FN - RN et ses satellites

...Sans Papiers, antifascisme...

Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 17 Avr 2012, 18:58

Porno-eugénisme, misogynie et apologie du 3ème Reich : le site de Nicolas Reynès, candidat FN de la 2ème circonscription du Nord le 16 avril

Il existe depuis déjà deux ans un site aux odeurs de 3e Reich, qui prône la supériorité de la race blanche : les Élégances. Un site comme il en existe des dizaines sur la toile. Pourtant, celui-ci a de particulier qu’il est administré par Nicolas Reynès, militant FN et candidat aux législatives.

Nicolas Reynès est le responsable de « Les Jeunes Avec Marine » dans le Nord Pas-de-Calais et le candidat Front National aux législatives dans la deuxième circonscription du Nord. C’est également le webmaster de ce site internet érotique et pornographique, les Élégances, dont il fait régulièrement la publicité sur sa page Facebook et son compte Twitter.

Le site du militant d’extrême-droite est un agrégat de photos de jeunes femmes trouvées sur la toile. Les modèles ont toutes un point commun : elles sont blanches, souvent rousses et blondes, et représentent dans l’esprit torturé de l’étudiant de Lille 3 la pureté raciale qui serait en train de disparaître par la faute du métissage.

Dans ce site, les femmes ne sont considérées que comme des objets sexuels (voir la rubrique « Porno chic » qui n’a de chic que le nom), ou comme les matrices de la race ; jamais comme des individues libres pouvant disposer de leurs corps et faire leurs choix.

Objets sexuels, à travers des photos dégradantes et misogynes, ou les femmes se retrouvent dans des postures de soumission (tenues en laisse, aspergées de sperme, etc). Ces photos phallocentrées reproduisent les rapports de domination entre hommes et femmes, l’hétéronormativité, et la supériorité masculine dans les rapports sexuels. Dans l’article « Mystifions nos femmes », Nicolas Reynès souhaite que « chacun trouve sa place et son vagin sans nuire à l’avenir commun ». Tout est dit.

Matrice de la race, puisque ce site prône l’eugénisme (le terme est employé sans complexe). Reynès met en scène des femmes blanches « certifiées vieille France » vendant leurs ovaires ou mères porteuses. Il écrit sur une photo de jeune femme blanche « Je suis une héritière. Je suis un héritage ». Aux femmes blanches, donc, de transmettre la race blanche, protégées par des hommes blancs, en formant des « couples alpha ».

Ce site est directement dirigé vers les hommes, pour les hommes. Non seulement il leur offre des images de femmes sexuellement avilissantes, mais en plus il défend une idée on ne peut plus conservatrice de la masculinité, faisant des hommes des géniteurs, des chefs de famille, les propriétaires des femmes. Des dominants.
Dans un article intitulé « Avoir des responsabilités », on peut par exemple lire :
Il fit de la femme du premier homme qu’il tua, sa maîtresse. Les veuves qu’il fit et prit à ses ennemis, il les donna à ses fils, à ses amis, à son personnel ou les vendit pour entretenir son château. Il fit des moins jolies, des domestiques, des plus jolies, des mères. Même en vacances, il emporte toujours quelques souvenirs du travail.
Voilà qui donne une belle idée de ce que le Front National pense de la famille.

Entre les séries de photographies érotiques et les clichés pornographiques, Reynès intercale donc des textes eugénistes, mais aussi des images « humoristiques » racistes, islamophobes, à la gloire du 3ème Reich ou du terroriste norvégien Anders Breivik. Petit florilège :

Attention, les deux captures d’écran suivantes sont dégradantes pour l’image des femmes et choquent :


Les images du site sont reprises sur internet et intentionnellement détournées de leurs buts premiers. Tout esprit clair et sain aura compris ce détournement, ceux chez qui existe un doute, vous êtes décidemment trop cons et priez de ne plus mettre les pieds ici. Pour lecas où existeraient des copyrights et que vous en avez connaissance, merci là encore d'utiliser la page contact pour me le signaler afin qu'elles soient retirées. Les noms et prénoms mises en avant sont bien sûr de fiction, comme tout ce à quoi ce site fait référence... une l'élégance romancée, dont la trame s'efface.
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Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 18 Avr 2012, 23:23

L'avertissement de Sarkozy aux électeurs du FN Charles Jaigu 18/04

Nicolas Sarkozy tenait mercredi un meeting à Arras.
Le président-candidat a répété plusieurs fois que le vote Le Pen servirait Hollande.

Dans les derniers mètres avant la ligne d'arrivée, le candidat Sarkozy a choisi de parler aux électeurs tentés par le vote Front national. Mercredi matin, sur BFMTV, Nicolas Sarkozy a expliqué qu'un vote pour Marine Le Pen revenait à «envoyer un coup de pied dans la fourmilière et, a-t-il ajouté, à l'arrivée, on a les socialistes, plus d'impôts, plus de taxes». Dans l'après-midi à Arras, au cœur des terres de la France du non, le président-candidat a multiplié les appels du pied aux électeurs du Front national.

(...)
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Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 19 Avr 2012, 19:52

Vin et présidentielle- Marine Le Pen : " j'aime surtout les blancs ! " 13 avril

Marine Le Pen clame sa préférence pour le vin blanc. La candidate du Front National à l'élection présidentielle évoque aussi la loi Evin, dont le bilan n'est pas très positif à ses yeux.

Marine Le Pen, seule “ fille de vigneron ” de notre palmarès, est aussi amatrice de vin. L’honneur familial est donc sauf. Jean-Marie Le Pen, solide connaisseur des pomerols, pommards et autres alsaces, a en effet investi à titre personnel, à partir de 2005, dans une maison de champagne. Associé à Patrick Bourson (champagnes François Daumale), le président du FN avait lancé une cuvée “Veuve Poignet” destinée à la clientèle gay des bars du Marais (lire La RVF n° 509) ! Et sa fille ? Elle reconnaît avoir une préférence pour une couleur : « J’aime surtout les blancs, je suis amatrice de pouilly-fumé, de chablis, de menetou-salon ; apprécier du rouge, c’est plus rare ; et je n’entretiens pas de cave, je vais volontiers déguster là où l’on m’invite… ». A-t-elle été jusqu’à apprécier la “Veuve Poignet” et son étiquette figurant une main dégorgeant une bouteille parainée par son père ? « Mon père ne gérait pas la stratégie commerciale de la marque. Cela dit, je trouve ça plutôt rigolo. En la matière, rien ne me choque », explique-t-elle.

« IL FAUT ENVISAGER DE RÉFORMER LA LOI EVIN »

Plus sérieusement, la candidate FN estime être d’autant plus sensible au sujet qu’elle est aussi petite-fille de négociant : « Le père de ma mère était négociant en vin, du côté de Mont-de-Marsan ». Dès l’automne, elle s’est rendue à Chablis pour s’élever contre la suppression programmée des droits de plantation. Et elle se montre sensible au poids économique de la filière (vins et spiritueux : 10,1 milliards des exportations en 2011), poids « qui pourrait être encore plus élevé si les pouvoirs publics étaient capables de mieux protéger les vignerons de la concurrence déloyale qu’ils subissent et de lutter contre la complexification de leur travail ». Et la loi Évin ? « Vingt ans après, je ne suis pas certaine que son bilan soit très positif. Elle a aussi eu pour effet d’orienter des consommateurs vers les alcools forts. À mon sens, il faut envisager de la réformer, sans hypocrisie, en association avec les vignerons ».
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Messagede Nico37 » 21 Avr 2012, 15:34

[url=http://www.npa2009.org/content/ras-l’front-face-au-retour-en-force-du-fn]Ras l’front : face au retour en force du FN, Hebdo Tout est à nous ! 144 (12/04/12), Propos recueillis par Alain Pojolat[/url]

René Monzat, fondateur de Ras l’front, nous a accordé un entretien, durant le Forum social antiraciste (FSA) le 7 avril dernier.

En 1990, l’appel de 250 personnalités avait permis de dégager un espace politique pour lancer le réseau Ras l’front. Alors que le FN progresse, il semble que la situation soit plus compliquée aujourd’hui.

Je pense que c’est difficile effectivement, pour des raisons qui tiennent au changement de contexte politique. Quand l’Appel des 250 a été lancé, le Front national était un phénomène massif encore relativement nouveau. Il avait une activité militante contre laquelle il était « facile » de se mobiliser. De plus, le contexte politique faisait que, d’une certaine façon, Ras l’front pouvait exprimer un certain nombre de choses qui étaient au cœur de sa démarche, qui étaient aussi des valeurs qui, sur le papier en tous cas, étaient partagées par l’ensemble du champ politique à gauche.
Rien de tout cela n’existe aujourd’hui, le FN existe depuis longtemps, il a diminué, puis il a remonté... Donc les gens se disent qu’il ne constitue pas un réel danger, qu’il va baisser de nouveau, et, surtout, il y a une division très profonde, le FN n’est pas vu simplement comme un parti raciste, mais comme un parti qui pose, de façon peut-être extrême, des problèmes qui sont réels, qui sont les problèmes de l’identité française, de le mauvaise intégration de populations musulmanes, etc. Ils pensent que c’est le fond. Peut-être que s’il y avait une initiative, par exemple après les présidentielles, il pourrait y avoir un écho. Aujourd’hui, on se voit au FSA, il y a du monde, ce n’est pas extrêmement large, il n’y a pas les organisations politiques et syndicales majoritaires de la gauche, néanmoins il y a une initiative unitaire, ici à Saint-Denis, une manifestation de rue, plein d’initiatives dans plein d’endroits : Lille, Grenoble, Lyon... Je pense que de ce point de vue, les choses reprennent.

Avec un FN qui pèse autour de 15 %, et qui va de toute façon compter dans la période qui vient, les contradictions internes à la droite, on peut envisager une alliance entre une partie de la droite institutionnelle et le FN, et l’aspiration d’une représentation proportionnelle au Parlement.
Existe-t-il d’après toi un risque de recomposition politique entre une partie de la droite et le FN ?


Oui, c’est la stratégie de Marine Le Pen. Elle parie sur la défaite de Sarkozy et un éclatement de l’UMP, et une recomposition entre le FN et une partie de l’UMP dont on a vu depuis des mois qu’il reprend des termes qui chaque semaine sont plus proches de ceux de l’extrême droite. Ce sera vraiment une autre situation politique, lourde de dangers. Il faut se préparer à des choses surprenantes et pas forcément agréables après les élections.
Le retour à une forme de proportionnelle fait partie des propositions du PS, ce qui est une chose juste par ailleurs. Cela ne nous fera certainement pas plaisir s’il y a des députés du FN à l’Assemblée, mais il ne faut pas revenir sur ce principe démocratique au prétexte que le FN pourrait en bénéficier.

Dans l’Appel des 250 était écrit que l’on commençait le combat contre les fascistes en les nommant comme tels. Il y avait une continuité générationnelle (Résistance, guerre d’Algérie, Mai 68) qui permettait de le faire. Nous ne sommes plus dans cette dynamique. Doit-on alors mener le combat contre le FN en le traitant comme un parti comme les autres ? Par exemple, pour la tenue du meeting central à Paris au Zénith le 17 avril, on assiste à une hésitation des forces politiques à gauche pour prendre une initiative à cette occasion.

Il y a d’une part le débat « académique » sur la définition de ce qu’est le FN. C’est un parti de la « droite révolutionnaire » mais différent du fascisme et du nazisme, mais c’est le même courant politique fondamental incarné de façon différente. C’est un débat qu’il faut avoir. Le problème est qu’un tel parti, avec son programme de préférence nationale, un parti autoritaire, qui s’inscrit dans une tradition antidémocratique, même si aujourd’hui il prétend le contraire, ne doit pas être traité de la même façon qu’un parti de la droite parlementaire traditionnelle. Il est légitime de manifester, de dire des choses, et de souligner que sur le fondspolitique, il n’a pas changé. Il suffit de gratter un peu. En réalité, le FN ne s’est pas transformé en parti classique, démocratique, ce n’est pas vrai. Il est dans l’approfondissement de ce qu’il a toujours été, avec plus de capacités et l’intelligence politique de dire fondamentalement les mêmes choses de façon plus « séduisantes ». Le problème est qu’il va sans doute connaître des succès directement électoraux avec une activité militante qui pour l’instant reste extrêmement faible. Donc oui, cela a un sens de manifester le 17 contre le FN, mais ce serait une illusion d’en rester là !
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Messagede Nico37 » 22 Avr 2012, 12:40

Nicolas Sarkozy, l'homme qui courait après les voix du FN, Arnaud Leparmentier et Vanessa Schneider, 21.04

Rééditer le hold-up de 2007. Ratiboiser le Front national en séduisant ses électeurs, c'est le rêve qu'aura poursuivi Nicolas Sarkozy tout au long de sa campagne de premier tour. Malgré les pressions venues de son propre camp et quelques atermoiements, il est resté fidèle à la ligne édictée par son conseiller issu de la droite maurassienne, Patrick Buisson.

Dernière tergiversation, mardi 10 avril. Nicolas Sarkozy réunit ses troupes à l'Elysée. Il doute, estime que la stratégie consistant à parler constamment d'immigration a montré ses limites : il ne progresse plus dans les sondages. "On ne propose rien, on ne fait que cogner. C'est une erreur", analyse un membre de l'équipe de campagne. M. Buisson tord le nez, lui qui estime au contraire que Nicolas Sarkozy a trop laissé d'air à Marine Le Pen ; Henri Guaino, le conseiller néogaulliste, se sent, lui, soulagé. Même discours le lendemain, mercredi, avec le comité de campagne. Il est décidé d'élargir le registre, pour préparer le second tour. Le virage s'engage le lendemain, lors d'un déplacement en région parisienne avec des sportifs. Le ton est plus posé au meeting de la Concorde, le 15 avril, une semaine pile avant le premier tour.

Mais le naturel reprend vite le dessus, d'autant que le candidat improvise de plus en plus lors de ses meetings quotidiens. Mercredi 18, à Arras, le lendemain dans le Val-de-Marne, et vendredi 20 pour son dernier meeting à Nice, terre droitière sensible aux thèmes du FN, M. Sarkozy s'en prend encore à l'immigration. Il se positionne contre le halal dans les cantines scolaires, les créneaux réservés aux femmes dans les piscines, et le refus de certaines musulmanes de se laisser soigner par des hommes dans les hôpitaux. Et de marteler : "On ne peut pas accueillir qui que ce soit sur notre territoire sans avoir appris le français." Jusqu'au bout, M. Sarkozy aura fait du Buisson.

"DU GROS ROUGE QUI TACHE"

Le 10 février, le président donne le ton avec un entretien au Figaro Magazine axé sur les valeurs. Il propose le recours au référendum, prélude à la tirade contre les corps intermédiaires, les syndicats et les élites. Viendront ensuite la chasse aux "assistés", puis la mise en avant du thème de l'immigration.

Dès son arrivée au ministère de l'intérieur, en 2002, le ministre de Jacques Chirac entend incarner la droite sécuritaire, multipliant les lois répressives et celles sur l'immigration. Le Sarkozy du début des années 2000, qui aimait surprendre en prônant l'abrogation de la double peine pour les étrangers, expulsés après avoir effectué leur peine de prison, et en évoquant le droit de vote des immigrés aux élections locales, a rapidement laissé la place à celui qui promettait, en 2005, de nettoyer les cités au Kärcher et de débarrasser les quartiers des "racailles".

Lors de la préparation de la campagne de 2007, Patrick Buisson, déjà, le convainc de mener une campagne droitière pour siphonner l'électorat FN. Le 22 avril 2006, devant de nouveaux adhérents de l'UMP, le futur candidat reprend la logorrhée frontiste : "Si certains n'aiment pas la France, qu'ils la quittent." Pendant sa campagne, il vire à droite toute, à la surprise générale, en proposant de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Et cela paie : au premier tour de 2007, il s'envole à 31 % des suffrages, tandis que Jean-Marie Le Pen recule à 10,4 %. Ce soir-là, Nicolas Sarkozy sait qu'il a remporté la présidentielle contre Ségolène Royal.

Dès lors, le nouveau locataire de l'Elysée croit qu'il a tué définitivement le FN, mais donne des piqûres de rappel, au risque de ranimer le parti d'extrême droite. A l'automne 2009, le ministre de l'immigration, Eric Besson, lance un grand débat sur l'identité nationale. Nicolas Sarkozy sait ce qu'il fait, qui demande "du gros rouge qui tache" à ses ministres. L'exercice tourne au fiasco : peu de monde dans les préfectures où sont organisés les débats et des dérapages xénophobes dans les propos des participants. La gauche hurle, la droite est en proie au malaise.

Les anciens premiers ministres Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin ne cachent pas leurs réserves. Pire : Nicolas Sarkozy déçoit une partie de ses électeurs, qui retournent dans le giron du FN, préférant l'original à la copie. Les dérives bling-bling des débuts du quinquennat, l'image de président des riches et les piètres résultats en matière de sécurité et de pouvoir d'achat provoquent l'éloignement de l'électorat populaire séduit en 2007. L'ascension de Marine Le Pen, qui donne une nouvelle image au FN, entrave la stratégie du chef de l'Etat. Pourtant, il refuse d'en démordre : c'est à sa droite, croit-il, qu'il trouvera son salut.




CLAUDE GUÉANT JOUE AU MÉCHANT

La contre-offensive débute au lendemain du fiasco des régionales de mars 2010, qui ont vu une percée du FN. Une fusillade au coeur de Grenoble et une émeute impliquant des Roms dans le Cher, en juillet 2010, lui permettent de déclencher une grande offensive : c'est le fameux discours de Grenoble sur la déchéance de la nationalité des tueurs de policiers et la stigmatisation des Roms. La gauche condamne mais part en vacances, les ministres du centre et d'ouverture, qui se savent condamnés par le prochain remaniement, Hervé Morin et Bernard Kouchner, ne mouftent pas. Ce sont les Eglises et les Européens qui forcent M. Sarkozy à reculer au sortir de l'été. Lors du remaniement de novembre 2010, qui reconduit François Fillon, le ministère de l'identité nationale est supprimé.

Mais Nicolas Sarkozy n'a pas renoncé. Dès l'hiver 2011, la rédactrice du projet de 2007, Emmanuelle Mignon, qui a quitté entre-temps l'Elysée, affirme que rien n'est réglé sur l'immigration, que les portes ont été laissées grandes ouvertes. Sans surprise, Claude Guéant, nommé ministre de l'intérieur, lance une offensive sur l'immigration, d'autant que les révolutions arabes suscitent la peur d'un afflux de réfugiés, croit déceler la droite. Au même moment, un premier sondage donne Nicolas Sarkozy éliminé du premier tour de la présidentielle par Marine Le Pen. Les élections cantonales de mars 2011 confirment la nette progression du FN.

M. Sarkozy décide d'attaquer sur les thèmes régaliens. Un partage des rôles s'opère : Claude Guéant joue au méchant, pendant que le chef de l'Etat s'applique à se poser en sauveur de l'euro et en président du G20. La politique de M. Guéant culmine à l'automne 2011 avec une circulaire restreignant les permis de travail pour les étudiants étrangers. Il doit reculer, sous la pression des centristes, en particulier de Jean-Pierre Raffarin.

La campagne refait de Nicolas Sarkozy un ministre de l'intérieur qui, après un moment d'hésitation, court derrière Marine Le Pen dans sa dénonciation de la viande halal non estampillée. Le quinquennat, inauguré sur le thème de "l'immigration choisie", s'achève sur la proposition de diviser par deux l'immigration légale. Lors de son grand meeting de Villepinte, le 11 mars, le candidat-président menace de rétablir unilatéralement des contrôles aux frontières françaises. Autant d'idées approuvées par les Français, selon les sondages, et applaudies dans les salles UMP. Et qui permettent à Nicolas Sarkozy de distancer Marine Le Pen dans les intentions de vote et de rattraper François Hollande.

A la veille du premier tour, nul, dans l'entourage du président, ne s'aventurait à prédire le vote des Français. Chacun préparait sa défense en cas de fiasco. Pour Patrick Buisson, si le siphonnage du FN ne marche pas dimanche, c'est parce que le candidat aura recentré sa campagne trop tôt, donnant une bouffée d'air à la candidate frontiste.
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Messagede Nico37 » 23 Avr 2012, 18:43

L'UMP s'apprête à tendre la main aux électeurs du FN LAURE EQUY
Reportage Au QG de Sarkozy, militants et responsables pointent les mesures de leur candidat qui pourraient séduire les électeurs de Marine Le Pen.

Ils sont passés par toutes les couleurs, toutes les humeurs, les candidats et les responsables UMP. De l'inquiétude des premières estimations qui prédisaient, dans l'après-midi, un écart important entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, à l'euphorie des résultats de 20 heures. Leur candidat est toujours derrière le socialiste mais ils en sont convaincus: «rien n'est joué», «un nouveau match commence ce soir». Alors qu'à la Mutualité, la salle parisienne étiquetée à gauche mais louée par la droite pour cette soirée électorale, on distribue les drapeaux tricolores, les secrétaires nationaux de l'UMP, parlementaires, membres de l'équipe de campagne moulinent les mêmes déclarations. Entre autres éléments de langage: l'idée que les sondages se sont trompés en surestimant le taux d'abstention et le total des voix de gauche, et la perspective d'un second tour «extrêmement ouvert». On se réjouit d'arriver enfin au «mano a mano» au «one to one» face à Hollande – la proposition de Sarkozy de tenir trois débats d'entre deux tours est ovationnée. Et surtout, on ne craint pas de s'adresser aux électeurs de Marine Le Pen, surprise du premier tour avec 18,5% des voix, selon les dernières estimations de l'institut Ipsos.

En décrochant l'oreillette d'une chaîne étrangère à laquelle il donnait une interview, Guillaume Peltier agrippe la main du député Jérôme Chartier. «Tout est possible, t'as vu, tout est possible», lui lance-t-il exalté. Le spécialiste de l'opinion, qui a milité dans sa jeunesse à l'extrême droite, résume à sa façon les enseignements du premier tour: «Le message c'est moins d'immigration, plus de protection, plus de laïcité, moins de communautarisme. Et c'est Nicolas Sarkozy qui porte ces convictions.» Il oppose le candidat «de l'autorité» au «candidat de la dépénalisation du cannabis – que Hollande ne propose pas, ndlr – et du droit de vote des étrangers aux élections locales». «A François Hollande de convaincre [les électeurs de Le Pen] avec le droit de vote des étrangers, la dérégulation de l'immigration, la nécessité de sabrer dans les crédits de l'armée», renvoie le député-maire (Nouveau centre) de Drancy, Jean-Christophe Lagarde.

Autre épouvantail que l'UMP pourrait agiter pour ramener l'électeur frontiste vers son camp au second tour: le mariage homosexuel, auquel «seuls Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen se sont opposés», fait valoir Maylis, militante de 18 ans à l'UMP et au parti chrétien-démocrate de Christine Boutin. Pour cette étudiante en prépa éco et commerce, en t-shirt «les jeunes avec Sarko», les candidats UMP et FN «sont proches sur le thème de la famille». Si elle a trouvé «ignobles» les déclarations de Marine Le Pen sur «les Mohamed Merah parmi les enfants de ces immigrés non assimilés», elle estime que «la fille n'est pas le père» et qu'elle «est moins dangereuse que les communistes du Front de gauche auxquels les Français n'ont pas cédé». « Les électeurs de Marine Le Pen ne sont pas tous militants du FN et le deuxième tour n'est ni de droite ni de gauche», entonne Jacques, cadre parisien dans le transport aérien, qui applaudit à tout rompre lorsque Nicolas Sarkozy appelle «tous les Français qui mettent l'amour de la patrie au-dessus de toute considération partisane à [le] rejoindre».
«Les électeurs de Le Pen, on ne doit pas leur parler peut-être?»

Dans la grande salle où deux écrans géants retransmettent les soirées électorales des télés, les militants applaudissent les duplex des ministres de droite et sifflent les invités de gauche. Le discours de Hollande est copieusement hué et couvert par des «mais ils sont où mais ils sont où les socialistes?» ou «Hollande en Corrèze, Sarkozy à l'Elysée».

Officiellement, le discours de Sarkozy entre les deux tours ne sera pas infléchi pour courtiser les voix du FN. «On ne va pas droitiser mais on va prendre en compte les préoccupations qui se sont exprimées», nuance Hervé Novelli, secrétaire national adjoint de l'UMP. Mais les idées auxquelles les électeurs d'extrême droite sont sensibles seront surlignées. «On dira que d'autres candidats portent des mesures pas si éloignées, comme la protection aux frontières de l'Europe, l'insécurité, l'immigration», ajoute-t-il. Secrétaire national et responsable UMP dans les Yvelines, Charles Givadinovitch se presse au balcon de la salle de la Mutualité pour entendre des bribes de l'intervention du président-candidat, qui a fait un passage vers 21h45. Lui qui a milité au sein du club «Les progressistes» d'Eric Besson parie sur un «équilibre entre les mesures sociales et la proposition de diviser par deux l'immigration légale». Et la ministre Marie-Anne Montchamp, ex-villepiniste, d'assurer que «le discours d'ordre public parle à la même personne que le discours social.»

Ici, un FN à son plus haut score au premier tour d'une présidentielle n'effraie guère. On admet que c'est un «peu inquiétant» mais David, étudiant comme technicien de laboratoire de 22 ans, qui milite à Drancy, croit tenir l'explication de cette percée: «Ce n'est pas un vote d'adhésion pour les idées de Marine Le Pen mais pour ce qu'elle représente, son image un peu anti-système, un peu anti-médias.» Du coup, «on parle à ses électeurs comme aux autres», se rassure-t-il.

Le député Franck Riester, lui, met le bon score de l'extrême droite sur le compte de «l'ubuesque égalité de temps de parole» en vigueur pendant la campagne officielle: «Avec neuf candidats qui tapent sur le pouvoir, ça donne envie de voter contestataire. Mais au second tour, les électeurs auront devant eux deux projets radicalement différents.» Dopée par le premier tour, Nadine Morano, qui s'invite en fin de soirée en salle de presse, battra la campagne d'entre-deux tours, sans détours: «Les électeurs de Marine Le Pen, on ne doit pas leur parler peut-être? Ce sont des électeurs à part, ces ouvriers, ces gens qui souffrent et veulent de la protection?» La députée de Moselle, plus sarkozyste que jamais, «va leur parler», elle. «Et alors là sans complexe.»
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Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 24 Avr 2012, 18:26

Nausée et stupéfaction Yannis Youlountas

Ce soir, dans mon tout petit village de la Montagne noire, je me demande qui a pu apporter un soutien aussi massif à l’héritière Le Pen. Alors que le père avait toujours oscillé entre 3 et 12 voix pour 280 habitants, voilà que son écœurante progéniture a brusquement atteint le score absolument incompréhensible de 33 voix sur 170 votants. Mais qui sont-ils ces 33 obscurs voisins à l’apparence tranquille et bucolique ? Comment en sommes-nous arrivés là, dans un minuscule village où la seule famille maghrébine est d’une gentillesse irréprochable à l’égard de tous ? A 300 km d’ici, dans ma ville natale, pourtant profondément de gauche et administrée généreusement par des maires communistes depuis un demi-siècle, la candidate d’extrême droite est carrément arrivée en tête : Martigues est brutalement passée du rouge au brun ! Stupeur là aussi. Partout en France, Sarkozy, Guéant et Hortefeux ont nourri, élevé et dressé la bête immonde, jour après jour, comme les ténors du capital allemand durant la crise de 1929. Nous sommes en plein cauchemar. De même, en Grèce, ma terre d’origine, où plusieurs partis d’extrême droite sont en train de profiter des circonstances particulièrement dramatiques du pays pour s’installer dans le paysage politique et se gonfler d’intentions de vote excitées par le sang à quinze jours du scrutin, comme des sangsues voraces et répugnantes.

Sur un plateau télévisé français, à l’instant où j’écris ces lignes, tous les politiciens réunis ne trouvent rien de mieux à faire que de courtiser l’électorat du FN en le plaignant longuement et en lui adressant leur sympathie fraternelle. La France qui vote Le Pen est devenue dans leur bouche « la France qui souffre ». L’expression est reprise à tout bout de champ, de Ségolène Royal à Jean-François Copé, non sans jouer des coudes pour être bien audible et parfaitement en face de la caméra dans les caresses verbales et les mimiques à son encontre. Berk ! Paroles fétides de trous du cul qui règnent encore sur des Français décidément plus manipulés que jamais.
Non, la France qui vote Le Pen n’est pas la France qui souffre. C’est la France qui pue, non pas la sueur, mais le sang. C’est la France mortifère qui a toujours adoré l’autorité arbitraire et les ordres vociférés. C’est celle qui a besoin d’obéir à un maître pour pouvoir se délecter de la barbarie dite civilisée qui s’étend de jour en jour. Cette France-là attend patiemment comme un pittbull prêt à être lâché sur les boucs émissaires que désignera le maître. Cette France-là n’est pas celle qui souffre, c’est celle qui attend le droit de faire souffrir. Cette France-là, c’est la sous-France : celle qui attend les ordres. Cette France-là n’est pas la France : elle est le contraire de la France. C’est pourquoi, au lieu de se vanter de voter pour la dynastie Le Pen, ces gens-là, pour la plupart, se cachent (tous dans mon village, où aucun des 33 n’a jamais eu le courage de se dévoiler) : parce qu’ils savent bien au fond d’eux qu’ils sont la honte de la France.
Cette France-là n’est pas non plus la France qui a peur. C’est, au contraire, la France qui se délecte de faire peur, tapie comme une bête sauvage dans la nuit de la raison, et qui savoure le plaisir toujours plus grand d’être notre pire cauchemar. Cette France-là, c’est la France des lâches qui nous saluent masqués. C’est la France de ceux qui, en réalité, détestent la France, comme ils maudissent plus encore l’humanité jusqu’à eux-mêmes et qui n’affrontent pas plus les miroirs que le regard de leurs voisins. J’ai désormais 33 voisins masqués dans mon petit village, trois fois plus que la dernière fois. Et je ne sais toujours pas lesquels.
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Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 26 Avr 2012, 23:47

Montée du FN : " Les gens en ont vraiment marre ! " 24/04/2012

Les chiffres claquent. Sur le canton de Mennetou-sur-Cher, six des huit communes rurales ont placé Marine Le Pen en tête du vote. Tentative d’explication.

Sur le canton, la candidate frontiste frôle les 28 %. Une première.

Il pleuvait dur, hier matin sur les communes de Villefranche-sur-Cher et de Mennetou-sur-Cher. Un gros chagrin ? La veille, la candidate frontiste a raflé la mise sur six des huit communes du canton rural. Châtres-sur-Cher, Langon, Mennetou-sur-Cher, Saint-Julien-sur-Cher, Saint-Loup-sur-Cher et Villefranche-sur-Cher l'ont ainsi placée en tête (avec 27,81 % des voix pour l'ensemble du canton contre 17,09 % en 2007). Les communes de Maray et de La Chapelle-Montmartin, elles, l'ont élue en deuxième position derrière le président sortant. Vote d'adhésion ? Vote de contestation ?

Au Pupitre, le tabac-presse de Villefranche-sur-Cher, un instituteur retraité voit dans ces chiffres la trace d'un grand ras-le-bol. « Tout le monde se rend compte qu'on est dans le caca. Les gens en ont vraiment marre ! », lance-t-il en payant son journal. Quelques minutes plus tard, une femme en quête notamment de jeux de grattage poursuit : « Y'a plein de mécontents. Même s'il y a d'autres façons de le montrer… » D'autres sont moins surpris. S'attendaient même à des scores plus élevés encore, autour de 22 %. Pour ces deux hommes rencontrés sur le pas de la porte, c'est un vote de contestation.
L'un des adjoints au maire de La Chapelle-Montmartin, lui, ne comprend pas. « Je ne vois pas bien ce qui peut pousser les gens à voter ainsi. On n'a pas l'impression de découvrir ou de provoquer des situations pouvant mener à ça. »
Le maire de Villefranche, Joël Auger, « assez surpris », avance une explication. « Autrefois, on votait blanc, aujourd'hui, on vote Marine Le Pen. Il y a aussi un grand mécontentement par rapport aux candidats principaux. » Ce maire à la sensibilité écologiste revendiquée s'étonne cependant de l'homogénéité du canton dans ce vote. « Il a cette difficulté de la vie. Il nous manque de l'emploi… »
A Mennetou aussi, autour du zinc du café Le Paris, la discussion tourne autour du sujet. « En prenant le journal ce matin, je ne m'attendais pas à ça », lance une dame. Un monsieur qui prépare son tiercé est moins surpris : « C'est normal. Dans 5- 6 ans, elle sera en tête de la droite. Elle défend les couleurs de la France. J'ai voté Sarkozy mais j'ai un peu hésité ». Sur les bords du canal du Berry, le premier tour de la présidentielle a fait bouger les lignes. Plus à droite.

SAVIGNY " Le score du FN, on ne se l'explique pas ! "

Contactés hier, pas plus Michel Saulière, maire UMP de Savigny que Bernard Bonhomme, maire de Sougé et conseiller général, ne s'expliquent le très bon score de Marine Le Pen. La candidate du FN arrive en seconde position sur le canton (24,88 %) et recueille à Sougé, 88 voix contre 86 à Nicolas Sarkozy et 72 à François Hollande.
« Je suppose qu'un sentiment d'injustice y est pour beaucoup dans ce fléchissement régulier des électeurs de centre droite vers le FN déjà constaté aux cantonales. Même avec un canton avec un taux de chômage pourtant inférieur à la moyenne nationale ! », confie Michel Saulière.
Bernard Bonhomme se déclare lui « désagréablement surpris par cette première » et avance comme début d'explication « un pessimisme ambiant qui a conduit les gens à être fortement mobilisés pour un vote de protestation à l'égard du président sortant. Mais pour le second tour rien n'est joué… »


La chasse aux voix du Front national Jean-François Minot 24/04/2012

Cantons de Neung-sur-Beuvron (25,54 %), de Selles-sur-Cher (25,15 %), de Droué (25,37 %), d'Ouzouer-le-Marché (24,95 %), de Savigny-sur-Braye (24,88 %), de Mennetou (27,81 %) avec une première place devant Nicolas Sarkozy : Marine Le Pen a effectué en Loir-et-Cher une percée importante qui la propulse à 20,88 %. Des résultats obtenus en milieu rural mais pas seulement puisqu'elle enregistre une hausse dans les trois grandes villes du département : 15,70 % à Blois (9,33 % en 2007), 22,02 % à Romorantin (14,76 % en 2007) et 15,86 % à Vendôme (10,23 % en 2007).
Le Front national s'ancre donc en Loir-et-Cher avec une hausse de 8 % environ entre le père et la fille. A droite et à gauche, à la lecture des résultats, chacun s'interroge sur les raisons de ce vote et préfère y voir l'expression d'une souffrance et d'un malaise au quotidien, espoir d'un report des voix.
Pascal Usseglio, secrétaire départemental du PS analyse : « Il ne faut pas associer le vote du FN à un vote de droite. C'est un vote de désespoir et c'est en ces termes qu'il nous interpelle. L'un de nos arguments est que dans le programme de François Hollande, les politiques seront des citoyens comme les autres, justiciables comme les autres et que nous limiterons le cumul des mandats. Les électeurs qui ont glissé un bulletin Le Pen dans l'urne n'appartiennent pas tous à l'extrême droite. A ces électeurs, François Hollande fait des propositions. Parce que c'est pour ces Français-là que nous nous battons, ceux qui souffrent. »
L'appel est clair, tout comme l'est celui lancé par Patrice Martin-Lalande (UMP) dimanche soir : « Les électeurs de Marine Le Pen, tout comme ceux de l'extrême gauche manifestent une grande souffrance, des difficultés au quotidien et des craintes pour l'avenir. Et le plus apte à répondre à cette souffrance, à mieux protéger la France et à faire évoluer l'Europe face à la crise, c'est Nicolas Sarkozy. »
Gauche-droite, Alain Retsin, secrétaire FN de la circonscription de Romorantin, les renvoie dos-à-dos. « Le FN sera l'arbitre, hélas, entre une droite qui a mis la France dans une situation catastrophique et une gauche dont on a vu les conséquences sous l'ère Mitterrand avec l'attentat des finances de la France avec les 35 heures de Martine Aubry. »
Deux semaines avant le second tour, la chasse aux voix du FN ne fait que commencer. Et la traque risque d'être longue.


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Messagede Nico37 » 28 Avr 2012, 02:14

Faire Front contre Front avril 25, 2012

Le verdict des urnes est tombé. Cela nous laisse le temps de souffler mais aussi de nous attaquer à de nouveaux projets. Je commence par lancer ce nouveau blog. Il s’appelle “ligne de front”. C’est mon camarade Nathanaël Uhl qui m’a soufflé ce titre. Il me plait beaucoup. Nous vivons une période de crise sans précédent. Le monde que nous connaissons est en train de disparaitre. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Mais une chose est sûre l’avenir sera fonction de nos choix politiques, de la justesse de notre orientation. Nous sommes en course de vitesse avec l’extrême-droite à qui déterminera l’issue finale de la crise. A la fin ce sera entre eux et nous. Front de Gauche contre Front National. Je m’expliquerai plus longuement dans un prochain article sur cette question. Je dois d’abord apprendre à maitriser la création de ce blog d’un point de vue technique.

Pour commencer, je vous propose l’analyse faite à chaud des résultats du premier tour des présidentielles. Je l’ai écrite le lundi matin au réveil. Tout cela mérite d’être affiné, débattu, comparé.

Vendredi 20 avril passé minuit, les dernières affiches collées, je me suis couché avec le sentiment du devoir accompli. Nous avons mené campagne jusqu’au bout pour la répartition des richesses, pour la souveraineté populaire et pour la planification écologique. Nous avons soulevé ces derniers mois des vagues puissantes d’espoir et de fraternité. 120 000 citoyens à Bastille, 120 000 camarades à Marseille, 60 000 partisans à Versailles… Personne ni à gauche ni à droite n’a une telle capacité de mobilisation autour d’un projet politique. Nous devons en tirer un premier enseignement : le Front de Gauche est désormais l’outil politique des forces vives de ce pays. Ceux et celles qui luttent dans leurs usines, dans leurs quartiers se rassemblent pour la grande majorité derrière le beau drapeau du Front de gauche.

Dès lors le Front de Gauche est une force incontournable. Nous venons de clôturer cette séquence politique par une progression plus que conséquente. Nous avons plus que doublé notre audience. On nous donnait à 3% au début de la campagne. Nous sommes à 11, 7%. Nous sommes désormais la seconde force à gauche. C’est le second enseignement à tirer au soir du premier tour.

Aussi nous pouvons entamer les nouvelles batailles qui s’annoncent à nous avec espoir et gravité. Plus que jamais le constat révolutionnaire qu’en période de crise, l’alternative est soit à la barbarie soit au socialisme est d’actualité. La bête immonde elle aussi a progressé. Elle améliore son score de 2002 alors que le taux de participation est nettement plus conséquent. Nous avions donc eu raison de concentrer nos coups sur l’extrême-droite. Nous l’avons fait le plus rationnellement possible, argument contre argument. Nous avons mis la lumière sur ce qu’était le Front National. Mais nous avons mené la bataille politique contre l’extrême-droite seul. C’est un autre enseignement à tirer de cette campagne. Nos concurrents sociaux-démocrates et Europe-écologistes préfèrent concentrer leurs coups sur la force de gauche qui monte plutôt que de travailler à sortir le fascisme des foyers. Ils préfèrent faire monter médiatiquement Marine Le Pen plutôt que de répondre aux arguments politiques du Front de Gauche.

La progression continue de l’extrême-droite en France ne doit pas cacher l’affaiblissement des droites en France. En comparaison par rapport à 2007, celles-ci sont en reculs. C’est un signal positif. Des fractions de plus en larges de nos concitoyens sont disponibles pour mener la bataille contre l’austérité, contre les politiques autoritaires et pour la répartition des richesses. Nous devons donc clore dignement ce cycle politique en battant Nicolas Sarkozy le 6 mai. Il est plus que nécessaire de battre la droite pour faire sauter une première digue. Sans hésitation mais sans illusion, je voterai pour le candidat de la social-démocratie. De la défaite de Nicolas Sarkozy dépend tout le reste.



Le premier mai nous serons regroupés derrière nos syndicats. Le Front de gauche prône la révolution citoyenne. Un pied dans les mouvements sociaux, un autre dans le combat des urnes, nous avançons sur nos deux jambes pour la transformation radicale de la société. Nous devons dans les luttes être les militants les plus disciplinés, être les meilleurs camarades, ceux sur qui on peut toujours compter. Dans les semaines, les mois à venir, nous allons devoir mener des batailles contre la finance. Tout est déjà planifié. Les capitalistes ont déjà prévu d’attaquer notre pays. La course à l’austérité va s’accentuer. Nous devons être prêts pour résister.

Nous n’avons cessé de répéter pendant toute cette campagne que nous vivions la saison des tempêtes. Le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui est en train de s’effondrer. Nous sommes en course de vitesse avec l’extrême-droite. Qui donnera l’issue définitive à cette crise sans précédent ? Nos deux fronts sortent renforcés de cette séquence. Nous avons soulevé les vagues, les forces vives de ce pays. Le F.Haine lui s’appuie sur un solide contingent de français apeurés, repliés et parfois xénophobes. Notre tâche politique la plus immédiate est de renforcer notre bel outil politique. Nous devons serrer les rangs derrière notre drapeau. Camarades sympathisants, il est temps d’adhérer, de prendre parti, de faire Front. Camarade déjà encarté, nous devons aller encore plus loin, passer la vitesse supérieure. Nous devons passer du Front de Gauche au Front du Peuple. Nous devons élargir notre base, passer à un dispositif d’adhésion directe. Le Front de gauche doit continuer les assemblées citoyennes. Nous devons continuer d’irriguer le pays par un matériel commun.

Maintenant nous devons faire front dans la clarté. Nous n’avons rien à faire dans un gouvernement social-démocrate. Nous souhaitons la défaite de Nicolas Sarkozy. Nous allons prendre notre part à ce combat. Point barre. Notre place sera au prêt de nos syndicats, au près du peuple pour résister au politique austéritaire. Nous devons renforcer notre outil. Nous devons renforcer le Front de Gauche. Du jour au lendemain, le système peut s’effondrer. Nous sommes prêts pour prendre les rênes de la grande bifurcation qu’attend notre temps.

Cette bataille sera un combat de classe sans précédent. Il faut dès maintenant mener le combat pour l’hégémonie culturelle. Le Front de gauche a réussi à se positionner comme la force centrale pendant ces élections. A gauche comme à droite, nos formules ont été reprises. Notre vocabulaire irrigue désormais toute la société. L’UMP parle de désobéissance européenne, de rattrapage fiscal, de changer l’orientation de la BCE. Le PS se prononce contre la finance, pour taxer plus fortement les riches, pour la revalorisation du SMIC … Bien entendu, tout cela n’est que des mots. Mais ce sont des mots qui légitiment notre combat, ce sont autant de digues qui sautent à chaque fois.

Nous devons maintenant continuer de pointer du doigt ceux et celles qui sont les responsables de nos misères. Plus que jamais nous devons dénoncer, attaquer les puissants, les ultras-riches, les traders, les banquiers, les financiers. Ceux-sont eux les responsables de la pagaille ambiante. Ils s’attaquent à notre pays. Bourdieu dans son magnifique petit livre « propos sur le champ politique » expliquait que la lutte politique était une lutte des classements. Quel classement de la société est légitime ? Quelle division de la société mobilise ? Sommes-nous noirs ou blancs, français ou étrangers, ou bien salariés contre ultra-riches ? Il faut marteler que l’ennemi c’est le riche et non l’immigré. Cette question est la clé de nos succès futurs. Ce sont les ultras-riches qui mettent à sac le pays. Ils ne l’aiment pas d’ailleurs ce pays puisqu’ils préfèrent se cacher à l’étranger comme les traitres qu’ils sont pour ne pas contribuer aux deniers de l’intérêt général.

Camarades, soyons fiers de notre Front de Gauche, soyons fiers de nos combats. Nous sommes l’avenir!
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Messagede Nico37 » 28 Avr 2012, 12:08

Après le 1er tour de l'élection présidentielle - Déclaration de V.I.S.A

Le dimanche 22 avril 2012, les électeurs se sont fortement mobilisés à l'occasion du premier tour de l’élection présidentielle. Ils ont exprimé leur exaspération face à la crise du capitalisme néolibéral et à la politique de Sarkozy et de son gouvernement. La droite au pouvoir est considérablement affaiblie puisqu'elle passe de 34,5 % en 2007 à 27,2 % en 2012.
Ce premier tour a bien été un référendum anti-Sarkozy. VISA se félicite de cet échec du candidat antisocial de l’UMP qui a tant fait pour banaliser les discours racistes et xénophobes du FN et souhaite que cet échec soit confirmé et amplifié au 2ème tour.

Malheureusement, le rejet de Sarkozy a aussi bénéficié à Marine Le Pen et au Front National. Avec 17,9 % des voix, soit 6 421 773 électeurs et électrices, Marine Le Pen réalise le score le plus élevé jamais réalisé par l'extrême droite dans ce pays. Elle fait mieux que Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002. Même s’il progresse chez les femmes, son électorat reste majoritairement masculin, ancré dans la petite bourgeoisie et les classes populaires (Marine Le Pen obtient 29 % du vote des ouvriers, 22 % de celui des employés). Au plan géographique, les zones de force du vote frontiste restent le nord-est et le littoral méditerranéen mais on peut observer une montée dans des régions comme la Bretagne et les Pays de Loire, ainsi que dans les zones rurales et périurbaines.

On peut donc parler d’un succès de Marine Le Pen, même si elle n’a pas réalisé son objectif d’être au second tour. Elle le doit d’abord à la stratégie de dédiabolisation qu'elle a mise en place ces dernières années. Ce premier tour de l'élection présidentielle de 2012 montre que la dirigeante du FN a réussi en grande partie à banaliser son parti, à faire disparaître l’accusation d'antisémitisme qui pesait sur lui notamment du fait des provocations de son père. Elle est parvenue à gagner de nouveaux électeurs en apparaissant un petit peu moins fermée sur le terrain des mœurs et surtout en s’emparant de thèmes économiques et sociaux qui sont aujourd'hui au cœur des préoccupations des Français. En même temps, elle a su revenir sur le terrain habituel de l’extrême droite dans les dernières semaines de la campagne : l'immigration et l’insécurité. C'est ce qui peut expliquer qu’elle a pu attirer à elle dans les derniers jours le vote d’électeurs qui pensaient s'abstenir.

Le score de Marine Le Pen lui permet donc de se poser en arbitre du deuxième tour de l'élection présidentielle et de peser sur les thèmes qui seront en débat dans la campagne de l’entre deux tours. D’ailleurs, le président sortant continue de s’approprier les thèmes et la radicalité si chère à l’extrême droite. Plus grave, il valide la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen en déclarant que celle-ci est compatible avec la République ce qu’aucun dirigeant de la droite n’avait fait depuis que le FN pèse sur la vie politique française.
Au-delà, Marine Le Pen et son entourage préparent déjà les élections législatives de juin avec deux objectifs : pouvoir constituer un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale en se maintenant au deuxième tour des élections législatives et faire éclater l'UMP. D'ores et déjà, Marine Le Pen entend s'affirmer comme la principale opposante au gouvernement de François Hollande si celui-ci est élu le 6 mai.

Notre association, qui regroupe des militants syndicaux de la CFDT, de la CGT, de la FSU et de Solidaires, reste déterminée à combattre les idées du Front National. Depuis plusieurs années nous alertons le mouvement syndical sur les dangers que représente le Front National et la politique xénophobe du gouvernement pour le monde du travail ; l’appel en ce sens que nous avons lancé il y a plus d’un an a été signé, à ce jour, par plus de 2100 syndicalistes ; nous avons mis aussi à la disposition des syndicats des livres, brochures, affiches, journées de formation, comme autant d’outils pour contrer la propagande d’extrême droite.

Dans cette nouvelle situation politique, nous continuerons inlassablement notre travail de dénonciation de l'idéologie et de la stratégie politique du F-Haine de Marine Le Pen. Pour nous, cette idéologie reste marquée par le racisme, le sexisme, l’homophobie et un nationalisme autoritaire. Marine Le Pen n'a aucunement renoncé à la préférence nationale, bien au contraire. Nous continuerons aussi à expliquer que son projet reste la création d'une force politique en capacité de construire un État autoritaire visant à mettre au pas les salariés au profit des forces du capital. Nous continuerons de démonter la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen qui n'est qu'une manœuvre habile de tromperie des travailleurs.

Ce travail, nous le savons pertinemment, devra obligatoirement s'accompagner, pour être efficace, d'une remobilisation des travailleurs et de leurs organisations syndicales, pour défendre leurs intérêts de classe. Cette remobilisation devra permettre d’imposer les transformations sociales nécessaires pour endiguer la montée d'une force qui doit être qualifiée pour ce qu'elle est : un parti fasciste.

Ce travail de reconquête doit commencer dès le 1er mai 2012. Au moment où Marine Le Pen et les siens paraderont en l'honneur de Jeanne d'Arc , à l’heure où Sarkozy et l’UMP se rassembleront Place du Champ de Mars pour célébrer avec des accents pétainistes le « vrai travail », la fête des travailleurs doit être l'occasion pour que cette grande manifestation intersyndicale, populaire et de solidarité internationale puisse allier l'affirmation des revendications des salariés face à la crise à la protestation contre la montée des forces remettant en cause les idéaux de justice et d’égalité et les acquis sociaux, en France et en Europe.
C'est à cette tâche que nous nous consacrerons dans les prochains jours.

V.I.S.A. (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes) 25 AVRIL 2012

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Messagede Nico37 » 29 Avr 2012, 10:09

« Les électeurs FN ne sont pas que des ménages modestes victimes de la mondialisation » Recueilli par Charlotte Rotman

Interview Violaine Girard, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Rouen, étudie depuis une dizaine d’années l’évolution du vote d’extrême droite dans un territoire rural du sud-est de la France :

Violaine Girard a passé le premier tour dans un bureau de vote d’une commune située à la périphérie rurale d’une grande agglomération du sud-est de la France, ancrée à droite, qu’elle étudie depuis presque dix ans. Maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Rouen, elle précise les dynamiques du vote FN des classes populaires dans ce territoire rural en recomposition. Sa monographie montre que les électeurs de Marine Le Pen ne peuvent être résumés à de simples «oubliés» du système.

Pourquoi étudier ce territoire périurbain ?

C’est intéressant parce que ce territoire rural, transformé par de grands projets d’aménagements, cumule des caractéristiques des zones périurbaines dont on parle beaucoup en ce moment. Ce territoire a connu une urbanisation diffuse, avec la construction de maisons individuelles par des ménages des classes populaires. C’est un territoire qui a connu aussi un mouvement de relocalisation industrielle facilitée par un foncier moins cher qu’en ville, et par la volonté des élites politiques et économiques de contourner les grandes forteresses ouvrières. Mais il conserve un caractère rural, avec des exploitations agricoles et des petites communes où on retrouve une sociabilité autour de l’école, de la vie au village, des associations sportives, des lotos les samedis soirs.

Quel a été le vote au premier tour de la présidentielle ?

Dans le canton, Nicolas Sarkozy est arrivé en tête avec 26,6%, suivi de près par Marine Le Pen, à 24,2%, et François Hollande, à 21,9%. En 2007, Jean-Marie Le Pen était à 14,5%, Sarkozy à 31,3%. On retrouve ces mêmes ordres de grandeur dans la commune que j’étudie : sur 604 inscrits, et 529 votants, 169 ont choisi Sarkozy (soit 33%), 165 Le Pen (32%), 83 Hollande (16%).

Quelles sont les composantes de ce vote FN ?

Les profils des habitants sont divers, et cela se retrouve pour leurs votes. Ils appartiennent aux classes populaires : les femmes sont à 49% des employées, 20% des ouvrières, la moitié des hommes sont ouvriers dans le canton en 1999. Il y a des gens précarisés, mais aussi d’autres, qui ont des qualifications et se projettent dans des trajectoires d’accès à la propriété. Dans ceux qui votent FN, on retrouve par exemple un jeune ouvrier, célibataire, qui a cumulé beaucoup d’emplois précaires, CDD ou intérim, avant d’obtenir un CDI dans la distribution alimentaire. Il y a des trajectoires heurtées, comme la sienne. Le vote FN est alors dû à une précarité croissante. Avec l’éclatement des emplois dans cette zone industrielle qui compte une centaine d’entreprises de tailles diverses, il y a beaucoup moins de collectif, les travailleurs ont des statuts différents et leur sentiment d’appartenance à la condition ouvrière s’est affaibli.

Avez-vous mis à jour d’autres dynamiques ?

Oui, on ne peut pas dire que le vote FN soit seulement un vote de déclassement et de relégation. Dans ces votes, on retrouve par exemple le choix de techniciens en fin de carrière, stables, et propriétaires de leur maison. Bien sûr, les électeurs d’extrême droite sont confrontés à des difficultés sociales, mais ce serait trop généralisant et simpliste de les voir, comme certains analystes le disent parfois, uniquement comme des ménages modestes relégués dans le périurbain et victimes de la mondialisation. Pour certains, le vote FN est un vote lié à des efforts de distinction. Ils veulent se démarquer, ne pas être assimilés à ceux qui se trouvent en bas de l’échelle. Ils ne sont pas rattachés à ceux d’«en bas», sans appartenir non plus à ceux d’«en haut». Beaucoup ont d’ailleurs quitté des quartiers populaires des banlieues voisines. Ils portent un regard stigmatisant sur ceux qui vivent dans l’habitat social, sur les ménages issus de l’immigration. Et dévalorisent les plus précaires, auxquels ils ne veulent pas être reliés.

Comment expliquez-vous la progression du vote FN entre 2007 et 2012 ?

Pour cette présidentielle, je sens vraiment un contexte de défiance par rapport aux leaders politiques nationaux. Les élus locaux parlent de «ceux d’en haut» qui ne connaissent pas les «vrais» problèmes. Nicolas Sarkozy a perdu du crédit. Il y a une distance, un scepticisme, une ironie par rapport à l’action politique. Le vote FN ne vaut pas forcément adhésion à tout le programme, mais c’est aussi le signal de cette distance et la marque d’un effritement du clivage gauche-droite. Dans la commune, le vote FN reste toutefois difficile à afficher publiquement. Mais il y a aussi une tolérance, de la part de ceux qui ne votent pas pour Marine Le Pen, pour ses électeurs, et un refus de les juger.
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Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 30 Avr 2012, 20:25

« La présidente du Front national démocratise la xénophobie » NATALIE LEVISALLES

Interview Le sociologue Sylvain Crépon analyse la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen (Sylvain Crépon, sociologue et spécialiste du Front national, est chercheur à l’université Paris-Ouest-Nanterre).

Que penser du score de Marine Le Pen ?

C’est vraiment un succès pour elle, sans précédent au niveau national. Elle va plus loin que son père. Ce succès plébiscite sa stratégie. Mais c’est compliqué à analyser. D’un côté, elle a lancé une entreprise de normalisation. Elle a réussi à dire que le FN était un parti antisystème et en même temps un parti qui se voulait comme les autres, un parti qui n’était plus sulfureux. D’un autre côté, sur la fin, elle est revenue aux fondamentaux - peur de l’immigration, de l’insécurité - et son père y est allé de ses provocations… Les bonnes vieilles recettes, et ça a dû payer. Elle a joué sur les deux tableaux. Et, malgré tout, son image, un peu moins sulfureuse que celle de son père, a joué.

Qui sont ses électeurs ?

En plus des électeurs traditionnels du FN, il y a sans doute des déçus de Sarkozy et des abstentionnistes de 2007. Des jeunes aussi. Les sondages annonçaient qu’environ 25% des jeunes envisageaient de voter pour elle. Je ne serais pas étonné qu’ils aient été au rendez-vous. C’est une génération qui arrive sur le marché du travail en pleine crise économique, qui est désenchantée de la politique, qui a du mal à recevoir le discours très technocratique des candidats de gouvernement. Comme ils sont aussi très pessimistes, le discours sur la préférence nationale peut porter.

On a parlé de «républicanisation» du discours du FN.

Pour dédiaboliser son parti, Marine Le Pen a eu tendance à vouloir afficher un bon comportement républicain. Elle a voulu montrer un FN laïque, républicain, alors qu’il a longtemps été opposé à la République. Concernant l’immigration, elle ne s’y est opposée qu’au nom des valeurs de la République, affirmant qu’il y a une population qui ne respecte pas les valeurs de la laïcité : les musulmans. Elle s’est inspirée des néopopulistes suisses et néerlandais. Les mouvements de ces pays n’ont pas de racines d’extrême droite. Contrairement au FN, ils prétendent défendre les valeurs libérales, comme les droits des femmes ou des homosexuels, contre l’islamisme. Dire : «Je m’oppose aux étrangers au nom des valeurs républicaines, parce qu’ils sont incompatibles avec ces valeurs», c’est très efficace. Elle s’appuie sur une nouvelle logique xénophobe, elle démocratise la xénophobie, elle la teinte de républicanité. C’est très subtil.

Quels sont les rapports avec la vieille garde du FN ?

La vieille garde est complètement marginalisée. Gollnisch n’a pas constitué de courant alternatif. Les opposants sérieux ont été éliminés par le père avant l’ascension de la fille. Le problème n’est donc pas la vieille garde, mais ce qui se passe au sein de son équipe. Les gens qui la soutiennent sont des marinistes pur jus, mais certains ont du mal à s’entendre. Il y a d’un côté les anciens mégretistes qui sont revenus au FN, qui sont pour la dédiabolisation et prêts à une alliance avec la droite. De l’autre, les lepénistes, qui sont sur une ligne plus orthodoxe et récuseraient sans doute une alliance avec la droite. Mais surtout, quatorze ans après la scission, ils ont toujours envers les mégretistes de la méfiance, parfois de la haine, en tout cas de la jalousie, à cause de l’attention que leur prête Marine Le Pen. Le défi va être de les faire cohabiter.
Que vont faire les électeurs du FN au second tour ?

Marine Le Pen devrait donner des consignes d’abstention. Si les projections se vérifient, 50% de ses électeurs devraient la suivre. Parmi les autres, une majorité votera pour Sarkozy, quelques-uns pour Hollande, un vote protestataire.

Et ensuite ?

Elle va sans doute reprendre un peu le rôle de son père : un empêcheur de tourner en rond pour le système. La vraie question, c’est : le FN va-t-il se limiter à ce rôle de trublion ? A-t-il un avenir en dehors de la dimension protestataire ? La dédiabolisation voulait montrer que le FN était apte à gouverner, que c’était un parti comme les autres. Mais, finalement, quelle est sa marge de manœuvre ? Je ne sais pas. Et qu’y a-t-il au-delà du vote protestataire ? Voilà les questions qui se posent pour l’avenir.
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Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 01 Mai 2012, 21:48

Durbec : « La dédiabolisation du FN est une façade » Albert Zennou 25/04

INTERVIEW - Conseiller régional en Paca, élu sur une liste FN, Stéphane Durbec vient de se rallier Nicolas Sarkozy.

LE FIGARO. - Vous avez milité pendant vingt-cinq ans au FN. Pourquoi, aujourd'hui, apportez-vous votre soutien à Nicolas Sarkozy ?

Stéphane DURBEC. - Il ne faut pas se leurrer: le Front national monte les Français les uns contre les autres. Le déclic s'est produit quand on m'a reproché d'avoir entamé un dialogue avec des compatriotes musulmans. Or tout mon parcours nourrit ma vision de l'intégration républicaine sans racisme ni laxisme. Mon choix est celui d'un enfant de la République. Ce discours généreux mais exigeant est porté par Nicolas Sarkozy.

Que pensez-vous de l'opération de dédiabolisation de Marine Le Pen ?

Ce n'est qu'une façade. Je n'ai pas voulu lui accorder ma signature quand elle s'est présentée à la présidentielle. Le représentant marseillais de Marine Le Pen a même cru nécessaire de qualifier mon départ de «détail de l'histoire». Ces propos insultent l'enfant de la République que je suis. Je ne souhaitais plus être dans le même «wagon de haine». Le FN ne pose pas toujours les bonnes questions et apporte toujours les mauvaises réponses. Il faut refuser de juger les citoyens en fonction de leur religion, de leur race ou de leur origine sociale.

Croyez-vous possible une alliance entre l'UMP et le FN ?

Je dis à ceux qui seraient tentés de la faire: « Ne tombez pas dans le panneau. » De toute façon, ceux qui céderaient aux sirènes de l'alliance n'y gagneront rien. C'est un piège.

Certains reprochent au candidat Sarkozy d'avoir orienté sa campagne très à droite.

Nicolas Sarkozy, c'est sa force, a compris que le peuple de France est composite. L'important, c'est de constamment avoir comme objectif de parler aux enfants de la République. Il ne cherche pas à plaire à ses adversaires mais uniquement aux électeurs.


Marine Le Pen juge que le FN est devenu "le centre de gravité politique" de la campagne

Dans un grand entretien donné au Journal du dimanche, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a évoqué la place qu'ont prises les idées de son parti dans l'entre-deux tours, et évoque une "victoire idéologique". "A près de 20 %, nous sommes le centre de gravité politique, à 30 %, ils auraient été obligés d'appliquer nos propositions", souligne-t-elle.


Elle a également insisté sur les divergences qui existent au sein de la famille UMP et qui devraient conduire, selon elle, à un éclatement du parti. "Rien ne dit que l'UMP va résister à la défaite car elle est traversée par des désaccords profonds. Il y a une absence de colonne vertébrale idéologique. Quel est le point commun entre Monsieur Luca et Monsieur Juppé ? Entre Madame Kosciusko-Morizet et Monsieur Mariani ? C'est à eux d'en tirer les conséquences. Moi, je suis un révélateur de ces divergences", a-t-elle affirmé.


Selon Mélenchon, le Front de Gauche "avance plus vite" que le FN

Devant le Conseil national de son Parti de gauche réuni à l'espace Robespierre d'Ivry-sur-Seine, Jean-Luc Mélenchon a estimé, samedi 28 avril, que Marine Le Pen avançait mais que le Front de gauche, qui n'existe que depuis trois ans, "avançait plus vite", dénonçant à nouveau "l'extrême droitisation" de Nicolas Sarkozy. Dans un long discours d'une heure et demie, il s'est félicité que le FG ait "construit quelque chose d'immense" malgré la "déception" d'être derrière Marine Le Pen et ses 17,9%.


L'ex-PS s'en est une nouvelle fois pris aux médias qui l'ont dépeint en "membre du cabinet noir de Nicolas Sarkozy" contre François Hollande, et qui "ont accepté la logique de dédiabolisation de Marine Le Pen", "jusqu'à évoquer la séduction physique" de la candidate du FN. Parlant de "haine recuite", il a fait valoir que "le problème avant-guerre ce n'est pas les Juifs c'est le grand capital, et le problème aujourd'hui ce n'est pas les musulmans c'est le grand capital". Pour lui, "la République est l'ennemi" du FN. Il a également évoqué une "opération Sarkozy dégage" le 6 mai, sans donner de blanc-seing à François Hollande.



http://www.itele.fr/video/le-fn-attendu-place-de-lopera

La vraie-fausse non-consigne de vote de Marine Le Pen 01.05 Abel Mestre et Caroline Monnot

Marine Le Pen sait qu'elle fera mouche lorsqu'elle lance, aux plusieurs milliers de personnes rassemblées pour l'écouter place de l'Opéra, à Paris, mardi 1er mai : "Quel effet cela vous fait de passer d'idiots qui votent Marine Le Pen à celui d'arbitres de l'élection présidentielle ? Quel effet cela vous fait de passer du statut de 'fachos racistes xénophobes' à celui de 'Français ayant de vraies préoccupations et à qui il faut parler' ?" Et d'enchaîner : "Voyez les mines déconfites des tenants de l'oligarchie !"

Plus nombreux que l'an dernier, le public est venu pour ça. Célébrer ce qu'il estime être "l'extraordinaire réussite dans cette élection présidentielle". Leur ancienne candidate n'a eu de cesse de leur répéter : les résultats du 22 avril sont "enthousiasmants" et annoncent, pour l'avenir, "une victoire inéluctable". "Notre rôle fut et sera immense, essentiel et historique", a-t-elle notamment lancé.

Un passé simple pour Jean-Marie Le Pen, un futur pour elle. Une manière de signifier aux militants, que, depuis le premier tour, c'est elle qui écrit l'histoire du FN et qu'elle a bel et bien repris le flambeau en assumant une certaine continuité. Toute son intervention d'une heure a été émaillée de petits clins d'œil au FN des années 1990. Elle a ainsi repris, le fameux "tête haute, mains propre", slogan fétiche de son père, dont l'entrée en scène a été précédée, comme autrefois, par le Choeur des esclaves du Nabucco de Verdi.

"A 40 %, NOS IDÉES SERONT AU POUVOIR"

Dans cet exercice un brin nostalgique, l'auditoire était au diapason, scandant à plusieurs reprises "communistes assassins", à l'évocation de Jean-Luc Mélenchon. Comme jadis encore, l'allure des participants a été beaucoup moins contrôlée. On a revu lors du défilé précédant le discours, des croix celtiques, des skinheads, des hooligans, toute choses qui avaient été bannies l'an dernier. Avec son score personnel, a pour autant assuré Marine Le Pen, "rien ne sera plus comme avant". "A 15 %-20 %, ils parlent comme nous, à 30 %-35 % ou 40 %, nos idées seront au pouvoir", a-t-elle déclaré sous les clameurs.

Sur la place de l'Opéra, on veut avant tout savoir ce que Marine Le Pen va dire sur le vote du 6 mai. Ce n'est pas que l'assistance, plutôt militante, n'ait pas fait son choix qui oscille entre l'abstention et "un vote tactique" pour François Hollande. Mais c'est le message adressé aux finalistes qui est attendu. Dans les rangs, on savoure sa revanche.

"Dimanche, je voterai blanc", conclut-elle, après une longue démonstration où les coups les plus durs et les plus appuyés sont portés à Nicolas Sarkozy. Un président sortant qui, selon Mme Le Pen, "n'a pas seulement fait mal aux Français, mais qui leur a fait honte. Et qui tente aujourd'hui de se travestir maladroitement en homme du peuple (...) Il y a là une escroquerie électoraliste suprême." "Nous parlions frontières, ils hurlaient à la mort. Toutes les caricatures y sont passées. Nous voulions sortir de Schengen, ils nous répondaient 'liberté de circulation'. Nous parlions 'présomption de légitime défense pour les policiers', ils nous répondaient 'permis de tuer, bavure'", a continué Mme Le Pen, en visant, sans le dire, l'UMP.

"Nous parlions 'hommes, femmes, enfants, souffrances', ils nous répondaient 'courbes, marchés financiers et CAC40'. Et en quelques jours, tout cela aurait changé ?", a fait mine de s'interroger la présidente du FN, qui connaît son affaire et s'interrompt volontiers, pour laisser le temps à la foule, de siffler chaque mention ou allusion à M. Sarkozy. Nathalie Kosciusko-Morizet, citée deux fois par la leader frontiste, a connu le même sort.

"NI DROITE, NI GAUCHE, FRONT NATIONAL !"

Tout en renvoyant dos-à-dos les "deux candidats du système", la présidente du FN a assuré le minimum syndical s'agissant de François Hollande. Elle a fustigé "l'abandon sans vergogne" par la gauche des "petits, des retraités, des catégories populaires". "Une effroyable trahison", résume-t-elle.

Marine Le Pen a même semblé s'employer à désamorcer l'argument phare de l'UMP pour attirer les électeurs FN, à savoir, le droit de vote des étrangers aux élections locales promis par le PS. "Est-ce républicain de faire semblant de s'opposer au droit de vote des étrangers mais de fabriquer 100 000 nouveaux Français par an qui voteront [à toutes les élections]", a-t-elle attaqué. "Ni droite, ni gauche, Front national", entendait-on crier à intervalles réguliers, ainsi que "Sarko, Hollande, c'est pareil".

"Notre espoir ne se concrétisera pas dimanche prochain, au fond de vous, vous le savez pertinemment. Notre véritable combat, notre espérance, réside dans la bataille des législatives", a poursuivi Mme Le Pen. La présidente du FN votera blanc "à titre personnel". A la vérité, tout son discours a visé à dissuader son auditoire de voter pour Nicolas Sarkozy et de lui permettre la victoire. En somme, une vrai-fausse non-consigne de vote.
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Re: FN & ses satellites

Messagede Nico37 » 03 Mai 2012, 21:05

Le casse-tête de Marine Le Pen

Parvenir à faire battre Nicolas Sarkozy sans pour autant donner l'impression d'avoir aidé François Hollande... Telle est l'équation difficile que doit résoudre la présidente du Front national. Reste à savoir si ses électeurs se prêteront à ses calculs.

Quand Nicolas Sarkozy fait son apparition dimanche soir à la Mutualité et s'adresse directement aux électeurs du Front national dont il dit comprendre le vote de crise, Marine Le Pen, pas dupe, se marre. Elle sort immédiatement un archet imaginaire et joue du violon. Ses proches, qui l'entourent dans ce grand salon où elle a trouvé refuge pour fuir la presse qui la harcèle depuis le début de la soirée, sont au spectacle. Quelques minutes plus tôt, suivant d'un oeil distrait la prestation de François Hollande, elle avait raillé le «melon géant» du candidat socialiste qui s'y voit déjà. Assurément, Marine Le Pen est en forme. Elle jubile même.

Avec presque 18% des voix, elle a gagné son pari et fait mentir les sondages qui la condamnaient à être derrière Jean-Luc Mélenchon. Certes, elle ne s'est pas qualifiée pour le second tour de la présidentielle. Mais juste avant de quitter l'Équinoxe au bras de sa mère Pierrette, elle confie, assise dans un canapé en rotin, une dernière coupe de champagne à la main, que c'était peut-être la meilleure chose qui avait pu lui arriver. Le scénario idéal. Comme si la présidente du Front national ne voulait pas seulement être la gagnante d'un soir. Comme si Marine Le Pen avait intégré l'idée que si elle était parvenue à se hisser au second tour, en même temps qu'elle aurait pu s'enivrer de cette consécration précoce, elle aurait dû, à 43 ans à peine, tirer un trait sur ses ambitions politiques. Sa défaite inéluctable, à peu de chose près semblable à celle de son père en 2002, aurait mis fin aux rêves de ceux qui pensent possible une arrivée du Front national un jour aux commandes de l'État. Elle ne voulait pas de cela. Elle ne voulait pas devenir la perpétuation d'une illusion politique brillante, mais stérile. Marine contre Le Pen père, en quelque sorte.

Au contraire, avec cette troisième place, la présidente du Front national n'hypothèque pas son avenir. Mieux, elle voit sa stratégie validée par les urnes sans que descendent dans les rues des millions de lycéens contre elle. «C'est tout bénéf», assure un de ses lieutenants. Avec 6.421.773 voix, Marine Le Pen fait davantage que son père et Bruno Mégret réunis en 2002, et fait taire ceux qui lui reprochaient de vouloir dédiaboliser à tout prix le FN au risque de le voir perdre son âme et son électorat traditionnel. Elle a bien enregistré le départ de quelques-uns, «des nazebroques», comme elle les appelle, qui n'entendaient pas épouser la nouvelle ligne télégénique du parti, mais Marine Le Pen a su surtout accroître son audience médiatique et électorale. La voici désormais dans une position inespérée d'arbitre de la présidentielle. Mais pour quoi faire? Pour quel profit politique? C'est bien tout l'enjeu de ce second tour pour le Front national. Avec en ligne de mire, les prochaines législatives.

«Le Pen ne veut pas être prise le couteau à la main.»

Steeve Briois, le secrétaire national du FN, parie déjà, euphorique, sur une trentaine de députés frontistes à l'Assemblée nationale à la faveur d'une explosion de la droite. Une hypothèse qui relève pour l'heure de l'hallucination psychotique. Plus prudente, Marine Le Pen se contente d'avancer ses pions l'un après l'autre. Elle se sait observée. Ce qui se joue, c'est une partie d'échecs. Si dans les premières heures qui ont suivi l'annonce de son résultat surprise, elle s'en est tenue à la ligne qu'elle avait déjà évoquée pendant la campagne, renvoyant dos à dos et sans distinction, les candidats de l'UMP et du PS, Marine Le Pen sait aussi maintenant que les jeux sont faits, qu'il s'agit pour elle, dans les jours qui viennent, de faire dans la dentelle. De faire passer des messages. De faire dans le subliminal. Pour le coup d'après. L'exercice est délicat. Son père, avant elle, s'y est essayé pendant plus de trente ans, avec des succès divers (voir ci-dessous).

Marine Le Pen connaît la musique de l'entre-deux-tours et sait combien il est difficile d'être entendu de son électorat. Surtout, la présidente du Front national ne veut pas être tenue pour responsable de l'élection de François Hollande ni comptable de la défaite de Nicolas Sarkozy. Elle y a pourtant objectivement intérêt. Ce serait l'occasion, pense-t-elle, de prendre la tête de l'opposition au PS. Mais comme le confie Nicolas Bay, un de ses conseillers politiques, «Marine ne veut pas être prise le couteau à la main». Nombreux sont ses électeurs qui ne lui pardonneraient pas. Alors, à défaut de pouvoir politiquement appeler à voter Hollande, Marine Le Pen, en réponse à la campagne de «racolage actif» du Président, devrait se livrer à un réquisitoire sans concession contre Nicolas Sarkozy tout en mettant en cause la «gauche laxiste et libertaire». Chacun y trouvera matière à conforter ses certitudes, dans un parti qui a vu sa sociologie considérablement évoluer depuis le début des années 2000 et dont il convient désormais de ménager les sensibilités éclatées de ses militants.

«Il lui faut surtout, admet Florian Philippot, le directeur stratégique de sa campagne, inverser la charge de la culpabilité.» Si Nicolas Sarkozy devait perdre le 6 mai, il faut préparer le terrain et les esprits, imputer la faute et la responsabilité morale de cet échec à l'UMP, qui depuis toujours a maintenu le FN à l'écart. Dès lors, si la droite devait perdre, c'est parce qu'elle est restée résolument sous l'hégémonie culturelle de la gauche. Philippot s'y emploie résolument. Pendant la campagne, c'est lui, le premier, qui a mis NKM, la porte-parole de Nicolas Sarkozy, face ses responsabilités en lui demandant le choix qu'elle ferait si jamais Marine Le Pen devait être présente au second tour face à François Hollande. La réponse sans équivoque de Nathalie Kosciusko-Morizet allait provoquer la colère du Président. De la même manière, pour les législatives qui se préparent, les porte-parole de Marine Le Pen ne vont pas cesser désormais de poser la question qui fâche aux cadres de l'UMP qu'ils vont croiser sur les plateaux de télévision. L'argumentaire est déjà prêt. Les questions, ciselées. «Quelle sera l'attitude de l'UMP en juin quand Marine Le Pen arrivera en tête à Hénin-Beaumont? L'UMP préférera-t-elle appeler à voter contre la présidente du FN et soutenir la crapulerie locale du PS, les partouzeurs...?» égrène, amusé, un proche de Marine Le Pen.

L'objectif est clair pour le Front national mais sa mise en oeuvre est compliquée. D'abord, contenir les tentatives de Nicolas Sarkozy de faire revenir à lui pendant l'entre-deux-tours les électeurs du Front national. Et mettre en évidence les ambiguïtés de la droite pour accélérer sa décomposition. C'est la stratégie délicate de Marine Le Pen et de ses lieutenants. En 2007, François Bayrou s'y était essayé, en pariant sur l'explosion du PS. Cinq ans plus tard, l'ex-troisième homme a été relégué sous la barre des 10%. Le pari du splendide isolement est toujours risqué.

Quand le père jouait les faux arbitres

•1974: Jean-Marie Le Pen appelle à voter Giscard pour barrer la route aux «socialo-communistes».
•1981: déçu que Valéry Giscard d'Éstaing ne l'ait pas aidé à obtenir ses parrainages, le président du FN donne pour consigne à ses électeurs, privés de candidat, de «voter Jeanne d'Arc».
•1988: «Ce qui est le plus important pour la France, c'est d'éviter Mitterrand et le socialisme. Ceux-là voteront pour le candidat résiduel sans donner d'autre signification à leur geste que d'éviter le pire.»
•1995:«Chirac, c'est Jospin en pire.»
•2007: déçu de son score, Jean-Marie Le Pen appelle ses électeurs «à n'accorder leur suffrage ni à Mme Royal ni à M.Sarkozy, et s'abstenir massivement».
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