Résister à la psychiatrie, antipsychiatrie

Re: Résister à la psychiatrie, antipsychiatrie

Messagede marsel » 05 Oct 2014, 14:56

Sans Remède a un nouveau site et un nouveau numéro

http://sansremede.fr/
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Re: Résister à la psychiatrie, antipsychiatrie

Messagede Pïérô » 15 Déc 2014, 02:15

Nantes, mercredi 17 décembre

Psychiatrie et anti-psychiatrie.

Son histoire, ses institutions, la vie quotiidenne à l'H-P, les différentes maladies, les droits des psychiatrisés

à 19h, B17, 17 bd paul bellamy, 2 ème cour à gauche, au-dessus de l'atelier
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Résister à la psychiatrie, antipsychiatrie

Messagede bipbip » 24 Jan 2016, 16:58

Caen, 2 rdv de critique de la psychiatrie et du monde qui va avec…


Le mardi 26 janvier à 17h, campus 1 (université de Caen) – salle du conseil – bâtiment B :

Dans le cadre du Séminaire Pratiques et Pensées de l’Émancipation

« Système psychiatrique : aliénations, résistances et perspectives d’émancipation »

Avec Philippe Artières (historien) et le collectif Sans Remède

plus d’infos : http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/ppe/3816



Le mercredi 27 janvier à 18h30 au local apache, 35 bvd poincaré (Avec auberge espagnole : possibilité de ramener à boire et/ou manger) :

Causerie avec pour question de départ : les psychiatrisé·e·s doivent-elles/ils se passer des soignant·e·s pour leur émancipation ?

En présence des collectifs médecine libertaire et sans Remède

Les deux lieux sont accessibles aux fauteuils roulants

http://sous-la-cendre.info/4257/2-rdv-d ... ui-va-avec
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Re: Résister à la psychiatrie, antipsychiatrie

Messagede Pïérô » 18 Fév 2018, 16:19

Une (petite) histoire de la Psychothérapie Institutionnelle de Saint-Alban-sur-Limagnole à La Borde

A l’occasion de la sortie du livre « Jouer à La Borde - Théâtre en Psychiatrie » d’Henri Cachia, publié aux éditions libertaires, voici une présentation historique du mouvement pour une psychothérapie institutionnelle.

Dans le livre « Jouer à La Borde-Théâtre en Psychiatrie » d’Henri Cachia, publié aux éditions libertaires, on peut lire sur la quatrième de couverture : « La Psychothérapie Institutionnelle... Bien sûr, La Borde ! Îlot de résistance né en 1953, au beau milieu des structures concentrationnaires habituelles... ».
L’auteur, comédien, y a séjourné pendant quatre mois et participé au spectacle du 15 août, événement majeur de la vie labordienne, en 2007. Il raconte ses relations avec les autres pensionnaires, en nous faisant circuler à l’intérieur de ce lieu devenu mythique. Il nous dit avoir constaté la libre circulation des pensionnaires à l’intérieur de cette vaste propriété de la clinique de La Borde, et l’absence de hiérarchie rigide dans les rapports entre soignants et soignés, l’importance donnée à la vie quotidienne, parsemée de nombreuses réunions où chacun s’exprime, la parole circulant librement quelle qu’elle soit.
Il se rend également aux séminaires hebdomadaires de Jean Oury, le fondateur de cet hôpital psychiatrique hors norme. Lors de ces séances inoubliables, le docteur Jean Oury racontait, entre autres, la naissance de ce qui bouleversera le monde de la psychiatrie moderne, à savoir ce que Georges Daumézon nommera pour la première fois la Psychothérapie Institutionnelle.

Quand François Tosquelles arrive en France, il a déjà bien bourlingué tant au niveau politique que dans le domaine de la psychiatrie.
Membre du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) non affilié à la Troisième Internationale, il avait déjà travaillé à la transformation de la pratique psychiatrique en Catalogne espagnole avant et pendant la guerre civile. Menacé, comme tous les républicains révolutionnaires, par le régime de Franco, il se réfugie en France, en septembre 1939 dans l’hôpital de fortune du camp de concentration de Septfonds (Tarn-et-Garonne), où étaient retenus des réfugiés espagnols après la victoire de Franco en Espagne.
Il est ensuite accueilli à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère le 6 janvier 1940 avec dans ses bagages, les écrits d’Hermann Simon où l’on trouve la thèse « qu’il faut d’abord soigner l’hôpital pour pouvoir soigner des patients" (lutte contre l’aliénation sociale), et la thèse de Jacques Lacan « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité ».
Un peu plus tard, il utilisera aussi ces deux thèses en vue d’organiser la formation des soignants. Il participe alors à la transformation de Saint-Alban et aux activités des maquis de la Résistance de la région, et fonde en 1942 la Société du Gévaudan, composée des psychiatres François Tosquelles et Lucien Bonnafé, mais aussi d’infirmiers*1, les médecins-réfugiés de passage, ainsi que des résistants et des résistantes. L’idée étant de critiquer tout ce qui n’était pas acceptable dans la vie de l’hôpital.
Les diplômes*2 espagnols de François Tosquelles n’étant pas reconnus en France, c’est le docteur Lucien Bonnafé, communiste, qui dirige alors cet asile de Saint-Alban. Une amitié solide et sincère unira les deux hommes, qui ne cesseront de travailler ensemble main dans la main, jusqu’à la fin de leurs vies. Pourtant, de ces deux personnalités opposées en apparence, on aurait pu douter de la fécondité de leur rencontre. L’un, communiste stalinien (ne pas oublier le contexte historique), l’autre anar catalan, persécuté par les staliniens espagnols. Mais laissons leur la parole :

« Un malade va d’un espace à l’autre, il ne peut pas rester à l’arrêt, l’important, c’est son trajet. L’important est de le libérer de l’oppression : le droit au vagabondage, c’est le premier droit du malade »

« La Société du Gévaudan produit, produit et produit, et, à ce moment-là, il est impossible de dire qui est le fait de quoi et le fait de qui, tellement la réalité du travail collégial à Saint-Alban a été profonde. Vraiment, le producteur, c’est la Société du Gévaudan. »

« Pour préparer les lendemains qui chantent, on parlait alors psychiatrie, on révisait les concepts de base et les types d’action possibles. On analysait l’hôpital psychiatrique, et on disait, entre blague et sérieux, que l’hôpital, c’était un marquisat, le territoire d’un marquis. La structure du médecin-chef était celle du châtelain, avec les classes sociales étagées, les infirmiers, les malades… »

« Une institution, c’est un lieu d’échanges, c’est un lieu où le commerce, c’est-à-dire les échanges, devient possible. Donc le problème pour moi, à Saint-Alban, était simplement de faire que dans l’hôpital soit possible qu’il existe des institutions : d’où l’accent qu’on a mis sur le club*3 comme un appareil qui permettait de faire éclater l’établissement classique et de faciliter qu’il survienne à sa place un ensemble de lieux institutionnels. »

« L’action du psychothérapeute n’est pas celle de faire le pape, mais de tendre des ponts. Parce que la caractéristique du malade - mais aussi de celui qui est bien - est d’être sur une berge, puis sur une autre, mais d’oublier le pont. »

« Rien ne va jamais de soi. Le travail n’est jamais terminé qui transforme un établissement de soins en institution, une équipe soignante en collectif. C’est l’élaboration constante des moyens matériels et sociaux, des conditions conscientes et inconscientes d’une psychothérapie. Et celle-ci n’est pas le fait des seuls médecins ou spécialistes, mais d’un agencement complexe où les malades eux-mêmes ont un rôle primordial. »

Pendant toute cette période d’occupation allemande (40-44), l’hôpital de Saint-Alban, sera un véritable bouillon de culture à bien des niveaux : accueil de résistants anti-nazis, mais également des artistes comme Paul Eluard, Tristan Tzara, Denise Glaser, Auguste Forestier. Qui tous à leurs niveaux aident et participent à l’élaboration d’une nouvelle psychiatrie.
Les fous, eux-mêmes, sont loin d’être des figurants, puisqu’ils aident aux travaux des fermes environnantes, pour remplacer les hommes partis à la guerre. Pendant cette période, n’oublions pas que les hivers étaient rudes, entraînant morts et maladies, notamment des bêtes, qui représentaient l’essentiel de l’alimentation avec les céréales. A force de labeur, tout le monde à Saint-Alban, pas seulement le millier de personnes qui composait l’hôpital, mais toute la population du village aura à manger. Il n’y a pas eu de morts de faim à Saint-Alban, pendant que le régime de Vichy cessera d’approvisionner les hôpitaux psychiatriques en France. Bilan : 40000 morts.
Cette période où la solidarité s’imposait, et où les énormes difficultés obligeaient à la créativité, n’est sans doute pas étrangère à la naissance de la Psychothérapie Institutionnelle.

Jean Oury arrive à Saint-Alban, en 1947, en qualité d’interne, et sera formé par François Tosquelles et Lucien Bonnafé. Il n’y a déjà plus de cellules fermées à clefs, mais davantage d’espaces de libre circulation. Les bases de la Psychothérapie Institutionnelle sont déjà bien plantées. Il n’y a plus qu’à les expérimenter, les développer pour mieux les enraciner. Avec François Tosquelles, Jean Oury s’emploiera à créer de nouvelles activités avec les malades du moment. N’imposant rien mais faisant avec, et pour eux. N’hésitant jamais à essayer. Des fois, ça marchait, des fois pas. Sans cesse, remettre l’ouvrage sur le métier. Puisque le chemin se fait en marchant...
Fort de ces deux années passées à Saint-Alban aux côtés de François Tosquelles (qu’il considérera toujours comme l’un de ses maîtres avec Jacques Lacan), Jean Oury obtiendra la direction de son premier hôpital à Saumery, qu’il quittera néanmoins au bout de deux ans, après un désaccord avec l’administration.
Jugeant son successeur totalement incompétent, et après en avoir averti le conseil de l’Ordre des médecins, il partira avec ses patients et son équipe, en recherche d’un lieu où il pourra exercer son travail de psychiatre dans des conditions plus favorables. Le 3 avril 1953, après trois semaines où ils logeront dans des abris de fortune, Jean Oury (29 ans) trouvera enfin un château mal en point, qui s’avérera faire l’affaire pour longtemps...
Tout le monde se retroussera les manches pour le retaper, et en faire ce haut lieu d’expérimentation de cette nouvelle psychiatrie, qui ne cessera de se renouveler au gré des multiples réunions soignants-soignés, et d’une remise en question permanente, pour ne pas se laisser piéger par la routine. « Quand quelque chose fonctionne trop bien, il faut changer, pour ne pas que ça rouille » dira Jean Oury, décédé le 16 mai 2014.
Sa fille Yannick Oury-Pulliero a repris le flambeau, avec son équipe, et poursuit aujourd’hui ce travail passionnant, à Cour-Cheverny, dans le Loir-et-Cher...

C’est fou comme La Borde depuis 1953, apparaît encore comme une utopie. Pourtant, cela se passe bel et bien aujourd’hui.

Carmel Ilmaltese

*1 : les infirmiers, pour certains de retour des camps de concentration, joueront un rôle déterminant dans la réflexion avec les psychiatres. L’ambiance des vieux asiles psychiatriques ne leur semblait pas si éloignée de l’expérience qu’ils venaient de vivre dans les camps.

*2 : François Tosquelles, reprendra ses études après guerre, d’infirmier tout d’abord, jusqu’au fameux diplôme de psychiatre valable en France.

*3 : un grand principe de la Psychothérapie institutionnelle est la mise en place d’un club thérapeutique, dont la fonction est de gérer les activités, les ateliers et les sorties. Son organisation est confiée aux patients aidés par les soignants.


https://mars-infos.org/une-petite-histoire-de-la-2836
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