Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Soral

...Sans Papiers, antifascisme...

Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede sheerk » 22 Déc 2010, 12:13

Ian a écrit:Ce texte est assez absurde. Il reprend la bonne vieille rengaine bourgeoise des "extrêmes" qui "se rejoignent", et passe totalement à côté de la nature du sionisme, qui loin d'être un simple nationalisme, est un projet religieux et colonialiste, instrumentalisé par les impérialistes.

D'autant que sa thèse en filigrane de dire que l'anarchisme ne serait pas anticolonialiste par refus de tout nationalisme me paraît plus que discutable. Heureusement qu'en dehors des dits "anarchistes de droite" (sic), ce n'est pas la position des anarchistes. Ou alors je le découvre, mais il va falloir étayer un minimum cette affirmation. :gratte:

Par ailleurs, constater que l'ennemi de mon ennemi n'est pas mon ami, ça me paraît du simple bon sens.



Il y a un moment que je n'étais plus passé par ce site et voilà seulement que je lis ta réaction, avec laquelle j'ai Un désaccord.
Je ne vois absolument pas ce texte comme absurde, puisqu'à la suite du communiqué des Indigènes, nombres de militants libertaires ont crus que le communiqué était honnête, et ils soutiennent donc les indigènes qui sont pourtant identitaire. Et ceci pour la raison suivante : ils sont une minorité opprimé (le tiermondisme). Les indigènes ont beau avoir pris position contre Dieudonné ils restent des supporters du Hamas (créer par le Mossad).
En plus, moi je n'ai absolument pas compris son propos comme "une thèse en filigrane disant que l'anarchisme ne serait pas anticolonialiste par refus de tout nationalisme me paraît plus que discutable". Le texte dit juste que pour un anarchiste, qui de fait est opposé à tout nationaliste n'éprouve pas le besoin systématique de se dire "antisioniste" tout en soutenant d'autre nation genre l'Iran.
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede Ian » 22 Déc 2010, 16:38

Bon, l'anarchisme est nécessairement antisioniste pour au moins trois raisons : l'opposition au nationalisme, au colonialisme et à la religion.
Après, que "un" anarchiste éprouve ou pas le besoin de "se dire antisioniste", là c'est plus très politique comme réflexion et je pense que les généralisations là-dessus ne veulent pas dire grand chose.

Quant au rapport au Hamas ou carrément à l'Iran, je ne vois pas bien ce qu'il vient faire là. Aucun courant d'extrême gauche (anarchiste, marxiste ou autre) ne soutient le régime iranien ou le projet politique du Hamas.
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede sheerk » 22 Déc 2010, 22:44

Ian a écrit:Bon, l'anarchisme est nécessairement antisioniste pour au moins trois raisons : l'opposition au nationalisme, au colonialisme et à la religion.


Est-ce que j'ai dit le contraire? La seule chose que je dis c'est que lorsque l'on est vraiment anarchiste, l'on éprouve pas le besoin de se dire "antisioniste". Style : Salut moi c'est "Sheerk" et je suis militant antisioniste. Pour moi ça ne rime à rien, je suis moi même antisioniste, mais au grand jamais il ne me viendrait à l'idée de créer un parti "antisioniste". :lool:


Ian a écrit:Quant au rapport au Hamas ou carrément à l'Iran, je ne vois pas bien ce qu'il vient faire là. Aucun courant d'extrême gauche (anarchiste, marxiste ou autre) ne soutient le régime iranien ou le projet politique du Hamas.


On parle des Indigènes de la République et du cas Soral, et si justement ils soutiennent le Hamas. En faite je ne comprend pas ta réaction, ce texte ne parle pas de l'extrême gauche en général, mais des indigènes de la Républiques ainsi qu'à leurs soutiens au sein de l'extrême gauche. En faite tu semble avoir mal compris le sens de ce texte. J'ai l'impression que que tu as compris que le texte condamne le fait d'être antisioniste, ce qu'il ne fait absolument pas. Il condamne et critique le fait de ce focaliser sur le sionisme. C'est tout.
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede Ian » 23 Déc 2010, 00:58

sheerk a écrit:
Ian a écrit:Bon, l'anarchisme est nécessairement antisioniste pour au moins trois raisons : l'opposition au nationalisme, au colonialisme et à la religion.


Est-ce que j'ai dit le contraire? La seule chose que je dis c'est que lorsque l'on est vraiment anarchiste, l'on éprouve pas le besoin de se dire "antisioniste". Style : Salut moi c'est "Sheerk" et je suis militant antisioniste. Pour moi ça ne rime à rien, je suis moi même antisioniste, mais au grand jamais il ne me viendrait à l'idée de créer un parti "antisioniste". :lool:
Dans ce cas on est d'accord. Je ne me présente pas non plus comme militant antisioniste, et j'irai encore moins dans un parti "antisioniste", mais ça ne m'empêche pas d'assumer le fait d'être antisioniste (parmi plein d'autres choses).

Pour ce qui concerne le texte, je l'ai lu y a trop de temps, et je ne maîtrise pas particulièrement les positions du PIR (soutien au régime iranien?????? :gratte: ), donc j'en reste là. :wink:
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede kaliméro » 12 Mai 2011, 20:07

Je poste une petite vidéo assez comique !!!!!!!!!!!! :hehe:




:wink: :wink: :wink: :wink: :wink:
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede Pïérô » 13 Mai 2011, 00:03

l’inversion de toutes les valeurs,
comme il dit,
le rouge-brun.
En même temps je trouve qu'il ne brasse que de l'idéologie dominante et de la novlangue, et que ce réac a un gros, très gros, Ego.
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede Pol@ck » 14 Mai 2011, 12:47

ce mec est vraiment dangereux.
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede Pïérô » 06 Fév 2013, 01:07

Le Petit Soral Illustré avec Parano Magazine

Avec Alain Soral, comprendre l'Empire Islamo-Judéo-Trotskiste des Qatari anglo-américains grâce aux Évangiles et Tariq Ramadan.


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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede Pïérô » 05 Oct 2013, 19:54

Alain Soral tisse sa Toile
Les embrouilles idéologiques de l’extrême droite
L’absence d’ambitions de la gauche, ou son incapacité à les réaliser, encourage l’extrême droite à la détrousser de ses idées les plus porteuses. Quitte pour celle-ci à y injecter sa véhémence, son acrimonie, ses obsessions nationales ou religieuses. Dans ce registre qui entremêle sans relâche « gauche du travail et droite des valeurs », Alain Soral est devenu une vedette du Net.
(...) http://www.monde-diplomatique.fr/2013/10/PIEILLER/49683
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede altersocial » 07 Oct 2013, 17:42

Dans Politis :

La cité, l’islam et Alain Soral

Aux pieds des trois dernières tours des Minguettes – 9 autres ont été détruites pendant la rénovation urbaine –, une discussion politique s’anime, crescendo. Se retrouvent là des électeurs de François Hollande, quelques mélenchoniens discrets et beaucoup d’abstentionnistes.

Dans ce grand quartier de Vénissieux, au sud de l’agglomération lyonnaise, qui a vu naître la marche pour l’égalité en 1983, ceux qui marcheraient de nouveau ne courent pas les rues. Le fatalisme et le rejet du politique ont pris leurs racines. « La situation a beaucoup changé depuis l’époque de la marche, explique aussi Abbes, 26 ans, dans le courant d’air au coin d’un immeuble. Nos aînés étaient bien plus exploités que nous et les flics frappaient plus fort. »

« Ici, il y a 1 personne sur 20 qui s’intéresse à la politique. Parce qu’on ne peut rien faire pour changer la situation, rétorque Younes [1], 26 ans. Et puis en haut ils sont tous francs-maçons, ils s’arrangent entre eux et ne savent même pas qu’on existe. »

« Je vais te dire un truc, finit par lâcher Younes en se roulant un joint malgré les 6 caméras qui scrutent les lieux. La seule qui soit franche, c’est Marine Le Pen. Moi je voterai pour elle la prochaine fois. »
Soral, « une calamité »

À en croire beaucoup d’observateurs de terrain, le désert politique des quartiers populaires a fait le lit de deux extrêmes.

Propulsé par la polémique entourant les sorties de Dieudonné, l’antisémitisme d’Alain Soral et de son mouvement nationaliste et complotiste Égalité et réconciliation a trouvé son audience. L’essayiste et cyberconférencier drague l’électorat musulman en l’invitant à afficher sa « francité »… Et l’attire vers l’extrême droite.

« C’est une calamité pour nous, s’attriste Karima Berriche, depuis le centre social qu’elle dirige à la Busserine, à Marseille. Alain Soral séduit des jeunes que nous pouvions toucher, ceux qui sont le plus dans des démarches constructives. »

Au pied des immeubles des Minguettes, le nom évoque vaguement quelque chose. « J’ai vu certaines vidéos. Je l’aime bien, c’est un Blanc qui défend les Arabes », juge Abbes. Dans la petite assemblée où s’improvise un débat politique, la cote de l’idéologue d’Égalité et réconciliation est pourtant bien moindre que celle de Tariq Ramadan.

« Soral, c’est du vent, les gens ne le connaissent même pas, ils s’en foutent, estime Hamza Aarabe, militant de quartier montpelliérain du Petit-Bard. C’est un phénomène qui n’existe que sur Internet, qui s’adresse à des musulmans bourgeois. On ne peut pas être sur facebook et sur le terrain en même temps. »

C’est chez les étudiants ou les plus politisés que les acteurs associatifs ont observé le succès de ce discours « courageux et viril » sur les Juifs et « l’empire mondialisé ». « Soral cartonne chez des gens très bien structurés. Il a trouvé un fond d’antisémitisme chez les musulmans – attisé par le conflit israélo-palestinien et la confusion entre antisionisme et antisémitisme –, et il l’exploite à fond. Dans le contexte actuel de terreur identitaire et assimilationniste, beaucoup de musulmans se sentent obligés de montrer patte blanche en arborant leur nationalisme », raconte Abdelaziz Chaambi, animateur de la coordination contre le racisme et l’islamophobie.
L’islam et la « chose publique »

L’autre crainte, avec les nombreuses « affaires » qui pointent du doigt les musulmans, est le développement dans les quartiers d’un intégrisme islamique. Mais l’islam, s’il est plus visible que jamais dans ces quartiers du sud de Lyon, n’était jusqu’alors pas inscrit en politique. « La religion ne se préoccupe pas de politique, le plus important pour un musulman, c’est de vivre en paix, juge Hamid [2], 43 ans et père de 4 enfants, qui sort de la mosquée des Minguettes. 95 % des salafistes [3] restent cantonnés au cultuel. Ils ne veulent pas faire de politique. »

« Ça aussi, c’est en train de changer, prévient Abdelaziz Chaambi, qui est arrivé à la politique via Lutte ouvrière, en 1976, avant de quitter le parti avec lequel il se sentait en contradiction en tant que musulman. Aujourd’hui, certains salafistes ont un ancrage local extrêmement fort. »

« Il y a quelques “chtarbés“ du cerveau qui relèvent de la psychiatrie, juge Djamel Ferchiche, militant à Vénissieux, 32 ans. Les révolutions arabes ont aussi fait naître une opportunité de s’intéresser à la chose publique, mais il faut démystifier le salafisme, la plupart ne s’intéressent pas à la politique. »

Face à ce risque extrémiste – et son petit frère, le communautarisme –, l’urgence, pour Abdelaziz Chaambi, par ailleurs très amer envers la gauche, est que la République « encadre la dimension identitaire de l’islam en la reconnaissant et en disant que “oui”, la France n’est pas seulement judéo-chrétienne, pour que les musulmans puissent se sentir français ».

Les associations, mises sous tutelle

Pour beaucoup de militants, cette double impasse politique dans les quartiers est un résultat d’une mise sous tutelle de l’expression citoyenne. Les militants politiques s’estiment même forcés de choisir entre deux carcans : se renier pour grandir grâce au soutien des pouvoirs publics, en épousant le discours ambiant ; ou conserver leur critique politique et leur identité en se coupant des financements et des postes à responsabilités.

« Depuis trente ans, les militants des quartiers sont cantonnés à l’associatif, aux colliers de perles et aux sorties de ski, juge Abdelaziz Chaambi, qui dit avoir perdu 5 jobs pour s’être trop souvent exprimé. Aujourd’hui, pour être franc, dans une ville comme Lyon, qui était pourtant un bastion, le mouvement politique dans les quartiers est dans le creux de la vague. Personne n’agit localement et j’ai bien peur que l’on soit déjà dépassés. »

D’autres témoignent aussi de la difficulté de poursuivre l’accompagnement à la citoyenneté sans froisser les financeurs. « Il y a un profond problème de participation des habitants », raconte David Rigaldiès, militant d’ATD Quart Monde, aujourd’hui formateur pour les travailleurs sociaux. Avec sa compagne, ils ont choisi de s’installer au Terraillon, un quartier de Bron, en proche banlieue de Lyon, pour s’y investir.

« Lorsqu’on porte une critique avec des acteurs du quartier sur la rénovation urbaine, par exemple, les politiques nous font remarquer que ce sont eux qui nous donnent nos subventions. Financer ses contre-pouvoirs, c’est pourtant la base d’une démocratie. »

Échelle humaine

« Je suis révoltée, assure aussi Chafia Benlarbi, qui tente d’animer la vie de quartier de l’Arsenal, à Saint-Fons, avec son association Activ’fons. Elle est bénévole depuis 2007 dans cette structure et projette de se présenter aux municipales 2014, comme soutien sur une liste autonome, « pour taper du poing sur la table ».

« Les subventions sont aspirées par des gens qui viennent de l’extérieur, alors que la priorité, c’est le quartier », enrage la militante associative.

C’est le message que le ministre de la Ville vient d’intégrer à sa réforme de la politique de la Ville. Vendredi 20 septembre, il annonçait la création de conseils citoyens dans les contrats de ville et l’arrivée de représentants des habitants au Conseil national des villes. Une proposition avancée par la mission « participation » menée au premier semestre 2013 par Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué, qui avait convié fin juin à une « conférence citoyenne » des acteurs de terrain.

« Petit à petit, la culture des travailleurs sociaux est aussi en train d’évoluer sur la question de la participation des habitants », assure David Rigaldiès. Ce jeune père de famille affiche un optimisme rare dans les quartiers populaires. Son crédo : l’échelle humaine. Par des petites actions de terrain, ATD-Quart Monde travaille sur la « connaissance réciproque » et l’engagement citoyen. Un travail de fourmi, qui s’attaque à l’un des maux les plus tenaces dans les quartiers : le poids des représentations.
Notes

[1] Le prénom a été modifié

[2] Le prénom a été modifié

[3] Mouvement fondamentaliste revendiquant un retour à l’islam des origines
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Mathias Cardet, l'Oncle Tom de Soral

Messagede altersocial » 11 Oct 2013, 12:33

L'une des caractéristiques du soralisme est de jouer les rabatteurs frontistes dans les quartiers populaires (ce qui donne une saveur particulière au virage néocon' israëlophile de Marine Le Pen mais c'est une autre histoire). Le terreau complotiste joue à fond chez les boutiquiers du gangstérisme en carton, des étudiants déclassés de la petite bourgeoisie, ... et Soral d'exhiber ses néo-harkis comme autant de trophées à aligner sur ses étagères paternalistes. Comment un procolonial républicain réussit à ratisser chez quelques enfants des anciens colonisés n'est plus un mystère, mais voici déjà un profil boiteux (on alimentera la rubrique avec d'autres très bientôt) qui flaire bon la résignation confusionniste mêlée d'une mauvaise fois à toute épreuve.
Dans la catégorie Oncle Tom, mais dans un genre différent du morveux Stellio Capo Chichi (alias Kémi Séba) voici Mathias Cardet ... où l'on atteint les sommets de la mythomanie (cf "Hooliblack") et de la paranoïa (cf "L'imposture du rap").

Mathias Cardet : l’effroyable imposteur du rap

Alors que les médias ont fait leurs choux gras du clash Booba/La Fouine, un « repenti » du mouvement rap signe un pamphlet à charge. Un faire valoir idéal pour une sphère médiatique qui s’est emballée un peu vite…

« Je reste convaincu que s’il n’y avait pas eu le rap, les choses se seraient bien mieux passées dans les banlieues ». En plein clash entre Booba et la Fouine, deux stars du rap qui se disputent des parts de marché, ces propos de Cardet (un pseudonyme) rapportés par le Figaro, qui le présente comme un taulier du rap français, sont inespérés. Dans un pays où les rappeurs n’ont jamais eu bonne presse, où on ne les attend pas sur le terrain de la musique mais plutôt au tournant, c’est peu dire que l’auteur de l’Effroyable imposture du rap tombe à pic. Son essai à charge, qui insinue que le rap n’est que manipulation publicitaire et abrutissement des masses, légitime les a priori d’une bonne partie de la presse sur cette culture urbaine. Dont acte : invité à tour de bras dans la presse, sur Canal+ ou France 5, le bonhomme y déverse une haine à sens unique en prétendant révéler la face sombre de cette musique. Sauf que cette caution inattendue apportée au moralisme rance d’une poignée de canards perd vite de sa superbe lorsque l’on regarde ce que dit la plume et qui la (sou)tient.

Une charge sans nuances contre le rap

La démonstration débute pourtant par un intéressant développement sur les racines idéologiques du rap, qui sont à chercher dans un hédonisme black sur lequel a pesé Marcuse plutôt que dans le radicalisme des Black Panthers qu’on lui attribue comme une image d’Epinal. De cette intéressante (re)lecture du rap, Cardet offre cependant une lecture de traviole, tordant la réalité pour la faire rentrer à coups de pompes dans une théorie qui fleure bon le complot : le rap ne serait que manipulations de l’industrie, des politiques et du FBI pour abrutir la communauté noire et remplir les poches des publicitaires. La réalité est plus triviale : à travers le rap, les laissés-pour compte de la communauté noire, qui n’a pas bénéficié uniformément des avancées légales des années 1960, n’ont jamais cherché autre chose que l’accession à l’American Way of Life, dans la droite ligne du « America is my home » de James Brown et son rêve capitaliste profondément américain. Aux discours « révolutionaro-fun » de Public Enemy qui font écho au « I’m black and I’m proud » de Brown se mêle le matérialisme clinquant d’EPMD, Snoop Dogg ou Lil’Wayne, ravis de signer des contrats pour vendre des baskets ou des boissons. Les rappeurs sont en effet les meilleurs élèves du capitalisme américain mais ils n’ont jamais prétendu le contraire. Il est alors facile de déceler, après coup, machinations et (mauvaises) intentions, quitte à évacuer de la démonstration tout ce qui ne va pas dans son sens ; et notamment les millions de projets avortés qui démontrent que l’équation n’est pas si simple, même si l’analyse des visions commerciales des patrons Lyor Cohen, Jerry Heller ou Steve Rifkin peut séduire par son systématisme.

L’ombre d’Alain Soral

Même chose lorsque l’auteur s’attaque au rap français. En dépit de remarques justes sur l’adaptation du schéma américain ou la bienveillance parfois ridicule de l’Education nationale pour certains rappeurs « à textes », l’œuf dispute encore l’espace à la poule. Il est simpliste, voire uchronique, d’attribuer au rap le problèmes des banlieues qui le dépassent largement, tout comme il est illusoire de le tenir pour responsable d’un culte de la réussite individuelle que la société capitaliste se charge d’inculquer aux marmots bien avant la Fouine. L’hyperbole amoindrit la démonstration.

Sans nuance, Cardet enferme ainsi tous les acteurs de cette musique dans le même sac et fonce dessus à la baïonnette. Aborder le sujet sous cet angle c’est nier le vivier bien réel dans lequel est enracinée cette production culturelle, mais aussi sa créativité artistique, son côté ludique, ses plumes et ses producteurs. C’est aussi oublier qu’ils n’ont jamais prétendu faire autre chose que les dollars avec des mots, livrant au passage un paquet d’excellents disques. On se demande donc ce qui motive cette argumentation. Figure-t-elle la colère d’un fan déçu qui a réalisé que les rappeurs ne feront pas la révolution ou vise-t-elle un dessein plus large ? La présence du polémiste d’extrême droite Alain Soral, éditeur de l’ouvrage via Kontre Kulture, fournit un premier élément de réponse. Il y a quelques semaines, fier de son coup, il annonçait la sortie d’un livre noir du rap qui révélerait enfin au public que « le rap est fait pour empêcher l’intégration des types issus des quartiers (…) et les empêcher de se construire collectivement à long terme ».

Un précédent livre déjà controversé

Mathias Cardet, de son côté, n’en est pas à son coup d’essai. En novembre 2011, il publie Hooliblack, qui raconte sa plongée dans le hooliganisme dans les travées du Parc des princes. Lors de la sortie du livre, il assure une tournée promotionnelle assez particulière. Se revendiquant proche des idées d’Alain Soral, cet ancien supporter du PSG multiplie les interviews sur des sites d’extrême droite, trop heureux de tomber sur un enfant du regroupement familial dénonçant « la radicalisation et le communautarisme des cités » et les méthodes de SOS Racisme.

Sociologue à l’Ecole Centrale de Lyon, spécialiste des supporters de football, Nicolas Hourcade se rappelle de la perplexité qui l’a gagnée à la lecture de l’ouvrage que Mathias dédiait aux « Identitaires et aux patriotes ». « Ce qu’il racontait sur ses souvenirs de matchs au Parc des princes était plausible, mais les chapitres concernant les années 1990 et 2000 apparaissaient comme des informations de seconde main qui pouvaient être obtenues par n’importe qui en lisant la presse », se souvient-il. Nicolas Hourcade enquête alors sur le personnage et découvre que « l’individu n’est pas connu dans le milieu des hooligans parisiens ». Quand on évoque le personnage, Serge Ayoub, dit « Batskin », ancien leader des skins parisiens omniprésent au sein du Kop Boulogne dans les années 1980, se montre tout aussi sceptique : « Je n’ai jamais croisé ni entendu parler de ce mec. Pour moi, son bouquin est un mensonge éhonté », balance t-il sûr de son fait.

Invité surprise dans l’affaire Tron

Dernièrement, Mathias Cardet s’est surtout fait connaître pour son rôle dans une intrigue judiciaire, s’invitant il y a un an dans une affaire de mœurs impliquant Georges Tron. Sa voisine de pallier est l’une des plaignantes qui accuse l’ancien ministre de la Fonction Publique d’harcèlement sexuel. Lorsque son nom apparaît dans les journaux, il est convaincu qu’elle ment et tente de profiter de la situation. Le 1er juin 2011, il l’invite dans un café de l’Ouest parisien et enregistre la conversation. Naïvement, sa voisine déclare vouloir tirer profit de la situation en obtenant des dommages et intérêts ainsi qu’un poste de directrice des affaires culturelles à la mairie de Draveil.

Convaincu de détenir une bombe, Mathias fait alors écouter la bande audio à RMC et L’Express en réclamant de l’argent pour livrer l’enregistrement. Les journalistes refusent. Avec un ami, il se pointe alors à la mairie de Draveil et demande à Georges Tron d’intervenir sur le dossier fiscal d’un ami en échange de l’enregistrement. L’ancien ministre s’exécute en envoyant un courrier officiel à son ancien collègue du gouvernement, Pierre Lellouche. Le problème, c’est que Mathias Cardet ressemble davantage à un pied nickelé qu’à un personnage de Tom Clancy et, très vite, l’affaire éclate dans la presse : Georges Tron est accusé d’avoir utilisé ses relations pour récupérer une preuve à décharge tandis que Mathias est auditionné à plusieurs reprises par le juge d’instruction.

Un parcours sinueux, une thèse purement à charge, L’Effroyable imposture du rap laisse un drôle de goût. L’auteur n’aura réussi qu’une chose : conforter les a priori de médias réputés ni pour leur amour du rap ni pour leur connaissance du sujet.


Et comme l'Oncle Math prend un plaisir particulier à dézinguer avec manichéisme un style musical particulier du ghetto, une fois n'est pas coutume une réponse musicale s'imposait, tout d'abord avec un avertissement des Last Poets envers tous les Oncles Tom :


.... et une mise en garde à tous les apôtres du néofascisme youtubisé soralien ... "the revolution will not be" .... youtubised :mrgreen:
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Alain Soral financé par les mollah iraniens

Messagede altersocial » 22 Oct 2013, 11:42

Qui a gagné des millions ? Le toutou des fascistes iraniens ... :mrgreen:

Alain Soral et le « butin de guerre » de la liste antisioniste – un conte iranien

Beaucoup le soupçonnaient. C’est désormais avéré : la liste antisioniste conduite par Dieudonné aux européennes de 2009 a bénéficié de subsides iraniens. Un enregistrement d’Alain Soral, à l’époque cinquième sur la liste, le confirme. Ressortie à l’occasion d’un énième règlement de comptes, la vidéo fait beaucoup de bruit à l’extrême-droite et intéresse la justice.

Il y a une constante dans l’auto-proclamée « dissidence », marigot idéologique d’extrême et d’ultra-droite regroupant le mouvement Égalité et Réconciliation d’Alain Soral, les aficionados de Dieudonné et nombre de petits groupuscules complétement allumés. Ses figures les plus en vue ont une forte tendance à se retourner les unes contre les autres, à détricoter les frêles alliances qu’ils avaient nouées et à se bouffer le nez. C’est plus fort qu’eux. Mieux : ils le font publiquement, au vu et au su de tous, via des vidéos postées sur Youtube1. Et ils en oublient parfois toute prudence, laissant fuiter certaines informations censément secrètes.

Pour dernier avatar de cette perpétuelle Nuit des longs couteaux, la sévère brouille entre Alain Soral et Ahmed Moualek, proche de Dieudonné2 et président de La Banlieue s’exprime, un groupuscule extrémiste. Les deux hommes, solidement ancrés à l’extrême-droite, se connaissent bien : lors des élections européennes de 2009, ils figuraient ensemble sur la liste antisioniste portée en Île-de-France par Dieudonné : Alain Soral occupait la cinquième place et Ahmed Moualek la septième. Mais leur compagnonnage remonte plus loin en arrière : en 2006, ils s’étaient par exemple rendus de concert (avec le complotiste Thierry Meyssan, Dieudonné et le frontiste Frédéric Chatillon3) en visite en Syrie et au Liban.

Soral et Moualek sont donc de vieilles connaissances. Leur brouille, par contre, est très récente. Elle naît d’une vidéo mise en ligne par Ahmed Moualek le 23 août dernier. Il y explique qu’il a changé d’avis à propos de la situation en Syrie et qu’il « ne soutient plus Bachar El Assad », « un traître à son propre peuple ». La prise de position n’a rien d’anodine au sein d’une extrême-droite française qui soutient d’autant plus Assad que la Syrie est traditionnellement l’un de ses grands argentiers. Pour un Alain Soral, particulièrement engagé dans le soutien au régime syrien, la vidéo d’Ahmed Moualek vaut donc déclaration de guerre.
La riposte ne tarde pas. Sur le net, Moualek est attaqué de toutes part par les affidés d’Égalité et Réconciliation. Et il n’apprécie pas. Il apprécie d’autant moins que, lui, qui se revendique antisioniste radical (pour ne pas dire antisémite – l’homme a par exemple inventé un mot pour ceux qu’il considère comme sionistes : juifistes), se retrouve d’un seul coup traité de suppôt d’Israël par ses anciens amis. Insulte suprême.

Conséquence : Moualek contre-attaque. Il le fait au moyen d’une vidéo mise en ligne le 24 août et titrée « Alain Soral, où est le butin de guerre de la liste antisioniste ? ». Dans celle-ci, face caméra, il se plaint de la perfidie de ses anciens compagnons de lutte. Surtout, il exhume une autre vidéo, enregistrée en mars dernier à l’occasion d’un déplacement à Nice du meneur exalté d’Égalité et Réconciliation ; un film dans le film, en somme. Alain Soral y tient le crachoir. Et au détour d’un monologue portant sur la forme politique qu’il conviendrait de donner à la « dissidence », il fait cette étrange confession à propos du financement de la liste antisioniste de 2009 : « Si on a pu faire la liste antisioniste qui a coûté 3 millions d’euros, c’est parce qu’on a eu l’argent des Iraniens. Faut le dire, faut être honnête. Si on ne les avait pas eus, on n’aurait pas pu le faire : on n’a pas 3 millions d’euros. Surtout qu’on les a perdus, puisque pour être remboursé, il fallait faire 5 % minimum. » Bam.

Le soutien de l’Iran à une partie grouspusculaire de l’extrême-droite française a souvent été évoqué4. Cela se dit. Mais là, c’est différent : Alain Soral le balance recta, l’avoue sans ambages. Plus étonnant encore : il le fait devant une caméra, lors d’une réunion publique.

Dans sa déclaration vidéo, Ahmed Moualek explique ne jamais avoir été au courant de l’existence de ces trois millions d’euros. Il raconte d’ailleurs qu’il n’était pas question de se faire rembourser le moindre frais lors des séances de tractages auxquelles il a participé, mentionne que même le kebab était de sa poche... Mais il demande surtout des comptes, sous-entendant au passage des malversations financières : « Personne n’est au courant de ces trois millions d’euros. La liste anti-sioniste, de ce que j’avais pu comprendre, elle était financée – tout le monde n’était pas au courant – à hauteur de 300 000 euros. Soral fait des révélations. C’est son droit, hein, c’est son droit de le faire. […] Moi, j’aimerais savoir, je pose la question à Soral […] : Soral, où est le butin de guerre ? Où sont ces trois millions d’euros que tu as ou que vous avez touchés, je ne sais pas ? Où est cet argent ? […] Tout le reste de la liste antisioniste, comme moi, n’a pas touché un euro. J’en ai même pas senti l’odeur... »

Sur le net d’extrême-droite, cette vidéo, visionnée plus de 50 000 fois, fait beaucoup de bruit. Si Alain Soral ne peut l’ignorer, il ne réagit pourtant pas personnellement. Par contre, le 27 août, le site d’Égalité et Réconciliation reprend la vidéo de Moualek, avec cette précision : « À la question de savoir s’il faut faire évoluer la dissidence vers une forme politique plus institutionnelle, Alain Soral répond en rappelant la réalité de la politique politicienne et en évoquant les fameux « 3 millions d’euros » (qu’il faut bien sûr imputer à la fatigue et corriger en 300 000). » 300 000 et non 3 millions d’euros ? La langue qui fourche, un coup de fatigue ? Mouais.... Admettons. Sauf que ça ne change pas grand-chose.

L’intérêt de cette vidéo d’un Soral expliquant benoîtement que la liste antisioniste n’a pu exister que grâce à l’argent de la République islamique d’Iran ne réside en effet pas dans le montant de la somme. Il est ailleurs, dans cet aveu réitéré (une première fois à Nice en mars dernier, puis une seconde sur le site d’Égalité et Réconciliation le 27 août) d’une subvention totalement illégale. Et même, doublement illégale.
La liste antisioniste n’a en effet déclaré à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques que les sommes – mirifiques – de 6 691 euros de dépenses et 6 922 euros de recettes (dont 5 796 euros de dons)5. Les subsides iraniens n’y figurent donc pas. Ce qui laisse à penser que les comptes de la liste antisioniste sont mensongers. Une manipulation qui, à première vue, ne porte pas à conséquence : la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques ne peut effectuer de recours que dans les huit mois suivant l’élection. Il y aurait donc prescription.

Par contre, l’article L 52-8 du code électoral interdit formellement aux candidats aux élections de percevoir de l’argent d’un pays étranger. Plus précisément, il stipule : « Aucun candidat ne peut recevoir, directement ou indirectement, pour quelque dépense que ce soit, des contributions ou aides matérielles d’un État étranger ou d’une personne morale de droit étranger. »
Les risques juridiques sont ici un chouia plus importants : l’article L 113-1 du code électoral prévoit que « sera puni d’une amende de 3 750 euros et d’un emprisonnement d’un an, ou de l’une de ces deux peines seulement, tout candidat en cas de scrutin uninominal, ou tout candidat tête de liste en cas de scrutin de liste, qui aura accepté des fonds en violation des dispositions de l’article L. 52-8 ». La peine encourue reste légère, mais nul doute que Dieudonné – considéré comme responsable en tant que tête de liste – ne souhaite pas spécialement se retrouver une nouvelle fois au tribunal.

Pas de bol, cela lui pend au nez. Quand j’ai demandé à me rendre sur place, dans les locaux de la Commission, pour consulter les comptes détaillés6 de la campagne de la liste antisioniste, on m’a répondu qu’ils n’étaient pas disponibles. Il se trouve qu’il n’existe qu’une seule possibilité pour qu’ils ne le soient pas : une réquisition judiciaire. Dit autrement, une enquête est en cours. Voilà qui ne devrait pas arranger les affaires de la « dissidence » – en soi, une excellente nouvelle.

Mais la nouvelle pourrait devenir meilleure encore. Imaginons que les sous-entendus de Moualek se vérifient, que des membres de la liste antisioniste aient réellement fait main-basse sur une partie des subsides iraniens et que la justice le découvre : pour le coup, certaines figures de la « dissidence » passeraient vraiment un hiver pourri....

1 Une mode certainement lancée par Alain Soral, dont les vidéos sont très visionnées sur le net.

2 Moualek a d’ailleurs bossé au théâtre de la Main d’Or, le repaire de Dieudonné.

3 Lequel fait office de relais de Damas au sein de l’extrême-droite ; voir sur le sujet ce très complet article de REFLEXes.

4 L’Iran s’était par exemple engagé à produire deux films de Dieudonné. Le premier, titré L’Antisémite, est sorti en 2011.

5 Pour le vérifier, se rendre sur ce lien et télécharger le PDF portant sur les élections des représentants au Parlement européen des 6 et 7 juin 2009. Une fois le PDF téléchargé, se reporter à la page 14, qui traite de la circonscription Île-de-France. Les comptes de la liste antisioniste figurent en face de l’intitulé « M. MBALA MBALA Dieudonné » : les chiffres définitifs sont ceux du niveau inférieur.

6 Une version beaucoup plus précise que celle accessible sur le net.


J'ai zappé les liens hypertextes vers E&R même s'ils sont instructifs dans la querelle intestine du camp facho-soralien. :wink:
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Les embrouilles idéologiques de l’extrême droite

Messagede altersocial » 28 Oct 2013, 11:19

Les embrouilles idéologiques de l’extrême droite

L’absence d’ambitions de la gauche, ou son incapacité à les réaliser, encourage l’extrême droite à la détrousser de ses idées les plus porteuses. Quitte pour celle-ci à y injecter sa véhémence, son acrimonie, ses obsessions nationales ou religieuses. Dans ce registre qui entremêle sans relâche « gauche du travail et droite des valeurs », Alain Soral est devenu une vedette du Net.
par Evelyne Pieiller, octobre 2013

Ensemble, ils accueillent le visiteur. A gauche de l’écran, Hugo Chávez, Ernesto Guevara, Mouammar Kadhafi, Patrice Lumumba et Thomas Sankara, ainsi que MM. Mahmoud Ahmadinejad, Fidel Castro et Vladimir Poutine. A droite, Jeanne d’Arc et le créateur de ces rencontres du troisième type, Alain Soral. Sur fond noir, ils encadrent le nom du site Internet, Egalité & Réconciliation (E&R), et sa devise : « Gauche du travail et droite des valeurs ». Ce dernier est 269e au classement Alexa (réputé fiable) qui hiérarchise les sites français en fonction du trafic qu’ils génèrent. Celui de Télérama occupe la 260e place…

Guevara et M. Poutine ? Chávez et la « droite des valeurs » ? Il y a du brouillage des repères dans l’air politique du temps. Ou, pour le dire autrement, de l’embrouille idéologique. Qui est quoi, c’est la grande question. Qu’implique être à droite, qu’implique être à gauche ?



Le Mouvement des entreprises de France (Medef) applaudit chaleureusement le ministre de l’économie et des finances, M. Pierre Moscovici, venu à l’université d’été du patronat affirmer : « Nous devons être au combat ensemble. » Alain de Benoist, cofondateur du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece), animateur de ce qui fut appelé la « Nouvelle Droite », se déclare favorable à la nationalisation des banques, à la création d’un système de crédit socialisé, au refus de payer la dette, et s’appuie sur les intellectuels progressistes Emmanuel Todd, Perry Anderson, ou les Economistes atterrés (1). Le Front national (FN) défend le protectionnisme, de concert avec une partie de la gauche radicale, et parle, comme le Front de gauche (FG), de « souveraineté populaire ».



Alors, quand des militants syndicalistes apparentés à la gauche, quand une communiste, candidate sous étiquette FG aux élections législatives à Marseille en 2012, choisissent de se présenter sous la bannière du FN, il est peut-être paresseux de considérer que ce sont là des démarches saisissantes, mais anecdotiques. Tout comme le serait le report sur le FN d’un pourcentage non négligeable de voix socialistes aux législatives partielles de la deuxième circonscription de l’Oise, et à celles de Villeneuve-sur-Lot. C’est bien plutôt le signe d’une sérieuse confusion.

Mais alors, que signifie cet amalgame ? Faut-il, avec Jacques Julliard, y voir le mystère d’un basculement émotif, sur fond de « scepticisme à l’égard des milieux dirigeants, gauche et droite confondues » (2), ou le choix de transcender les clivages, parce que les « extrêmes » pourraient enfin, salutairement, se rejoindre ? Définies d’emblée comme « transcourants » et comme des outils de résistance au « système », les vidéos mensuelles de Soral sur son site, dont l’audience n’est, elle, assurément pas anecdotique, en particulier chez les jeunes (quinze millions de vues pour trois cent quatre-vingt-deux vidéos), permettent d’éclairer ce qui se joue.



Soral s’adresse, en son seul nom, aux citoyens de bonne volonté qui essaient de comprendre quelque chose à tout ce « bordel » — terme « soralien ». En tee-shirt, sur un canapé, désinvolte et concentré, il explique la situation : l’actualité, et le sens de l’histoire. Son passé témoigne de sa sensibilité d’artiste : plusieurs films, un roman. Mais également de son courage intellectuel, car son parcours politique correspond aux tentations de bien des inquiets. De l’adhésion au Parti communiste (brève, semble-t-il) dans les années 1990 à la Liste antisioniste fondée avec l’humoriste Dieudonné pour les élections européennes de 2009, en passant par deux années au Front national (2007 à 2009), il l’a accompli sans peur des paradoxes et des ruptures. Il affiche sereinement son « mauvais esprit », tout comme le fit l’avocat Jacques Vergès, qu’il salua en étant présent lors de ses obsèques (20 août 2013), aux côtés de l’ancien ministre socialiste Roland Dumas, de l’ancien ministre du gouvernement Balladur Michel Roussin, et de Dieudonné…



Adepte de surcroît des sports de combat (boxes, et française et anglaise), il se présente, discrètement mais fermement, comme la symbiose d’un adolescent prolongé — caractérisé comme il se doit par l’intensité de son questionnement, le non-conformisme de ses engagements (et dégagements) — et d’un individu presque moyen, confronté à la solitude héroïque mais musclée de celui qui, sans parti, sans appui, contre tous, tente d’y voir clair. On est loin de l’image du penseur universitaire ou du cadre politique. Ce qui facilite d’autant le butinage idéologique, pratiqué par de nombreux internautes, souvent dépourvus de la formation que dispensaient hier partis ou syndicats et qui structurait la réflexion.



C’est autour de quelques émotions et notions-clés que le propos s’organise : le sentiment d’impuissance face à la mondialisation et à la perte d’autonomie d’un pays soumis aux lois européennes ; l’inquiétude devant les régressions économiques et sociales ; le malaise à l’encontre des valeurs de la modernité autoproclamée progressiste ; la difficulté d’envisager un avenir différent. Sous le parrainage intrépidement conjoint d’une sainte guerrière et de dirigeants politiques peu portés sur le consensus, Soral donne son analyse et ses réponses.
L’obsession de la morale et de la nation

Tout d’abord, il importe de lutter contre le « mondialisme », un « projet idéologique visant à instaurer un gouvernement mondial et à dissoudre en conséquence les nations, sous prétexte de paix universelle », le tout passant par la « marchandisation intégrale de l’humanité » (3). Ce mondialisme se traduit par une « domination oligarchique », qui bafoue la souveraineté populaire et entretient le mythe de la toute-puissance du marché, « comme si ce n’était pas politique, pas un rapport de forces et un rapport de classes » (vidéo, janvier 2013). L’attribution de droits spécifiques aux « minorités opprimées » vient alors se substituer aux acquis sociaux collectifs, et conduit à une balkanisation qui risque de mener à la guerre civile : le témoignage le plus vif de cette dérive serait la « lecture racialiste des rapports sociaux », « “souchiens” contre “Arabes”, tous en bas de l’échelle, plutôt que travail contre capital », et qui fait des musulmans des « boucs émissaires ».

En résumé, le Nouvel Ordre mondial, également nommé l’Empire, veut faire triompher une démocratie formelle, simple « pouvoir du plus riche » (vidéo, mai 2013), tenante d’un égalitarisme abstrait qui substitue des « questions sociétales » à celles de « la question de l’inégalité sociale, de l’exploitation de classes » (vidéo, mai-juin 2013) : brandir les droits de l’homme la justifie.



Soral propose donc de « sortir de l’Union européenne, sortir de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord], et reprendre le contrôle de notre monnaie (…) pour rendre à la France sa souveraineté et à la démocratie un peu de son sens ». Lutter contre l’« obsolescence des Etats face à l’économie mondialisée ». Et instaurer le protectionnisme.



On voit bien comment cette lecture de la situation générale peut ne pas choquer ceux qui, comme lui, veulent en finir avec l’« oligarchie de la rente sur le travail humain ». Soral pourrait même donner à croire qu’il est, non pas, comme il le prétend, « marxiste » — il faudrait être distrait de façon persévérante —, mais à la recherche d’une « gauche authentique ». Surtout si on ajoute qu’il condamne la colonisation, « trahison de gauche de l’universalisme français » ainsi que le néocolonialisme, insiste sur le fait que l’« instrumentalisation des tensions ethno-confessionnelles » sert à dévoyer la lutte de classes, et souhaite un monde multipolaire. Pourtant, il évoque bien peu les mouvements sociaux, la socialisation des moyens de production…, semblant davantage inspiré par la dénonciation de l’« alliance croisée de la droite financière et de la gauche libertaire », que légitiment élites et médias…



C’est que sa véritable obsession est bien moins la justice sociale que le sauvetage de la France — « Je veux sauver la France, voilà » (vidéo rentrée 2012, 3e partie) — et ce qu’elle lui paraît représenter. En d’autres termes, la politique lui importe moins que la morale, la révolution moins que la nation. La morale, pour le sens qu’on peut donner à sa vie personnelle ; la nation, pour le sens qu’on peut donner à la vie collective.

Si les rapports de classe sont une thématique omniprésente dans son propos, leur étude y demeure fluette. Car l’essentiel de son analyse est porté par une conception de l’homme que le libéralisme, devenu synonyme de modernité, chercherait à détruire. L’ennemi fondamental, c’est ce qui incite « à la consommation compulsive et à l’individualisme » (charte d’E&R), c’est-à-dire l’« idéologie du monde marchand ». Bien davantage que l’exploitation, ce qui est à condamner dans le néolibéralisme, c’est qu’il produit « une société vouée à ses pulsions » (vidéo, mai 2013), entraînant ainsi un affaiblissement du sens du collectif, et donc de la conscience politique, via l’épanouissement sollicité de l’égoïsme, de l’esprit de compétition, de la recherche du plaisir. Or seule la nation est « apte à protéger les peuples des profits cosmopolites qui n’ont ni patrie ni morale », et pervertissent les valeurs qui dépassent la seule satisfaction personnelle. Le saut est brutal.

De quoi la nation est-elle donc ici le nom ?



A l’évidence, pour « protéger les peuples », elle devrait être l’incarnation du refus de l’égoïsme et des « profits cosmopolites ». Ce qui suppose, d’une part, qu’elle est une essence singulière, le génie propre à une culture particulière. Et, d’autre part, qu’elle doit exclure le cosmopolite amoral.



Sacré dévoiement. De la demande de souveraineté face, entre autres, aux lois supranationales, on en vient à recourir à une notion quasi mystique, censée permettre, si on la revendique, de créer un « front du travail, patriote et populaire, contre tous les réseaux de la finance et l’ultralibéralisme mondialisé (4) ». « Communauté nationale fraternelle, consciente de son histoire et de sa culture », où se retrouvent « ceux qui veulent un plus juste partage du travail et des richesses », et « ceux qui veulent conserver ce qu’il y avait de bon, de mesuré et d’humain dans la tradition », cette tradition helléno-chrétienne qui aurait conduit à l’exigence d’égalité réelle. Pour en finir avec le matérialisme, il faut, selon Soral, retrouver la force spirituelle qui lui faisait autrefois contrepoids, représentée tant par la religion que par le communisme ou l’universalisme français : le sens de la fraternité, le respect de soi et de l’autre, la conscience d’être un individu lié à un ensemble.



La nation serait donc une entité par nature anticapitaliste, dont s’excluent de fait tous les agents, conscients ou non, du néolibéralisme : à gauche, ceux pour qui le combat se réduit à l’« égalité en droit » ; à droite, ceux qui « veulent conserver leurs privilèges ». Ce qui importe, c’est la possibilité de rassemblement dans le partage de valeurs communes, plus grandes que les appétits et caractéristiques individuels. Peu importe donc la laïcité, devenue « une religion, la plus fanatique de toutes », peu importe l’origine du citoyen — les Français musulmans intégrés « sont une chance pour la France » au contraire de « cette nouvelle génération de paumés, issus des ghettos de la relégation (…) porteurs d’une idéologie délinquante américaine libérale ». L’ennemi de la fraternité, c’est aussi bien le communautariste, au nom de l’égalité « victimaire », que l’improductif, l’avide, le jouisseur — l’individualiste. Tous les « progressistes » et tous les « réactionnaires » ne composent donc pas deux groupes homogènes.



Il importe de définir les authentiques contributeurs à une société désaliénée de la représentation du monde néolibérale : le vrai peuple, porteur de l’esprit de la nation. Loin des faux antagonismes, loin des clivages-clichés, il inclut la petite bourgeoisie qui peut être proche du prolétariat, le petit patron qui n’a pas les mêmes pratiques que le Medef. Tous ensemble, paysans, ouvriers, petits entrepreneurs… pourront aller vers une « société mutualiste de petits producteurs citoyens », car, pour chacun, « la responsabilité économique et sociale — donc politique — résulte de la propriété de ses moyens de production ». Soral n’est pas loin de Pierre-Joseph Proudhon, ni de Pierre Poujade. Mais il est très loin de Karl Marx.
Un facilitateur de dévoiement

Cette société « réconciliée », digne, pourrait constituer un objectif commun pour la droite antilibérale et la gauche radicale. « Il existe une droite morale qui est, si on y réfléchit bien, l’alliée de la gauche économique et sociale. Et, à l’inverse, une gauche amorale qui s’est révélée comme la condition idéologique de la droite économique dans sa version la plus récente et la plus brutale. » « Gauche du travail, droite des valeurs » : le slogan d’E&R prend tout son sens. La gauche sociale intègre le sens de la transcendance porté par les valeurs de la nation, et la lutte des classes s’abolit dans une société diverse et unie.



Reste à expliquer la victoire du néolibéralisme, y compris dans son emprise idéologique sur la gauche amorale. C’est assez simple : elle est due au complot américano-sioniste.



Si la démocratie est factice, si les thèses en faveur du néolibéralisme sont aussi fortement propagées, si l’opposition est si souvent affaiblie, c’est parce que des réseaux occultes infiltreraient l’ensemble des organes de décision de... l’Empire, neutralisant ou corrompant l’action politique : des dîners du Siècle (5) aux « nouvelles maçonneries pour l’hyperclasse que sont les think tanks, style Bilderberg et Trilatérale », l’oligarchie prépare et ses manœuvres et l’opinion, tandis que, de complot en complot, elle crée la menace terroriste avec les Twin Towers ou la guerre civile en Syrie. Ce qui justifie le soutien de Soral à l’« islam de résistance » et à ses alliés, qui, seuls, s’opposeraient à la domination mondiale de cette caste…



Au cœur de ces conspirations se tiendraient, liés à l’Amérique rapace, les « Juifs », sinon errants, du moins par nature étrangers à la nation, et de surcroît portés sur l’accumulation de capital. La banque est juive, la presse est juive, le destructeur de l’unité nationale est juif… Soral a pour eux une haine positivement fascinée. Il les voit partout. Evidemment, il lui est facile de préférer parler d’antisionisme ou d’opposition à la politique d’Israël. Mais c’est tout bonnement de l’antisémitisme, et non l’expression d’un soutien au peuple palestinien ou d’un goût marqué pour la provocation supposée libératrice. S’il réédite des classiques de l’antisémitisme dans Kontre Kulture, sa maison d’édition (Edouard Drumont, La France juive, etc.), c’est par ardente conviction. Aucune ambiguïté.



Pourtant, ce déchaînement maniaque ne suffit pas à le discréditer auprès de ses fidèles. C’est que les théories du complot, franc-maçon, juif, Illuminati et autres, renvoient à ce grand sentiment d’impuissance aujourd’hui répandu, que n’atténuent guère les attaques, elles aussi fréquentes, contre les élites et l’oligarchie. C’est sans doute aussi que, parfois, existent des arrangements effectivement tenus secrets (qu’en fut-il, pour rester sobre, des rapports entre les Etats-Unis et certains éléments du patronat chilien dans la préparation du coup d’Etat qui renversa Salvador Allende ?). Mais il importe quand même de se demander si ce type de réflexion, qui se veut avant tout morale, au-dessus des partis, anticapitaliste et nationaliste, ne conduit pas assez fréquemment à un populisme « rouge-brun », fort peu anticapitaliste mais fort teinté de xénophobie, sinon de fascisme. A en croire l’histoire, la réponse est oui.



Il serait néanmoins frivole de considérer que les habitués de Soral sont tous de la graine de fascistes. Il le serait tout autant de ne pas prêter attention à ce qui, dans son discours, est un « embrayeur » d’équivoque, un facilitateur de dévoiement. C’est autour de la mise en parallèle des valeurs sociétales et des questions sociales, ainsi que du retour à la nation, que se joue l’essentiel de ses développements et de leurs conséquences : une vue apparemment cohérente des ravages sociaux et intimes de la modernité libérale, qui délivre les internautes de leur propre soupçon d’être de tristes réactionnaires, tout en les confortant dans le sentiment d’appartenir à une minorité enfin éclairée. Il n’est donc peut-être pas sans intérêt, pour la gauche déterminée à créer les conditions d’une véritable justice sociale, de rappeler que rien dans ses propos et objectifs ne saurait être confondu avec ceux d’une droite extrême. Pour ce faire, mieux vaudrait préciser sa propre analyse sur ces questions, quand bien même elle serait conflictuelle dans son propre camp.



Evelyne Pieiller





(1) Eléments, no 146, Paris, janvier-mars 2013.

(2) Marianne, Paris, 29 juin 2013.

(3) Alain Soral, Comprendre l’Empire. Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations ?, Blanche, Paris, 2011. Toutes les citations, sauf indication contraire, y renvoient.

(4) Charte d’E&R. Les autres citations du paragraphe sont également issues de cette charte.

(5) Lire François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, « Aux dîners du Siècle, l’élite du pouvoir se restaure », Le Monde diplomatique, février 2011.



http://www.monde-diplomatique.fr/2013/10/PIEILLER/49683
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Re: Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Sor

Messagede altersocial » 24 Déc 2013, 15:34

La galaxie Alain Soral : de l'extrême droite néo-traditionaliste catholique aux néo-Frères musulmans

Le relatif succès d'Alain Soral sur l'Internet est l'un des symptômes d'une crise des idéologies contemporaines, laquelle se traduit par des alliances et des contre-alliances objectives et/ou subjectives intattendues.

Elles se nouent entre différentes factions idéologiques, que tout a priori sépare. Il règne un tel confusionnisme moral et intellectuel, sur fond d'une mondialisation qui suscite un doute protéiforme, que les thèses les moins rationnelles trouvent preneurs. C'est précisément Alain Soral, lui-même passé de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, qui constitue le pôle fixateur de ces thèses, de même que de cet amalgame improbable.

La presse s'épanche beaucoup ces derniers temps sur le geste dit de "la quenelle" et ses significations subversives, tantôt antisémites tantôt trivialement vulgaires, popularisées par Dieudonné, Alain Soral et leurs acolytes. Mais bien peu de cas est fait des transactions collusives entre la galaxie Soral et certains membres de mouvements catholiques néo-traditionnalistes ou intégristes et des membres de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), à l'instar de Camel Bechikh, président de l'association Fils de France, Albert Ali ou l'imam recteur de Bordeaux, Tareq Oubrou, qui est leur mentor théologique.

Le dispositif d'Alain Soral est élaboré en matière de communication publique. Il s'inscrit dans ce qu'il est convenu d'appeler en sociologie le média-activisme. Il s'efforce habilement d'associer les contraires, de capitaliser sur les récriminations des uns et des autres, en lénifiant pour ce faire les antagonismes réels, aux fins d'apparaître, en dernier lieu, comme le "Réconciliateur" des Français de toutes origines : ethniques, religieuses et sociales. Il sait ainsi user des fragilités identitaires d'une partie de ses concitoyens, notamment musulmans, et de la force de conviction de ses amis de confession musulmane (C. Bechikh et Albert Ali) pour créer de l'adhesion autour d'un discours à la fois inclusiviste et exclusiviste. Comment procède-t-il ? Il use précisément de registres discursifs composites qui intrègrent des éléments de langage profane et scientifique, ainsi qu'une dimension eschatologique et sotériologique opportunément oecuménique, où domine une vision déterministe et manichéenne de l'Histoire, avec, d'un côté, les gentils, et, de l'autre, les méchants.

Par ailleurs, il y ajoute de façon systématique une touche antisémite. Pour ravir la clientèle traditionnelle (habituellement âgée entre 18 et 35 ans) du prédicateur suisse Tariq Ramadan, le président d'Égalité et Réconciliation rappelle à dessein les liens idéologiques et structurels objectifs de ce dernier avec la monarchie autoritaire du Qatar, qu'il interprète cependant à sa façon, en le présentant à cet égard comme "un agent de l'Empire" (sic), faisant "partie du système de domination" (sic), un "membre de l'oligarchie mondialiste", "le musulman au service de l'hyperclasse nomade", etc. Cependant, sur le plan sociétal et de la dénonciation du sionisme, les deux se rejoignent largement, ce qui explique que les publics peuvent être à maints égards interchangeables. Les références doctrinales de C. Bechikh et d'A. Ali sont les mêmes que celles du prédicateur suisse : Hassan al-Banna, Yûsuf al-Qaradhâwî, etc.

De Tariq Ramadan @TariqRamadan

#QUENELLE: Je m'y attendais en souriant... on est venu me demander ce que je pensais du nouveau sport national français alternatif que l'on nomme "la quenelle". Oser prétendre qu'il s'ag…
Twishort @twishort


Alain Soral, Camel Bechikh et Albert Ali (disciples pourtant initialement formés par la littérature de T. Ramadan qu'ils ne remettent toutefois jamais en cause) manifestent volontiers leur proximité et sympathie réciproques qui relèvent de la communauté élective et affinitaire. Le premier relaye d'ailleurs fréquemment les interventions des seconds, qu'il loue pour leur "patriotisme" (sic). Qu'est-ce qui peut donc bien lier des individus aux parcours et aux ancrages idéologiques différents, alors même qu'Alain Soral revendique les racines chrétiennes de la France, fait la promotion d'un nationalisme ethniciste, estimant par ailleurs que seul le Front national se distinguerait des partis traditionnels dans son rapport spécifique à l'identité française ?

A cette question plusieurs éléments de réponse qui sont autant d'hypothèses explicatives. Il faut bien comprendre que chacun des groupes d'acteurs poursuit des fins et des moyens qui peuvent quelquefois diverger. Elles convergent néanmoins sur l'essentiel. Pour Alain Soral, revendiquer les racines chrétiennes de notre pays, insister sur l'identité et la souveraineté de la France, dénoncer "l'immigrationisme" (sic) et "le droit-de-l'hommisme" (sic), c'est, de façon stratégique, faire pièce à ce qu'il appelle "le mondialisme", qui aurait intérêt à supprimer les frontières des nations et à faire le jeu du "gouvernement mondial" qui cultiverait le dessein inavoué d'installer sa capitale à Jérusalem (sic). Derrière "mondialisme" et "gouvernement mondial" se cacherait, tel un grand marionnetiste, "une communauté organisée", c'est-à-dire juive et sioniste cosmopolite qui soumettrait les États-nations européens, en particulier la France, de race blanche et de tradition catholique pluriséculaire.

La révolution française de 1789 serait l'œuvre d'une franc-maçonnerie vouant une haine viscérale à l'encontre de la fille aînée de l'Église. Les références d'Alain Soral au prédicateur musulman d'origine indienne, Imran Hosein (1942), auteur de Jérusalem dans le Coran, qui allie eschatologie et histoire, remplit une double fonction : d'une part, elle permet d'attirer à soi un lectorat musulman ou récemment réislamisé, qui devient alors une clientèle potentielle des réseaux d'Égalité et Réconciliation, et, d'autre part, elle légitime et potentalise théologiquement et politiquement un anti-judaïsme et un anti-sionisme radical. Dans l'ensemble de ce dispositif, le juif fait effectivement souvent office de figure repoussoir et de "causalité diabolique".

Pour Albert Ali et Camel Bechikh, qui voient en quelque sorte A. Soral, auquel ils empruntent la sémantique, tel un éclaireur des masses et un défenseur sincère des valeurs traditionnelles de la vieille France contre la dépravation des gouvernants, le rapprochement avec les milieux catholiques traditionnalistes (Égalité et Réconciliation est souvent la courroie de transmission) et d'extrême-droite française (dont le Front national ou ses bassins de sympathisants) est le prolongement naturalisé de leur attachement au socle de valeurs normatives du monothéisme en général et de l'islam hyper-conservateur. Tôt socialisés au contact de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) dont ils sont à notre connaissance toujours membres, laquelle est elle-même porteuse de l'idéologie des Frères musulmans à vocation beaucoup plus internationaliste, Albert Ali et Camel Bechikh nourrissent, sans peur de la contradiction, deux convictions complémentaires, loin d'être pourtant exhaustives quant à leurs représentations sociales globales : les "élites mondialisées", "l'oligarchie" (sic), au service de "l'Empire" (sic), ont tourné le dos à la France traditionnelle, à son catholicisme intégraliste, via "l'immigration incontrôlée" (sic), l'Europe (la mise en place de l'euro, par exemple) et le mariage pour tous.

Aussi, le salut de notre pays passerait, de leur point de vue, par "une désionisation de la France" (sic), une alliance des conservatismes religieux, en particulier du christianisme catholique néo-traditionnaliste et un islam normatif, dans une communion pacifiée avec la France de Jeanne-d'Arc ; l'objectif étant de mutualiser les efforts en vue de rendre à ce pays la reliogiosité privée et publique d'antan, et, du côté "des musulmans patriotes", être acceptés par la majorité non-musulmane. Rien d'étonnant par conséquent, qu'Albert Ali n'hésite pas à appeler ses coreligionnaires à voter pour le Front national.

À ce propos, après s'être particulièrement mobilisé au sein de la Manif pour Tous sous les ordres de Frigide Barjot, le militant anti-mariage gay Camel Bechikh, porte-parole de la Manif Pour Tous, a désormais rejoint Ludivine de la Rochère, présidente, elle, du même collectif.
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"Farida, tu trahis nos quartiers"

Messagede altersocial » 04 Fév 2014, 08:11

Kaissa Titous, a organisé l’arrivée à Paris de la « la marche pour l’égalité et contre le racisme » aux côtés de Farida Belghoul. Sur StreetPress, elle s’indigne des manipulations de son ancienne camarade de lutte



Ce que tu as fait Farida, est grave ! Tu veux faire le procès de l’école publique : c’est ton droit. Tu peux déplorer son laisser-aller, les inégalités, la panne de l’ascenseur social, l’échec scolaire, le manque de moyens, la carte scolaire, les projets qui viennent d’en haut etc … Mais heureusement que dans l’école publique, quelque fois, les enseignants prennent l’éducation des gosses en main quand les parents sont défaillants. L’école publique, malgré toutes ses insuffisances, c’est quand même un lieu où on acquiert du savoir et surtout où on peut accéder à l’universel, sortir des archaïsmes familiaux, découvrir la littérature, le monde, l’autre.

Peu de familles dans nos quartiers seraient capables d’apprendre à lire et à écrire à leurs enfant. Beaucoup confient l’avenir de leurs enfants à l’école publique et même si les études ne sont pas automatiquement synonymes de réussite, elles permettent quand même de ne pas être totalement écrasés au travail et sont synonymes de perspectives individuelles. L’usine et le chantier ne sont pas des horizons indépassables pour nos jeunes. Tu parles d’atteinte à la pudeur de nos enfants par l’enseignement de l’égalité entre les hommes et les femmes mais la pudeur et la dignité de nos enfants ne sont-ils pas plus atteintes par le chômage de leurs parents, la relégation de nos quartiers, la dégradation de nos HLM et la misère qui fait choisir entre acheter des légumes ou de la viande ?

Liberté Toi comme moi sommes des purs produits de l’école républicaine, alors montrons lui un peu de reconnaissance, malgré ses failles. Aujourd’hui nombre de filles et de garçons ne peuvent accéder à l’école dans le monde et ils sont enchaînés de fait toute leur vie à l’exploitation et l’humiliation. L’école publique reste le seul lieu de promotion sociale possible et d’émancipation pour les enfants d’ouvriers.

Est-ce vraiment défendre l’intérêt de nos quartiers que de taper sur l’école de la république afin de promouvoir l’école religieuse et l’école privée ? Dans nos quartiers, les seuls trucs gratuits que l’on a, ce sont les écoles. Moi je n’aurais jamais eu les moyens de payer une école religieuse privée à ma fille, ou de pratiquer l’enseignement à domicile comme tu l’as fait.

Laïcité Et pourquoi taper sur nos instits en les présentant comme de futurs prédateurs ou pédophiles ? Est-ce que ce sont nos ennemis ? Est-ce que tu veux qu’on retourne à l’école des curés et des imams ? Est-ce notre intérêt de faire des alliances avec l’extrême droite, de se ranger derrière ceux qui depuis 30 ans nous stigmatisent ? Tu as oublié qu’ils sont les héritiers de ceux qui ont assassiné les républicains espagnols, des tortionnaires et des assassins de la guerre d’Algérie, des policiers qui ont noyé les Algériens à paris le 17 octobre 1961 et les idéologues de ceux qui ont jeté Habib Grimzi en novembre 1983 et armé souvent les gâchettes des 22 longs rifles et des assassins de jeunes dans les quartiers populaires. Pourquoi, nous, qui avons subis le racisme, la relégation, la stigmatisation devrions nous reprendre le discours religieux de l’extrême droite, de la droite et des associations religieuses, et à notre tour dénoncer des boucs émissaires ? Pourquoi à notre tour stigmatiser en tapant sur les homos ou sur les juifs ?

Tu voudrais qu’aujourd’hui nous faisions des alliances avec des forces politiques qui n’ont pas arrêté de prospérer sur la haine de nos quartiers et de ses habitants, qui nous agitent comme repoussoirs à chaque élection, qui nous accusent d’être des envahisseurs, qui arrachent les pains au chocolat et le pain de la bouche des Français de souche , que nous suivions Civitas. Ces gens qui sont contre l’avortement, contre la contraception. Que nous nous allions avec des gens comme Dieudonné qui sont pleins aux as, qui pleurent sur l’Etat qui les oppresse mais qui ferment leur gueule dès qu’il s’agit de leur oseille.

Instrumentalisation Les gosses qui ne vont pas à l’école, en raison de ton instrumentalisation politique des inquiétudes ou sensibilité des parents, ils ont demandé quoi ? On leur a demandé leur avis ? Comment vont-ils s’expliquer auprès de leurs copains ? Vas-tu les laisser seuls face à l’instituons scolaire et subir les conséquences ?

« – Pourquoi t’as manqué ?

- Parce que je pense que l’instit il va m’apprendre ce qu’est la sodomie ! »

C’est grave et si ceux qui, comme toi, sont instruits, cultivés et talentueux ne mettent pas leurs compétences pour expliquer et rendre visible les vrais enjeux de la société mais s’engouffrent et manipulent les gens. Je trouve que c’est criminel pour nos quartiers, tu alimentes et renforce notre criminalisation, notre propre stigmatisation et relégation!
Making-off

Kaissa Titous, a organisé l’arrivée à Paris de la « la marche pour l’égalité et contre le racisme » dans le cadre du collectif jeune parisien. C’est là qu’elle côtoie Farida Belghoul :

Kaïssa Titous a été présidente de Radio Beur et membre du bureau national de SOS Racisme, avant de quitter son siège pour critiquer la récupération politique du mouvement. Depuis deux décennies elle s’engage pour défendre les habitants des quartiers populaires.

Cette tribune a été réalisé à partir d’un entretien téléphonique.
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