Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire


Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede Pti'Mat » 19 Mar 2018, 20:18

Désolé de te décevoir Bibip mais il n'y a pas eu de scission. Les CSR se portent bien.


La tête de manifestation, un enjeu révolutionnaire ? (Tract CSR sur le phénomène "Black Bloc" et "autonome")

Depuis deux ans, un nouveau sport fait fureur dans les rues des métropoles de France : le totosprint. Le challenge consiste à prendre la tête de la manif dès le signal du départ. Mais le plus jouissif, c’est de franchir la ligne d’arrivée avant les syndicats ! Aux jeux olympiques, les vainqueurs obtiennent gloire médiatique, célébrité et une belle médaille d’or pour flatter leur égo. Mais dans les rues, on n’a pas encore compris si l’objectif des participants est le même.

Au delà des loisirs sportifs, parlons un peu politique.
Nous savons tous que la désyndicalisation et la décomposition politique des dernières décennies ont produit une perte des repères de classe. Beaucoup de personnes n’ont donc pas bénéficié d’une culture ouvrière et syndicale dans leur famille. Cette situation donne alors une influence grandissante dans la jeunesse aux mythes propagés par les médias bourgeois, les blogs farfelus et certains groupes affinitaires (se revendiquant d’un courant philosophique).
Il n’est alors pas étonnant que beaucoup de manifestants ne comprennent pas le comportement des organisations syndicales. Par exemple, pourquoi la CGT ne peut accepter de céder sa position dans la manifestation à un cortège affinitaire.

La raison est pourtant ancienne et remonte aux origines du mouvement ouvrier. La CGT s’est créée en revendiquant son indépendance par rapport aux partis politiques et aux organisations philosophiques. Son autonomie est revendiquée par le vote d’une Charte au congrès d’Amiens en 1906. Depuis, la CGT a toujours refusé de manifester derrière un parti politique ou une organisation affinitaire. Les autres organisations syndicales se revendiquant de la Charte d’Amiens font de même.

Cela permet de réunir derrière la lutte des classes tous les prolétaires, en évitant les divisions affinitaires (communistes, anarchistes, socialistes…). Cette unité renforce le rapport de forces et prépare le Socialisme.
La question de l’indépendance syndicale n’est cependant pas la seule à expliquer une forte méfiance. Dès 1895, les militants de la CGT sont méfiants par rapport aux partis et organisations philosophiques qui recrutent parmi les prolétaires, mais aussi dans la bourgeoisie. C’est pourquoi la Charte d’Amiens définit une stratégie révolutionnaire autonome pour la classe ouvrière. Ce sont les syndicats, fédérés dans la CGT (à l’époque seule confédération syndicale), qui doivent organiser la grève générale expropriatrice puis. . . construire et gérer le Socialisme.
L’autonomie ouvrière est donc revendiquée et garantie à travers l’organisation syndicale. Ce que n’offrent ni les partis, ni les groupes affinitaires, ni les soviets ou autres comités de lutte.

Depuis 1 906, beaucoup de courants philosophiques ont contesté à la CGT son action révolutionnaire en essayant de la déborder. Ce fut le cas du PS, puis des léninistes mais aussi de certains courants libertaires et spontanéistes. Aujourd’hui, c’est au tour de la France Insoumise, des autonomes et de l’ultra-gauche de jouer aux avant-gardes et de vouloir déborder les organisations syndicales.

Grèves de masses ou actions putschistes ?
Des manifestations spectaculaires dans la rue peuvent apparaître comme très radicales dans la forme. Il est alors tentant de vouloir mobiliser en mettant en avant les secteurs les plus radicalisés de la population, et les jeunes en premier lieu. Mais une lutte sociale ce n’est pas la guérilla ou du spectacle médiatique. Régulièrement de grands stratèges proposent de remplacer le prolétariat par d’autres catégories pour justifier un "nouveau projet révolutionnaire".

Au printemps 1968 et en novembre 1995, les étudiants ont mené des luttes très radicales. Dans les semaines qui ont suivi, les travailleurs sont entrés à leur tour en lutte, en utilisant leurs organisations syndicales. Les travailleurs se sont immédiatement retrouvés en première ligne face aux patrons. Et c’est une très bonne chose car le prolétariat est la seule classe qui dispose de la force, mais surtout des connaissances professionnelles pour détruire le pouvoir de la bourgeoisie dans les entreprises... et pour construire le Socialisme.

On peut cultiver un jardin maraicher en s’organisant dans un groupe affinitaire. Mais faire fonctionner une industrie des télécommunications ou des transports aériens, cela demande d’autres outils d’organisation. C’est pourquoi les fédérations d’industrie (coordonnant les syndicats locaux de branche professionnelle) ont été créées dans la Confédération. Pour se préparer à la Révolution, non pas dans le domaine des concepts intellectuels ("démocratie directe", "communisme", "dictature du prolétariat", . . . ) mais sur le terrain des conditions réelles de production des biens et des services.

C’est pourquoi il est totalement incohérent ou illusoire que des militants se revendiquant de la lutte anticapitaliste veuillent s’imposer dans les manifs à la place des organisations du prolétariat. Les syndiqués ne peuvent accepter de telles pratiques putschistes et avant-gardistes.
Ces pratiques sont d’autant moins appréciées vu ce que sont devenus les dirigeants d’ultragauche de 1900, de 1968 et de 1995. Leur anticapitalisme a été aussi virulent que provisoire. Leur radicalisme apparaissant, au final, comme un moyen de négocier ensuite une carrière dans la classe dirigeante.

Quelle autonomie ?
Nous invitons donc les camarades en désaccord avec ce tract à venir discuter avec nous, dans le calme des débats sérieux, loin des épreuves sportives médiatisées. Ce sera l’occasion de débattre du concept "d’autonomie". Le syndicalisme-révolutionnaire s’est construit sur la dynamique d’une autonomie prolétarienne, la confédération syndicale apparaissant comme l’outil indispensable pour construire cette autonomie de la classe unifiée. L’ultra gauche s’est créée, au contraire, en revendiquant son autonomie par rapport aux confédérations syndicales. C’est son choix. Mais nous constatons, avec un certain étonnement, que cette autonomie politique n’est pas assumée dans les faits. Les manifestations syndicales devenant systématiquement le lieu de ralliement pour des groupes anti-syndicalistes ! Cette incohérence est source de tensions et doit donc se solutionner à travers des débats dépassionnés.

Les CSR ont produit une brochure consacrée à l’ultra-gauche allemande en 1918-23. C’est un des rares moments où ce courant affinitaire a réussi à s’implanter dans un secteur significatif du mouvement ouvrier. Cette expérience s’est achevée par une crise totale. C’est l’occasion de réfléchir à la question organisationnelle, trop souvent sacrifiée au profit des slogans philosophiques. Contrairement à l’ultra-gauche, notre courant a toujours apporté une attention particulière aux organisations, aux outils indispensables pour lutter au quotidien, pour impulser la Révolution, puis pour gérer les moyens de production socialisés. Une lecture utile à ceux qui veulent préparer la Révolution.Cette brochure est disponible au prix de 2 euros auprès des militants des CSR.

http://syndicaliste.phpnet.org/spip.php?article582
"Il n'y a pas un domaine de l'activité humaine où la classe ouvrière ne se suffise pas"
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Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede Pti'Mat » 22 Mai 2018, 15:57

Nouveau site internet des CSR: https://www.syndicaliste.com/
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Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede abel chemoul » 22 Mai 2018, 17:36

"tendance syndicale historique et courant fondateur de la CGT" : vous oubliez "apostolique"...

sinon, dans les citations de vos ancêtres syndicalistes, y a les bourgeois Sorel et Berth, qui ont fini à l'Action Française et qui n'ont jamais rien fait pour le mouvement ouvrier. Et aussi la schizophrène Simone Veil qui a fini catho mystique... franchement, il fait pas envie votre panthéon SR.
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Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede Pti'Mat » 23 Mai 2018, 20:31

Un peu de sérieux.

Que "notre panthéon" ne te donne pas envie, j'ai presque envie de dire que ça me rassure :D

Pour ce qui est de Berth et Sorel, oui ce sont des intellectuels bourgeois, comme la grande majorité des penseurs marxistes et anarchistes dont se réclament aujourd'hui les organisations politiques communistes, libertaires, révolutionnaires. Par exemple, Maxime Leroy, juriste et intellectuel syndicaliste révolutionnaire, a aidé dans la rédaction de la Charte d'Amiens... il est où le problème ? Il faut juste être clair sur la place et le rôle de chacun dans le processus de lutte de classe et de Révolution. Il en est de même pour Sorel et Berth sur ce plan là, qualifiés de "serviteurs désintéressés du prolétariat" par les militants syndicalistes d'époque.

Pour ce qui est de l'allusion à l'Action Française et donc de ta méconnaissance du sujet, ça ne mérite même pas de débat de ma part.
Il suffit juste de lire les hommages rendus à Sorel en première page de l'Humanité du 31 août 1922, de l'article de Paul Delesalle du 1er septembre 1922 dans le même journal, de l'article de Robert Louzon dans La Vie Ouvrière du 8 septembre 1922, pour voir à quel point ton commentaire de "n'ont jamais rien fait pour le mouvement ouvrier" et "ont fini à l'action français" ne tient pas.
Il suffit simplement de relire Front Populaire, révolution manquée de Daniel Guérin où ce dernier rappelle l'influence qu'a eu Sorel sur lui et sa formation politique. Idem pour Pierre Monatte dans l'ouvrage biographique qui lui est consacré par Colette Chambelland.
Il suffit de lire les articles publiés par Edouard Berth dans la Révolution Prolétarienne entre 1930 et 1938 ainsi que de lire Guerre des Etats ou guerre des classes de ce dernier (dispo sur gallica) pour voir à quel point il est justement antifasciste, anti-natinonaliste et penseur du syndicalisme révolutionnaire.
Pour Simone Veil, je ne vois pas en quoi ses penchants religieux et spirituels posent problème. Il suffit de lire ses articles dans la Révolution Prolétarienne et de voir son activité militante qui est loin d'une quelconque ambiguïté.
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Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede abel chemoul » 23 Mai 2018, 21:23

ah bon, Sorel et Berth n'ont pas convolé avec l'Action française?... :roll: les cercles Proudhon n'ont jamais existé, c'est ça?

Pour ce qui est de l'allusion à l'Action Française et donc de ta méconnaissance du sujet, ça ne mérite même pas de débat de ma part.

Courage, fuyons! c'est vrai qu'expliquer un tel rapprochement serait assez douloureux.


Pour Simone Veil, je ne vois pas en quoi ses penchants religieux et spirituels posent problème.

ça se voit que t'as jamais lu La grâce et la pesanteur toi... parce qu'il y a de quoi s'inquiéter de son état psychique.
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Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede Pti'Mat » 20 Juin 2018, 19:04

Remporter des victoires, c’est tout un TRAVAIL !

Ces dernières décennies, le mouvement syndical a accumulé une riche expérience. Celle de savoir remporter des défaites. Il serait trop long d’en écrire la liste. Alors, mieux vaut se consacrer à expliquer la raison de ces défaites. Cette raison est simple : le syndicalisme a perdu sa culture de classe. Cette culture reposait sur la culture ouvrière, c’est-à-dire celle du travail. Au fil des décennies, nous l’avons abandonné au profit d’une autre culture, celle de la « gauche » (l’emplacement de députés à l’Assemblée nationale), faite de discours philosophiques et de pratiques institutionnelles. Cette perte d’indépendance s’est ainsi accompagnée d’une perte de nos repères et de notre expérience collective.

La Confédération générale du TRAVAIL
Comme pour toute procédure de production, le syndicalisme s’est doté d’un savoir-faire, d’une stratégie. C’est la fameuse « double besogne » exposée dans la Charte d’Amiens, qui entérine la légitimité des luttes quotidiennes autant que des perspectives révolutionnaires. Mais un savoir-faire n’est rien sans des outils. Chaque outil syndical (section, syndicat, commission, Bourse du travail, fédération, association culturelle et sportive, coopérative, organisation de jeunesse, etc.) a donc été façonné pour réaliser une tâche particulière. Mais une tâche intégrée à une réalisation d’ensemble, celle de la Confédération.
À partir de 1902, les syndiqués confédérés disposent des outils et de la méthodologie adaptés aux réalisations qu’ils désirent conduire :

- Ils s’organisent localement dans des syndicats d’industrie (ouverts à tous les travailleurs de la profession) en rejetant les syndicats de métier et les syndicats d’entreprise intégrés au capitalisme.
- Ils popularisent et soutiennent les luttes professionnelles grâce aux Bourses du travail. Ils offrent une contre-société grâce à des associations culturelles et d’entraide (sport ouvrier, fêtes ouvrières, chorales et théâtre, dispensaires médicaux, conseils juridiques etc.).
- Ils animent l’éducation (cours du soir pour enfants et adultes, conférences, alphabétisation des travailleurs français et immigrés, limitation des naissances) et la formation professionnelle à la Bourse du travail.
- Ils fédèrent des « coopératives socialistes » de production et de consommation.
- Ils organisent les luttes spécifiques de la Main-d’œuvre féminine (MOF), des Jeunesses syndicalistes (JS), de la Main-d’œuvre Immigrée (MOI), des chômeurs (viaticum et marches) dans des commissions. Des commissions internes aux syndicats et à la Confédération, et non pas dans des associations communautaristes autonomes.

La CGT se construit donc comme contre-société, qui fait vivre la socialisme au quotidien… et qui passe à l’attaque. À cette époque, les jeunes n’ont pas besoin de s’exiler dans une ZAD pour vivre une expérience collective. La ZAD, c’est la Bourse du travail ouverte à tous et à toutes ! Chaque victoire obtenue (réduction du temps de travail, augmentation des salaires et création du salaire socialisé, renforcement du contrôle syndical dans les professions, etc.) est intégrée à une dynamique d’affaiblissement du pouvoir capitaliste et de préparation de la grève générale expropriatrice.

Le syndicalisme institutionnel, une confortable inefficacité
Ce savoir-faire collectif a été remplacé par des démarches individuelles basées sur le discours. Chaque militant s’est donc spécialisé dans des initiatives individuelles de plus en plus intégrées aux institutions et, allant, coupées des salariés, voire même de ses propres mandants. Il passe souvent plus de temps en réunion qu’avec ses camarades de travail. Les pratiques les plus caricaturales sont les instances de représentation du personnel (DP, CE, CHSCT) et les instances paritaires professionnelles (mutuelles, organismes de formation professionnelle, etc.) ou interpro (Sécurité sociale, Ceser, etc.). Il est désormais rare que des mandatements ou des comptes rendus de mandats soient réalisés. Les pratiques de contrôle ouvrier perdent leur dimension fédéraliste pour basculer dans des logiques individualistes (privatisation des heures de délégation, protections individuelles, création de réseaux, etc.).

Cette décomposition est justifiée par une culture du discours. Discours d’autant plus radical et artificiel qu’il n’a aucune implication collective. Et, progressivement, la perspective politique est renvoyée à d’autres outils, les partis et organisations philosophiques, qui voudraient cantonner le syndicalisme à l’entreprise et s’occuper de notre émancipation sans nous, en tout cas en dehors de notre classe. On clame alors son adhésion à un « syndicalisme de transformation sociale » tout en sous-traitant cette transformation aux partis. Ce qui n’a aucun sens, puisque seule une organisation sociale, comme la CGT, peut produire une transformation sociale. Mais cette contradiction délirante n’est perceptible que par ceux et celles qui ont une culture ouvrière, c’est-à-dire qui savent qu’un travail ne peut être accompli qu’avec des outils appropriés. L'échec de la mobilisation interprofessionnelle du printemps 2018, c'est l'échec du syndicalisme d'entreprise qui nous paralyse et nous empêche de dégager des perspectives politiques syndicales.

Réaffirmer notre indépendance pour reconquérir notre culture syndicale
Nous étions habitués aux actions inefficaces calquées sur celles de la gauche. Il en est ainsi de nos manifestations syndicales qui se sont transformées en défilés de « citoyens », souvent non grévistes, « insoumis » surtout le samedi pour ne pas déstabiliser leur carrière dans l’entreprise. On le voit par exemple avec la taule monumentale que s'est prise la « Marée populaire » du samedi 26 mai 2018 où plus de 60 organisations politiques, syndicales et associatives, au niveau national, n'ont même pas réussi à mobiliser le tiers des effectifs présents lors des grandes journées de grèves appelées par les seules organisations syndicales dans les semaines précédentes… En s'associant à l'appel, la CGT s'est retrouvée mêlée à un flop dont elle aurait mieux fait de se passer. Il n'empêche que le constat est encore là : notre meilleure arme c'est la grève, et notre seul pouvoir en tant que classe productrice de richesses, c'est le syndicat, pour nous attaquer au capitalisme et à la bourgeoisie.

La lutte du printemps 2018 a atteint un nouveau niveau d’acculturation. Le syndicalisme s’est aligné sur la stratégie de la « convergence des luttes » issue de l’extrême gauche. La revendication confédérale d’un « nouveau statut du travail salarié » a ainsi été abandonnée pour ne pas déstabiliser les corporatismes en action. La « convergence des luttes », c’est nier notre stratégie historique de grève interprofessionnelle ou de grève générale. Mais c’est, surtout, une remise en cause de l’existence même de la Confédération !

La « convergence des luttes » est également un obstacle à la question de la réunification syndicale et du projet d'unifier notre classe dans la perspective d'établir le Socialisme. La « convergence des luttes » ne poserait pas de problème dans le cadre d'une stratégie de front unique avec des perspectives bien définies ; mais dans notre contexte qui est bien celui du repli sur soi et de l'affinitaire, la « convergence » est une hypocrisie et un non-sens. C'est un obstacle à une stratégie gagnante dans le cadre d'un rapport de force, car, nous le voyons bien, chaque organisation philosophique et associative tente, surtout, de tirer son épingle du jeu. Puisqu'il y a « convergence des luttes » à quoi bon tirer un bilan, chacun se renvoyant la balle en cas de défaite ; à quoi bon se poser des questions sur la profusion d'organisations et d'associations concurrentes qui cultivent la mise en place de bureaucraties et de petits chefs incontrôlables par la base.

Nous constatons, donc, que beaucoup d’organisations « confédérées » acceptent et cautionnent les dérives centrifuges qui gangrènent le mouvement syndical : corporatisme, individualisme, institutionnalisme, luttes spécifiques, séparation étudiants-lycéens/salariés, etc.

Confédération cherche jeunesse et jeunesse cherche Confédération
C'est dans ce cadre que le mouvement étudiant et lycéen a lui aussi capoté. Sur les 67 sites universitaires que compte le pays, une quinzaine seulement ont été touchés par la mobilisation. L'absence de généralisation du mouvement a été le terreau de localismes et d'expérimentations en tous genres, parfois folkloriques voir farfelus. On ne peut que constater le fossé qui se creuse entre les générations de militant-e-s. C'est d'autant plus flagrant quand on tente une vague comparaison avec les mobilisations de la « génération CPE », douze ans plus tôt.

Qui s'en étonnera ? Les outils de transmission et d'intégration sont quasi-inexistants dans nos organisations syndicales ; les organisations de jeunesse sont en décomposition, et la rupture est d'autant plus engagée qu'on ne sait pas vraiment dans quelle direction elle va. Dans certaines localités, le saccage de l'outil de travail et du lieu de savoir qu'est l'université est la preuve que la Confédération doit non seulement sortir de sa zone de confort (qu'elle est d'ailleurs en passe de perdre), c'est-à-dire les entreprises, pour aller au contact de la jeunesse, proposer sa vision de l'université et de l'éducation en général ; mais doit aussi renouer avec sa stratégie, sa structure et ses outils historiques qui ont fait sa vitalité, sa puissance et son caractère incontournable dans les luttes et les projets sociaux.

Les replis identitaires, l'intellectualisation à outrance et les manipulations sectaires ont été de véritables fléaux pour le mouvement des jeunes, bloquant sa capacité de mobilisation et de développement. Nous avons pu voir des pratiques et des idées antisociales proliférer au sein des lieux de savoir et de partage qu'étaient les facs populaires et occupées. Ces fléaux ne peuvent être combattus que par une organisation sociale, c'est-à-dire par une confédération syndicale, de classe et de masse, où les jeunes trouvent leur place, à l'image des « Jeunesses Syndicalistes » de la CGT, il y a plus d'un siècle.

Nous sommes un certain nombre à refuser le sabordage du mouvement social et ouvrier. Nous réaffirmons que la CGT doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Notre critique n’est pas là pour cultiver les ego et cautionner ceux qui pensent produire une idée géniale tous les matins. Bien au contraire, nous pensons que l’exemple à suivre se trouve chez les anciens. Ceux qui faisaient vivre une Confédération avec seulement une poignée de « permanents » syndicaux qui ne voulaient pas le rester (le fameux « refus de parvenir »). Ceux qui étaient fiers d’être des « producteurs » et refusaient de rejoindre le rang des « improductifs » et autres « tribuns » ou « sauveurs suprêmes » (voir le deuxième couplet de L’Internationale). C'était l'époque d'une Confédération qui, avec peu de moyens, remportait des victoires impressionnantes.

Nous estimons, donc, que la priorité n’est pas à impulser des initiatives dans l’urgence afin de répondre à la crise que nous traversons. Nous devons, au contraire, prendre le temps de débattre en assemblée générale de syndicats. Le temps de la formation au travail bien fait, de la transmission de l’expérience. Il est temps de réfléchir collectivement, mais surtout de redécouvrir, par les lectures et des formations, ce qu’était la CGT.

Notre tendance syndicale, fondatrice de la CGT, se met au service des camarades et de leurs syndicats afin d’assurer des formations. Nous disposons également de nombreuses archives (brochures, articles, revues, comptes rendus de congrès, etc.) afin de rétablir la vérité sur l’histoire de notre Confédération. Une histoire longtemps occultée et révisée par les agents de son institutionnalisation.

Vive la Charte d’Amiens, vive la réunification syndicale, vive la CGT !
https://www.syndicaliste.com/bilan-printemps-2018
"Il n'y a pas un domaine de l'activité humaine où la classe ouvrière ne se suffise pas"
Le pouvoir au syndicat, le contrôle aux travailleurs-euses !

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