Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antifa

...Sans Papiers, antifascisme...

Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nyark nyark » 28 Juin 2013, 18:36

Clément, assassiné une deuxième fois

Nous publions ci-dessous le texte qui nous a été adressé par un camarade antifasciste en réaction aux mensonges diffusés par une partie de la presse au sujet de la mort de Clément.

Il n’aura pas fallu trois semaines pour que Clément Méric, militant engagé contre l’extrême droite, soit assassiné une deuxième fois. Depuis ce matin, tous les médias reprennent en coeur une information dont l’exclusivité revient à RTL. Une exclusivité dont on pourrait se passer volontiers. C’est le destin cruel mais, semble-t-il, tout naturel pour une presse qui cherche à savoir, pour sans doute ensuite départager, qui a commencé le premier à frappé sur l’autre. Voilà, Clément Méric est assassiné une deuxième fois, accusé d’un comportement « agressif » – selon Le Figaro – envers de simples skinheads, à qui l’on n’enlève pas le fait d’être d’extrême droite, mais qui en tout état de cause, faisaient bien gentiment leurs courses – comme tout un chacun finalement.

C’est ce « jeune gauchiste » qui a porté le premier coup à Esteban Morillo, de plus frappant « par derrière ». La vidéo ne dure que quelques secondes. Elle ne permet pas de savoir si l’auteur des coups mortels était armé d’un poing américain ou non. Mais selon RTL qui a eu l’exclusivité de la visionnée, elle est une preuve irréfutable pour savoir ce qu’il s’est vraiment passé cette fin d’après midi du 5 juin. Non, il n’y a pas de paradoxe, enfin en tout cas pas au yeux des journalistes, sans doute peu scrupuleux, qui n’ont pas hésité à en tirer une conclusion qui risque de peser sur l’opinion publique. Non, malgré la brièveté des images et le manque de visibilité, toute l’affaire s’éclaircit d’un coup. Seulement la vérité reste seule immuable, ce 5 juin, l’extrême droite a versé le sang, a été jusqu’à tuer un militant qui avait pour engagement de lutter contre une idéologie de violence et de haine.

Les faits sont là, seulement les choses semblent avoir changé aujourd’hui. Après plusieurs années de sarkozysme, ce n’est pas, comme aiment à le penser certaines personnes, une parole de droite qui se serait décomplexée, mais bien une justification de l’injustifiable. En jouant sur la peur, les idées sécuritaires et xénophobes, la droite a laissé s’installer en France une opinion réactionnaire. Il y a deux jours une simple information relayée en toute pudeur par la presse nous apprenait que le « Front Républicain » n’existait plus, enterré dans la ville de Villeneuve-sur-Lot. Celui-ci a disparu dans une quasi indifférence générale. Une indifférence que Clément Méric n’aurait peut être pas partagée, non pas parce qu’il affectionnait ou se sentait proche des partis dits républicains mais parce que, sans doute, comme quelques uns, il ne pouvait concevoir le Front National ou tout autre parti d’extrême droite comme des partis classiques ayant leur créneau d’expression libre pour distiller des idées mortifères.

La publication par RTL et par leurs confrères d’articles décrivant l’affaire comme une simple rixe qui aurait mal tourné est l’exemple parfait de cette digue brisée par les assauts répétés d’une droite coupable et d’une certaine gauche, qui, parce qu’inactive et préférant expulser des Rroms plutôt que de lutter contre la misère sociale, est rendu partiellement complice. Le problème n’est plus de savoir si une personne comme Esteban a le droit de distiller sa haine et son aversion pour tout ce qui ne pense et n’est pas comme lui, mais de savoir si c’est bien lui qui a agressé Clément Méric et ses camarades en premier. Pourtant les journalistes semblent avoir oublié une chose: les idéologies totalitaires qu’Esteban glorifie ont tué, et les coups qu’elles continuent à porter sont faits pour tuer. Les idées que Clément, lui, défendait n’ont jamais eu cette finalité.

Sans doute Esteban n’avait pas prévu de tuer ce jour là, mais parce qu’idolâtre des idées fascistes, la mort était dans son camp.

Alors oui ! Vous avez raison messieurs les journalistes, Clément n’a pas été assassiné par Esteban, Clément a été assassiné par le fascisme. Oui vous avez aussi raison, la responsabilité de la mort n’est qu’en partie imputable à Esteban, c’est aussi celle de politiciens charognards n’hésitant pas à reprendre les idées les plus rétrogrades pour obtenir quelques voix de plus.

Mais non, messieurs les journalistes, Clément Méric n’a pas porté le premier coup contre les néo-nazis. Non Clément Méric n’est pas un agresseur au même titre que ces individus, qui, se sentant légitimés par des propos nauséeux, peuvent impunément agresser dans la rue des immigrés, des femmes voilées, des homosexuels ou des militants progressistes. Clément Méric défendait des idéaux qui vont à l’encontre de la haine, ceux portés par les militants antifascistes et les militants progressistes, des idées anti-autoritaires qu’ils continueront à porter bon gré mal gré. Cette lutte anti-fasciste nous n’avons pas attendu que vous la validiez ou non, à l’avenir il en sera de même.

Un camarade antifasciste.



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Messagede Nico37 » 29 Juin 2013, 02:13

La riposte de Serge Ayoub 24/06

Après la mort du jeune militant d'extrême gauche Clément Méric, le gouvernement doit annoncer mercredi la dissolution de Troisième Voie, le groupe d'extrême droite auquel appartient l'auteur du coup fatal, Esteban Morillo. Ce mardi, son leader Serge Ayoub a entamé sa riposte en annonçant avoir lui-même dissout le mouvement ainsi que celui des Jeunesses nationalistes révolutionnaires.

L'heure est à la riposte pour Troisième Voie. Le groupuscule d'extrême droite, visé par une procédure de dissolution du gouvernement qui doit être annoncée mercredi en conseil des ministres, a voulu couper l'herbe sous le pied de " Ayrault et sa clique " . Après la mort de Clément Méric, un jeune militant d'extrême gauche, lors d'une rixe avec des nationalistes le 5 juin dernier en plein Paris, les groupes Troisième Voie et les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) étaient dans le collimateur du gouvernement. Face à l'émotion suscitée par la mort du jeune homme, le premier ministre Jean-Marc Ayrault avait promis de "mettre en pièces" les groupes d'extrême droite. La dissolution doit être officiellement actée lors du conseil des ministres, le 26 juin.

Ancien chef des skins parisiens, Serge Ayoub, le leader des JNR et de Troisième Voie, ne comptait pas se laisser faire. Ce dernier confiait encore récemment à metronews sa certitude qu'Esteban Morillo, accusé d'avoir porté le coup fatal, avait agi par " légitime défense " . Voilà que ce mardi, veille de l'annonce du gouvernement, une vidéo de caméra de surveillance relance la polémique. Trois semaines après le drame, les images confirmeraient le fait que Clément Méric a provoqué la bagarre. Il aurait attaqué Esteban Morillo par derrière, qui aurait riposté. Deux coups, et pas de lynchage. La preuve qu'attendait Serge Ayoub avec impatience.

" On va beaucoup m'entendre "

" Le gouvernement s'est gouré de client", lance-t-il à la presse, qu'il a réunie mardi soir dans son bar du 15e arrondissement de Paris. " Esteban est innocent, Méric est l'agresseur " . Pire, la victime aurait été trouvée avec un protège dents, selon Serge Ayoub : preuve, selon lui, que l'attaque était " bien préméditée " . Le bien nommé Batskin, (pour son usage de la batte de baseball dans les bagarres de rue lorsqu'il était skin) qui criait à l'acharnement politique contre son groupe d'extrême droite, ose la comparaison : il s'agit bien là d'une "nouvelle affaire Dreyfus". Il réclame donc désormais justice avec "la mise en examen des auteurs de la rixe, les antifas".

Ce n'est pas tout. Face aux journalistes, Serge Ayoub en profite pour annoncer qu'il a dissout lui-même Troisième Voie et les JNR il y a une semaine. " Nous avons déposé la demande en préfecture mardi dernier. Comme ça, le gouvernement n'aura rien à dissoudre demain (mercredi). Et s'il le fait, c'est la preuve que c'est bien du politique " .

Et pour ne rien laisser au hasard, Serge Ayoub se présente devant les médias flanqué d'un avocat, Nicolas Gardères. Pour ce dernier, qui d'emblée nous précise que ses idées politiques sont " très loin de Troisième Voie " , ( " je suis sympathisant des Verts " ), le gouvernement porte atteinte aux libertés fondamentales. " Si le décret est adopté, il y aura un recours devant le Conseil d'Etat. Et si ce recours et rejeté, la Cour européenne des droits de l'Homme sera saisie " , annonce-t-il. S'il se dit aujourd'hui " au chômage " , Ayoub, devant la foule de journalistes, ne cache pas son plaisir. La polémique l'a remis sur le devant de la scène médiatique, qu'il critique tant. Il en est convaincu, " on va encore beaucoup m'entendre " .

La réponse de Manuel Valls

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur a réagi à l'annonce de Serge Ayoub. "Cette manœuvre, dont le seul objet est de contourner la procédure de dissolution administrative en cours, est vaine. Elle ne saurait en effet ni dissimuler, ni mettre un terme à la réalité de l’activité de ces deux entités, l’une et l’autre dédiées à la propagation de l’idéologie d’extrême droite, appelant à la haine et à la discrimination et soutenant la violence", écrit-il. La procédure de dissolution a été entamée ce mardi.
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 30 Juin 2013, 02:01

https://www.lepotcommun.fr/pot/LFLQNcKn

APPEL AUX DONS

Vous êtes très nombreux depuis la mort de Clément à nous transmettre votre soutien et nous aimerions être capable de vous remercier un par un. Notre organisation est aujourd’hui exposée à une actualité politique et médiatique sans précédent et à laquelle nous n’étions pas préparés. Nombre d’entre vous ont manifesté l’envie de rejoindre le combat antifasciste et nous nous en félicitons.

Nous nous organisons actuellement pour proposer des solutions adéquates à ces nombreuses demandes. En attendant, et puisque vous avez été nombreux à nous proposer votre aide, nous lançons un appel à la solidarité. Cet argent servira à financer les prochaines initiatives politiques face à l’extrême droite lors du mois de Juin et à apporter le nécessaire soutien financier dont nous avons besoin aujourd’hui.

Merci pour votre soutien.

AFA Paris
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 30 Juin 2013, 18:25

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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 01 Juil 2013, 21:39

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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 02 Juil 2013, 21:14

Caen : quelle résistance antifasciste ? Assemblée Libertaire de Caen 22/06

La mort violente de Clément Méric, tué par des fascistes, a provoqué un profond émoi. Pour beaucoup d’entre nous, elle s’inscrit dans un contexte de développement, depuis des années, d’un lourd climat politique et social.

On constate, depuis 2010 environ, une multiplication des agressions d’extrême-droite contre des militantEs antifascistes, syndicalistes, révolutionnaires, des homosexuelLEs, des immignéEs dans de nombreuses villes (Lyon, région Lilloise, Tours, Rennes, Limoges…) sans parler des dégradations contre des locaux associatifs, politiques, syndicaux.

La banalisation des thèses du Front National dans le champ politique et médiatique et dans des franges non négligeables de la population, traditionnellement réactionnaires ou bien condamnées à la pauvreté et la précarité par le capitalisme et l’État, est une réalité depuis longtemps. Ces thèses d’extrême droite imprègnent les politiques sécuritaires, répressives, anti-sociales, anti-immigration mises en place aussi bien par l’UMP que par le PS, depuis les réformes des retraites qui obligent les salariéEs à cotiser plus longtemps pour toucher moins, les accords de Wagram qui précarisent encore un peu plus les travailleurs/euses et facilitent leur licenciement, le flicage des chômeurs/euses, jusqu’à la criminalisation des luttes sociales, les rafles de sans-papiers, les descentes policières dans les camps de roms en passant par le matraquage politico-médiatique islamophobe (ou comment dissimuler la xénophobie derrière la défense de la laïcité…).

Tout cela ne peut qu’être aggravé par la situation de crise sociale actuelle. L’austérité, la pauvreté, la précarité véhiculées par le capitalisme sont des terreaux favorables à la recherche de boucs émissaires, au chacunE pour soi, aux replis identitaires, aux désirs d’État fort et d’ordre musclé.

Pour toutes ces raisons, nous pensons que l’antifascisme n’a de valeur et de sens que s’il se déclare anticapitaliste et anti-autoritaire et assume l’idée de rupture révolutionnaire avec un système économique et politique basé sur les inégalités et les injustices de classe, l’exploitation et la domination des humainEs et des ressources naturelles.

Demander la protection de l’État capitaliste face à l’extrême droite est un leurre. Qui peut penser que la dissolution de quelques groupuscules fachos réglera le problème ? Nous pensons de toutes façons que l’État et le capitalisme ne sont pas là pour assurer la liberté et la justice mais pour se perpétuer quel qu’en soit le prix. Si la pseudo démocratie actuelle permet cela, très bien, s’il faut un régime autoritaire parce que la « démocratie » ne peut plus garantir l’ordre et le bon déroulement du business, très bien aussi. Le système actuel nourrit l’extrême droite et sait l’utiliser s’il le faut pour briser violemment les luttes subversives ou créer le désordre pour mieux rétablir l’ordre, le sien, celui qui rapporte sur notre dos.

Ainsi, pour nous, il ne suffit pas d’identifier les fachos ou d’organiser notre autodéfense si nécessaire : la lutte contre l’extrême droite passe en bonne partie par la participation aux luttes sociales, par le fait de développer en leur sein les pratiques de solidarité, d’entraide, d’égalité, de convergences, d’auto-organisation, de coordination, d’action directe, d’apprentissage collectif, d’internationalisme.

C’est dans et à travers ces luttes, contre l’austérité, la précarité, la pauvreté que nous pourrons construire un rapport de force et une culture d’émancipation qui fera barrage aux thèses réactionnaires, nationalistes, autoritaires, xénophobes, sexistes tout en nous permettant d’améliorer nos conditions de vie et nos capacités de défense collective.

Pour ce faire, il faut aussi mener le combat pour que les mouvements sociaux conquièrent leur indépendance, leur autonomie, leur liberté d’organisation, de pensée et d’action, pour qu’ils rompent avec les récupérations politiciennes, avec les bureaucraties de la gauche politique et syndicale qui les étouffent et les mènent volontairement dans l’impasse. Il y a une certaine urgence. Les temps qui viennent vont être durs. Préparons nous.
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Vieille Chouette » 02 Juil 2013, 22:21

Je sais que les asiles et les prisons de ce pays, sont le dépôt des inclassés, des nouveaux enragés, je sais qu'faut se courber et toujours rester muer, se plier, s'laisser bouffer, et en redemander... (Kyma - Les grands vides pleins)
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 03 Juil 2013, 20:37

Un mois après la mort de Clément Méric, antifascistes et ultra-droite en question 03.07

La rédaction de France Culture est allée à la rencontre des militants antifascistes et de sympathisants d’extrême-droite.
Alors que les procédures de dissolution de quatre groupes sont lancées, et que les enquêteurs tentent toujours d'établir le déroulé précis de la rixe, nous nous sommes rendus à Lyon, une ville souvent considérée comme un laboratoire de l'ultra-droite (identitaires, nationalistes, GUD).
Face à ces mouvements, l’opposition s’est organisée, autour des milieux anarchistes et libertaires.
Comment les deux camps vivent-ils l’ « après-Clément Méric », le traitement médiatique de cette affaire et l’annonce des dissolutions de groupes nationalistes ? Une thématique déclinée au cours d’une journée de reportages et d’analyses. Un "Droit de suite" de Camille Magnard.

Retrouvez le Droit de suite dans les principaux rendez-vous d'information de la journée :

- Trait pour Trait
Portrait d’Alexandre Gabriac, président des Jeunesses Nationalistes, l’un des groupes d’extrême-droite concernés par une procédure de dissolution. Adhérent dès ses 13 ans au Front National, Alexandre Gabriac a été élu au Conseil régional de Rhône-Alpes avant d’être exclu du FN suite à la publication de photos le montrant en train de faire un salut fasciste. Par Camille Magnard.

- Le Choix de la Rédaction
Focus sur le rapport à la violence des deux extrêmes, violence physique et politique qui sous-tend leur opposition, remise en lumière par la mort de Clément Méric. Reportage à Lyon de Camille Magnard.

- Dans le journal de 8h00 d'Amélie Perrier :
Analyse de Camille Magnard sur l’histoire de l’antifascisme en France, et sur les différents épisodes de ses affrontements avec ce qu’elle considère comme le danger fasciste, tour à tour les ligues des années 30, l’occupant nazi, les tenants de l’Algérie Française, les groupes GUD et Occident dans les années 60, et la montée du Front National depuis les années 80.

- Dans le journal de 12h30 d'Antoine Mercier :
L'interview de Magali Balent, chercheuse à l’IRIS et spécialiste des nationalismes européens. Qui sont ces groupes d’ultra-droite qui sont menacés de dissolution ? Quelle place occupent-ils dans ou en marge du paysage politique français ? Quelle réponse à gauche et quels liens avec des groupuscules équivalent dans l’Europe des nationalismes ?

- Dans le journal de 18h
Les dissolutions, et après ? Le 25 juin, le président des Jeunesses Nationalistes et de l’œuvre françaises, deux organisations qui se revendiquent pétainistes et anti-système, accusée d’abriter en leur sein des éléments violents, ont appris que des procédures de dissolution ont été engagés contre eux par l’Etat. Comment réagissent-il, quelle suite comptent-ils donner à leur action ? Les antifascistes croient-ils en l’efficacité de ces mesures administratives ?
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 04 Juil 2013, 23:43

Nous reproduisons ici le verbatim de la prise de parole assumée par quatre militantes antifascistes lors de l’arrêt marqué par la manifestation du 23 juin dernier au pont du Carrousel.

Le premier mai dernier, nous étions ici, sur le Pont du Carrousel, pour commémorer le meurtre de Brahim Bouarram, jeté dans la Seine par des militants d’extrême droite, sortant du cortège du Front National, qui défile encore tous les ans en direction de la Statue de Jeanne D’Arc. Les antifascistes, rassemblé.e.s à St-Michel pour rejoindre cette commémoration se sont fait.e.s violemment attaquer par des fascistes. Clément était présent, comme à chaque rassemblement et action antiraciste. Ce premier mai dernier, il a pris un coup qui l’a envoyé à l’hôpital. Le 5 Juin il est tombé et ne s’est plus jamais relevé. Son engagement était quotidien ; ce n’était pas une simple posture, ou un engagement ponctuel. Il défendait un antifascime de tous les instants et de tous les lieux.

Clément était de toutes les actions et manifestations anti-racistes, mais aussi anti-homophobes, antisexistes, anti-spécistes, et de tous les combats relevant de la lutte des classes.

Il avait compris que pour gagner la guerre sociale à laquelle nous faisons face, chaque lutte doit être menée. Car seuls deux camps sociaux s’opposent : celui des opprimé.e.s, des exploité.e.s, des discriminé.e.s et celui des oppresseur.e.s et des exploiteur.e.s. Renvoyer dos à dos ces deux camps, faire le choix de la passivité ou fermer les yeux sur ce conflit n’est pas faire preuve de neutralité, mais signifie bel et bien se ranger du coté des oppresseur.e.s. La couleur de nos peaux, nos sexualités, notre genre, nos croyances ou non croyances, ne nous empêchent pas de vivre ensemble libres et éga.les.ux. La volonté et le fait d’opprimer ou d’exploiter les autres, si.

Clément, sans compromissions, a fait le choix de combattre aux cotés des opprimé.e.s, à nos coté, sans jamais se substituer à notre parole. Car trop souvent, nous laissons d’autres parler, penser et agir à notre place, or, ces leaders et représentants auto-proclamés, nous méconnaissent et bien trop souvent nous méprisent. Au mieux, de bonne foi, ils sont paternalistes, au pire, servant leurs propres intérêts, ils nous utilisent et nous trahissent. A cela, une seule solution : la prise en main de notre propre destin.

Deux choix de société s’offrent à nous aujourd’hui : celui de l’individualisme, de l’exploitation, de l’oppression, ou bien celui du partage, des solidarités, de l’égalité et de la liberté. Aucune personne, aucun parti, aucune organisation ne détient, à elle-seule, le tracé parfait du chemin qui mène au partage, aux solidarités, à l’égalité et à la liberté. Opprimé.e.s, exploité.e.s, discriminé.e.s, nous devons dès à présent nous rassembler et, chacun et chacune sur un pied d’égalité, réfléchir et agir par nous-même. D’aucun.e.s nous promettent des lendemains qui chantent grâce à un simple bulletin dans l’urne ; en réalité, le changement sera le fruit de luttes et de combats quotidiens.

Une attaque contre l’un.e d’entre nous est une attaque contre toutes et tous. Chaque jour, nous subissons les coups de ceux qui voudraient nous maintenir au sol.

Alors redressons-nous, relevons la tête, levons le poing, soyons libres et fier.e.s, marchons ensemble et repartons en guerre !
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 05 Juil 2013, 20:37

À propos d’une vidéo sur la mort de Clément Méric : bidouillages et journalisme d’approximation Henri Maler, Ugo Palheta, 04/07

Le 25 juin, à 6 h du matin, RTL révélait à l’antenne et sur son site l’existence d’une vidéo de l’agression qui a coûté la vie à Clément Méric, militant antifasciste et syndicaliste étudiant de 18 ans. Quelques heures après la publication de cet article et dans les jours qui suivent, plusieurs articles viennent pourtant mettre en doute cette « information » : non seulement la vidéo ne permettrait pas de voir à plus de vingt centimètres au-dessus du sol (selon une source policière citée par Libération), mais elle ne proviendrait pas en outre, selon le magazine Politis, d’une caméra de la RATP. Entre-temps, la circulation circulaire des approximations a fait son œuvre…
Soyons clair : à l’évidence Acrimed ne dispose d’aucune information particulière – sourcée, recoupée et vérifiée – permettant d’éclairer les circonstances précises de la mort de Clément Méric. En revanche, nous disposons d’informations précises – sourcées, recoupées et vérifiées –, sur la circulation circulaire d’informations partielles et d’interprétations biaisées présentées sur le mode de l’évidence ; bref sur les mauvaises recettes du journalisme d’approximation.
Quelques heures après la mort de Clément Méric, nombre de médias ne se sont pas contentés, si l’on ose dire, de se livrer, comme nous le soulignions dans notre communiqué (« La récupération médiatique de la mort de Clément Méric ») à une surenchère de commentaires indécents au détriment de la vérité factuelle : ils ont prétendu savoir avant de savoir. Parmi eux, L’Express a atteint des sommets. Sous le titre « Ce que l’on sait de l’agression de Clément, 19 ans, par des militants d’extrême droite », sur la foi de témoignages qui ne sont même pas mentionnés et à l’abri d’un mélange consternant de conditionnel et d’indicatif, L’Express du 6 juin 2013 pouvait écrire : « Les skinheads auraient alors été sortis par la sécurité. Mais loin de rebrousser chemin, ils seraient restés devant le magasin en attendant "des renforts". À sa sortie, Clément est à nouveau pris à parti. L’un des skinheads le frappe avec un poing américain. En chutant, il heurte violemment un plot métallique. » Mais, la précipitation succédant à la précipitation, il a suffi d’une vidéo pour que les Tintins du journalisme à grande vitesse modifient leurs récits.

La vidéo selon RTL

Selon l’affirmation péremptoire du site de RTL, « la vidéo de l’agression a parlé ». Or non seulement le journaliste de RTL ne précise pas s’il a vu (et étudié) lui-même cette vidéo, ou s’il livre seulement une interprétation, mais, à supposer que la vidéo montre ce qui nous en est dit, elle ne constitue que l’un des éléments de l’enquête. Or que verrait-on, selon RTL ?
Dans son intervention à l’antenne, le journaliste affirme : « On y voit d’abord une bagarre générale. Esteban, un des skinheads se bat avec deux amis de Clément Méric. On aperçoit alors le jeune militant d’extrême-gauche se précipiter dans le dos d’Esteban pour lui asséner visiblement un coup à la tête ». L’article publié sur le site omet de mentionner qu’Esteban Morillo se battrait avant que Clément Méric ne « se précipite ». Mais surtout : ce que l’on apercevrait « visiblement » se transforme, de l’oral à l’écrit, en simple impression, puisqu’on peut lire sur le site de RTL que l’ « on voit notamment le jeune militant d’extrême gauche se précipiter dans le dos d’Esteban Morillo, […] alors de dos,semble-t-il pour lui asséner un coup ».
Si la vidéo a parlé, manifestement elle bafouille… Pourtant, RTL affirme : « Or, ces images permettent de confirmer l’identité du meurtrier. Elles excluent l’hypothèse d’un lynchage, montrent un Clément Méric provocateur et confortent la thèse du juge sur une mort accidentelle à la suite de coups donnés ». À supposer que Clément Méric ait été « provocateur », ce ne sont évidemment pas les images telles que RTL les décrit qui le montrent. Et si la thèse d’une mort « accidentelle » peut avoir une valeur judiciaire, elle ne peut tenir lieu de jugement politique.

Circulation circulaire des approximations

Il n’empêche… la prétendue information, « révélée » tôt le matin par RTL, va être reprise durant toute la journée, et parfois les jours suivants, par la grande majorité des médias, bien que certains d’entre eux la tempèrent en informant sur la version que donne Libération du contenu de cette vidéo.
Les plus paresseux, comme Europe 1 ou Capital.fr, plutôt que de « s’informer » auprès de la source secondaire que constituent les bafouillages de RTL, se bornent à reproduire une source tertiaire : une dépêche de Reuters.
Or non seulement ces reprises de seconde ou de troisième main, se font presque toujours sans aucune mise à distance critique ni contre-enquête, mais elles aboutissent même – en de nombreux cas – à proposer de très libres interprétations des visions, elles-mêmes approximatives (et controversées), de RTL. La vidéo en version RTL montrerait une « bagarre générale » ? Ce contexte est omis. La vidéo montrerait Esteban aux prises avec des amis de Clément Méric, suscitant son intervention ? Aurait-il, porté un coup visiblement ou apparemment ? On ne sait. Il ne reste plus que cette « évidence » : Clément Méric, « provocateur » (mot employé par RTL, repris par différentes sites d’information) aurait été puni par son agresseur.
Ainsi, selon le site de L’Express, qui se demande ce « que révèle cette preuve essentielle », la vidéo de RTL « vient plutôt attester cette dernière version des faits [celle des skinheads] », puisqu’ « on voit Clément Méric se précipiter sur Esteban, son meurtrier présumé, pour lui asséner un coup ». Ainsi se trouve effacé le contexte d’une bagarre générale et implicitement affirmé que revient à Clément Méric l’initiative des coups, quand bien même il aurait cherché à défendre l’un de ses camarades.
C’est seulement près de cinq heures plus tard qu’il sera fait mention dans cet article des éléments publiés par Libération, mettant en doute l’interprétation avancée par RTL. Pourtant, non seulement le titre de l’article de L’Express continue de prétendre que la vidéo permet de savoir « ce qu’il s’est vraiment passé », mais la légende de l’image qui illustre l’article affirme même : « Une preuve capitale a été découverte dans l’affaire Clément Méric : une vidéo d’une caméra de surveillance a filmé la bagarre ». De même, Le Parisien parle d’ « images capitales » et d’une « provocation de ce dernier [Clément Méric] lors de l’échange de coups ».
Il serait fastidieux de recenser la totalité des articles mentionnant cette vidéo et faisant passer sur le mode de l’évidence non seulement son contenu mais les interprétations qui en sont proposées par le journaliste de RTL. On peut néanmoins relever quelques exemples, qui permettent d’y voir plus clair, non sur l’agression mortelle dont Clément Méric a été victime, mais sur les bidouillages médiatiques qui conduisent moins à éclairer qu’à embrouiller les circonstances de sa mort :
- La Voix du Nord parle ainsi sur son site d’une « bagarre entre bandes », prétendant en titre de son article que « le meurtre » est « écarté par les enquêteurs » (alors même qu’on ne sait toujours pas si l’agresseur portait ou non un poing américain lorsqu’il a frappé [1]) : « On aperçoit deux bandes, une d’extrême gauche et une d’extrême droite qui s’affrontent, par poings interposés. […] Il s’agissait bien d’une lamentable bagarre de rue entre deux groupes ’’ennemis’’ qui a dégénéré jusqu’à la tragédie que l’on connait ».
- Le magazine Marie-Claire parle quant à lui d’ « une vidéo qui dérange », et affirme en guise chapô de son article : « une vidéo de la RATP montre que le militant d’extrême gauche avait tenté de frapper le skinhead avant de recevoir un coup fatal, le 5 juin ».
- Selon La Dépêche, « une vidéo révèle les circonstances de la bagarre », prétendant que « Les images du drame […] permettent de se faire une idée précise des circonstances de la scène, jusqu’ici restées floues ».
- Pour le magazine Capital, ce que révèle en premier lieu cette vidéo, c’est que «  Clément Méric aurait donné un coup en premier  » (titre de l’article).
- De même, Le Bien public prétend que «  l’étudiant aurait provoqué son agresseur  », ajoutant : « un enregistrement semble montrer que l’altercation mortelle a été provoquée par le jeune militant antifasciste tué ».
- Le lendemain de la parution des articles de RTL et de Libération, le journal Direct Matin va jusqu’à titrer, dans son édition papier : «  Une vidéo accrédite le coup involontaire  ». Que les coups n’aient pas eu pour intention de tuer, c’est ce qui sera notamment jugé lors du procès. Mais affirmer que les coups portés ont été eux-mêmes « involontaires  » et que la vidéo le montrerait, c’est pousser de la bêtise à l’absurde la vision de ce que l’on n’a pas vu, au risque de se livrer – « involontairement » ? – à une pure infamie.

Visionnaires des télévisions

Plus on s’approche des médias de grande écoute que sont les chaînes de télévision, plus l’ « information » se trouve délestée de la moindre réserve que permettrait, au minimum, l’usage du conditionnel et la référence à l’article de RTL (« selon RTL »). Précision d’autant plus cruciale que personne parmi les journalistes qui évoquent la vidéo en question – pas même, semble-t-il, le journaliste de RTL – n’a pu la visionner.
Ainsi la chaîne BFM-TV peut-elle, toute la journée, annoncer en boucle la chose suivante : « C’est une caméra de la RATP qui permet aux enquêteurs d’en savoir plus sur les conditions dans lesquelles Clément Méric a trouvé la mort lors d’une bagarre […]. Sur les quelques secondes exploitables, on y voit le jeune homme de 18 ans venir en aide à deux militants antifascistes. Par derrière, il frappe à la tête Esteban Morillo […]  ».
De même, dans le JT de 20h de France 2 le 25 juin, David Pujadas lance son sujet en affirmant : « Les policiers ont pu exploiter et visionner une vidéo de la RATP. Elle révèle de nouveaux détails sur les circonstances de la bagarre ». Ainsi présentée, n’importe quel téléspectateur peut s’imaginer que l’existence de cette vidéo et son contenu ont été annoncés par la police elle-même et ne font pas question.
Il faut attendre le sujet en question pour que le journaliste, après s’être demandé si « Clément Méric a […] été l’agresseur avant d’être mortellement frappé », prenne la peine de mettre à distance la prétendue information (« c’est ce que semblent démontrer des images… »). Cette mise à distance est pourtant anéantie dans l’instant par une « reconstitution » de la scène telle qu’elle aurait été filmée par des caméras de la RATP, reconstitution qui non seulement produit un puissant effet de réalité mais conduit également à omettre la bagarre générale, puisqu’on y voit seulement deux personnages figurant Clément Méric et Esteban Morillo.
Le journal Libération avait pourtant, quelques heures seulement après la parution de l’article de RTL, mis en doute la version qui était donnée de cette vidéo, en précisant que – selon une source policière – elle ne permettait de voir que les jambes des protagonistes. On aurait pu s’attendre à ce que, plusieurs heures après la parution de cet article, France 2 en fasse mention pour, au minimum, relativiser les « révélations » de RTL. De même, si certains sites d’information ont modifié leurs articles au cours de la journée, la plupart n’ont pas pris cette peine.
***
Répétons-le : nous ne disposons d’aucune information particulière – sourcée, recoupée et vérifiée – sur les circonstances précises de la mort de Clément Méric. En revanche, nous disposons d’informations précises, sourcées, recoupées et vérifiées qui montrent que de trop nombreux médias, qui se posent en défenseur de la démocratie, préfèrent ignorer que s’il est judiciairement utile de connaître l’enchainement des faits, il est politiquement futile de se demander « qui a commencé », quand c’est l’existence même de groupes fascistes – responsables d’agressions, homophobes et racistes, qu’ils multiplient depuis des mois – qui est une « provocation ». Tout le reste relève de l’enquête policière, dont il arrive qu’elle vaille mieux qu’une non-enquête journalistique ; comme le dit un militant antifasciste cité par Libération  : « La vérité sur ce qui s’est réellement passé, nous la connaîtrons le jour du procès ».

Notes

[1] On sait néanmoins que deux poings américains ont été retrouvés chez lui lors d’une perquisition.
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 06 Juil 2013, 12:11

La dissolution des JNR ne sert à rien, mieux vaut combattre leurs idées Youssef Boussoumah 02/07

Suite au décès de Clément Méric, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé sa volonté de «tailler en pièces de façon démocratique» les groupuscules incriminés dans la rixe. Youssef Boussoumah, du mouvement des Indigènes de la République explique pourquoi il ne faut pas dissoudre ces groupes mais s'y opposer au niveau des idées.

Il ne faut pas interdire les groupuscules d’extrême droite. Par principe, je ne suis pas pour les dissolutions, car c’est l’État qui en décide et il n’a pas de leçons à donner en matière de respect des droits démocratiques. Par ailleurs, chacun a le droit et la liberté de s’organiser et de se réunir. Par contre, la nécessité est de les combattre politiquement au niveau des idées. D’ailleurs, le plus souvent, une fois les dissolutions réalisées, les groupes réapparaissent sous d’autres noms.

Symboliquement, je peux comprendre le geste, car des groupes d’extrême droite sévissent depuis longtemps en toute impunité. Mais, ne faisons pas, non plus, semblant de les découvrir à l’occasion de la mort de Clément Méric. Quotidiennement, des groupes frappent et tabassent de jeunes gens.

La montée de l’islamophobie et de la négrophobie est indiscutable. Dissoudre ces groupes ne sert à rien s’il n’y a pas de l’éducation populaire à leur sujet. Ils sont éminemment liés aux opinions de certains groupes politiques et sont l’expression la plus extrême d’idées politiques qui ont cours. Les reconduites à la frontière, les mesures vexatoires contre les minorités menées par le gouvernement de droite mais aussi par le pouvoir actuel désignent des cibles implicites dans le pays. C’est une sacrée hypocrisie de ne pas voir le lien entre la politique et ces actes. Les dissolutions seraient donc uniquement de la poudre aux yeux et ferait perdre un temps précieux.

L’extrême gauche se bat pour défendre des valeurs de vivre-ensemble

Il est scandaleux de rapprocher les groupes d’extrêmes gauche de ceux d’extrême droite, comme a pu le faire l’UMP. Ceux d’extrême gauche ne se sont jamais attaqués dans la rue à des personnes lambda en raison de leur couleur ou de leur religion. Bien sûr, il y a des bagarres entre groupes d’extrême droite et d’extrême gauche, mais ceux d’extrême gauche se battent pour défendre un certain nombre de valeurs de vivre ensemble.

À l’extrême droite, certains portent en eux des valeurs de négation de catégories du genre humain. Le 1er mai dernier, nous étions rassemblés au pont du Carroussel pour commémorer la mémoire de Brahim Bouarram, un Marocain tué par des militants d'extrême droite, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1995. Des militants d’extrême gauche, dont Clément Méric, revenaient de Saint-Michel et ont été durement accrochés par des identitaires armés de cutter et de bouteilles remplies d’acide.

Il suffit d’aller dans toutes les librairies d’extrême droite pour savoir quelles sont les références des jeunesses nationalistes révolutionnaires. Il est possible de ne pas être d’accord avec les idéologues anarchistes des groupes d’extrême gauche, mais il faut reconnaître que les deux n’ont rien à voir. Bien qu’il y ait eu des excès avec Staline et Pol Pot, les millions de communistes à travers le monde n’ont rien à voir avec les fascistes. Ces derniers ne se sont jamais battu pour des valeurs humanistes, mais pour des valeurs élitistes. Par nature, les idéologies fascistes sont la négation de l’universalisme : elles hiérarchisent les hommes, elles croient aux races et à la supériorité d’un genre sur l’autre.
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nyark nyark » 06 Juil 2013, 18:54

Pour une fois je suis d'accord avec Youssef Boussoumah, mais je ne suis pas sûre qu'on ait besoin de son argumentaire ici.
Si, une fois pour toutes, les IR pouvaient nous foutre la paix : nous n'avons pas besoin d'eux dans notre combat.
La religion est la forme la plus achevée du mépris (Raoul Vaneigem)
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 07 Juil 2013, 11:24

Nyark nyark a écrit:Pour une fois je suis d'accord avec Youssef Boussoumah, mais je ne suis pas sûre qu'on ait besoin de son argumentaire ici.
Si, une fois pour toutes, les IR pouvaient nous foutre la paix : nous n'avons pas besoin d'eux dans notre combat.


Bien entendu mais ignorer ce texte - comme celui ci-dessous - eut été dommage...

Corsica Infurmazione – #Corse « NO PASARAN ! » U Cumunu

Le mercredi 5 juin, Clément Méric, un jeune militant antifasciste breton était tué, à Paris, par un groupe de skinheads d’extrême-droite. L’auteur des coups mortels, Esteban Morillo, est militant de Troisième Voie, un groupuscule dirigé par Serge Ayoub et se réclamant du nationalisme révolutionnaire, doctrine en partie héritée des frères Strasser, idéologues du NSDAP purgés lors de la Nuit des longs couteaux. Ces derniers représentaient la branche la plus « socialiste » du parti nazi.

Troisième voie s’inscrit également dans une mouvance européenne réunie sous le nom de Movimento Sociale Europeo (MSE). Les 25 et 26 février 2012, le MSE s’était réuni à Rome pour commémorer la mort en 1975 de Mikis Mantakas, étudiant grec militant du parti néofasciste Movimento Sociale Italiano. Parmi les participants, les animateurs du blog Corsica Patria Nostra, se voulant les représentants en Corse de ces idées réactionnaires, sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir.

Quelques heures après les faits, plusieurs journalistes et commentateurs ont cherché à mettre sur un pied d’égalité « fachos » et « antifas », présentant cela comme une bagarre entre bandes ayant mal tourné, cherchant à savoir qui était l’agresseur, qui était l’agressé, afin de déterminer le degré de responsabilité de chacun. Par ces propos, ils cherchaient à faire oublier que Clément était imprégné des idées de solidarité, de partage, de respect de l’autre. Son meurtrier et ses amis, eux, ne jurent que par la haine, le racisme, l’autoritarisme. Les faits sont simples : un militant antifasciste est tombé sous les coups de la peste brune.

La mort de Clément nous rappelle que le combat antifasciste n’est pas une lutte secondaire. Elle est la dramatique preuve que l’extrême-droite est plus que jamais présente, plus que jamais dangereuse. Non seulement son principal parti, prospérant électoralement sur la misère sociale et culturelle, le Front national, a des liens clairs avec les groupuscules comme Troisième voie (voir cet article de La Horde), mais aussi, et surtout, leurs idées sont reprises par les partis « de gouvernement », de l’UMP au PS.

La lutte antifasciste est plus que jamais d’actualité. La crise systémique du capitalisme, plongeant les peuples d’Europe, particulièrement dans notre environnement naturel méditerranéen, dans une situation économique et sociale dramatique, favorise l’extrême-droite, garde-fou du capitalisme en divisant la classe opprimée. En Corse, comme ailleurs, le danger est présent, comme nous l’ont montré les derniers résultats électoraux. Notre terre, théâtre d’une importante lutte antifasciste lors de la seconde guerre mondiale, berceau de Jean Nicoli, de Charles Bonafedi, de Dumè « Ribellu » Lucchini, doit être en première ligne dans cette lutte. En Corse, comme ailleurs, ils ne doivent pas passer ! NO PASARAN !

CONTR’A U FASCISMU, EVVIVA A SULIDARITA INTERNAZIUNALE DI I TRAVAGLIADORI !

U Cumunu LLN/LLS

P.S D’ailleurs sur internet le représentant d’A Ghjuventù Indipendentista refuse officiellement un quelconque soutien des représentants « troisième voie » et de ses relais en Corse.
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 08 Juil 2013, 11:47

Message de The future is unwritten (Leipzig)

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades,

Le cinq juin, vous avez perdu votre ami Clément Méric. Il a été tué par des fascistes. Nous, the future is unwritten, un groupe radical de gauche de Leipzig en Allemagne, voulons vous présenter nos très sincères condoléances. L’assassinat de Clément s’inscrit dans une nouvelle qualité de violence de l’extrême droite qui se propage en Europe, et non seulement ici, dans le contexte de la crise globale du Capital. La peur existentielle des gens les entraîne à chercher la protection par l’Etat autoritaire et les mène à vouloir éliminer les derniers restes de leur pseudo-individualité alienée à travers la construction d’une communauté authentique prétendue, soit nationale ou culturelle. Ainsi ils croient ne plus devoir porter la responsabilité de leur réussite ou défaite personelle dans la concurrence universelle capitaliste. Les individu-e-s espèrent de pouvoir abandonner leur propre intérêt bonheur et à l’épanouissement irréalisable, à faveur d’une collectivité ethnique et nationale. La progression du fascisme en Hongrie, l’Aube Dorée en Grèce, les manifestations contre le mariage homosexuel en France et encore la criminalisation dédaigneuse de l’amour homosexuel en Russie sont des exemples pour une régression internationale qui emportent les individu-e-s terrifié-e-s. Les assassinats de la NSU, ici en face de nous, que la police allemande intitulait cyniquement et de manière raciste l’ „ assassinat de kébab “ , sont un indice de la configuration violente de la société .
Clément était anarcho-syndicaliste et antifasciste, quelqu’un qui s’engageait pour une voix sensé et raisonnable au delà de cette folie sociétale, qui s’engageait pour un projet émancipateur. Il ne voulait évidemment pas laisser passer cette barbarie, mais il en est devenu victime. Nous exprimons toute notre solidarité avec la famille de Clément, ses ami-e-s et camarades.
Nous poursuivons la lutte contre le Capital et les Nazis, pour que la violence trouvera sa fin !

Vive la solidarité anti-nationale !
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Re: Meurtre de Clément Méric, et suite en mobilisation antif

Messagede Nico37 » 09 Juil 2013, 20:34

Alain Soral ? un poseur, un imposteur 09/07

Alain Soral s’est illustré, dans une vidéo postée le 6 juillet 2013, en commentant l’assassinat de Clément Méric, qu’il qualifie de « dérisoire », de « grotesque », de « fait divers d’ados » (sic), et en insultant Clément sans retenue, se moquant par exemple de son physique… Pire, au nom de la défense de la « minorité opprimée » que seraient les naziskins, il prétend avoir envoyé de l’argent à Esteban Morillo, le meurtrier de notre camarade. Une provocation de plus de la part de l’un des éléments les plus médiatisés de l’extrême droite française, et l’occasion pour nous de revenir sur cet clown triste : un rappel de quelques vérités semblent nécessaires, en particulier ses fréquentations passées et présentes dans à peu près tout ce que l’extrême droite compte de tordus en tout genre.

En quelques années, Alain Soral est parvenu à être dans un premier temps sympathisant du FN, dans un second temps militant voire intellectuel autoproclamé du FN (il faut dire que la concurrence n’était pas vraiment féroce), puis dissident frontiste et finalement leader d’un petit groupuscule oscillant entre la nationalisme républicain et une sorte de nationalisme révolutionnaire new-age (les références politiques en moins), candidat sur une liste antisémite composé de paranoïaques et de marginaux politiques, fondateur/éminence grise d’un pseudo-journal politico-satirique, Flash, et enfin auteur à succès d’opuscules conspirationnistes et antisémites. Girouette mégalomane, affabulateur conspirationniste, bateleur imbécile, Alain Soral a un parcours tout à son image.

Une jeunesse bourgeoise

Il y a encore quelques années, de son vrai nom Alain Bonnet de Soral, parlait avec nostalgie des cités ouvrières et du Paris ouvrier dans lesquelles il avait passé son enfance et scandait à qui voulait l’entendre qu’il était fier de s’être hissé socialement grâce à l’école de la République … La réalité est tout autre : Alain Soral est un fils de notaire, scolarisé au collège Stanislas1 à Paris. S’il vécut un temps à Meudon, il habita de nombreuses années rue de Vaugirard à Paris, l’une des rues les plus chères de la capitale…

Après avoir vécu un temps en province, il revient à Paris en 1976, année à laquelle débute sa période « bourgeois-bohème ». Il évolue alors, avec un certain succès, dans un milieu qu’il dénigre aujourd’hui. Il fréquente à la fois le monde de la nuit et celui des intellectuels parisiens, devient étudiant aux Beaux-arts et dans les années 1980, embrasse alors la carrière de journaliste et d’écrivain en pigeant dans divers magazines.

En 1990, il découvre les écrits de Michel Clouscard, auteur marxiste critique, inventeur du concept de « libéralisme-libertaire », connu pour son travail sur Mai 68 et ses conséquences sur la société française. Alain Soral s’empare des théories de cet universitaire, sans doute plus par non-conformisme que par réelle l’adhésion théorique, en ne retenant de la critique de Mai 68 qu’une haine viscérale pour tous les mouvements d’extrême gauche issus de cette période. Il prétend encore aujourd’hui être le vulgarisateur et continuateur des thèses de Clouscard, bien que ce dernier ait publiquement dénoncé la récupération de ses idées par Soral dans le journal l’Humanité du 30 mars 20072, expliquant sommairement que Soral n’avait rien compris à ses écrits. A cette époque, il persiste à fréquenter le milieu parisien de « gauche » du monde des médias, dans lequel il grenouille depuis le début des années 1980, espérant s’y tailler une place d’intellectuel de référence. Pourtant, il révélait à Vénissieux le 2 mars 2007, lors d’une réunion publique avec le FN : « dès cette époque [les années 1980] je préfère encore un facho à un gauchiste … ce que je reproche au facho, que je croise en allant draguer l’étudiante en droit du côté de la fac d’Assas, ce n’est pas sa radicalité révolutionnaire, mais le fait que son origine bourgeoise le poussera inéluctablement à rallier l’UDF ou l’UMP une fois son diplôme en poche, comme les Madelin et autres Devedjan. »

Alain au pays des soviets

En 1990, en pleine période de l’écroulement de l’URSS, Soral adhère au PCF. Il explique aujourd’hui les raisons de son engagement en déclarant que, selon lui, il est primordial que deux pôles antagonistes coexistent pour que la France puisse continuer d’avoir sa place dans le concert des nations, et la meilleure façon d’aider la nation, c’est de soutenir l’URSS via le PCF. Curieusement, cette position est ni plus ni moins que celle tenue par Alain de Benoist à l’époque, gourou de la Nouvelle Droite et du GRECE. Un individu que Soral croisera à plusieurs reprises dans son parcours, en particulier à l’Idiot International. Étrangement, personne aujourd’hui au PCF ne se souvient du passage d’Alain Soral. Ce dernier donne bien le nom de la cellule à laquelle il appartenait, « cellule Paul Langevin », mais cette appellation est tellement courante qu’il est impossible à ce jour de retrouver des militants affirmant avoir rencontré Soral. Il y a toutes les chances que Soral ait effectivement pris un jour sa carte au PCF, sans pour autant s’être investi dans un travail local ou avoir vendu l’Huma Dimanche, bien qu’il prétende avoir participé à la campagne contre le traité de Maastricht en 1992.

A la même époque, il participe, aux cotés de Jean-Paul Cruse3, à la création du « Collectif des travailleurs communistes dans les médias », alias la « Section Ramon Mercader » (du nom de l’assassin de Trotski), dont le logo était deux piolets croisés. Ils publient un bulletin : La lettre écarlate. Malgré les propos de Soral, qui donne beaucoup d’importance à cette aventure4, tout cela restera ultra confidentiel, c’est à dire connu seulement de Soral, Cruse et de leur petit cercle d’amis. Ce genre d’histoires ne peut que convaincre des individus ne connaissant pas l’univers du PCF et de la CGT. En effet, le PCF n’aurait jamais toléré qu’une cellule ou association portant un nom aussi provocateur puisse exister. Quant à la CGT, elle n’aurait pas permis qu’une telle structure puisse exister en dehors du tout puissant Syndicat du Livre. L’importance donnée aujourd’hui à cet épisode est due en grande partie à la publicité qu’en a fait Alain Soral, mais également Didier Daeninckx lorsque ce dernier présenta le dossier à charges des « rouges-bruns » à Georges Marchais, à l’époque premier secrétaire du PCF.

L’affaire des rouges-bruns

A la même époque, Soral appartient à la rédaction de l’Idiot International, le journal de Jean-Edern Hallier, haut lieu de convergence de militants et d’intellectuels de tout bords, en ruptures ou marginalisés d’avec leur milieu d’origine, la plupart du temps ne représentant qu’eux mêmes. Autour de Marc Cohen, rédacteur en chef du journal et membre du PCF, ancien responsable de l’UNEF-renouveau, on trouve pêle-mêle l’équipe de Jalon5 (journal satirique dont certains membres se trouvent avait flirté avec l’extrême droite comme son directeur Basile de Koch, de son vrai nom Bruno Tellenne, frère de Karl Zéro, tous deux proches du GUD durant leurs études), Alain De Besnoit du GRECE et de la revue Eléments, le journaliste Frédéric Tadéï6, Jean-Paul Cruse. Cette volonté de journal « trans-courant », voulu par Edern-Hallier, passe par une destruction des clivages gauche-droite. Cette alchimie malsaine aboutira à un texte de Jean-Paul Cruse en 1992 « Vers un Front National » dans l’Idiot International, qui propose une alliance entre les communistes, le Front national et les partisans de Chèvenement et Pasqua pour « conduire une politique autoritaire de redressement du pays ». Après avoir longtemps refusé la paternité du texte, Jean-Paul Cruse aujourd’hui la revendique intégralement, après que Soral a laissé pensé qu’il en serait l’un des auteurs. Ce texte provoque une vive émotion à gauche, surtout au sein du PCF, dont certains membres sont impliqués dans l’Idiot International. La réaction du bureau national du SNJ-CGT ne se fait pas attendre en condamnant le texte, rappelant que « ces idées ne sont pas celles de la CGT », qu’elle les combat « même de toutes [ses] forces »7.

Le PS fait pression sur Edern-Hallier pour virer l’équipe de l’II, et Marchais fait le ménage dans son parti. Soral quitte le PCF en 1993 (ou en est exclu selon les versions qu’il donne de cet épisode). Cette confusion des genres, née principalement pendant la mobilisation contre la Guerre du Golfe, aura quelques répercussions sur le terrain, essentiellement autour de la personne d’Alain de Benoist. Le 10 janvier 1992, il est invité à s’exprimer sur les ondes d’une station radio du PCF et, quelques jours plus tard, il apparaît dans le carré de tête d’une manifestation anti-guerre, le 12 janvier 1991. Il interviendra le 12 mai 1992 dans un débat organisé par l’Institut de recherches marxistes (dirigé par Francette Lazard) à la Mutualité sur le thème « le réveil de la pensée critique »8. Quant à Marc Cohen, il participera à un débat organisé au Musée social à Paris par la revue du GRECE, Eléments, le 19 mai 1992, sur « la recomposition du paysage intellectuel français ».

Coming-out nationaliste

Après cette petite escapade, Soral décide de retourner à son métier d’écrivain, pour lequel il connaît un certain succès, dès 1996, avec « Sociologie d’un dragueur », peaufinant au fil du temps son numéro bien rôdé de macho républicain sur les plateaux de « C’est mon choix » ou de Thierry Ardisson. Bien qu’on lui prête sur cette période (fin 1990 début 2000) une sympathie et un rapprochement avec la mouvance souverainiste de JP Chevènement9, il semble, une fois de plus, que son engagement tienne plus du mythe, se limitant à une dédicace pour l’ancien ministre de la Défense dans l’un de ses ouvrages. Malgré ce succès médiatique et éditorial, Alain Soral est de nouveau tenté par le démon de la politique. Et cette fois-ci, il met la barre à droite toute ! Pour son retour dans l’arène politique, Soral commence en effet par répondre aux questions d’Eléments10en 2004, revue de la Nouvelle Droite où l’on retrouve Alain De Benoist, personnage déjà croisé à l’époque de l’Idiot International. L’année suivante Soral donne une interview au fanzine national-bolchevik Rébellion.

Il franchit un cap supplémentaire le 24 juin 2006 en dédicaçant son livre dans la librairie Facta d’Emmanuel Ratier, à Paris. La même année, il est signataire aux côtés de Fabrice Robert, Philippe Vardon et Gilles Soulas d’une pétition demandant la libération du néonazi Michel Lajoye, condamné pour des attentats à l’explosif contre des bars et résidences de travailleurs maghrébins. Il préface l’ouvrage d’Anne Kling11, La France LICRAtisée, dont les fantasmes sur le lobby juif et la LICRA rejoignent complètement ceux de Soral. Enfin, en août 2006, aux côtés de Marc Robert (FN), Thierry Meyssan (Président du Réseau Voltaire passé aux délires paranoïaques et complotistes), Dieudonné, Ahmed Moualek (La Banlieue s’exprime, pseudo association de banlieue à la gloire du FN) et Frédéric Châtillon (ancien chef du GUD et proche de Marine Le Pen), Alain Soral participe à un voyage au Liban.

FN : je t’aime, moi non plus

En parallèle, il rejoint les rangs du FN, de façon officieuse, dès 2005 après un dîner pris en commun avec Jean-Marie Le Pen. Il rédige alors au moins l’un des discours du président frontiste, « le discours de Valmy », prononcé le 20 septembre 2006. Ce n’est qu’une fois son engagement au FN rendu publique en novembre 2006, qu’il intègre officiellement le bureau politique du FN. Dans le même temps, il fonde son club de pensée Egalité et Réconciliation, qui aura l’honneur de recevoir lors de sa deuxième université d’été, la visite de Jean-Marie Le Pen. Soral se sent alors pousser des ailes, accompagne Marine Le Pen dans tous ses déplacements, joue les « fiers à bras » face aux journalistes, protégé quand même par le DPS, s’intronise caution de gauche du FN12. Jamais avare de phrases chocs, Soral déclare alors à qui veut l’entendre que si « Marx était encore vivant, il voterait Le Pen » ou bien encore, que les vrais communistes et les vrais défenseurs du prolétariat, les vrais révolutionnaires étaient au FN13.

Si l’intégration de Soral au FN est une réussite médiatique, en interne le monsieur commence sérieusement à agacer14. Des cadres du FN, présents depuis des années dans l’appareil, supportent mal l’attitude de Soral, surtout quand ce dernier se permet de revendiquer la tête de liste FN en Ile-de-France pour les européennes dès le mois de juin 2008. Le sociologue va rapidement déchanter à la fin de l’année 2008 quand il apprend que le clan Le Pen lui refuse la tête de liste pour les régionales. Vexé, il refuse alors la seconde place ou une place éligible, et fidèle à son habitude quand il n’obtient pas ce qu’il veut, Soral rejette la faute sur ses anciens camarades et les insulte allègrement. Jean-Marie Le Pen, quelques temps plus tard, se fera un plaisir de souligner certains traits de caractère du personnage : « Alain, ce n’est pas un politique, c’est un romancier. Et puis, il a un fichu caractère. Moi, il ne m’a jamais manqué de respect, mais dès que quelqu’un n’était pas d’accord avec lui, il l’insultait : « juif ! pédé !». Ce n’était plus possible. »15. Un malheur n’arrivant jamais seul, quelques jours avant l’annonce officielle de son départ du FN, Alain et ses maigres troupes d’E&R se prennent une volée à Paris lors de la manifestation en soutien au peuple palestinien à Paris. Son départ du FN en interne est vécu comme un soulagement, et chacun, même en dehors du FN, en profite pour régler ses compte avec Soral qui annonce, dès lors, son repli sur son club Egalité et Réconciliation.

Egalité et Réconciliation

Fondé officiellement en 2007 avec Marc Georges, Frédéric Chatillon et Gildas Mahé O’China (ancien du GUD également), Egalité et Réconciliation avait alors pour vocation de devenir la boîte à idées pour le Front national, toute entière vouée au culte d’Alain Soral. Cette petite structure tente alors de se créer un espace politique pour ceux qui, en rupture avec leur milieu idéologique, seraient attirés par une « union antisystème » au-delà des clivages gauche-droite. Ce n’est ni plus ni moins qu’une énième version d’un vieux projet des tercéristes, autres nationalistes-révolutionnaires français, depuis des décennies en France. Il n’est pas alors étonnant de voir des gens comme Christian Bouchet ou la rédaction de Rébellion se rapprocher d’E&R. Au vu de le forte composante NR ou Nationaliste-Bolchevique lors des premiers mois de vie de E&R, il n’est pas surprenant que dans un premier temps Soral ait présenté son association comme l’héritière du Cercle Proudhon16, inconnu du grand public, mais au combien mythique chez les NR.

La vraie réussite d’E&R, c’est d’avoir, contrairement aux autres tentatives NR d’« union antisystème », réussit à attirer à eux des individus et des structures étrangères à la galaxie nationaliste, servant de caution de « gauche » au projet E&R (quelques militants de l’ancien Parti des Travailleurs et de la secte politique de Cheminade, Solidarité et Progrès). En y regardant de plus près, on remarque très rapidement que ces alliés sont très marqués par l’antisémitisme et une paranoïa excessive frisant le pathologique. Ce flou artistique autour des idées d’E&R et son marxisme de bazar peut arriver à tromper des militants sincères, peu au fait de l’évolution récente d’une partie de l’extrême droite française, d’autant que dans le même temps, Soral et E&R ont tenté de rentrer en contact avec certains représentants les plus conservateurs de la communauté musulmane, cherchant à peu de frais une caution antiraciste. Serge « Batskin » Ayoub, associé un temps au projet, s’éloigne définitivement de Soral après l’ouverture du « Local » bar associatif, projet à l’origine lié à E&R, mais totalement géré aujourd’hui par l’ancien JNR17.

Soral reprend alors son bâton de pèlerin et part donner des conférences pour différentes structures nationalistes, dont le groupe Unité Populaire, version suisse d’Egalité et Réconciliation, en 2008, où il expose sa vision du marxisme, pour le moins curieuse, puisqu’il appelle à l’union des employés et des patrons, victimes au même niveau, selon lui, du système capitaliste et appelle de ses vœux à l’union des classes populaires et de la bourgeoisie nationale ! Plus fort il désire dépasser le concept de lutte des classes pour restaurer les « solidarités nationales ».

Veste ou quenelle 18 ?

Privé de tête de liste pour les Européennes, Soral se tourne alors vers son « ami Dieudonné19 » qu’il avait largement brocardé quelques années auparavant et délaissé depuis l’officialisation de son appartenance au FN. Ils se retrouvent alors autour du Parti Anti Sioniste de Yahia Gouasmi pour monter la Liste Anti Sioniste en Ile-de-France, sur laquelle Soral, bien que porte-parole de la liste, se retrouve à la 5ème place, en position inéligible. Cette liste, totalement financée et encadrée par le PAS, ne dépassera les 0,5%. Le résultat est, semble t-il, rude pour la petite bande, certains pensant alors atteindre allègrement les 10%. Même si Soral et Marc George déclarèrent plus tard dans la lettre interne des militants/sympathisants de E&R que du haut de leur grand expérience, ils savaient qu’ils ne dépasseraient pas les 1%, lors de la soirée de fin de campagne de la Liste (où l’on peut apercevoir Thomas Werlet avec son petit béret à la recherche d’amis pour étoffer son gang de boneheads), ça plane sévère niveau estimation.

Une fois retombée l’euphorie des résultats pourtant médiocres, les langues ont commencé à se délier concernant l’ambiance au sein de cette liste. Ainsi, Ginette Skandrani de conclure, concernant Soral : l’écrivain n’était « malheureusement pas un militant de terrain … ». Mais c’est sans doute du côté de Thomas Demada, membre d’Egalité et Réconciliation, militant NR, aujourd’hui responsable de la branche européenne du MDI de Kémi Séba, que la sentence est la plus terrible : selon lui, Soral possède « …une intelligence vraie et débridée, mais trop débridée, au point de tourner à la filouterie et l’opportunisme idéologique ! »20. Demada passe une deuxième couche concernant le « boxeur21 Soral (qui) se montre également un excellent gymnaste, spécialiste du grand écart », manière délicate mais réaliste de la part de Demada, de décrire l’inconstance des convictions de Soral, le sieur étant capable de dire et défendre tout et son contraire !22 Il est frappant de constater qu’une fois le charme du talent oratoire de Soral dissipé, rapidement les gens s’éloignent de lui, ne supportant plus son narcissisme et son inconstance dans ses idées et ses théories.

On aurait pu penser que Soral aurait cherché à transformer son fan club « Egalité et Réconciliation » en parti, comme il l’avait annoncé durant l’été 2009 : mais, avec l’exclusion au printemps 2010 du secrétaire général de l’association, Marc George, qui défendait cette ligne, E&R devient ce qu’il est encore aujourd’hui : un simple fan-club d’Alain Soral. Lors du bilan de l’Assemblée générale d’E&R des 27 et 28 mars 2010, il est précisé : « suite à ue grave crise interne, il a en effet été décidé de revoir les documents précédents en rendant à Alain Soral un contrôle total sur son association. »23

Aussi, E&R n’est donc plus aujourd’hui qu’une coquille politique vide, destinée à servir de promotion de la « pensée » soralienne et, parfois, aux productions de ses amis. Une activité particulièrement lucrative pour Soral, son ouvrage pompeusement appelé Comprendre l’Empire ayant connu un véritable succès, en particulier dans la vente en ligne (il serait dans les 100 meilleures ventes du site Amazon…). Bien que n’ayant plus qu’une existence politique virtuelle, Soral, de par l’audience de son site, conserve ainsi un potentiel de nuisance non négligeable, que tout antifasciste se doit de prendre en compte, en rappelant à celles et ceux qui se plaisent à l’oublier d’où il vient, quelles idées il défend réellement et quels sont ses amis d’hier et d’aujourd’hui.

Note : l’essentiel de l’article a précédemment été publié dans le bimestriel No Pasaran n°77, hiver 2009-2010.

1 Etablissement privé catholique sous contrat du 6ème arrondissement de Paris, lieu de scolarisation privilégié pour les enfants de la haute bourgeoisie parisienne.

2 Soral n’est plus le seul à l’extrême droite à faire référence à Clouscard. Les nationaux-bolchevik de L’Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne font référence à cet auteur dans le numéro 35 de Rébellion.

3 Journaliste, ancien militant de la Gauche Prolétarienne, délégué CGT à Libération, Cruze a été traumatisé par ses expériences militantes des années 70, développant dès lors une paranoïa excessive. Il est très hostile aujourd’hui à Soral qu’il accuse d’être manipulé.

4 Le seul autre membre connu de ce collectif est Simon Liberati, journalise pendant 20 ans à FHM et 20 ans. Il est l’auteur d’un livre Anthologie des apparitions, tellement mauvais qu’il fut réécrit en parti par Alain Soral avant publication en 2004.

5 Soral pour le lancement de FLASH fera explicitement référence à ce journal.

6 Aujourd’hui présentateur d’une émission culturel à succès sur France 3 le soir où Soral et De Besnoît sont régulièrement invités. Frédéric Tadéï a également été interviewé en 2008 par le journal d’extrême droite « Le Choc du mois ».

7 « À propos d’un article publié par l’Idiot international », communiqué du SNJ-CGT du 25 juin 1993.

8 Le 12 mai 1993, Alain de Benoist, membre entre autres du GRECE, plaide pour l’abandon du clivage droite / gauche pour lui préférer la notion d’un « centre » et de « périphérie », le premier étant constitué par « l’idéologie dominante », la seconde regroupant « tous ceux qui n’acceptent pas cette idéologie ». Cette intervention aurait été des plus banales si elle n’avait eu lieu à la Mutualité dans le cadre d’une conférence dirigée par Francette Lazare, membre du bureau politique du PCF.

9 Interviewé sur ses différents engagements au PCF, chez les chevènementistes et au Front dans le magazine Technikart en 2008, Soral ne se démonte pas et parle de cohérence concernant ces trois engagements successifs.

10 Alain Soral, l’intellectuel de gauche qui dérange la gauche, Eléments 113, été 2004.

11 Ancienne du groupuscule Alsace D’abord, elle est aujourd’hui membre de la Nouvelle Droite Populaire.

12 Il se présente alors comme un conseiller technique « en charge des affaires sociales et des banlieues ».

13. Il est plus que conseillé à Soral de relire, voire tout simplement de lire Marx, et il verra de lui-même que la doctrine communiste, en matière économique et sociale, est peu compatible avec le programme du FN :

- libérer au maximum l’entreprise des contraintes de toute nature qu’elle subit

- libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme

- renégocier la durée hebdomadaire du temps de travail par branches d’activité

- simplifier le Code du travail

- assurer un service minimum dans les services publics

14 Excédé par les leçons de militantisme distribuées continuellement aux membres du FN par Alain Soral, Steeve Briois, responsable FN sur Hénin-Beaumont, publiera un communiqué de presse assassin en mai 2008 contre le sociologue, après que ce dernier ce soit fendu d’une analyse négative sur la campagne frontiste dans cette ville du Nord. Qualifiant Soral de comique troupier, Briois rappellera l’engagement de Soral pendant la campagne des législatives de Hénin, à savoir la présence une après-midi, entre les deux tours de l’élection, suite à la présence de caméras de télévision.

15 http://blogs.lexpress.fr/barbier/2009/0 ... s-potr.php

16 Ephémère rassemblement au début du XXème siècle de militants de l’Action Français et de syndicalistes révolutionnaires désirant faire la jonction entre le nationalisme et le syndicaliste. Son influence fut très faible à l’époque, bien que certains historien y aient vu une sorte d’idéologie préfasciste, le cercle ne survécut pas à la première guerre mondiale.

17 La cohabitation entre le public traditionnel du bar de Batskin et les sympathisants d’ER semble avoir été difficile, les fans de Soral s’étaient fait à plusieurs reprises fait « secouer » par des boneheads à l’intérieur du bar.

18 Lors d’une conférence de presse de la liste antisioniste, Dieudonné et Soral promettaient de glisser « une quenelle dans le cul du système et du sionisme ».

19 Comme l’ont si bien rappelé les auteurs de la synthèse des déclarations contradictoires de Soral « Quand Soral traitait d’inculte son colistier Dieudonnè » (http://nantes.indymedia.org/article/17465), Soral n’a pas toujours eu en très haute estime le comique.

20 http://www.voxnr.com/cc/tribune_libre/E ... zKLd.shtml

21 Oui Alain Soral serait boxeur, et même d’un assez bon niveau. Sans tomber dans un virilisme de bas étage, toutes les fois où des gens ont voulu lui porter la contradiction, Soral n’a pas brillé par son courage, s’éclipsant très vite au moindre haussement de ton de ses adversaires, pour ensuite mieux réapparaître, sous l’objectif de ses caméras, en fanfaronnant. La seule victime physique connu à ce jour d’Alain Soral est Frédéric Beigbeder, qui est loin d’être un guerrier rompu aux sports de combat.

22 Le meilleur exemple concerne la thématique de la lutte des classes ou Soral est capable de déclarer toujours croire « … à la culture de classe, à la logique de classe et à l’intérêt de classe… » dans le Technikart d’octobre 2008 et la même année en Suisse, lors d’une réunion publique d’Unité Populaire, antenne suisse de E&R d’appeler de ses vœux à « l’union des employés et des patrons, victimes au même niveau selon lui du système capitaliste et appel de ses vœux à l’union des classes populaires et de la bourgeoisie nationale ! »

23 Cité par Michel Briganti, André Déchot et Jean-Paul Gautier dans La Galaxie Dieudonné, Syllepse, 2011.
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