kanaky en luttes

Re: solidarité kanaky

Messagede vroum » 11 Sep 2009, 12:26

Un article sur la Nouvelle-Calédonie et l'USTKE dans le dernier Monde libertaire # 1563 :

LA SAISON FRAÎCHE a été chaude en Kanaky!

Affrontements sur un aérodrome en mai, mandat de dépôt prononcé à l’encontre d’un responsable syndical en juin, une énorme manif de droite et des gendarmes cibles de tirs d’armes à feu en août… Au-delà des caricatures dressées de toute part, il est important de rétablir certaines vérités afin d’éviter de néfastes confusions.

L’USTKE et son dirigeant Gérard Jodar ne sont pas soutenus par tous les indépendantistes, loin de là. Beaucoup gardent le silence mais des voix s’élèvent pour refuser la valorisation de l’affrontement, jusqu’au responsable du Palika, une des deux principales composantes du FLNKS, Paul Néaoutyine.

L’USTKE a certainement perdu beaucoup de ses soutiens lorsqu’en juin dernier Gérard Jodar a prédit des événements semblables à ceux des années quatre-vingt, quand la Kanaky était au bord de la guerre civile.

L’immense majorité de la population, y compris kanak, ne veut surtout pas un retour à une telle époque.

L’USTKE est contre l’Accord de Nouméa, qui essaie de promouvoir une citoyenneté calédonienne et un destin commun. Les accords de Matignon, en 1988, avaient tout d’un traité de paix : il fallait mettre un terme à des affrontements très violents, la situation devenait une impasse sanglante, y compris pour les militants indépendantistes.

L’accord de Nouméa est une suite, négociée, insistant sur le respect de l’identité kanak et prévoyant une large autonomie politique et administrative pour la Kanaky, jusqu’à une possible indépendance en 2014 ou au-delà.

Affirmer une opposition aux méthodes et aux amalgames de l’USTKE ne revient pas à se ranger du côté des réactionnaires. S’il est clair que des avancées sont en cours, comme la reconnaissance de plus en plus concrète de la civilisation kanak, il est tout aussi clair que des situations intolérables perdurent.

Proclamée colonie française en 1853 la Kanaky a été pillée par la France et ses habitants ont été bafoués. De grosses fortunes côtoient une misère qui s’amplifie. Il est tout bonnement impensable, absurde, pour les principaux possédants caldoches que la Kanaky devienne indépendante et effectivement il y a un risque que l’État français arrive à diluer la revendication d’indépendance dans une série de compromis. Il se dit de plus en plus que les référendums sur l’autodétermination prévus dès 2014 ne sont pas la solution, ou arrivent trop tôt : tout, même un « pacte cinquantenaire » plutôt que l’indépendance.

Par contre les Kanaks gèrent déjà deux des trois provinces de Kanaky, celle du nord et celle des îles Loyauté. L’indépendance se conquiert donc aussi à présent dans la capacité à administrer des territoires, à valoriser concrètement une économie kanak. L’USTKE est critiquée aussi parmi les indépendantistes pour son choix de rester campée sur une logique d’affrontements, alors qu’une bonne partie du mouvement indépendantiste a pris le chemin d’une construction effective de l’indépendance, y compris par la formation de cadres, par des choix économiques lourds.

La lutte pour l’indépendance s’appuie également sur la « Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones » adoptée en septembre 2007.

La France est impliquée dans un processus de décolonisation de la Kanaky chapeauté par l’Onu. La Kanaky est inscrite sur la liste de pays à décoloniser et la France s’est engagée à réaliser cette décolonisation. Le « droit des peuples autochtones » sert évidemment la cause indépendantiste, mais là encore l’USTKE préfère ignorer cette évolution et continuer la recherche du conflit violent.

Il ne faut pas non plus oublier que l’USTKE a fondé il y a peu un parti politique, le Parti travailliste. Les actions actuelles de l’USTKE peuvent s’inscrire dans une démarche politique de valorisation du parti.

Le conflit à l’origine des nouvelles crispations a touché une société gérée principalement par des Kanaks, Aircal, dont le président fut pionnier dans la revendication indépendantiste et contre qui les responsables de l’USTKE connaissent un contentieux ancien.

Aircal desservant les îles Loyauté où vivent presqu’exclusivement des Kanaks, c’est cette population, pauvre, qui a pâti en premier lieu du long conflit. L’USTKE peut chercher à provoquer des affrontements pour diviser le camp indépendantiste, ce qu’elle réussit bien, et espérer ainsi une recomposition, en faveur de son parti.

De tout cela il faut retirer que la situation de Kanaky est complexe et qu’y plaquer nos grilles d’analyse occidentales ne peut que fausser la réalité. Le retour à un climat de violence refusé par une majorité de Kanaks est par contre clairement utile au camp anti-indépendantiste, qui peut de nouveau jouer sur les peurs pour maintenir ses prérogatives.

Christophe
vroum
 

Re: solidarité kanaky

Messagede bajotierra » 11 Sep 2009, 13:27

Donc le ML soutient les gentils kanaks contre les vilains salariés ?

Car si je suis l'auteur de ce texte il semble que pour lui les travailleurs ont le mauvais goût de ne pas comprendre que leur exploitation n'est rien en regard de l'indépendance et des strapontins accordés aux indépendantistes .......
bajotierra
 

Re: solidarité kanaky

Messagede berneri » 11 Sep 2009, 17:03

les positions rapportées par le ML n'ont rien à voir avec celles défendues par des membres du parti travailliste, de l'USKTE que j'ai rencontré hier, y compris des membre du FLNKS qui font une tournée dans toute la france (voir les dates sur leur site dont j'ai mis le lien plushaut)

voilà ce que j'ai entendu de vive voix:

Ils ne cherchent pas l'affrontement à tout pris mais il y a une manipulation de l'information et une stigmatisation de l'USKTE par le "gouverneur" haut commissaire, représentant de l'état et ancien dirigeant de la police à marseille.
là bas il n'y a qu'un journal, une télé une radio tous aux ordres , (seulement une radio alternative, kanak).
les membres de l'USKTE ont choisi de fondé un parti travailliste car les partis independantistes defendent mal ou pas les intérêts des travailleurs ni la lutte contre l'exploitation des ressources et l'environnement, ils se "molissent" une fois pris dans les enjeux politiciens.
La stigmatisation de l'USKTE vise à affaiblir les positions pour l'indépendance, car il y a un referundum pour l'indépendnace qui se rapproche et qui est prévu parles accords de nouméa (j'ai retenu 2018)
L'etat français cherche à sortir de nouméa par une stratégie de division du mouvement indépendantiste
l'USKTE se definit comme un syndicat de lutte et detransformation sociale et insiste sur leur projet social au delà de l'indépendance. l'USKTE ne fait pas que du corporotisme mais s'appuis ur les tribus et les usines et a une orientation et un discours global.

Les syndicalistes, leurs familles, les jeunes, ont affaire à une repression violente et disproportionnée par rapport à ce qui se passerait en france pour les m^mes faits sociaux.

le patronat local plus les représentant de l'état ont organisé une vrai campagne de denigrement de l'USKTE, par la presse notamment mais auissi par des manifestations, les patrons demandant aux salariés d'aller manifester dans la rue ne restant payé au lieu de bosser et également l'état en faisant autant avec les fonctionnaires.


Alors ce que je lis dans le ML est à contresens complet de ce que j'ai entendu, on dirait que c'est du même acabi que le denigrement organisé par l'état et le patronat là-bas.

Certainement ne sont-ils pas sur la bonne ligne anarchiste pour la FA .....(?)
berneri
 

Re: solidarité kanaky

Messagede Pïérô » 11 Sep 2009, 22:05

mais qui est donc ce Christophe qui signe cet article du ML ?
çà me rappelle tellement de posts ici...
les méchants syndicalistes qui associent anti-colonialisme et lutte de classes et autodéfense et contre violence... Berk la lutte des classes qui divise et berk la violence...Ces vilains-méchants-syndicalistes qui contestent les accords "pacifiques" de Matignon et de Nouméa, accords qui ne sont qu'entourloupe, là où L'Etat policier (et colonial) règne et teste là bas les méthodes de répressions qui seront appliquées bientôt ici.
Cet article parfaitement honteux, qui transpire la paix sociale républicaine, et l'idéologie dominante, est plus que navrant, c'est une monstruosité politique pour le mouvement anarchiste révolutionnaire.

La délégation qui parcourt actuellement l'hexagone, est composée des différentes parties de la représentation des Kanaks, et elles sont soudées dans leur lutte contre la répression et pour faire avancer leurs revendications qui sont "nationalistes" comme sociales.


Le collectif de Kanaky en tournée en France

Depuis l’incarcération des syndicalistes, en Nouvelle-Calédonie un collectif s’est créé pour la défense des droits fondamentaux et la lutte contre les discriminations.

Composé de partis politiques (Union Calédonienne, UCR, Parti Travailliste), de syndicats (USTKE, SLUA, syndicat d’étudiants), d’associations de jeunes des quartiers, du comité Rhebuu Nuu, de coutumiers, de personnalités du monde social et de l’église.

Ce collectif anciennement comité pour la libération des syndicalistes emprisonnés, a décidé de créer un observatoire des droits de l’homme, y compris les droits autochtones, et de tenir à jour un livre blanc sur les atteintes à ces droits en Kanaky remontant à décembre 2006 date à laquelle l’USTKE s’est engagée à la mise en place de son alternative politique et ouvrant ainsi le libre cours à la répression de l’appareil judiciaire et des forces de répression coloniales. .

Une délégation de ce collectif se déplacera en France métropolitaine du 9 au 20 septembre 2009 pour communiquer et interpeller des personnalités et organisations politiques, syndicales et juridiques sur les atteintes aux droits de l’Homme par la France en Nouvelle-Calédonie.

Cette délégation sera composée de :

Wakene Alphonse PUJAPUJANE (vice-président de l’USTKE), Georges MANDAOUÉ (Vice-Président du Parti Travailliste, élu à la Province Nord et ex-Sénateur coutumier pendant 10 ans), André VAMA (président de Rhebuu Nuu), Thierry KAMEROMOIN (responsable de l’Union Calédonienne)

Et ils seront présents à Paris le 15 septembre pour commenter la décision de la cour d’appel de Nouméa sur les 28 syndicalistes de l’USTKE, parmi lesquels six risquent de rester en prison.
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: solidarité kanaky

Messagede Nico37 » 15 Sep 2009, 19:52

Nouvelle-Calédonie: Gérard Jodar écope de neuf mois ferme en appel

La cour d’appel de Nouméa a condamné mardi Gérard Jodar, le président du syndicat indépendantiste néo-calédonien USTKE, à neuf mois d’emprisonnement ferme. La cour a également ordonné son maintien en détention et celui de cinq autres syndicalistes. Lire la suite l'article

Gérard Jodar avait écopé d’un an ferme lors du jugement en première instance le 29 juin dernier. Le parquet avait requis quinze mois ferme en appel.

A l’issue de l’audience, le patron de l'Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités, resté debout pendant le délibéré, est retourné au Camp-Est à Nouméa. La cour a ordonné son maintien en détention ainsi que celui des cinq autres militants USTKE incarcérés. En première instance le 29 juin dernier, Gérard Jodar avait été condamné à un an de prison ferme et placé sous mandat de dépôt.

"On ne peut pas accepter que des syndicalistes soient incarcérés comme des délinquants", a déclaré Me Cécile Moresco, avocate des militants USTKE, à l’issue du délibéré. Deux options s’offrent désormais aux syndicalistes: le pourvoi en cassation ou la demande d’aménagement des peines, a indiqué l’avocate. "Nous déciderons au cas par cas des suites à donner", a-t-elle précisé.

Le président du syndicat et vingt-sept autres militants étaient jugés pour avoir investi le tarmac de l’aérodrome de Magenta-Nouméa et, pour certains, être montés à bord de deux avions des compagnies aériennes Aircal et Air Tahiti.

Les membres du syndicat doivent désormais soupeser les avantages de l’une ou l’autre solution. Jusqu’à la semaine dernière "M. Jodar a purgé sa peine de Carsud sans aménagement", a déclaré son avocate. Le président de l’USTKE avait été condamné définitivement à douze mois de prison dont trois ferme, le 12 mai dernier, pour des affrontements aux abords de l’entreprise de transport Carsud, en janvier 2008.

Avec cette nouvelle condamnation à neuf mois ferme, planent au-dessus de sa tête "dix-huit mois s’il n’y a pas de dispense de révocation du sursis", a souligné Me Cécile Moresco.

"On va analyser tout ça avec l’avocate et en concertation avec les six détenus", a déclaré Marie-Pierre Goyetche, vice-présidente de l’USTKE. Elle ne se dit pas surprise de l’arrêt de la cour d’appel de Nouméa. C’est "une répression qui ne fait que perdurer", a-t-elle commenté, appelant les quelque 200 militants USTKE rassemblés mardi à poursuivre "le combat contre les inégalités".

L’énoncé des peines s’est déroulé dans le calme mardi. La vice-présidente de l’USTKE a assuré que l’écho serait fait de "la criminalisation des syndicalistes". Les prochaines actions et notamment la suite à donner à la grève générale, relancée dans la nuit de lundi à mardi, seront décidées lors d’une prochaine assemblée générale.

Le syndicat indépendantiste dénonce également les interpellations menées dans la tribu de Saint-Louis en fin de semaine dernière. Ces opérations font suite aux affrontements du 5 août dernier où des gendarmes avaient été pris pour cible par des jets de billes d’acier et par des tirs, probablement de chevrotines, avaient annoncé les forces de l’ordre. AP
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Re: Nouvelle-Calédonie: affrontements avec la police

Messagede Johan » 16 Sep 2009, 09:48

Nouvelle-Calédonie: Neuf mois en appel pour Gérard Jodar

Comme décidé par le tribunal au mois d'août dernier, c'est aujourd'hui qu'a été énoncé le jugement de la cour d'appel de Nouméa dans l'affaire des syndicalistes de l'UTSKE, dont leur président Gérard Jodar. Condamné suite à des échauffourées entre des militants et la police lors de l'envahissement de l'aéroport de Magenta à la fin du mois de mai, il avait écopé d'un an de prison ferme en première instance. En appel, l'avocat général avait demandé une aggravation de la peine à 15 mois. Le demande de remise en liberté du président de l'Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités et des cinq syndicalistes avait en outre été rejetée, dans l'attente de la décision de ce 15 septembre. Finalement, Gérard Jodar prend neuf mois ferme. La cour a également ordonné son maintien en détention ainsi que celui des cinq autres militants. A l'issue du délibéré, leur avocate a déclaré "qu'on ne peut pas laisser accepter que des syndicalistes soient incarcérés comme des délinquants". Deux options se présentent, le pourvoi en cassation ou la demande d'aménagement des peines. L'avocate a affirmé qu'ils décideront au cas par cas des suite à donner en concertation avec les six détenus. 200 militants de l'UTSKE s'étaient rassemblés ce mardi, et leur vice-présidente a assuré que l'écho serait fait de la criminalisation des syndicalistes.

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Re: solidarité kanaky

Messagede JPD » 16 Sep 2009, 13:23

L’USTKE est contre l’Accord de Nouméa, qui essaie de promouvoir une citoyenneté calédonienne et un destin commun. Les accords de Matignon, en 1988, avaient tout d’un traité de paix : il fallait mettre un terme à des affrontements très violents, la situation devenait une impasse sanglante, y compris pour les militants indépendantistes.


Les bras m'en tombent ! défende des accords de Noumea et ceux de Matignon un traité de paix ! Comment est-il possible de se sentir appartenir au même "isme" que ce Christophe qui sait ce que veut "l'immense majorité de la population". Pour le coup on a l'impression qu'il privilégie le national sur le social.
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Re: solidarité kanaky

Messagede Nico37 » 22 Sep 2009, 15:47

Détenu à la prison de Camp Est depuis le 29 juin avec six autres militants de l’USTKE, il a été au cœur des heurts qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie début août. Le conflit à la compagnie aérienne Aircal, à l’origine de la crise actuelle, a débuté par le licenciement d’une employée à qui il est reproché d’avoir trahi le secret professionnel. L’USTKE exige sa réintégration, lance une grève. Un accord est finalisé, sa mise en œuvre traîne. Jodar et ses amis organisent une conférence de presse à l’aéroport de Nouméa. Chargés par la police, ils se réfugient dans des avions en stationnement. Ils seront condamnés pour « entrave à la circulation d’aéronefs ». S’ensuivent dix jours d’affrontements entre forces de l’ordre et salariés de l’USTKE qui exigent la libération de Jodar. « De par son incarcération, Gérard Jodar, qui est blanc, devient le fédérateur du peuple kanak », observe José Bové, vieux compagnon de route de l’USTKE. Alors que leur procès en appel est fixé au 25 août, le collectif pour la libération de Jodar et de ses camarades appelle à une « grande journée de mobilisation » samedi.

Lundi, le juge d’application des peines du tribunal de grande instance de Nouméa a rejeté la demande d’aménagement de peine formulée par les avocats du président de l’USTKE.

Mathieu Ecoiffier Source : http://www.liberation.fr Le 17 août 2009

En Nouvelle-Calédonie, nous sommes toujours dans une colonie
Propos recueilli par Mathieu Ecoiffier

C’est un véritable document que publie Libération : un entretien avec Gérard Jodar, président du syndicat indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités). Condamné à un an de prison ferme, fin juin, pour entrave à la circulation d’un avion, il est l’un des très rares syndicalistes à être emprisonnés en France - le juge d’application des peines du tribunal de grande instance de Nouméa vient d’ailleurs, ce lundi, de rejeter la demande d’aménagement de peine formulée par les avocats du président de l’USTKE.

Gérard Jodar explique les conditions de sa détention ainsi que la situation sur le Caillou. Ses proches lui ont fait parvenir les questions que nous lui avons posées par écrit.

Interview

D’abord, comment allez-vous ?

Je vais très bien car je suis soutenu par beaucoup de militants, par un collectif et par ma famille. Je suis au Camp Est, seule prison du pays, et cette expérience est très enrichissante. Les constats que je fais sont terribles. D’abord, 97 % des détenus sont des jeunes Kanaks. La prison, prévue pour 190 détenus, en compte 417. Nous sommes cinq ou six dans les cellules crasseuses de 11 m2. Nous avons droit à une demi-heure de promenade le matin et l’après-midi dans une petite cour. Il n’y a aucune structure de formation en interne pour permettre la réinsertion de tous ces jeunes détenus. Nous n’avons droit qu’à deux visites d’une demi-heure par semaine. La nourriture est loin de correspondre aux besoins et aux normes. Quand je pense que la France est le pays des droits de l’homme... Bravo ! Il faut qu’une mission parlementaire vienne faire un constat et atteste de ce que je dis. Du côté du personnel pénitentiaire, les choses ne sont pas mieux : sous-effectifs, mauvaises conditions de travail, les gardiens sont découragés. Nous sommes toujours dans une colonie et pas très loin de l’époque du bagne.

Que vous reproche-t-on ?

Nous sommes victimes de l’acharnement de l’Etat au travers de l’action des forces de l’ordre et du parquet de Nouméa. Cela fait deux fois depuis début 2008 que nous sommes chargés par plusieurs centaines de policiers et gardes mobiles, alors que nos mobilisations, dans le cadre de grèves générales licites, étaient pacifiques. Dans le dernier conflit, celui d’Aircal [une compagnie aérienne locale, ndlr], lors de l’assaut violent des forces de l’ordre, nous avons été contraints de nous réfugier à vingt-huit dans deux avions dont les portes étaient ouvertes pour nous protéger et attendre la fin des affrontements. Nous sommes tous passés devant le tribunal, et pour des faits strictement identiques, les condamnations vont de l’amende à douze mois ferme pour le responsable de notre fédération BTP et moi-même, en passant par la prison avec sursis. Ces décisions sont totalement discriminatoires, voire surréalistes. Il n’y a eu aucune instruction malgré la requête de nos avocats, et ce fut un procès exclusivement à charge.

En vous maintenant en détention, ne fait-on pas de vous un symbole de la résistance aux autorités et au patronat calédoniens ?

Etre un symbole ne fait pas partie de mes ambitions. Je veux être et rester avant tout un militant qui se bat pour plus de justice sociale, pour une juste et effective répartition des richesses, pour le rééquilibrage en faveur du peuple kanak, pour la construction d’un pays multiculturel dans le cadre d’une communauté de destin. Malheureusement, ici, il vaut mieux tenir un discours politicien que faire preuve de sincérité et d’honnêteté intellectuelle. Le patronat, en grande partie, n’aime pas l’USTKE car notre syndicat n’hésite pas à se mobiliser et dénonce la répartition aberrante des richesses. Un quart de la population est en dessous du seuil de pauvreté et une autre partie de cette population vit dans l’opulence et le luxe.

Pour le haut-commissaire de la République, Yves Dassonville, « Aircal est un prétexte. Ce qui est fondamentalement recherché par l’USTKE, c’est de créer de la tension ». Que pensez-vous de cette affirmation ?

Dans notre pays, il faut que certains arrêtent de fantasmer. Depuis la prison, j’ai entendu tout et n’importe quoi sur ce conflit. Si, comme nous l’avions souhaité, les négociations avaient débuté dès le départ de la grève, et non plusieurs mois après, le conflit aurait été réglé de suite, et rien de ce qui s’est produit n’aurait eu lieu. Mais comme je vous l’ai dit, il ne faut jamais occulter le fait que nous sommes un syndicat indépendantiste et que l’Etat, le patronat et la droite locale ne rêvent que d’une chose, voir l’USTKE disparaître. Là encore, il faut qu’ils arrêtent tous de fantasmer.

José Bové accuse Yves Dassonville « de jeter de l’huile sur le feu ». Partagez-vous cette analyse ? Pensez-vous qu’il doive rester en fonction ?

En trente ans, je n’ai jamais vu un haut-commissaire donner des instructions aussi brutales et tenir un discours aussi radical sous prétexte de maintenir l’ordre public. Nous ne sommes pas dans un pays de voyous, comme il se plaît à nous traiter. Il n’a pas su tenir compte de la culture du pays et c’est grave. Il est effectivement préférable qu’il soit muté ailleurs et que quelqu’un de plus diplomate prenne sa place.

Alors que le conflit s’envenime, on constate une mobilisation des jeunes aux côtés de l’USTKE. Comment expliquez-vous ce front commun ?

Je voudrais avant tout dénoncer les propos du haut-commissaire qui a déclaré que l’USTKE enrôlait et armait la jeunesse afin de l’utiliser contre l’Etat et déstabiliser le pays. Encore une déclaration qui illustre bien sa méconnaissance de la réalité. Je voudrais aussi dire que je condamne le saccage et le pillage des commerces ou d’installations publiques. J’ai la chance de fréquenter beaucoup de jeunes : ils ne croient plus à la politique d’aujourd’hui, n’ont plus confiance dans les institutions et n’ont aucun débouché professionnel. Lorsqu’on n’a plus d’espoir dans l’avenir, voire plus d’avenir, eh bien on réagit par réflexe ! On voit des syndicalistes se faire taper dessus par les forces de l’ordre, on entend des discours radicaux tenus à leur encontre, qu’est-ce que se disent alors les jeunes ? Battons-nous à leurs côtés, peut-être que cela créera une prise de conscience qui pourrait apporter un changement des comportements en notre faveur. La jeunesse est l’avenir du pays, ne pas la prendre en compte, c’est ruiner tous les espoirs de vivre un jour dans un pays où chacun aura sa place.

Qu’attendez-vous aujourd’hui du gouvernement et de Marie-Luce Penchard, la secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer ?

Le gouvernement français se doit de respecter intégralement les dispositions de l’accord de Nouméa de 1998. Ces accords doivent conduire à une vraie décolonisation, et il est donc fondamental que la sincérité prévale dans cette démarche. Si le peuple kanak et les citoyens du pays se sentent trahis, leurs réactions seront fortes. Marie-Luce Penchard est venue pour la première fois chez nous et elle n’a pas pris la mesure des choses. Elle est restée dans le superficiel aux côtés de ses collègues de la droite locale. C’est dommage.

Le Medef local accuse votre organisation de prendre en otage l’économie calédonienne...

Le Medef local, qui vient d’ailleurs de se diviser, n’a qu’une démarche, celle d’accentuer les profits pour une minorité sous l’habillage du développement économique. De nombreux patrons gagnent beaucoup d’argent chez nous mais placent cet argent ailleurs. Le Medef local est fondamentalement anti-indépendantiste et n’arrête pas de nous dire qu’ici, c’est la France. Alors pourquoi le salaire minimum est-il plus bas chez nous, pourquoi les avantages sociaux sont-ils inférieurs ? Lorsqu’on pose la question à certains patrons, ils nous répondent : "Estimez-vous heureux qu’on vous donne du travail !"

Quels sont les liens entre l’USTKE, la CGT et le NPA d’Olivier Besancenot ?

Des liens forts, fraternels, qui doivent renforcer notre détermination à faire changer les choses. Lors de la dernière campagne électorale, nous avons choisi pour slogan "Un autre monde est en marche" parce que nous avons la chance d’être des hommes de terrain et que les constats que nous faisons jour après jour sont écœurants. L’argent se concentre sur une minorité alors qu’une majorité vit de plus en plus mal. La plupart des discours politiques sont trompeurs, et dans un petit pays comme le nôtre, ils sont téléguidés par le patronat.

Qu’est-ce qui a changé depuis les accords de Matignon de 1988 ?

L’USTKE a été la seule organisation syndicale à avoir signé les accords Matignon-Oudinot par la plume de son président fondateur, Louis Kotra Uregei. Ces accords ont été dans un premier temps un "cessez-le-feu" qui mettait un terme aux événements de 1984-1988. Ces accords, suivis par ceux de Nouméa, doivent, pour nous, conduire à la reconquête de la souveraineté. Cette souveraineté devrait nous permettre de gérer notre pays en toute responsabilité. Choisir notre système de développement social, économique, de santé, d’enseignement. Décider de nos relations internationales. Les accords doivent donc s’inscrire dans cette démarche afin que nous construisions ensemble ce pays multiculturel pour lequel nous nous battons. Mais avec un préalable très important, celui de restituer au peuple kanak sa place légitime de peuple autochtone, seul peuple colonisé, au centre du nouveau pays. Malheureusement, beaucoup trop de gens encore font croire que l’indépendance, c’est la pauvreté, l’anarchie, l’exclusion de ceux qui ne veulent qu’une chose, que surtout rien ne change, car ils vivent richement et égoïstement. Il faut aussi dire que les donneurs de leçon n’arrêtent pas de parler de démocratie et de liberté dans un pays où il n’y a qu’une chaîne de télévision, appartenant à l’Etat, un seul quotidien et cinq stations de radio. Dans ces conditions, comment pouvez-vous imaginer qu’il y ait une réelle liberté de parole ? Alors bien évidemment, les responsables politiques de droite en profitent pour diffuser un discours systématiquement basé sur "heureusement que nous sommes français, sinon !!!" J’ai déjà demandé des débats publics portant sur notre approche de l’indépendance avec des élus de droite sur le plateau télé de RFO ou sur les ondes radio. Pour l’instant, on nous rétorque que personne ne veut s’abaisser à dialoguer avec nous sur ce thème. Je voudrais aussi dire que nous sommes indépendantistes mais pas antifrançais, et cet amalgame, encore trop utilisé, est indigne.

Les récents troubles sont-ils dus à la grosse vague d’immigration métropolitaine que la Nouvelle-Calédonie connaît depuis dix ans ?

Effectivement, depuis que la paix civile est revenue dans le pays, nous assistons à une vague de plus en plus importante d’immigration en provenance de France. Le peuple kanak et ceux qui ont été reconnus comme victimes de l’histoire vont devenir minoritaires si rien n’est fait. Nous avons demandé qu’un texte soit voté pour protéger l’emploi en faveur de cette population. Un texte a bien été préparé, mais il ne répond pas assez fortement à nos aspirations. Quand on connaît la crise économique que traverse la France et la facilité avec laquelle ceux qui débarquent arrivent à trouver du travail au détriment de ceux qui sont citoyens du pays, on ne peut qu’être choqué. Vous savez, dans les tribus ou les quartiers populaires et les squats de Nouméa, la capitale est appelée "Ville Blanche" parce qu’il n’y a plus que des Européens. Il faut stopper cette immigration qui n’a comme but que la mer, le soleil et le fric.

Comment voyez-vous la situation dans le pays ?

Si toutes les compétences régaliennes sont bien transférées avant le référendum de 2014, si les discours de la peur cessent, si la volonté de construire un pays prospère dans le cadre d’une réelle communauté de destin par le rééquilibrage est effectivement mise en œuvre, tous les espoirs sont permis. Dans le cas contraire, faute d’émancipation par la réparation des dommages dus à la colonisation, l’espoir sera alors vain.

Source : http://www.liberation.fr Le 17 août 2009
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Re: solidarité kanaky

Messagede berneri » 25 Nov 2009, 15:19

Courrier de l'OIEM

Bulletin d’information, n°98, Juillet-septembre 2009

L’OIEM a lancé l’idée de la création d’un Comité International de dénonciation des atteintes aux libertés syndicales en Kanaky et pour la libération des syndicalistes emprisonnés. Présidé par notre Camarade Mademba Sock du Sénégal, ce Comité aura pour mission de recenser toutes les violations des droits syndicaux en Nouvelle-Calédonie depuis 2 ans et de les dénoncer auprès des institutions internationales concernées, notamment l’OIT.

KANAKY : USINES, TRIBUS, MÊME COMBAT !

En Kanaky (Nouvelle-Calédonie pour l’Etat français), le pouvoir colonial a décidé de ne plus faire jouer la démocratie mais d’en finir définitivement avec le plus important syndicat du pays, USTKE, affilié à l’OIEM (voir notre Courrier n° 93).

La seule faute de l’USTKE est de défendre les intérêts du peuple kanak dans le processus de décolonisation, défini par les Accords de Matignon et ceux de Nouméa mais qui sont systématiquement sabotés par les autorités françaises et locales.

En violation desdits Accords, les travailleurs kanaks continuent d’être marginalisés dans leur propre pays. Au lieu de l’intégration promise dans le développement économique de l’archipel, ils ont droit aux salaires les plus bas, aux boulots les plus pénibles et au chômage massif. Et lorsqu’ils protestent, ils sont considérés comme « des voyous et des bandits » et réprimés.

Dans le même temps, avec un taux de croissance de plus de 10%, le gouvernement favorise une vague de plus en plus importante d’immigration en provenance de France. Ceux qui débarquent ne sont concernés par aucune crise : ils trouvent facilement du travail bien rémunéré au détriment de la population kanak.

La métropole et le patronat local préparent ainsi un tel rapport de force où le peuple autochtone kanak ne sera qu’une minorité sans influence, pour faire pencher la balance vers un "NON" à l'indépendance et enterrer les Accords. Car l’enjeu est énorme : l’archipel possède 30 % des réserves mondiales de nickel.

En cherchant l’affrontement avec l’USTKE, le pouvoir provoque des conflits sociaux pour ensuite criminaliser l’action syndicale. La dernière provocation s’est soldée par les lourdes condamna-tions prononcées le 29 juin à Nouméa contre sept militants de l’USTKE, dont son Président Gérard Jodar. Cet « acte de justice coloniale » a été dénoncé par toutes les forces progressistes de la Kanaky et du monde entier.

Le collectif Solidarité Kanaky développe une campagne pour la libération des Camarades emprisonnés (pour toute information, consultez le site http://www.solidaritekanaky.org). Il faut aussi noter une forte mobilisation des jeunes aux côtés de l’USTKE.

L’OIEM a lancé l’idée de la création d’un Comité International de dénonciation des atteintes aux libertés syndicales en Kanaky et pour la libération des syndicalistes emprisonnés. Présidé par notre Camarade Mademba Sock du Sénégal, ce Comité aura pour mission de recenser toutes les violations des droits syndicaux en Nouvelle-Calédonie depuis 2 ans et de les dénoncer auprès des institutions internationales concernées, notamment l’OIT.

Nous apportons tout notre soutien solidaire à la lutte de l’USTKE pour les droits légitimes du Peuple Kanak et pour la construction d’une société plus juste et sans exclusion.

Organisation Internationale de l’Energie et des Mines

263 rue de Paris 93516 Montreuil Cedex (France)

Tél. : (33.1) 56 93 26 83, Fax : (33.1) 56 93 27 19

E-mail : oiem-iemo@live.fr
Article rédigé par Corinne Perron, représentante en France de l'USTKE le samedi 17 octobre
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Re: solidarité kanaky

Messagede berneri » 25 Nov 2009, 15:23

Relaxe pour les syndicalistes corses

L'Ustke apporte son soutien total aux syndicalistes corses du Syndicat des Travailleurs Corses et plus particulièrement au camarade Alain Mosconi à ses deux frères Patrick et Jean-Marc ainsi qu'à Félix Dagregorio, face à la tentative de bâillonnement de leur revendication légitime.
Jugés devant le tribunal correctionnel de Marseille les 19 et 20 novembre dernier nos camarades encourent des peines de prison avec sursis allant de deux ans, pour Alain Mosconi et Félix Dagregorio, à dix-huit mois contre les deux autres.

L'action du 27 septembre 2005 par nos camarades, les marins du STC de la SNCM, était pacifique et avait pour objectif d'attirer l'attention de l'opinion, Corse et Francaise, sur le drame social qui se jouait dans l'entreprise, ou plusieurs centaines d'emploi étaient menacés, avec les risques de privatisation de leur compagnie.
Devant l'impasse des négociations les camarades décidaient de ramener le navire " Pascal PAOLI ", amarré à Marseille, à son port d'attache, à savoir Bastia.
Un transfert qui pris fin quelques heures plus tard avec l'intervention des militaires du GIGN et les commandos " Hubert " de la marine nationale.
Pour la première fois depuis un siècle, un gouvernement français envoyait l'armée contre des travailleurs en lutte.
Une criminalisation de l'action syndicale qui ne nous laisse pas indifférent tant il nous rappelle le rôle joué par les appareils d'Etat dans la répression de l'Ustke et de son combat politique.

Pour preuve la participation du commando Hubert de la marine Nationale et les militaires du GIGN dans l'interception du bateau à Bastia nous rappelle de tristes souvenirs en Kanaky avec l'assassinat des 19 militants indépendantistes en 1988 suite à l'assaut par ces mêmes militaires de la grotte de Gossanah dans l'île d'Iaaï (Ouvéa.)
Aujourd'hui les marins du STC à l'instar de ceux de l'Ustke, déjà jugés et emprisonnés, sont poursuivis par la justice Française qui le 02 décembre statuera sur leur sort.

L'Ustke exige la relaxe pour les camarades corses et réaffirme sa solidarité fraternelle à l'encontre du STC et de son combat noble pour le respect et la dignité des travailleurs.


Nouméa, le 24 novembre 2009


Le Bureau Confédéral
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Re: solidarité kanaky

Messagede Nico37 » 17 Déc 2009, 22:12

Ils sont actuellement 12 syndicalistes de l'USTKE, depuis plusieurs mois, dans la prison de Nouméa (appelée "le Camp Est"). Leurs conditions de vie sont très difficiles. Inhumaines. Nos camarades ont interpellé l'OIP (Observatoire International des Prisons) en envoyant des lettres dans lesquelles ils décrivent leurs conditions de détention. L'OIP a réagit et s'inquiète sérieusement.

« Le Camp-Est est le reflet de ce qu’il y a de pire en matière de conditions de détention. Cette prison concentre, à la puissance dix, les
points négatifs que l’on trouve dans bon nombre de prisons françaises », constate François Bès, membre de l’OIP.

Lire l'article paru dans Les Nouvelle-Calédoniennes, avec le témoignage de Julien Viaigina: http://solidaritekanaky.org/spip.php?article297

Pour aider financièrement les familles des prisonniers:

SOIRÉE DE SOUTIEN
Samedi 19 décembre 2009 à 19h au CICP 21 ter rue Voltaire 75011 Paris (métro Rue des Boulets ou Nation)

Tables de presses, vente de tee-shirts et du journal de l’USTKE (Combat Ouvrier), restauration et bar.

http://solidaritekanaky.org/spip.php?article298

Les recettes de cette soirée seront reversées aux familles des prisonniers. Venez nombreux !
Nico37
 
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Re: solidarité kanaky

Messagede Pïérô » 08 Jan 2010, 01:13

.
De l'USTKE, http://www.ustke.org/ :

Kanaky : mobilisation pour la libération de nos camarades et contre les conditions de détention

L’année qui s’achève a été exceptionnelle et restera gravée dans l’histoire de notre organisation syndicale.

Riche en événements sociaux avec notamment les grèves de Carsud, TDF et Aircal pour ne citer que celles là, elle le fut également sur le plan politique avec l’arrivée dans les institutions municipales et provinciales des élus du Parti Travailliste.

Les arrestations suivies des incarcérations de nos camarades dont beaucoup sont encore privés de liberté et parmi eux le président de l’ustke, ont clôturé une année où notre organisation syndicale a été soumise à rude épreuve.

Une expérience unique dans l’histoire de notre Pays avec la criminalisation sans réserve d’un syndicalisme de terrain, engagé, qui dérange.

Une volonté d’humilier l’ustke par le pouvoir colonial avec la complicité de la classe politique locale qui dans sa grande majorité est devenue le relais des intérêts des multinationales qui sont légions sur notre sol depuis les derniers accords politiques. Cette offense à l’endroit des responsables de notre organisation est une dédicace que nous lançons à la mouvance indépendantiste pour rappeler l’urgence de clarifier les orientations des uns et des autres par rapport au projet politique que le seul nom de Kanaky ne peut plus résumer.

L’implication de plusieurs responsables indépendantistes met à jour des divergences profondes entre la société à laquelle nous aspirons et celle de ceux qui forts d’une connivence sournoise ont exigé l’arrestation des syndicalistes de l’ustke.

Cette complicité sans réserve de la majeure partie de la classe politique indépendantiste à la répression orchestrée par l’Etat colonial contre l’ustke est une des révélations de l’année 2009 qui s’est achevée.

De la même façon, la montée lors des dernières élections municipales et provinciales du Parti Travailliste créé à l’initiative de l’ustke est la réponse de militants qui ne se reconnaissent plus dans les orientations illisibles prônées par les responsables de la mouvance indépendantiste.

L’arrivée de quatre représentants du Parti Travailliste au Boulevard Vauban (siège du Congrès de la Nouvelle Calédonie), trois élus à la Province Nord et quatre élus à la Province des Iles, après seulement deux années d’existence est l’autre révélation politique de l’année 2009.

Ajouté à cela, les péripéties rencontrées en 2009 et notamment l’incarcération de nos camarades a mis en évidence une situation insupportable qui est celle des conditions de détention au Camp Est, héritage du bagne calédonien. Si par le passé notre organisation était déjà intervenue à plusieurs reprises par le biais de ses représentants syndicaux pour dénoncer cet état de fait, la situation depuis, loin de s’être améliorée, n’a pas cessé d’empirer. C’est la dernière leçon de l’année qui s’est achevée.

La présence de nos camarades en tant que détenus a permis de dresser un état alarmant du Centre Pénitentiaire où l’insalubrité se conjugue avec surpopulation. Une situation que vivent nos camarades avec plus de 420 détenus dans une prison censée en accueillir 192. Une population carcérale composée à plus de 95% de kanaks et qui l’année passée a totalisé plus de 16 évasions. Un record inégalé sur l’ensemble du territoire Français. La véritable image de la France coloniale dans le pacifique.

Au moment où débute cette nouvelle année il nous faut continuer à nous battre pour la libération dans les meilleurs délais de nos camarades dont chaque jour passé en prison constitue une atteinte à la libre expression du droit syndical, au droit de grève et au final à la prétendue démocratie tant exhibée par la patrie des droits de l’homme.

Il nous faut nous mobiliser à nouveau pour dénoncer et œuvrer pour un changement radical des conditions de détentions.

En réponse à une tournée récente en France du collectif pour la défense des droits et des libertés et pour la libération des syndicalistes, une délégation de sept parlementaires (sénateurs et députés européens) et élus de la République est présente en Kanaky depuis le 5 janvier dernier jusqu’au 16 janvier prochain pour se faire sa propre opinion sur les conditions de détention au Camp Est et apporter son soutien aux syndicalistes de l’Ustke.

Durant leur séjour, il est demandé à l’ensemble des structures de l’organisation, fédérations, unions provinciales et communales de l’ustke de rester mobilisées dans le cadre d’un programme diffusé par le bureau confédéral et consultable auprès de leurs responsables.

La solidarité de toute l’organisation est nécessaire dans ce contexte particulier et c’est ensemble que nous saurons apporter la réponse adéquate à toute cette répression.

Le Bureau Confédéral
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Re: solidarité kanaky

Messagede berneri » 09 Jan 2010, 22:13

Lettre de Gerard Jodar en prison, Le bagne calédonien : l’exemple français dans le Pacifique
lundi 4 janvier 2010 02:22:21 Membre depuis : 10 mois
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Lettre de Gerard Jodar en prison, Le bagne calédonien : l’exemple français dans le Pacifique




LE CENTRE PENITENTIAIRE DU "CAMP-EST" EN NOUVELLE-CALEDONIE

Le Camp-Est est le seul centre pénitentiaire de Nouvelle-Calédonie. Il est conçu pour 192 détenus et en héberge actuellement 425.

Il se décompose en 6 structures :

La maison d’arrêt pour les femmes qui date de peu et qui accueille 8 détenues logées individuellement.

La centrale pour les jeunes qui est en cours d’agrandissement et surpeuplée.

La centrale pour les adultes qui purgent de longues peines surpeuplée aussi.

Le dépôt pour les peines supérieures à un an également surpeuplé.

Le centre de semi-liberté où il n’y a plus de place pour dormir y compris parterre.

Et enfin la maison d’arrêt pour les hommes où je suis détenu et qui est la structure la plus surpeuplée actuellement à 282 %.

Dans cette maison d’arrêt, nous sommes 5 et plus souvent 6 par cellule de 13 m2. Il y a 3 lits superposés d’un côté et 2 de l’autre. Ces lits sont fabriqués en tube d’acier carré et boulonnés aux murs. Le sixième détenu dort par terre entre les deux colonnes de lits.

Le sol de la cellule est en béton ce qui rend l’entretien difficile et ne facilite pas l’hygiène.

Il y a un w-c à la Turc que nous utilisons aussi comme douche à l’aide d’un bidon en plastique en prenant l’eau de la chasse d’eau. Accroché au muret qui cache une partie du w-c, se trouve un bac en béton de 85 cm de long pour 50 cm de profondeur.

Tout le linge des prisonniers reste dans leurs sacs, sous les deux lits du bas, par manque de place.

Pour éclairer la cellule, il n’y a qu’une ampoule encastrée dans un trou du mur au dessus de la porte. Pour la lumière du jour, il y a un trou avec des barreaux, sans fenêtre située à 2 mètres de hauteur dans le mur opposé à la porte. Ce trou mesure 1,48 m de long par 50 cm de haut. La lumière tant extérieure qu’intérieure est donc très faible d’autant qu’un mur d’enceinte est proche des cellules.

Il y a un téléviseur de 36 cm posé au dessus de l’armoire métallique vissée au mur.

Il n’y a qu’une seule prise de courant que nous ne pouvons pour ainsi dire pas utiliser car le réseau électrique est défaillant et disjoncte souvent à la moindre consommation électrique. C’est ainsi qu’on nous refuse les bouilloires électriques qui pourtant seraient pratiques pour préparer le café, le thé ou des soupes.

Pour terminer, un ventilateur est accroché au mur dans les cellules mais pas toutes. Il faut savoir qu’actuellement l’été arrive et il va faire entre 35 et 40 degrés ce qui fait que nous sommes obligés de dormir torse nu et à l’air libre alors que nous sommes envahis par les moustiques, les souris et les cafards, cafards que nous retrouvons parfois dans nos plateaux repas.

A six dans une cellule, nous disposons donc de 3,80 mètres carrés pour circuler. Ceci est impossible et oblige tout le temps 2 à 3 d’entre nous à rester couchés sur nos lits car nous ne pouvons pas non plus nous asseoir dessus, ces lits étant verticalement séparés de 60 cm.

Les promenades commencent le matin à 6h30 pour la première pour se terminer à 16h pour la dernière. Elles durent ½ heure le matin et ½ heure l’après midi car dans la maison d’arrêt pour 196 détenus répartis en 4 blocs, il n’y a que 2 gardiens. Cela dit, nous avons tout de même sport le lundi, mercredi et vendredi matin pendant 1h30, ce qui fait que ces jours là, nous sommes enfermés dans la cellule pendant 22 heures sur 24 au lieu des 23 tous les autres jours.

Pour la nourriture, en dehors du fait que c’est toujours la même chose et parfois immangeable on nous donne de l’eau chaude, des sachets de café, sucre et thé, le matin à 5h30, pour le repas de midi, il nous est donné dans la cellule entre 10h30 et 10h45 et celui du soir entre 16h30 et 16h45. Ces repas se résument à une barquette inox contenant le plat principal et un fruit, un gâteau sec ou un yaourt. Comme je l’ai dit plus haut à plusieurs reprises, nous avons trouvé des cafards, des chenilles et même un bout de caoutchouc dans le plat principal.

Enfin pour les visites, nous ne disposons que de 2 visites d’une demi heure par semaine alors que le code de procédure pénale, le guide du prisonnier de l’OIP et le recueil « droits et devoirs de la personne détenue » du Ministère de la Justice diffusé et applicable depuis janvier 2009 stipulent que les prévenus doivent avoir au minimum 3 visites par semaines. En nombre de visites nous sommes donc en deçà de la loi et pour le temps de visite minimum légal. J’ai saisi officiellement la direction du Centre Pénitentiaire en leur demandant de respecter la loi et les directives du Ministère mais à ce jour rien n’a changé.

Sachez aussi qu’il n’y a aucune structure de formation permettant une réinsertion efficace des jeunes ce qui fait que beaucoup d’entre eux entrent en prison pour de petits délits, s’endurcissent pendant leur détention et à leur sortie deviennent des petits caïds.

Depuis 5 mois que je suis là, j’en ai vu sortir un bon nombre qui sont revenus pour de nouveaux faits quelques jours ou semaines plus tard.

A peu près 97 % de la population carcérale sont des jeunes kanaks et pour des faits identiques, j’ai remarqué que ces jeunes sont plus facilement et plus lourdement condamnés. Je doute franchement de l’indépendance de la justice ici chez nous.

Pour ce qui concerne, l’accès aux soins, il y a un médecin et deux infirmiers. Le médecin est là les jours ouvrables et un infirmier passe les jours non ouvrables pour les soins uniquement. Un dentiste vient 2 fois par semaine ce qui fait que les patients attendent au minimum 2 à 3 mois pour être reçus.

Le Camp-Est est une prison d’un autre temps, délabrée, construite il y a plus d’un siècle. Je pense que certains blocs de détention ont été construits avec des matériaux qui renferment de l’amiante ce qui est le cas d’une majorité de monuments de cette époque.

Nous détenons le record de France d’évasions avec 14 depuis début 2009. Ceci ne me choque pas car les détenus dont la famille est dans le Nord ou les îles n’ont presque jamais de visites. Aucune cabine téléphonique n’est mise à disposition au moins pour ces détenus. Je m’étonne d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus de suicides.

Le personnel du Centre Pénitentiaire n’est pas mieux traité pour ce qui concerne les conditions de travail, ce qui affecte évidemment les conditions de détention.

Il y a un peu plus de 70 gardiens, effectif théorique car dans la pratique avec les congés, les arrêts maladie dus souvent au stress il n’en reste que 45 à 50 pour gérer 24h sur 24 plus de 420 détenus. Certains dimanche, il n’y a eu dans le Camp-Est que 4 gardiens, un pour 100 détenus, invraisemblable et pourtant vrai. Beaucoup de gardiens, dont certains de mon syndicat n’aspirent qu’à une seule chose, être mutés dans une autre administration. Ils sont totalement démotivés.

Pour ce qui me concerne je ne vais pas rester ici une éternité mais je crains beaucoup pour tout le monde, que ce soit détenus ou gardiens. Il faut dans les plus brefs délais apporter des changements radicaux, faute de quoi on va à la catastrophe. Maintenant que je connais la réalité du Camp-Est, je vais me battre pour faire changer les choses.

Je vous remercie d’avoir pris de votre temps pour lire ce petit état des lieux de la prison qui à mon sens aujourd’hui se classe à la dernière place des prisons dites françaises. La patrie des droits de l’homme n’a vraiment pas de quoi être fière de ce qu’elle fait ici dans notre Pays.
Gérard JODAR

Président de l’USTKE

Détenu au Bloc 1 Cellule 4

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lettre d'un syndicaliste emprisonné en nouvelle-calédonie

Messagede berneri » 09 Jan 2010, 22:15

lettre d'un syndicaliste emprisonné en nouvelle-calédonie

Lettre de Gerard Jodar en prison, Le bagne calédonien : l’exemple français dans le Pacifique
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Lettre de Gerard Jodar en prison, Le bagne calédonien : l’exemple français dans le Pacifique




LE CENTRE PENITENTIAIRE DU "CAMP-EST" EN NOUVELLE-CALEDONIE

Le Camp-Est est le seul centre pénitentiaire de Nouvelle-Calédonie. Il est conçu pour 192 détenus et en héberge actuellement 425.

Il se décompose en 6 structures :

La maison d’arrêt pour les femmes qui date de peu et qui accueille 8 détenues logées individuellement.

La centrale pour les jeunes qui est en cours d’agrandissement et surpeuplée.

La centrale pour les adultes qui purgent de longues peines surpeuplée aussi.

Le dépôt pour les peines supérieures à un an également surpeuplé.

Le centre de semi-liberté où il n’y a plus de place pour dormir y compris parterre.

Et enfin la maison d’arrêt pour les hommes où je suis détenu et qui est la structure la plus surpeuplée actuellement à 282 %.

Dans cette maison d’arrêt, nous sommes 5 et plus souvent 6 par cellule de 13 m2. Il y a 3 lits superposés d’un côté et 2 de l’autre. Ces lits sont fabriqués en tube d’acier carré et boulonnés aux murs. Le sixième détenu dort par terre entre les deux colonnes de lits.

Le sol de la cellule est en béton ce qui rend l’entretien difficile et ne facilite pas l’hygiène.

Il y a un w-c à la Turc que nous utilisons aussi comme douche à l’aide d’un bidon en plastique en prenant l’eau de la chasse d’eau. Accroché au muret qui cache une partie du w-c, se trouve un bac en béton de 85 cm de long pour 50 cm de profondeur.

Tout le linge des prisonniers reste dans leurs sacs, sous les deux lits du bas, par manque de place.

Pour éclairer la cellule, il n’y a qu’une ampoule encastrée dans un trou du mur au dessus de la porte. Pour la lumière du jour, il y a un trou avec des barreaux, sans fenêtre située à 2 mètres de hauteur dans le mur opposé à la porte. Ce trou mesure 1,48 m de long par 50 cm de haut. La lumière tant extérieure qu’intérieure est donc très faible d’autant qu’un mur d’enceinte est proche des cellules.

Il y a un téléviseur de 36 cm posé au dessus de l’armoire métallique vissée au mur.

Il n’y a qu’une seule prise de courant que nous ne pouvons pour ainsi dire pas utiliser car le réseau électrique est défaillant et disjoncte souvent à la moindre consommation électrique. C’est ainsi qu’on nous refuse les bouilloires électriques qui pourtant seraient pratiques pour préparer le café, le thé ou des soupes.

Pour terminer, un ventilateur est accroché au mur dans les cellules mais pas toutes. Il faut savoir qu’actuellement l’été arrive et il va faire entre 35 et 40 degrés ce qui fait que nous sommes obligés de dormir torse nu et à l’air libre alors que nous sommes envahis par les moustiques, les souris et les cafards, cafards que nous retrouvons parfois dans nos plateaux repas.

A six dans une cellule, nous disposons donc de 3,80 mètres carrés pour circuler. Ceci est impossible et oblige tout le temps 2 à 3 d’entre nous à rester couchés sur nos lits car nous ne pouvons pas non plus nous asseoir dessus, ces lits étant verticalement séparés de 60 cm.

Les promenades commencent le matin à 6h30 pour la première pour se terminer à 16h pour la dernière. Elles durent ½ heure le matin et ½ heure l’après midi car dans la maison d’arrêt pour 196 détenus répartis en 4 blocs, il n’y a que 2 gardiens. Cela dit, nous avons tout de même sport le lundi, mercredi et vendredi matin pendant 1h30, ce qui fait que ces jours là, nous sommes enfermés dans la cellule pendant 22 heures sur 24 au lieu des 23 tous les autres jours.

Pour la nourriture, en dehors du fait que c’est toujours la même chose et parfois immangeable on nous donne de l’eau chaude, des sachets de café, sucre et thé, le matin à 5h30, pour le repas de midi, il nous est donné dans la cellule entre 10h30 et 10h45 et celui du soir entre 16h30 et 16h45. Ces repas se résument à une barquette inox contenant le plat principal et un fruit, un gâteau sec ou un yaourt. Comme je l’ai dit plus haut à plusieurs reprises, nous avons trouvé des cafards, des chenilles et même un bout de caoutchouc dans le plat principal.

Enfin pour les visites, nous ne disposons que de 2 visites d’une demi heure par semaine alors que le code de procédure pénale, le guide du prisonnier de l’OIP et le recueil « droits et devoirs de la personne détenue » du Ministère de la Justice diffusé et applicable depuis janvier 2009 stipulent que les prévenus doivent avoir au minimum 3 visites par semaines. En nombre de visites nous sommes donc en deçà de la loi et pour le temps de visite minimum légal. J’ai saisi officiellement la direction du Centre Pénitentiaire en leur demandant de respecter la loi et les directives du Ministère mais à ce jour rien n’a changé.

Sachez aussi qu’il n’y a aucune structure de formation permettant une réinsertion efficace des jeunes ce qui fait que beaucoup d’entre eux entrent en prison pour de petits délits, s’endurcissent pendant leur détention et à leur sortie deviennent des petits caïds.

Depuis 5 mois que je suis là, j’en ai vu sortir un bon nombre qui sont revenus pour de nouveaux faits quelques jours ou semaines plus tard.

A peu près 97 % de la population carcérale sont des jeunes kanaks et pour des faits identiques, j’ai remarqué que ces jeunes sont plus facilement et plus lourdement condamnés. Je doute franchement de l’indépendance de la justice ici chez nous.

Pour ce qui concerne, l’accès aux soins, il y a un médecin et deux infirmiers. Le médecin est là les jours ouvrables et un infirmier passe les jours non ouvrables pour les soins uniquement. Un dentiste vient 2 fois par semaine ce qui fait que les patients attendent au minimum 2 à 3 mois pour être reçus.

Le Camp-Est est une prison d’un autre temps, délabrée, construite il y a plus d’un siècle. Je pense que certains blocs de détention ont été construits avec des matériaux qui renferment de l’amiante ce qui est le cas d’une majorité de monuments de cette époque.

Nous détenons le record de France d’évasions avec 14 depuis début 2009. Ceci ne me choque pas car les détenus dont la famille est dans le Nord ou les îles n’ont presque jamais de visites. Aucune cabine téléphonique n’est mise à disposition au moins pour ces détenus. Je m’étonne d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus de suicides.

Le personnel du Centre Pénitentiaire n’est pas mieux traité pour ce qui concerne les conditions de travail, ce qui affecte évidemment les conditions de détention.

Il y a un peu plus de 70 gardiens, effectif théorique car dans la pratique avec les congés, les arrêts maladie dus souvent au stress il n’en reste que 45 à 50 pour gérer 24h sur 24 plus de 420 détenus. Certains dimanche, il n’y a eu dans le Camp-Est que 4 gardiens, un pour 100 détenus, invraisemblable et pourtant vrai. Beaucoup de gardiens, dont certains de mon syndicat n’aspirent qu’à une seule chose, être mutés dans une autre administration. Ils sont totalement démotivés.

Pour ce qui me concerne je ne vais pas rester ici une éternité mais je crains beaucoup pour tout le monde, que ce soit détenus ou gardiens. Il faut dans les plus brefs délais apporter des changements radicaux, faute de quoi on va à la catastrophe. Maintenant que je connais la réalité du Camp-Est, je vais me battre pour faire changer les choses.

Je vous remercie d’avoir pris de votre temps pour lire ce petit état des lieux de la prison qui à mon sens aujourd’hui se classe à la dernière place des prisons dites françaises. La patrie des droits de l’homme n’a vraiment pas de quoi être fière de ce qu’elle fait ici dans notre Pays.
Gérard JODAR

Président de l’USTKE

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Re: solidarité kanaky

Messagede Pïérô » 14 Jan 2010, 21:53

Gérard Jodar a été libéré ce matin, la cour d’appel de Nouméa ayant accédé à sa demande de remise en liberté.


Eloi Machoro est mort il y a 25 ans. Communiqué de l'USTKE :

12 janvier 1985 – 12 janvier 2010

Voilà 25 ans maintenant qu’Eloi Machoro, l’emblématique leader du FLNKS d’alors, tombait sur le plateau de Dogny, dans la commune de La Foa, avec Marcel Nonnaro, son compagnon dans la lutte comme dans la mort, sous les balles des tueurs d’élite du GIGN.

Il ne s’est pas passé une année depuis sans que cette date ne soit marquée par un moment de recueillement. Un temps privilégié pour se souvenir individuellement ou collectivement, des martyrs de la lutte du peuple kanak.

Un devoir de mémoire conforté par le souvenir d’un homme qui fût durant cette période l’âme du peuple kanak en lutte.

L’assassinat d’Eloi Machoro, le matin du 12 janvier 1985 spolia le peuple kanak de l’un de ses plus grands stratèges, doté d’un sens politique aigu, extraordinaire meneur d’hommes dont l’intelligence et le charisme le désignèrent comme l’homme à abattre par l’Élysée et le gouvernement socialiste, cette année là.

Sa participation à l’échec du statut Lemoine avec l’organisation du boycott actif des élections du 18 novembre 1984 révéla ses immenses qualités et surtout sa foi inébranlable à l’idée que le Peuple Kanak aura un jour rendez-vous avec son destin.

Eloi avait su marquer les consciences avec un seul cliché, le montrant hache à la main, brisant une urne dans la mairie de Canala. L’impact médiatique qui en découla et qui contribua à faire connaître au-delà du récif calédonien, la lutte du peuple kanak, mis à jour une autre qualité de cet homme que beaucoup résumèrent en parlant de génie dans l’art de la communication.

Du combat à ses côtés nous garderons pour notre part le souvenir de cette cette intelligence vive toujours en mouvement et ses immenses qualités de pédagogue, sachant s’adapter à des auditoires les plus divers à l’occasion de réunions qu’il n’a cessé d’accumuler sur l’ensemble du Pays pour mettre en évidence les vices cachés du statut Lemoine.

Nous nous rappelons aussi de ce compagnon de route fidèle et attentionné, hors de tout esprit sectaire, celui qui dès le départ avait cru à l’Ustke composée, à ses débuts, d’une poignée de rêveurs.

Les instants mémorables sur le tarmac de l’aéroport de Tontouta partagés avec Machoro, venu prêter main forte, pour s’interposer devant les matraques des mobiles, ou pour veiller la nuit sur la sécurité de notre piquet de grève de Vigilant face aux provocations des fachos, ont marqué notre organisation syndicale qui lui doit son esprit rebelle et d’insoumission.

Aujourd’hui, nous nous remémorons également notre congrès à la cantine des dockers en octobre 84 qui décida de l’adhésion de l’USTKE à la charte du FLNKS et du ralliement à la stratégie du boycott actif du statut Lemoine, conformément à une résolution qui fut adoptée par 80% des délégués du Congrès et au terme de trois jours de débats politiques fratricides avec les militants de la tendance LKS qui, pour leur part, prônaient l’allégeance au statut Lemoine. Une position contestée par Eloi qui, à l’occasion de ce Congrès, intervînt en personne au nom du FLNKS, sans note et durant plusieurs heures, pour défendre le bien fondé du boycott du statut Lemoine et pour appeler l’USTKE à rejoindre cette position du Front.

Ce 12 janvier 2010, après une année 2009 riche en événements sociaux et politiques et accompagnés de révélations qui pour certaines ne sont finalement que la répétition de l’histoire, nous nous disons que décidément rien ne pourra nous consoler de ta mort, Eloi.

Il serait d’un mauvais goût, de notre part de polémiquer, à l’occasion de cette commémoration, sur l’état de la mouvance indépendantiste, nous ne pouvons en revanche nous abstenir de nous poser la question de l’idée que les uns et les autres se font de la dignité, de la lutte et d’une certaine Kanaky. Nous gardons pour ce qui nous concerne la mémoire de la conception qui avait été celle d’Eloi qu’il su nous influer de son vivant.

Les conflits sociaux menés par l’USTKE ces dernières années et notamment le récent conflit d’Aircal a illustré, à nouveau, le gouffre qui existe entre notre organisation syndicale, politiquement engagé et un parti se disant indépendantiste. Un parti politique de triste mémoire qui pourtant a obtenu en 2009, face à l’USTKE, le soutien de certains leaders du FLNKS, nous rappelant ainsi que le 12 janvier 1985, en plus d’un camarade, nous avions perdu un leader hors pair qui su mesurer, en son temps, les véritables enjeux de la dimension sociale dans le combat nationaliste.

Aussi ce 12 janvier qui commémore un quart de siècle de leurs disparitions et dans un contexte social et politique particulièrement controversés, nous rendons hommage aux combattants de la liberté que furent Marcel et Eloi et faisons nôtre, le souhait posthume de ce dernier : « le combat ne doit pas cesser faute de combattant ».

Aux familles d’Eloi Machoro et de Marcel Nonnaro, aux tribus de Nakéty et de Mia, aux militantes et militants du Pays Xârâcùù, nous adressons nos salutations fraternelles.

Eloi tu nous manques.

Le Bureau Confédéral.
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Pïérô
 
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