Mouvement et manifs, questions de stratègie

Re: Mouvement et manifs, questions de stratègie

Messagede bipbip » 27 Oct 2017, 20:08

Point de vue d’un syndicaliste

Gouvernements et patronats ont-ils gagné la bataille du dialogue social ?

En cette période de mobilisation contre les ordonnances « réformant » le code du travail, beaucoup se posent la question : pourquoi y a-t-il si peu de travailleurs mobilisés ? À cela bien des réponses : les politiques des directions syndicales, les stratégies foireuses, la divisions des dates et des secteurs, etc… Mais il y a pour moi aussi une raison que nombre d’entre nous faisons semblant de ne pas voir. Certains l’appellent « crise du militantisme », pour ma part, je préfère parler des conséquences démobilisatrices de la politique du « dialogue social », dont j’aimerais tirer le bilan.

lls sont nombreux, les politiciens et les patrons, à systématiquement nous sortir à tout bout de champs le fameux « dialogue social ». Nous devrions pourtant nous interroger sur cette façon, qu’a le patronat de revendiquer le « dialogue » avec les syndicats dans une entreprise, alors que l’ensemble des salariés lui sont de fait subordonnés. Pourquoi aurait-il tant envie de dialoguer avec des représentants du personnel, des syndicalistes ? Je suis de nature très méfiante lorsqu’il s’agit de faire confiance à ceux qui nous exploitent quotidiennement, comme lorsque j’étais enfant et que mes parents me disaient « surtout ne prend pas des bonbons si un adulte dans la rue t’en propose ». Devons-nous alors prendre ce bonbon que nous tendent le gouvernement et le patronat sous l’estampille du « dialogue social » ?

De quoi le « dialogue social » est-il le nom ?

On le sait très bien si le patronat en use et abuse, c’est surtout pour le mettre en opposition à la grève. Voilà la première raison. Car s’il le revendique, c’est qu’il a vite compris, depuis ces dernières années, et par les politiques des différents gouvernements, de Sarkozy à Hollande, que le « dialogue social », sorte de chantage à la négociation, avait permis de calmer les grèves et brimer l’auto-organisation, tout en faisant passer ses attaques contre les travailleurs.

Pour dire vrai, je pense que cette farce que l’on appelle « dialogue social » a petit à petit visé à pacifier les « relations sociales » pour tenter d’étouffer le syndicalisme lutte de classes, lié historiquement, et en France en particulier, au syndicalisme révolutionnaire ou à l’anarcho-syndicalisme, ou encore aux militants trotskistes et révolutionnaires dans les syndicats. A travers le « dialogue social », gouvernement et patronat ont réussi à rendre inoffensives de nombreuses équipes syndicales et à faire d’elles leur outil pour accompagner les attaques contre les salariés. De la sorte, il a visé à détricoter le militantisme de combat, de lutte, ce syndicalisme qui réfléchit comment taper là où ça fait mal, ce syndicalisme qui réfléchit à former des comités de grève, qui prône l’auto-organisation et les assemblées générales de travailleurs. Tout simplement un syndicalisme lutte des classes, c’est-à-dire, un syndicalisme qui comprend que la société est divisée en classes, et que ces classes-là ont des intérêts irréconciliables. Si toutefois il reste encore dans certains secteurs des formes de syndicalisme combatif, la réalité est que le syndicalisme, à force de dialogue social, s’est empêtré dans un système qui pourrait le conduire à sa fin.

Nous payons aujourd’hui le prix d’une politique qui a visé à transformer ce que pendant longtemps on a appelé « lutte des classes » en un sorte de terrain d’entente, pour effacer petit à petit la lutte par le dialogue. Quand on dialogue : on subit, on accompagne, on discute, on accepte, on négocie. Par contre, on ne lutte pas, on n’arrache pas les choses, on ne revendique plus, ou du moins on est en fin de compte prêts à céder… et lorsque nous sommes face à un patronat qui veut humilier la classe ouvrière pour s’en mettre plein les poches, sans scrupules, alors « céder » veut dire accepter l’humiliation et des reculs sociaux sans précédent. Et si pendant un temps on négociait des avancées, aujourd’hui le dialogue sert surtout les intérêts patronaux, donc à négocier la régression sociale, en fin de compte c’est toujours le patronat qui sort gagnant.

Regardons les « NAO », négociations annuelles obligatoires sur les salaires, qui se transforment en vaste fumisterie, où pendant des années aucun syndicat n’obtient la moindre augmentation salariale. Et on revient l’année suivante, espérant peut-être qu’on obtiendra cette fois-ci une augmentation. Alors on balade comme cela, de mois en mois, d’année en année, les syndicalistes dans des pseudos réunions de « concertation », qui visent en fait à simplement présenter ce que le patron concède en échange d’autres reculs sociaux. Comment se fait-il, avec toute l’histoire de notre classe, que des syndicalistes pensent aujourd’hui obtenir des augmentations salariales ou des améliorations dans nos conditions de travail autour d’une table plutôt que dans la grève ?

Les instances représentatives, un levier pour la lutte de classe ou une fin en soi ?

Bien sûr il y a des instances qui peuvent être utiles, comme les réunions des délégués du personnel (DP) ou les Comités d’Hygiène et Sécurité (CHSCT), car elles ont un poids, même si à elles seules ces instances ne suffisent pas et ne permettent pas de construire le rapport de force face au patron. Mais couplées avec un militantisme de terrain et avec la construction du rapport de force au sein des lieux de travail, les prérogatives de ces instances, notamment du CHSCT, ont permis d’envoyer bon nombre de dirigeants en justice pour des accidents mortels ou des scandales comme autour de l’amiante. Mais en dehors d’une construction du rapport de force, d’un syndicalisme combatif, des instances comme les Comités d’entreprise (CE) par exemple constituent une énorme pression sur les représentants du personnel, et nous avons vu bien des syndicalistes impliqués dans des affaires et des scandales de corruption. Car, peut-être vous ne le savez pas, mais les CE que le patron se garde le soin de ne pas gérer pour avoir la paix sociale, sont gérés par les syndicats comme des petites entreprises, avec des salariés et une trésorerie. Alors comment lutter efficacement, comment construire le rapport de force face au patronat et aux gouvernements à leur service, lorsque son rôle d’élu CE revient à être loin du terrain et de la réalité quotidienne des salariés, étant bloqué toute l’année par les réunions et les discussions avec des prestataires ? Ce n’est pas étonnant donc que dans la fusion des instances, le Comité d’entreprise sera transformé en CSE, mais que les DP et CHSCT eux disparaitront complètement, ainsi que toutes les prérogatives pour limiter l’arbitraire des directions face aux salariés.

Si le syndicalisme avant se composait des travailleurs les plus combatifs, où il était normal de se mettre en grève et aller en manifestation, aujourd’hui il se compose, en grande majorité, par des travailleurs qui souvent n’ont pas de culture militante, presque aucune formation, qui parfois n’ont jamais fait une seule journée de grève, mais qui pourtant deviennent, du jour au lendemain, élu Sud, élu CGT, élu FO. Comme si le plus important dans le syndicalisme n’était pas d’avoir des dirigeants ouvriers capables de faire débrayer les collègues, mais plutôt des personnages qui sautent d’instance en instance, passant plus leur temps à « dialoguer » avec la direction, plutôt qu’à motiver les travailleurs à combattre le patronat et les politiques libérales. Aurait-il été imaginable dans des moments plus convulsifs de la lutte de classes que des syndicalistes de FO ou la CGT ne soient pas dans la rue à l’appel de leurs syndicats ? Aujourd’hui cela se passe dans tous les syndicats et dans l’indifférence totale, très souvent, des syndicats eux-mêmes.

Le patronat a su, à travers ce système bien ficelé multipliant les réunions pompeuses, occuper les syndicalistes. Faisant croire que pour obtenir des choses, il suffisait simplement de s’assoir autour d’une table et de poser des questions en réunion. Les syndicalistes sont nombreux à le croire hélas, alors que l’histoire de la classe ouvrière, des grands moments de lutte comme en 1936 ou en 1968, démontrent précisément le contraire.

Alors oui, on passe d’instance en instance, obtenant par moment une « primette » pour les salariés, qu’on nous retire 1 an plus tard, quelque « sauvegarde » d’emploi en échange d’un asservissement. Prenons le cas par exemple de Smart où les délégués (pas tous) ont accepté que les travailleurs, bossent 39h payé 37h, voilà vers où mène souvent ce syndicalisme « made-in » dialogue social. Au final, cela amène de nombreux syndicalistes à penser que ce que le patron refuse de donner dans les « négociations », il est impossible de l’obtenir, alors qu’en réalité tout ce que les travailleurs ont obtenu comme avancées sociales au long de leur histoire, a été grâce au rapport de force.

Il y a un fait récent, qui moi m’a aidé également, à tirer ce bilan. C’est ce reportage de Cash Investigation, sur Lidl et Free, que nous sommes des millions à avoir vu. Je ne critique pas les syndicats de ces entreprises, mais je me demande, en tant que délégué syndical aussi, où étaient-ils dans tout cela ? Comment se fait-il qu’on tolère un management de la sorte sans réagir, sans mettre les magasins à feu et à sang ?

Je ne leur jette pas la pierre, mais je pense que ce dialogue social les a bernés leur faisant croire qu’on pouvait réguler l’exploitation, avec un meilleur chariot élévateur, ou un tapis de caisse plus rapide. Encore une démonstration, s’il en fallait une, pour montrer qu’il y a bien quelque chose qui cloche dans le syndicalisme d’aujourd’hui. Le pire c’est que des entreprises où les choses se passent comme chez Lidl ou Free sont encore trop nombreuses et plus le syndicalisme combatif disparaît, plus ce type de management prospère.

Bien entendu il y a d’autres facteurs à prendre en considération, mais si seulement on pouvait voir l’ensemble des adhérents et militants en grève et dans la rue en train de battre le pavé, on pourrait en tirer d’autres conclusions. Et je ne parle même pas des cas de répression médiatisés, où souvent la plupart des élus d’une même organisation, ne se déplacent même plus pour défendre leurs camarades réprimés, ou pour demander justice pour des militants qui se sont suicidés à cause de cette même répression. Comme si aujourd’hui appartenir à un syndicat ne voulait plus rien dire. Qu’on pouvait être dans un syndicat et faire sa petite vie, sans se sentir l’obligation de s’engager dans une grève ou encore de se déplacer à un rassemblement devant un tribunal pour soutenir un collègue ou un camarade réprimé.

Par moments, il me revient le souvenir de mon camarade Edouard Postal, lui, cheminot et militant syndical qui s’est suicidé le 10 mars dernier Gare St Lazare, réprimé par la boîte car il avait « un regard menaçant ». Je me souviendrai toujours de cet après-midi d’octobre 2016, jour de son conseil de discipline, où nous étions une soixantaine à peine sur le parvis pour le soutenir, et quelques mois plus tard nous étions 2 000 pour commémorer sa mort et exiger justice. Tout cela en dit long sur ce que devient le militantisme. Lui qui s’il était vivant aujourd’hui serait comme il l’a toujours était en tête de cortège, la torche à la main. Alors nous perdons des militants combatifs, qu’on remplace par des « élus ».

Et je me rends compte que je ne suis plus le seul à le penser. Ils sont nombreux chez Sud, FO ou CGT à pointer du doigt cette absence des adhérents et élus syndicaux dans la construction des mobilisations. Tout récemment, Mickael Wamen, ex CGT Goodyear, a écrit une tribune sur internet, demandant où étaient passés les 700.000 adhérents de la CGT ? Et il a raison, comment pouvons-nous être par exemple le 12 Septembre, premier jour de mobilisation contre les ordonnances, 300.000 manifestants toutes organisations confondues, alors que l’ensemble des adhérents de ces organisations dépassent le million d’encartés. Mais le problème est aussi cette sémantique : « encarté », « adhérent », on en vient à se demander pourquoi payer une cotisation, si c’est pour être au travail un jour de grève…

Entre chacun pour soi, et chacun pour sa chapelle, course à l’échalote pour ce qui est des élections, division syndicale à l’heure d’organiser la lutte, intérêts d’appareils, des élus qui sont loin de la réalité quotidienne des salariés… voilà les ingrédients qui permettent de comprendre pourquoi il existe un rejet vis-à-vis des organisations syndicales ou autres, une certaine méfiance. C’est ce que nous avons pu voir lors du mouvement « Nuit Debout » pendant les mobilisations contre la loi travail 2016 : une envie de se mobiliser contre la loi travail et son monde, dans l’unité et dans une dynamique interprofessionnelle, mais à la fois une grande méfiance envers les organisations traditionnelles.

Non, il n’y a rien à négocier !

En fin de compte, les directions syndicales, au niveau national, acceptent d’aller discuter avec le gouvernement, alors qu’il n’y a rien à négocier ! Ce n’est qu’un mythe cette histoire de « dialogue social ». Ce sont juste des réunions où Macron et ses amis expliquent aux représentants syndicaux à quelle sauce ils comptent nous manger ! Il n’y a rien à faire dans les salons de Matignon, la place des syndicalistes et des militants est dans les entreprises pour construire la grève, et dans la rue ! Un point, c’est tout !

Et en ce sens, les ordonnances fusionnant les instances représentatives du personnel sont tombées à point nommé pour le patronat, qui va pouvoir conserver une seule instance qui accompagnera les restructurations, et qui cherche à liquider chaque militant combatif, qui était élu protégé, qui demain ne le sera plus et se fera réprimer sévèrement, voir licencier avec le plafonnement des indemnités de licenciement. Et si les militants combatifs se font licencier, ce sont les travailleurs qui derrière en subiront les conséquences. Tout cela dans un seul but, étrangler toute forme de contestation dans l’entreprise et en dehors. Et ils me font bien rire ces syndicalistes qui par moments disent, « je ne fais pas de politique »… Ah bon ? Pourquoi ça ? Macron et son gouvernement, bossent-ils dans une boucherie ? Qu’est-ce que tout cela, si ce n’est de la politique ? Les ordonnances, les réformes des retraites, la suppression des APL, la suppression des IRP, la suppression de la sécurité sociale, le service minimum, qu’est-ce que c’est sinon de la politique ?

Renouer avec le syndicalisme lutte de classes

Je pense donc qu’il faut plus que jamais renouer avec notre histoire, l’histoire de notre classe, de nos batailles, de nos luttes, de nos acquis, de nos révolutions. Que l’on tire le bilan de nos échecs depuis le CPE, et encore bien avant. Mais il va falloir, pour ce faire, une politique syndicale profondément différente. Il faut qu’on se sépare définitivement de ce dialogue social qui endort les masses, alors que le seul message que je vois de la part de la direction, en tant que délégué du personnel à la SNCF, c’est « je veux bien qu’on discute, mais c’est moi qui décide ». En ce moment de grandes attaques du gouvernement et du patronat se préparent contre nos acquis, renouons avec un syndicalisme lutte de classes, qui se propose de passer véritablement à l’offensive. Pour arrêter de simplement défendre notre bout de gras, et plutôt construire le rapport de force qui nous permette d’aller de l’avant et de lutter véritablement contre les lois que Macron et ses amis veulent nous pondre, mais aussi contre leur monde !


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Re: Mouvement et manifs, questions de stratègie

Messagede bipbip » 28 Oct 2017, 19:02

2016 n’aura pas lieu

Une brève analyse de la situation actuelle du "mouvement" parisien en vue d’aboutir à une perception commune.

2016 n’aura pas lieu

Le printemps 2016 est à la fois un souvenir puissant, source de motivation et d’inspiration et une impasse aujourd’hui. Nous ne cessons de l’invoquer dans nos actions et dans les textes qui y appellent. Il est souvent question d’agir dans « l’esprit » du mouvement contre la loi travail, de retrouver les intensités indiscutables qui s’y partageaient alors. C’est son ombre qui plane au dessus de nos dernières interventions, et qui par contraste ne crée plus que des frustrations. Il nous faut accepter que 2017 est bien en train d’avoir lieu.

Tout au long du dernier été, nous parlions avec impatience du mouvement social de cette rentrée. Cela allait de soi qu’une loi travail 2 ne pouvait qu’entraîner la suite de ce qui avait commencé l’année précédente. Après les difficultés que nous avions éprouvé à construire des mouvements sans les syndicats, que ce soit après le viol de Théo ou contre les élections présidentielles, et malgré les appels répétés à « imposer notre propre temporalité », nous espérions le retour de quelque chose de massif, de pluriel, à la façon de ce fameux printemps. Force est de constater au bout d’un mois de mouvement qu’il n’y a pas de mouvement. Si les syndicats endossent leur rôle de pseudo-négation de l’ordre en organisant des défilés à répétition, personne ne croit sincèrement à une quelconque victoire. Dans les facultés, les trotskystes les plus véhéments tentent de nous faire croire à une énième parodie de mouvement en créant des comités de mobilisation dans lesquels personne ne croit, pas même eux. Au milieu de ça, le cortège de tête patauge dans une pâle imitation de lui même, tourne en rond dans des pratiques qui, si elles ont pu montrer leur efficacité en leur temps, relèvent aujourd’hui d’un manque d’imagination et de considération stratégique. On est vraiment en train de forcer. Nos pratiques deviennent hors-sol, déconnectées, et nous empêchent d’avancer sur une perception commune de la situation qui nous permettrait d’entamer un réel travail de composition, de ré-imagination de nos pratiques. Prenons l’exemple de Nantes , ou occupant-es de la ZAD, jeunes déters habitué-es du cortège de tête et syndicalistes sincères se tiennent ensemble et tentent de réinventer leurs pratiques à chaque manif : création d’un mur, de véritables bâtiments, mettant un geste performatif au simple slogan vide que l’on scande habituellement pour s’auto-persuader « Et la rue elle est à qui ? Elle est à nous ». A Paris, les « Siamo tutti antifascisti » qui se répètent en chaîne déprimeraient une boîte de prozac. La critique légitime du cortège merguez-saucisse-ballon pourrait se transformer en critique du cortège kway-fumi-lacrimo, tout aussi déprimant et répétitif.

Une des raisons de cette inertie est la nouvelle stratégie de la préfecture qui consiste à tenir à distance la police, nous empêchant d’affronter la matérialisation de notre ennemi. En s’invisibilisant ainsi, le pouvoir nous laisse face à nous même, nous mettant au défi d’exister autrement que comme sa négation. Il réalise l’exploit de nous contrôler sans même avoir à s’adresser à nous. Lors de ces dernières manifestations, les rues nous appartenaient. Les macdos, banques et autres symboles du capital auraient pu être réduit en miettes, mais le sentiment de danger que produit cette répression diffuse a quasiment réussi à elle seule à nous en empêcher. Quand nous sommes passés devant, les locaux du « Monde » ont été à peine effleurés, alors qu’il est clair que ce torchon a joué un rôle considérable dans l’élection de Macron, et qu’il était une cible symbolique évidente. Voilà une piste qui pourrait peut être être exploitée : étudier les parcours de manifestations en amont pour attaquer des cibles précises nous permettrait au moins de parler de quelque chose en particulier, de véhiculer du sens, au lieu de chercher sans cesse la police, de stagner dans l’émeute pour l’émeute. Les années 70 italiennes ont connu ce genre pratiques : on attaquait tel local d’entreprise qui avait viré des copain-e-s, on explosait les vitres de tel siège syndical qui avait balancé des militant-e-s aux autorités.Toutes ces pratiques se réalisaient hors des parcours bien tracés et soumis aux dispositifs de nos manifestations. Remettre ces dernières au goût du jour serait aussi ne plus se centrer sur la manifestation syndicale, mais au contraire accroître notre puissance autonome, tout en donnant vie au slogan "grève, blocage, sabotage/manif sauvage. On pourrait d’ailleurs faire un parallèle avec ces fameuses « années de plomb » : les ami-e-s italien-ne-s disent combien il est difficile pour elleux aujourd’hui de dépasser ces années 70 qui furent si riches en intensités. Illes y reviennent sans arrêt, et ont du mal à développer quelque chose qui les dépassent. Même si le printemps 2016 est en comparaison une pure anecdote, il y a quelque chose du même ordre qui se joue en ce moment ici. Une autre raison est que beaucoup d’énergie est dépensée dans l’antirep, chaque action se soldant de plusieurs arrestations. Il faut reconnaître que les peines prononcées contre les inculpé-e-s du quai de Valmy sont dissuasives. On remarque également que le mouvement ne « recrute » plus grand monde, et même perd de ses composantes en raison entre autres de problèmes de sexisme, de virilisme. Si nous apparaissions comme un espace désirable pendant le mouvement, ce n’est plus tellement le cas aujourd’hui. Il y a bien des syndicalistes qui nous rejoignent pendant les manifs parce que leurs cortèges morbides les asphyxient (sauf solidaires, plein de bisous les copain-e-s), mais cette tendance est en baisse. L’occupation cette semaine de l’institut de géographie illustre bien ce constat d’impuissance. Ce n’est pas tant, comme on a pu l’entendre, un manque d’organisation et de préparation qui en a causé l’échec, mais plutôt un manque de sens, d’évidence commune que l’action était porteuse de quelque chose. Beaucoup d’entre nous ne se sont jamais vu y dormir, ne se sont pas senti investi de cette initiative. Cela tient en parti à cette impression de déjà vu, de déjà raté.

Ceci n’est pas un appel à laisser tomber les pratiques que nous héritons du printemps 2016, mais à ne pas se morfondre dans la nostalgie de son souvenir. Tout était plus ou moins facile alors, et la lecture de la situation assez claire pour qu’elle soit commune à quasi tout le mouvement. Aujourd’hui, il faut accepter que les paramètres ne sont plus les mêmes. Les inimitiés latentes entre les composantes du milieu, vieilles parfois de plusieurs années, rongent toutes les initiatives et les interventions. Il nous faut nous y confronter et sortir de nos fréquentes attitudes de poseurs, bloqués dans des identités politiques hermétiques et en concurrence. Il ne s’agit pas d’uniformisation mais de composition. Pour augmenter nos forces, il nous faut reprendre des actions quotidiennes de terrain : cantines, infokiosques, rencontres et situations en tous genre que nous savons parfois créer.

Soutenir, multiplier et approfondir les brèches creusées dans l’ordre établi qui se sont établies depuis le mouvement (squats ; lieux légaux ; salles occupées dans les universités, cycles de conférences et séminaires révolutionnaires, etc)Il nous faut nous inscrire dans des stratégies de moyen-long terme, et sortir de cette prison de l’urgence, de la réaction permanente à l’actualité. Prendre des lieux pour prendre le temps, loin de l’adrénaline et de l’excitation sans fin du printemps. Sinon, ce mouvement ne mènera que vers une décomposition de nos forces, un épuisement certain, une lassitude déjà commune à beaucoup d’entre nous.

Ceci n’est pas un programme, mais un énième pavé jeté dans les marécages du mouvement.

Michel.


https://paris-luttes.info/2016-n-aura-pas-lieu-8870
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Re: Mouvement et manifs, questions de stratègie

Messagede bipbip » 30 Oct 2017, 11:24

Pour ne pas se faire laminer, il faudra un vrai plan de combat

Prochaine date de mobilisation, le 16 novembre. Martinez veut-il vraiment gagner contre la loi travail ?

Trois jours après l’intersyndicale qui a mené la CGT, FO, l’UNEF, Solidaires, l’UNL et la FIDL à appeler à une nouvelle date de grève le 16 novembre contre les ordonnances, il apparait de plus en plus évident pour les militants que la stratégie des directions syndicales a été loin de préparer un plan sérieux à même de gagner. Face aux politiques de divisions des dates, de morcellement des combats, comment peut-on sortir d’une impasse qui serait synonyme d’un recul social sans précédent ?

Nouvelle trahison ouverte de Berger, tandis que Mailly est obligé de rentrer dans le rang

Ce qu’on ne peut reprocher dernièrement à Laurent Berger, leader de la CFDT, c’est sa constance dans la trahison. Quand bien même le collaborationnisme de Berger qui ne fait pas vraiment l’unanimité à la base, la direction persiste et signe : il n’ira pas dans la rue, quand bien même ca gronde. Abandonné temporairement par Mailly condamné par la fronde interne à manifester avant le 20 novembre, Berger retrouve par la même son statut de premier interlocuteur avec le gouvernement comme au printemps 2016, avec la différence que nombre d’union départementales et de fédérations veulent cette fois-ci en découdre dans la rue. Cette position de proximité retrouvée avec Macron lui donne des ailes, allant même jusqu’à jeter en dehors des locaux de la CFDT, toutes les directions syndicales qui n’ont pas suivi la ligne de collaboration ouvert avec Macron. « On a demandé une salle, mais on a été mis dehors. La CFDT n’a pas souhaité nous mettre un bureau à disposition », résume Pavageau de FO. Expulsé du siège de la CFDT, une pratique qu’il n’aurait sans doute jamais osé mettre en œuvre avec les syndicats patronaux…

Du 12 septembre au 19 octobre : l’échec de la stratégie Martinez contre les ordonnances

Cela fait déjà presque deux mois que le gouvernement a dévoilé les textes finaux des ordonnances sur le Code du travail, et déjà quatre journées de mobilisations. Pour beaucoup d’équipes syndicales et de militants, avant toute chose, l’heure est au bilan : après un 12 septembre réussi, le 21 septembre a divisé d’un côté les fonctionnaires qui manifestaient le 10 octobre et les autres. Finalement, la date, appelée par la seule CGT, le 19 octobre, n’a vraiment pas été à la hauteur. Pourtant, dans beaucoup de secteurs, la détestation de Macron et la détermination à ne pas vouloir voir ses conditions de travail baisser (encore une fois) est bien réelle. C’est pour cela que, les routiers puis les dockers ont pu obtenir des avancées dans leurs négociations sur leurs conventions collectives, quand bien même ces victoires se sont cantonnées de façon sectorielle. C’est aussi pour cela que 400 000 fonctionnaires ont défilé le 10 octobre, avec une forte pression à la convergence public-privé, soit autant que le 12 septembre, sans même que les directions confédérales n’appellent à rejoindre la date de la fonction publique.

Or qui est responsable de la division des dates entre les différents secteurs ainsi que les « grèves saute-moutons » ? Assurément, ce ne sont pas les équipes syndicales de Solidaires ou de la CGT qui décide de l’agencement du calendrier de la contestation, et c’est bien Montreuil, en intersyndicale ou non, qui décide de ces dates. La mobilisation du 19 octobre, qui a vu le nombre de manifestants être divisé par deux ou presque, a mis en lumière la faible volonté de Martinez d’initier un mouvement d’ampleur, même au sein de la CGT. Le fait que Montreuil n’ait même pas incité toutes les unions départementales à préparer le 19 octobre en est la traduction la plus saillante.

Elargir le front syndical suffit-il pour gagner ?

Face à cet échec, la direction de la CGT mise tout sur l’élargissement de l’intersyndicale, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Dans une « Note aux organisations [de la CGT] », la Confédération explique sa démarche à la veille de l’intersyndicale du 24 octobre de la façon suivante : « Partant de l’analyse et de l’appréciation des politiques sociales et économiques régressives pour les salariés, la jeunesse, les privés d’emploi et les retraités, ainsi que des ordonnances réformant le droit du travail, nous souhaitons aboutir à une journée nationale interprofessionnelle de mobilisations avec grèves dans les entreprises et établissements ainsi que des manifestations. Nous la souhaitons à la mi-novembre, dans l’unité la plus large possible. ». Si on ne peut qu’approuver la volonté d’élargir le front syndical contre les ordonnances et la volonté de faire émerger un front interprofessionnel, les paroles de la direction de la CGT ne concordent pas avec ses actes.

Le 10 octobre, de nombreuses organisations syndicales de base ont appelé à faire converger les colères autour de la mobilisation des fonctionnaires, et ainsi, tous les syndicats de cheminots avaient appelé à la mobilisation… Tous ? Non, sauf la CGT-Cheminots, qui s’est repliée seule sur le 19 octobre. Dans la même veine, l’annonce récente que la FNIC-CGT (syndicat des industries pétrolières) voulait entamer une grève reconductible le 23 novembre montre la non-volonté de la direction de la CGT de voir un mouvement d’ensemble interprofessionnel émerger, ou en tout cas de ne pas se doter des moyens de coordonner réellement les bagarres.

Si Martinez, dans ses déclarations, cherche à se montrer de plus en plus volontaire dans la construction d’un mouvement contre les ordonnances à la hauteur des attaques, la politique réelle de Montreuil n’y est pas, et ne peut que nous mener dans le mur. Dans ce contexte, les interpellations en direction de la CFDT, qui a par ailleurs revendiqué un certain nombre de mesures de la Loi Travail 1 et 2 (notamment un « meilleur encadrement du recours aux formes précaires d’emploi par la négociation de branche » et une « l’amélioration de l’indemnité de licenciement »), apparaît, au niveau national et local, comme une posture. Si la volonté de construire un mouvement avec les UD de la FE-CGC, de l’Unsa et de la CFDT qui sont en désaccord avec leur centrale est nécessaire, la question des méthodes, de la construction de la grève reconductible l’est d’autant plus.

Faire du 16 novembre une date pour construire un mouvement d’ensemble ?

Il n’est écrit nulle part qu’il devrait y avoir « victoire par KO » sur les ordonnances au profit de Macron. Contrairement à ce que suggérait Mélenchon, sur le plateau de TF1, il y a une dizaine de jours, ce ne sont pas d’autres mobilisations, le week-end, comme le 23 septembre, qui vont permettre de créer un rapport de force sur les lieux de travail et d’études.

Face à la politique de Martinez et des autres directions syndicales, seule une autre politique, mettant en avant les mobilisations interprofessionnelles ainsi que la grève reconductible comme outil pour gagner pourra poser les bases d’un plan de guerre à même de gagner contre Macron. Beaucoup de syndicalistes, qu’ils soient de Force Ouvrière, de la CGT, de Solidaires, voient cette nécessité. Et ils sont rejoints par celles et ceux qui, au sein des organisations politiques du monde du travail et de la jeunesse, du PCF à l’extrême gauche en passant par la France Insoumise, sont de la construction de toutes les mobilisations.

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Re: Mouvement et manifs, questions de stratègie

Messagede Pïérô » 09 Nov 2017, 22:08

«Encore une grève ?» Et oui, encore.

Le 16 novembre sera une nouvelle journée de grève interprofessionnelle. Pour nombre d’entre nous ce sera la cinquième journée depuis septembre. Alors oui, il faut à nouveau faire grève, parce que c’est là que doit se situer le rapport de force... mais il ne s’agit pas d’évacuer les difficultés à mobiliser et les questions qui se posent au syndicalisme.

Que l’on soit à la CGT, à Solidaires, ou même partisan.es de collectifs du Front social… nous sommes nombreuses et nombreux à nous interroger : que se passe-t-il, pourquoi ça ne prend pas, pourquoi la grève, franche et massive, ne s’impose-t-elle pas dans le paysage social de ce début de quinquennat macronisé ? Le sentiment d’être le dos au mur ou de s’y cogner à répétition n’est agréable pour personne, il amène son lot d’aigreur et de coup de sang. Pourtant, c’est bel et bien maintenant qu’il faut garder la tête froide et réfléchir à nos stratégies de mobilisation. Sans évacuer les carences, les difficultés, mais en se donnant tout de même des perspectives pour les mois à venir.

On peut rejeter la faute à la forme de la contestation depuis le 12 septembre, les journées de grève de 24 heures « saute-mouton », et à leurs organisatrices, les « directions syndicales » : ce serait croire que toutes les causes de nos difficultés viendraient « d’en haut ». Pourtant, dans nos organisations syndicales le fédéralisme n’est pas à ce point défaillant et c’est bien là que se construisent, démocratiquement, les orientations et les stratégies. Jean-Claude Mailly en a récemment fait les frais.

On peut aussi étriller le corporatisme, par exemple des syndicats de fonctionnaires qui, avec la journée de grève du 10 octobre, seraient venus percuter la mobilisation interprofessionnelle : mais l’enjeu n’était pas de dénoncer, mais de prendre appui sur cette mobilisation, corporative oui, pour y faire converger d’autres revendications. C’est ce qu’ont tenté plusieurs intersyndicales départementales, inscrivant de fait cette journée dans la suite des 12 et 21 septembre.

La réalité – et il ne sert pas à grand-chose d’en fantasmer une autre – c’est que, même si ce n’est pas l’atonie la plus totale, on est encore loin de l’ébullition qui fait que le rythme d’une mobilisation n’appartient plus aux calendriers d’action mais vient se couler dans la vitalité des assemblées générales de grévistes. Vraiment loin.

Discutons de tout

On peut toutefois estimer que des initiatives fortes prises par une intersyndicale nationale un peu plus dynamique aideraient à donner confiance : certain.es collectifs syndicaux mettent ainsi en avant l’idée d’appeler à deux ou trois jours de grèves consécutifs. Pourquoi pas, il faut discuter de cette idée là et il n’y a pas de raison de ne pas la proposer à l’intérieur de nos organisations. Même si le niveau de mobilisation réellement existant laisse songeur sur une volonté plus forte de faire trois jours de grève d’affilée qu’un jour, difficilement, par mois. Et l’état des rapports intersyndicaux étant ce qu’il est, on peut douter obtenir un tel appel unitaire nationalement (et rapidement). D’autres, c’est le cas du Front social, proposent une marche sur l’Elysée le samedi 18 novembre 3 : pour le coup la piste choisie nous emmène un peu loin du blocage de la production et des services, mais si cette idée rencontre la volonté de collectifs syndicaux et de salarié.es elle fera partie de ce mouvement social, tel qu’il est. La mise en place d’une caisse de grève nationale, comme tente de le faire le syndicat Info’com-CGT 3, pose des questions qu’il faut regarder sincèrement : si l’objectif est de généraliser la grève, qui va donner de l’argent à qui ? Ne court-on pas le risque de favoriser la grève par procuration ? Il s’agirait dans ce cas, plutôt que de faire grève, de subventionner la grève des secteurs « bloquants » (ou présenté comme plus que les autres en tout cas)… mais ce qu’ont dit les grévistes des raffineries en 2016 c’est qu’ils et elles avaient surtout besoin qu’il y ait de la grève le plus possible, partout. Pour autant, il ne faut pas nier que l’aide apportée à des milliers de salarié-es par ce biais ainsi que la grande transparence de l’opération 3 sont éminemment appréciables.

Toutes ces idées, ne nous feront pas sortir du dilemme dans lequel nous sommes : si on veut reconduire et amplifier une grève, encore faut-il qu’elle existe. Continuons, sans lâcher, de construire ces journées de grève de 24 heures, toute « saute-mouton » soient-elles (et la prochaine, malgré tout, est celle du 16 novembre 3), mais comme des journées de colère, de révolte sur les lieux de travail. Utilisons-les pour que la parole se libère au travail, que les salarié.es s’expriment. Utilisons-les pour organiser en régions des manifestations, des actions qui sortent de l’ordinaire de la manif de centre-ville et qui soient utiles pour le cadre de mobilisation que nous avons choisi : défilons, grévistes et sections syndicales CGT, SUD ou FO dans les zones d’activités commerciales et industrielles, invitons à débrayer, retrouvons le goût des blocages ponctuels, en ciblant là encore les intérêts économiques. Ça ne remplacera pas une grève reconduite dont on a pu voir l’efficacité pour les routiers par exemple. Mais, 1/ ça peut mettre du baume au cœur ; 2/ ça a le mérite de placer le curseur de la mobilisation là où il doit être, appuyé sur une réalité sociale. Et sur ce plan, il y a encore fort à faire.

Même pas mort

Car l’une des leçons des séquences lois travail 1 et 2, c’est que le patronat voudrait voir le syndicalisme mort et enterré. Six pieds sous terre si possible. Son but est d’effacer cette réalité sociale qu’est la lutte des classes, pour nous transformer en « entrepreneurs et entrepreneuses de nos propres vies », nous faire avaler la fable du « renard libre dans le poulailler libre ». Et nous n’avons pas fini de nous battre, car ce n’est qu’une séquence – longue, certes – d’une bataille plus large que nous livre le Thatcher hexagonal. Face à ça, certains, comme Laurent Berger de la CFDT 3, voient leur salut dans leur rôle de « partenaires sociaux »… auquel même le gouvernement ne semble pas trouver grand intérêt. Autant chercher un boucher végétarien dans un abattoir. Jean-Luc Mélenchon quant-à-lui, voudrait profiter des difficultés que traverse le syndicalisme pour « en finir avec la Charte d’Amiens » 3. La ficelle est un peu grosse et réactive des ambitions d’hégémonie politique sur le mouvement social… qui ont déjà suffisamment pesé, et lourdement, du temps du lien quasi-organique entre le PCF et la CGT par exemple. Et qui surtout s’appuie sur des illusions parlementaristes et institutionnelles dont ont peut bien se passer : ce n’est résolument pas notre terrain.

Entre ces deux écueils, c’est bien au contraire toute la démarche de la Charte d’Amiens qu’il faut retrouver. Faire du syndicalisme un acteur majeur du changement de société est sans doute le défi le plus urgent pour les années à venir, toute sa pertinence étant d’agir à partir du terrain même de la lutte des classes. Pour ça, il nous faut exprimer haut et fort des revendications qui puissent avoir une portée équivalente à celle des 8 heures pour la CGT de 1906 (celle de la Charte d’Amiens, tiens), qui combinent à la fois amélioration immédiate – et vue comme telle par les salarié.es – et projet de société, ici libérant le temps de la rapacité patronale. Soutenir et faire connaître aussi les expériences d’autogestion, comme celles des Scop-Ti ou de Vio.Me qui démontrent que les richesses sont bel et bien produites par celles et ceux qui travaillent.

Et dans un mouvement parallèle il faut renforcer, continuer d’utiliser l’outil syndical, le diversifier et le rendre toujours plus vivant, l’adapter, pour mieux y faire face, aux conditions contemporaines d’exploitation et d’oppression. Remettre en débat en son sein les stratégies de mobilisation. Le rendre plus solidaire et interprofessionnel, plus attentif encore, plus acteur des résistances des travailleurs et travailleuses ubérisé.es, des combats pour la justice et la dignité dans les quartiers populaires, de ceux pour les droits des femmes… Les effets combinés d’un tel renforcement, tout à la fois des organisations que des perspectives de transformation sociale, permettraient d’affirmer d’autant plus le rôle de contre-pouvoir que le syndicalisme se doit de remplir.


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