PIR : autopsie d'une dérive

Re: PIR : autopsie d'une dérive

Messagede Fred1 » 25 Fév 2017, 10:26

Ian a écrit:Fred, tu confonds manifestement "raciséEs" et "races", voir ici ou pour la définition... (qui est tout l'inverse de ce que tu as l'air de croire!!)

Allon allon

Je pense que cette réponse qui viens de la; viewtopic.php?f=76&t=14639
va ici?

Non c'est pas raciste ta deux verssion, une universel et une afromachin, tu te fou de ma gueule Ian?
Se que vous avez du mal a assimilé c'est que les provocation raciste représente un enjeux financier, cette communication opaque posté par léo, qui au passage se permet de taclé les "gaucho/nanar/toto", au profit d’universitaire en mal de reconnaissance m’emmerde. Il est légitime que des travailleurs s'unisse pour luté selon leurs infinité, que les organisation syndicale les aide dans leurs démarche a formulé leurs revendication c'est la moindre des chose.
En revanche reprendre contre toute logique scientifique des terme universitaire et raciste, c'est opportunisme et racoleurs.

Je vie dans une banlieue ou les habitant fonctionne a l'affectif, on a besoin de reconnaissance et de respect, les organisation politique son absente. En revanche les association de cartier font un travail social tout a fait bluffants. C'est eux qui garde un lien entre les habitant, pas les opportunisme politique avec leurs salade universitaire.
Les organisation réagisse a chaud a l'actualité, c'est bien parce que il est effectivement urgent de stoppé cette harcèlement morale et physique que subisse les jeunes de cartier et leurs familles, trop d'amalgame on fini par une expression raciste, qui profite a quelle uns qui on organisé un business lucratif?

Note
Y'a du fric a se faire et on peut pas luté a arme égale quant lapa du gains a 6 et 7 chiffre se suive pour une pub a la gloire de poutine et c'est associer.
Dieudoné; il ont trouvé 650 000 euro en liquide chez lui, une bagatelle que bien évidement la fachospher ne risque pas de dénoncer, puisque le front nationale a touché plus de 300 000 euro de font publique européen, il y'a du grisbi merde!
Du coups ça vaudrait le coups de s'intéresser aussi au finance d'organisation spécifique, sous couvert "d'antiraciste raciste".

Le PIR (parti des indigène de la république) lui c'est l'influence communautaire opaque des Américain, bon il y a de quoi interrogé...
Nous n’avons pas peur des ruines. Nous sommes capables de bâtir aussi.

Buenaventura Durruti
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Re: PIR : autopsie d'une dérive

Messagede bipbip » 05 Mar 2017, 19:56

André Dréan : Contribution à la critique des doctrines raciales en France. Des origines à nos jours

Les paragraphes qui suivent n’ont rien d’original, ni d’exhaustif. Ils rappellent des banalités de base de la critique, concernant les origines des doctrines racistes modernes, y compris celle qui estportée aujourd’hui par les idéologues du Parti des indigènes de la République (PIR) sous drapeau« décolonial ». En règle générale, les individus et les cercles, même radicaux, hostiles à juste titre aux prises de position du PIR, y voient des résurgences des doctrines raciales de Gobineau, voire de celles d’Hitler, ce qui est pour le moins restrictif. Car, comme le soulignait déjà Léon Poliakov, en 1971, dans Le Mythe aryen, à la suite du « cataclysme hitlérien » des notions aussi répandues depuis l’époque des Lumières que « la supériorité civilisatrice occidentale », « le plus souvent conçue comme congénitale, voire aryenne », furent en partie mises à l’index. Dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, elles furent presque exclusivement attribuées à des idéologues nazis, ou proto-nazis. Par suite, l’histoire du racisme en Europe, y compris celle du racisme justifié par la science, et même intégré et développé par celle-ci, fut presque totalement refoulée et refondue : « Sans doute par honte ou par peur d’avoir été racistes, les Occidentaux ne veulent plus l’avoir été et délèguent à des figures mineures, telles que Gobineau et Houston Chamberlain, la fonction de boucs émissaires », remarquait Poliakov. J’ajouterai aussi, concernant la France, par désir de défendre mordicus ce qui constitue l’une des bases de l’État nation hexagonal, à savoir le prétendu
universalisme issu des Lumières et le scientisme qui en est partie intégrante.

... texte pdf : http://mondialisme.org/IMG/pdf/_contrib ... e_ter_.pdf
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Re: PIR : autopsie d'une dérive

Messagede bipbip » 11 Mai 2017, 19:47

PRESENTATION DU LIVRE D'HOURIA BOUTELDJA : UNE REACTIONNAIRE ANTISEMITE A RENNES 2

C'est avec une certaine consternation que nous avons appris que le vendredi 5 mai prochain, allait se tenir à la fac de Rennes 2 une présentation du livre "Les blancs, les juifs, et nous" de la porte-parole du Parti des Indigènes de la République, sur invitation du collectif de doctorants, jeunes chercheurs et précaires DOCARèNE, évènement relayé sur la page du comité de mobilisation.
Nous considérons comme très grave la présence dans un lieu de luttes de celle qui incarne et porte le message de la frange la plus réactionnaire du mouvement dit "décolonial", et ce pour les raisons suivantes :

1 - Houria Bouteldja développe un discours tendanciellement antisémite :

A grand renfort d'essentialisme, elle explique dans son livre (p49) qu'on reconnait les juifs (qu'elle présente comme un corps social, concept organiciste cher au national socialisme) à "leur capacité à se fondre dans la blanchéité". Elle parle ainsi de "leur zèle" à devenir les "dhimmis de la République" qu'elle considère comme "une trahison". Selon elle "vous [les juifs] avez renoncé à déchoir les blancs de leur trône et leur avez prêté allégeance.". Lors d'un de ses discours publics à Paris, elle a expliqué qu'il y avait un "sous-problème juif" imbriqué au "problème blanc".
Comme Alain Soral, elle assimile les juifs à la politique coloniale israélienne (p.51), et entretient une confusion constante entre antisionisme et antisémitisme notamment par la dénonciation d'un "philosémitisme d'Etat". Dans un tweet du 30 mai 2015, le PIR déclare que "les juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe".
Tout au long de son livre, Houria Bouteldja entretient un rapport obsessionnel à Hitler et la Shoah, qu'elle considère comme "une religion civile européenne" ("le temps du blasphème est venu", affirme-t-elle p59).
L'essai devient carrément glauque quand elle écrit p.54, toujours au sujet des juifs : "Après tout, vos renoncements vous regardent. Le pire, c'est mon regard, lorsque dans la rue, je croise un enfant portant une kippa.Cet instant furtif où je m'arrête pour le regarder."


2 - Houria Bouteldja et le PIR sont farouchement opposés aux couples mixtes et rejettent le concept de métissage, qu'ils considèrent comme une arme coloniale. Dans un entretien avec la revue Vacarme, Houria Bouteldja défend à nouveau le "corps social indigène" en affirmant que "la perspective décoloniale, c'est s'autoriser à se marier avec quelqu'un de sa communauté", avec la centralité absolue du mariage comme modèle de relation de couple.
Dans son livre (p.76), elle brosse un tableau apocalyptique des unions mixtes : "Sait-on combien de nos sœurs se sont suicidées, prises dans le feu de la bataille des deux patriarcats ?"
La solution qu'elle propose pour rendre possible les mariages mixtes est la conversion religieuse, qu'elle considère comme la seule option crédible au rééquilibrage des dominations coloniales dans le couple.
Lien : http://www.vacarme.org/article2738.html


3 - Houria Bouteldja et le PIR considèrent que l'homosexualité en tant que catégorie politique comme une arme de la colonisation, utilisée pour diviser le "corps social indigène".

Elle affirme page 81 : "Les blancs lorsqu'ils se réjouissent du coming-out du male indigène, c'est à la fois par homophobie et par racisme. Comme chacun sait "la tarlouze" n'est pas tout à fait un "homme", ainsi, l'Arabe qui perd sa puissance virile n'est plus un homme. Et ca c'est bien. [...] on ne s'étonnera pas de la compétition viriliste et homophobe qui s'installera dans le camp d'en face et qui prendra un plaisir vicieux à surjouer une sexualité fabriquée par le regard colonial "
C'est tout au long de ce passage qu'elle valide l'idée que le virilisme homophobe puisse être une arme "décoloniale", et qu'assumer son homosexualité puisse être considéré comme une trahison.
Lors d'un passage page 81, elle s'extasie sur l'intervention d'Ahmadinejad à l'ONU où ce dernier affirme "Il n'y pas d'homosexuels en Iran" (après qu'il ait été questionné au sujet d'une série de pendaisons publiques). Dans sa grille de lecture anti-impérialiste et décoloniale, elle qualifie cette réponse de "mensonge artisanal", de "mauvaise foi exquise" face au "mensonge industriel" des américains sur le scandale de la prison d'Abou Ghraib.


4 - Houria Bouteldja défend des positions fortement anti-féministes et profondément réactionnaires en ce qui concerne le statut des femmes, quand elle ne s'oppose pas frontalement aux féministes qu'elle accuse dans son livre p82 de s'attaquer aux «mecs de banlieue » uniquement par « solidarité de race » avec les « hommes blancs », elle n'hésite pas à affirmer à plusieurs reprises que le corps de la « femme indigène » ne lui appartient pas : p72 :"Mon corps ne m'appartient pas. Aucun magistère moral ne me fera endosser un mot d'ordre conçu par et pour des féministes blanches. [...] J'appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l'Algérie, à l'islam"
Elle dit ainsi à propos du féminisme que « Nous reprocher de ne pas être féministes, c'est comme reprocher à un pauvre de ne pas manger de caviar. » (http://indigenes-republique.fr/pierre-d ... t-mohamed/). Comme si lutte contre le patriarcat était un luxe...
Lors de la soirée de présentation de son livre au lieu dit elle affirme que « les hommes sont sexistes parce qu'ils sont le produit d'un système patriarcal, tout simplement. Pour les hommes de notre communauté, parce qu'en plus il y a le racisme, ils développent un virilisme sans doute plus accentué. » Elle considère ainsi que le sexisme des hommes de « sa communauté » est le fruit du racisme : « Comment agir quand la stratégie de survie du dernier consiste à exposer ses pectoraux, à faire étalage de sa virilité ?» Ainsi les seules perspectives de lutte contre le patriarcat pour les femmes « indigènes » seraient de passer d'une part par l' « allégeance communautaire » afin d'envoyer un « message clair à la société blanche » et par la simple « négociation entre les hommes et les femmes ». Elle donne ainsi deux exemples de libération de la femme, l'un étant le port du hijab qui serait « l'une des expressions de ce compromis », l'autre étant le mariage avec un homme de sa communauté : « Le sms d'une copine quand elle s'est mariée avec un homme de sa communauté : « Enfin libre ! ». » Quelle autonomie laissée aux luttes féministes !


5 - Houria Bouteldja défend une une conception interclassiste essentialiste et délirante de son fameux "corps social". Page 26 de son livre, cette attachée commerciale parisienne déclare :

"Je fais partie de la strate la plus basse des profiteurs. Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. Le peuple blanc, propriétaire de la France : prolétaires, fonctionnaires, classes moyennes. Mes oppresseurs. Ils sont les petits actionnaires de la grande entreprise de spoliation du monde.
Au dessus, il y a la classe des grands possédants, des capitalistes, des grands financiers qui ont su négocier avec les classes subalternes blanches en échange de leur complicité une meilleure répartition des richesses du gigantesque hold-up et la participation très encadrée au processus de décision politique qu'on appelle fièrement la démocratie"


6 - Houria Bouteldja et le PIR défendent l'alliance avec des organisations réactionnaires nationalistes ou religieuses :

- des groupes comme l'UOIF (qui a lancé des fatwas contre les émeutiers en 2005) et le CCIF, qui compte parmi les principales officines des Frères Musulmans en France, puissante organisation politique, religieuse et conservatrice originaire d'Egypte, aujourd'hui proches d'Ennahdha en Tunisie et de l'AKP de Erdogan.
- des groupes comme Participation et Spiritualité Musulmane, qui a appelé à la Manif pour Tous, soutient l'Alliance Vita (l'un des principaux lobbys français anti-IVG), et dont l'organisation a assassiné des militants étudiants au Maroc dans les années 90.
- le Hezbollah, groupe islamiste chiite et un parti politique libanais qui combat en Syrie au côté de Bachar el-Assad.
Sur Dieudonné : Lorsque le PIR s'exprime sur Dieudonné, il ne lui reproche essentiellement que son alliance avec Alain Soral, en déniant à la fois ce qui précède sa rencontre avec Egalité et Réconciliation, sur le fait qu'il puisse avoir une pensée propre, comme si ne pouvait être antisémite, nationaliste, homophobe et néo-fasciste que sous l'influence du "blanc soralien".

Voir p.73 à 85 de l'ouvrage "la fabrique du musulman" de Nedjib Sidi Moussa (éditions Libertalia) : https://drive.google.com/file/d/0Bw8s7g ... V6MkE/view

Sur l'UOIF : https://www.streetpress.com/sujet/14250 ... -de-l-uoif
Sur Participation et Spiritualité Musulmane : http://confusionnisme.info/2015/03/03/a ... os-luttes/
Sur le PIR et Dieudonné : http://indigenes-republique.fr/dieudonn ... omestique/


7 - Le PIR est un parti autoritaire, réformiste, dont le principal objectif est la captation du pouvoir et l'encadrement des luttes:

Toute la stratégie du PIR et du mouvement décolonial se base sur le fait de promouvoir la race comme catégorie politique, en partant du principe qu'il existerait une démarcation consubstantielle entre ce qu'ils appellent la gauche blanche et les "indigènes", regroupés "naturellement" derrière les militants décoloniaux.
Plus globalement, ce rôle de représentants de la race se concrétiserait par le fait d'assurer la médiation avec les organisations de gauche, qui ne serviraient pour Houria Bouteldja que les intérêts des blancs (spéciale dédicace aux camarades syndicalistes).

Cet objectif est assumé explicitement dans le point V de leur programme "Un Parti pour construire une Direction politique indigène", dans lequel le PIR décrète : " La constitution d'une identité politique commune des indigènes exige l'existence d'un pôle unifié représentatif." qu'ils concrétisent en affirmant que "Le PIR se donne pour tâche de contribuer à la formation d'une Direction politique unifiée."

C'est depuis ces positions qu'Houria Bouteldja et les cadres du PIR tentent de mettre la main sur la mémoire de la guerre d'Algérie, sur les mouvements de l'immigration des années 70, sur la Marche de 83, et les émeutes de 2005 qu'ils tentent de faire passer pour une révolte raciale et décoloniale.
C'est évidemment autour des meurtres policiers que le PIR essaye aujourd'hui de poser son assise sur la mobilisation via le label de "l'antiracisme politique". Cette hégémonie et cette fonction de récupération politique est d'ailleurs amèrement constatée jusque dans les groupes et les organisations qui partagent ses analyses sur la race et l'oppression coloniale.
https://quartierslibres.wordpress.com/2 ... -indignes/

Contrairement à se qu'il prétend vendre par l'amour, le PIR n'a donc absolument rien de révolutionnaire, comme en témoigne son programme (http://indigenes-republique.fr/le-p-i-r/nos-principes/ ) :

• "Le PIR a pour objectif politique l'avènement d'une majorité politique contrôlant les principaux leviers institutionnels et déterminée à engager les profondes réformes institutionnelles, sociales, économiques et culturelles, nécessaires pour poursuivre le processus décolonial, dans ses différentes dimensions, et combattre les inégalités raciales."

• La fonction d'encadrement, elle, est pleinement exprimée dans le point suivant : " Le PIR agit pour former et développer un réseau de cadres et de militants politiques aguerris, sérieux, responsables, créatifs et disciplinés."

• C'est dans cette idée que le PIR a embauchée une société de sécurité privée pour encadrer la Marche pour la Justice et la Dignité du 19 mars 2016. Ce n'est pas une pratique nouvelle : en novembre 2015, durant la Marche pour l'Egalité et la Dignité (annoncée à l'occasion des dix ans du PIR), Houria Bouteldja et les membres du MAFED avaient déjà embauché une société privée pour faire le service d'ordre du cortège.
• Dans une émission radio internet au sujet de la Marche de 2015, Stella Magliani-Belkacem (soutien inconditionnel du PIR dont elle a préfacé l'ouvrage de lancement aux éditions la Fabrique) le clame d'ailleurs haut et fort : "Il n'y pas plus légaliste que nous, on marche en rangs serrés !" (minute 53 : https://soundcloud.com/user28001656/mar ... -radio-fpp)


Pour toutes ces raisons, nous appelons à critiquer et s'opposer le plus largement possible à l'intervention d'Houria Bouteldja et des membres du PIR à Rennes 2, ainsi que dans les espaces où le mouvement s'organise.


• Des révolutionnaires rennais

PS : Nous pouvons mettre en ligne l'intégralité des pages que nous citons, afin de prouver que ces phrases ne sont en aucun cas "sorties de leur contexte".


https://nantes.indymedia.org/articles/37638
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Re: PIR : autopsie d'une dérive

Messagede bipbip » 05 Juil 2017, 01:43

Indigènes de la République : derrière le "féminisme islamique", le racisme et le patriarcat

Les groupes anti-avortement dans leur propagande destinée au grand public mettent en avant la question du statut du fœtus, qu’ils assimilent à un être vivant, pour justifier leur combat contre un droit essentiel pour toutes les femmes, qu’elles en fassent ou non usage dans leur vie.

Ce mensonge sur le fœtus leur permet de contrecarrer l’attachement très fort des femmes à la liberté de disposer de leur propre corps : la plupart des mouvements contre l’avortement ne veulent pas se montrer comme des ennemis de la liberté , et la présentation de l’IVG comme le meurtre d’un autre être vivant leur permet de justifier idéologiquement l’interdiction éventuelle de l’avortement. Les femmes ne sont pas des objets, "d’accord" , dira le militant d’extrême-droite "mais le fœtus non plus".

En réalité, un des fondements idéologiques et pratique de l’opposition à l’avortement est tout autre : ses partisans en France, sont tous également des idéologues racistes pour qui le monde est divisé en « civilisations » ou en « races », engagées dans une guerre à mort. Dans cette guerre, la question démographique est essentielle à leurs yeux. La femme est l’outil nécessaire de la reproduction et son corps ne peut lui appartenir, il appartient au « peuple », ou à la « communauté » .

La plupart des militants d’extrême droite qui se battent contre l’IVG ont naturellement suffisamment de culture scientifique pour savoir que le fœtus n’est pas un être humain.

Mais ils savent que le mouvement de libération des femmes a créé partout la prise de conscience, l’autonomie, et que la domination patriarcale a marqué le pas : des femmes aujourd’hui, partout dans le monde, ne se vivent plus comme redevables de quoi que ce soit à ceux qui les oppressent, et ne se sentent plus le devoir d’être de simples machines à produire les futurs soldats.

D'un coté, les fascistes ne mettent donc pas nécéssairement en avant la sauvegarde de la "civilisation blanche" ou "européenne" dans leur liste d’arguments contre l’avortement.

De l'autre, la plupart d’entre eux ont aussi une propagande raciste ouverte, et n’hésitent pas à présenter les femmes des peuples considérés comme inférieurs comme uniquement préoccupées de "pondre des mômes" pour que "leurs hommes" gagnent la guerre par la seule force du nombre.

Rien de neuf sous le soleil du racisme occidental. Mais l’intégration d’une partie des personnes issues de l’immigration dans la petite-bourgeoisie dominante a eu lieu depuis quelques années déjà, cette conception essentialiste de la « femme orientale », de la poule pondeuse et heureuse de l’être a trouvé de nouveaux défenseurs inattendus, issus de la gauche, et qui ont la particularité de se réclamer anti-colonialistes et féministes.

Et notamment les Indigènes de la République, et leur porte parole Houria Bouteldja.

Houria Bouteldja s’est toujours définie comme féministe : cependant, on aura bien du mal à trouver dans ses discours et ses interventions publiques ce que signifie positivement son féminisme. On trouvera des critiques, parfois justifiées, contre le féminisme bourgeois et ses dérives racistes, notamment à propos du port du voile. On trouvera aussi dans les collaborations des Indigènes avec Christine Delphy des développements sur ce qu’ils appellent les féministes « blanches ».

Mais Houria Bouteldja a récemment participé à un colloque sur le « féminisme islamique » en Espagne.

Dans son intervention, on cherchera en vain une définition du féminisme islamique ou du « féminisme décolonial » dont elle se revendique.

De fait ses propos dans le cadre de ce colloque sont clairs : pour elle, être féministe « décoloniale », c’est ne pas répondre à certaines questions. Car ce sont les questions qui posent problème…

Par exemple : se demander si le féminisme est compatible avec l’islam, c’est déjà être impérialiste et faire comme les journalistes « français », alors Houria Bouteldja ne se pose pas la question.

Intellectuelle de la petite bourgeoisie française, Houria Bouteldja ne peut en fait pas réaliser que les questions que l’on se pose ou pas sont liées à notre statut dans le réel : le féminisme n’est pas une posture idéologique qu’on choisit ou pas, mais une réponse à une oppression immédiate en premier lieu.

Grâce aux combats des femmes des siècles passés, Houria Bouteldja n’a pas à se poser la question : elle a accès à la contraception et à l’IVG , elle peut vivre sa vie et notamment voyager , assister à des colloques et y prendre la parole.

Ce n’est pas le cas de toutes les femmes sur toute la planète, évidemment.

Et toutes les femmes, sur toute la planète n’ont pas accès aux mêmes choix que Houria Boutelja : l’IVG par exemple est interdite et réprimée dans de nombreux pays. Et même dans ceux où elle est autorisée, y accéder est souvent une autre affaire, notamment en France, notamment pour les femmes prolétaires.

Etre féministe, ce n’est pas imposer l’usage de l’IVG aux femmes, ce n’est pas non plus ériger un modèle de comportement social en référence absolue. C’est simplement se battre pour que toutes les femmes puissent choisir.

C’est aussi poser une solidarité universelle avec toutes les femmes : non pas pour dire "toutes pareilles", mais pour faire en sorte que nous soyons tous égaux.

Or, dans ce colloque, Houria Bouteldja définit son « féminisme » de manière totalement inverse : selon elle, toutes les femmes de la planète ne vivent pas dans le « même espace-temps ». Et ne pas le reconnaître, c’est s’ingérer de manière impérialiste.

La porte-parole des Indigènes de la République donne donc un exemple de l’ingérence : celle de militantes « occidentales » en voyage en Palestine qui ont demandé à des femmes si elles avaient accès à l’IVG.

Cette question est selon Houria Bouteldja une ingérence parce que « Les palestiniennes ne comprenaient même pas qu’on puisse leur poser ce genre de questions tellement selon elles l’enjeu démographique en Palestine est important. Leur perspective est tout à fait autre. Pour beaucoup de femmes palestiniennes, faire des enfants est un acte de résistance face au nettoyage ethnique israélien. »

Les Indigènes de la République se sont fondés notamment sur l’idée que la parole des « néo-colonisés » en France était confisquée par les « élites blanches de la gauche » et qu’elle devait être reprise par les principaux concernés.

Mais on voit ici que ce n’est pas la confiscation de la parole aux concernées en général qui leur pose problème : dans un colloque féministe, Houria Bouteldja n’hésite pas à parler à la place d’autres femmes , "les" palestiniennes, en se fondant sur un récit qui lui a été faite par une non-palestinienne sur UNE discussion avec DES femmes palestiniennes.

Dans la tête de Bouteldja, il y a donc sur cette planète des femmes qui ont le droit de s’exprimer en leur propre nom et d’autres qui peuvent très bien être « représentées » par d’autres.

Il y a des femmes qui peuvent très bien se définir collectivement contre la société dans laquelle elles évoluent, qui peuvent remettre en cause l’ «espace-temps» qu’on leur impose, faire vivre une contre-culture collective et individuelle.

Houria Bouteldja prétend refuser l’intégration à la société occidentale dans laquelle elle vit et la soumission à ses normes oppressives, elle revendique le droit d’être une « Indigène de la République » et pas seulement une « française ».

Mais ce droit à l’auto-détermination , elle ne le reconnait pas à toutes les femmes : dans d’autres « espaces-temps », par exemple en Palestine, les femmes sont «les» Palestiniennes, et la résistance des femmes en Palestine, c’est….faire des enfants et répondre à l’enjeu démographique, point barre.

Soit très exactement ce que les dominants de la société où elles vivent leur demandent de faire. Soit très exactement ce que leur environnement sociologique immédiat leur impose par la propagande et aussi par la contrainte.

Il n’y pas un modèle fasciste qui n’impose l’oppression brutale, le patriarcat, et la négation de tout droit individuel sans s’appuyer sur la justification de la guerre. Cette guerre la plupart du temps n’est même pas une invention, car sous le règne du capitalisme, le monde entier est en guerre perpétuelle.

Pour autant, l’existence des guerres , des agressions contre une population ne justifient pas les agressions et la domination exercée par des membres de cette population contre d’autres membres de cette population.

En Palestine, les femmes qui résistaient activement à l’occupation israelienne ont été les premières victimes du Hamas : le mouvement féministe palestinien était dans les années 70 bien plus puissant et bien plus en pointe que dans de nombreux pays européens.

Le Hamas l’a attaqué et détruit physiquement, imposé la terreur et désigné les femmes qui lui résistaient comme des « collabos ».

Dans l’espace-temps d’Houria Bouteldja, ceci n’a jamais existé : il y a des pays où les femmes n’ont pas d’histoire. Dans le discours de Bouteldja, "les" palestiniennes sont un groupe homogène, a-historique où les individus ne sont qu’un objet au service d’un objectif "global", la "Résistance" , comme les Indigènes de la République appellent le Hamas.

A tout observateur objectif, ce discours de la porte-parole des Indigènes de la République en rappelle un autre : celui du colonisateur « humaniste » des siècles passés, celui qui se fondait sur le mythe du Bon Sauvage. Pour contrecarrer les critiques et les combats des premiers anti colonialistes qui dénonçaient l’état de misère matérielle et morale dans laquelle vivait l’immense majorité des population des pays envahis, certains colonialistes expliquaient que les dites populations souhaitaient vivre de cette manière, dans « le respect de leurs traditions »…traditions qui n’incluaient naturellement pas l’accès à l’électricité ou au contrôle des naissances par exemple.

D’ailleurs le droit imposé par les coloniaux a le plus souvent été non seulement un droit répressif féroce, mais également la reconnaissance de certaines « coutumes », notamment en droit civil, donc en ce qui concerne la gestion des rapports sociaux au quotidien, ce qui incluait notamment le statut de la femme et des règles oppressives. Le tout au nom du respect des « sociétés indigènes ». Le plus souvent ce droit civil se référait à l’ordre religieux.

L’ethno-différentialisme n’est donc pas d’invention récente, et ce que dit Houria Bouteldja n’est pas particulièrement original.
C’est tout simplement la parole raciste et sexiste classique, la même que celle du Bloc Identitaire ou des groupes anti IVG.


Elle permet notamment d’exercer une contrainte supplémentaire sur les femmes qui cherchent à se battre et à se libérer : si intégrer la norme patriarcale est un acte de Résistance, alors à l’inverse, la combattre est une collaboration avec l’ennemi.

Objectivement, ceci est totalement faux : par exemple, le pouvoir israelien couvre les crimes d’honneur commis sur les territoires qu’il contrôle, arguant le plus souvent qu’il s’agit d’affaires que les arabes doivent régler entre eux. Les féministes palestiniennes pourchassées par le Hamas sont criminalisées comme n’importe quelles autres résistantes par la police et l’armée israelienne.

Mais le rôle international de groupes comme les Indigènes de la République est important, car il s’agit bien d’isoler de toute solidarité extérieure ces femmes qui se battent à la fois contre la domination du pouvoir israelien et contre le patriarcat.

En propageant l’idée qu’il y aurait des "espaces temps" différents , on propage aussi l’idée que la libération antisexiste n’est pas à l’ordre du jour pour certaines femmes.

Et pourquoi s’arrêter aux Palestiniennes ? Après tout, les "Indigènes", les femmes issues de l’immigration en France vivent-elles dans le même espace temps que les "blanches" ?

Peuvent-elles se comprendre, toute discussion commune n’est-elle pas une ingérence d’un côté, une trahison de l’autre ?

Les Indigènes ont déjà commencé à présenter les choses de cette manière dans les luttes : certes, les dirigeantes comme Houria Bouteldja n’hésitent pas à s’allier avec les mouvements féministes post modernes les plus radicaux, et s’offrent le soutien d’intellectuelles comme Christine Delphy, mais pour mieux acter la séparation : il n’est pas question de revendications et d’approches communes, mais au contraire d’alliance au sommet, tandis qu’à la base, les unes défendront leur sexualité post genrée et les autres leur droit à porter le voile.

Chacun son pré-carré et les vaches à lait seront bien gardées.

Mais arabe ou pas, Houria Bouteldja est juste le produit de la classe moyenne de culture française, dont elle partage le statut social et le glissement global vers des valeurs réactionnaires, différentialistes et racistes.

Travailler avec les Indigènes de la République, pour une féministe, c’est la même chose que travailler avec n’importe quel groupe religieux ou politique opposé à l’avortement.

http://luftmenschen.over-blog.com/artic ... b_sharebar
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Re: PIR : autopsie d'une dérive

Messagede bipbip » 16 Juil 2017, 13:20

Le PIR comprend-t-il Fanon ?

Moment surréaliste dans cette réunion autour du livre de H. Bouteldja. Une intervenante entend montrer que ceux qui disent que Bouteldja n'a pas compris Fanon n'ont eux-mêmes pas compris Fanon. Mais c'est alors que la phrase citée, qui devrait normalement ne faire aucun doute, suscite l'embarras : "je ne comprends pas cette phrase", déclare Bouteldja. S'ensuit alors un débat sur le sens à donner au propos de Fanon. Belle pirouette finale, qui raccorde avec le double jeu constant du PIR : mais voyons, nous ne culpabilisons personne ! Les citations en fin de vidéo permettront de prouver le contraire, et de montrer que l'on peut bel et bien utiliser Fanon contre le PIR


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Re: PIR : autopsie d'une dérive

Messagede bipbip » 23 Aoû 2017, 14:15

Bouteldja, « une sœur » qui vous veut du bien

J’ai écrit la majeure partie de ce texte il y a un an à la sortie du livre d’Houria Bouteldja Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire. Je n’ai pas souhaité le rendre public pour ne pas servir la stratégie promotionnelle de son auteure : plus on en parle, plus elle existe médiatiquement. Ce qui me décide aujourd’hui à le faire, c’est la publication dans Le Monde (19 juin 2017) d’une tribune en soutien à Houria Bouteldja signée par vingt intellectuel.le.s qui saluent « son courage d’évoquer le combat quotidien des femmes racisées et la lutte des féministes décoloniales » et son « refus résolu et pour jamais de verser dans l’essentialisme de l’homme indigène ». C’est justement tout le contraire que fait Houria Bouteldja dans son livre, en particulier dans le chapitre Nous les femmes indigènes. Pourtant, une critique féministe proposée par Mélusine dans un texte lumineux intitulé « Bouteldja, ses "sœurs" et nous » l’a déjà très bien démontré. Largement relayé et approuvé sur les réseaux sociaux, ce texte n’a pu leur échapper. Pourquoi les critiques de femmes racisées, comme celles de Mélusine, ont-elles été volontairement occultées ? En insinuant qu’Houria Bouteldja est féministe, cette tribune est une offense à toutes les femmes racisées qui luttent au quotidien contre les violences sexistes. C’est pour cette raison que j’ai souhaité partager mes notes de lecture critiques du chapitre Nous les femmes indigènes, pour rappeler que le projet de Bouteldja pour « ses sœurs » est sexiste et d’une violence inouïe et que, dans son livre, les hommes « indigènes » [1] sont essentialisés, leur subjectivité et leur complexité sont complètement annihilées.

Glorification d’un rite patriarcal de protection de la virginité

Houria Bouteldja introduit le chapitre Nous les femmes indigènes en exhibant les marques laissées sur sa cuisse par un « rite patriarcal » pour nous dire que son corps ne lui appartient pas. Elle se livre à une description, empreinte d’orientalisme, d’un rituel de protection de la virginité, le r’bit [2], dont le sens est de « fermer » les femmes à tout rapport sexuel avant le mariage. C’est l’adjectif fermé dans deux variantes, marbouta et m’sakra en dialecte algérien, qui est employé pour qualifier les femmes qui l’ont subi.

Le r’bit est pratiqué, dans certaines régions rurales d’Algérie, sur des fillettes de quatre ou cinq ans avant qu’elles ne soient scolarisées, par une femme âgée de la famille à la demande de la mère. Le rituel que décrit Houria Bouteldja, bien que de moins en moins répandu pour des raisons de croyances religieuses, est pratiqué dans l’est algérien. Il consiste à faire des scarifications sur la cuisse de la fillette avec une lame de rasoir en lui demandant de répéter une phrase rituelle symbolisant « sa fermeture » [3]. Les scarifications sont ensuite séchées avec du khôl ou à l’encre de tatouage, elle en garde une marque à vie. Plus tard, avant sa nuit de noce, la femme se soumet de nouveau à ce rituel en présence de sa mère et prononce la phrase rituelle pour la « dénouer » [4]. Le fait qu’une femme soit marbouta se sait dans l’entourage notamment pour dissuader les hommes de l’approcher. C’est parce que les femmes algériennes en parlent entre elles que j’ai su personnellement de quoi il s’agissait.

Mais, des discussions entre femmes que j’ai pu entendre à ce sujet en Algérie, parmi elles des mères, des grands-mères et des voisines âgées, je retiens l’expression d’une condamnation sans concession du r’bit qu’elles assimilent à un sortilège et à une pratique non musulmane. Elles évoquent le destin tragique de plusieurs femmes pour lesquelles l’interdiction d’avoir des relations sexuelles avant le mariage s’est muée en impossibilité à avoir des relations sexuelles y compris après le mariage. Elles maudissent les mères qui ont infligé une telle souffrance à leurs filles. Ce que j’entends sans équivoque dans leurs propos c’est le caractère traumatisant de ce rituel à l’origine de troubles psychiques du comportement sexuel, en l’occurrence le vaginisme [5].

Quand des vieilles femmes algériennes dont le vécu est à cent mille lieues des « féministes blanches » condamnent fermement ce rituel, Houria Bouteldja le magnifie. Surtout, elle le réinterprète, comme ça l’arrange, pour illustrer son refus « d’endosser un mot d’ordre conçu par et pour des féministes blanches », entendez la liberté à disposer de son corps. La cicatrice serait là pour attester que son corps ne lui appartient pas. Il appartient à ses parents, ses grands-parents, ses ancêtres, sa descendance éventuelle : « c’est un rite patriarcal qui s’empare de ton corps, qui l’enchaîne à la lignée des ancêtres ». Or, le r’bit est un rituel patriarcal de protection de la virginité et non un rituel initiatique ou d’affiliation comme le présente Houria Bouteldja. Après le mariage, la femme appartient à son mari et elle sort de sa famille. En suivant la logique d’Houria Bouteldja si son corps devait appartenir à quelqu’un, c’est à son mari. Elle cite sa grand-mère ou sa mère et c’est on ne peut plus clair : « Lorsque tu te marieras, in cha Allah, tu diras : Ana khitt ou oueld ennass hitt (je suis un fil et le fils des gens un mur). Alors tu seras à ton mari ».

« Le sang a séché. La cicatrice est indélébile. J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à mon quartier, à l’islam, à l’Algérie ». Voilà où voulait en venir Houria Bouteldja par l’instrumentalisation honteuse de ce rituel de protection de la virginité : faire de sa cicatrice une estampille « Indigène de la République ». Elle refuse ainsi la liberté à disposer de son corps et prône l’aliénation au profit de la famille et du quartier.

Contre les mariages dits « mixtes »

La perspective décoloniale d’Houria Bouteldja, ne s’arrête pas là, elle est aussi matrimoniale. Inutile de songer une seconde à la liberté de choix de son conjoint. La seule alternative : se marier avec « un indigène », « car enfin nous ne sommes pas des corps disponibles à la consommation masculine blanche ». Si certaines seraient tout de même tentées par l’aventure avec un « blanc », elle les met en garde : qu’adviendra-t-il lorsqu’elles se feront larguer, elles subiront l’opprobre et la précarité ? Pour les en convaincre, elle agite le spectre du déshonneur. Le choix d’un « blanc » : « un envoutement qui leur a coûté une bagatelle : la rupture familiale, la stigmatisation de leur mère coupable de les avoir "mal éduquées", la honte qui a rejailli sur tous mais aussi la culpabilisation, et en prime, la mauvaise réputation... ».

Édifiant ! Houria Bouteldja nous sert exactement la même vision de la famille maghrébine archaïque où les femmes sont opprimées qu’elle reproche aux intervenants sociaux des années 1970, à la production télévisuelle des années 1980, aux Ni putes ni Soumises et à cette France qui « a déclaré la guerre à ses parents ». Elle nous dit ô combien la famille maghrébine est « détestable » [6]. Allez comprendre !

La malhonnêteté consiste bien entendu à taire les situations, tout aussi communes, de femmes « indigènes » plaquées par des hommes « indigènes », et qui se retrouvent également isolées et en grande galère - comme si l’allégeance communautaire était un gage de solidarité à toute épreuve. Elle passe aussi sous silence, les situations « des sœurs » ayant fait le choix de vivre avec « un blanc », et qui ont dépassé les conflits familiaux, avec le temps, par la force des liens affectifs, dont le couple dure et qui ont fondé à leur tour une famille. Sans compter les « petites sœurs » pour lesquelles le choix de vivre ou pas avec « un blanc » n’est plus une question, etc.

Gays « indigènes » out : « héros à deux balles »

La violence des propos de Bouteldja à l’encontre de toutes celles et ceux qui n’ont pas fait le choix de l’allégeance communautaire ne se limite pas qu’aux femmes « indigènes ». Les gays « indigènes » qui font leur coming out et donnent l’occasion aux « Blancs » de s’extasier, « ces héros à deux balles », n’y échappent pas. Pour Houria Bouteldja, l’homosexuel « indigène » se doit d’être un gay discret, de vivre caché et de mettre en œuvre toutes les stratégies pour qu’il en demeure ainsi. Aspirer à vivre librement et au grand jour son homosexualité ne peut être, encore une fois, qu’une idée proposée par les « Blancs ». Quant aux lesbiennes « indigènes », inutile d’en parler, elles sont invisibles dans le « Nous femmes indigènes » de Bouteldja [7].

L’émancipation par l’étouffement

Face à la domination masculine et aux violences sexistes, Bouteldja nous demande « d’étouffer » patiemment. « Ce n’est pas en nous en prenant aux symptômes de la violence masculine à notre égard que nous allons transformer notre réalité mais en nous attaquant aux structures. Dans cette lutte notre mobilisation en tant que femmes non blanches sera décisive. Mais me diriez-vous, c’est bien beau tout ça, mais pendant ce temps, on étouffe. Oui ». Elle rajoute un peu loin : « si un féminisme assumé devait voir le jour, il ne pourrait prendre que les voies sinueuses et escarpées d’un mouvement paradoxal qui passera obligatoirement par une allégeance communautaire. Du moins aussi longtemps que le racisme existera ».

Quand on sait, comme elle le considère elle-même, que le racisme est structurel autant dire qu’avec le projet de Bouteldja l’asphyxie est assurée pour des générations et des générations de femmes « indigènes ». Sauf qu’une femme meurt tous les trois jours, en France, sous les coups de son conjoint, et parmi elles « des sœurs » puisque ce phénomène existe, ni plus ni moins, dans tous les milieux sociaux. Que veut Houria Bouteldja ? Que « ses sœurs », qui se débattent pour se sortir du cercle infernal des violences conjugales, ne viennent alourdir les statistiques en attendant le Grand soir du renversement de l’ordre colonial par les Indigènes de la République ?

Que dis-je ! La lutte contre les violences sexistes de Bouteldja en voici la voie, elle repose sur des spéculations divinatoires et les hommes « indigènes » deviennent tout à coup des « rats de laboratoire » : « il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche, la canaliser, en neutraliser la violence contre nous pour l’orienter vers un projet de libération commune ». Mais quel est le mode opératoire précisément ? Compte-t-elle, Houria Bouteldja, les disséquer un par un au scalpel ?

L’homme « indigène » machiste et homophobe

Dans le Nous femmes indigènes, les hommes « indigènes » sont omniprésents, en particulier le garçon arabe, quand Houria Bouteldja puise dans sa trajectoire personnelle. Une nouvelle fois, il est écrasé, dominé par la généralisation du regard qu’elle porte sur son père et son frère : « mon frère a honte de son père. Mon père a honte de son fils. Aucun des deux n’est debout. Je ramasse leur virilité déchue, … », essentialisé, comme l’a fait avant elle Fadéla Amara du temps des Ni putes, ni soumises.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Fadéla Amara et Houria Bouteldja, en tant que figures politiques, portent le même regard sur la réalité masculine des quartiers populaires : l’homme « indigène » est machiste et homophobe bien plus que la moyenne. Mais, quand l’une invoque la famille, la culture, la religion musulmane pour expliquer ce supplément de sexisme et d’homophobie, l’autre invoque une oppression dévorante et castratrice. Là où l’une en fait un motif de répression et de stigmatisation, l’autre en fait un motif de flatterie dans une logique de mobilisation identitaire et de recrutement militant. Là où l’une propose comme remède miracle, la République et ses valeurs, l’autre rêve de la Révolution décoloniale avec « les lascars de quartiers » comme sujets révolutionnaires et elle en stratège de la révolution, cela va sans dire !

L’égalitarisme des hommes, un privilège blanc

L’homme « indigène » qui entend s’inscrire dans des rapports plus égalitaires, moins dominateurs avec les femmes se prend également une bonne salve. Par nature sexiste, il ne peut se réformer que sous l’injonction des « Blancs » : il « enfile son masque blanc ». Houria Bouteldja lui enlève tout libre arbitre, toute capacité à être, penser et agir en autonomie. « Ils sont laids parce qu’ils n’abdiquent leur virilité que pour plaire aux blancs. Parce que nous subissons leur violence. Ils abdiquent devant le pouvoir. Quand ils convoitent une femme blanche, ils sont chevaleresques, prévenants, romantiques. Des qualités insoupçonnables dans l’intimité de nos HLM. J’en viens à préférer les bons gros machos qui s’assument ».

Le romantisme serait donc l’apanage des « Blancs ». Les hommes « indigènes » qui ont déployé tant de créativité et d’imagination pour séduire des femmes « indigènes » et vivre leurs amours dans « l’intimité des HLM » apprécieront et les femmes en question aussi. Qu’advient-il de toute cette beauté dans l’analyse de Bouteldja ?

Le projet le plus abouti d’Houria Bouteldja apparaît en filigrane dans cette citation où elle noue l’alliance « aux bons gros machos » alors autant les flatter. Dans le PIR de ses fantasmes, elle se voit à la tête de ces « masses indigènes » masculines, supposées sexistes, virilistes et homophobes.

Mais ce que semble avoir oublié Houria Bouteldja c’est que nous « femmes indigènes » les connaissons et côtoyons, les hommes « indigènes » : ils sont nos frères, nos conjoints, nos cousins, nos amis, nos voisins et nous savons faire la part des choses. Nous sommes bien placées pour mesurer l’expérience du sexisme à leurs côtés mais leur réalité est hétérogène, complexe, comme peut l’être toute réalité humaine. Niant cette complexité, elle les déshumanise. « Sœurs » employé pour créer une proximité factice ne suffira pas à nous berner au point de la laisser essentialiser, infantiliser et mépriser « nos frères » sans sourciller.

Il y a une telle contradiction à prétendre déconstruire l’imaginaire colonial méprisant et condescendant tout en reconstruisant un autre imaginaire qui l’est tout autant.

Chair à canon, hors de question !

Houria Bouteldja pense « ses sœurs » dénuées de tout matériel de réflexion intellectuelle et d’expérience, et assez manipulables pour adhérer à son projet dont les orientations méritent ici d’être à nouveau rappelées à l’attention toute particulière des vingt intellectuel-le-s signataires de la tribune parue dans Le Monde - spéciale dédicace à Christine Delphy (sociologue et militante féministe) - pour exposer au grand jour le niveau de compromission intellectuelle qu’ils/elles sont prêts à consentir pour couvrir Houria Bouteldja :
- Refuser la liberté à disposer de son corps, un mot d’ordre pour des féministes blanches, or personne n’ignore qu’elle conditionne bien d’autres libertés et droits car c’est en son nom que des femmes s’arrogent le droit de refuser toute forme de violence commise sur leur personne, d’avorter, de porter un foulard ou un burkini sur une plage ;
- Préférer l’aliénation au profit de la famille et du quartier ;
- Restreindre la liberté de choix de son conjoint à « l’intra-communautaire » ;
- Se sacrifier et accepter les violences sexistes, au nom de l’émancipation collective, même si elles portent atteinte à l’intégrité physique et morale.

Houria Bouteldja entend donc nous émanciper en se servant de nous comme de la chair à canon. Mais est-elle prête à consentir aux sacrifices qu’elle demande à « ses sœurs » ?

Un post publié sur son compte facebook, le 10 avril 2017, donne quelques éléments de réponse. Réagissant à une tribune libre publiée sur le site Quartiers Libres, Houria Bouteldja affirme : « Pour ma part, je sais à peu près qui je suis : pas leur fantasme. Je ne fume pas de techi, je n’habite plus dans un quartier et je ne cherche pas à y habiter, mes parents m’ont élevée pour échapper à ma condition pas pour m’y complaire, je n’ai aucun romantisme quartieriste ».

Le masque de « l’indigène de la république » tombe. Plus question dans "ces paroles d’honneur" que son corps appartienne à son quartier plutôt qu’à elle-même et quel mépris pour les quartiers populaires et tous ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’y vivre, un comble pour quelqu’un qui passe son temps à revendiquer au nom des quartiers. Faites ce que je dis « sœurs » mais pas ce que je fais !

Heureusement, d’autres alternatives proposées par des femmes racisées s’offrent à nous, elles apparaissent nettement plus prometteuses et ancrées dans nos réalités.

Féministes et antiracistes

Mélusine, dans son texte intitulé « Bouteldja, ses "sœurs" et nous » en propose une : « ni allégeance communautaire, ni chevaliers blancs ». Toute l’arnaque du projet décolonial de Bouteldja pour « ses sœurs » est mise à nue dans ce texte très bien accueilli sur les réseaux sociaux par des femmes racisées. C’est probablement pour cette raison qu’il a été occulté par les signataires de la tribune parue dans Le Monde. Ces intellectuel-le-s « blancs » en quête de bonne conscience sont visiblement plus prompts à prendre en pitié Houria Bouteldja qui révèle, dans son livre, avoir eu si honte de ses parents et qui se présente en victime persécutée par les médias - alors qu’il s’agit d’un plan de communication bien rodé pour faire exister son parti [8], - plutôt que de considérer les réflexions critiques de femmes racisées qui s’imposent en tant que sujet pensant. Cette tribune suinte le paternalisme [9].

S’inscrire dans des combats politiques antiracistes, sans se sacrifier ou renoncer à leurs droits et libertés fondamentales, a été possible pour plusieurs générations de militantes. Les exemples de femmes issues des quartiers populaires, descendantes d’immigrés ayant pris part à des luttes politiques emblématiques pour l’égalité, contre le racisme, contre les violences policières, contre l’exclusion des femmes voilées … et qui n’ont pas transigé avec ce principe, se frayant leurs propres voies vers l’émancipation, sont nombreux, qu’elles se revendiquent féministes ou pas. Elles n’ont attendu ni Fadéla, ni Houria, ni leurs parrains et leurs marraines (comme les vingt signataires de cette tribune) pour le faire et se sont toujours méfié des prêcheuses qui exploitent leur condition à des fins d’auto-promotion et de buzz médiatique.

Depuis la troupe de théâtre la Kahina, les associations de femmes dans les quartiers, jusqu’aux nombreuses jeunes féministes racisées d’aujourd’hui très actives sur les réseaux sociaux, elles créent, luttent au quotidien, s’entraident, prennent position, militent dans des collectifs, etc. Elles ont toujours réinventé le féminisme pour le mettre en phase avec leurs préoccupations, leur condition et leurs aspirations. Les voies qu’elles ont choisi, empruntent des chemins diamétralement opposés à l’allégeance et l’abnégation, elles ont en commun combativité, solidarité, créativité et se situent, pour certaines, à la croisée des oppressions de race, de genre, de classe et parfois d’orientation sexuelle pour mieux en révéler la singularité et les combattre. Sans mots d’ordre grandiloquents et caricaturaux comme « loyauté », « allégeance communautaire », « appartenance au clan », elles savent aussi être solidaires autant qu’il faut l’être des pères, des mères et des frères en butte à l’islamophobie, aux violences policières et à toutes les autres formes d’oppression raciste.

Lala Mliha

P.S.
Ce texte a été publié le 10 juillet 2017 sur le blog de Lala Mliha https://blogs.mediapart.fr/lala-mliha-2 ... ut-du-bien.


[1] Je tiens à préciser que je vais reprendre dans ce texte la catégorie « indigènes » (femmes « indigènes », hommes « indigènes ») uniquement pour la résonance avec le propos du livre. Je n’adhère pas à cette catégorisation sociale des personnes issues de l’immigration post-coloniale, immigrés ou leurs descendants.

[2] Fermeture.

[3] Ana hitt ou oueld ennass khitt, traduction : Je suis un mur et le fils des gens un fil.

[4] Ana khitt ou oueld ennass hitt, je suis un fil et le fils des gens un mur.

[5] Le vaginisme se caractérise par des contractions douloureuses des muscles du vagin au moment de la pénétration lors d’un rapport sexuel.

[6] Cf. pages 72-76 du livre Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire.

[7] Voir à ce sujet le texte « Les gouines of color sont-elles des indigènes comme les autres ? » http://www.vacarme.org/article2776.html par Malika Amaouche, paru dans la revue Vacarme n°72, été 2015.

[8] Sur l’investissement du champ médiatique par le Parti des indigènes de la république, voir l’article de Abdellali Hajjat intitulé « Nouvelles figures et mutation des luttes de l’immigration » paru dans Histoire politique des immigrations (post)coloniales, France 1920-2008.

[9] Il est écrit dans cette tribune : « Elle exprime avec pudeur son sentiment d’humiliation devant ses parents qui "faisaient trop pauvres, trop immigrés" ; notre honte est que cette honte soit possible ». Le champ lexical pour parler d’Houria Bouteldja et de son livre est éloquent, elle apparaît comme un être en grande souffrance : « Houria Bouteldja évoque ses propres déchirements », « c’est un appel criant à quitter nos entre-soi », « dans son livre important, complexe et tiraillé »...


https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1469

- télécharger la brochure mise en page : Bouteldja, « une sœur » qui vous veut du bien (cahier) - PDF (193 ko) - Brochure de 12 pages A5
https://infokiosques.net/IMG/pdf/boutel ... cahier.pdf
- télécharger la brochure mise en page : Bouteldja, « une sœur » qui vous veut du bien (page par page) - PDF (578.4 ko) - 12 pages A5
https://infokiosques.net/IMG/pdf/boutel ... arpage.pdf
- version papier diffusée par Tout mais pas l’indifférence (nulle part)
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