
kuhing a écrit:Léo a écrit:Dijon débloquée.
Vôtée tout à l'heure en ag.
L'unef avait d'ailleurs demandé à ses membres de voter le déblocage.
L'Unef fait vraiment ce qu'elle veut.![]()
kuhing a écrit:Un truc que je pige pas tout de même :
Comment ce fait-il que tout le monde soit pour la reprise maintenant que ça devient décisif pour les exams ?
Je trouve que ça fait un peu gland tout de même.
Soit on va jusqu'au bout soit on regarde "qui veut gagner des millions"
Moi quand j'étais étudiant on a séquestré et violenté le doyen !
Et on a gagné !
![]()
Et en plus j'étais à l'unef
Léo a écrit:Donc ton avis de vieux grincheux " c'était mieux avant" tu sais ou tu peux te le mettre?
Pécresse & Démocratie
Vendredi dernier, à titre de solidarité avec mes collègues enseignants de l’Université de Paris 8 engagés, en tant que titulaires et chercheurs de l’Education Nationale, dans une opposition difficile à Valérie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la biodiversité et l’origine de la protection des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les locaux du département de Géographie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jardin des Plantes (Muséum National d’Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection de la
nature. Une façon, avec ce «cours hors les murs», de faire découvrir ces lieux aux étudiants et d’être solidaire avec la grogne actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels.
Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j’ai eu la surprise de me voir interpeller dés l’entrée franchie par le chef du service de sécurité, tout en constatant que les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire était gardées par des vigiles...
- « Monsieur Vadrot ?
- euh...oui
- Je suis chargé de vous signifier que l’accès du Jardin des Plantes vous est interdit.
- Pourquoi ?
- Je n’ai pas à vous donner d’explication....
- Pouvez vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ?
- Non, les manifestations sont interdites dans le Muséum.
- Il ne s’agit pas d’une manifestation, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pancarte. - C’est non ! »
Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez vous. Le cours se fait donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum. Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la protection de la nature, sur Buffon. A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon. Où je retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant manifestement mon signalement, comme les premiers, m’interdisent à nouveau l’entrée.
Evidemment, je finis pas le fâcher et exige, sous peine de bousculer les vigiles, la présence du Directeur de la surveillance du Jardin des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D’abord parfaitement méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu de mon blog. Cela commence à ressembler à un procès politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes. D’autres enseignants du département de Géographie, dont le Directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs, Alain Bué et Christian Weiss, insistent et menacent d’un scandale.
Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous faire une proposition incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autrefois, comme journaliste, en Union soviétique?:
« Ecoutez, si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants «
Je promets et, évidemment, ne tiendrai pas cette promesse, tant le propos est absurde.
J’entre donc avec l’horrible certitude que, d’ordre du directeur et probablement du ministère de l’Education Nationale, je viens de faire l’objet d’une « interdiction politique ». Pour la première fois de mon existence, en France. Je n’ai réalisé que plus tard, après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin des Plantes, à quel point cet incident était extra-ordinaire et révélateur d’un glissement angoissant de notre société. Rétrospectivement, j’ai eu peur, très peur...
Claude-Marie Vadrot,
journaliste à Politis et chargé de cours à Paris 8 souhaite diffuser largement ce message.
CCI Bordiguiste a écrit:Grève à l’université de Caen : les syndicats sabotent la combativité des travailleurs et des étudiants
En dépit de ce qui semble désormais compter parmi nos défaites, nonobstant les éternelles agitations de quelques jusqu’au-boutistes et des inutiles négociations syndicales, le mouvement débuté autour de l’université de Caen en réaction au projet de réforme de l’enseignement supérieur est riche d’expériences à méditer. C’est d’abord une volonté d’agir de manière efficace qui s’est exprimée dès le début de la mobilisation. Outre le nombre important de manifestants dans les rues, tirant sans doute les leçons de la lutte contre le CPE, l’assemblée générale de l’université, où se réunissaient les enseignants, le personnel d’entretien et les étudiants, s’est immédiatement prononcée en faveur de l’ouverture de ses portes à tous, malgré la vive opposition des syndicats d’étudiants. C’est dans cet esprit d’unité et d’extension, que beaucoup ont participé, le 29 janvier, à la journée de manifestation-balade interprofessionnelle organisée par les centrales syndicales nationales. Le soir, une assemblée regroupant officiellement l’ensemble des travailleurs en lutte de l’éducation se tenait dans les locaux de l’université. Cet événement devait finalement marquer l’apogée du mouvement à Caen et les prémices de son essoufflement.
Alors que les mandarins du syndicalisme local comptaient redorer leur triste blason après l’échec de leur précédente campagne, lors de la lutte contre la loi LRU et la grève des cheminots, leur petit jeu d’auto-congratulation devait rapidement prendre fin. Les délégués syndicaux, en rangs d’oignons à la tribune, s’échangeaient la parole en se félicitant pour leur “immense victoire”, le tout saupoudré d’interminables exposés où chaque catégorie demandait, au nom de la “solidarité”, la prise en compte de son problème particulier. Comme le panégyrique corporatiste s’éternisait, de nombreuses interventions sauvages ont obligé un syndicaliste à révéler la date de la prochaine “journée d’action interprofessionnelle” : le 19 mars ! Un déluge d’interventions particulièrement hostiles s’est alors abattu sur la tribune déconfite, alimenté également par les étudiants et les quelques ouvriers du secteur privé, parfois à la retraite, qui s’étaient, malgré tout, invités à la fête.
Dans ce contexte, face au risque de débordement, le travail de division des syndicats s’est malheureusement accéléré, pour finalement atteindre un degré d’absurdité rarement égalé. Quelques jours ont suffit pour qu’une myriade d’assemblées générales se constitue, séparant les enseignants, le personnel d’entretien et les étudiants, jusque-là unis dans une même assemblée. Chaque UFR organisait sa petite assemblée, souvent le même jour que d’autres. La triste “assemblée générale des étudiants en art du spectacle” aurait pu, à elle seule, incarner le ridicule de la situation, si la véritable assemblée générale n’avait pas été rebaptisée pour l’occasion : “assemblée générale générale” dans laquelle, pour faire bonne mesure, certains individus des AG d’UFR dénonçaient l’inactivité des professeurs de latin ou le “bougisme” des étudiants en biologie.
Démoralisés et dégoûtés par ce spectacle consternant, ne sachant plus qui décide quoi, beaucoup d’étudiants et de travailleurs ont cessé de participer au mouvement. Les assemblées se vidaient à vu d’œil, tout comme les rues, les jours de manifestation. D’autres, sous l’impulsion des syndicats ou des partis gauchistes, sont tombés dans le piège des croisades perdues d’avance, avec leurs cortèges d’assauts du périphérique à trente personnes, du parvis de la mairie, de la préfecture ou autres institutions bourgeoises, le tout agrémenté d’assemblées générales sauvages de douze individus pour statuer sur des questions grotesques, ou de bagarres pour savoir s’il est légitime de retirer la batterie des téléphones afin d’éviter “les espions et les écoutes” lors des réunions d’une commission... dans la salle principale d’un bar très fréquenté.
Parce qu’un sabotage de lutte n’est complet qu’en compagnie d’un authentique sabordage des débats, parce que les multiples prises de parole des militants du PCF ou de l’UNEF, rabâchant systématiquement les mêmes slogans, ne suffisaient plus à éclipser les interventions visant à élargir la discussion au-delà du corporatisme, les syndicats d’étudiants ont brandi, alors que la lutte finissait dans l’ensemble des universités, l’arme ultime pour évacuer les discussions sur les leçons à tirer : le blocage. Si la paralysie d’une université peut auréoler le sommet d’une mobilisation et favoriser les rencontres, elle devient un véritable poison lorsque les “pro-blocages” sont trop peu nombreux et illégitimes car, dans de telles circonstances, les questions qu’impliquent une telle action sont particulièrement sensibles, divisent et cristallisent l’attention de tous, au détriment d’objectifs plus fondamentaux.
Néanmoins, malgré l’activité néfaste des syndicats, des signes très prometteurs de ré-appropriation des armes du prolétariat se sont manifestés dans les rangs étudiants. Par exemple, quelques AG d’UFR, refusant la division, ont fini par se dissoudre en rappelant la souveraineté de l’assemblée générale et le besoin d’unité. De même, les étudiants ont plusieurs fois tenté de rencontrer les ouvriers en grève de l’usine Valéo victime de chômage partiel… en vain, malheureusement, dans la mesure où les contacts se sont limités à une délégation syndicale qui, finalement, s’est interposée entre les étudiants et les ouvriers. Un groupe de discussion, fondé en réaction au contexte bougiste et corporatiste de l’assemblée générale, a mis en avant la nécessité d’appuyer l’action sur une rigoureuse réflexion et sur la clarification des enjeux plus généraux dans lesquels s’inscrivent les réformes de l’enseignement supérieur. Traduisant une réelle volonté d’échapper aux assemblées-kermesses, les réunions de ce cercle ont rassemblé un nombre relativement important d’étudiants, compte tenu de la modeste diffusion du tract d’invitation. Ainsi, le travail de sape des syndicats n’a pas réussi à noyer complètement les travailleurs et les étudiants dans le corporatisme et la division. Beaucoup d’entre nous ont essayé de fuir les manœuvres d’émiettement. Si ces actions furent minoritaires, seule la multiplication des luttes est en mesure de développer ces réflexes embryonnaires en arme de la classe ouvrière.V.
Appel à la grève 2009 contre le système d’éducation!
Les conditions catastrophiques actuelles et les développements du système d’éducation ne sont plus supportables!
Globalement, des restructurations de toutes les domaines concernant nos vies ne s’orientent plus vers l’intérêt commun. Elles sont soumises aux – soi-disant – lois du marché.
Depuis quelques années, l’attention s’est focalisée sur le système d’éducation, avec le résultat des “réformes”.
Les frais d’éducation et la privatisation touchent nous tous!
La crise budgétaire et économique montre clairement: les répercussions des critères de décision orientées vers la concurrence ont des effets dévastateurs.
Dans beaucoup de pays, il y a des protestations contre cela, par exemple au Mexique, en Espagne, en Italie, en France et en Grecque.
La grève 2009 contre le système éducatif se trouve dans ce contexte international.
Les protestations persistantes contre les frais d’études et les dégradations des conditions sociales dans les dernières années n’ont pas eu assez des effets sur les responsables des médias, de l’économie, de la politique.
C’est la raison pour laquelle on appelle à profiter de nos droits démocratiques et de les défendre sous la forme d’une grève contre le système d’éducation dans l’ensemble du territoire fédéral.
Des formes d’actions pluralistes (des manifestations, des blocus et blocages, occupations et squats) trouveront leur place ici.
Pendant cette semaine d’action, nous manifesterons ensemble avec les élèves dans tout le territoire fédéral.
Nous cherchons l’alliance avec beaucoup des groupes sociaux, comme des syndicats et des mouvements sociaux, qu’on invite expressément à manifester avec nous.
Universités, écoles supérieures spécialisées, les écoles en général, entreprises: nous sommes tous concernés par la même politique!
L’objectif de cette grève est d’inciter à une discussion sur l’avenir du système éducatif.
Des possibilités progressistes et émancipatrices doivent être démontrées et imposées en matière de politique sociale et éducative.
Nous proposons nos alternatives à la sphère d’influence déterminant les intérêts politiques et économiques dans le secteur éducatif:
*
Un apprentissage autodéterminé et une vie à la place d’une course contre-la-montre, la compétitivité et la concurrence,
*
Un accès libre à l’éducation et l’abrogation de toutes les taxes imposées sur elle comme les frais d’études, de formation et frais de garderies,
*
Un financement public du système éducatif sans l’influence de l’économie, entre autres, sur le contenu de l’enseignement, la structure des études et la lutte pour l’emploi,
*
La démocratisation puis le renforcement de la gestion autonome et de la coresponsabilité des élèves et des étudiants dans toutes les institutions éducatives.
Nous, les instigateurs du projet “grève 2009 contre le système d’éducation”, appelons à la formation des alliances au niveau local et régional. Participez aux planifications dans l’ensemble du territoire fédéral.
Un autre système d’éducation est possible – et de toute urgence!
Le groupe du projet “grève 2009 contre le système d’éducation”
La liste actuelle de ceux qui nous soutiennent se trouve sur notre site Internet.
Contact: http://www.bildungsstreik2009.de info@bildungsstreik2009.de
Un mois de bourse en plus aux étudiants touchés par les blocages
18.05.09 | 20h10
PARIS (Reuters) - Valérie Pécresse, inflexible sur l'autonomie des universités, annonce une série de mesures en faveur des étudiants pénalisés par les blocages sur les campus, notamment un mois de bourse supplémentaire pour les boursiers contraints à des examens en juillet ou septembre.
La ministre de l'Enseignement supérieur a reçu les représentants des organisations étudiantes (Unef, Fage, Uni, PDE, Confédération étudiante) pour discuter des plans de rattrapage et de l'organisation des examens dans les universités affectées par la contestation des réformes gouvernementales.
A l'issue de deux heures et demie de discussions, Valérie Pécresse a détaillé sept mesures d'accompagnement qui visent à aider les étudiants les plus défavorisés. Ces mesures ont été saluées comme un premier pas par certaines organisations.
Outre le mois de bourse supplémentaire, qui pourrait concerner selon la ministre 10.000 à 15.000 étudiants, les étudiants logeant en résidence universitaire pourront bénéficier d'une prolongation de bail en juillet pour le prix d'un demi-loyer s'ils sont amenés à passer des examens en retard.
Les étudiants logés dans le parc privé pourront demander une place aux CROUS (les centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires) pour le mois de juillet.
La ministre a demandé à ce qu'au moins un restaurant universitaire reste ouvert sur les campus où les examens auront lieu en juillet ou en septembre.
Les présidents d'université sont invités à veiller à ce que les examens portent sur les enseignements effectivement réalisés ou rattrapés et à prévoir une session d'examens de rattrapage une fois la première session achevée.
Valérie Pécresse va également saisir le ministère de l'Immigration pour que les étudiants étrangers qui sollicitent un renouvellement de titre de séjour ne soient pas pénalisés à cause des blocages.
L'UNEF ATTEND MIEUX
La ministre s'est engagée à "une égalité de traitement entre tous les étudiants" lors des examens - en clair, que les étudiants manifestants ou non manifestants puissent obtenir leurs diplômes dans les mêmes conditions.
Par ailleurs, aucun étudiant ne sera privé de bourse en 2010 pour "des raisons liées à son assiduité aux enseignements ou aux examens du second semestre de cette année".
Valérie Pécresse n'a pas précisé le montant de l'enveloppe prévue pour ces mesures, mais elle a assuré qu'"une somme importante avait été provisionnée pour faire face".
S'agissant des campus où les blocages persistent - six selon le ministère -, la ministre a précisé qu'elle ferait du "sur-mesure" en fonction des besoins et des problèmes de chaque faculté. "L'idée, c'est de mettre les bouchées doubles (...), de faire en sorte que la sérénité revienne sur les campus."
La ministre réunira de nouveau les représentants des étudiants début juillet pour préparer au mieux la prochaine rentrée. Elle recevra mardi les recteurs d'académie où les difficultés perdurent.
Jean-Baptiste Prévost, président de l'Unef, première organisation étudiante, a salué ces nouvelles garanties tout en soulignant qu'elles ne "levaient pas les inquiétudes qui s'expriment sur le fond" du conflit. Il a demandé des "gestes d'apaisement supplémentaires" de la part du gouvernement.
L'Uni, mouvement de la droite universitaire, a souhaité des "sanctions pénales" pour les bloqueurs mais n'a pas été entendue sur ce point par la ministre, qui a seulement insisté sur "la continuité du service public".
Claire Guichet, présidente de la Fage (Fédération des associations générales étudiantes), s'est félicitée d'"un très bon premier pas". Baki Youssoufou, président de la Confédération étudiante, a souhaité que les quelque 150.000 étudiants confrontés à des difficultés en raison des blocages ne soient pas "sacrifiés" par "une logique jusqu'auboutiste des deux côtés".
Sophie Louet, édité par Yves Clarisse
L’ARME DES EXAMENS, appel à l’action contre les examens, notamment universitaires
(dialogue entendu dans le hall B)
- Tu sais où il en est le mouvement anti-CPE ?
- Je sais pas, sûrement une dissertation en 4 heures. Rennes, le 12 Mai
Le mouvement que nous venons de connaître a été le premier, depuis plus de dix ans, à imposer un recul au gouvernement (le retrait du CPE). Un recul, non une défaite. Dans une offensive prolongée, il n’est pas toujours possible d’enchaîner les victoires écrasantes. Lâcher du lest sur le CPE, pour qu’on ne parle plus du CNE, de la loi d’égalité des chances, et maintenant de la loi Sarkozy sur l’immigration. Pour que tout rentre dans l’ordre. Qu’il n’y ait plus de troubles dans les rues, plus de routes bloquées, d’entreprises perturbées, de palabres dans les facs occupées. Plus de politique, surtout, plus de politique. Pour que les commerçants puissent à nouveau faire leur beurre, les marchandises circuler, les touristes déambuler, les étudiants penser à leur avenir. Pour que la police puisse prendre des vacances. Aujourd’hui, c’est à qui parviendra à capitaliser la « victoire historique », en nombre d’adhérents, en voix aux élections, en reconnaissance médiatique. Cessons de nous raconter des histoires. La victoire réelle du mouvement, ce n’est pas d’abord son effet incident -le retrait du CPE- c’est d’avoir dégagé l’horizon politique du retour dépressif des sempiternelles « journées de mobilisation » à peine moins ternes que des jours fériés, où les discours, même témoignant d’ambitions fort modestes, restent cent fois plus belliqueux que les actes qui seraient sensés les soutenir. Aujourd’hui il est évident pour tous (ceux qui le nient mentent, et ils le savent) qu’il n’y a pas de lutte réelle en deçà du blocage de l’économie, de l’attaque immédiate des dispositifs d’instauration des politiques libérales, de la perturbation des centre-ville comme espaces entièrement dévolus à l’absorption et à la digestion de toute secousse politique ou existentielle -espaces de paix consacrés à la guerre économique. Si nous avons lutté pendant deux mois et demi, c’est d’abord pour affirmer l’existence même de la politique, mettant ainsi en évidence le fait qu’en temps normal, où chacun est individuellement requis par des exigences d’ordre économique -mobilisant ce qui de nos activités et affects est irréductiblement pris dans des rapports d’exploitation- il n’y a pas de politique pour nous, il n’y a que la souveraineté de l’économie, c’est à dire la politique déployée contre nous par le capital. Le mouvement s’est arrêté sous la pression croisée des professionnels du défilé protestataire, des médias et des étudiants hostiles au changement profond. Il s’est arrêté également du fait de l’impossibilité pour la plus grande part d’entre nous d’assumer ce que la lutte nous a permis d’entrevoir : qu’il n’est pas possible de contribuer ponctuellement à la naissance d’un mouvement politique, qu’il ne s’agissait pas là d’un engagement révocable à durée déterminée. Assumer ce qui avait eu lieu, continuer à lutter, cela voulait et veut toujours dire, dans le même mouvement, poursuivre l’offensive contre les politiques libérales, élaborer collectivement des manières de vivre qui soient adéquates à nos inclinations anticapitalistes. Cela veut dire également, ne pas se laisser prendre au piège des semestres à boucler, des cours à rattraper, au chantage des examens à passer à tout prix. Déjà le mouvement des profs en 2003 qui avait duré plusieurs mois, s’était écrasé sur sa peur de toucher au bac, la seule chose qui aurait pu conjurer la défaite annoncée. Il en a été de même, l’année dernière, pour le mouvement lycéen. Comme si la gravité de la situation, la générosité de l’affirmation politique et la sincérité du lien qui s’était noué au sein de la communauté de lutte, tout cela ne pesait pas si lourd, n’était pas assez sérieux au regard du nécessaire passage d’examens -c’est à dire, dans le fond, de la nécessaire reprise en main de la situation par le gouvernement, de la nécessaire reprise en main, par l’économie, du cours de nos existences quotidiennes. Que nous acceptions de nous plier à la mobilisation générale des examens en juin serait une défaite réelle parce que nous reproduirions le geste qui accompagnait l’essoufflement des anciens mouvements sociaux d’avant novembre -enterrer, à la fin, les liens qui auraient pu devenir politiques et donc irréversibles- alors que ce mouvement a été de bout en bout politique, et qu’il aura, quoi qu’il advienne, des conséquences irréversibles. Geste absurde d’enterrer ce qui est vivant. Si, au contraire, il nous semble déterminant qu’une continuité ou reprise du mouvement dans les jours ou semaines qui viennent passe par le refus des examens comme symbole de la faiblesse politique du mouvement, de la faille par laquelle s’est engouffré l’appétit de restauration des plus tièdes, il ne faut pas voir là le moindre esprit de sacrifice. Nous n’appelons pas au boycott individuel des partiels mais à des actions collectives, concertées sur tout le territoire, des actions de pression sur les institutions liées au ministère de l’enseignement supérieur pour exiger la validation, pour chaque étudiant, du second semestre de l’année universitaire. Menacer les examens, c’est retourner contre le gouvernement l’arme par laquelle il a pu étouffer, sous le pragmatisme économiste qui lui sert de philosophie, les aspirations au changement exprimées massivement au cours de ces derniers mois. Actuellement, notre principale capacité de blocage réside à cet endroit. Mais une telle pratique appelle naturellement la reprise, partout où cela sera possible, conjointement avec les salariés, chômeurs et précaires, des blocages économiques. C’est maintenant la politisation de tous les aspects de ce qui compose nos conditions de vie qu’il nous faut viser. La précarité naît d’abord de l’injonction perpétuelle à faire de sa vie une lutte pour ne pas déchoir -ne pas tomber dans une des misères variées que ce temps accumule - pour ne pas faire partie de la charretée des perdants, des vaincus de toutes sortes. Accepter de se plier au bon vouloir des patrons, travailler incessamment à son employabilité, à l’entretien de sa valeur marchande, augmenter sa compétitivité, passer vaille que vaille des examens ou des concours après une crise politique d’une telle ampleur, cela participe de la même logique, que nous refusons, celle du marché, de la concurrence, du libéralisme. Continuer -reprendre le mouvement, cela ne sera possible qu’en heurtant de front les pseudo-évidences qui sont ce par quoi l’ordre se rétablit : la politique se limiterait à se défendre ponctuellement contre des réformes gouvernementales, et s’arrêterait nécessairement à l’approche des examens. Au contraire, il s’agit d’affirmer que la politique n’existe qu’en entraînant toute la vie, en modifiant notre rapport au travail et à l’étude, et en nous dégageant, pas à pas, du monde de l’économie.
Comité anti-examens de Rennes 2
http://cpecne.free.fr/IMG/pdf/antiexam.pdf
Pour une autre Europe du savoir - AG publique du Collectif Printemps 2010
30 mai 2009, réunion publique "Printemps 2010" (pré-élections européennes), à Paris à l'espace culturel « le Centquatre »,104 rue d’Aubervilliers, 5 rue Curial 75019, pour faire un point sur l’Enseignement Supérieur et la Recherche dans les différents pays européens, avec la présence de collègues venus témoigner de la situation dans leur pays (le matin).
L’occasion aussi de nouer des contacts avec d’autres organisations susceptibles de participer à la phase suivante (point sur les résistances et la construction d'un réseau européen, l'après-midi).
Texte d'appel Printemps 2010 : http://groups.google.fr/group/collectif ... 2010/files
Pour une autre Europe du Savoir
Samedi 30 Mai au 104, 104 rue d'Aubervilliers, Paris 19ème
Les réformes engagées en France concernant l'enseignement supérieur et la recherche sont la déclinaison nationale d'un projet européen (Lisbonne 2000) déjà fortement engagé dans la plupart des autres pays européens.
SLR à l'intérieur du collectif "Printemps 2010" , ensemble d'organisations résolues à contester et combattre la mainmise du marché sur l'enseignement supérieur et la recherche vous invite à participer à la journée "pour une autre Europe du Savoir".
Au cours de cette journée, des collègues européens viendront présenter la situation dans leur propre pays et montreront quels sont les dangers au quotidien de ce processus. Nous débattrons ensuite de l'organisation d'un contre-sommet qui aura lieu pendant le sommet des chefs d'Etat mi-mars 2010. Pendant qu'ils discuteront d'un "Lisbonne 2", il nous faudra pouvoir proposer un autre avenir pour l'Enseignement Supérieur et la Recherche en Europe.
9h15 : Accueil M. Saint Jean, Physicien, CNRS, Collectif Printemps 2010
9h20 : Une brève histoire de l'Europe universitaire, M. Blay, Historien des sciences, ENS-CNRS
9h40 : Le "Nouvel ordre européen" dans l'enseignement supérieur et la recherche , Ch. Laval, Historien de la philosophie, Université Paris X
10h : Questions
10h30 -10h45 : Pause
Dans les universités européennes :
10h 45 : La situation en Grande Bretagne , Cecile Deer, Historienne, Balliol College, Université d'Oxford
11h15 : La situation en Allemagne, Philippe Büttgen, Historien de la philosophie, CNRS, Paris
11h45 : La situation en Italie, Marco Pitzalis, Sociologue, Université de Cagliari
12h15 : La situation en Grèce, Efthymios Nicolaidis, Historien, Université d'Athénes
12h 45 : Questions- Débat
13h30 -14h30 Pause déjeuner
Construire une mobilisation européenne
14h 30 : Courte introduction sur l'état des mobilisations en Europe, Marc Delepouve Mathématicien, Université de Lille, Collectif Printemps 2010
14h 45 : Mobilisation pour une autre Europe du savoir:
Débat autour de deux questions :
- Quel projet alternatif (Autonomie académique face aux pouvoirs; Egalité devant le savoir, Europe de la coopération plutôt qu'Europe de la concurrence)
- Comment organiser notre résitance d'ici le printemps 2010.
17h30 : Clôture, M. Saint Jean, Physicien, CNRS, Colletif Printemps 2010
Quelques références bibliographiques :
- Abélard (collectif),/ Universitas Calamitatum : le livre noir des réformes universitaires/, éd. du Croquant, 2003.
- Christian Laval,/ L'école n'est pas une entreprise : le néolibéralisme à l'assaut de l'enseignement public/, La Découverte, 2003.
- Christian de Montlibert,/ Savoir à vendre : l'enseignement supérieur et la recherche en danger/, Raisons d'agir, 2004.
- Corinne Abensour et alii.,/ De la destruction du savoir en temps de paix/, éd. Mille et une Nuits, 2007.
- Christophe Charle & Charles Soulié (collectif ARESER),/ Les ravages de la modernisation universitaire en Europe/, Syllepse, 2007.
- Pierre Jourde (dir.),/ Université : la grande illusion/, L'Esprit des péninsules, 2007.
- Isabelle Bruno,/ À vos marques, prêts... cherchez! La stratégie de Lisbonne, vers un marché de la recherche/, éd. du Croquant, 2008.
- "Universités : une réforme à inventer?", revue/ Multitudes/, n° 32, 2008.
- Franz Schultheis et alii,/ Le cauchemar de Humboldt. Les réformes de l'enseignement supérieur européen/, Raisons d'agir, 2008
Associations et syndicats constituant le Collectif "Printemps 2010"* : Sauvons La Recherche (SLR); SNESUP-FSU ; Attac ; Fac verte ; FERC Sup-CGT ; Fondation sciences citoyennes ; Sauvons l'université ; SNCS-FSU ; SNTRS-CGT ; Sud éducation; UNEF ; UFAL.
Un manifeste pour une autre réforme de l'Université (15 mai 2009)
Une trentaine d'universitaires de renom viennent de publier un "manifeste" intitulé "Refonder l’Université française". Le voici en intégralité.
La liste des signataires, qui comprend le professeur de droit Olivier Beaud, l'actuelle présidente de Nanterre, l'écnomiste Bernadette Madeuf, le physicien Philippe Encrenaz (Paris - Pierre et Marie Curie) ou Marcel Gauchet, philosophe, directeur d’études à l’EHESS, illustre assez rudement à quel point le président Nicolas Sarkozy, le premier ministre François Fillon et Valérie Pécresse ont piétiné l'une des conditions du débat démocratique : s'exprimer avec clarté et sans duplicité.
Lorsque ces trois hauts responsables politiques martèlent que les opposants à leur politique universitaire et de recherche (certains des signataires sont allés jusqu'à manifester dans la rue) s'opposent à "l'autonomie" et à la "réforme", ils mentent. Ils mentent pour éviter le débat sur le contenu de l'autonomie, le sens, les objectifs et les moyens de la réforme.
Cette duplicité, ce refus du débat, cette volonté de désigner une politique par des mots permettant d'en discuter le contenu - que l'on soit ou non d'accord avec cette politique, c'est une autre question et personne ne met en doute la légitimité d'un gouvernement d'en avoir une - a été souvent dénoncé.
Le texte qui suit permet le débat. Ses auteurs ont tenté de désigner les objets de discussion de manière claire. Ils font honneur à l'exigence démocratique. Libre ensuite, à chacun d'apprécier les propositions, de les discuter, les amender, les soutenir, les combattre. On eut aimé un tel comportement de notre gouvernement.
Préambule
Il est désormais évident que l’Université française n’est plus seulement en crise. Elle est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l’agonie. Qu’on comprenne bien ce que cela signifie. L’Université n’est pas tout l’enseignement supérieur français. Les classes préparatoires, celles de BTS, les IUT (lesquels font formellement partie des universités), et l’ensemble des petites, moyennes ou grandes écoles, publiques ou privées recrutent largement. Mais c’est au détriment des formations universitaires, que les étudiants désertent de plus en plus, et cela tout particulièrement pour les études scientifiques. Le secteur non universitaire de l’enseignement supérieur offre des formations techniques et professionnelles, parfois de qualité, mais parfois aussi très médiocres. Même si la situation évolue depuis quelques années pour sa fraction supérieure (les « grandes écoles »), ce secteur n’a pas vocation à développer la recherche et à donner des outils de culture et de pensée, et guère les moyens humains et scientifiques de le faire. C’est dans les universités que l’on trouve la grande majorité des savants, des chercheurs et des professionnels de la pensée. Pourtant, alors qu’on évoque l’émergence d’une « société de la connaissance », nos universités ont de moins en moins d’étudiants et ceux-ci sont rarement les meilleurs. Une telle situation est absurde. Dans aucun pays au monde l’Université n’est ainsi le maillon faible de l’enseignement supérieur.
Le processus engagé depuis déjà plusieurs décennies ne conduit pas à la réforme de l’Université française, mais à son contournement. Il ne s’agit pas en disant cela de dénoncer un quelconque complot, mais de prendre acte de la dynamique d’un système à laquelle chacun contribue par ses « petites décisions » ou par sa politique : les étudiants, leurs familles, les lycées, publics et privés, les entrepreneurs d’éducation, les collectivités locales et, in fine, l’État lui-même. Le déclin de l’Université, matériel, financier et moral, est désormais bien trop avancé pour qu’on puisse se borner à repousser les réformes proposées. Si des solutions susceptibles de réunir un très large consensus parmi les universitaires et les chercheurs mais aussi au sein de l’ensemble de la société française ne sont pas très rapidement formulées, la catastrophe culturelle et scientifique sera consommée. Or de qui de telles propositions pourraient-elles procéder sinon des universitaires eux-mêmes ? C’est dans cet esprit que les signataires du présent manifeste, très divers dans leurs choix politiques ou idéologiques, y compris dans leur appréciation de la loi LRU, ont tenté d’identifier les points sur lesquels un très large accord pouvait réunir tous les universitaires responsables et conscients des enjeux. L’enjeu n’est rien moins que de refonder l’Université française en la replaçant au centre de l’enseignement supérieur.
Propositions
-1. Quant à la place de l’Université. Une des principales raisons du marasme de l’Université française est qu’elle se trouve en situation de concurrence déloyale avec tout le reste du système d’enseignement supérieur (classes préparatoires et de BTS, IUT, écoles de tous types et de tous niveaux), toutes institutions en général mieux dotées per capita et davantage maîtresses du recrutement de leur public. On touche là à un des non-dits récurrents de toutes les réformes qui se sont succédé en France. Cette situation est d’autant plus délétère que la gestion de l’enseignement supérieur dans son ensemble dépend d’autorités ministérielles et administratives distinctes (l’enseignement secondaire pour les classes préparatoires et les STS, les ministères sectoriels pour les écoles professionnelles diverses), voire échappe à tout contrôle politique. Imagine-t-on un ministère de la Santé qui n’ait que la tutelle des hôpitaux publics ! La condition première d’une refondation de l’Université est donc que le ministère de l’Enseignement supérieur exerce une responsabilité effective sur l’ensemble de l’enseignement supérieur, public ou privé, généraliste ou professionnel. C’est à cette condition impérative qu’il deviendra possible d’établir une véritable politique de l’enseignement supérieur en France et de définir la place qui revient à l’Université dans l’ensemble de l’enseignement supérieur.
Plus spécifiquement, un tel ministère aura pour mission première de créer un grand service public propédeutique de premier cycle réunissant (ce qui ne veut pas dire normalisant dans un cycle uniforme) IUT, BTS, classes préparatoires et cursus universitaires de licence. Il lui faudra également procéder à une sorte d’hybridation entre la logique pédagogique des classes supérieures de l’enseignement secondaire et des écoles professionnelles d’une part, et celle des universités d’autre part ; c'est-à-dire introduire davantage l’esprit de recherche dans les premières et, symétriquement, renforcer l’encadrement pédagogique dans les secondes.
- 2. Quant aux missions de l’Université.
La mission première de l’Université est de produire et de transmettre des savoirs à la fois légitimes et innovants. Assurément, d’autres missions lui incombent également. Elle ne peut notamment se désintéresser de l’avenir professionnel des étudiants qu’elle forme. Elle est par ailleurs responsable de la qualité de la formation initiale et continue qu’elle délivre et de la transmission des moyens intellectuels, scientifiques et culturels à-même d’assurer une citoyenneté démocratique éclairée.
Deux principes doivent commander l’articulation entre ces différentes missions : d’une part, le souci primordial de la qualité et de la fiabilité des connaissances produites et transmises ; d’autre part, la distinction nécessaire entre missions des universités et missions des universitaires, soit entre ce qui incombe à l’établissement considéré globalement et ce qui incombe individuellement aux enseignants-chercheurs et chercheurs.
Parce qu’une université doit être administrée, pédagogiquement et scientifiquement, et se préoccuper de la destinée professionnelle de ses étudiants, il est nécessaire qu’elle dispose en quantité et en qualité suffisantes de personnels administratifs et techniques spécialisés dans ces tâches. Il incombe en revanche à des universitaires volontaires d’en assurer le pilotage. D’importantes décharges de service d’enseignement doivent alors leur être octroyées.
Quant au service d’enseignement lui-même, sauf heures complémentaires librement choisies, il ne saurait excéder les normes précédemment en vigueur. De même, le régime d’années ou semestres sabbatiques de recherche, qui est la norme dans toutes les universités du monde, doit être à la hauteur de la vocation intellectuelle de l’Université, et non plus géré de façon malthusienne.
3. Quant aux cursus. Il convient de distinguer clairement l’accès à l’enseignement supérieur pour les bacheliers et l’accès aux masters.
En ce qui concerne l’entrée en licence, il convient de rappeler que le principe du libre accès de tout bachelier à l’enseignement supérieur est, en France, un des symboles mêmes de la démocratie, le pilier d’un droit à la formation pour tous. Il n’est ni possible ni souhaitable de revenir sur ce principe. Mais il n’en résulte pas, dans l’intérêt même des étudiants, que n’importe quel baccalauréat puisse donner accès de plein droit à n’importe quelle filière universitaire. Pour pouvoir accueillir à l’Université les divers publics issus des baccalauréats, il faut y créer aussi des parcours différenciés. Seule une modulation des formations pourra permettre de concilier les deux versants de l’idéal universitaire démocratique : l’excellence scientifique, raison d’être de l’Université, et le droit à la formation pour tous, qui la fonde en tant que service public. Il convient donc à la fois de permettre une remise à niveau de ceux qui ne peuvent accéder immédiatement aux exigences universitaires – par exemple en créant des cursus de licence en 4 ans –, et de renforcer la formation pour d’autres publics, par exemple en créant des licences bi-disciplinaires qui incarnent une des traductions concrètes possibles de l’idéal d’interdisciplinarité, si souvent proclamé et si rarement respecté. Il convient du même coup que l’Université puisse sélectionner ses futurs étudiants selon des modalités diverses, permettant d’identifier les perspectives d’orientation des étudiants et d’y associer un cursus adapté.
Une telle modification des règles du jeu universitaire ne peut toutefois être introduite sans qu’elle s’accompagne d’une amélioration substantielle de la condition étudiante en termes de financement et de conditions de travail. Le refus actuel de regarder en face la variété des publics étudiants conduit en effet à leur paupérisation et à la dégradation de leur situation matérielle et intellectuelle au sein des Universités. L’idée d’un capital minimum de départ attribué à chaque étudiant mérite à cet égard d’être envisagée.
En ce qui concerne les études de master, il est, de toute évidence, indispensable d’instaurer une sélection à l’entrée en première année et non en deuxième année, comme c’est le cas actuellement en application de la réforme des cursus de 2002 qui a créé le grade de master (système « LMD »). La rupture ainsi introduite au sein du cycle d’études de master a d’emblée fragilisé ces nouveaux diplômes, en comparaison des anciens DEA et DESS qu’ils remplaçaient. Il faut également supprimer la distinction entre masters professionnels et masters recherche qui conduit paradoxalement à drainer vers les cursus professionnels les meilleurs étudiants, ceux qui seraient précisément en mesure de mener des études doctorales.
4. Quant à la gouvernance.
Tout le monde s’accorde sur la nécessaire autonomie des universités. Mais ce principe peut être interprété de manières diamétralement opposées. Sur ce point la discussion doit être largement ouverte, mais obéir à un double souci. D’une part, il convient de ne pas confondre autonomie de gestion (principalement locale) et autonomie scientifique (indissociable de garanties statutaires nationales). D’autre part, pour assurer la vitalité démocratique et scientifique des collectifs d’enseignants-chercheurs, qui forment en propre l’Université, il est indispensable de concevoir des montages institutionnels qui assurent au corps universitaire de réels contre-pouvoirs face aux présidents d’Université et aux conseils d’administration, ce qui suppose des aménagements significatifs de la loi LRU. Il faut, en somme, redonner au principe de la collégialité universitaire la place déterminante qui lui revient et qui caractérise l’institution universitaire dans toutes les sociétés démocratiques. Le renouveau de ce principe de collégialité doit aller de pair avec une réforme du recrutement des universitaires qui permette d’échapper au clientélisme et au localisme.
Par ailleurs il est clair que l’autonomie ne peut avoir de sens que pour des universités qui voient leurs ressources augmenter et qui n’héritent pas seulement de dettes. En ce qui concerne la recherche, cela signifie que les ressources de financement proposées sur appels d’offre par les agences ne soient pas prélevées sur les masses budgétaires antérieurement dédiées aux subventions de financement des laboratoires, mais viennent s’y ajouter. De manière plus générale, en matière de recherche, il convient de mettre un terme à la concurrence généralisée entre équipes, induite par la généralisation du financement contractuel, lequel engendre souvent un véritable gaspillage des ressources, en garantissant aux laboratoires un certain volume de soutien financier inconditionnel accordé a priori et évalué a posteriori, notablement plus important qu’il ne l’est aujourd’hui.
Conclusion.
Bien d’autres points mériteraient assurément d’être précisés. Mais les principes énoncés ci-dessus suffisent à dessiner les contours d’une Université digne de ce nom. Nous appelons donc tous ceux de nos collègues – et nous espérons qu’ils représentent la très grande majorité de la communauté universitaire et scientifique – à nous rejoindre en signant ce Manifeste Celui-ci pourrait servir de point de départ à une véritable négociation, et non à des simulacres de concertation, et être à la base d’une auto-organisation d’États généraux de l’Université.
Les collègues désireux de nous rejoindre sont invités à. donner leur signature à l’adresse électronique suivante : http://petitions.alter.eu.org/refonder
Premiers signataires :
Olivier Beaud, professeur de droit public à Paris II
Laurent Bouvet, professeur de science politique à l’université de Nice Sophia-Antipolis
François Bouvier, ancien directeur au Muséum National d'Histoire Naturelle
Alain Caillé, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Guy Carcassonne, professeur de droit public à Paris Ouest -La Défense
Jean-François Chanet, professeur d’Histoire, Lille III
Philippe Chanial, maître de conférences en sociologie à Paris IX-Dauphine
Franck Cochoy, professeur de sociologie à Toulouse II
Olivier Christin, président de Lyon II , professeur d’histoire
Jean-Pierre Demailly, Mathématicien, Professeur à l'Université de Grenoble I, Académie des Sciences
Vincent Descombes, philosophe, directeur d’études à l’EHESS
Olivier Duhamel, professeur de droit public à l’IEP de Paris
François Dubet, professeur de sociologie à Bordeaux II et directeur d’études à l’EHESS
Pierre Encrenaz, professeur de physique a l UPMC et à l’Observatoire de Paris, membre de l’Académie des Sciences
Olivier Favereau, économiste, professeur à Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Marcel Gauchet, philosophe, directeur d’études à l’EHESS
Bruno Karsenti, philosophe, directeur d’études à l’EHESS
Philippe de Lara, maître de conférences en science politique à Paris II
Guy Le Lay, professeur de physique à l'Université de Provence
Franck Lessay, Professeur à Paris III (Institut du Monde Anglophone)
Yves Lichtenberger, professeur de sociologie à Paris Est- Marne la Vallée
Bernadette Madeuf, économiste, présidente de Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Dominique Méda, sociologue, directrice de recherches au Centre de Recherches pour l’Emploi
Pierre Musso, Professeur de sciences de l'information et de la communication à l'Université Rennes II
Catherine Paradeise, professeur de sociologie à Paris Est- Marne la Vallée
Philippe Raynaud, philosophe, professeur de sciences politiques à Paris II
Philippe Rollet, professeur de sciences économiques, président de Lille I
Pierre Schapira, professeur de mathématiques à Paris VI, Université Pierre et Marie Curie
Pierre Sineux ; historien, vice-président de l’université de Caen
Frédéric Sudre, professeur de droit public à Montpellier I, président de la Section 02 (Droit Public) du CNU.
François Vatin, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Michèle Weidenfeld, maître de conférences de mathématiques, université d’Amiens,
Communiqué de la Coordination Nationale Formation Des Enseignants (CNFDE)
Quatrième réunion nationale de la coordination samedi 6 juin à Paris
La Coordination nationale Formation des Enseignants (CNFDE) s'est réunie à trois reprises depuis la fin du mois de janvier.
Aujourd'hui :
- la mobilisation a permis de faire reculer le Ministère de l'éducation nationale, principalement sur des échéances,
- mais le ministère prépare un coup de force avant l'été en engageant la publication des décrets modifiant le recrutement des enseignants, sans même attendre la fin des « consultations »,
- la « réforme » est en marche, avec des réajustements qui ne résistent à aucune analyse des mises en application possibles.
Nous devons faire le point sur les décrets que le ministère s'apprête à promulguer, sur les informations données au sein des « Groupes de travail », qui précisent le tableau de la situation, sur la « commission de concertation » Marois-Filâtre, sur les « États généraux
», sur la mobilisation.
Face à la gravité de ce coup de force, nous devons continuer et amplifier nos mobilisations. Nous disposons notamment de textes et de documents qui permettent de faire valoir ce que nous demandons.
La CNFDE tiendra sa quatrième réunion nationale, samedi 6 juin à Paris.
SOYONS-Y TRÈS NOMBREUX !
Le secrétariat de la CNFDE, le 22 mai 2009
Non au coup de force gouvernemental ! L’Université ne se laissera pas humilier ! - Appel de la Coordination Nationale Formation Des Enseignants (CNFDE), 22 mai 2009
vendredi 22 mai 2009
La mobilisation des formateurs dans les UFR et les IUFM a permis de faire reculer le gouvernement, principalement sur les échéances. Mais aujourd’hui, il prépare un coup de force pour promulguer avant l’été les décrets modifiant le recrutement des enseignants. Sans attendre la fin des travaux de la « commission de concertation », dont le rapport doit être remis le 15 juillet, il a inscrit l’examen de ces décrets à l’ordre du jour de la Commission paritaire technique ministérielle (CTPMEN) du 27 mai et du Conseil supérieur de la fonction publique d’État du (CSFPE) du 12 juin :
* La « réforme » est en marche pour 2011, une « réforme » qui conserve toute sa nocivité (l’année bac + 5 à la charge des étudiants, une année de M2 ingérable où il faudra concilier préparation au concours, mémoire de recherche et stages éventuels, la fin de la formation en alternance…). Elle contient toujours les dispositions qui, tout à la fois, mettraient en péril les masters recherche et feraient disparaître les IUFM. Au total, on assisterait à une dégradation de la qualification réelle des enseignants débutants, tant du côté de la maîtrise des savoirs académiques que de celui des compétences professionnelles, et par voie de conséquence, de la qualité du service public d’éducation.
* Le dispositif prévu pour l’année dite transitoire 2010-2011 cumulerait les inconvénients pour les lauréats : exclus de la reconnaissance de leur formation au niveau master, privés de la « revalorisation », privés de formation initiale en IUFM, ils auraient, certains pour la première fois, à prendre en charge des élèves pour 2/3 de leur temps de service (contre 1/3 aujourd’hui).
Dans quelle république sommes-nous ? Le gouvernement s’exonère de la responsabilité des grèves que les universitaires et étudiants ont dû décider démocratiquement pour protéger l’Université, la recherche et la formation des maîtres contre sa politique de saccage. Mais cela ne suffit pas, il érige maintenant la provocation et l’humiliation en mode de gouvernement. Comment qualifier autrement les déclarations où il fait passer les opposants à sa politique universitaire pour une petite bande d’activistes professionnels ? Comment qualifier autrement son mépris pour les membres de la commission Marois-Filâtre à qui il demande de réfléchir à la formation des maîtres tout en installant le cadre juridique de sa « réforme » ?
Face à la gravité du coup de force, face à cette nouvelle humiliation publique de l’Université, l’action doit se poursuivre et s’amplifier, la riposte doit s’organiser sans délai :
* en demandant le retrait immédiat des décrets sur le recrutement des enseignants de l’ordre du jour des instances consultatives (CTPMEN et CSFPE) ;
* en alertant partout les Présidents d’Université, les directeurs d’IUFM, les représentants syndicaux, les élus, parlementaires et élus territoriaux… ;
* en faisant connaitre les textes et les documents qui émanent de la CNFDE et qui permettent de faire valoir ce que demandent les formateurs.
À la demande de nombreux collectifs, le secrétariat de la CNFDE décide de réunir la quatrième coordination nationale. Celle-ci se déroulera samedi 6 juin à Paris, à partir de 9 h 30 (le lieu sera précisé prochainement).
Le secrétariat de la CNFDE prend contact dès maintenant avec la CPU, la CDIUFM, les organisations syndicales, les syndicats étudiants et associations de parents d’élèves, la coordination nationale des universités, les sociétés savantes, les mouvements pédagogiques… pour les inviter à cette quatrième coordination nationale et pour réunir au plus tôt les conditions d’une riposte à la hauteur des enjeux.
Le secrétariat de la coordination, le 22 mai 2009
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