Berckman a écrit:ça m'a toujours étonné de voir les lectures faisant de Stirner le "théoricien" d'un individualiste qui rejetterait la lutte des classes.
Je pense qu'entre rejeter la lutte des classes et en faire le seul instrument de compréhension de l'histoire, il y a un juste milieu, dans lequel se reconnaissent nombres d'anarchistes, y compris ceux du courant individualiste.
Berckman a écrit:Bien au contraire, dans l'unique et sa propriété, il préconise l'organisation ouvrière contre le patronat, et la lutte collective.
Je n'en ai pas souvenir. Et je pense que tu fais là une lecture "socialiste" ( pas au sens moderne, tu me comprends ) de son oeuvre, et faussée.
Berckman a écrit:Je pense que Stirner a fait l'objet d'une lecture "libérale" par toute une partie du courant "individualiste" et c'est là que se pose le problème : l'écart parfois mince entre les théories individualistes libérales ou libertaires. Ce n'est bien évidemment pas le cas de tous les anarchistes individualistes, mais ça mérite discussion du coup, particulièrement sur le concept "d'individu", qui est, si on ne le relie pas à l'environnement social, un spectre (libéral), pour paraphraser Stirner...
Tout à fait d'accord. Il a d'ailleurs été pas mal repris par les partisans de l'ultra-libéralisme, qui se sont bien gardés d'occulter certaines pages de l'unique, par exemples celles ou Stirner parle aussi de l'exploitation économique.
Pour ce qui est de la théorie individualiste dans son ensemble, oui elle est très marquée par "l'individu libéral", et l'individualisme de Stirner s'en rapproche sur quelques aspects, mais seulement quelques uns.
Un simple exemple. Les libéraux d'alors rejettent l'état sous sa dimension économique, considérant que l'étatisme entrave la liberté individuelle de "faire du commerce". Stirner rejette l'état et les lois dans leur origine même. Il ne veut pas d'un "état-instrument" garant de la "liberté de commerce" et d'ailleurs il critique fortement aussi le libéralisme de son temps.
Pour moi le gros point noir de son oeuvre, c'est cette tendance à pencher plus vers un nihilisme que vers l'anarchie, et ce qui fait qu'il a pu être récupéré par la suite.