Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede Pti'Mat » 20 Juin 2018, 19:04

Remporter des victoires, c’est tout un TRAVAIL !

Ces dernières décennies, le mouvement syndical a accumulé une riche expérience. Celle de savoir remporter des défaites. Il serait trop long d’en écrire la liste. Alors, mieux vaut se consacrer à expliquer la raison de ces défaites. Cette raison est simple : le syndicalisme a perdu sa culture de classe. Cette culture reposait sur la culture ouvrière, c’est-à-dire celle du travail. Au fil des décennies, nous l’avons abandonné au profit d’une autre culture, celle de la « gauche » (l’emplacement de députés à l’Assemblée nationale), faite de discours philosophiques et de pratiques institutionnelles. Cette perte d’indépendance s’est ainsi accompagnée d’une perte de nos repères et de notre expérience collective.

La Confédération générale du TRAVAIL
Comme pour toute procédure de production, le syndicalisme s’est doté d’un savoir-faire, d’une stratégie. C’est la fameuse « double besogne » exposée dans la Charte d’Amiens, qui entérine la légitimité des luttes quotidiennes autant que des perspectives révolutionnaires. Mais un savoir-faire n’est rien sans des outils. Chaque outil syndical (section, syndicat, commission, Bourse du travail, fédération, association culturelle et sportive, coopérative, organisation de jeunesse, etc.) a donc été façonné pour réaliser une tâche particulière. Mais une tâche intégrée à une réalisation d’ensemble, celle de la Confédération.
À partir de 1902, les syndiqués confédérés disposent des outils et de la méthodologie adaptés aux réalisations qu’ils désirent conduire :

- Ils s’organisent localement dans des syndicats d’industrie (ouverts à tous les travailleurs de la profession) en rejetant les syndicats de métier et les syndicats d’entreprise intégrés au capitalisme.
- Ils popularisent et soutiennent les luttes professionnelles grâce aux Bourses du travail. Ils offrent une contre-société grâce à des associations culturelles et d’entraide (sport ouvrier, fêtes ouvrières, chorales et théâtre, dispensaires médicaux, conseils juridiques etc.).
- Ils animent l’éducation (cours du soir pour enfants et adultes, conférences, alphabétisation des travailleurs français et immigrés, limitation des naissances) et la formation professionnelle à la Bourse du travail.
- Ils fédèrent des « coopératives socialistes » de production et de consommation.
- Ils organisent les luttes spécifiques de la Main-d’œuvre féminine (MOF), des Jeunesses syndicalistes (JS), de la Main-d’œuvre Immigrée (MOI), des chômeurs (viaticum et marches) dans des commissions. Des commissions internes aux syndicats et à la Confédération, et non pas dans des associations communautaristes autonomes.

La CGT se construit donc comme contre-société, qui fait vivre la socialisme au quotidien… et qui passe à l’attaque. À cette époque, les jeunes n’ont pas besoin de s’exiler dans une ZAD pour vivre une expérience collective. La ZAD, c’est la Bourse du travail ouverte à tous et à toutes ! Chaque victoire obtenue (réduction du temps de travail, augmentation des salaires et création du salaire socialisé, renforcement du contrôle syndical dans les professions, etc.) est intégrée à une dynamique d’affaiblissement du pouvoir capitaliste et de préparation de la grève générale expropriatrice.

Le syndicalisme institutionnel, une confortable inefficacité
Ce savoir-faire collectif a été remplacé par des démarches individuelles basées sur le discours. Chaque militant s’est donc spécialisé dans des initiatives individuelles de plus en plus intégrées aux institutions et, allant, coupées des salariés, voire même de ses propres mandants. Il passe souvent plus de temps en réunion qu’avec ses camarades de travail. Les pratiques les plus caricaturales sont les instances de représentation du personnel (DP, CE, CHSCT) et les instances paritaires professionnelles (mutuelles, organismes de formation professionnelle, etc.) ou interpro (Sécurité sociale, Ceser, etc.). Il est désormais rare que des mandatements ou des comptes rendus de mandats soient réalisés. Les pratiques de contrôle ouvrier perdent leur dimension fédéraliste pour basculer dans des logiques individualistes (privatisation des heures de délégation, protections individuelles, création de réseaux, etc.).

Cette décomposition est justifiée par une culture du discours. Discours d’autant plus radical et artificiel qu’il n’a aucune implication collective. Et, progressivement, la perspective politique est renvoyée à d’autres outils, les partis et organisations philosophiques, qui voudraient cantonner le syndicalisme à l’entreprise et s’occuper de notre émancipation sans nous, en tout cas en dehors de notre classe. On clame alors son adhésion à un « syndicalisme de transformation sociale » tout en sous-traitant cette transformation aux partis. Ce qui n’a aucun sens, puisque seule une organisation sociale, comme la CGT, peut produire une transformation sociale. Mais cette contradiction délirante n’est perceptible que par ceux et celles qui ont une culture ouvrière, c’est-à-dire qui savent qu’un travail ne peut être accompli qu’avec des outils appropriés. L'échec de la mobilisation interprofessionnelle du printemps 2018, c'est l'échec du syndicalisme d'entreprise qui nous paralyse et nous empêche de dégager des perspectives politiques syndicales.

Réaffirmer notre indépendance pour reconquérir notre culture syndicale
Nous étions habitués aux actions inefficaces calquées sur celles de la gauche. Il en est ainsi de nos manifestations syndicales qui se sont transformées en défilés de « citoyens », souvent non grévistes, « insoumis » surtout le samedi pour ne pas déstabiliser leur carrière dans l’entreprise. On le voit par exemple avec la taule monumentale que s'est prise la « Marée populaire » du samedi 26 mai 2018 où plus de 60 organisations politiques, syndicales et associatives, au niveau national, n'ont même pas réussi à mobiliser le tiers des effectifs présents lors des grandes journées de grèves appelées par les seules organisations syndicales dans les semaines précédentes… En s'associant à l'appel, la CGT s'est retrouvée mêlée à un flop dont elle aurait mieux fait de se passer. Il n'empêche que le constat est encore là : notre meilleure arme c'est la grève, et notre seul pouvoir en tant que classe productrice de richesses, c'est le syndicat, pour nous attaquer au capitalisme et à la bourgeoisie.

La lutte du printemps 2018 a atteint un nouveau niveau d’acculturation. Le syndicalisme s’est aligné sur la stratégie de la « convergence des luttes » issue de l’extrême gauche. La revendication confédérale d’un « nouveau statut du travail salarié » a ainsi été abandonnée pour ne pas déstabiliser les corporatismes en action. La « convergence des luttes », c’est nier notre stratégie historique de grève interprofessionnelle ou de grève générale. Mais c’est, surtout, une remise en cause de l’existence même de la Confédération !

La « convergence des luttes » est également un obstacle à la question de la réunification syndicale et du projet d'unifier notre classe dans la perspective d'établir le Socialisme. La « convergence des luttes » ne poserait pas de problème dans le cadre d'une stratégie de front unique avec des perspectives bien définies ; mais dans notre contexte qui est bien celui du repli sur soi et de l'affinitaire, la « convergence » est une hypocrisie et un non-sens. C'est un obstacle à une stratégie gagnante dans le cadre d'un rapport de force, car, nous le voyons bien, chaque organisation philosophique et associative tente, surtout, de tirer son épingle du jeu. Puisqu'il y a « convergence des luttes » à quoi bon tirer un bilan, chacun se renvoyant la balle en cas de défaite ; à quoi bon se poser des questions sur la profusion d'organisations et d'associations concurrentes qui cultivent la mise en place de bureaucraties et de petits chefs incontrôlables par la base.

Nous constatons, donc, que beaucoup d’organisations « confédérées » acceptent et cautionnent les dérives centrifuges qui gangrènent le mouvement syndical : corporatisme, individualisme, institutionnalisme, luttes spécifiques, séparation étudiants-lycéens/salariés, etc.

Confédération cherche jeunesse et jeunesse cherche Confédération
C'est dans ce cadre que le mouvement étudiant et lycéen a lui aussi capoté. Sur les 67 sites universitaires que compte le pays, une quinzaine seulement ont été touchés par la mobilisation. L'absence de généralisation du mouvement a été le terreau de localismes et d'expérimentations en tous genres, parfois folkloriques voir farfelus. On ne peut que constater le fossé qui se creuse entre les générations de militant-e-s. C'est d'autant plus flagrant quand on tente une vague comparaison avec les mobilisations de la « génération CPE », douze ans plus tôt.

Qui s'en étonnera ? Les outils de transmission et d'intégration sont quasi-inexistants dans nos organisations syndicales ; les organisations de jeunesse sont en décomposition, et la rupture est d'autant plus engagée qu'on ne sait pas vraiment dans quelle direction elle va. Dans certaines localités, le saccage de l'outil de travail et du lieu de savoir qu'est l'université est la preuve que la Confédération doit non seulement sortir de sa zone de confort (qu'elle est d'ailleurs en passe de perdre), c'est-à-dire les entreprises, pour aller au contact de la jeunesse, proposer sa vision de l'université et de l'éducation en général ; mais doit aussi renouer avec sa stratégie, sa structure et ses outils historiques qui ont fait sa vitalité, sa puissance et son caractère incontournable dans les luttes et les projets sociaux.

Les replis identitaires, l'intellectualisation à outrance et les manipulations sectaires ont été de véritables fléaux pour le mouvement des jeunes, bloquant sa capacité de mobilisation et de développement. Nous avons pu voir des pratiques et des idées antisociales proliférer au sein des lieux de savoir et de partage qu'étaient les facs populaires et occupées. Ces fléaux ne peuvent être combattus que par une organisation sociale, c'est-à-dire par une confédération syndicale, de classe et de masse, où les jeunes trouvent leur place, à l'image des « Jeunesses Syndicalistes » de la CGT, il y a plus d'un siècle.

Nous sommes un certain nombre à refuser le sabordage du mouvement social et ouvrier. Nous réaffirmons que la CGT doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Notre critique n’est pas là pour cultiver les ego et cautionner ceux qui pensent produire une idée géniale tous les matins. Bien au contraire, nous pensons que l’exemple à suivre se trouve chez les anciens. Ceux qui faisaient vivre une Confédération avec seulement une poignée de « permanents » syndicaux qui ne voulaient pas le rester (le fameux « refus de parvenir »). Ceux qui étaient fiers d’être des « producteurs » et refusaient de rejoindre le rang des « improductifs » et autres « tribuns » ou « sauveurs suprêmes » (voir le deuxième couplet de L’Internationale). C'était l'époque d'une Confédération qui, avec peu de moyens, remportait des victoires impressionnantes.

Nous estimons, donc, que la priorité n’est pas à impulser des initiatives dans l’urgence afin de répondre à la crise que nous traversons. Nous devons, au contraire, prendre le temps de débattre en assemblée générale de syndicats. Le temps de la formation au travail bien fait, de la transmission de l’expérience. Il est temps de réfléchir collectivement, mais surtout de redécouvrir, par les lectures et des formations, ce qu’était la CGT.

Notre tendance syndicale, fondatrice de la CGT, se met au service des camarades et de leurs syndicats afin d’assurer des formations. Nous disposons également de nombreuses archives (brochures, articles, revues, comptes rendus de congrès, etc.) afin de rétablir la vérité sur l’histoire de notre Confédération. Une histoire longtemps occultée et révisée par les agents de son institutionnalisation.

Vive la Charte d’Amiens, vive la réunification syndicale, vive la CGT !
https://www.syndicaliste.com/bilan-printemps-2018
"Il n'y a pas un domaine de l'activité humaine où la classe ouvrière ne se suffise pas"
Le pouvoir au syndicat, le contrôle aux travailleurs-euses !

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Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede berneri » 22 Juin 2018, 14:34

ça y est il a récité ses versets.
Franchement on ne fera pas passer ici des vessies pour des lanternes!
Le CSR se ridiculise encore une fois en rendnat son discours inaudible par des caricatures à gros trait et des certitudes suffisantes de tout ce qui n'est pas sur leur ligne. ça promet en terme de projet de société!

ça ne convaincra personne. On est toujours dans la même revendication d'être le fils du messie ("notre courant est à l'origine de la CGT) alors même que les CSR historiques no'ont rien à voir avec ce courant sectaire et autoréférencé.

C'est bien dommage mais bon la priorité s'ils pensent élargir le troupeau des fidèles en faisant ainsi, c'est la poutre dans l'oeil.
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Re: Le CSR, Courant Syndicaliste Révolutionnaire

Messagede Pti'Mat » 16 Aoû 2018, 19:48

ICTAM : Organiser, oui, mais spécifiquement, non !

Depuis quelques temps, nous assistons à une campagne de l'Union Générale des Ingénieurs Cadres Techniciens (UGICT) dans la CGT pour généraliser et centraliser la syndicalisation des Ingénieurs, Cadres, Techniciens, Agents de Maîtrise (ICTAM) autour de sa structure spécifique. L'existence de nombreux ICTAM syndiqués mais sans liens avec l'UGICT (parfois par choix conscient), remet en question l'existence même de celle-ci, ce qui explique «l'offensive » en interne où l'UGICT apparaît dans nos congrès en menant campagne, s'assurant que les ordres du jour, les motions, les résolutions et les débats portent autour de la « spécificité » des ICTAM. Ce texte n'a pas pour but de revenir sur l'histoire des organisations d'ICTAM et leurs relations avec la CGT depuis 1919 en passant par la création de l'UGICT en 1969, mais d'enrichir le débat au sein de nos structures en proposant un autre regard sur l'organisation des travailleurs et des travailleuses.

Notre courant et tendance syndicaliste révolutionnaire, fondateur de la CGT, entend contribuer au débat car nous avons la légitimité historique à le faire: nous avons été les premiers à organiser la place et le rôle de ces camarades, travailleurs, intellectuels, alliés du mouvement ouvrier et syndical. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter les archives de la revue La Vie Ouvrière et de la Révolution Prolétarienne, ou encore d'évoquer le fait que le juriste Maxime Leroy aida à rédiger la Charte d'Amiens en 1906. Les CSR se prononcent pour la syndicalisation des ICTAM, reconnaissant les mutations du salariat, mais autrement que par et dans l'UGICT. Explications :


Nous ne gagnerons pas en allant sur le terrain choisi par l'adversaire

Le principal argument qu'on nous oppose pour pouvoir toucher les travailleurs ICTAM, c'est qu'il faut une organisation spécifique avec ses réflexions et son matériel propres : l'UGICT-CGT, organisée dans les fédérations professionnelles. Il y a là, selon nous, de bonnes questions mais de mauvaises réponses. L'UGICT est devenue au sein de la CGT bien plus qu'un simple collectif de travail ou une simple union syndicale, à l'image des jeunes, des retraités, des intérimaires ou des privés d'emplois. La campagne que mène l'UGICT pour généraliser l'adhésion et centraliser les ICTAM autour d'elle a bien plus l'apparence d'une volonté politique interne et d'une reproduction du mythe bourgeois de l'ascension sociale que d'une structuration répondant aux nécessités de syndicalisation.
Par exemple, dans les statuts de 2014 de la Fédération CGT du commerce et des services, l'UGICT, au travers de l'Union Fédérale des personnels d'Encadrement du Commerce (UFEC) reçoit 60 % de la répartition des cotisations fédérales pour « développer les actions parmi ces catégories » contre 40 % pour le reste des catégories ouvriers et employés de la fédération, pourtant majoritaires. En d'autres termes, une majorité cotise pour une minorité. Les cadres au travail ne deviendraient-ils pas aussi les cadres dans le syndicat ?
Pourtant, il n'y a pas plus de raisons d'avoir une organisation spécifique d'ICTAM que de raisons d'avoir des organisations spécifiques d'autres catégories et échelons au sein de la CGT. Reproduire au sein de l'organisation syndicale de classe la division capitaliste et libérale du travail n'est ni une solution, ni une fatalité. Sinon nous aboutissons à l’aberration d’avoir deux syndicats CGT dans le même établissement, modèle historique du syndicalisme jaune.

Les réalités d'encadrement sont tellement différentes d'une branche professionnelle à l'autre, d'une entreprise à l'autre, d'un service à l'autre, qu'on ne peut en dégager une unité et donc pas non plus une organisation spécifique. La spécificité entraîne souvent dans son sillage l'inégalité, nous pouvons le constater avec l'exemple au dessus. Chaque spécificité ayant son domaine, ses privilèges, la concurrence et la rivalité entre plusieurs spécificités deviennent souvent leurs seules raisons d'exister. C'est là le danger pour la Confédération syndicale. Les inégalités favorisent non seulement les incompréhensions, rendant les débats stériles et bloquant chacun sur ses positions, mais aussi et surtout les conflits, comme chacun peut s'en apercevoir lors des débats touchant à ce thème dans nos organisations.

L'UGICT trouve un écho dans les services, le tertiaire et la recherche, là où on trouve logiquement la majorité des ICTAM. C'est-à-dire dans des entreprises où au moins un travailleur sur trois est ICTAM, comme à la SNCF ou dans des secteurs où les ICTAM n'ont pas de subalternes. Il nous paraît alors évident que la diversité des cas d'encadrement ne peut pas donner une réponse générale et consensuelle à cette question, et encore moins résumer une ligne générale au sein d'une organisation propre, car contraire aux valeurs de la Confédération. Nous dénombrons 3 grands cas types que nous allons évoquer ci-après. Il est donc illusoire et contradictoire de vouloir développer la communication, la compréhension inter-catégorielle et interprofessionnelle sur les conditions de travail des uns et des autres tout en catégorisant l'adhésion sur des logiques spécifiques, corporatives et donc individualistes, basées de surcroît sur l'ascension sociale. L'existence de l'UGICT va donc à l'encontre de la nécessité de rassembler les salariés dans un intérêt commun, si ce n'est à l'encontre des statuts et des valeurs de la CGT elle-même.


1er cas : Le rôle historique de la maîtrise et de l'encadrement.
Dans les entreprises où les cadres ont un rôle hiérarchique direct sur des exécutants, on se rend compte que la cohabitation entre catégories, dans la démarche de syndicalisation, est très difficile. Ce sont notamment les secteurs industriels de la production où les ouvriers/employés de ces branches sont les moins compréhensifs et les plus réticents à la démarche de l'UGICT, relayée par nos UD et nos fédérations. Affirmer que les ICTAM ne sont pas responsables des stratégies économiques et sociales internes aux entreprises, et « subissent » autant que les ouvriers et autres salariés, est un discours maladroit et inapproprié. Car par leurs positions, les ICTAM doivent néanmoins adhérer à la stratégie de l’entreprise définie par le comité directeur et ont le devoir de retransmettre les directives aux autres membres de l’entreprise. Il devient impossible de rester longtemps dans une société si le cadre est en opposition avec la Direction de l’entreprise. Ce qui explique non seulement le manque d'écho en terme de syndicalisation mais aussi la reconnaissance de ce problème par l'UGICT qui revendique, du coup, la défense spécifique de ces catégories. Prétendre le contraire c'est être en contradiction avec la démarche de sensibilisation des catégories d'ouvriers/employés aux problèmes des ICTAM, et vice-versa, dans la perspective de rassembler les salariés dans leurs intérêts communs. L'existence même de l'UGICT ne répond pas à cette réalité. La maîtrise et l'encadrement sont des couches sociales intermédiaires. Historiquement, ils sont sélectionnés par le patron lors de l'entretien d'embauche ou la montée en grade, selon ses propres critères, pour être extraits de la production, du service, et recevoir un sur-salaire, des avantages, qui garantissent l'obéissance afin d'avoir un personnel qui empêche toute dépossession ou insubordination généralisée.

2ème cas : le résultat de la restructuration du mode de production dans les années 70.
Dans beaucoup d’entreprises, les cadres semblent ne pas avoir de subalternes. Mais en réalité nous sommes très souvent, dans ces cas-là, dans le modèle de la sous-traitance où les ouvriers et employés ont été externalisés. En acceptant ce processus de division par entreprises et par spécificités, au lieu d'avoir une stratégie globale par branches professionnelles où toutes les catégories auraient un seul et même syndicat, l'organisation telle que le propose l’UGICT accompagne donc le mode de production capitaliste dans sa logique de contournement du rapport de force et des réglementations du travail.

3ème cas : les mutations du salariat.
Les victoires des luttes pour la qualification, en parallèle du progrès technique après les années 50, ont poussé des catégories ouvrières à devenir agents de maîtrise et techniciens comme ce fut beaucoup le cas dans le public et les secteurs nationalisés après la Seconde Guerre mondiale.
De même, nous constatons que des techniciens et agents de maîtrise peuvent monter dans la catégorie de l’encadrement dans de nombreux cas afin de permettre au patron de contourner les règles sur le temps de travail (puisqu'ils sont « au forfait » et non au temps de travail réel).

Nous constatons donc que dans chaque cas ces catégories de salariés vivent en partie du travail d’autres. Cela est valable également pour les maîtrises et cadres qui le sont devenus grâce au progrès technique. Ce progrès est introduit sur les lieux de production en sacrifiant des masses importantes de travailleurs mis sur le carreau. De toute façon, intrinsèquement, ces « innovations » et « investissements » ne sont en fait que du travail accumulé, une somme d’expériences ouvrière extorquées. Une partie de la plus-value étant redistribuée à ces salariés. Les capitalistes tentent ainsi de s’assurer la loyauté de ces couches sociales intermédiaires. Il s’agit bien d’une acceptation de la domination de la bourgeoisie sur la société entière et pas seulement des propriétaires de son entreprise. Cela va plus loin encore quand ce sur-salaire va ensuite servir à s’insérer dans la spéculation immobilière afin de retirer encore un revenu supplémentaire sur le dos des prolétaires-locataires.
Mais nous reconnaissons qu’ils "souffrent". Non seulement ils ne peuvent pas s’épanouir dans leur travail de par la culture individualiste découlant de leur fonctions avantageuses et des mutations du salariat, mais en plus ils prennent de plein fouet le fait qu'il ne peut y avoir de relations fraternelles entre salariés sur la base de fonctions disciplinaires. Nous répétons notre volonté de syndiquer ces catégories. C’est pourquoi il nous faut développer notre projet syndical afin d’y intégrer ces précieux soutiens du capitalisme que nous devrions attirer à nous, ne serait-ce que parce que tout ce qui existe dans la société est le fruit du travail.


Replacer le métier au cœur d'un projet

Très souvent, quand on demande à des travailleurs assurant des responsabilités professionnelles ce qu'ils font comme métier, la réponse est sans équivoque : « Je suis cadre, dans telle entreprise », « je suis ingénieur », « agent de maîtrise », « technicien », et qui plus est « à la SNCF », « chez orange », « chez Renault », etc. Les syndicalistes ICTAM n'échappent pas à la règle et sont même, dans bien des cas, les plus fiers à s'affirmer comme tel. L'existence de l'UGICT et des campagnes qu'elle mène dans la CGT en est la preuve.

C'est là pourtant le signe que nous avons bien intégré la culture capitaliste du travail. Car non seulement « cadre », « technicien », « agent de maîtrise », « ingénieur » ne sont pas des métiers, ce sont des fonctions, mais nous nous identifions en plus au nom du propriétaire qui nous emploi, tels les esclaves dans l'antiquité. Le même constat est à déplorer chez les travailleurs d'autres catégories. Au delà d'une simple façon de parler, c'est là le signe de la négation de notre métier, de notre savoir-faire, et de nos qualifications. Cette dérive découle aussi de l’impact qu’ont eu la social-démocratie et le léninisme sur le mouvement syndical de part la promotion d’une culture d’encadrement liée au mode d’organisation du parti d’avant-garde et intellectuel dans le processus de transformation sociale.

Derrières les fonctions ICTAM, se cachent des métiers, ce sont eux qui permettent la syndicalisation, via un contrat salarié, et non les rôles hiérarchiques attribués par l'employeur. Ce sont donc les métiers qu'il faut mettre en avant dans les syndicats, et ce sont par eux que la communication et la compréhension inter-catégorielle et interprofessionnelle devient possible.
L'UGICT est donc à côté du problème de part son propre nom d'union syndicale. En sélectionnant les adhésions par les noms techniques et les fonctions hiérarchiques que l'adversaire a créé pour diviser le prolétariat, l'UGICT reproduit cette négation du métier et va à l'encontre du but recherché : développer les passerelles entre catégories professionnelles différentes pour lutter contre la casse organisée par le patronat, le gouvernement et la finance.

Sans nous en rendre compte, nous tournons le dos aux luttes et aux valeurs historiques de la Confédération et du mouvement ouvrier. Dans le temps, un métallo disait « je suis ouvrier métallurgiste » quelque soit l'entreprise ; maintenant il dit « je travailles chez Mittal ». Nous nous nions nous-même en tant que producteurs/productrices et travailleurs/travailleuses. Nous nions nous-mêmes notre métier, ce qui permet à l'employeur d'attaquer les statuts, la formation professionnelle, les conventions collectives, les régimes spéciaux, les qualifications et toutes les conquêtes sociales arrachées par 150 ans de combats prolétariens. C'est donc aussi le signe que nous n'avons plus de repères et plus de projet, à l'inverse des capitalistes et de la bourgeoisie qui eux, ont des repères et des projets solides. L'ennemi est fort de nos faiblesses et gagne en toute logique le terrain qu'il pourra.

« A chaque produit, ses outils », « à travailler n’importe comment, on produit n'importe quoi ».
Voilà le savoir-faire qui a permis les victoires syndicales, un savoir-faire praticien, un savoir-faire ouvrier. Il faut donc revenir aux fondamentaux et nous structurer en conséquence pour pouvoir repartir à l'offensive. Nous pensons qu'il faut donc syndiquer les ICTAM dans des syndicats de branches professionnelles et selon l'organisation territoriale des UL et des UD. Au milieu d'autres catégories de travailleurs du même secteur, d'autres entreprises de la même branche, avec un plan d'attaque coordonné sur le lieu de travail et sur toute l'activité, nous atteindrons l'entente et la compréhension entre catégories professionnelles. Cette structuration, sorte de miniature du modèle confédéral, déjà existante dans certaines fédération et statutaire, permettra à la fois de répondre aux besoins par spécificités via des sections internes en y intégrant également les intérimaires, les privés d'emplois, les apprentis et de dégager un plan global d'action au niveau de la profession, de la branche industrielle et du territoire.

Voilà pour l'immédiat. Mais il s'agit aussi de dépasser la simple tactique de défense. Nous ne sommes ni des masochistes, ni des personnes qui aiment s'épuiser dans des luttes sans fin. Si nous luttons aujourd'hui c'est pour ne pas avoir à lutter demain. Il faut, en conséquence, identifier d'où vient la source du combat, d'où vient la menace. Résister, se défendre, c'est bien ; mais détruire la source qui attaque, gagner, c'est mieux ! Là encore nous avons un savoir-faire que nous n'utilisons pas à bon escient. La CGT s'est créée dans une double optique : lutter au quotidien pour gagner des conditions de vie et de travail dignes ; dépasser le capitalisme et l’État bourgeois qui seront toujours les ennemis nous empêchant d'accomplir cette première optique. Syndicalistes Révolutionnaires, nous sommes restés fidèles aux vœux des premiers cégétistes qui ont officialisé la ligne du syndicalisme confédéré dans la charte d'Amiens en 1906. Nous croyons au Socialisme, l'authentique. Pour sa réalisation, partons du réel, nous nous baserons sur la Confédération elle-même, dont la structure permet de se substituer à toutes les institutions bourgeoises, quelles soient économiques ou politiques. Si tout ce qui existe dans la société est le fruit du travail des hommes et des femmes, le syndicat étant l'organisation naturelle et de défense des travailleurs et des travailleuses, la gestion socialiste de la société doit donc logiquement revenir aux syndicats confédérés. Il n'y a pas un domaine de l'activité humaine où le prolétariat ne se suffise pas.

https://www.syndicaliste.com/ictam-organiser
"Il n'y a pas un domaine de l'activité humaine où la classe ouvrière ne se suffise pas"
Le pouvoir au syndicat, le contrôle aux travailleurs-euses !

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