Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux...)

...Sans Papiers, antifascisme...

Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede Pïérô » 11 Mai 2017, 13:47

Tribune

Pour un nouveau front antifasciste

Une telle coalition ne pourra se faire que sur le refus de collaborer avec les partis de gouvernement qui recyclent depuis trente ans les idées du Front national.

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Face à l’échec du «front républicain», il faut un front antifasciste. Emmanuel Macron a été largement élu dimanche, mais avec une abstention massive et un résultat record pour le Front national (FN) qui engrange près de 11 millions de voix, soit deux fois plus qu’en 2002. La stratégie du front républicain face à l’extrême droite n’a pas seulement vacillé dans les urnes, elle a été publiquement rejetée par une partie significative de la gauche refusant d’appeler à voter Macron. On aurait pu croire, au soir du premier tour, qu’il ne s’agissait que de la lubie d’un homme, Jean-Luc Mélenchon, mauvais perdant, refusant de se prononcer, préférant appeler à une consultation des membres de son mouvement, La France insoumise. On a rapidement vu qu’il n’en était rien. Dès le soir du 23 avril, des manifestations, appelées notamment par Génération ingouvernable et le Mouvement inter-luttes indépendant (Mili), se donnent comme slogan «Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron». Dans les jours qui suivent, le mouvement s’étend, des lycées sont bloqués, donnant parfois lieu à des affrontements avec des groupuscules fascistes. Les syndicats tergiversent, la CGT en tête, qui appelle à faire barrage au FN, bien sûr, mais pas au prix du ralliement à celui qui représentait, pour les travailleurs, le pire du quinquennat finissant. Certaines sections CGT, FSU ou SUD appellent même à battre les deux candidats. Le 1er Mai voit le retour à Paris d’un cortège de tête autonome déterminé, dans la continuité des manifestations contre la loi travail, renvoyant dos à dos Le Pen et Macron. Enfin, venant donner à cette rupture un parfum d’officialité, les membres de La France insoumise se prononcent majoritairement pour le vote blanc, nul, ou l’abstention. Comme si de larges pans de la gauche de la gauche, celle des urnes comme celle de la rue, celle des lycées comme celle des syndicats, face à l’injonction de se plier à la stratégie du front républicain, répondait comme le Bartleby de Melville «j’aimerais mieux pas» - et ajoutait «on vaut mieux que ça».

Face à cet outrage aux bonnes mœurs républicaines, les réactions ont été d’une rare vigueur. Durant l’entre-deux tours, les tribunes se multiplient, de toutes parts, pour rappeler à l’ordre ceux qui seraient trop tièdes, des dessins font des abstentionnistes les complices de pogroms à venir, un «forum républicain» est même organisé «contre l’abstention» - comme si c’était là le problème et non le vote FN. Pendant ce temps, dans l’indifférence presque générale, des personnalités de la droite dite républicaine appellent à voter Le Pen, et de larges pans de l’électorat Fillon basculent non vers le vote blanc, mais vers le vote brun. Alors que le FN s’apprêtait à engranger le plus haut nombre de voix de son histoire, principalement grâce à l’afflux des voix de droite, on a fait aux abstentionnistes de gauche, affichés ou présumés, le pire des procès possibles, celui de trahir l’antifascisme. L’accusation n’est pas mince : l’antifascisme est un élément fondateur de la gauche d’après-guerre, et son abandon serait vu à raison comme le signe précurseur des pires errements. Mais refuser d’appeler à voter Macron, est-ce trahir l’antifascisme ? Pas nécessairement, à en croire les organisations antifascistes qui luttent pied à pied contre l’extrême droite tout au long de l’année. Nombre de ces organisations, telles le collectif Action antifasciste Paris-Banlieue ou La Horde, ont refusé de rejoindre le front républicain et ont appelé aux manifestations Ni Le Pen ni Macron. Ces antifascistes seraient-ils alors eux aussi des traîtres à l’antifascisme ?

Ces procès en trahison révèlent surtout une grande confusion sur l’antifascisme. Le mouvement antifasciste actuel s’est constitué, à partir des années 80, en réaction à la montée de l’extrême droite. Il a dès le départ été très méfiant vis-à-vis des stratégies de front républicain et de l’antiracisme moral incarné en France par SOS Racisme. Depuis cette période, tandis que les partis de gouvernement, en particulier le PS, agitent la menace du FN pour rallier à eux à peu de frais la jeunesse et les classes populaires, des organisations issues de l’autonomie et des mouvements des banlieues dénoncent ce qu’elles voient comme des manipulations. L’antifascisme radical qu’elles défendent entend lutter en même temps contre l’extrême droite et le système capitaliste, sécuritaire et raciste qui la nourrit et s’en nourrit. Dans cette perspective, impossible de construire un front antifasciste avec des partis de gouvernement qui reprennent le vocabulaire, les idées et une partie des politiques de l’extrême droite. Or, les quinquennats successifs de Sarkozy et de Hollande ont constitué une accélération dans l’adoption d’une politique extrême. Les prisons sont surpeuplées, les étrangers sont raflés et expulsés, les quartiers populaires sont soumis à un ordre policier, les mouvements sociaux sont violemment réprimés, l’état d’urgence est devenu permanent, les lois sécuritaires successives ont rogné les libertés publiques, l’islamophobie se répand, et la situation des salariés et des précaires n’a cessé de se dégrader tandis que les profits des actionnaires ont atteint des records. Macron, qui dit vouloir être «le président des patriotes» et qui est directement responsable de la politique économique pro-patronat de Hollande, ne saurait alors être un barrage face à l’extrême droite, pour les antifascistes, tant il participe pleinement au processus de fascisation de la société française.

De toute évidence, on ne peut plus s’en remettre à la stratégie de front républicain pour faire barrage au FN. Cependant, il n’y a pas de fatalité à ce que cet échec profite à l’extrême droite. Tout dépendra de la capacité de la gauche à construire un front antifasciste offensif, ralliant les millions de personnes de gauche qui ont refusé de voter Macron dimanche ou qui ont voté pour lui à reculons. Un tel front ne pourra se faire que sur le refus de collaborer avec les partis de gouvernement qui recyclent, depuis trente ans, les idées du FN, et avec ceux qui héritent de ces partis, Macron en tête. Ce sera contre eux, et non avec eux, que l’on pourra faire reculer l’extrême droite.

Samuel Hayat Chercheur en Science politique


http://www.liberation.fr/debats/2017/05 ... te_1568374
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Messagede Pïérô » 18 Juil 2017, 23:16

Nos deux cennes sur l'antifascisme

«L’antifascisme ne triomphera que s’il cesse de trainer à la remorque de la démocratie bourgeoise. Défions nous des formules «Anti». Elles sont toujours insuffisantes, parce que purement négatives. On ne peut vaincre un principe qu’en lui opposant un autre principe, un principe supérieur (GUÉRIN, Daniel. 1945) ».

Dans un rapport écrit pour l’association londonienne Chatham House, Mathew Goodwin identifie six façons possibles de réagir aux partis et aux groupes populistes de droite ou fascisant : les exclure, désamorcer leur message, adopter dans une certaine mesure leur rhétorique et leur politique, les confronter avec des principes, se tourner davantage vers les gens de la base et faire un travail de proximité, et encourager le dialogue parmi les différents groupes à un niveau interculturel (1).

Le rôle des médias

Les journalistes sont toujours à la recherche de ce qui sort de l’ordinaire. L’émergence de groupes comme la Meute, les soldats d’Odin , Storm Alliance ou Atalante Québec, pour ne nommer que ceux-ci, représente une aubaine pour eux et elles. Dans un contexte où les médias traditionnels se mènent une lutte féroce pour obtenir des exclusivités et pour s’accaparer la plus grande part des revenus publicitaires, il ne faut pas s’attendre à ce que la couverture médiatique soit autre que sensationnaliste. Pour ces groupes, cette dernière est de la publicité gratuite qui leur permet de se développer et de gagner de la crédibilité. Il est donc essentiel d’opposer à l’extrême-droite un discours inclusif et de ne pas leur céder la rue. Ainsi, les journalistes devront minimalement couvrir les deux points de vue. C’est déjà un début vers la débanalisation de l’extrême-droite.

Populaire , mais non populiste

Bien des raisons amènent une frange toujours plus grande de la population à décrocher de la politique, que se soit la valse des corrompus ou l’indifférenciation des partis politiques au gouvernement. Il est impératif de ranimer l'espoir en un avenir meilleur en proposant autre chose que l’ordre de privilèges et d’exploitation que nous impose l’État et le capitalisme. Nous devons recréer une «volonté collective», pour reprendre une expression de Gramsci, en renforçant le pouvoir d’agir des individus, des groupes et des communautés et ce, au détriment du capital et des classes dirigeantes. Pour que les classes laborieuses et populaires recommencent à gagner, nous devons tout d’abord croire en nos propres moyens et croire que la lutte est non seulement possible, mais nécessaire.

Pour contrer la montée du populisme et de l’intolérance, la gauche sociale doit s'en prendre aux talons d’Achille de l’extrême-droite. Le discours de l’extrême-droite est basé sur les émotions et le ressentiment. Elle n’a aucune alternative positive à proposer par rapport au chômage, au sous-emploi, à la précarité engendrée par l’économie capitaliste. Alors que l’extrême-droite peut chuchoter à l’oreille du travailleur (blanc et de sexe masculin) qui a perdu son emploi qu’il s'est fait «volé » celui-ci par un ou une immigrant-e, elle n’a en revanche rien à proposer sur la façon dont il pourrait obtenir un autre emploi, encore moins comment il pourrait payer ses dépenses et mettre du pain sur la table. Dans une autre occasion, elle décrira les personnes issues de l’immigration comme des «profiteurs et des profiteuses», ou encore des «parasites lâches et paresseux». Alors, des voleurs et des voleuses de job ou des paresseux? Il faudrait se brancher. Comme nous pouvons le constater le discours de l’extrême droite ne fait pas toujours dans la cohérence. Par conséquent, pour contrer la division du peuple entre "eux"et "nous"que tente d'imposer l'extrême droite, la gauche doit reconstruire une classe unie autour de valeurs progressistes et résolument contre l’oligarchie et les démagogues racistes. À la xénophobie, nous devons opposer la solidarité internationale, au sexisme le féminisme, à l’irresponsabilité écologique la conscience de l’urgence climatique, à l'autoritarisme et le culte du chef les formes d'organisaton libertaires. À la logique autoritaire des populistes et à la délégation de pouvoir de la démocratie libérale nous devons privilégier l’auto-organisation et l’autogestion.

Pour vaincre la droite populiste et les groupes néo-fascistes,il faut plus que leur opposer des leaders populistes de gauche ou adopter une partie de leur rhétorique. Car si la gauche construit l'alternative politique autour d’un Bernie Sender (USA), d'un Jean-Luc Melanchon (France) ou d'un Gabriel Nadeau-Dubois (Québec), elle relèguera forcément l'éducation populaire et l’auto-organisation au second plan. En voulant encarter les individus dans un parti politique et canaliser leur colère légitime vers les urnes on ne pourra qu’emprunter des chemins déjà connus , voués à l’échec du fait notamment de l’emprise de la finance, ainsi que la crise écologique. Malheureusement , cette impasse contribuera qu’ à paver la voie au despotisme et aux oligargues, ainsi qu'au sentiment d'impuissance des groupes sociaux opprimés.

S’intéresser et trouver des solutions aux problèmes quotidiens

Nous voyons au sein du collectif anarchiste Emma Goldman les actions sociales libertaires comme des actes de propagande par le fait, destinées à susciter une prise de conscience chez les «Have-not» de ce monde (jeunes sans avenir, femmes, personnes LGBTQ, personnes racisé-e-s, chômeurs et chômeuses de longue durée, employé-e-s exploité-e-s, retraité-e-s, mouvements étudiants). Il s'agit d'animer le désir de passer à l'action ; qu'ils et elles puissent s'auto-organiser et former ensemble un front commun face à la discrimination des gouvernements et l’arrogance des capitalistes. Au Saguenay, l'organisation d'événements de cette nature, voir les marmites autogérées (distribution de nourriture gratuite), les marchés gratuits, l'Espace social libre et bien d'autres,- en plus de répondre à des besoins visibles et concrets – ont visé la construction de liens de solidarité et d'entraide, la ré-appropriation de l'espace dans la ville et l'éducation populaire sur l'austérité et ses impacts.

Selon nous, ce qui est primordial c'est de bâtir, sans attendre la permission des «autorités», un monde de coopération et d’entraide. De s’organiser là où nous sommes, soit :nos lieux de vie, de travail et d’étude et de tisser des liens entre les différents groupe de la société. De plus, il est pour nous impératif que ce travail soit réalisé parallèlement au développement de liens avec les groupes touchés par les inégalités.

l'Autodéfense populaire

Malheureusement face à la haine ,l’intolérance et les menaces réelles à l’intégrité physique d’individus issus de groupes minoritaires, il n’est pas toujours possible de discuter avec les personnes qui se sont rapprochés des groupuscules d'extrême-droite. Comme nombre d'organismes vivants, dont les roses et leurs épines, nous devons développer notre propre système d'autodéfense – non pas pour attaquer mais pour défendre la vie... Comme nous visons un changement sociétal et la libération, nous nous opposons bien sûr radicalement aux institutions sur lesquelles reposent plus de 400 ans de domination colonialiste, capitaliste et patriarcale. Puisque la police se positionne très clairement du côté de nos exploiteurs et de nos oppresseurs, nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens pour assurer notre sécurité. Nous ne pouvons rester les bras croisés devant les menaces des nouvelles chemises noires et les agressions racistes, homophobes, sexistes et de toutes autres natures.

En somme, nous considérons qu'il est pressant de valoriser un projet de société alternatif et égalitaire à travers des actions sociales libertaires ayant un impact réel sur la vie des gens pour combattre efficacement le fascisme à sa racine. N'oublions pas que les groupuscules fascistes représentent un pic d'intensité dans le continuum raciste de la trame canado-québécoise. Pour lutter, nous devons construire nos réseaux de solidarité avec les principaux groupes touchés. Nous n'attendons ni l'approbation des élites du monde politique, ni l'adoption de nouveaux projets de lois. Ce nouveau monde que nous espérons, nous voulons le construire par nos propres moyens, de manière antiautoritaire et par la démocratie directe. Nous voulons l'égalité et la liberté, mais nous ne sous-estimons pas la menace violente et haineuse posée par les groupuscules de l'extrême-droite. Nous préconisons à cet effet l'auto-défense populaire.

« Ce n'est pas une miette de pain, c'est la moisson du monde entier qu'il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité ». - Louise Michel

Collectif Anarchiste Emma Goldman


(1) GOODWIN, Mathew "Right Response: Understanding and Countering Populist Extremism in Europe" A Chatham House Report, London, 2011
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 07 Sep 2017, 21:03

Interview: La Cultura del Barrio

Parce-que la lutte antifasciste ne peut se résumer à la diffusion d’informations et à une présence militante dans la rue (manifestations, rassemblements, stickers), nous voudrions proposer des interviews de militantes et militants divers et variés afin de présenter une autre vision de l’antifascisme.

L’antifascisme existe sous différentes formes, et notamment dans la culture. Groupes de musique, centres culturels, cinéastes, dessinateurs, documentalistes, tatoueurs… Nombreux sont celles et ceux qui font vivre leur art tout en s’engagent politiquement pour s’opposer aux flots d’idées nationalistes et extrémistes qui circulent parmi nous.

La Cultura del Barrio est un lieu autogéré à Buenos Aires dans lequel sont organisé des cours de sport mais aussi des expositions, des débats, des concerts, etc. Nous avons voulu les rencontrer pour qu’ils nous présentent leurs activités, qu’ils nous parlent du contexte argentin et comment leur militantisme prend forme à travers ce lieu.

Bon visionnage !

La Horde

... http://lahorde.samizdat.net/2017/09/07/ ... el-barrio/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 23 Sep 2017, 18:43

Existe-t-il un danger fasciste en France ?

Ugo Palheta interroge cette possibilité dans un essai pour les éditions La Découverte, à paraître au premier trimestre 2018. On a parlé dérives autoritaires, essoufflement du modèle capitaliste et FN avec le sociologue.

... https://www.streetpress.com/sujet/15041 ... -en-france
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 25 Sep 2017, 10:25

Besançon ce lundi 25 septembre 2017

Débat : « Le retour du fascisme dans la France contemporaine – les nouvelles origines du Front National » avec Gérard Mordillat

19h à la Librairie L’Autodidacte, 5 rue Marulaz – entrée libre

Qu’est ce que le fascisme?

Est-il d’actualité en France aujourd’hui?

Gérard Mordillat avec les éditions Démopolis ont eu l’idée utile de rééditer un des texte fondateur d’une des idéologies qui vont marquer le XXème siècle : la première édition intégrale du « Fascisme » de Benito Mussolini datée de 1932 et 1933 pour la traduction française (lien vers Démopolis). L’actualité révélant un retour de l’idéologie fasciste sous des formes nouvelles, il est toujours nécessaire d’en connaître les bases.

Gérard Mordillat avec l’aide d’Hélène Marchal met ce document en perspective dans le contexte de la montée du fascisme en France et en Europe et propose une analyse du « retour du fascisme dans la France contemporaine ».

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Pour Mussolini, le fascisme est une forme de nationalisme qui exalte le rôle central de l’État. Une idéologie sociale se prétendant ni de droite ni de gauche. Contrairement au nazisme, le fascisme ne repose pas initialement sur l’antisémitisme ; cela viendra après sa conquête du pouvoir. […]

En Grèce, en Hongrie, en Autriche, en Slovaquie, en Norvège, voire aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Suisse ou en Belgique… une poignée de nostalgiques se réclame aujourd’hui du nazisme. Des partis néonazis désignés comme tels obtiennent des voix aux élections et sont représentés dans les chambres élues. Fort heureusement ce n’est pas le cas en France où le national-socialisme d’Hitler n’est pas de retour à l’assemblée nationale ni au sénat. En revanche dans le programme du Front National de Marine Lepen, à travers des formes nouvelles et dans des circonstances différentes, on peut constater un retour du fascisme de Mussolini, une sorte de postfascisme ou de néofascisme.

Qu’un parti néofasciste, même s’il refuse de se définir comme tel, soit devenu l’un des premiers partis politiques en France n’est pas anodin et ne saurait être considéré comme un simple phénomène du jeu politique ordinaire. La question est brutale : quelles forces économiques, sociales et politiques peuvent-elles engendrer un tel parti dans la France contemporaine?



A noter que le débat sera suivi en seconde partie de soirée, vers 21h par la projection du dernier film de Gérard Mordillat : MÉLANCOLIE OUVRIÈRE

https://cabesancon.wordpress.com/2017/0 ... mordillat/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 27 Sep 2017, 14:16

Un peu d’histoire : Les racines du fascisme

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

Comprendre le retour de l’extrême droite implique de se poser la question de ce qu’est le fascisme ? Cet article revient sur deux moments importants de la naissance de ce mouvement politique. Chose peu connue, c’est en France que ses bases idéologiques sont élaborées, et que c’est à partir de milices anti-ouvrières armées par le patronat allemand et italien que naît ce mouvement.

Pour commencer, pour mieux comprendre l’extrême droite, un peu d’histoire s’impose. D’où vient le fascisme ? Celui-ci en tant que mouvement ne nait pas ex-nihilo. Il se développe lentement au niveau idéologique à la Belle époque, alimenté par des penseurs qui vont mêler à la pensée purement réactionnaire et contre révolutionnaire des éléments de mobilisation populaire de masse qui appartenaient au mouvement ouvrier. Enfin, les mouvements fascistes en tant que tels prennent leur source dans les milices anti ouvrières qui répriment les mouvements révolutionnaires au sortir de la Première guerre mondiale, principalement en Allemagne et en Italie.

Genèse de l’idéologie fasciste

Les idées qui vont faire le lit du fascisme se développent dès la fin du XIXème siècle, principalement en France. Ces idées sont celles d’une droite qui va se prétendre révolutionnaire, rejetant radicalement la démocratie parlementaire. Selon une théorie de l’historien Zeev Sternhell, ce serait au sein de la droite révolutionnaire française qu’apparaitraient les bases de l’idéologie fasciste.

Jusque-là, la droite extrême était profondément contre révolutionnaire, c’est-à-dire qu’elle défendait un ordre ancien correspondant plus ou moins à l’Ancien Régime, au rétablissement de la monarchie absolue, de l’aristocratie et du règne de l’Eglise, bref, de l’ancien ordre bouleversé par les révolutions bourgeoises du XIXeme siècle.

Au contraire, à la racine du discours fasciste se trouve une volonté de modernisation, en rupture avec cette ultra droite conservatrice. Ce courant de pensée se caractérise tout d’abord par un refus de la démocratie parlementaire bourgeoise, présentée comme corrompue, abâtardie, ou contrôlée par des minorités telles que les juifs. Le mode de vie, le rationalisme et la mesquinerie bourgeoise sont dénoncés vigoureusement. La solution que voudraient les fascistes pour lutter contre cette « décadence » serait un régime autoritaire, basé sur un gouvernement de surhommes, sur le culte de la force, du combat et du rejet de l’intellectualisme.

Pour compléter cette panoplie, il faudrait bien entendu un chef prestigieux et charismatique, à même de dompter les masses. Ici la communauté politique de référence n’est pas l’aristocratie ou la classe ouvrière, mais la nation, voué à s’unir autour du chef. Bien entendu, cette union est interclassiste et profondément réactionnaire, à même de séduire les éléments petit bourgeois devenant nationalistes par peur d’être déclassés.

En termes idéologiques, les idées de cette droite révolutionnaire s’inspirent des philosophies anti rationalistes de Nietzsche et de Bergson. Ses principaux penseurs sont Gustave Le Bon, Barrès ou encore Maurras, et dans une certaine mesure Georges Sorel, pourtant syndicaliste révolutionnaire français mais théorisant dès le 19eme siècle l’action violente comme méthode de prise du pouvoir face à un régime corrompu.

On note aussi que c’est à ce moment que le nationalisme bascule à droite, alors qu’il était plutôt de gauche jusqu’ici. Une des premières étapes de cette mutation est l’agitation autour du général Boulanger, qui en 1887 faillit aboutir à un coup d’état. C’est aussi au cours de l’affaire Dreyfus que l’agitation nationaliste et réactionnaire atteint son paroxysme avec comme mot d’ordre l’antisémitisme, dont la Ligue des Patriotes de Déroulède est un bon exemple.

Un autre mouvement moins connu qui préfigure le fascisme est la Fédération des syndicats jaunes dirigée par Charles Biétry. Cette fédération de syndicats, financée par le patronat, se monte pour contrer l’influence de la CGT, syndicat révolutionnaire à l’époque. Les Jaunes reprennent tous les poncifs de cette droite révolutionnaire, tout en prônant une vigoureuse politique de collaboration avec le patronat. En cette période de luttes, les attaques de la CGT font rapidement mettre genou à terre au syndicat qui sombre dans l’oubli quelques années après sa création en 1902, après avoir compté plusieurs centaines de milliers d’adhérents. Il faut rajouter à cette liste l’Action Française de Charles Maurras, qui bien que royaliste, défend une version de la monarchie proche du fascisme.

C’est dans cette droite révolutionnaire, qui n’est pas encore à proprement parler fasciste, que tous les éléments politiques du fascisme vont se mettre en place. Dans une très large mesure, ce sont ces mouvements qui ont une influence déterminante sur les droites allemandes ou italiennes qui vont donner naissance au fascisme.

L’influence des milices anti ouvrières

C’est après la Première guerre mondiale que les mouvements fascistes à proprement parler vont apparaitre. En Allemagne et en Italie, ils naissent dans des conditions relativement similaires.

En Italie, règne une intense frustration après la victoire des Alliés. En effet, si l’Italie est du côté des vainqueurs, elle a subi des défaites humiliantes face à l’empire austro-hongrois telles que celle de Caporetto en 1917 et ne fait que des gains territoriaux mineurs. Après l’armistice, règne une agitation nationaliste intense qui va donner naissance au fascisme, préfiguré par la prise de la ville de Fiume dans l’Adriatique par des miliciens regroupés autour du poète Gabriel d’Annunzio.

Dans le même temps, lors de l’hiver 1919-1920, une intense agitation révolutionnaire balaie l’Italie. Elle se manifeste par des grèves insurrectionnelles qui culminent dans l’occupation armée d’usines, notamment à Turin. Pour contrer la menace de la révolution sociale, le patronat finance assez rapidement des milices appelées squadre d’azione ou squadristi. Leur objectif est d’attaquer partout où ils le peuvent les syndicats, partis et militants ouvriers, pour casser toute agitation sociale et briser toute perspective de révolution. Chaque milice locale est dirigée par un ras, nom des chefs fascistes.

Composés presque exclusivement d’anciens combattants, le fascisme né de ces milices en tant que courant politique : c’est tout d’abord les Faisceaux italiens de combat, qui unifient dès mars 1919 les squadristes, sous la houlette de Benito Mussolini. Leur programme très social à l’origine devient pro-capitaliste dès le début des années 1920. Ce groupement, qui est un hybride entre le mouvement politique et la milice, s’institutionnalise et se transforme dès 1921 en Parti National Fasciste, qui prend rapidement le pouvoir dès novembre 1922 avec la bénédiction des élites italiennes.

En Allemagne, la naissance du nazisme se fait dans des conditions similaires. A la fin de la guerre, en novembre 1918, alors que l’Allemagne signe l’armistice dans des conditions très dures, une révolution éclate. D’une grève générale naissent très rapidement des conseils de soldats, de marins et d’ouvriers qui prennent de l’importance dans de nombreuses villes, tentant de prendre le pouvoir comme à Berlin en janvier 1919 avec l’insurrection spartakiste qui est vite écrasée par les paramilitaires nationalistes et le gouvernement social-démocrate ou à Munich où les conseils ouvriers prennent brièvement le contrôle de la région.

Cette révolution est combattue et finalement écrasée par la classe dominante. Celle-ci est alliée au SPD, le vieux parti social-démocrate allemand, qui prend la tête du gouvernement. En échange de quelques réformes, il participe activement à la répression de l’agitation révolutionnaire. Néanmoins, les principaux outils de la répression sont les Corps Francs (Freikorps) qui sont des milices paramilitaires chargées d’attaquer les « éléments subversifs ». Composées d’anciens combattants démobilisés, elles sont financées et armées par les industriels, les junkers (propriétaires terriens) et l’armée. Parmi leurs innombrables crimes, on peut citer l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg en janvier 1919 avec la complicité du gouvernement social-démocrate ou encore l’assassinat de Gustav Landauer. Ces milices vont compter jusqu’à trois millions de membres.

C’est de ces groupes que nait le mouvement nazi. Ainsi, Adolf Hitler, encore militaire, est envoyé par l’armée en 1919 pour infiltrer le DAP (Deutsches Arbeiter Partei), parti d’extrême droite dont les membres sont pour la plupart membres des Corps Francs. Assez rapidement, ce parti connait une très forte croissance et va jusqu’à absorber une partie des miliciens des Corps Francs. Il change de nom pour devenir le NSDAP (National-Socialistisches Deutsches Arbeiter Partei). Contrairement à l’Italie, il se divise en deux branches, l’organisation politique (PO), dirigée par Adolf Hitler, et la branche militaire, des milices, les SA (Sturm Abteilung), conduites par Ernst Röhm. En 1921, les corps francs sont dissous et une grande proportion de leurs membres rejoint les SA.

Si les racines du mouvement sont similaires, les nazis mettent beaucoup plus de temps à prendre le pouvoir. Ils reçoivent un coup d’arrêt en 1923 après une tentative de coup d’état ratée à Munich (le putsch de la brasserie) et Hitler est condamné à plusieurs années de prison. Ce n’est qu’en janvier 1933 que les nazis prennent le pouvoir dans un contexte de crise économique généralisée.

Dans les deux cas, le fascisme nait de la rencontre de plusieurs éléments : une idéologie moderne de droite révolutionnaire, et surtout des milices anti-ouvrières créées dans un contexte bien particulier : l’humiliation nationale liée à la fin de la première guerre mondiale. On peut aussi constater que ces mouvements sont financés dès le début par la bourgeoisie, et ce dans une perspective d’étouffement et d’écrasement de la révolution ouvrière. Cette orientation restera inscrite dans l’ADN du fascisme.

Lien vers le livre : https://editionsacratie.com/temps-obscu ... en-europe/

http://www.19h17.info/2017/09/26/dhisto ... -fascisme/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 07 Oct 2017, 13:41

Histoire / Les liens méconnus entre le fascisme et les classes dominantes

Les liens méconnus entre le fascisme et les classes dominantes

Le fascisme est enseigné dans tous les manuels d’histoire, et ses atrocités largement documentées. Ce que l’on ne dit plus, c’est que ce sont les bourgeoisies italiennes et allemandes qui l’ont largement soutenu, afin de rétablir l’ordre. Les responsabilités de la classe dominante dans l’émergence du fascisme sont ainsi soigneusement mises de côté…

Un peu d’histoire

Dans la plupart des discours, y compris chez les révolutionnaires, le fascisme est vu comme un problème avant tout moral, un mal absolu, qui mène à l’écrasement et à la ruine de tout ce que nous défendons. Ce discours n’est pas faux, mais il ne nous semble pas suffisant. En effet, pour nous, le phénomène qu’est le fascisme ne peut pas seulement être compris en termes moraux, mais aussi par rapport à ses liens avec le capitalisme comme système économique, ainsi que par sa place dans la lutte entre les différentes classes sociales

Ici, nous allons beaucoup nous appuyer sur les analyses de Daniel Guérin publiées dans Fascisme et grand capital. Ce livre examine l’ascension et le règne des partis fascistes dans les années 1920 et 1930 d’un point de vue économique et social. D’ailleurs, nous pouvons retrouver des mécanismes similaires dans les programmes des partis d’extrême droite de nos jours, bien qu’heureusement ceux-ci ne soient pas encore au pouvoir dans notre pays.

Daniel Guérin part d’un constat simple : au-delà du bla-bla, de la rhétorique anticapitaliste des fascistes et des nazis, ces partis ont entretenu des liens étroits avec la grande bourgeoisie, surtout avec les magnats de l’industrie lourde, très liés à l’industrie de guerre. Ces liens se retrouvent tout au long de l’histoire des fascismes, de leur naissance à leur chute finale face aux Alliés lors de la Seconde guerre mondiale.

Cette relation avec la bourgeoisie était donc déjà présente à la fondation des partis fascistes. Comme nous l’avons évoqué, en Italie et en Allemagne, le parti fasciste de Mussolini et le NSDAP (le parti nazi) naissent des milices anti-ouvrières mises sur pied pour lutter contre les communistes et le mouvement ouvrier (squadri et Corps Francs) à la fin de la Première guerre mondiale. Equipées par l’armée, ces milices sont alors largement financées par le patronat et permettent d’écraser dans l’œuf la révolution sociale en Italie et en Allemagne.

Ces liens avec le patronat se poursuivent et se développent dans les années suivantes. Les partis fascistes, en plus d’organiser des milices, prétendent assez rapidement exercer le pouvoir, en balayant au passage la démocratie parlementaire. Dans cette optique, ils sont financés secrètement ou ouvertement par des industriels, à titre individuel, mais aussi collectif comme par des syndicats patronaux. Dans le même temps les mouvements fascistes poursuivent leur politique d’agression contre le mouvement ouvrier.

En plus de financer ces partis, la bourgeoisie offre un coup de pouce décisif à Hitler et Mussolini dans leur prise de pouvoir. Ils sont invités au gouvernement par les élites politiques bourgeoises. La fin des régimes parlementaires en Italie et en Allemagne n’est pas tant une défaite de la « démocratie » face au coup de force fasciste que la remise du pouvoir aux fascistes par les gestionnaires de ces démocraties parlementaires sans aucune lutte ni résistance.

Ainsi en 1922, lors de la fameuse Marche sur Rome qui voit la prise de pouvoir de Mussolini, les Chemises noires, coincées à 70 km de la capitale italienne sans transports, sont amenées à Rome par des autocars affrétés par le gouvernement, sans lesquels ils n’auraient jamais pu prendre la ville. Plutôt que le triomphe d’un coup de force fasciste, c’est une opération de communication qui médiatise la cérémonie de remise des clés aux nouveaux gestionnaires de l’Etat que sont les fascistes. De même, en 1933 en Allemagne, les nazis qui ne sont pas majoritaires au parlement sont invités à participer au gouvernement par le conservateur Von Papen, avec le soutien de la bourgeoisie, de l’Armée et des junkers (grands propriétaires terriens). Le NSDAP commençait pourtant à reculer dans les élections. A méditer au regard de la situation politique de nos jours.

Une fois au pouvoir

N’oublions pas que les fascistes ont fait de l’anticommunisme un de leurs principaux axes de campagne, prétendant protéger la « Nation » contre le péril collectiviste. Ce discours est agréable aux oreilles du patronat qui est alors soucieux de mater un mouvement ouvrier en plein développement. Dès leur arrivée au pouvoir, les partis communistes sont les premiers à être interdits et sévèrement réprimés par les fascistes. En Allemagne la répression va même jusqu’à la déportation en camp de travail de plusieurs dizaines de milliers de militants communistes en prenant comme prétexte l’incendie du Reichstag.

Les syndicats et principalement les syndicats rouges sont très rapidement interdits sous prétexte de nuire à « l’harmonie nationale ». Ils sont immédiatement remplacés par des syndicats fascistes de collaboration, dirigés d’une main de fer par des cadres liés directement au pouvoir. Inutile de dire que ces syndicats ne sont pas très souvent en grève, ni particulièrement revendicatifs. L’exemple le plus avancé est le « Front du travail allemand » mis en place par les nazis. Celui-ci remplace les syndicats, mais se place toujours du côté des directions contre les revendications des salariés. Très mal considéré par ces derniers, il constitue un échec politique.

A cette liquidation des partis et syndicats ouvriers s’ajoute une épuration au sein même des partis fascistes. En effet, les fascistes avant leur ascension au pouvoir ont tenu des discours anticapitalistes, promettant une certaines justice sociale et la punition des patrons vautours. Certains militants venus de la classe ouvrière, souvent au chômage, ont cru à ces discours. Peu après l’arrivée au pouvoir des partis fascistes, afin de rassurer les responsables des industries finançant le mouvement, ces courants sont purgés. C’est le sens de la Nuit des longs couteaux de 1934 en Allemagne, qui voit la liquidation de la SA, dirigée par Ernst Röhm. Celle-ci demandait une « seconde révolution », c’est-à-dire une révolution sociale suivant la révolution nationale, ce qui était inacceptable pour l’aile la plus à droite du mouvement et la grande bourgeoisie. La contestation interne est écrasée dans le sang et la SA est dissoute. Nous constatons la même logique en Italie avec l’abandon rapide des références sociales du fascisme, ou encore en Espagne, lorsque les phalangistes « sociaux » sont purgés par Franco.

L’arrivée au pouvoir des fascistes se traduit aussi par une politique économique pro-patronale. Sous prétexte de réformer l’économie, les diverses branches de l’industrie sont regroupées en corporations qui contrôlent les prix, la production et les salaires. Bien entendu, ces institutions « paritaires » sont gérées par les représentants du patronat, avec l’assentiment des gouvernements fascistes.

Cette nouvelle organisation du travail aboutit tout naturellement à une baisse des salaires des ouvriers, qui n’ont plus le droit de se mettre en grève. Selon Guérin, les salaires baissent d’entre 20% et 30% après l’arrivée au pouvoir des fascistes en Allemagne et en Italie.

La politique économique des fascistes n’arrête pas ici ses mesures en faveur de la bourgeoisie. C’est toute une série de politiques de relance et de grands travaux qui, dans une perspective keynésienne, permettent de dynamiser la demande et la consommation. Ainsi Mussolini fait assécher des marais et construire des autoroutes. Néanmoins, la plus grande partie de la relance se fait par le réarmement avec des commandes militaires, des recherches, le développement de l’arme blindée, de l’aviation, de la marine et des travaux de fortification. Ce réarmement permet de faire tourner à plein régime la sidérurgie, le charbon, le bâtiment, mais aussi le textile et d’autres secteurs de l’industrie légère. La relance de l’industrie est financée par la création monétaire, les fascistes faisant tourner la planche à billets, remplissant au passage les poches des industriels. De nos jours, le programme économique du Front National, contient des mesures qui ressemblent étrangement à la relance fasciste.

Ces grandes politiques de relance sont aussi orientées vers une politique étrangère impérialiste agressive. Cette politique d’expansion territoriale, en plus de regonfler le moral national, permet aux bourgeoisies des pays fascistes d’acquérir de nouveaux marchés, dans une période de protectionnisme suivant la crise de 1929.

Pour conclure, nous pouvons dire que malgré un anticapitalisme de façade, les régimes fascistes ont apporté un soutien substantiel à leurs bourgeoisies nationales, tout d’abord en attaquant les organisations ouvrières avant d’arriver au pouvoir, puis en gérant l’état pour le compte de cette classe à partir de 1922 en Italie et de 1933 en Allemagne.

Le fascisme n’entre pas en contradiction avec le capitalisme. Au contraire, il fonctionne en lien avec la bourgeoisie : il constitue une forme de gestion nationale du capital, qui peut être séduisante pour la bourgeoisie en période de crise politique et sociale. C’est un régime qui émerge lorsque la forme républicaine de la démocratie bourgeoise n’est plus à même de sauvegarder les intérêts vitaux de la bourgeoisie.

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

Lien vers le livre : https://editionsacratie.com/temps-obscu ... en-europe/


http://www.19h17.info/2017/10/03/liens- ... ominantes/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede Pïérô » 16 Oct 2017, 10:38

Lausanne, mardi 17 octobre 2017

Anarchisme et antifascisme

Choix de textes pour une discussion critique

Pour cette séance, nous proposons de réfléchir autour de la question de l’antifascisme, tant dans ses dimensions historique qu’actuelle, et notamment autour de la possibilité d’émettre une critique anarchiste de ces groupes, que cela soit dans leurs idées ou dans leurs pratiques.

Comme d’habitude, un petit apéro suivra la discussion (amenez ce que vous voulez !)

Nous proposons ici un choix de textes qui critiquent certains aspects historiques et actuels de la lutte antifasciste, d’un point de vue révolutionnaire et antiautoritaire. La composition même de cette brochure a suscité de vives tensions entre nous. C’est dire si le thème du fascisme et de son anti- est extrêmement délicat, qu’il implique d’importantes considérations historiques, morales et émotionnelles.

Une des premières difficultés devant laquelle toute personne désirant traiter ce sujet se trouvera confrontée est celle de la définition du fascisme. Ce terme désigne une multitude d’événements, de mouvements ou de régimes dont il est pour le moins difficile de dégager une unité temporelle ou géographique. En effet, nous est-il possible de cerner une certaine continuité entre, par exemple, les premiers fasci italiens, le national-socialisme allemand, les dictatures d’Amérique latine et l’émergence actuelle de groupes identitaires ou des états d’urgence actuels ? Doit-on traiter le fascisme dans ses dimensions situées et historiques ou pouvons-nous l’englober dans un système plus général ? Quels sont les liens à faire entre les différentes formes que l’État a pu ou peut prendre, et de quelle manière ? Est-il possible d’appréhender les différentes composantes du phénomène fasciste d’une manière globale sans pour autant relativiser les horreurs qu’il a produites ni banaliser ce terme ? La tension entre la prise en compte d’un contexte historique donné et l’analyse plus large qui peut en être tirée est notamment un des points qui peut créer des discordes.
Les textes présentés ici ne représentent aucunement une position collective. Nous les avons avant tout choisis pour susciter un débat et inciter à la discussion. Il ne s’agit pas pour nous de créer une polémique, mais plutôt d’essayer d’initier ou de poursuivre une réflexion proprement anarchiste sur un thème qui semble aujourd’hui reprendre de l’importance, tant dans nos milieux que dans l’espace public. Une tentative d’échanger, de réfléchir ensemble, sans positions expertes ou consommatrices, afin de se construire une critique. De se donner les moyens de s’emparer d’un débat controversé sans se laisser dicter des positions par les « spécialistes ». Une tentative, surtout, de sortir de la dichotomie fascisme/démocratie qui semble être pour beaucoup la seule alternative possible. Les textes choisis font écho à de vives discussions qui ont animé et animent encore de nombreuses anarchistes en Espagne, en Italie, en Allemagne, certainement moins prégnantes dans notre espace linguistique.

« Cette collection de textes ne prétend évidemment pas être une quelconque “vérité” ; il ne s’agit pas d’une “bible” à vendre ou à adorer. Ces textes existent pour être lus, pensés, discutés. Entre nous autres qui voulons tout changer, le débat est essentiel pour surmonter les nombreux obstacles – aujourd’hui plus nombreux que jamais – que le pouvoir place en travers de notre chemin, de notre lutte. Mais nous ne voulons pas d’un débat sans conséquences, d’une discussion de couloir pour rentrer chez soi “en y voyant plus clair”. Si l’on n’est pas disposé-e à aller jusqu’au bout mieux vaut ne pas commencer. Si la réflexion ne se transforme pas en action ce n’est qu’une simple pirouette mentale, inoffensive, innocente, stupide. Nous voulons de la réflexion et de la discussion pour avancer dans la lutte, écartant les obstacles du milieu et identifiant l’ennemi avec chaque fois plus de précision. Nous nous retrouverons dans le processus de libération que chacun entreprendra. Nous cherchons des compagne-on-s, pas des troupeaux. »
ici

[Extrait de l’introduction à la brochure Contra el antifascismo – textos revolucionarios contra
el antifascismo, publiée en 1999 par SINmesura, traduite en 2005 par le Petit peuple du
cagibi (Grenoble, France).]

La brochure est disponible au CIRA ou à télécharger ici : https://renverse.co/home/chroot_ml/ml-g ... fa_web.pdf

CIRA ; Avenue de Beaumont 24, CH-1012 Lausanne. Depuis la gare, prendre le métro m2, arrêt Hôpital/CHUV.

http://www.cira.ch/actualites
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