Le SNES englué dans le « dialogue social »

Le SNES englué dans le « dialogue social »

Messagede Pïérô » 27 Avr 2012, 11:38

Un texte d'un membre d'Émancipation, une tendance intersyndicale http://www.emancipation.fr/, et qu'il a annoncé publiable.

Le SNES englué dans le « dialogue social »

Le congrès national du SNES s’est tenu du 2 au 6 avril à Reims. Avec environ 60000 syndiqués (contre 90000 il y a une vingtaine d’années), le plus gros syndicat de la FSU n’est plus aussi représentatif du second degré qu’il l’a été autrefois..
Le bilan de ces dernières années de sarkozysme est une vraie catastrophe : des dizaines de milliers de postes supprimés. Avec le tri social, la pénurie et même la perte de sens, collèges et lycées sont de plus en plus souvent des lieux de souffrance pour les élèves comme pour les enseignantEs.


Malgré un bilan désastreux, le SNES persiste et signe

Le syndicat n’a pas pu ou voulu vraiment empêcher des attaques gouvernementales qu’on ne peut même pas qualifier de contre-réformes : destruction du système de retraites, destruction de la formation des enseignantEs, évaluation managériale, abolition de la carte scolaire …
Le SNES continue de prôner une diversification à outrance de l’enseignement secondaire en prétendant que cela aide à la démocratisation alors qu’à l’évidence, c’est par cette « diversification » que se fait le tri social.
Le SNES porte une responsabilité énorme dans la liquidation des IUFM (Instituts Universitaires de Formations des Maîtres) et le fait que les nouveaux titulaires font des services complets sans aucune formation. Le SNES continue de s’accrocher à la « mastérisation » rejetée unanimement par toutes les Assemblées Générales de stagiaires et de formateurs. Il prône de fait une formation à BAC + 7, ce qui va profondément modifier la classe sociale d’origine des enseignants. Premier effet de cette mastérisation, une crise profonde de recrutement et une nouvelle explosion de la précarité.
Le SNES a toujours été profondément hostile à toute titularisation de personnels précaires sans concours et il ne change pas alors qu’une nouvelle catégorie de précaires est un plein développement dans les vies scolaires.
Sur la laïcité, il y a une très légère évolution : le SNES « déplore » le dualisme scolaire, mais il n’est pas question pour lui de s’attaquer à l’enseignement privé.


New Deal et rapprochement avec la CGT

Le SNES, comme la FSU prétend être porteur « d’alternative ». Alternative à quoi ? La « lutte des classes » n’est présente dans aucun texte. Les très rares fois où le mot « capitalisme » est cité, c’est immédiatement « capitalisme financiarisé ». Pour eux le capitalisme, c’est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais. Leur alternative, c’est un New Deal où les grands travaux de Roosevelt seraient remplacés par les services publics. Politiquement, le vote Mélenchon était hégémonique dans le congrès, ce qui est un « progrès » : il y a 5 ans, ça hésitait entre Royal et Bayrou.
La préoccupation essentielle de l’appareil du SNES, c’est la représentativité, la reconnaissance institutionnelle et ce qui va avec : les décharges syndicales. La FSU n’a pas voulu ou su s’opposer au « vote électronique » qui a provoqué une abstention massive aux dernières élections professionnelles. Du coup, la FSU n’est plus la première fédération de la fonction publique (c’est FO). Cette situation renforce la raison d’être du syndicat : participer au dialogue social, signer tout ce qui peut l’être et en tout cas siéger dans tous les lieux de pseudo concertation. C’est pour des questions de représentativité que les directions du SNES et de la FSU songent à un rapprochement (voire une fusion) avec la CGT. La direction de la confédération est sur la même ligne qu’elles de non-généralisation des luttes et la CGT apparaît moins comme un syndicat de classe. Rien ne prouve que ce rapprochement aboutira : le SNES s’est construit sur des bases hyper corporatistes et une partie de la base ne suivra pas.
Au niveau international, SNES et FSU font le forcing pour être admis à la CES (Confédération Européenne des Syndicats) et à la CSI (Confédération Syndicale Internationales) qui sont des officines de collaboration de classe. Ils affirment tranquillement que la CES soutient le peuple grec ! La direction du SNES a invité un « syndicaliste » israélien (de la Histadrout) au congrès.
Et l’action ? Quelle action ? Le SNES pratique depuis des années les grèves rituelles de 24 h et l’unité d’action à tout prix avec les syndicats les plus droitiers. Il n’y a pas de raison que ça change. Il y a toujours la même allergie aux Assemblées Générales et à l’autoorganisation.


Les tendances

Parmi les tendances minoritaires, PRSI (= les lambertistes) n’est plus une tendance d’opposition. Ils votent toujours pour la direction avec parfois de vagues amendements.
L’Ecole Emancipée (qui ne correspond plus politiquement au NPA actuel) a le cul entre deux chaises. Il leur arrive de proposer des amendements intéressants (sur le vote des étrangers à toutes les élections ou la sortie du nucléaire) mais globalement ils accompagnent la direction syndicale sur le corporatisme, l’élitisme ou le refus des luttes.
Seule Emancipation propose sur tous les sujets une autre orientation. Avec des résultats intéressants dans ce congrès où systématiquement les motions d’Emancipation ont été reprises par plusieurs délégations.


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Re: Le SNES englué dans le « dialogue social »

Messagede bipbip » 03 Mar 2018, 13:43

Congrès du SNES

Avant le congrès du SNES qui aura lieu du 26 au 30 mars, les adhérentEs devront se prononcer sur le Rapport d’Activité présenté par la direction. Nous publions ci-dessous la réponse d’Émancipation tendance intersyndicale.

Une stratégie perdante avec laquelle il faut rompre

Après avoir laissé passer la réforme des obligations de service, accepté l’accord PPCR et les nouvelles modalités d’évaluation des enseignantEs, après avoir mollement combattu la réforme du collège, laissé s’installer la sélection à l’entrée de l’université, il ne peut être question de laisser passer le projet de réforme du Bac et du lycée.

La longue mobilisation contre la loi Travail a vu l’émergence de nouvelles formes de lutte avec les Nuits Debout, où le SNES a refusé de s’investir. Depuis, les attaques de la présidence Macron se sont multipliées avec une gravité accrue. Parallèlement la politique fiscale est encore plus favorable aux riches, l’état d’urgence est passé dans le droit commun. La chasse aux migrantEs, la répression du délit de solidarité, s’intensifient.

Arrêtons les journées d’action éparpillées

Dans un contexte de mécontentement croissant, le SNES s’est enfermé dans une stratégie perdante de “dialogue social” sur des régressions déjà décidées, et de grèves de 24h sans suite. Ainsi les grèves et manifestations du 12 septembre et du 10 octobre ont été suivies, mais n’ont pas abouti à une dynamique de lutte susceptible de gagner. L’action du SNES et de la FSU dans le second degré et la Fonction publique y ont leur part de responsabilité. Ainsi, l’annonce dès le 29 août d’une journée d’action spécifiquement Fonction publique le 10 octobre n’était pas de nature à favoriser la convergence des mobilisations public-privé que la situation imposait, d’autant moins que la suite du 10 octobre n’est pas envisagée avant mars 2018 !

NON, le bilan du SNES n’est pas positif !

Pour se justifier le SNES s’abrite derrière l’absence ou les difficultés de l’unité syndicale. Il privilégie l’alliance avec les organisations syndicales inféodées au pouvoir notamment dans l’intersyndicale Fonction Publique. Il refuse l’organisation partout d’AG de grévistes pour pallier les carences du cadre intersyndical et décider démocratiquement des suites. La direction du SNES a constamment refusé la logique du “On bloque tout” dans laquelle elle aurait pu rejoindre Solidaires, Sud Éducation, une partie de la CGT et de FO. La direction nationale rechigne à dénoncer les violences policières qui ont frappé les jeunes et les manifestantEs, préférant pointer la responsabilité d’une minorité provoquant des incidents.

Contre la réforme du collège, le mot d’ordre de “résistance pédagogique” en septembre 2016 a été reçu comme un signal d’arrêt des luttes. Il continue de justifier la signature de l’accord PPCR et prétend pouvoir l’améliorer, alors que bon nombre de collègues n’y gagnent rien, ni en salaire ni en progression de carrière, et qu’au contraire, le mérite, l’opacité, prévalent dans le nouveau système dévaluation/ promotion. Contre la précarité dont la croissance n’a jamais été durablement entravée par un quelconque plan de titularisation, il refuse de militer pour la titularisation immédiate de touTEs, pour un statut concernant les AED.

Retrait des projets sur le lycée

Aujourd’hui, la priorité c’est la lutte contre la réforme annoncée du lycée. Contre le lycée modulaire, qui organise la pré-sélection des jeunes dès la seconde en cohérence avec la remise en cause du Bac, l’orientation et les “attendus” demandés à l’entrée à l’université.

Bien évidemment la mobilisation et la grève ne se décrètent pas, mais elles se préparent. Cela passe par la production d’un matériel de campagne (tracts, affiches) adéquat, portant des revendications claires et offensives, et notamment le retrait des projets issus de la commission Mathiot.

C’est pourquoi nous vous appelons à voter CONTRE le rapport d’activité (et le rapport financier qui en est la conséquence) et à rejoindre Émancipation, pour un changement d’orientation du SNES.

Émancipation tendance intersyndicale


http://www.emancipation.fr/spip.php?article1730
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