage, les autorités françaises ont également profité de ses informations. Ainsi, c'est en partie grâce à lui que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a pu reconstituer les déplacements à l'étranger de Julien Coupat, considéré par la police comme le chef de file du "groupe de Tarnac". Dix de ses membres ont été mis en examen dans une procédure pour acte terroriste, après le sabotage, en novembre 2008, d'une ligne de TGV, en Seine-et-Marne. Une accusation qu'ils contestent fermement.

Mais, comme dans les films d'espionnage, l'agent Kennedy, alias Mark Stone, vient de faire défection, passant dans le camp altermondialiste. Il s'apprête même à écrire un livre sur son aventure! Consacrera-t-il un chapitre à Tarnac ?
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 02 Mar 2011, 00:28

Article paru dans la version papier des Inrockuptibles du 20 février 2011, complétant cette première version web :
www.lesinrocks.com/actualite/actu-artic ... la-police/


Les sept ratés de l'affaire de Tarnac

Rebondissement dans l’affaire de Tarnac : Julien Coupat et Yldune Lévy vont porter plainte contre la police pour faux et usages de faux en
écriture publique, subornation de témoin et interceptions illégales.

Un nouveau round commence dans le combat qui oppose le “groupe de Tarnac”, mis en examen pour des actes terroristes, aux policiers et juges chargés de l’enquête. Après avoir demandé la requalification des faits en simples sabotages - refusé en mai 2009 - l’annulation de pièces de la procédure - refusé en octobre 2010 - et la réalisation de plusieurs actes d’enquête qui pourraient les disculper - refusé ou ajourné - les mis en examen passent à l’étape supérieure.

Selon les informations recueillies par Les Inrocks, ils vont déposer trois plaintes (contre X mais visant clairement les policiers de la
sous-direction antiterroriste, Sdat) pour interceptions illégales, subornation de témoin et surtout faux et usages de faux en écriture
publique.

Julien Coupat et Yildune Lévy espèrent ainsi démontrer devant la justice que le procès-verbal de leur filature, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, et les versions policières successives tendant à le contredire plutôt qu’à le confirmer, constituent une manoeuvre de la Sdat pour affirmer leur culpabilité sans preuve.

Cette nuit-là, une vingtaine d'agents de la Sdat et de la DCRI suivent une Mercedes occupée par deux "membres de la mouvance anarcho-autonome", en Seine-et-Marne. Ils voient le couple s'arrêter dans une pizzeria, dormir dans la voiture à Trilport puis reprendre la route avant de stationner près d'une voie ferrée sur la commune de Dhuisy. Puis, leur véhicule retourne à Paris. Au petit matin, près du lieu où s'était garée la Mercedes, le passage du premier TGV provoque une gerbe d'étincelles qui attire l'attention des policiers. Les suspects sous surveillance ont-ils commis un acte de sabotage ?

Sur la foi du procès-verbal de filature, désormais connu sous le nom de "PV 104", Julien Coupat et Yldune Lévy sont arrêtés, mis en examen et écroués pour direction d'une association de malfaiteurs à vocation terroriste. Il n'y a eu ni morts ni blessés, aucun train n'a déraillé. Ni photos sur les lieux, ni traces ADN, ni aveux ne viennent prouver leur culpabilité. Deux ans et demi après l'ouverture de l'enquête, dix
personnes sont mises en examen.

Le récit de cette nuit varie selon les policiers interrogés et les contradictions apportées par la défense. Le déroulement de ces quelques
heures reste si flou que le juge d'instruction a exigé des policiers, un an après les faits, qu'ils s'expliquent sur le compte-rendu. Ils ont rendu leur rapport en juin. "Les nouvelles pièces d'exécution, qui devaient 'préciser' certains points incohérents de l'enquête de police, n'ont ajouté que de nouvelles invraisemblances", estiment les avocats des mis en examen.

Montage policier ou travail de cochon ? En tout cas, le résultat décrédibilise largement le professionnalisme de la police antiterroriste.
Les impossibilités temporelles, incohérences et questions sans réponses ont donc décidé Julien Coupat et Yldune Lévy à porter plainte pour faux et usages de faux en écriture publique. Ce crime, s'il est commis par des personnes dépositaires de l'autorité publique, peut être puni de quinze ans de prison et 225 000 euros d'amende. Ils portent aussi plainte pour subornation de témoin : une connaissance de Coupat avait anonymement témoigné contre eux avant de se rétracter, parlant de pressions policières. Une plainte pour des écoutes illégales de l'épicerie de Tarnac, effectuées avant le début de l'enquête préliminaire et découvertes par hasard par un agent de France Télécom, complète le tableau.

1. Une nouvelle preuve opportune

Quelques jours avant le dépôt des plaintes dont nous avons eu connaissance, Le Nouvel Obs se fait l’écho d’une nouvelle piste, opportunément communiquée par les enquêteurs. En février 2010, la brigade fluviale fouille la Marne, à 20 kilomètres des voies TGV. Elle y trouve deux tubes en PVC longs de deux mètres qui, emboîtés l’un dans l’autre par un manchon recouvert d’adhésif, aurait servi de perche pour hisser le crochet sur la caténaire.

Pas d’ADN, des “éléments matériels” bien tardifs, peu importe : selon la police, le couple se serait débarrassé de ces tubes dans la rivière lors d’un arrêt sur la route du retour. Plusieurs questions demeurent : pourquoi fouiller la Marne plus d’un an et demi après les faits ? Comment attribuer à Julien Coupat, qu’aucun policier n’a vu sortir les perches et les jeter à l’eau, l’achat en espèces de ces objets, lors d’un instant où il aurait échappé à la surveillance ? Pourquoi la police ne mentionne-t-elle que maintenant l’existence d’une balise GPS sur la Mercedes, dispositif illégal s’il n’est pas autorisé par un juge ?

2. Un témoin sous pression ?

Alors que les saboteurs présumés sont en garde à vue, en novembre 2008, la Sdat procède à l’audition d’un témoin sous X, dont la presse révèle plus tard l’identité : Jean-Hugues Bourgeois, un éleveur bio du Puy-de-Dôme.
Dans sa déposition, il décrit le groupe de Tarnac comme “un groupe à caractère sectaire dont les membres ont été endoctrinés par Julien Coupat.
[…] Ce dernier souhaite le renversement de l’Etat par le biais d’actions de déstabilisation qui auraient pu aller jusqu’à des actions violentes”.

Un mois plus tard, entendu sous sa véritable identité, il se rétracte.
Dans un entretien accordé à TF1 en novembre 2009, Bourgeois explique que sa déposition sous X a été sollicitée par la Sdat, et qu’il a signé une déclaration préparée à l’avance. Ces éléments motivent la plainte de Julien Coupat et Yldune Lévy pour subornation de témoin, délit passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

3. Une reconstitution bâclée

Les avocats du groupe de Tarnac, qui pointent depuis le début de l’enquête les “invraisemblances” et les “contradictions” du PV 104 (signé par le lieutenant Mancheron) puis des compléments d’information (signés par le lieutenant Mancheron et le capitaine Lambert), demandaient à cor et à cri une reconstitution : rejouer cette nuit, en présence des juges d’instruction Thierry Fragnoli, Edmond Brunaud et Yves Jannier, des policiers présents à cette date, vérifier le timing, les positions de chaque véhicule, les trajets.

Si les effectifs de police comptaient six fonctionnaires de la Sdat “assistés d’un groupe de surveillance de la DCRI, soit une vingtaine de fonctionnaires au total, (…) munis d’une douzaine de véhicules automobiles, de motos banalisées et de véhicules d’observation”, placés
“aux points de passage obligés”, on n’en sait pas plus. Malgré la demande du juge de préciser l’organisation de la filature, la Sdat invoque des “techniques de surveillance policière qui doivent rester confidentielles”.

La reconstitution a eu lieu dans la nuit du 13 au 14 janvier 2011.
Convoqués à Dhuisy à 2 heures du matin, les avocats s’aperçoivent que les juges sont à Trilport, à 30 kilomètres de là. Il faut les rejoindre. A leur arrivée, les juges décident de se déplacer à Dhuisy. Il est 3 heures 30, une heure et demie d’allers-retours et de temps perdu. Il ne reste plus qu’une demi-heure à passer sur les rails avant que la SNCF ne doive les réinvestir.

Tout le monde est tendu. Les juges refusent de noter les observations des avocats au procès-verbal, puis cèdent à force d’engueulades. Les policiers sur place ne sont pas les mêmes que ceux de 2008. Ceux-là ont participé à une mise en situation à huis clos, dix jours avant, avec les juges mais sans les avocats. “Une répétition générale destinée à vérifier quelles opérations pouvaient s’avérer gênantes pour l’accusation” selon la défense, qui dénonce dans une lettre aux juges d’instruction leur “inacceptable partialité” et “l’absence d’instruction à décharge de ce dossier”. Ils demandent une nouvelle reconstitution.

4. Un piéton sur les voies SNCF ?

Alors que certains procès-verbaux parlent d’un véhicule stationné près des voies, d’autres évoquent un piéton aperçu sur les voies. Le lieutenant-colonel Gosset, un gendarme chargé de l’enquête sur les dégradations, dit s’être entretenu avec un agent de la Sdat. Celui-ci lui aurait affirmé “avoir suivi et observé un individu qui s’est stationné à l’intersection entre la D23 et la LGV Est pendant une vingtaine de minutes entre 4 heures et 4 heures 20. Cette personne a accédé à l’emprise sécurisée de la SNCF sans qu’il puisse déceler ses agissements”.

Dans le PV 104, pas d’allusion à un piéton. Les dangers du téléphone arabe, explique la Sdat, qui désavoue le gendarme : à force d’informations répétées et déformées, le véhicule stationné serait devenu un piéton dans sa bouche. La Sdat ne développe pas d’analyse sur la seconde partie de la phrase, selon laquelle le piéton-véhicule a pénétré sur les voies de chemin de fer. Ni n’explique comment Julien Coupat ou Yldune Lévy, surveillés par vingt policiers spécialisés, auraient pu, sans être vus, sortir de leur voiture, franchir une barrière de deux mètres de haut et, une fois sur les voies avec leur lampe frontale, hisser un fer à béton à l’aide d’une perche de cinq mètres jusque sur la caténaire.

5. L’emplacement de la voiture de Coupat

Où était garée la Mercedes de Julien Coupat de 4 heures à 4 heures 20 ?
Depuis le début de l’enquête, les policiers la situent à un emplacement bien précis : une voie de service de la SNCF, juste au pied d’un pont ferroviaire.

Or, dans les éléments d’information complémentaires transmis au juge en mai dernier, la Sdat situe la voiture sur une autre voie de service, à une centaine de mètres du pont. Pour les avocats, “le nouveau positionnement du véhicule est en totale contradiction avec ce qui a été écrit et soutenu par l’ensemble des acteurs de la procédure”. D’autres actes d’enquête placent la Mercedes “sous le pont” et même “sur le pont”. Yldune Lévy et Julien Coupat, eux, ont toujours nié s’être garés près des voies.

6. Une recherche d’indices hasardeuse

Une fois la Mercedes partie, micmac sur le comportement des policiers.
Selon le premier PV, ils se garent à sa place. D’après la nouvelle version, ils se placent du côté opposé, pour “ne pas polluer les lieux où
pouvait avoir été commise une infraction”. Pourtant, le capitaine Lambert écrit : “Aucun gel des lieux aux fins de préservation des traces et indices n’a été effectué.”

Où sont garés les policiers à cet instant ? Avec combien de véhicules ? Un seul selon la gendarmerie, deux selon le capitaine Lambert. Pourquoi ne fouillent-ils pas la voie d’accès pour trouver d’éventuelles traces du passage de Coupat ? Une équipe de la Sdat se rend ensuite sur les voies, à la recherche d’éventuels indices “en enjambant le grillage”. Deux mètres de haut à enjamber, sans doute avec l’aide de bottes de sept lieues…

7. Police et don d’ubiquité

Lorsque Julien Coupat quitte l’abord des voies SNCF, une partie des policiers le suit. Les fonctionnaires restés à Dhuisy constatent “une gerbe d’étincelles accompagnée d’un grand bruit sec” à 5 heures 10, au passage du premier TGV. Selon le PV 104 et leurs explications ultérieures, ils en rendent immédiatement compte à leur hiérarchie. A 5 heures 25, tous les policiers quittent les lieux en direction de Trilport, afin de fouiller une poubelle dans laquelle ils ont vu Julien Coupat jeter des objets la veille. Ils arriveraient sur place en cinq minutes, c’est-à-dire qu’ils auraient parcouru le trajet à 324 km/h en moyenne… Dans la poubelle, les policiers supersoniques trouvent des horaires SNCF et un emballage de lampe frontale.

Un relevé de bornage téléphonique fourni par les policiers soulève pourtant le doute. Alors qu’ils sont tous censés avoir quitté Dhuisy, le
relevé montre que des policiers ont passé des appels depuis cette commune jusqu’à 6 heures du matin.

Camille Polloni
Nico37
 
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 04 Mar 2011, 18:50

Gérard Coupat a écrit:Chère Michèle-Yvette-Marie-Thérèse Alliot-Marie

Ce qui vous arrive est injuste. Rien n’est pire que de tomber pour une faute qu’on ne peut reconnaître. Car qu’avez-vous fait d’autre, dans cette excursion tunisienne, que ce que font depuis toujours tous vos petits camarades ? Et si l’on vous fait expier l’infamie cette fois trop visible de la politique étrangère de la France, que va-t-on faire de vos infamies passées, tellement plus notables ?


Je suis né la même année que vous, en Algérie, d’un père militaire puis ouvrier. J’en tiens une idée assez précise, je crois, de ce que fut le gaullisme après 1945. De là, j’ai été rapatrié dans le Sud-Ouest. On ne pouvait ignorer alors, dans le Sud-Ouest, ce qu’était le clan Marie. Puis, comme tant d’autres dans ma génération, une fois éteint le souffle émancipateur de 68, j’ai fait ma carrière sans plus me soucier de politique, laissant cela, bêtement, à des gens comme vous. Je dis «bêtement», car avec l’affaire de Tarnac, j’ai fini par admettre que si vous ne vous occupez pas de politique, la politique, elle, s’occupe de vous. Enfin, la seule sociologie ne suffit pas à expliquer mon ultime malchance : habiter à Rueil-Malmaison, baronnie dont votre compagnon Ollier a hérité des mains de Jacques Baumel, «gaulliste historique». Cela dit pour situer «d’où je parle», comme on disait en 68.


On vous reproche aujourd’hui votre compromission avec un dictateur tunisien. Quelle mauvaise foi ! Quel dictateur africain ou maghrébin ne s’est pas vu, un jour ou l’autre, offrir les services de la France ? Qui peut prétendre ignorer la collusion historique entre l’État français et à peu près toutes les autocraties véreuses issues de l’empire colonial ? Croit-on qu’un Claude Guéant ait des fréquentations plus honorables que vous ? Et qui peut ignorer que, depuis cinquante ans, l’argent des ventes d’armes ou celui de Dassault sert de diverses manières à financer les réseaux gaullistes ? L’existence de monsieur Foccart n’est tout de même pas une découverte récente. Et si Charles Pasqua fait aujourd’hui sourire, pourquoi devriez-vous faire horreur, sinon en vertu d’une obscure misogynie ?


Si l’on vous sacrifie, c’est en un sens pour sauver le grand aveuglement français d’après-guerre : l’aveuglement quant à la nature du gaullisme. Le gaullisme fut une curieuse synthèse de Maurras et de Machiavel, et rien d’autre. Qui furent les «gaullistes historiques» ? Des gens qui ont appliqué en temps de «paix» les techniques clandestines, les illégalismes qu’ils avaient appris dans la Résistance. Des anciens de la Cagoule. Des activistes orphelins de l’action. Des pétainistes déçus de Vichy mais toujours friands de grands hommes. Des passionnés de la conspiration. En 1959, quand les frères Bromberger écrivent les 13 complots du 13 mai, ils trouvent finalement héroïque que De Gaulle ait pris le pouvoir et fondé la Ve République à la faveur d’un authentique coup d’État. Le Coup d’État du 13 mai, c’est le titre d’un livre amer du colonel Trinquier.


Dans les années 1940, Jacques Baumel s’occupait de financer le Rassemblement du peuple français (RPF). Le service d’ordre du RPF, principalement composé de truands militarisés, est l’ancêtre du Service action civique (SAC). Les tueurs du SAC furent toujours aux côtés de votre bon-papa, quand il faisait campagne à Biarritz pour les législatives ou les municipales. Votre compagnon Ollier a succédé à Baumel à la mairie de Rueil-Malmaison. Quant à vous, vous honorez les héritiers du SAC, devenu le Mouvement initiative liberté (MIL), de votre participation à leurs conventions. La boucle est bouclée. En février 2009, vous y faisiez un discours intitulé «Français toujours et fier de l’être».


Quand je le lis, j’ai l’impression d’entendre Raymond Marcellin. Comme celui-ci demandait au SAC, après 68, de l’aider à casser du gauchiste, vous demandez au MIL de «créer de la part de l’opinion publique un rejet de ces groupes» afin d’«isoler et lutter contre ceux qui attaqueraient l’État» puisque «nous sommes à l’heure où l’ultra-gauche voudrait remettre en cause l’autorité et le pouvoir de l’État». Dans la droite ligne hallucinée de Raymond Marcellin, qui soutenait les groupuscules d’extrême-droite pour y recruter des hommes de main, vous avez pris comme porte-parole du ministère de l’Intérieur un ancien d’Occident, Gérard Gachet, dont on a fait opportunément détruire la fiche RG. Ils sont loin d’être rares les anciens de ces groupuscules dans l’actuelle majorité. De la même façon, avoir affaire depuis trois ans à l’antiterrorisme m’a projeté un demi-siècle en arrière, en Algérie, où l’antiterrorisme désignait la Main rouge, ces barbouzes qui faisaient sauter des bombes à la casbah pour provoquer les «musulmans».


Je tenais à vous dire que je trouve particulièrement injuste que l’on vous fasse à présent grief de mentir, car de mentir, depuis que je vous écoute, vous n’avez jamais cessé de le faire. Vous êtes allée jusqu’à déclarer à la radio, l’affaire s’étant retournée, que vous n’aviez jamais traité les gens de Tarnac de «terroristes», que c’était une invention des journalistes. Il est vrai que vous n’étiez que ministre de l’Intérieur quand vous les avez fait arrêter par la police antiterroriste.


À l’Assemblée, vous avez répondu à un député en des termes vifs, regrettant «l’abjection d’essayer d’utiliser mes parents pour vous en prendre à moi et pour m’attaquer politiquement». Je partage votre émotion, moi qui ai été utilisé de toutes les façons possibles pour s’en prendre à mon fils et l’attaquer politiquement. Pour ce qui est de trouver indécent de voir «passer sa vie, tant publique que privée, au peigne fin» comme vous vous en êtes plainte récemment, nous qui sommes sur écoute depuis trois ans et qui avons pu tâter des micros directionnels de la DCRI comme de leurs techniques de filature, nous en convenons : c’est très désagréable. Il serait d’ailleurs heureux que cela cesse. L’argent public a certainement de meilleurs usages.


Pour tout vous dire, à voir tous ces vieux dictateurs tomber, et à vous voir les suivre dans leur chute, j’en viens à souhaiter que vous ne soyez pas la seule à disparaître. Nous sommes lassés de voir depuis quarante ans les mêmes visages et les mêmes noms jouer au jeu des chaises musicales à la tête de l’État tandis que la souffrance sociale croit d’année en année. En attaquant les gens de Tarnac, vous m’avez rendu désirable l’insurrection qui vient, vous m’avez offert une vraie conscience politique. Soyez-en remerciée. À présent, je sais la différence entre des hommes, ou une femme, de pouvoir et ce que Hannah Arendt appelait une «vie politique».


Gérard Coupat - Médecin, père de Julien Coupat
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 08 Mar 2011, 08:32

http://valery-rasplus.blogs.nouvelobs.c ... iorka.html

Valéry Rasplus : En 1987 vous avez étudié les rapports entre les médias et le terrorisme. A l'aune de cette expérience, comment analysez-vous ce qui a été nommé « l'affaire de Tarnac » où Julien Coupat et huit autres personnes ont été mis en examen pour « direction d'une association de malfaiteurs et dégradations en relation avec une entreprise terroriste »?

Michel Wieviorka : C'est un cas de figure exemplaire ! Apparemment, le pouvoir politique voulait un coupable, et a livré sans preuve aux médias la piste de Julien Coupat et ses amis. En matière de terrorisme, une sorte d'adage se vérifie souvent : « ceux qui parlent ne savent pas, et ceux qui savent ne parlent pas ». En tous cas, on ne sait avec quelque certitude que lorsque le dossier aboutit devant la justice, et que celle-ci le traite vraiment. Par ailleurs, cette fixation sur une « ultra-gauche » libertaire passe à côté des grands dossiers du terrorisme contemporain, qui, pour la France, est global et avant tout islamique. On se serait cru aux beaux jours du début des années 70, quand Raymond Marcellin déployait toute son énergie contre le gauchisme.
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