Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

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Messagede bipbip » 20 Jan 2016, 16:31

1er janvier 1994 dans l’État du Chiapas au Mexique

Le 1er janvier 1994 marque l’apparition sur la scène politique mexicaine et sur la scène médiatique internationale du mouvement révolutionnaire "zapatiste" des indigènes du Chiapas au cri de « ¡Ya Basta ! ». Déjà vingt ans !

L’État du Chiapas se situe à la pointe sud du Mexique, au bord de l’océan pacifique, entre le Guatémala à l’ouest et l’État de Oaxaca à l’est. [3] Le Chiapas possède des ressources naturelles (55% de l’énergie hydroélectrique, 35 % du pétrole, près de 50 % du gaz naturel et 35 % du café du Mexique) ce qui en fait un état riche économiquement. Mais comme c’est souvent le cas, le peuple ne profite que rarement de la redistribution des richesses. En effet, sur le plan social, le Chiapas est l’un des plus pauvres du Mexique : en 2000, près des 2/3 des logements du Chiapas n’avaient ni électricité ni eau courante, 72 % des enfants ne dépassaient pas la première année de scolarisation, et 80 % des Chiapanèques n’étaient pas affiliés à la sécurité sociale (source : wikipedia).

Le 1er janvier 1994 [4], des centaines d’indigènes descendent des montagnes et prennent par les armes quatre villes de l’État puis huit. Mairies et édifices publics sont brièvement occupés, les prisons ouvertes ! Les insurgé.es affichent partout la première Déclaration de la forêt Lacandone [5], et se replient rapidement. Les buts des opérations n’étaient pas en effet la prise de contrôle des institutions du Chiapas, mais de faire la preuve de l’étendue et de l’organisation de la révolte, pour amener le gouvernement à négocier des mesures améliorant la situation des Chiapanèques, en particulier en reconnaissant aux communautés mayas le droit à décider de leur sort et à ne pas être cantonnés dans des "réserves".

... http://rebellyon.info/1er-janvier-1994-dans-l-etat-du
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede Pïérô » 30 Avr 2016, 11:35

LES REBELLES ZAPATISTES & la construction de l’autonomie

En 2014, nous avons célébré les vingt ans de l’insurrection zapatiste, laquelle, le 1er décembre 1994, avait stupéfait le monde entier. Deux décennies plus tard, les hommes et les femmes zapatistes sont toujours là et leur rébellion, devenue révolution, construit et défend au quotidien, contre vents et marées -répressifs, un projet de société révolutionnaire qui, en de nombreux points, rappelle ce que prônent les anarchistes depuis plus d’un siècle, à savoir une organisation sociale sans État et un système économique communiste – au sens premier, et noble, du terme. Petit focus sur ce territoire maya en rébellion…

... http://www.socialisme-libertaire.fr/201 ... nomie.html
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 01 Nov 2016, 19:01

¡ YA BASTA !

S’inscrivant dans une tradition de lutte de plus de 500 ans et après avoir tenté par tous les moyens légaux de faire entendre les droits du peuple mexicain, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (E.Z.L.N.) prend les armes le 1er janvier 1994 et déclare la guerre au mauvais gouvernement.

Dans la première Déclaration de la jungle Lacandone, les insurgés zapatistes posent leurs revendications qu’ils résument en deux mots « Ya basta ! » (« Ça suffit ! ») et qu’ils précisent par une série de lois :

- La loi sur les impôts de guerre abolit les impôts et en impose un à tous les civils tirant profit du peuple et de ses activités.

- La loi agraire révolutionnaire vise à restaurer la propriété communautaire des terres fixée par la Constitution de 1917, amendée en 1991 par l’introduction d’un droit à l’appropriation privée. Au-delà d’une certaine surface, les propriétaires sont expropriés et leurs terres rendues aux coopératives pour la production collective des aliments nécessaires au peuple mexicain.

- La loi révolutionnaire sur les femmes leur donne le droit de décider du nombre d’enfants qu’elles désirent, de choisir librement leur conjoint.

- La loi de réforme urbaine supprime l’impôt foncier et le loyer, réquisitionne les bâtiments vides.

- La loi du travail, la loi sur l’industrie et le commerce, la loi sur la sécurité sociale et la loi sur la justice s’appliquent tout autant à protéger le peuple mexicain.

Les nombreux communiqués de presse qui suivent rendent compte, non sans humour, des nombreuses tentatives de manipulation du gouvernement fédéral, de l’intense répression subie, des conditions de vie des populations et des combattants, des campagnes de dénigrement, des assassinats. Le sous-commandant Marcos, rédacteur de ces textes débattus collectivement, s’adresse tour à tour aux journaux, à diverses personnalités nationales ou étrangères, aux étudiants, aux enfants, aux autres peuples indigènes,… pour éclaircir les exigences de Liberté, de Justice et de Démocratie. Il exige la tenue d’élections libres.

Les tentatives de cessez-le-feu seront sans cesse violées par l’armée fédérale. Les négociations du printemps seront l’objet de pressions incessantes et de contre-vérités diffusées par la presse, pour déstabiliser les rebelles. Finalement, les 32 propositions du Gouvernement en réponse aux 34 revendications zapatistes, seront soumises à une consultation nationale organisée par le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène (C.C.R.I.) et rejetées à 97,88%.

La deuxième Déclaration de la jungle Lacandone se réclame d’Émiliano Zapata qui affirmait que « c’est aussi en lançant des idées rédemptrices, des phrases de liberté et des anathèmes terribles sur les bourreaux du peuple que s’effondrent les dictatures, que s’effondrent les empires ». Elle décrète un cessez-le-feu unilatéral afin de permettre à la société civile de s’organiser pour parvenir à une transition démocratique par une convention nationale démocratique qui devra déboucher sur de nouvelles élections, un gouvernement de transition et une nouvelle magna carta qui reprendrait les principes essentiels de la Constitution de 1917, reconnaissant à l’ensemble des mexicains le droit à un toit, à la terre, au travail, à la nourriture, à la santé, à l’enseignement, à l’information, à la culture, à l’indépendance, à la démocratie, à la liberté, à la justice et à la paix.

L’ E.Z.L.N. ne se rend pas, elle résiste car la dignité ne se rend pas. Les insurgés zapatistes sont les ruisseaux de montagnes qui descendent dans la vallée pour faire gronder les rivières. Mais les ruisseaux n’ont pas de chemin de retour. Rien pour eux. Tout pour tous. Leur vrai choix est la paix digne ou la guerre digne.

Le mauvais gouvernement leur répond par le mensonge et la guerre.

La convention nationale aura bien lieu mais avec une pression militaire constante. Arrestations, tortures, attentats, assassinats se multiplient.

Les élections du 21 août connaitront des fraudes record. Le P.R.I. aurait dépensé 1 250 millions de dollars pour sa campagne, soit 25 fois plus que Clinton pour la sienne aux États-Unis !

L’E.Z.L.N. rompt alors le dialogue. Ainsi s’achève ce premier volume, avec les derniers communiqués et les dernières lettres d’octobre 1994.

Cette première compilation de toutes les proclamations de l’E.Z.L.N. et du C.C.R.I. est forcément parfois répétitive mais rend bien compte de la grande intégrité des insurgés, de leur désir de changer le monde sans prendre le pouvoir. À côté d'abondantes données chiffrées démontrant les injustices que subit le peuple mexicain, on trouve des textes plus poétiques, emprunts du réalisme magique caractéristique de la littérature d’Amérique Latine, ce qui leur donne un souffle original. Le sous-commandant Marcos les parsème de poèmes, d’anecdotes et d’histoires comme celle de Durito, le petit scarabée à lunettes qui fumait la pipe.

Véritables pages d’histoire d’une révolution contemporaine toujours vivante, indispensables pour se forger sa propre opinion face aux montagnes de contre-informations publiées ici ou là.

¡ YA BASTA !
Les insurgés zapatistes racontent un an de révolte au Chiapas.
Sous-commandant Marcos
Traduit de l’espagnol par Anatole Muchnik
482 pages – 150 francs
Éditions Dagorno – Paris – 1994


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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 05 Jan 2017, 15:55

En 1994 : Les zapatistes gâchent le triomphe néolibéral

Le début des années 1990 semble annoncer le triomphe du capitalisme. Le mur de Berlin et l’URSS sont tombés, l’Europe a ratifié Maastricht et l’Amérique du Nord l’Alena. Mais alors que certains et certaines se gargarisent de ces triomphes et proclament la fin de l’histoire, une mystérieuse armée zapatiste de libération nationale (EZLN), inconnue jusque là, occupe le 1er janvier 1994 cinq municipalités de l’état du Chiapas au Sud du Mexique et se lance dans une révolution sans précédent.

L’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) qui sort de l’ombre le 1er janvier 1994 existe pourtant déjà depuis dix ans. Ses origines, racontées par les leaders eux-mêmes, tiennent beaucoup du mythe fondateur. Officiellement fondée le 17 novembre 1983 par un groupe de quelques militants révolutionnaires marxistes qui s’enfonce dans les forêts du Chiapas, cette armée parvient à vivre dans la clandestinité pendant des années en se rapprochant petit à petit des communautés mayas de la région.

Mais alors que les militantes et militants espéraient initier les indigènes à leurs idées, c’est plutôt l’inverse qui se passe. Ils s’imprègnent progressivement des pratiques traditionnelles indigènes comme l’assemblée villageoise souveraine, le «  commander en obéissant  », les échanges réciproques plutôt que monétaires, le travail communautaire, et cette rencontre de deux « mondes » différents débouche sur une mobilisation des plus originales, souvent incomprise même au sein de l’extrême gauche.

Peu à peu l’organisation zapatiste se construit autour des « bases d’appui », les familles et les villages qui se sont déclarés zapatistes. L’EZLN comprend une force permanente mais aussi des miliciennes et des miliciens qui tout en continuant à travailler, sont mobilisables à tout moment. Chaque milicien ou milicienne doit acheter lui-même son arme et l’EZLN déclare n’avoir jamais reçu d’aide d’autres mouvements. Parmi les militants zapatistes, le rôle de l’église catholique et notamment des catéchistes indiens influencés par la théologie de la libération est certainement important. Mais l’EZLN revendique sa laïcité, situant son combat sur le terrain social et politique en dehors de toute obédience religieuse.

Après dix ans de travail clandestin de préparation, les communautés débattent et chacun, homme, femme, adolescent ou vieillard, vote pour ou contre le soulèvement armé. La décision de l’insurrection est un quitte ou double où les zapatistes ne prévoient que deux issues, l’écrasement militaire ou un soulèvement général du peuple mexicain.

Ya Basta ! (ça suffit maintenant !)

Il faut dire que le terreau était propice à la lutte  : le président Salinas de Gortari a fait modifier l’article 27 de la constitution, qui reconnaissait la propriété collective de la terre et garantissait donc l’unité des communautés. La modification autorise au contraire la privatisation des terres, donc leur vente, ce qui ouvre la porte à des manœuvres de corruption pour pousser les indigènes à vendre leurs terres. La majorité des terres a déjà été accaparée par des grands propriétaires fonciers soutenus par les gouvernements corrompus, et les indigènes sont des citoyens de seconde zone, ne bénéficiant d’aucun service public, et devant vivre isolé-e-s dans les montagnes s’ils veulent conserver leur culture et leur identité.

Les terres qui leur restent sont convoitées par les propriétaires terriens et les entreprises minières et touristiques qui voudraient bien mettre la main sur les trésors naturels du Chiapas. Mais revenir sur cet acquis de la révolution de 1910  [1], obtenu entre autre grâce au combat acharné d’Emiliano Zapata, est considéré comme un arrêt de mort par les paysannes et paysans indiens, qui ont déjà subis, depuis le début de la colonisation européenne, le racisme, l’esclavage, l’évangélisation forcée, la spoliation de leurs territoires… Tout cela va les pousser à la rébellion ouverte contre le gouvernement fédéral.

Et pour couronner le tout, le 1er janvier 1994, jour d’entrée en vigueur de l’Alena et de la réforme de l’article 27, l’EZLN occupe cinq municipalités du Chiapas. Des milliers d’hommes et de femmes, armés de bric et de broc, le visage masqué par un foulard ou un passe-montagne surgissent de nulle part, à la surprise totale du gouvernement et de l’armée. Dans chaque mairie un militant ou une militantes lit la 1re déclaration de la forêt Lacandone qui s’adresse au peuple mexicain et réclame les droits au travail, à la terre, au logement, à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, à l’indépendance, à la liberté, à la démocratie, à la justice et à la paix.

Changement de stratégie

Le 2 janvier, les insurgé-e-s commencent leur repli, tandis que l’armée occupe le terrain. Du 2 au 12 janvier, une série de combats se déroulent entre l’armée fédérale et l’EZLN. Les troupes gouvernementales répriment violemment l’insurrection, multipliant les exactions contre la population. Mais s’il n’y a pas de révolte généralisée au Mexique, une formidable mobilisation nationale et internationale exige une solution négociée. 100 000 manifestants et manifestantes défilent à Mexico alors que le président de la république déclare un cessez-le-feu immédiat. Les insurgés ont alors l’intelligence de saisir l’opportunité qui leur est offerte et proposent d’ouvrir des négociations. Renonçant à la voie armée qu’ils préparaient depuis dix ans, ils optent pour la parole et la confrontation avec cette société civile qui les soutient sans vouloir recourir aux fusils.

Après le «  Dialogue dans la cathédrale de San Cristobal  » qui détermine les conditions de cessez-le-feu et des futurs négociations, celle-ci vont connaître bien des péripéties. Les politiciens professionnels se retrouvent face à des représentants et des représentantes des communautés indigènes parlant parfois difficilement l’espagnol et qui respectent strictement le mandat qui leur a été confié. Pour le plus grand agacement des représentants de l’État, ils retournent devant les communautés à chaque étape de la négociation, pour leur soumettre les derniers développements et leur demander leur avis.

Finalement, en 1996, les Accords de San Andrès sont signés, reconnaissant les droits et cultures des indigènes du Mexique, et leur accordant leur autonomie politique, sociale, économique et culturelle. Mais ces accords sont vidés de leur substance par le président Zedillo (Parti Révolutionnaire Institutionnel) juste avant leur ratification, et donc rejetés par les zapatistes. En 2000, le PRI perd l’élection présidentielle au profit du Parti d’Action Nationale (PAN). Le nouveau président, Vincente Fox, qui avait promis de régler la question zapatiste en «  un quart d’heure  », ne règle rien du tout.

Une délégation zapatiste parcourt alors le Mexique début 2001, c’est la « Marche de la couleur de la terre ». A son arrivée à Mexico, la commandante Esther prend la parole à la tribune du Congrès et exige la ratification des accords originaux de San Andrés. Mais les politiciens, de droite comme de gauche, trahissent leurs engagements et votent une loi qui dénature totalement les accords. De cette trahison, les zapatistes tireront toutes les conséquences en rompant toute relation avec la classe politique.

Un large soutien populaire

Durant tout ce processus, l’EZLN a pu compter sur un large soutien national et international, sans lequel le gouvernement aurait eu le champ libre pour réprimer allègrement. De nombreux groupes, parfois constitués pour l’occasion par des personnes d’orientations politiques diverses, leur apportent un soutien financier, logistique, politique, moral. Mieux, les zapatistes deviennent une source d’inspiration et de propositions, notamment pour les mouvements indigènes, qui s’organisent au niveau national et international, notamment au sein du Congrès National Indigène, encore actif aujourd’hui. De nombreux espaces, notamment les «  rencontres intergalactiques  » organisées en territoires zapatistes en 1996 et 1997, permettent à tous ces mouvements solidaires de se rencontrer et de partager leurs luttes.

Le soutien n’est cependant pas unanime. Les marxistes-léninistes voient d’un mauvais œil ce mouvement qui parle par métaphores et ne rentre dans aucune case des grilles de lecture orthodoxes, et certains libertaires ne peuvent accepter le côté nationaliste des zapatistes, qui honorent autant le drapeau mexicain que le leur, noir avec une étoile rouge. Mais c’est justement cette originalité des zapatistes, leur refus des dogmes et leur exigence de respecter les spécificités de chaque individu comme de chaque mouvement, qui leur permettent de bénéficier d’un soutien aussi large.

L’un des moments clefs pour les zapatistes dans leurs relations avec le reste de la société civile est «  l’autre campagne  », annoncée dans la Sixième déclaration de la forêt lacandone (la « Sexta »), et qui se réalise en marge des élections présidentielles de 2006. Profitant de l’effervescence pré-électorale, plusieurs délégations zapatistes parcourent le pays à la rencontre des mouvements sociaux et indigènes, tout en développant un discours très critique sur la farce électorale et la prétendue démocratie que serait le Mexique. Ces positions précisent la rupture avec l’aile gauche de la classe politique, le PRD (social démocrate) ne pardonnant pas aux zapatistes et autres mouvements de l’autre campagne de ne pas leur apporter leur soutien, avec lequel il aurait probablement pu remporter les élections.

Vivre, pas survivre

Dès le soulèvement, les communautés zapatistes développent leur autonomie sur les terres « récupérées » aux grands propriétaires terriens ou à l’Etat, et réparties en cinq régions appelées Caracoles (escargots). Cet effort s’intensifie et se formalise en 2003, lorsque l’EZLN se retire de la gestion politique des communautés. Celle-ci revient alors aux «  conseils de bon gouvernement  » dont les «  autorités  » civiles, élues au sein des communautés pour un mandat non renouvelable et contrôlé par l’assemblée, sont chargées d’aplanir les difficultés entre les villages et de coordonner les efforts.

Les zapatistes mettent en place un système de santé reposant sur des «  promoteurs et promotrices de santé  », qui se préoccupent de la santé comme de l’hygiène. Plusieurs cliniques fonctionnent, où les soins sont gratuits et de bien meilleure qualité que dans les dispensaires médicaux gouvernementaux. La médecine traditionnelle, et notamment les herbes médicinales, est valorisée, sans rejeter pour autant la médecine occidentale. Des ambulances offertes par le mouvement de solidarité italien peuvent transporter les malades dans les hôpitaux les plus proches pour les cas les plus graves.

Les zapatistes ouvrent des écoles où les « promoteurs et promotrices d’éducation » diffusent « une autre éducation » dans la langue natale des enfants. L’autre éducation « exalte les valeurs de l’être et non de l’avoir » et « encourage l’amour de la connaissance ». Les matières de bases sont les langues (indigènes et espagnol), les mathématiques, l’histoire, la vie et l’environnement et l’intégration où se combine la connaissance de ces quatre domaines.

En territoire zapatiste, ce sont les « autorités » qui rendent la justice. Elles agissent comme des médiateurs entre les parties en cause. En cas de délit, pas de prison, mais des travaux d’intérêt collectif. Évidemment, il est toujours possible d’échapper à la sanction en quittant le territoire zapatiste, ce qui arrive parfois, mais il faut alors renoncer à l’appartenance à la communauté.

Sur les terres récupérées, le travail se fait en commun. Des collectifs cultivent le maïs, les haricots, le café. Avec l’artisanat, le café est le seul produit d’exportation des zapatistes. Les zapatistes créent aussi des coopératives de vente, de transport et même une coopérative de scooters taxi.

Le chemin parcouru et l’expérience accumulée depuis le soulèvement sont donc énormes, quoique parfois tâtonnants, et ce malgré la pression constante des gouvernements locaux et fédéraux. Ceux-ci n’hésitent pas à assassiner, emprisonner, calomnier, construire des routes pour les patrouilles militaires, proposer à la vente les terres des communautés zapatistes, mais sans succès. 20 ans après le pari du soulèvement, l’autonomie zapatiste tient bon.

Pascal (AL Rouen) & Jocelyn (AL Marseille)


LE SOUS-COMMANDANT MARCOS

Marcos devient rapidement le protagoniste le plus emblématique de l’EZLN. Il est le porte parole du commandement général de l’armée et sous-commandant car « les commandants sont des hommes et des femmes indigènes qui viennent des communautés ». Maniant l’humour et l’autodérision, passant du discours politique au parler le plus familier, écrivain, conteur, il entretient avec les médias et les intellectuels des relations épistolaires régulières à partir de 1994.

Il était l’un des premiers guérilleros qui se sont enfoncés dans la forêt. En 1996, le gouvernement a prétendu connaître son identité, qui n’a jamais été confirmée.

Conscient des risques d’une trop grande personnalisation, il ne cesse de se démystifier. Lors de « l’autre campagne » où il a visité les différents états du Mexique, il se surnomme « le délégué zéro », chargé de préparer la visite des commandants zapatistes (« de choisir la cagoule la mieux adaptée à la chaleur »).


LES FEMMES DANS LA RÉBELLION

Dès le début de l’EZLN, les femmes ont revendiqué leur place dans l’organisation. En 1994, en même temps que la 1ère déclaration de la forêt lacandone, l’EZLN publie la loi révolutionnaire sur les femmes qui liste les revendications prioritaires des compañeras : droit de participer à la lutte révolutionnaire ; droit au travail, à la santé, à l’éducation ; droit de choisir son conjoint sans être contrainte au mariage, interdiction des maltraitances physiques et reconnaissance du viol comme un délit grave ; droit à décider du nombre d’enfants qu’elles désirent ; droit à occuper les postes de direction dans l’EZLN.

Miliciennes, commandantes, elles prennent aussi une place de plus en plus importante dans le fonctionnement des communautés comme promotrices de santé ou d’éducation ou membre des conseils. Dans une société traditionnellement machiste où la femme n’a pas droit à la parole, les femmes indigènes s’imposeront comme une composante essentielle de la lutte.


[1] Voir le dossier sur la révolution mexicaine dans Alternative libertaire de décembre 2010.


http://alternativelibertaire.org/?En-19 ... gachent-le
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 07 Jan 2017, 17:08

Que deviennent les zapatistes, loin des grands médias ?

Les zapatistes, qui avaient défié la modernité néolibérale en 1994, semblent passés de mode. Les grands médias n’en parlent plus, au point que l’on pourrait, loin des milieux militants, les croire disparus. Que deviennent-ils ? Quels enseignements peut-on tirer de leur expérience ? Pourquoi le sous-commandant Marcos a-t-il cédé sa place, il y a quelques mois ? Guillaume Goutte, auteur de Tout pour tous — L’expérience zapatiste, une alternative concrète au capitalisme et éditeur de textes zapatistes, a répondu à nos questions.

... http://www.revue-ballast.fr/guillaume-g ... zapatiste/
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 05 Mar 2017, 15:47

LA VOIE DU JAGUAR

Image

Le 14 juin 2006, la brutalité de la répression contre les manifestations des maîtres d’écoles de l’État d’Oaxaca va déclencher une insurrection populaire qui va organiser un mode de vie communautaire et affronter le pouvoir pendant plusieurs semaines. Georges Lapierre, témoin des événements, a rencontré, à leur sortie de prison, des acteurs du mouvement. Il raconte et analyse avec eux son origine, son déroulement et sa survivance.

Il rappelle qu’à la guerre menée contre l’humanité par le capitalisme, le génocide contre toute vie sociale autonome, les zapatistes de l’État de Chiapas voisin, proposent un monde qui contient plusieurs mondes, une universalité multiple du genre humain. Ils sont moteur d’un changement, de l’ouverture des cultures, à l’initiative du dialogue entre les peuples indiens du Mexique.

Les Mexicains sont encore proches de ce qu’ils ont été amenés à rejeter ou à refouler : leur « indianité ». En Europe, nous avons abandonné progressivement les usages pour devenir des conquérants, des prédateurs.

Le gouvernement américain est la principale menace pour le peuple des États-Unis. L’Organisation mondiale du commerce est un coup d’État patronal sur les gouvernements nationaux avec la volonté de circonvenir la démocratie. Les américains du Nord ont désormais donné le nom de démocratie à ce totalitarisme de type marchand.

La politique mexicaine actuelle est conduite par deux obsessions : privatiser le pétrole et les terres des territoires indiens.

Georges Lapierre revient sur la chronologie des événements d’Oaxaca. Il explique comment en quelques jours les habitants ont organisé la vacance du pouvoir, se passant, comme ils l’ont toujours fait, de la tutelle de l’État mais au grand jour, en fermant les bureaux du gouvernement et reprenant la tradition de l’assemblée comme instance souveraine de prises de décision et d’initiatives. L’assemblée apparaît alors comme moyen et comme fin du mouvement social. Ils résistent depuis plus de 500 et décident de passer à l’offensive. C’est d’abord la légitimité du gouverneur Ulises Ruiz Otara, qui est contestée, puis très rapidement une longue liste de problème depuis les semences transgéniques jusqu’au Plan Puebla-Panama.

Il insiste sur l’importance des moyens de communication comme enjeu stratégique et énumère les différentes stations de radio saisies et le rôle qu’elles ont joué dans le principe du mandar obedeciendo (commander en obéissant) : comme les assemblée ne pouvaient accueillir un million de personnes, la radio transmettait une proposition que les gens discutaient et les leaders devaient ensuite obéir. Au Mexique, les radios communautaires sont illégales et pourtant, après 2006, 25 ont été installées et tolérées.

La défense du territoire commencé il y a 500 ans, se poursuit aujourd’hui contre l’agression étrangère des multinationales mais aussi contre les grands propriétaires terriens et éleveurs de bétail mexicains. Avec les barricades, c’est la population des villes qui retrouvait un territoire à défendre. Ce furent des expériences d’auto-organisation et d’identité débouchant dans le cadre urbain sur une nouvelle conscience : faire partie d’un peuple et d’une communauté organisée, avec un territoire et un sentiment commun. La colonia, le quartier est ce territoire commun qu’il va falloir défendre de manière collective. L’habitude, comme dans les villages, de saluer tout le monde avait disparu, accentuant l’individualisation. La convivialité est réapparue spontanément avec les barricades. Les problèmes sont alors abordés collectivement, en privilégiant le consensus et non par un vote de type électoral qui imposerait le choix de la majorité à la minorité.

L’anthropologue indien Floriberto Diaz définit la communalité, essence du mode de vie indien, selon quatre éléments : le territoire, le travail communal (travail commun au bénéfice de tous), le pouvoir communal qui repose sur la participation à l’assemblée et les réjouissances communales. Aujourd’hui cette culture est suffisamment dynamique pour absorber les influences venues du monde occidental. 8O% des terres dans l’État d’Oaxaca sont communales.

En 2006, la digue qui séparait jusqu’alors le mouvement autonome indien du monde urbanisé qui caractérise nos sociétés marchandes, s’est rompue.

Le mouvement autonome mexicain est marqué par l’adoption d’une identité politique et sociale anticapitaliste et antisystémique, la recherche d’alliances nationales et internationales, la transformation des relations entre les genres et les groupes d’âges, l’appropriation régionale du territoire, la protection de l’environnement.

Malgré l’écrasement des barricades et la répression, des peuples, des organisations, des collectifs, des habitants des quartiers continuent la lutte. Le mouvement s’est engagé sur le chemin d’une transformation radicale de la société, une transformation nourrie des savoirs ancestraux bafoués depuis 500 ans. Par exemple, les caravanes de solidarité, le Sentier du Jaguar pour la génération de notre mémoire, ont parcouru différentes régions de l’État d’Oaxaca. Des jeunes citadins sont allés à la rencontre des peuples et des communautés en résistance pour échanger des expériences de lutte et voir comment se soutenir mutuellement. Il ne s’agissait pas d’aller se rendre compte des problèmes et ensuite de les dénoncer mais d’ouvrir une perspective de réorganisation et d’articulation.

Pourtant, le pouvoir qui veut imposer ses mégaprojets néolibéraux, comme ceux du plan Puebla-Panama et d’autres, liés aux transnationales, se prépare à une guerre de basse intensité, soutenu par une alliance militaire avec les États-Unis, déverse sa propagande et ses calomnies en direction des peuples et des lutteurs sociaux traités de terroristes, d’ennemis intérieurs.

Ces entretiens rendent compte du mouvement social de l’État d’Oaxaca dont on entend si peu parler. Ils ont le mérite de briser ce silence aussi efficace que la répression pour cacher des expériences, des événements qu’il faut au contraire rapporter et diffuser. Retenons aussi que les gens deviennent dangereux pour l’ordre lorsqu’ils commencent à communiquer.

LA VOIE DU JAGUAR
Conversations de Georges Lapierre avec Ruben Valencia et David Venegas sur le mouvement social dans l’État d’Oaxaca au Mexique.
98 pages – 8 euros
L’Insomniaque éditeur – Montreuil – novembre 2008
http://www.insomniaqueediteur.org

http://bibliothequefahrenheit.blogspot. ... aguar.html
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 07 Mai 2017, 18:49

L’abécédaire du sous-commandant Marcos

Le zapatisme semble être passé de mode. Après avoir secoué le monde au mitan des années 1990 — les puissants juraient que leur « démocratie » marchande avait partout triomphé lorsqu’une armée, masquée et majoritairement composée d’Indiens mexicains, se dressa contre ce qu’elle nommait la Quatrième Guerre mondiale : le néolibéralisme et le capitalisme financier —, le mouvement porté par le sous-commandant insurgé Marcos, dit « Sup », a quelque peu disparu des radars médiatiques, voire militants. Ne parlons d’ailleurs plus de Marcos puisqu’il annonça lui-même son auto-dissolution il y a trois ans de cela : il se nomme à présent Galeano. Marcos n’est plus mais le zapatisme bouge encore ; il entend même présenter, en 2018, une candidate indienne aux élections présidentielles. Diable ! Le zapatisme n’a-t-il pas martelé qu’il refusait de s’emparer de l’État, qu’il se félicitait d’avoir permis « la création du pouvoir d’en-bas » (contre « l’en-haut »), qu’il se réjouissait d’avoir pratiqué une politique du quotidien et d’être passé « des leaders aux peuples » ? Galeano et son camarade Moisés s’en sont expliqué il y a quelques mois maintenant : il ne s’agit pas d’accéder à la fonction suprême ni de devenir un parti mais d’utiliser cette visibilité pour « amener le message de lutte et d’organisation aux pauvres de la campagne et de la ville du Mexique et du monde ». L’occasion de revenir, par cet abécédaire, sur ce mouvement et cette figure qui nous sont chers.

... http://www.revue-ballast.fr/labecedaire ... nt-marcos/
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede Pïérô » 26 Mai 2017, 08:17

Atenco : Comuniqué à 11 ans du mai sanglant



Il y a onze ans de cela, étant alors au poste de gouverneur de l’Etat de Mexico, Enrique Peña Nieto ordonnait de laisser cours à la barbarie contre Atenco avec la bénédiction de Vicente Fox [alors président du Mexique] et de Nazario Gutiérrez [ex-président municipal de Texcoco, où la répression avait débuté]. Les trois instances de gouvernement et leurs filiations partidaires respectives : le PRI, le PAN et le PRD, rendaient honneur à l’horreur en lâchant plus de 3500 monstres en uniforme sous le commandement de Wilfrido Robledo Madrid et d’Ardelio Vargas Fosado, entre autres gendarmes sans âme ayant agi énergiquement pour faire disparaître de la face de la terre le Front des Villages en Défense de la Terre. Car – pensaient les bourreaux – c’était le seul moyen pour semer la terreur et la mort, et faire accepter que la lutte constituait le pire crime pouvant être commis, dans un pays où seule une poignée de gouvernants mafieux, amants du pouvoir et de l’argent, peuvent continuer à jouir dans une aussi généreuse impunité.

Ils ont planifié méticuleusement jusqu’au dernier détail : tirer à bout portant, prendre les femmes comme butin de guerre, les violer et les torturer ; saccager et perquisitionner les maisons et les âmes, laisser le visage de la terreur et du cauchemar ; embarquer toute personne qui paraissait avoir de la dignité et les emmener au cachot ; expulser du pays les personnes qui paraissaient « étrangères », non pas pour leur nationalité, mais pour être partisanes de la solidarité et de la vie ; pourchasser en chiens rageux tout ce qui pourrait renaître depuis le moindre endroit, la moindre tranchée, et remettre ça par le biais de peines de prison infâmes, ne pouvant être accomplies qu’en y laissant la vie. Tout cela, et bien plus encore, pour donner un châtiment exemplaire, pour se venger, pour soumettre la dignité.

Sans le moindre doute, les 3 et 4 mai 2006 au Mexique ouvraient le chemin à une escalade de la répression et de la criminalisation, à des niveaux qu’on aurait pensés destinés à faire partie du passé. Atenco, ensanglanté, fut leur trophée, et pour le maintenir bien en vue, il leur fallait armer le barillet et mettre en joue ceux dont la si dangereuse dignité pouvait être porteuse de contagion. Et les bêtes ont donc été lâchées contre tout et contre tous. La répression de l’Etat dans son ensemble a peut-être été leur œuvre la plus démocratique, parce qu’il n’y a pas eu un village, une corporation, de quartier, de dignité qui lutte qui n’ait été à l’abri des coups, des gaz lacrymogènes, des balles assassines, de la disparition forcée, des vengeances politiques et de chacune des ignominies qui ont actuellement cours, bien que leurs serviles médias de désinformation s’emploient à les rendre invisibles.

C’est comme cela que nous en arrivons à ces derniers jours, onze après, sous le fardeau de près d’un siècle d’impunité du PRI (le parti au pouvoir). La criminalisation est légale ; nous en avons la preuve à travers la loi Eruviel, dans ce creuset-même de la corruption priiste que constitue l’Etat de México ; l’impunité et les ovations allant à ceux qui volent le plus, à celui qui fait disparaître et qui assassine, que ce soit les étudiants, les journalistes ou les femmes. Plus il y aura de Duartes [1] détestables circulant en toute liberté et de Peña Nietos sans condamnation, plus la vilainerie sera couronnée dans un pays en état de survie et qui, néanmoins, avec la force qui lui reste, réclame ses femmes et ses hommes, ses jeunes et ses enfants pour que nous nous soulevions toutes les fois que cela sera nécessaire, parce que c’est l’unique vie que nous possédons et que nous sommes responsables de la brèche qu’il nous faut laisser pour ceux qui viennent après nous.

De tous côtés, nous restons sur nos gardes contre les menaces. Certains luttent pour la terre, pour notre petit bout de patrie que nous nous évertuons à vouloir libérer de la malédiction capitaliste et pour le droit de continuer à exister ; d’autres luttent pour défendre l’éducation pour tous, et que cela soit un sillon pour la liberté ; d’autres creusent leurs tranchées depuis leur profession, comme les dignes infirmières du Chiapas qui se sont mis en grève de la faim, comme certains des travailleurs dignes à qui il reste une conscience de classe, et qui savent que la lutte n’est pas dans l’obole ni dans quelques centimes de plus pour se vendre comme des esclaves ; des villages comme Arantepacua [2], qui savent que le futur repose dans la lutte malgré les morts, ou l’exemple d’un Cherán [3], qui nous protège de ses feux de camp et qui nous indique le chemin. De nombreuses mères et pères de famille ont rencontré la lutte au moment où ils ont fait disparaitre leurs filles et leurs fils, qu’ils recherchent à chaque exhalation et chaque jour de leur vie.

A Atenco, nous débutons le 21e siècle le front levé. L’histoire nous a mis à l’épreuve, et nous contemple encore depuis un chemin qui promet d’être long. Nous avons décidé de lutter pour la vie. Nous avons décidé de ne pas baisser la tête. Nous avons décidé de ne pas trahir nos enfants et leurs enfants… Le coût n’a pas été des moindres, ni accompagné de remerciements. Pas un jour ne passe sans que nous ne désirions la paix dans nos foyers et entre nos frères de toujours et nos frères de sang, au milieu de tant d’avarice et du manque d’oubli distillés par le PRI dans nos villages, bien qu’ils savent bien que, de ce côté-ci, nous allons continuer à passer la charrue pour que renaisse la dignité et l’amour pour la vie.

Leur guerre d’extermination n’a pas pu en finir avec nos tranchées. « Nous serons plus… » continue-t-on à entendre, comme un écho de Tupac Amaru, avec la persévérance d’un jeune Nezahualcoyotl, pourchassé mais jamais vaincu.

Les tranchées surgissent bien au-delà d’Atenco, et se logent aux flancs des collines : depuis Acolman, à Santa Catarina, à Tezoyuca, San Luis Tecuautitlan-Temascalpa, Ocopulco-Chiautla, San Miguel Atepoxco-Nopaltepec, Chipiltepec, San Martín de la Pirámides, Chimalpa Tepexpan, San Pablo Tecalco, Chapingo, et dans tous ces villages qui se joignent et qui construisent une forcé capable de mettre un terme à la spoliation [4].

Le rugissement de leurs avions mortifères nous oblige à nous réveiller chaque jour côte à côte avec d’autres villages frères. Parce que ce n’est pas seulement l’ejido et la terre communale, ce sont aussi les collines qui y reposent, les étangs, les sources d’eau, ce sont nos villages et leur vie commune qui a été cultivée durant des siècles, et qu’ils veulent du jour au lendemain enterrer dans la tombe du progrès néo-libéral.

Suite à la dernière fraude du PRI qui nous a été imposée à Atenco il y a un mois de cela, pour attribuer les lauriers aux plus offrant à travers la représentation du commissariat ejidal, nous nous retrouvons encore plus obligés à réviser et à redéfinir « ce que nous avons fait, ce que nous n’avons pas fait et ce que nous allons faire », car céder la terre, permettre qu’ils nous envahissent et nous résigner à l’extermination ne sera jamais une option.

Nous savons sans conteste que ce ne sera à nouveau pas facile, bien au contraire ; et que personne ne va nous offrir aucune victoire. Il faudra les construire. Il faudra être audacieux et apprendre du chemin parcouru, de ses sentiers, ses écueils et ses chemins sans issue.

Nous aurons besoin comme toujours de vos mains, de votre accompagnement et de votre solidarité. De votre expérience et de vos outils avec lesquels vous luttez depuis la connaissance et dans la pratique.

Depuis cette patrie en lutte, depuis Atenco, nous adressons une embrassade au digne peuple du Venezuela qui résiste aux griffes de l’empire nord-américain. Tout comme Cuba, leur ferme drapeau nous couvre d’espérance et de plus de digne rage pour croire en un autre monde possible.

Ils ne nous ont pas vaincus. Nous ne nous sommes pas rendus.

Seigneurs de l’argent : à Atenco c’est le village qui décide de son destin, pas quelques-uns de vos employés serviles.

Enrique Peña Nieto : le jour où tu as ordonné de faire un trophée de notre village d’Atenco ensanglanté, tu t’es condamné toi-même.

ATENCO VIVE.

PEÑA NIETO DEGAGE, MORT AU PRI

ZAPATA VIVE, LA LUCHA SIGUE

LA TERRE NE SE VEND PAS, ELLE EST A AIMER ET A DEFENDRE

Front des Villages en Défense de la Terre (FPDT)



[1] Javier Duarte de Ochoa, gouverneur de l’Etat de Veracruz entre 2010 et 2016 et soupçonné de Accusé de détournements de fonds, d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, les sommes concernées de chiffreraient en centaines de millions de dollars. Après avoir été longtemps protégé par les autorités mexicaines malgré l’assassinat de nombreux journalistes enquêtant sur sa gestion, il est finalement recherché, devenu fugitif avant d’être finalement arrêté au Guatemala en avril 2017

[2] Depuis la répression sanglante contre leur village, les habitant.e.s d’Arantepacua ne cessent de se mobiliser pour obtenir justice pour les personnes assassinées et contre le mensonge d’Etat au sujet de la répression

[3] La communauté de Cherán qui s’est soulevée en avril 2011 contre l’impunité des cartels qui dominaient cette région de l’Etat du Michoacan, a depuis 6 ans créé sa ronde de vigilance communautaire, expulsé les partis politiques de la bourgade et mis en place une mairie collective basée sur des principes de démocratie directe.

[4] Récemment, une alliance de villages en lutte s’est mise en place dans tout l’est de l’Etat de Mexico.



Documentaire sur la répression des 3 et 4 mai 2006 à Atenco :
https://vimeo.com/19050671

http://cspcl.ouvaton.org/spip.php?article1318
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 19 Aoû 2017, 19:55

LA COMMUNE D’OAXACA

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Le sens de la vie commune reposant sur la reconnaissance et le respect de l’autre, voilà ce que l’État avait cherché à anéantir par toute une politique d’assimilation au mode de pensée dominant. C’est ce qui ressort des multiples conversations de Georges Lapierre avec les habitants d’Oaxaca, capitale de l’État éponyme du Mexique. Sous forme de chroniques, il raconte ce qu’il est désormais convenu de nommer la Commune d’Oaxaca, depuis le 14 juin 2006 jusqu’au 25 novembre.

Lorsque l’auteur est arrivé à Oaxaca pour la première fois en 1996, Ulises Ruiz Ortiz, héritier de grandes familles de cacique, est déjà gouverneur. Comme beaucoup d’États du Mexique, celui d’Oaxaca connait une situation « coloniale » dans laquelle le pourvoir est ressenti comme extérieur à la société. Les forces vives qui le constituent, sont composées par les peuples indiens : seize ethnies et plus d’une vingtaine de langues. Derrière l’apparence lisse réservée aux touristes, une guerre dite de basse intensité fait rager avec ses chapelets d’exactions, d’assassinats, d’offenses aux droits humains, une guerre sociale visant le démantèlement de toute vie sociale autonome.
La lutte prend trois aspects : politique et idéologique, essentiellement marxiste et anarchiste, ethnique et armé.
Le pouvoir tente, avec sa police, d’affaiblir les organisations contestataires par la répression, la division, la récupération politique. Il accentue la pression économique par la division et la suppression du travail. Au service des entreprises transnationales, des banques et des notables, il veut imposer le Plan Puebla-Panama pour s’approprier les ressources en énergie, en eau, en minerai sur les territoires concernés. C’est une vaste opération de transformation de la richesse collective en richesse privée.
Le surgissement de l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO) est une réaction de la société face à cette menace de spoliation.

Le 14 juin 2006, la police déloge avec fracas les maîtres d’école qui occupaient le centre-ville, provoquant le soutien spontané de la population. Deux manifestations regroupant plusieurs centaines d’habitants transforment alors l’occupation en insurrection. L’APPO est créée le 19 juin. La section 22 du syndicat des enseignants, émancipée du contrôle de l’État depuis le début des années 80 et forte d’une capacité de mobilisation exceptionnelle, sera le fer de lance de l’insurrection mais l’implication des délégués des barricades, des quartiers populaires, des villages, va ancrer le mouvement dans les profondeurs de la société. Revendiquant la destitution d’Ulises Ruiz Ortiz qu’ils empêchent de gouverner, ils cherchent à faire reconnaître par l’État fédéral, la vacance du pouvoir sans chercher à remplir ce vide. « Ils veulent nous obliger à gouverner, nous n’allons pas tomber dans cette provocation. »
On comptera jusqu’à 3 000 barricades, érigées pour contrer les caravanes de la mort. Certaines seront occupées par plus de mille personnes.
Les communautés indiennes de la Sierra Norte enverront également leurs délégués, à partir du congrès constitutionnel de l’APPO du 10 novembre 2006, radicalisant le mouvement, c’est-à-dire lui donnant ses racines.
Avec le mandar obedeciendo (commander en obéissant) le conflit prend la dimension d’une utopie, celle d’une reconstitution éthique d’une vie sociale face aux forces de désintégration portées dès le XVIe siècle par le monde dit occidental et plus précisément par la société marchande.
Mais autant le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène (CCRI) qui forme l’état-major de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), a la possibilité de tracer une démarcation claire entre les zones autonomes zapatistes et le monde « occidental », entre société non capitaliste et société capitaliste, et d’élaborer une stratégie de résistance, autant l’APPO est trop empêtrée dans la société mexicaine. Un mode de vie a pourtant survécu autour des valeurs communautaires que sont l’assemblée, le tequio communautaire et solidaire, celle de la guelaguetza, mot zapotèque qui signifie « art de donner » et qui recouvre l’ensemble des échange festifs. Il va nourrir la révolte sociale et fissurer l’appareil d’État.
Ce mouvement se veut pacifique. Il est l’expression populaire face à un pouvoir totalitaire et despotique. Il entend substituer à une rapport vertical, une relation horizontale : « Eux ils ont les armes, nous nous avons la raison et la raison doit triompher de la force. »
La patience, le temps indien prennent le pas sur l’urgence et l’impatience « révolutionnaire » du monde occidental.

Mais pour le pouvoir, il n’est pas possible de laisser plus longtemps le peuple faire la démonstration qu’il peut prendre le contrôle de la vie politique. La répression s’accentue. Tabassage systématique, torture, violence sexuelle, assassinats, la loi et l’ordre, non sans mal, seront finalement de retour. Carlos Fazio, dans un article paru dans La Jornada le 4 décembre sous le titre « Vers un État d’exception ? » évoque la « consolidation d’un État terroriste », « un processus larvé conduisant au fascisme », « une politique soigneusement planifiée et exécutée qui répond à un projet de domination d’une classe sociale tendant à configurer un nouveau modèle d’État qui agit publiquement et en même temps clandestinement à travers ses structures institutionnelles ».
L’État traduisait un mouvement social pacifique et complexe en scène de violence, en images chocs. La terreur de l’État est présentée comme légitime parce qu’elle met fin à une violence sociale, dont l’État avait au préalable organisé la représentation. Il n’y a pas de droit, seulement comme justification du terrorisme d’État par la mise en scène d’une paix sociale rompue par les insurgés.
La réponse à la répression ne sera pas un retour au chacun pour soi comme l’espérait l’État, mais une réponse collective.
L’autonomie, comme processus de construction d’autres réalités, montre qu’il y a une autre manière de changer les choses à partir de la source où les peuples décident de leurs propres modes de vie, et non à partir des institutions de pouvoir, qui se contentent de réformer les espaces oppressifs et répressifs.

Ayant par ailleurs déjà rapporté le déroulement des événements, nous nous sommes plutôt attachés à rapporter ici les commentaires et analyses de l’auteur. Nous renvoyons donc le lecteur à la « chronologie de la lutte pour la liberté » en toute fin d’ouvrage ou alors à nos compte-rendus précédents :

LA VOIE DU JAGUAR

¡ DURO COMPAÑER@S ! - Oaxaca 2006 : Récits d’une insurrection mexicaine

Nous laisserons le dernier mot à Raoul Vaneigem qui dans sa vibrante préface proclame qu’ « il serait temps que - réagissant contre la passivité, le manque de créativité, le fatalisme, l’obédience aux bureaucrates politiques et syndicaux - les démocrates européens, avilis, crétinisés, couillonnés par les démocraties corrompues qu’il sont portées au pouvoir, découvrent dans la volonté d’émancipation qui se manifeste à Oaxaca la conscience de cette dignité humaine qui, de la Révolution française au mouvement des occupations de Mai 1968, n’a cessé de faire entendre ses exigences. »


LA COMMUNE D’OAXACA
Chroniques et considérations
Georges Lapierre
Préface de Raoul Vaneigem
274 pages – 12 euros.
Éditions Rue des cascades – Paris – Avril 2008

https://bibliothequefahrenheit.blogspot ... .html#more
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 06 Jan 2018, 19:56

Entretien avec Jérôme Baschet
sur l’expérience zapatiste d’autogouvernement

https://lavoiedujaguar.net/Entretien-av ... -autonomie
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Re: Mouvement révolutionnaire "zapatiste"

Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 14:54

LA GUERRE DES OMBRES : Les Racines de l’insurrection zapatistes au Chiapas

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Alors que l’État du Chiapas produit le cinquième de l’électricité nationale et le tiers de son café, il est un des plus délaissés, des plus pauvres du Mexique. À la surprise générale, le 1er janvier 1994, des centaines d’indiens mayas attaquent les six villes principales, se réclamant de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN). Son porte-parole, le sous-commandant Marcos, va contribuer à assoir rapidement leur popularité grâce à ses nombreux communiqués mêlant humour, poésie et revendications. Dès le 12 janvier, le président Salina décrète un cessez-le-feu et propose de négocier. Alma Guillermoprieto cherche à comprendre les origines de cette révolution.

La réforme agraire inscrite dans la loi par la convention constitutionnelle révolutionnaire de 1917 ne fut jamais appliquée au Chiapas. Une distribution des terres aux paysans fut acceptée par les propriétaires des haciendas en 1940, parce que le développement de l’élevage intensif nécessitait moins de serfs que la culture. À la fin des années 1980, le gouvernement mexicain modifia l’article 27 de la constitution, permettant la vente des fermes communautaires. De plus, il refusa de soutenir le prix du café lorsque le marché mondial s’effondra, alors qu’il avait incité les paysans à se tourner vers cette production.
Samuel Ruiz est évêque de San Cristobal de las Casas depuis 1960. Adepte de la théologie de la libération, il a mit toute son énergie au service des communautés mayas démunies et oubliés, prônant un égalitarisme radical. Il met en place les coopératives paysannes, met sur pied un bureau des droits de l’homme, organise le premier congrès des peuples indigènes en 1974 qui réunira 2000 délégués venus de toute l’Amérique latine. En décembre 1994, alors que les affrontements menacent de reprendre, il suivra une grève de la faim pendant dix-sept jours.
De nombreux groupes d’inspiration maoïste (c’est à dire que leurs organisations reposaient sur les masses et non pas sur une avant-garde éclairée comme dans la tradition marxiste-léniniste) auront également une profonde influence dans la région, notamment Politica Popular, le mouvement d’Adolfo Orive et l’Union de uniones.
Les fondateurs de l’EZLN étaient actifs dans la région dès le début des années 80 et passèrent dans la clandestinité en 1983, proposant une formation pour apprendre au gens à se défendre contre la brutalité de l’État et des hommes de main des éleveurs blancs. Ils comprirent qu’ils devaient écouter les opinions de ceux qu’ils souhaitaient diriger ce qui donna naissance à un système de décision basé sur le consensus total. Les Mayas estiment que nul ne doit s’élever au-dessus des autres.

Cette enquête « à chaud » donne une bonne idée du panorama dans laquelle surgit cette révolution qui allait, à partir d’une lutte locale s’adresser au monde entier.


LA GUERRE DES OMBRES : Les Racines de l’insurrection zapatistes au Chiapas
Alma Guillermoprieto
82 pages – 50 francs
Éditions Dagorno – Paris – Avril 1995
« The Shadow war » public le 2 mars 1995 par The New York Review of Books

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