Espagne

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Messagede Béatrice » 06 Déc 2013, 01:17

Le maire de Marinaleda, Juan Manuel Sánchez Gordillo, vient d’être condamné à sept mois de prison avec quatre dirigeants du syndicat des travailleurs andalous SAT
La semaine dernière, la Cour suprême d’Andalousie a également condamné le secrétaire général du syndicat SAT, Diego Cañamero.
Pour rappel :
Depuis mai 2012, le syndicat SAT occupe le domaine Somonte viewtopic.php?f=66&t=4516&p=68629&hilit=somonte#p68629

Quatre dirigeants du syndicat des travailleurs andalous SAT ont été condamnés à sept mois de réclusion. Parmi eux, le charismatique maire de Marinaleda, Juan Manuel Sánchez Gordillo, qui est aussi élu au Parlement.

Le maire révolutionnaire de Marinaleda, connu chez nous suite à un reportage diffusé sur TerZake et une interview de L’Humanité publiée dans Solidaire est, pour reprendre les termes du quotidien britannique The Guardian, l’homme qui a transformé le petit village défavorisé de Marinaleda en « utopie communiste ». En 2012, le village connaissait un taux de chômage de 5 %, alors qu’à la même époque le reste de l’Espagne affichait un taux de 25 %.

La semaine dernière, la Cour suprême d’Andalousie a également condamné le secrétaire général du syndicat SAT, Diego Cañamero. Les deux hommes sont poursuivis pour avoir occupé le domaine Las Turquillas durant l’été 2012. Cette finca est une propriété publique, le ministère de la Défense n’utilise que 20 des 1 200 hectares de cette propriété pour un haras, le reste est laissé en friche. En 2010 déjà, même le parti de droite Partido Popular (PP) avait reproché que seules 25 personnes étaient employées sur cette propriété, alors qu’une gestion saine et efficace générerait au moins 800 emplois. L’Andalousie est l’une des régions les plus touchées par le chômage en Espagne, avec un taux de 35,9 % selon les derniers chiffres officiels.

« Nous avons un problème, et ce problème c’est le capitalisme », a déclaré le maire Sánchez Gordillo le 11 novembre dernier lors d’une assemblée à Grenade, à l’ouverture du procès. « Ce qu’il faut c’est une véritable lutte anticapitaliste, à la fois révolutionnaire et capable d’ébranler le système. » Sur les 54 membres du syndicat assignés à comparaître, quatre ont été condamnés à une peine, les cinquante autres ont été acquittés.

Le SAT est connu pour ses actions spectaculaires. L’an dernier, le syndicat a fait la Une des journaux espagnols pour avoir mené dans les supermarchés une action de confiscation symbolique et avoir redistribué les aliments aux familles démunies. A plusieurs reprises, le syndicat a occupé des terres agricoles à l’abandon pour réclamer leur redistribution aux paysans sans terre. Depuis mai 2012, le syndicat occupe le domaine Somontes à Cordoue et y a créé une coopérative qui cultive des fruits et des légumes revendus sur les marchés locaux des alentours.

Photographier des agents de police : interdit !

Le gouvernement espagnol et le parlement, dominé par une majorité absolue du Partido Popular (PP), ont décidé de durcir le Code pénal contre ce type d’actions en particulier, mais aussi contre les simples manifestations. Ils ont proposé l’insertion d’au moins 16 nouveaux délits dans le Code pénal pour réprimer la protestation sociale. Ainsi, photographier des agents de police lors d’une manifestation sera désormais passible d’une amende d’un demi-million d’euros. Participer à une manifestation non autorisée devant le Congrès ou tout autre bâtiment public sera puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 600 000 euros, même si cette manifestation est pacifique.

Avec ces nouvelles mesures, le gouvernement espagnol espère empêcher que d’autres manifestations comme celle du 25 septembre 2012 puissent avoir lieu. Pour rappel, ce jour-là, des milliers de personnes ont participé à un blocage symbolique du Congrès et réclamé la démission du gouvernement. L’intervention brutale de la police a été filmée par de nombreuses caméras de télévision et téléphones portables. Des images choquantes montrent les forces de l’ordre poursuivant des manifestants dans la gare Atocha et tirant sur eux des balles en caoutchouc à l’intérieur du bâtiment. Plusieurs plaintes ont été déposées, mais, plutôt que d’enquêter, le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, a invité un inspecteur des forces de l’ordre à se pencher sur un durcissement du droit pénal.

A l’avenir, ce ne sont plus les brutalités des agents qui seront punies, mais les journalistes et les manifestants qui les photographient.

A l’avenir, toute manifestation sur un monument ou un immeuble public sera interdite. Greenpeace, connue pour ce genre d’actions spectaculaires, a déjà réagi. La semaine dernière, les activistes de l’ONG ont déployé sur l’immeuble de l’entreprise pétrolière Shell à Madrid une banderole de 315 m2 pour protester contre « la limitation du droit de protester pacifiquement ».

Carmela Negrete

* http://www.ptb.be/nouvelles/article/esp ... leda-sou...

http://www.legrandsoir.info/espagne-le- ... rrous.html
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Messagede bipbip » 17 Jan 2014, 12:57

Brisons le silence sur ce qui se passe en Espagne

Sous couvert de l’inattaquable excuse de la sécurité, le gouvernement de Mariano Rajoy considère préventivement le manifestant comme dangereux. Il est ainsi automatiquement regardé comme une menace à la loi grâce au nouveau projet législatif de « Sécurité citoyenne » adopté par le conseil des ministres le 29 novembre dernier.
(...)
http://rue89.nouvelobs.com/2014/01/10/b ... ents-start
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Re: Espagne

Messagede Pïérô » 22 Jan 2014, 09:14

Il faut que “les gens craignent davantage l’Etat”
http://dndf.org/?p=13196&utm_source=rss ... tage-letat
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Re: Espagne

Messagede digger » 22 Jan 2014, 11:17

Le ministre de l’Intérieur Jorge Fernandez Díaz a déclaré que le durcissement était indispensable pour lutter contre la “spirale de violence” des “collectifs antisystème” qui utilisent des “techniques de guérilla urbaine” [...] “il ne s’agit pas seulement de réagir juridiquement aux initiatives de guérilla urbaine qui prolifèrent dans nos villes”, mais de refuser l’“angélisme juridique”. Il faut que “les gens craignent davantage l’Etat”, n’a pas hésité à aboyer le ministre de l’Intérieur du gouvernement autonome catalan, Felip Puig. Ils souhaitent notamment qualifier “la résistance passive ou active à grande échelle” comme un délit d’“atteinte à l’autorité”…
Les infractions « graves »… de 1.000 à 30.000 €

Extrait du lien ci-dessus signalé par Piero.

Le pouvoir ne fait que s’adapter aux nouvelles formes de contestation. Il a commencé à le faire en militarisant de plus en plus les forces d’intervention et en perfectionnant l’armement et l’équipement. Il lui faut maintenant perfectionner son système juridique.
On voit bien entre les déclarations de Diaz et celles de Puig, qu’il importe peu que les manifestations soient "violentes" ou "non violentes", "passives" ou "actives". Ce qui importe, c’est les techniques de contrôle des foules. Les forces de l’ordre n’y suffisent pas. Elles sont efficaces jusqu’à un certain rapport de force,le nombre en particulier , ou de degré de "combativité".
Il faut y ajouter deux choses :
La dissuasion. Ce sont les peines encourues.
Les règles du jeu. Elles sont les mêmes partout : Autorisation préalable, trajet emprunté, heures de dispersion... L’occupation en nombre de l’espace public est règlementée et n’est donc plus "public", ce qui était une démarche de Occupy : réclamer et ré-investir l’espace public. Et la nouvelle règle du jeu, c’est que "toute résistance" devient un délit.
Si les barrières psychologiques tombent, (respect de l’autorité, peur des forces de maintien de l’ordre, …) alors le contrôle des foules devient impossible avec les seules méthodes de police.
Il y a un glissement du discours officiel (en Espagne, mais aussi aux USA, deux pays touchés par des mouvements d’occupations) qui auparavant justifiaient la répression en différenciant les méthodes de manifestations (marche pacifique vs action directe type black bloc, par exemple) et qui aujourd’hui les met sur un même plan. Si la radicalisation des formes de manifestations s’étend à d’autres franges que celle radicale habituelle, mais au monde ouvrier et du travail en général, toute la façade "démocratique" de la répression s’effondre. On ne "protège" plus un modèle social accepté par la majorité contre une minorité "d’irresponsables" mais on est en face de la majorité qui s’oppose à une minorité.
On peut appeler ça la lutte des classes.
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Re: Espagne

Messagede bipbip » 24 Jan 2014, 01:07

Burgos : Chronique locale de la révolte contre un projet d’aménagement urbain
http://fr.squat.net/2014/01/18/burgos-e ... nt-urbain/

Espagne : Exaspération populaire contre un projet immobilier

A Burgos – ville de 170.000 habitant-e-s, pourtant réputée pour sa tranquillité et sa tradition relativement conservatrice – le week-end des 18-19 janvier a été agité. En cause : le projet d’aménagement d’une rue du quartier populaire Gamonal qui a provoqué la mobilisation, pendant trois jours, de milliers de personnes révoltées contre des dépenses jugées excessives en temps de crise.

La mairie de Burgos voulait investir 8 millions d’euros dans l’aménagement de la rue Vitoria, l’une des deux principales artères de ce quartier ouvrier. Un coût ahurissant alors que la population espagnole est exsangue, avec un taux de chômage dépassant les 26% et même 45% pour les moins de 30 ans.

Le constructeur, propriétaire du journal local El Diario de Burgos, est un homme d’affaire corrompu, déjà poursuivi en justice pour d’anciens projets immobiliers négociés avec... la mairie de la ville.

Provocations et répression policières

En soutien à la mobilisation de Burgos, des manifestations de soutien ont eu lieu dans plusieurs villes d’Espagne.

A Barcelone, Grenade, Valence, des altercations ont opposé les manifestant.e.s à la police. A Saragosse, en Aragon, 8 personnes ont été arrêtées. Un dispositif policier digne d’un véritable état de siège avait été établi autour du quartier populaire la Magdalena, rendez-vous obligé de la sphère « alternative » et militante. Des contrôles systématiques étaient faits sur les passant.e.s.

En dépit de l’arrêt des travaux dans le quartier de Gamonal – la mairie ayant fait machine arrière – il ne serait pas étonnant que la mobilisation se poursuive, tant l’exaspération populaire est grande.

N’oublions pas que le contexte espagnol est particulièrement sensible en ce moment, suite au projet de loi anti-avortement.

Alternative libertaire se solidarise avec le mouvement de contestation et demande l’annulation immédiate des poursuites à l’égard des personnes arrêtées.

Nous tiendrons au courant de l’évolution de la situation sociale explosive outre-Pyrénées en maintenant un contact continu avec nos camarades anarcho-syndicalistes de la CGT espagnole.

Un coup contre l’un.e d’entre nous est un coup contre nous tous et toutes ! Résistance et solidarité internationale !

Alternative libertaire, le 22 janvier 2014

http://www.alternativelibertaire.org/?E ... -populaire
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Re: Espagne

Messagede bipbip » 02 Fév 2014, 11:54

Solidarité avec Noelia Cotelo Riveiro

Image

Liberté pour Noelia Cotelo Riveiro, prisonnière torturée, violée et éloignée à cause de sa lutte dans les geôles espagnoles.

Noelia Cotelo Riveiro est, depuis 5 ans, privée de liberté, sous un régime d’isolement strict (régime F.I.E.S). Elle fut emprisonnée pour effectuer une peine d’un an et demi mais son insoumission face à ses bourreaux et la courageuse dénonciation des abus et des violations dont elle eut à souffrir dans les différentes prisons de l’État espagnol, de Brieva et Picassent, ont eu pour conséquence de voir la peine initiale s’allonger de quatre ans.

L’avocat de Noelia a dénoncé publiquement les conditions pénitentiaires infligées, en violation de la réglementation pénitentiaire et des droits fondamentaux.

Noelia a été torturée à de multiples reprises et soumise à une série de restrictions telles que : les communications téléphoniques, les heures de promenade, distribution de vêtements, douches froides, interdiction d’accès aux cours, aux activités sportives ou ludiques, aux soins thérapeutiques,. Elle a été enfermée seule et isolée durant des mois dans une « galerie » (passage) ne pouvant en sortir que deux fois 30 minutes par jour (le règlement pénitentiaire établit que les heures de promenades doivent être au nombre de 3/jr, et dans le cas de sanction maximale de 2/jr sans que cette situation puisse dépasser 14 jours), lui assignant des cellules dans lesquelles règnent un froid insupportable.

Les soins médicaux lui ont été refusés alors qu’elle souffrait d’infection tant à la bouche qu’aux oreilles. Un geôlier lui signifia un jour qu’elle n’avait pas besoin de soins puisqu’« elle allait mourir ici ». Et, au lieu de lui administrer des soins adéquats il lui fut administré différents médicaments sans qu’ils fussent prescrits par un médecin. Une dose élevée de méthadone lui fut ainsi administrée qui provoqua une overdose.

Noelia a pratiqué plusieurs grèves de la faim afin de dénoncer les tortures et brimades auxquelles elle est soumise dont une qui failli lui coûter la vie au point de tomber dans un coma hypoglycémique. Le 23 octobre 2012 un geôlier de la prison de Brieva lui brisa le poignet. A l’aube du 24 octobre alors qu’elle a le poignet cassé, sous psychotropes et menottée au lit un autre geôlier du nom de Jésus, qui avait participé à l’agression antérieure, abusa d’elle sexuellement. Suite à la dénonciation de ces faits et des troubles causés auprès d’autres détenues, le geôlier introduisit une contre dénonciation déclarant que Noelia l’avait agressée. La répression s’intensifia et ses vêtements furent distribués aux autres prisonnières. Suite à sa courageuse et héroïque dénonciation contre les tortures et violations, elle fut déplacée à la prison d’Albolote (Grenade) à plus de 1000 km de sa terre, la Galice. En mai elle a commencé une autre grève de la faim comme forme de lutte contre les attaques perpétrées par une autre geôlière et le traitement irrespectueux qui lui est infligé, les sanctions abusives et la distribution du courrier.

Sa famille, qui souffre de graves problèmes économiques et dans l’incapacité de lui rendre visite, a déclaré publiquement que Noelia fut soumise à un jugement par vidéoconférence sans avocat pour une supposée plainte concernant la prison de Brieva, seule face à un juge qui semble être systématiquement le même. Étant maintenue à demi-droguée avec l’interdiction de parler au juge, il lui est réclamé 60 euros/jour durant 3 mois et frappée d’une autre condamnation de 6 mois. Comme réponse à sa tentative d’introduire une nouvelle plainte contre ces faits, elle a été poussée dans sa cellule sous ces paroles : « il n’y a pas de plainte, rien à couvrir ». Sa famille lance un urgent appel « au secours » déjà que Noelia « est très mal et sans protection face à tellement d’injustice, pleure continuellement, qu’elle est obligée de prendre la méthadone sous la contrainte avec l’interdiction de sortir de sa cellule et qu’ils craignent pour sa vie ».

Nous, le collectif des Femmes Libres de la CNT Zaragoza exigeons :
- qu’une enquête soit faite concernant les abus sexuels commis sur la personne de Noelia à la prison de Brieva, ainsi que sur les lésions et tortures infligées afin d’identifier les responsabilités.

- qu’il ne puisse pas y avoir de gardiens masculins dans les ailes des prisons réservées aux femmes afin qu’elles ne souffrent plus d’aucun épisode de violence machiste, brimade ou attaque à caractère sexuel.

- qu’il soit mis fin à l’impunité et à la complicité entre le corps médical, les juges et les psychologues, assistantes sociales ou tout autre fonctionnaire et acolytes complices de ces pratiques.

- qu’il soit mis fin à l’éloignement utilisé comme forme de répression de la part de l’État fasciste espagnol.

- que disparaissent les prisons et le système pénal qui n’existent que pour soutenir la politique répressive de l’État au service du régime de domination et d’exploitation capitaliste.

- La remise en liberté immédiate de la camarade Noelia Cotelo.

Le cas de Noelia n’est pas unique, les femmes emprisonnées sont oubliées et les prisons pour femmes ignorées. L’indice d’emprisonnement féminin dans l’État espagnol est le plus élevé d’Europe, et depuis les années 80 le nombre de femmes recluses a triplé par rapport à l’indice des hommes reclus : 50 % des femmes emprisonnées sont d’origine étrangère. Seules dans le pays, les abus sexuels sont commis en échange d’allègement des conditions de détention. Le collectif des Femmes Libres de la CNT de Zarajoza insistons auprès de tous les collectifs, syndicats et organisations sociales de Zarajoza et du reste du pays afin de rendre visible et de dénoncer énergiquement et publiquement, avec tous les moyens à disposition, pour qu’il soit mis fin à la situation dans laquelle se trouve la camarade Noelia Cotelo.

Arrêtons de regarder ailleurs et d’être les complices passifs de la situation dans laquelle des milliers de prisonnier-e-s de l’État espagnol se trouvent. Notre lutte pour Noelia est la lutte pour tous et toutes.

NOELIA COTELO, LIBERTE DE SUITE A BAS LES MURS DES PRISONS les FEMMES LIBRES CNT ZARAJOZA Une campagne en solidarité à Noelia est initiée à partir du 20 octobre 2013 en Espagne par différents collectifs de soutien.

Collectif des Femmes Libres de la CNT Zaragoza :http://mujereslibrescntzaragoza.blogspot.com.es

http://albruxelles.wordpress.com/2014/0 ... /#more-678
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Re: Espagne

Messagede bipbip » 04 Fév 2014, 10:34

Angel Bosqued de la CGT Espagne
Angel Bosqued (CGT Espagne) : « Nous voyons l’arrivée d’une nouvelle génération militante »

Angel Bosqued est le secrétaire aux relations internationales de la centrale anarcho-syndicaliste ibérique, la Confederación General del Trabajo (CGT  [2]). La tenue de son congrès confédéral, en octobre 2013 a été l’occasion de faire le point sur ce qui constitue, et de loin, l’organisation se réclamant des idéaux libertaires la plus conséquente au niveau international.

Alternative libertaire : Où en est le développement de la CGT ?

Angel Bosqued : Depuis 1989, la CGT progresse, lentement mais de manière continue  ; non seulement en nombre d’adhérents mais aussi d’implantations territoriales et sectorielles. Nous comptons plus de 60 000 affilié-e-s stables et un volant d’environ 10 000 qui cotisent de manière très irrégulière à cause du contexte économique. La métallurgie et les transports constituent la colonne vertébrale de la CGT, mais nous connaissons un net développement dans les secteurs de l’administration publique et de la santé et maintenons notre implantation dans le secteur bancaire. Dans l’éducation mais aussi l’informatique, le commerce et le nettoyage nous notons aussi une nette évolution. Dans la chimie et l’agriculture notre implantation demeure limitée.

Fait important : nous voyons l’arrivée d’une nouvelle génération militante, des trentenaires issu-e-s des mouvements sociaux, qui amène avec elle de l’enthousiasme, des points de vue différents et des méthodes de lutte innovantes.

Comment caractériser l’actuelle situation sociale et politique dans l’État espagnol  ?

Le Parti populaire (PP) gouverne et est majoritaire au Parlement. Lors de ses premières années au pouvoir il a mis tout son poids pour imposer toutes les mesures économiques et légales visant à multiplier les coupes sombres au niveau des salaires et les pertes de droits sociaux. Le PP a mis l’ensemble des salarié-e-s à genoux avec des droits minimaux. Cette réalité a créé un grand climat de peur et de résignation, notamment chez les plus de 50 ans qui craignent plus que quiconque une perte d’emploi ou chez les moins de 25 ans qui vivent dans une extrême précarité.

Une fois cette offensive du capital menée à bien, en dehors des retraites qui pour l’heure n’ont pas encore été touchées, nous voilà confronté-e-s à une nouvelle phase : la répression des mouvements, la remise en cause de droits sociaux (avortement, grève, manifestation, liberté d’expression). Comme tout a été préalablement détruit, les prochaines années marquées par de nouvelles échéances électorales vont faire place à des « cadeaux » aux classes moyennes : baisse des impôts, levée du gel de salaires, retour du 13ème mois chez les fonctionnaires.

Quelles sont les réponses du mouvement syndical espagnol ?

Les syndicats majoritaires  [1] ont accompagné, bien assis autour des tables de négociations, ces différentes mesures antisociales en refusant de créer les bases d’un affrontement direct. En conséquence, il apparaît compliqué de travailler avec eux, même si localement on peut être amenés à faire des choses ensemble. Beaucoup de gens se rendent compte aujourd’hui du rôle néfaste de ces syndicats qui ont, de fait, perdu leur centralité au sein du mouvement ouvrier. Mais ils continuent à être considérés comme des «  partenaires sociaux  » incontournables.

Avec le syndicalisme basque, les choses se sont apaisées depuis la trêve des armes décrétée par l’ETA. Néanmoins, à notre sens, le nationalisme basque continue à prioriser la question nationale à celle des droits sociaux, ce qui parfois rend compliquée une unité d’action. Avec les autres organisations et mouvements sociaux, les convergences ont été fréquentes ces dernières années, et bien que nous ne soyons pas parvenus à créer une structuration unitaire permanente et stable, nous menons localement et au plan national nombre de campagnes ensemble.

En dehors de la CGT, quelle est la réalité du mouvement libertaire dans l’État espagnol aujourd’hui  ?

Il existe une richesse très grande de groupes et petites organisations qui se réclament du mouvement libertaire, très actifs et répartis à travers tout le territoire. Leur faiblesse résulte, néanmoins, du fait qu’en basant leur activité sur les affinités idéologiques et sur une forme certaine de purisme, elles ont des difficultés à perdurer et surtout à prendre racine. D’un autre côté, il est incontestable que la pensée libertaire, en général, est très répandue dans le quotidien, dans les relations entre les gens ainsi que dans les propositions et pratiques de nombreuses organisations.

Quelles sont les priorités de la CGT sur le plan international  ?

La CGT soutient toute lutte d’un peuple qui se bat pour son autonomie. Nous faisons appel à l’esprit de nos aïeux qui se battaient pour une fédération libre des personnes et des communes. En cela, notre soutien aux peuples palestinien, mais aussi sahraoui ou kurde, confrontés à une répression constante d’une État colonisateur, est naturel. Bien différent est le thème du zapatisme qui fonde son combat sur le souhait des peuples originels d’être traités dignement mais aussi sur une volonté claire de construire une société sur des bases horizontales avec une exigence égalitariste.

Le congrès CGT a aussi confirmé l’engagement dans divers réseaux syndicaux internationaux ?

La CGT a toujours fait des liens avec le mouvement anarcho-syndicaliste et libertaire sa priorité. À cet égard, nos partenaires privilégiés demeurent les IWW, la SAC (Suède), l’ESE (Grèce), IP (Pologne), les CNT-f et CNT-SO (France), FAG (Brésil), FAU (Uruguay), l’USI et l’Unicobas (Italie). Nous avons créé il y plusieurs années une Coordination rouge et noire avec la SAC, la CNT-f et la CGT-e. Nous avons été rejoints par d’autres organisations, et nous sommes optimistes quant à l’avenir. Néanmoins, il faut reconnaître depuis quelques années, un repli des syndicats la composant du fait de nos préoccupations locales, ce qui a freiné le renforcement de notre travail commun. Je pense que nous sommes en train de dépasser cette parenthèse autocentrée sur nos réalités respectives et que cette année 2014 sera une nouvelle étape pour la relancer. En espérant que nous en soyons capables…

Par ailleurs, cela fait de nombreuses années que nous collaborons avec des organisations syndicales alternatives. Parmi celles-ci, Solidaires avec qui les relations sont particulièrement satisfaisantes et continues, ainsi que le syndicat de base italien CUB, et de nombreux syndicats qui rompent avec les pratiques des syndicats affiliés à la Confédération syndicale internationale ou à la Fédération syndicale mondiale. Les réseaux internationaux, tout en garantissant la spécificité de chaque organisation membre, permettent aux syndicats qui les composent de trouver ensemble des points de convergence et de combattre ensemble les logiques antisociales.

Quelles sont les relations de la CGT avec des organisations françaises ?

J’ai parlé précédemment de nos liens avec la CNT-f et la CNT-SO, avec qui nous partageons un projet de société anti-autoritaire et libertaire. Nous avons aussi beaucoup de points de convergences avec de nombreuses structures de l’Union syndicale Solidaires.

Entre AL et la CGT-e, il y a une relation constante depuis des années, mais surtout à travers les engagements syndicaux de militant-es d’AL ; nous devrions renforcer le travail commun entre nos deux organisations car nos évidents points communs ne sont pas suffisamment exploités. Avec les Comités syndicalistes révolutionnaires, avec la Fédération anarchiste, ou encore quelques structures de la CGT française, on peut aussi ponctuellement faire des choses sur la base de luttes concrètes.

Propos recueillis et traduits par C. Mouldi (AL Transcom) & Jérémie (AL Gard)


[1] Commissions ouvrières et Union générale du Travail, aux pratiques plus collaborationnistes que, par exemple, la CFDT.

[2] www.cgt.org.es. Voir aussi le mensuel de la confédération www.rojoynegro.info, et la revue théorique et de débats www.librepensamiento.org.

http://alternativelibertaire.org/?Angel ... pagne-Nous
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Re: Espagne

Messagede bipbip » 08 Fév 2014, 16:19

Quartier de Gamonal, Burgos, État espagnol
« La rue est à nous ! »
La victoire d’un mouvement de lutte dans un quartier populaire
http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1479
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Re: Espagne

Messagede niouze » 12 Fév 2014, 16:41

1 ans de prisons (avec sursie ?)pour un tweet
en esp http://www.periodistadigital.com/period ... ismo.shtml
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Re: Espagne

Messagede bipbip » 20 Fév 2014, 07:26

Espagne : huit ans de prison pour des syndicalistes d’Airbus ?
http://multinationales.org/Espagne-huit ... rison-pour
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Re: Espagne

Messagede Béatrice » 21 Mar 2014, 18:39

Contre les politiques d’austérité, des milliers de citoyens espagnols exaspérés convergent actuellement vers Madrid pour une grande manifestation
qui aura lieu le 22 mars :

Politiques d’austérité : des milliers d’Indignés espagnols marchent vers Madrid

Des milliers de citoyens espagnols, exaspérés par les mesures d’austérité économique et par l’incurie des politiques européens face à la crise, convergent en ce moment de tout le territoire espagnol vers Madrid pour manifester leur mécontentement ce samedi 22 mars. Depuis fin février, ces manifestants « indignés » marchent au rythme de slogans comme « Non au paiement de la dette », « Pas une coupe budgétaire de plus », « Dehors la "troïka" » (Commission Européenne, Banque Centrale européenne et Fond Monétaire International). Ou bien encore « Du pain, un travail et un toit pour tous ». Un mouvement sans précédent dans l’histoire sociale de l’Espagne démocratique.

L’initiative est partie du Syndicat andalou des Travailleurs (SAT) en septembre 2013. Le but : unir les différentes luttes sociales nationales et manifester l’exaspération collective à Madrid, à deux mois des élections européennes. « Nous exigeons le départ du gouvernement du PP [Partido Popular, la droite espagnole] et de tous les gouvernements qui répriment les droits sociaux fondamentaux et qui soutiennent la politique de la troïka », revendique la Plateforme de coordination des Marches pour la dignité sur son site web. « Dans toutes les villes, le nombre de personnes qui s’unissent aux colonnes de manifestants a largement dépassé nos prévisions ! », se félicite Marta Rodriguez, du syndicat alternatif Assemblée pour la Santé Publique.

De nouveaux campements et « occupations » prévus


Depuis fin février, plusieurs milliers de personnes sont parties de 15 provinces espagnoles et se dirigent vers Madrid à pied, en voiture, en bus ou en train. Sans compter les manifestants des îles Canaries, qui entendent exprimer leur rejet face aux prospections de pétrole sur leur territoire, mais aussi des citoyens solidaires qui manifesteront depuis l’Allemagne, la Belgique, l’Irlande, le Royaume-Uni, le Pérou, le Mexique, le Chili, le Salvador, la France, la Norvège, la République Tchèque et l’Autriche.

« Notre manifestation ne prend pas fin le samedi 22 mars mais commence bel et bien ce week-end ! », précise Susana, militante du secteur médical de Madrid. Le mouvement prévoit de renouveler un campement permanent, comme celui de la place de la Puerta del Sol en 2011. Mais ces derniers mois, des lois répressives – comme les lois de Sécurité Citoyenne – ont été adoptées par le gouvernement du PP, en vue de contrôler les manifestations sociales. « Une commission a été mise en place avec des représentants de tous les collectifs sociaux pour décider des actions que nous allons mener après le 22 mars. Mais cela reste secret par mesure de sécurité », précise Marta.

Les pompiers de plusieurs villes espagnoles et des collectifs d’avocats se sont organisés pour assurer la sécurité et la défense juridique des manifestants à Madrid en cas de répression policière. Des manifestations sont prévues devant les ministères, la Bourse de Madrid, des succursales de banques et de l’INEM (l’équivalent du Pôle Emploi français). Autant de lieux symboliques des mesures d’austérité européennes, appliquées par le gouvernement espagnol, et qui écornent chaque jour un peu plus l’État-providence pour lequel les citoyens européens se sont tant battus.

Plus d’infos sur le site Marchas de la dignidad http://marchasdeladignidad.org/


http://www.bastamag.net/Droits-sociaux-des-milliers-d
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Re: Espagne

Messagede Béatrice » 22 Mar 2014, 21:47

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants venus de toute l'Espagne ont convergé samedi à Madrid pour réclamer la fin de la politique d'austérité imposée par l'Union européenne.

MADRID (Reuters) - Plusieurs dizaines de milliers de manifestants venus de toute l'Espagne ont convergé samedi à Madrid pour réclamer la fin de la politique d'austérité imposée par l'Union européenne.

Les "marches de la dignité" ont réuni dans la capitale espagnole des foules en soutien à une myriade de causes, dont l'emploi, le logement, la santé, l'éducation et la lutte contre la pauvreté.

Sur leurs banderoles, les participants exhortaient le gouvernement conservateur espagnol à ne pas honorer les dettes contractées auprès des créanciers internationaux et à s'attaquer au chômage, qui touche 26% de la population active.

"Du pain, des emplois et un logement pour tous!", lisait-on sur une banderole.

Plusieurs groupes de manifestants avaient parcouru à pied plusieurs centaines de kilomètres, venant de régions comme les Asturies dans le nord de l'Espagne ou d'Andalousie dans le Sud.

http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/ ... erite.html

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Re: Espagne

Messagede Pïérô » 24 Mar 2014, 02:46

La plus grande manifestation de l'histoire récente de l'Espagne

Ils sont de l'avis général près de deux millions, plus disent certains médias, comme la Sexta (une chaîne de télévision nationale). Du jamais vu. Une journée historique "qui ne va pas s'achever ce 22 mars" clame le cortège. Beaucoup ont prévu de rester à Madrid et de camper. Par exemple, mille d'entre eux dans le secteur de Recoletos. Des Assemblées Générales, des opérations symboliques ("faire le siège de la Bourse", etc.) sont prévues pour lundi et les jours suivants.

... http://www.humanite.fr/monde/la-plus-gr ... nte-561538



Ce sont des ruisseaux humains qui se sont transformés en flots et en vagues ce 22 Mars et ont envahit Madrid !


http://www.cnt-so.org/?La-marche-de-la- ... est-entree
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Re: Espagne

Messagede bipbip » 29 Mar 2014, 14:58

Mouvement contre l’austérité et la corruption : vers un nouveau printemps espagnol ?

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté contre l’austérité et le remboursement d’une dette jugée « odieuse », à Madrid le 22 mars. Trois ans après le « mouvement des indignés », collectifs citoyens, syndicats et partis de gauche ont réussi à s’unir pour « le droit à une vie digne pour tous ». La mobilisation réussira-t-elle à dépasser les dissensions et les nombreuses défiances vis-à-vis des organisations traditionnelles ? Une grève générale se prépare pour avril.

... http://www.bastamag.net/Espagne-22-M-ou-le-renouveau-du


Médias de France : loin de l’Espagne et des mobilisations sociales contre l’austérité
http://www.acrimed.org/article4299.html
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Re: Espagne

Messagede Pïérô » 31 Mar 2014, 16:25

Extrait du concert sur la Plaza de Colon à la fin de la marche de la dignité 22M, interrompu par la police.

- Les musiciens montrent leurs instruments en criant "voici nos armes", que la foule reprend.
- Un organisateur crie au micro : "messieurs de la police, évacuez la place, la représentation n’est pas finie, c’est une représentation tout à fait légale, il y a des milliers de gens, avec enfants. N’entrez pas dans la place, ne nous interrompez pas"...
- La foule : "dehors, dehors..."




http://www.cnt-so.org/?voici-nos-armes
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