ça me rappelle le topic sur "l'unité", un topic récurent.
Le problème, c'est que tout ça, c'est très joli sur le papier, mais qu'au delà de l'étiquette anarchiste, il y a non seulement des conception très différentes de ce qu'est l'anarchisme (et la liberté, et l'égalité, et l'autogestion, et la démocratie directe, et le fédéralisme, et l'action directe...) etc... et que tout cela n'est pas une question de mot, mais a un impact très concret en terme de pratiques sociales, et de pratiques dans les luttes...
Alors quand il s'agit de défendre des "grandes idées" ou des grands principes communs à l'anarchisme (le dnominateur idéologique commun), c'est possible de s'associer (et cela a été le cas -non sans difficultés- lors es campagnes libertaires menées ces dernières années sur le thème de la précarité, de l'antiélectoralisme, des sans papiers, voire auparavant autour du G8...), mais dès qu'il est question d'une ACTION commune dans les luttes sociales, c'est une toute autre affaire :
Parce qu'une étiquette commune ne signifie pas nécessairement des conceptions communes, et mêmes des conceptions communes ne signifient pas nécessairement des possibilités d'action communes
Comment concilier dans l'action militantisme syndical et antisyndicalisme ?
Comment concilier dans l'action un rejet radical de toute organisation formelle au nom de l'autogestion et au contraire la défense de l'organisation formelle comme meilleure garantie d'un fonctionnement autogestionnaire ?
Comment concilier le rejet politique des AG associé par certains camarades au "démocratisme radical" et la défense des AG souveraines par d'autres camarades qui y voient une expression de l'auto-organisation ?
Comment concilier la volonté d'un certain fonctionnement au vote et la conviction que le fonctionnement à l'unanimité est le seul fonctionnement "anarchiste" ?
Comment concilier volonté d'agir dans la lutte des classe et négation de la lutte des classes ?
La liste est longue, dès qu'on parle pratique, de ce genre d'antagonismes...
C'est possible donc de concilier ces tendances contradictoire dans certains cadres de lutte (et ça se fait !), mais certainement pas dans une seule et même organisation, qui se condamnerait soit à l'impuissance (soit à la polémique interne permanente) et le plus probablement les deux, au détriment de l'action sociale. Or l'organisation est un moyen (d'agir sur le réel) et non une fin en soit, ce que la polémique permanente en interne (à distinguer d'un débat collectif et d'une construction collective) ne permet pas.
Je pense qu'il faut en finir avec le mythe de l'organisation unique, du parti unique, du syndicat unique.
Ce qu'il nous faut, c'est que l'esprit d'organisation progresse, que l'organisation comme pratique se renforce, mais dans le cadre du pluralisme organisationnel...
Tout cela n'est pas une question de dogme ou de "flamme sacré", mais justement de divergences politiques et pratiques concrètes, qui se retouvent dans les luttes. On peut tout à fait se considérer comme partie prenante d'un mouvement (et donc ne pas prétendre être le seul "groupe" ou la seule "tendance" , "orga" réellement anarchiste TOUT en souhaitant s'organiser sur des bases spécifiques, tant en terme de pratiques que de conceptions, justement pour éviter de passer son temps en polémiques internes, mais pour accroître la force collective dans les luttes... )
L'existence de plusieurs orgas correspond à la réalité de la vie sociale : l'existence de divergences, de pratiques différentes, de fonctionnement différents en partie inconciliables, ainsi que d'expériences et d'aspiration différentes.
La lecture des topics "histoire du mouvement" permet de saisir les raisons concrètes de ces divergences.
Y a-t-il donc plusieurs sens au mot "liberté" pour voir apparaitre tant de discordes?
Oui ! Je ne pense pas que les anarachistes sociaux (communistes, anarchosyndicalistes, syndicalistes libertaires, collectivistes) mettent le même sens au terme "liberté" que les individualistes. C'est d'ailleurs justement de cette conception différente (qui correspond à une anthropologie différente,...) qui fonde de nombreuses divergences.
Ce n'est donc pas une affaire de "forme" uniquement, mais de fond. Il y a une convergence en terme de critique, mais dès que l'on se penche sur les propositions pratiques, c'est une tout autre affaire.
Si je m'organise, ce n'est pas pour spéculer sur des idées sans connexion avec des pratiques sociales, mais pour agir sur le réel (et c'est donc en lien avec le réel que les idées sont mobilisées et que se construit le débat).
Si je ne m'organise pas dans une autre organisation que la mienne, c'est que le fonctionnement, ou les positions, ou les pratiques des autres organisations ne me conviennent pas. Cela ne signifie pas que je considère que ces organisations sont des "ennemies", que leurs idées et leurs pratiques ne méritent pas discussion, ou qu'elles ne seraient pas anarchiste... Lorsqu'on s'organise pour agir, c'est justement en fonction de ce qu'on estime être le plus adéquat pour l'action qu'on se regroupe, qu'on fait son choix, pas au nom de "grands principes généralistes" (on peut s'en contenter si on assigne à l'organisation la seule fonction propagandiste, généraliste, des grands principes)...
La vie tranchera, l'important pour moi c'est de ne pas fétichiser l'organisation (comme étiquette), mais de défendre l'organisation comme pratique, et le pluralisme organisationnel comme principe...
Si l'on recherche dans l'organisation la seule activité propagandiste (comme une association philosophique), lors l'unicité organique est envisageable.
Mais si l'on recherche dans l'organisation des outils pour une pratique sociale, une certaine coordination de l'action militante (pour peser collectivement dans les luttes, pour ajouter à l'autonomie individuelle, la force collective) ALORS il y a des débt qu'il faut mener, et qui entraine la nécessité du pluralisme organisationnelle (ce qui n'exclut pas la recherche de coopération chaque fois que cela est possible, et que la réciprocité est possible).