qierrot a écrit:jean a écrit:Sur le blog ci-dessous, nous présentons le réseau d'entraide et de solidarité de Brive. Pas la panacée, jusque des îlots ouverts, combatifs et solidaires où se rencontrent des syndicalistes et des habitants de, désormais, deux quartiers de la ville, pour des jardins autogérés, pour des luttes contre les radications RMI ou le relogement...
http://mygale.over-blog.com
suis allé voir rapide, il y a des choses intéressantes à partager en terme d'expérience...tu pourrais faire un petit topo dans la rubrique "partage" jean ?
Pour les annonces de création de comités locaux et de réunions, manifs etc...pensez à mettre dans le topic dédié.
viewtopic.php?f=74&t=894&hilit=LIBERATION+IMMEDIATE+DES+INCULPES+DE+TARNAC&start=150#p16925
Sabotages à la SNCF: un comité de soutien pour les Rouennais mis en examen
22/11/2008-[19:23] - AFP
ROUEN, 22 nov 2008 (AFP) - Un comité de soutien s’est créé en faveur des trois Rouennais mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" dans le cadre de l’enquête sur les dégradations commises sur des lignes TGV, ont annoncé samedi ses animateurs. Ce comité a tenu sa première réunion samedi à Rouen avec la participation d’étudiants, d’amis et de parents de ces trois jeunes qui sont en liberté sous contrôle judiciaire depuis le 15 novembre. Il condamne "des incriminations sans fondements" ainsi que "l’utilisation du dispositif antiterroriste" et exige la levée des poursuites à l’encontre de tous les jeunes mis en examen (neuf dont cinq sont écroués) dans le cadre de cette affaire. Dans un texte de présentation, le comité estime que leur mise en cause relève du "délit d’opinion" et ne se justifie pas. "Ces jeunes ont des opinions ! Qui ne sont pas forcément les nôtres, pas forcément les vôtres, sûrement pas celles du gouvernement... Et alors’’’", indique-t-il. Il insiste sur "la démesure" des qualifications utilisées. "Rien n’a pu être retenu contre eux sinon d’avoir en leur possession des livres (en vente libre dans toutes les librairies de Rouen) et du matériel d’escalade (normal quand ont est inscrit à un club d’escalade !)", affirme-t-il. Peu auparavant, une soixantaine d’entre-eux, selon la police, se sont rassemblés devant le palais de justice de Rouen pour protester contre ces mises en examen. Les manifestants soutenus notamment par Sud-étudiants et la Fédération anarchiste avaient déployé une banderole affirmant : "penser n’est pas un crime".
Petite correction :
ci-dessous ce qui nous est présenté comme étant le rapport de la sous-direction antiterroriste de la DCPJ ...
Car un tel document en pleine paranoia "anti-terroriste" livré au public alors que l'instruction est à peine bouclée ... troublant ... Après le non respect de la présomption d'innocence, le non respect du secret de l'instruction ... Et les médias, fussent ils alterno-internet pataugent allègrement là dedans ... Décidément, on est vraiment dans une procédure d'exception, eu égard aux principes démocratiques du Droit !
De toute façon la source est forcément interne (je ne pense pas que ce soit le personnel de nettoyage qui ait récupéré les brouillons dans les corbeilles à papier ...) et donc diffusée avec leur plein accord. C'est donc une pièce du dispositif et annonce des suites ... (cf la déclaration de MAM : d'autres groupes sont sous surveillance ...)
Il s'agit encore une fois d'un stratagème "battre l'herbe pour faire sortir les mulots" ...
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Citation:
Mediapart révèle le contenu du dossier judiciaire de l'affaire des sabotages visant la SNCF.
!!!!!!!!!!!
Effectivement c'est une violation caractérisée du CP et du CPP doublée d'un atteinte a la vie privée des victimes de cette violation de la loi ( violation de la vie privée également dans l 'article du Nouvel Obs mis en ligne ici concernant la personne de franck M. )
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CPP Art 11
les avocats des victimes de cette violation de la loi , devraient porter plainte contre X pour violation du secret professionnel : (la presse n'est pas tenue au secret de l'instruction )
ce serait bien qu'on
EVITE AU MOINS ICI DE DONNER LES NOMS ET ELEMENTS DE LA VIE PRIVE DES PERSONNES POURSUIVIES
"Terroristes d’ultra-gauche" : Comment justice et presse prennent le train de la police
PAR Claude-Marie Vadrot, Politis.fr
mercredi 19 novembre 2008
Après les sabotages de lignes TGV le 8 novembre dernier, neuf personnes, bien vite présentées comme des "anarchistes d’ultra-gauche" par les médias et la police, ont été placées en garde à vue. Mais aucun élément n’est venu prouver leur culpabilité et de nombreuses questions restent en suspens.
A lire sur le même sujet, publié dans Politis du 20 novembre et disponible en accès libre : Présumés coupables
Dimanche 16 novembre, neuf membres présumés d’une « cellule invisible » qualifiée « d’ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome » par la ministre de l’Intérieur, ont été mis en examen pour « destructions en réunion en relation avec une entreprise terroriste ». Quatre d’entre-eux ont été mis en liberté sous contrôle judiciaire et cinq incarcérés. Sans qu’il existe, en l’état actuel de l’enquête, la moindre preuve qu’ils aient de près ou de loin participé aux actes de malveillance qui avaient perturbé une semaine plus tôt le trafic des TGV Nord, Est et Sud-Est. Ce qui n’a pas empêché la plupart des médias de répéter les vraies-fausses informations répandues par les policiers pour accréditer l’existence d’un « groupe de terroristes », basé à Tarnac en Corrèze, en train de préparer des sabotages. Quelques informations méritent pourtant d’être examinées de plus près, d’autant qu’elles n’ont pas été répercutées par la presse.
Le groupe cellule invisible existe-t-il ?
Pour la Sous-direction anti-terroriste (SDAT) et pour la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), la réponse est positive depuis au moins sept mois, depuis qu’elles ont reçu instructions de « trouver des terroristes français ». Mais ce groupe n’a jamais existé comme structure et le mot choisi à dessein par la police et la justice pour les désigner n’a été inspiré que par la signature collective d’un livre, « L’insurrection qui vient » (éditions La Fabrique). Livre théorique plutôt fumeux qui n’a rien d’un « manuel de sabotage ». Il n’a fait l’objet d’aucune procédure depuis sa parution, le 22 mars 2007, et reste en vente libre pour 7 euros. Une seule réalité : une partie des résidents de Tarnac participaient systématiquement à des manifestations depuis leur installation progressive en 2002.
Le rôle des services spéciaux américains
Le couple « principal » des accusés aurait été repéré en janvier 2008 dans une manifestation organisée devant le bureau de recrutement de l’armée américaine qui se trouve depuis des années sur Times Square, à Manhattan. Ni la première ni la dernière des manifestations dans ce lieu symbolique de New York. Quelques jours plus tard, le couple aurait été interpellé avant la frontière canadienne pour « défaut de papiers ». Premier mystère : ce serait bien la première fois, depuis septembre 2001, que des policiers américains laissent filer des étrangers avec des papiers suspects. Deuxième incohérence : dans leurs premières distillations « d’informations » aux journalistes, les policiers français expliquent que ce couple était soupçonné d’avoir participé à une dégradation du bureau de recrutement. Jusqu’à ce que l’on apprenne que « l’attentat » a eu lieu en avril, Julien et Yldune étant à cette époque revenu en France depuis des mois. La version officielle française dit pourtant que les services spéciaux américains ont (auraient) signalé le couple deux jours après « l’attentat ».
Un groupe sous surveillance ?
Oui. Selon nos informations, au moins depuis deux ans et demi, comme la plupart des groupes ou des individus participant régulièrement à des manifestations. La mise en fiche particulière, avec suivi par des officiers de police, des manifestants considérés comme « actifs » ou « récidivistes » a été ordonnée le 25 mars 2006 par Nicolas Sarkozy lors d’une réunion au ministère de l’Intérieur, au lendemain des premières manifestation anti-CPE. Michèle Alliot-Marie a pris le relais en étendant le système de suivi.
Le groupe était-il infiltré ?
La question se pose : à en croire ceux qui ont approché des membres du groupe, dans le XXe à Paris et en Corrèze, il n’aurait jamais été question, au delà des discours, du moindre passage à l’acte. Si la pose des fers à béton sur des caténaires est prouvée, ce qui n’est pas encore le cas, il se dit dans l’entourage du groupe que parmi les personnes relâchées (il y a eu 21 interpellation le 9 novembre au matin) figurerait un personnage qui a beaucoup insisté, il y a trois mois, pour un passage de la théorie à la pratique, idée qui rencontrait des résistances. L’histoire des milieux anarchistes est riche d’inflitrations-provocations dans lesquelles la police n’intervient qu’après l’acte illégal « suggéré ». Soupçons à rapprocher d’un témoignage accusateur sous X (anonymat donc garanti) fait « spontanément » jeudi dernier par un membre du « groupe » dans une brigade de gendarmerie du Puy-de-Dôme.
La ministre de l’Intérieur réinvente le délit d’opinion
Le 13 novembre, un représentant du Parquet de Paris a déclaré : « Les éléments recueillis ne permettent pas de les présenter comme coupables, le délit d’opinion n’est pas criminalisé en France ». Le procureur de Paris, sur instructions, a estimé le contraire. Au début de l’enquête, le 8 au matin, les gendarmes ont annoncé disposer d’empreintes et de traces ADN. Dimanche, elles n’existaient plus. Les mises en examen, comme l’expliquent les avocats, ont donc été essentiellement faites sur des présomptions puisqu’en l’état actuel de l’enquête, il n’existe aucune preuve. Mais il est vrai que des policiers ont confié aux journalistes à propos de Julien : « Vous savez, il est très intelligent ». Ce qui constitue sans aucun doute une circonstance aggravante.
[url=http://www.republique-des-lettres.fr/10585-comite-invisible.php] Comité invisible : l'affaire du sabotage des lignes SNCF.
Petit conte ordinaire de la paranoïa antiterroriste dans la France éminemment démocratique de Nicolas Sarkozy. Neuf personnes, quatre hommes et cinq femmes âgés de 22 à 34 ans, supposées être les auteurs d'actes de malveillance contre la SNCF, ont été déférées samedi 15 novembre devant les juges d'instruction Thierry Fragnoli et Yves Jannier de la section antiterroriste de Paris. Le Parquet les accuse d'avoir constitué une "association de malfaiteurs" et d'être responsables de "dégradations en réunion", le tout "en relation avec une entreprise terroriste", délit passible de dix ans d'emprisonnement. Quatre d'entre elles ont été remises en liberté sous contrôle judiciaire mais les cinq autres, considérées par la police comme le noyau dur d'un groupe révolutionnaire dénommé "Cellule invisible" ou "Comité invisible", ont été placées en détention provisoire et mises en examen. Julien Coupat, leader présumé du groupe, est poursuivi à titre de dirigeant d'une "structure à vocation terroriste", crime passible lui de vingt ans de réclusion. L'instruction judiciaire doit déterminer si les jeunes gens sont bien les auteurs des sabotages de cinq caténaires de voies ferroviaires, commis fin octobre et début novembre dans l'Oise, l'Yonne, la Seine-et-Marne et la Moselle. Les dégradations avaient perturbé une partie du trafic SNCF, entraînant des retards dans la circulation de quelques dizaines de TGV.
Après une série de perquisitions qui ont mobilisé pas de moins de 150 policiers dans toute la France, Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, se félicite du succès de son opération "Taïga" pilotée par la sous-direction antiterroriste (SDAT). Elle offre en pâture à la presse une dizaine de suspects qu'elle présente comme des "nihilistes" membres d'un réseau de "l'ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome". Jean-Claude Marin, procureur de la République de Paris, lui emboîte le pas, affirmant disposer "d'indices graves et concordants" contre cette "cellule qui avait pour objet la lutte armée". Ministre et Procureur restent toutefois assez vagues sur les preuves matérielles. Et pour cause, lors des perquisitions, les policiers n'ont trouvé aucune arme ni aucun élément matériel permettant de confondre les suspects. À leurs domiciles, ils n'ont saisi que du matériel d'escalade, des outils de bricolage, un plan du réseau SNCF, une perruque de fête, un fugimène, quelques banderolles et talkies-walkies et divers documents de littérature anarchiste disponibles dans le commerce. Aucune preuve formelle, pas de témoin, pas de trace ADN, pas d'empreinte digitale sur les lieux des sabotages. En outre les accusés restent muets pendant leur garde à vue prolongée (96 heures en matière d'enquête antiterroriste). Enfin, malgré l'étroite surveillance policière dont était l'objet la fameuse "cellule invisible" -- une enquête préliminaire avait déjà été ouverte sur Julien Coupat et sa compagne Yldune en avril dernier dernier, à la suite d'un signalement du FBI aux autorités françaises car ils avaient été repérés lors d'une manifestation anti-militariste à New York -- aucune preuve tangible, pas même une écoute téléphonique ne permettent de les impliquer directement. Qu'à cela ne tienne, d'autres éléments qualifiés de "troublants" sont mis en avant par Jean-Claude Marin: les membres de la dite "cellule invisible" auraient été aperçus début novembre "par des policiers" en Seine-et-Marne, à proximité des lieux où les dégradations ont été commises. Il n'y a donc aucun doute. Quant au repaire des "anarcho-autonomes", la ferme dite du Goutailloux à Tarnac en Corrèze, c'est à coup sûr pour le Procureur de la République "un lieu d'endoctrinement et une base arrière pour des actions violentes contre des personnes". D'ailleurs, le fait que les suspects restent murés dans le silence pendant les interrogatoires "n'est pas une preuve mais il montre que ce ces gens sont déjà ancrés dans un parcours de marginalisation et de radicalisation violente".
Le lendemain des mises en examen, Michèle Alliot-Marie en rajoute une couche sur une radio juive sarkozyste, Radio J, afin de justifier les incarcérations et le déploiement des forces antiterroristes. Selon elle, "la justice dispose d'éléments suffisamment convaincants", sans préciser lesquels. Elle "sait" qu'il existe en France d'autres groupes de la mouvance anarcho-autonome, "probablement de l'ordre de 300 personnes", où "il peut y avoir une radicalisation allant jusqu'à des actions violentes". Pour la ministre de l'Intérieur, ces groupes anarchistes "qui refusent le dialogue démocratique" auraient en outre des "relais à l'étranger", notamment en Allemagne, en Italie, en Belgique en Grèce, au Canada et aux USA. Elle s'inquiète enfin de la sortie de certains films récents comme ceux sur Jacques Mesrine ou la Bande à Baader, craignant leur effet sur les "esprits fragiles".
Bref, ces monstrueux "nihilistes clandestins potentiellement très violents" (pour employer cette fois la terminologie du Figaro et de France 2, entre autres) sont coupables, même sans preuves. Identifiés par leur "philosophie d'insurrection contre les institutions", ils sont, c'est clair, membres d'une "entreprise terroriste" aux ramifications internationales dont le but est de "troubler l'ordre politique, économique et social et d'atteindre l'appareil d'Etat par la violence". Là encore, on a des preuves, et quelles preuves ! Tous les suspects arrêtés ont au moins bac + 5 et un casier judiciaire vierge. Mieux, Julien Coupat, 34 ans, diplômé de l'École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales (Essec) et doctorant en histoire et civilisation à l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales (EHSS) jusqu'en 1999, a écrit un livre. Il est l'auteur avec Benjamin Rosoux d'un essai néo-situationniste intitulé L'Insurrection qui vient, publié en 2007 sous le nom de "Comité invisible" à La Fabrique éditions. Le livre s'est vendu à ce jour à quelque 7.000 exemplaires, mais il est également téléchargeable gratuitement sur internet. Pour les autorités judiciaires comme pour les principaux grands médias cet ouvrage est un dangereux manuel pratique de terrorisme. Il appellerait à la lutte armée, préconiserait les actions de sabotage et donnerait des consignes militantes à tenir face aux forces de police. Pourtant, pour qui sait lire et dispose de trois notions d'histoire littéraire, L'insurrection qui vient est un texte plus métaphorique et littéraire que théorique. Construit comme L'Enfer de Dante en sept cercles ou "impasses" (Le soi, les rapports sociaux, le travail, l'économie, l'urbain, l'environnement et la civilisation), il explique que "sous quelque angle qu'on le prenne, le présent est sans issue, ce n'est pas la moindre de ses vertus"; "Ce n'est pas l'économie qui est en crise, c'est l'économie qui est la crise"; "Le désert ne peut plus croître: il est partout, mais il peut encore s'approfondir". Quelques petites phrases ont surtout retenu l'attention des fins lettrés de la brigade antiterroriste: "Saboter avec quelque conséquence la machine sociale implique aujourd'hui de reconquérir et réinventer les moyens d'interrompre ses réseaux. Comment trouver les points faibles des réseaux informatiques, comment brouiller des ondes radios et rendre à la neige le petit écran ? A chaque réseau ses points faibles, ses noeuds qu'il faut défaire pour que la circulation s'arrête, pour que la toile implose" suivies d'un "Il n'est pas question d'occuper, mais d'être le territoire". Sur la question de la violence et de la lutte armée, ils ont également pu lire ceci: "Il n'y a pas d'insurrection pacifique. Les armes sont nécessaires: il s'agit de tout faire pour en rendre l'usage superflu", et en conclusion: "Rien ne paraît moins probable qu'une insurrection, mais rien n'est plus nécessaire". L'ambiguïté et le polysémantisme poétique, mais c'est bien sûr, voilà une preuve flagrante. Julien Coupat co-animait également une revue de métaphysique critique, Tiqqun, Organe conscient du Parti Imaginaire (autodissoute en 2001), inspirée par le Situationnisme et les travaux de Gilles Deleuze, Giorgio Agamben et Toni Negri, où l'on peut découvrir le même style de textes poétiques ironiques entre deux utopiques Théorie du Bloom et Théorie de la jeune fille. Toutes ces publications se trouvent facilement en librairie ou sur internet aux côtés d'autres livres de même nature: les Manifeste du Surréalisme d'André Breton, La Société du Spectacle de Guy Debord, La Critique sociale d'Auguste Blanqui, La Vie Innommable de Michel Bounan, Du progrès dans la domestication de René Riesel, La haine de la démocratie de Jacques Rancière, L'abîme se repeuple de Jaime Semprun, le TAZ d'Hakim Bey, Le Sabotage d'Émile Pouget, La vie sur terre de Baudoin de Bodinat, la Critique de la violence de Walter Benjamin, le Précis de décomposition d'Emil Cioran ou encore Le Gai Savoir de Nietzsche, preuve définitive s'il en est de l'existence d'un vaste réseau d'anarcho-autonomes en train de s'attaquer à l'Etat français. Reste à espérer que les magistrats qui jugeront Julien Coupat et ses amis ne s'exposeront pas au ridicule d'une lecture au premier degré d'un texte poétique, ce qui n'est pas gagné d'avance étant donné le niveau de haute culture du régime sarkozyste.
Pendant ce temps, il est inutile de préciser que, des journaux dits "de référence" aux chaines et radios publiques ou privées, l'affaire des "anarcho-autonomes" tourne en boucle, générant les pires délires sur la présence de "l'ultra-gauche", ce nouvel ennemi intérieur qui réunirait les enfants d'Action Directe, des Brigades rouges, d'Al-Quaïda, de l'ETA et de la Fraction Armée Rouge réunis. Spécialistes es Anarchie et Terrorisme occupent les plateaux entre deux flashs d'info TGV pour expliquer que la France risque bientôt de sombrer sous l'action violente des terroristes de "l'ultra-gauche".
Au vu des premiers éléments du dossier, les avocats des inculpés ramènent bientôt l'affaire de la "Cellule invisible" à ce qu'elle est réellement, à savoir plutôt une affaire politico-judiciaire pour délit d'opinion. Me Dominique Vallès, avocate de deux accusés estime qu'il y a "une disproportion totale entre la qualification d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et ce qu'on peut réellement leur reprocher", ajoutant qu'il est "choquant de stigmatiser à ce point à partir de données floues". Pour Me Cédric Alépée, avocat d'un autre accusé, "il n'y a strictement aucune charge" pouvant être reprochée à son client concernant des activités terroristes. "On a ratissé large, on a interpellé des gens sans prendre le temps de vérifier, de faire les investigations complémentaires pour être sûr qu'on avait des choses à leur reprocher", déclare-t-il. Me Steeve Montagne a lui aussi de son côté "le sentiment d'une instrumentalisation par le pouvoir de l'appareil judiciaire aux fins de restreindre la liberté d'opinion". Pour Me Irène Terrel, avocate de Julien Coupat, c'est également une "affaire aux dimensions totalement démesurées" [...] "Il n'y a aucune proportionnalité entre les faits reprochés qui ne sont en rien établis et qui, quand bien même ne seraient que des dégradations qui n'ont même pas mis en danger de vies, et une procédure terroriste", estime-t-elle. De fait, il semble bien que les faits reprochés au groupe "anarcho-autonome" de Julien Coupat sont montés en épingle par le régime et que ce dont on l'accuse réellement via des lois antiterroristes scélérates, c'est surtout de réunir des militants libertaires intelligents participant activement à la contestation du capitalisme et du contrôle social par des écrits, des pratiques de vie alternatives et d'improbables actions poétiques de désobéissance civile comme celles de ralentir les TGV (ceci avec suffisemment de précautions pour ne pas causer de victimes).
Pour Eric Hazan, éditeur de L'Insurrection qui vient et auteur notamment de Changement de propriétaire, la guerre civile continue, interrogé sur le site Médiapart, l'opération "Taïga" de Michèle Alliot-Marie est l'illustration d'un "antiterrorisme comme moyen de gouvernement" qui menace sérieusement la démocratie et les libertés fondamentales en France. Selon lui, l'Etat doit aujourd'hui "justifier l'empilement de lois antiterroristes qui n'ont plus rien à voir avec le droit" et "tous les moyens sont bons pour construire l'ennemi intérieur". Du côté de la ferme de Tarnac où vivait en communauté une partie des membres du groupe, les villageois ont pour leur part créé un un comité de soutien. Les inculpés étaient en effet parfaitement intégrés. Ils vivaient de façon ouverte, entretenaient d'excellentes relations avec le tout le monde et avaient même relancé l'exploitation de l'épicerie du village qu'ils ont transformé en bar magasin restaurant ouvrier, station-service et salle de spectacles fonctionnant sur un mode autogeré par plus de 150 habitants du village. Pour ceux-ci, "la façon dont on les présente est différente de la réalité partagée ici" et l'opération de police est "une rafle" doublée d'une cabale médiatique qui tombe bien pour Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie. "Avec les actes de malveillance qui se passent sur le réseau SNCF [27.500 en 2007, ndlr], ça tombe à pic d'aller à Tarnac et de rafler quelques gauchistes. Souvenez-vous de l'affaire des Irlandais de Vincennes, cela tombait à pic aussi !" explique l'un deux. Un train peut en cacher un autre.
Noël Blandin / La République des Lettres, dimanche 16 novembre 2008
Tripatouillage sur « l’ultra-gauche », en direct de France Inter
Publié le 24 novembre 2008 par Olivier Poche
http://www.acrimed.org/article3012.html
Après les sabotages des lignes TGV, le 8 novembre dernier, neuf personnes, présentées comme membre d’une « mouvance anarcho-autonome » et « d’ultragauche » par la ministre de l’Intérieur ont été mises en garde à vue. Les médias, par l’odeur alléchés, se sont jetés sur cette affaire, en relayant en général la version officielle. Dernier épisode de cette chasse aux coups médiatiques sur un sujet « croustillant », au moins aux yeux de ceux qui le couvrent : l’annonce tonitruante sur France Inter d’un « scoop » sur cette ultragauche qui prend les armes, scoop qui se dégonfle aussitôt promis, comme le reconnaît, à contrecœur et à mots couverts, le journaliste pris la main dans le pot de confiture.
Samedi 22 novembre, dans « Eclectik », l’émission de Rébecca Manzonni sur France Inter, Thomas Chauvineau consacre son « journal de bord » à ceux qu’on présente comme des « militants d’ultragauche », et qu’il a rencontrés chez eux. Il interroge en particulier « Bertrand », arrêté puis relâché dans le cadre de l’enquête. Dans le journal de la mi-journée, deux heures plus tard, Denis Astagneau revient sur ce reportage – et revient avec un « scoop » qui mérite d’être reproduit en intégralité :
Le « scoop » de 13 heures
- Denis Astagneau : Et puis je vous propose un scoop. L’ultragauche est-elle en train de s’organiser en France ? La question se pose après l’arrestation de plusieurs militants ou sympathisants dans le cadre de l’enquête sur le sabotage des lignes SNCF. Trente ans après Action Directe, ces militants sont-ils prêts à passer à la clandestinité et à la lutte armée ? Dans ce journal, je vous propose donc d’écouter ou de réécouter le témoignage d’un ultragauchiste que Thomas Chauvineau a rencontré […]. Ce militant vit en communauté, et quand on le pousse dans ses retranchements, il n’exclut pas la lutte armée.
On entend alors un extrait du reportage :
- Voix de « l’ultra-gauchiste » : Evidemment, « révolutionnaire », ça fait sympa, ça fait 68, ça fait LCR, ça fait Besancenot, c’est sympa. « Terroriste », ça fait assassin, ça fait meurtrier, ça fait des milliers de morts, ça fait des bombes, ça fait des voitures piégées, etc. donc si on veut criminaliser les gens, si on veut les faire passer pour des gens qu’il faut mettre en prison, on va pas les appeler « révolutionnaires ». On va les appeler « terroristes », et là, je dirais, l’opinion publique sera évidemment du côté du gouvernement, qui, normal, chasse les méchants terroristes.
- Thomas Chauvineau : Mais vous, vous vous estimez révolutionnaire ?
- Bertrand : Oui… Sûrement pas au sens de la LCR, sûrement pas au sens de mai 68 non plus.
- Thomas Chauvineau : Alors dans quel sens ?
- Bertrand : Une révolution… Une révolution dans le sens où tout doit changer
- Thomas Chauvineau : Dans la bibliothèque, là y’a un livre d’Auguste Blanqui, qui s’appelle Maintenant il nous faut des armes, est-ce que ça passe aussi par ça ?
- Bertrand : C’est une hypothèse politique…
Et le journaliste conclut :
- Denis Astagneau : Une hypothèse politique, donc… euh… cet ultragauchiste. Propos recueillis pas Thomas Chauvineau.
On peut, à ce stade, se dire qu’un « scoop » sur « l’organisation » de l’ultragauche et son basculement dans « la lutte armée » qui se réduit finalement au commentaire d’un livre par un de ces supposés militants, c’est un peu maigre. Mais on peut aussi avoir envie d’en savoir plus. Et l’on n’est pas déçu quand on écoute l’émission à partir de laquelle on a fabriqué cette (dés)information.
Le reportage original diffusé deux heures plus tôt
Avant le reportage proprement dit, Thomas Chauvineau précise d’abord, à propos de ces jeunes gens dont « Bertrand » fait partie : « Première surprise : alors qu’on parlait d’une ultragauche, eux ne se revendiquent même pas de gauche ». Voilà pour « l’ultragauchiste », qui l’est donc devenu par la grâce de Denis Astagneau. Mais surtout, on constate que ce dernier a effectué une coupe, et que la discussion a été tronquée – au bon moment...
Voici donc l’entretien sans la coupe opportune réalisée au treize heures :
http://www.acrimed.org/IMG/mp3/bertrandultagauche.mp3
… et la transcription du passage « oublié » :
- Bertrand : C’est une hypothèse politique…
- Un autre militant : Des armes, ça peut être une arme psychologique, enfin c’est avoir une pensée, une réflexion, avoir des références, faire des lectures… Les armes… je pense que le raccourci il est trop simple… Je veux dire… Les armes c’est un flingue qu’on va pointer sur n’importe qui dans la rue, qu’on va descendre à tout bout de champ… Rien à voir avec ça . Je sais pas, en premier lieu, la première chose qu’on a à partager, c’est nos idées, quoi, c’est nos réflexions, c’est nos discussions, c’est évoluer ensemble.
- Une autre : Clairement, on ne prône pas la lutte armée . Justement, quand on faisait… on regarde les erreurs du passé, on regarde les erreurs de la RAF [1], ou des brigades rouges qui se sont mis en groupuscule armé, ça non.
- Thomas Chauvineau : C’est pas ce que vous avez envie de faire.
- La même : Non .
Dans la version du « scoop » inventé par Denis Astagneau, le reportage a été coupé pour lui faire dire à peu près le contraire de ce qu’il disait : ce que l’auditeur n’entendra pas au journal de treize heures, ce sont ces deux autres prétendus « ultragauchistes » – a priori de la même « mouvance »… – affirmer sans ambiguïté leur rejet de la lutte armée.
Un bidouillage assez grossier pour que le journaliste se fende d’un correctif le soir même. Avec professionnalisme, et une parfaite mauvaise foi.
Le « correctif » du soir
- Denis Astagneau : Et puis la politique toujours, vous avez peut-être entendu dans le journal de treize heures l’interview d’un militant de l’ultragauche , c’était un extrait d’un reportage de Thomas Chauvineau pour l’émission Eclectik de Rebecca Manzoni. Dans cette interview ce militant parlait d’armes, mais il s’agissait vous l’aviez compris d’armes politiques ou psychologiques. Certains l’ayant mal compris, il convenait de le préciser.
« Vous l’aviez compris ? » Naturellement. On vous « propose un scoop », à propos d’une ultra-gauche qui « s’organiserait », et qui « trente ans après Action Directe », est prête à (re)prendre les armes. Le scoop est le suivant : certains militants de cette mouvance « n’excluent pas la lutte armée ». Pour preuve, un « ultra-gauchiste » déclare qu’une « révolution » passe aussi par « les armes » : c’est une « hypothèse politique ». Qui n’en tirerait pas cette conclusion évidente, qu’il s’agit « d’armes politiques ou psychologiques » ? Si évidente qu’on se demande comment, en effet, certains ont pu s’y tromper, ou « mal comprendre ».
Qui croyait et croit encore être en droit d’attendre des excuses, ou à tout le moins des explications, devra se satisfaire de ces pitoyables « précisions » qui mettent sur le compte de « certains » une prétendue incompréhension… de ce qu’on avait tout fait pour suggérer. Devant tant de rigueur journalistique, on se contentera de soumettre à Thomas Chauvineau un solide sujet de reportage pour les semaines à venir : une enquête sur les recettes de fabrication des « scoops », sauce France Inter.
Olivier Poche
Notes
[1] Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion en allemand), aussi connue sous le nom de bande à Baader.
comité de soutien
Nous avons reçu sur la boite du comité de soutien des centaines de mails, mêlant messages de soutien, textes, questions et propositions d'aides diverses.
Nous tenons à vous remercier, mais il nous est extrêmement difficile de faire le tri et de ne pas passer à côté de messages importants.
Aussi, nous avons créé plusieurs adresses mail spécifiques en fonction de ce que vous nous proposez.
Pour regrouper et collecter les textes et analyses sur l'affaire et ses conséquences:
soutientextes.tarnac@gmail.com
Pour le montage d'un dossier assez pointu sur l'antiterrorisme, depuis les lois scélérates jusqu'à l'arrestation du "groupe de Tarnac":
soutienjuridique.tarnac@gmail.com
Sachant qu'à priori et pour préserver son efficacité, cette adresse est réservée aux juristes, chercheurs, journalistes ou à ceux qui ont ou sont en train de mener des recherches assez poussées sur le thème.
Un des buts serait de constituer un groupe de travail sur le sujet.
Pour ce qui concerne le graphisme, les propositions d'affiches, de tracts....:
soutiengraphique.tarnac@gmail.com
Les dessins et illustrations sont bienvenus, ils pourront nous servir pour diverses publications ou affiches.
Une selection de ce que nous recevrons sera mise en ligne et téléchargeable sur le site, afin que chacun puisse imprimer, faire circuler, ou utiliser ce matériel pour ses propres affiches.
Il est donc bien entendu que sauf avis contraire, nous considérons ce que nous recevons comme libre de droit.
Pour l'organisation de concerts de soutien, les propositions de groupes, mais aussi de salles, de techniciens ou de matériel:
soutienconcerts.tarnac@gmail.com
En ce qui concerne les évenements, nous ne pourrons bien sûr tous les organiser.
Il s'agit donc principalement de mettre en contact les différentes personnes qui nous proposent de l'aide, entre elles et avec les comités de soutien locaux.
Nous aimerions, au maximum, concentrer les concerts de soutien entre le jeudi 15 et le dimanche 18 janvier, afin de refaire parler de l'affaire. Ce n'est pas exclusif, mais préférable.
Lorsque tout est déjà organisé, c'est parfait, mais merci de nous prévenir tout de même afin de ne pas recontacter 20 fois les mêmes personnes. De même pour les refus essuyés...
enfin, pour vos messages de soutien, qui nous aident à tenir le cap, et pour recevoir des information, continuez à écrire et à communiquer les adresses:
11novembre-soutien@gmx.com
soutien11novembre.org
merci à tous et à bientôt
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