Contre les violences faites aux femmes

Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede Pïérô » 26 Aoû 2018, 11:35

Conjugalité : les 4 temps du cycle infernal de la violence au sein du couple

le terreau de la violence conjugale se fonde sur le refus de l’un ou des deux membres du couple de voir la réalité. Toute personne qui se sépare passe généralement (c’est à dire pas systématiquement) par trois phases qu’il est nécessaire de repérer. le « désamour » conduit à passer de la phase amoureuse à une période de ressenti négatif, souvent de colère, et parfois de haine lorsque cela se passe mal. La personne tant aimée devient « insupportable » . Puis viennent la tristesse et le détachement. C’est l’acceptation que l’on ne peut faire autrement : C’est la « mort » du sentiment. La haine et la colère contre l’autre sont toujours des sentiments amoureux. On tient toujours à l’autre alors que l’indifférence est l’inverse de l’amour. Il n’y a plus d’attachement.

Il est nécessaire pour le travailleur social qui accompagne une personne qui victime de violences conjugales de bien identifier la phase dans laquelle elle se trouve. Il faut s’adapter et repérer ce que elle peut entendre et comprendre selon sa perception de la situation. C’est particulièrement flagrant lorsque vous êtes face à une personne qui subit des violences conjugales. Des conseils mal placés, par exemple au moment où elle est en colère ou dépits amoureux peut la conduire à ne plus revenir vous voir. La colère ne veut pas dire qu’elle est prête à se séparer même si ce qu’elle subit vous parait insupportable. Elle peut par exemple vouloir partir à la reconquête de l’être aimé, vouloir le faire changer, bref elle espère revenir au point de départ de ce qu’elle a connu par le passé avec lui au moment de la rencontre initiale.

Mais comment se caractérise la violence conjugale ? Reprenons les éléments apportés lors d’une conférence donnée par Cécile Condominas, éducatrice, psychologue et auteur de l’ouvrage intitulé « sentiment amoureux et conjugalité violente : du meilleur au pire« ,

Les traces physiques liées aux coups sont ce qui semble le plus facile à identifier. La personne a un coquard, a des bleus, elle vous explique qu’elle est tombée toute seule ou qu’elle s’est cognée contre un meuble etc. etc. Pour elle il est important à ce moment là, que vous ne sachiez pas ce qui s’est passé car elle a trop honte et ne peut pas vous le dire. Il faut respecter cela même si vous n’êtes pas dupe. C’est important. Souvent il y a une progression dans les traces de coups et on ne peut pas rester indifférent(e) face à ce que l’on voit.

Les violences sexuelles relèvent de l’intime. Là aussi il est très difficile pour la personne d’en parler. C’est normal. La sexualité reste un sujet socialement peut abordable. Alors la force utilisée et subie, tel le viol reste difficile à dénoncer. Cette révélation vient souvent dans un second temps. « il m’a forcé à faire des choses », « il n’arrête pas » dans les couples la reconnaissance du viol est souvent peu abordée.
La violence administrative est aussi à prendre en considération lorsqu’il s’agit par exemple de couples dont l’un des membres est d’origine étrangère et dont le statut dépend de conjoint « si c’est comme cela, je te renvoie dans ton pays ! ». Certains gardent avec eux les papiers d’identité de la personne, les passeports permettant de quitter le territoire…
enfin ne l’oublions pas la violence économique qui est aussi une réalité quand par exemple la femme dépend à 100% des ressources de son conjoint qui se fait fort de le lui rappeler en précisant qu’elle ne pourrait pas subvenir à ses besoins sans lui. Lorsque la victime a besoin de sécurité, elle accepte assez facilement cet état de fait.
Vous avez des précisions sur ces différentes formes de violences sur le site stop-violences-femmes.gouv.fr. Celles-ci peuvent bien évidemment se cumuler.
Cécile Condominas nous rappelle aussi que la personne violente est systématiquement inscrite dans une volonté de dominer ou contraindre. Elle utilise pour cela une stratégie simple qui a fait ses preuves : elle isole et dénigre. 4 temps sont alors à repérer :

1- Après la période « amoureuse » le conjoint violent exerce progressivement une montée en pression. Le partenaire est « irritable », l’autre s’adapte. « Je ne te comprends pas », « vraiment tu devrais faire ça ou ça », « tu sais je ne supporte pas que tu me dises de telles âneries » etc. etc. celui ou celle qui reçoit ces reproches tente généralement puis désespérément à continuer de plaire à l’être aimé qui devient de plus en plus exigeant.
2- Viennent ensuite les passages à l’acte : vaisselles ou divers objets jetés par terre ou vers la victime, bousculades puis les coups ou les menaces de coups qui provoquent une forme de paralysie de celui ou celle qui les reçoit. La victime est tétanisée. Comme dans un cauchemar un peu irréel.
3- Mais le conjoint violent se reprend ou plutôt se justifie : il renverse la responsabilité des actes qu’il pose. « Tu comprends ne m’en veut pas, je m’énerve parce que vraiment tu ne fais pas ce qu’il faudrait que tu fasses ». Il s’est approprié l’autre : la victime se culpabilise et intériorise la responsabilité de la violence en étant convaincue qu’elle est de sa faute. Elle est persuadée qu’il lui faut s’adapter pour que cela ne se renouvelle pas
4. C’est le temps de la réconciliation : l’amour revient on se retrouve avec la personne aimante et aimée. C’est le retour illusoire du début de l’idylle. Si la victime accepte cette réconciliation, la future crise sera plus dure et encore plus violente.

L’emprise affective empêche beaucoup de femmes de se séparer. Mais qu’est-ce que cette emprise qui semble particulière ? C’est d’abord une sorte « d’effraction psychique » qui est équivalente au coup de foudre. L’être est entièrement tourné vers l’autre qui met en oeuvre une forme de captation. C’est à dire une duperie en vue de rendre dépendante sa possession. Vient ensuite la programmation : même si la porte est ouverte, la victime ne part pas. L’emprise met en œuvre la destruction de tout désir de l’autre. C’est une volonté de destruction de l’identité de l’autre.
Enfin terminons en observant les personnes violentes, celles qui développent de stratégies pour mettre sous emprise leur conjoint(e)
– Il y a les actifs violents à « sang chaud ». Ils sont souvent amoureux et possessifs, généralement jaloux. La femme est leur objet de valorisation. Il veulent la posséder. (« que voulez-vous, je l’ai dans la peau » ou entre elle et moi, c’est à la vie et à la mort »). Ils sont dans la reconquête des personnes qu’ils maltraitent lorsqu’ils perçoivent que celles-ci leur échappent. ( Ce qui les alimente est d’abord leur propre narcissisme). Ils ne sont pas inscrits dans une perversion et sont vite « repérables » car ils s’épanchent facilement et ont parfois le « sens du théâtral ».

– Il y a aussi les actifs violents sang froid : le trop fameux (si l’on peut dire) pervers narcissique. Celui qui a été maintes fois décrit au point que l’on a tendance à en voir un peu partout. Il est très difficile à identifier. Il garde une grande maîtrise de la situation et s’appuie sur le besoin de sécurité de sa compagne. C’est un protecteur, toujours en position haute. Il trompe son monde. Tout se passe dans le huis-clos. Ce sont des personnes à double facette qui se jouent des intervenants sociaux

On ne tombe pas par hasard sur un mode de fonctionnement ou un autre. Ces 2 typologies d’auteurs de maltraitances répondent à des besoins inconscients différents et certains se sont plutôt attiré(e)s par l’un(e) ou l’autre des personnalités selon sa propre histoire et son propre besoin. (reconnaissance ou sécurité)

En tout cas, il en résulte chez les victimes une forte perte de confiance en elles accompagnées d’une grande dévalorisation de leur propre image voire d’une honte très importante. La victime s’inscrit aussi souvent dans l’auto-justification des faits allant même jusqu’à les excuser ou les minimiser. Cette attitude est d’ailleurs un signe que la personne est bien sous emprise.
Il est important que les travailleurs sociaux puissent décrypter tous ces signes et les étapes dans lesquelles peuvent se trouver les victimes de violences conjugales. En effet, il ne sert pas à grand chose de les inviter à partir alors qu’elles sont dans une phase de lien fort et d’auto-justification. Par contre il reste nécessaire de rester en lien avec elles, de ne pas les juger, ni faire pression pour attendre le moment où elle sera prête à exprimer un minimum de distance avec celui ou celle qui les maltraite.
C’est un travail d’accompagnement délicat et difficile car nos propres affects peuvent aussi être mis à rude épreuve. Nous pouvons être dans l’incompréhension face aux choix qui sont exprimés ou encore de l’irritation face à une forme d’aveuglement de la victime. Il ne fait pas rester seuls dans ces situations et ne pas « vibrer » avec la victime mais au contraire la rassurer. Lui rappeler toute sa valeur et ses compétences. Lui donner des perspectives de rencontrer d’autres personnes pour les aider à sortir du huis-clos conjugal. Il faut aussi faire confiance à ces personnes dans leurs propres capacités à réagir avant qu’il ne soit trop tard. C’est difficile et délicat mais agir à leur place peut rapidement être contre-productif. C’est pourquoi des supervisions et des formations sont nécessaires pour pouvoir appréhender et accompagner ce type de situations…


https://dubasque.org/2018/08/24/violenc ... chirent-2/
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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede Lila » 02 Sep 2018, 20:56

Postface 2018 de Patrizia Romito à son ouvrage : Un silence de mortes

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2005-2018 : qu’est-ce qui a changé ? 1

Qu’est-ce qui a changé dans le panorama de la violence des hommes contre les femmes, les petites filles et les petits garçons depuis que ce livre a été écrit, il y a plus de 10 ans ?

Beaucoup et très peu, devrait-on dire. Dans ces cas, il semble qu’il faille commencer par les éléments positifs : certains changements sont indéniables. Sur le plan législatif, l’Italie s’est alignée sur d’autres pays, avec des mesures telles que l’ordonnance de protection (2001) et la loi sur le harcèlement criminel (stalking) (2009) ; en 2015 a été introduit le droit à un congé payé d’une durée maximale de trois mois, pour les femmes intégrées dans les mesures de protection contre la violence. Avec la ratification de la Convention d’Istanbul2 (2014) et avec le plan gouvernemental extraordinaire contre la violence basée sur le genre (2016), l’Italie a adopté un cadre de référence et un cadre législatif qui permet de lire la violence comme un fait structurel, comme élément d’une situation plus générale de discrimination et de subordination des femmes, et de développer des mesures de prévention et de répression d’un point de vue global et multiniveaux.

Cependant, si nous observons ce qui se passe dans le monde réel, et pas seulement dans le domaine des lois, des plans et des projets, la lecture de la situation est très différente. Pour commencer : après tant d’années de luttes, d’activisme féministe, de changements législatifs, d’information et de sensibilisation, pouvons-nous dire que la violence masculine contre les femmes a diminué ? C’est une question cruciale, à laquelle il est difficile de répondre. Selon une recherche de l’Institut national italien de statistiques (ISTAT, 2015), de 2006 à 2014, certaines formes de violence ont diminué : en particulier, la fréquence de la violence psychologique exercée par le conjoint actuel est passée de 42,3 à 26,4%. La sensibilisation des femmes a également augmenté : elles considèrent plus souvent la violence comme un crime et la signalent aux forces de l’ordre ; plus souvent, elles en parlent avec quelqu’une et cherchent de l’aide auprès des services spécialisés et d’organismes de lutte contre la violence. Les victimes sont également plus satisfaites des interventions policières, ce qui indiquerait une plus grande sensibilisation de ces secteurs de la société. Cependant, d’autres résultats de la même recherche contredisent ces tendances positives. En effet, lorsque les femmes subissent des violences, celles-ci sont d’autant plus graves : de 2006 à 2014, la violence engendrant des blessures a augmenté (de 26,3 à 40,2%) ainsi que, de façon cohérente, le nombre de femmes craignant pour leur propre vie (de 18,8 à 34,5%). C’est comme si, face à l’évolution des attitudes sociales devant la violence et face à certains changements positifs dans le comportement des femmes et des hommes, une partie des hommes (une minorité ?) réagissait avec encore plus de colère, de haine pour les femmes et de volonté de domination. Bref, à peine ébranlé, le noyau dur de la violence patriarcale résiste.

En Italie (et dans le monde), en outre, les femmes continuent d’être tuées comme des mouches : 117 assassinées en 2016, dans la majorité des cas par des partenaires ou ex-partenaires qu’elles souhaitaient quitter ou qu’elles avaient quitté, selon les données recueillies par la Casa delle Donne (Maison des femmes) de Bologne3. Une analyse des données sur les homicides volontaires en Italie de 2008 à 20134 révèle des résultats peu rassurants. Si le nombre d’homicides a diminué (en 6 ans, de 614 à 501), la proportion de femmes victimes a augmenté : de 24% en 2008, à 35% en 2013. Les meurtres « en contexte familial/affectif » ont décru au cours de la période observée ; cependant, en analysant les données en fonction du sexe, nous constatons une hausse de la proportion des femmes victimes.

Il est à noter que dans ce décompte tragique ne sont pas incluses les femmes qui, simplement, se volatilisent : prostituées étrangères sans permis de séjour ou mères de famille qui, soudainement, sans laisser de trace, disparaissent du soir au lendemain en laissant de jeunes enfants adorées, ainsi que des maris dont le comportement est pour le moins ambigu. Selon les données du ministère de l’Intérieur5, de 2007 à 2016 ont été signalés 4 979 cas de disparition de filles ou de femmes en Italie. Parmi elles, 3 520 (70%) ont été retracées (selon le rapport, « beaucoup avaient fui des abus et de la violence domestique ») ; 196 (4%) ont été retrouvés mortes, de nombreuses étant victimes de meurtres, d’autres s’étant suicidées ; et 1 263 femmes (26%) sont toujours portées disparues.

Une autre confirmation vient de Grande-Bretagne : la violence contre les femmes n’a pas diminué. La sociologue Sylvia Walby (Walby, Towers et Francis, 2016) a analysé les données nationales sur la violence de 1994 à 2014 : en corrigeant certaines erreurs méthodologiques, c’est-à-dire en tenant compte des cas de victimes de violence masculine chronique et répétée dans la sphère domestique, les résultats montrent que les crimes contre les femmes et, en particulier, ceux commis par des conjoints ou des ex-partenaires, ont augmenté. L’augmentation est observée à partir de 2009 et la chercheuse l’attribue à la crise économique et aux coupes dans les services sociaux et de bien-être dédiés aux femmes victimes de violence, ce qui a créé une situation qui leur rend plus difficile d’échapper à un partenaire violent6.

Tout aussi inquiétantes sont les données qui nous permettent de comparer la fréquence de la violence contre les femmes dans différents pays et zones géographiques. Les résultats de l’enquête européenne du Fundamental Rights Agency (2014) montrent que la violence est plus fréquente dans les pays d’Europe du Nord, en particulier au Danemark et en Finlande, où règne une plus grande égalité des sexes7que dans les pays d’Europe du Sud (y compris l’Italie), dans lesquels cette égalité des sexes est beaucoup plus ténue. Comment expliquer qu’il y ait plus de violence contre les femmes dans les pays où il y existe le moins de discrimination à leur encontre ? Selon une hypothèse optimiste, ce constat paradoxal pourrait s’expliquer par le fait que les femmes des pays nordiques, plus conscientes de leurs droits, répondraient plus ouvertement et plus sincèrement aux enquêtes sur la violence. Cependant, il s’agit d’une explication discutable, ou du moins partielle : les questionnaires étaient anonymes ; les questions très précises ne laissaient aucune place aux interprétations subjectives quant à ce qui constitue ou non de la violence. L’autre hypothèse, décidément moins optimiste, est que nous assistons au phénomène de « contrecoup », à une contre-offensive (backlash) déjà décrite par Susan Faludi en 1992 aux États-Unis : l’acquisition de plus de droits, de pouvoirs et de libertés de la part des femmes déclencherait une réaction hostile de la part de beaucoup d’hommes et, conséquemment, plus de violence.

La méthodologie de recherche de l’Agence des droits fondamentaux a été critiquée (également par Sylvia Walby) et les comparaisons entre les pays doivent être considérées avec prudence. Cependant, les données italiennes sur les meurtres de femmes, fournies par le gouvernement8, vont dans le même sens : sur les 116 cas de féminicides examinés en 2016 (un de moins que ceux recensés par la Casa delle Donne de Bologne), plus de la moitié (53,3%) se sont produits dans le Nord, environ un quart (26,7%) au Sud et 20% au Centre. Parmi les régions italiennes, la Lombardie détient le triste record.

Une réaction violente à cette plus grande liberté des femmes est également observée dans d’autres contextes. Bien que les comparaisons temporelles soient difficiles, la diffusion de matériel pornographique caractérisé par une grande violence semble s’être multipliée grâce à Internet, normalisant les comportements sexuels violents ou considérés, jusqu’à il y a quelques années comme des niches et n’étant pas forcément appréciés par les femmes ou les filles (Romito et Beltramini, 2015). Va dans le même sens la normalisation culturelle de la prostitution, modèle d’une relation homme-femme structurellement inégalitaire, marquée par l’absence totale de réciprocité, éléments qui caractérisent d’autres violences masculines envers les femmes. Une étude menée dans de nombreux pays révèle une forte association entre les rapports sexuels rémunérés et la violence sexuelle : des hommes qui paient pour du sexe sont plus susceptibles d’agresser ou de violer une épouse, une conjointe ou une autre femme (Heilman, Hébert et Gera, 2014). Nous n’avons pas de données pour l’Italie: il n’existe pas d’estimation précise du nombre d’adolescents ou d’hommes payant pour du sexe avec des femmes prostituées, ni de leurs caractéristiques, motivations et degrés de conscientisation. L’étude de deux sociologues (Dal Lago et Quadrelli, 2003), réalisée dans la ville de Gênes, ouvre une brèche fort inquiétante sur les croyances et comportements des hommes, les prétendus clients, qui considèrent les prostituées, surtout lorsqu’elles proviennent d’autres pays, comme « non humaines », décrivant sans gêne les humiliations et les violences auxquelles ils les soumettent.

En ce qui concerne la garde des enfants après la séparation du couple, la contre-offensive du patriarcat est violente et omniprésente. Ainsi, en Italie, depuis 20069, la garde partagée est devenue un mode d’élection. La garde exclusive d’un parent unique n’est prévue que dans les cas où la garde partagée est contraire aux intérêts des mineures; cependant, ces cas, ainsi que la définition de « l’intérêt supérieur de l’enfant », restent mal définis (Pirrone, 2017). Cette pratique de la garde partagée est dangereuse quand l’homme a été et continue presque toujours d’être violent. Les intervenantes des centres contre la violence faite aux femmes (centri antiviolenza) documentent des situations dans lesquelles la violence masculine est minorée ou niée, tandis que les femmes qui tentent de protéger leurs enfants ou elles-mêmes sont considérées comme menteuses, paranoïaques ou manipulatrices, soumettant leurs enfants à un lavage de cerveau pour se venger de l’ex-partenaire. La garde partagée est également imposée dans des cas retentissants, dans lesquels l’homme a déjà été condamné pour maltraitance ou a attaqué sa femme ou ses enfants devant les travailleuses des services sociaux. Dans d’autres cas, l’homme se voit accorder un droit de visite sans surveillance d’un enfant, pendant qu’il est jugé pour agressions à caractère sexuel à l’encontre d’autres enfants. Paradoxalement, des recherches étatsuniennes montrent que plus les femmes dénoncent la violence subie par le partenaire, moins elles sont susceptibles de protéger leurs enfants en obtenant la garde exclusive; pas même de fortes suspicions d’agressions sexuelles sur des enfants ne se reflètent dans les décisions des juges relatives à la garde (Saccuzzo et Johnson, 2004). Silberg, Dallam et Samson (2013) ont suivi 27 cas dans lesquels une première décision du juge en faveur de la garde partagée ou de visites paternelles sans supervision a été infirmée, des années plus tard, par un jugement allant dans le sens contraire. Dans les premiers procès, les allégations d’agressions à caractère sexuel sur des enfants, émises par des mères, ont été considérées comme non crédibles ; les expertes impliquées dans les évaluations ont invoqué le prétendu « syndrome d’aliénation parentale10 ». Dans les seconds procès, les juges et les expertes ont reconnu l’existence de l’agression et la mère a obtenu la garde exclusive ou, du moins, des visites supervisées du père aux enfants. Que s’est-il passé entre ces deux décisions discordantes ? Dans les seconds jugements, les expertes impliquées étaient compétentes dans le domaine de la violence faite aux femmes et aux enfants dans la sphère domestique ; les enfants avaient grandi et étaient considérées comme plus crédibles ; leur santé mentale s’était détériorée en vivant avec leur père et un tiers avaient tenté de se suicider ; le père avait été arrêté pour violence sur ses enfants. Entre le premier et le second jugement s’est écoulé en moyenne 3,2 ans (Silberg, Dallam et Samson, 2013). Trois années ou plus au cours desquelles un système social complexe, payé par les contribuables, composé de professionnelles des services de santé et sociaux, de consultantes, de juges, avait décidé, par des procédures structurées, de laisser, « pour leur bien », des fillettes et des garçonnets entre les mains de pères violents, faisant vivre un enfer à ces enfants et à leurs mères. En Italie, une étude montre la même tendance: au moyen d’une série de tactiques et de stratégies – y compris la pratique de qualifier de « conflits » des cas déclarés de violence et d’imposer ainsi la médiation familiale11 –, il arrive que les pères violents obtiennent un libre accès à leurs enfants alors que les mères protectrices sont considérées comme paranoïaques, vindicatives ou « aliénantes » (Feresin, Lapierre, Folla et Romito, 2018) ; et comme dans d’autres pays, il arrive que, pour punir ces dernières, la garde exclusive soit attribuée au père abusif.

À la lumière de la littérature scientifique, corroborée par les récits des femmes et des intervenantes des centres contre la violence faite aux femmes (centri antiviolenza), force est donc inévitablement d’en arriver à une terrible conclusion : plus les femmes cherchent à protéger les enfants d’un homme violent, plus le système les punit. Il s’agit d’une réaction d’agacement, qui se traduit par une hostilité ouverte : comment osent-elles prétendre être des sujets autonomes, vivre avec leurs enfants, libérées de toute violence, ou plutôt, vivre tout court ? Un bon exemple est celui de Marianna Manduca, qui a été assassinée par son ex-mari le 3 octobre 2007. Pour la douzième fois, Marianna avait dénoncé la violence, les menaces, et elle avait mené une longue bataille juridique, son ex-conjoint violent et toxicomane ayant obtenu la garde des enfants et les empêchant de la voir. Quelqu’un avait dû le considérer comme un « père suffisamment bon », même s’il avait répété à plus d’une occasion qu’il souhaitait tuer son ex-femme, lui montrant le couteau avec lequel il l’assassinerait finalement plus tard. La Cour d’appel de Messine a condamné les procureurs de Caltagirone pour « faute inexcusable », mais en attendant, Marianna est morte, et ses trois enfants sont orphelines (Somme, 2017). En mars 2017, grâce aux efforts du Réseau national des centres contre la violence faite aux femmes (DiRe), la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg a, pour la première fois, condamné l’Italie pour des raisons similaires : malgré les plaintes d’Elisaveta Talpis, son garçon et elle avaient été laissées sans protection, jusqu’à ce que le mari, essayant de poignarder la femme, tue le fils qui s’était interposé (Folla, 2017). Importante décision que celle de la Cour, mais n’empêche que le garçon, prénommé Ion, est mort et que la vie de sa mère a été détruite.

Comment ne pas lire dans ces histoires une adhésion aveugle aux valeurs du patriarcat : le droit de posséder des enfants et la dévalorisation des femmes ? Aucune intervenante des services sociaux ou psychologiques, aucune juge, ne se reconnaîtrait explicitement dans ces valeurs, se réfugiant plutôt derrière des formules théoriques – l’intérêt supérieur des mineures – ou psychologiques sur la nécessaire présence du père, même violent. Cependant, aucune théorie psychologique n’a démontré que l’intérêt d’un enfant soit de vivre avec un père violent. Au contraire : les données illustrent que « l’exposition à la violence assistée (violenza assistita) » [être témoin de la violence subie par la mère] entraîne un préjudice psychologique pour les enfants, qui peut être encore plus grave que la violence directement subie; être exposée à un père violent est également un facteur de risque, à savoir de devenir une adulte violente (CISMAI, 2017). Malgré les preuves scientifiques et les prises de position remarquables, de la Déclaration universelle des droits des enfants et des adolescents (1989) à la Convention d’Istanbul (2011), il arrive encore que dans un régime patriarcal, les droits à la tranquillité, à la sécurité et à la vie des femmes et des enfants – filles et garçons – soient subordonnés aux privilèges masculins historiques. En Italie, le cas du petit Federico Barakat, tué à l’âge de 8 ans par son père lors d’une prétendue « visite supervisée » dans les locaux des services sociaux d’une ville de la province de Milan, constitue un exemple tragique. La mère avait signalé à plusieurs reprises la violence de son ancien partenaire ; elle avait tenté de protéger son fils et de suspendre ces visites, mais avait été considérée comme hystérique, mythomane et accusée d’« aliénation parentale ». La Cour a décrété la poursuite des visites père-fils « pour la protection du développement de l’enfant et son besoin de croissance et pour garantir le rétablissement et le développement harmonieux de la relation entre parent et enfant ». Le dernier acte de la tragédie : la mère a perdu la cause intentée contre les services sociaux pour négligence et devra payer les frais de justice (Betti, 2015).

L’analyse présentée dans ce livre, depuis 2005, est ainsi confirmée. La violence des hommes contre les femmes et les enfants ne peut s’actualiser qu’au moyen d’un système fondé sur le déni et le discrédit à l’égard des femmes, et qui repose sur la solidarité avec l’homme violent (considéré comme lésé dans ses droits) et sur la complicité à son égard. Nous ne devons pas oublier non plus les considérations économiques. Le refus de reconnaître la violence masculine exclut la prise de décisions simples et efficaces, comme l’octroi de la garde exclusive à la mère : se déclenche alors un processus de longue haleine, qui implique non seulement des services publics (sociaux et juridiques), mais aussi des psychologues, des psychiatres, des consultantes, des médiateurs/médiatrices, des avocates qui travaillent dans le secteur privé, auxquelles s’ajoutent les employées des associations qui accueillent les enfants enlevées à des mères accusées d’aliénation parentale12 ou qui « veillent » sur les visites supervisées pères-enfants. Le déni, le discrédit des femmes et la complicité avec l’homme violent se traduisent par une affaire colossale : il ne faut pas mésestimer le fait que, parmi les raisons structurelles de la poursuite de la violence contre les femmes, figurent les avantages économiques au profit de plusieurs catégories sociales. Divers facteurs – intérêts économiques, ignorance, persistance des préjugés patriarcaux – contribuent ainsi à la mise en œuvre de pratiques et de décisions pouvant s’avérer létales pour les femmes et les enfants. Ces vies comptent-elles, au-delà de la rhétorique ? Manifestement, pas assez.

À la lumière de cette situation, il est difficile de comprendre l’enthousiasme, dénué de critiques, manifesté par nombre d’acteurs sociaux et d’actrices sociales à l’égard des programmes destinés aux hommes violents. Il s’agit d’interventions visant à modifier le comportement des agresseurs dans la sphère domestique et à prévenir de nouvelles violences, programmes qui commencent aussi à se propager en Italie, beaucoup plus tardivement que dans d’autres pays. La Convention d’Istanbul (article 16) demande aux États de soutenir ces interventions ; une position qui me laisse stupéfaite. Est-ce que ces programmes fonctionnent ? Après les avoir suivis, les agresseurs, comparés aux hommes qui ne les ont pas complétés, changent-ils de mentalité et de comportements et cessent-ils d’être violents ? Leurs compagnes acquièrent-elles plus de liberté, leurs enfants sont-ils plus sereins ? Étant donné l’importance de la question et le risque de prendre des décisions imprudentes, on pourrait s’attendre à ce que la décision de promouvoir ces programmes repose sur une évaluation de leur efficacité. Cependant, les résultats des nombreuses évaluations menées jusqu’à présent ne sont pas encourageants : sur des centaines d’interventions analysées, personne n’a réussi à démontrer de façon convaincante que les hommes fréquentant ces programmes sont devenus moins violents13. En effet, dans certains cas, ceux qui ont participé au programme ont manifesté encore plus de violence : le programme avait, en somme, eu des effets négatifs (Feder et Williamson, 2005 ; Hagemann-White et Bohn, 2007 ; Walker, Hester et Turner, 2016). Comment alors expliquer cette indication de la Convention d’Istanbul, mais également l’enthousiasme avec lequel certains « centri anti-violenza » (centres contre la violence faite aux femmes qui sont gérés par des associations de femmes) en Italie ont promu ces programmes ?

Contrecarrer et prévenir la violence masculine par des interventions psychosociales durant quelques mois, voire quelques années, représente une solution facile et relativement peu coûteuse, en réponse à un problème énorme et complexe. Selon le modèle écologique (Organisation mondiale de la santé, 2010), les comportements violents trouvent leur origine tant dans l’histoire personnelle de l’homme (et surtout dans l’exposition à la violence exercée contre sa mère, avec les conséquences sur son développement psychologique et sur la légitimation de la violence), dans le contexte communautaire (des amis qui partagent une culture sexiste et misogyne, l’usage de la pornographie et du sexe rémunéré), que dans la société dans son ensemble (sexisme et misogynie dans la culture dominante, faible soutien aux victimes de la violence). Changer le comportement violent d’un homme adulte exige ainsi un engagement et des ressources énormes ; en admettant que la société soit prête à réaliser cet investissement14, les résultats pourraient être mesurés à l’échelle de générations, et difficilement à l’échelle individuelle d’une vie.

Une autre hypothèse, plus inquiétante, réside dans le constat que la société peine toujours à considérer la violence contre les femmes en tant que crime. De la confusion perpétuelle entre conflit et violence (Feresin, Lapierre, Folla et Romito, 2018), en passant par le maire d’une petite ville qui qualifie « d’enfantillage » un viol collectif commis sur une jeune fille15, à l’incapacité manifeste à réprimer et à punir les auteurs de violence (à moins qu’ils soient issus de l’immigration – voir Creazzo, 2012), tout indique que c’est un pas que la société ne veut toujours pas franchir. Les programmes psychosociaux destinés aux agresseurs permettent ainsi d’éviter de considérer la violence comme un crime et les maris ou partenaires violents comme des criminels. L’absurdité de cette situation devient manifeste lorsque l’on considère les réponses à d’autres types de crimes : peut-être que les escrocs et les voleurs pourraient aussi bénéficier d’un traitement psychosocial ? Nous savons que bien souvent, la répression ne paie pas et que la prison ne rend généralement pas les gens meilleurs, mais pourquoi commencer à proposer des programmes alternatifs uniquement à ceux qui violentent une femme ? Précisément pour ces crimes que la société peine à reconnaître comme tels ?

L’une des chercheuses féministes européennes les plus reconnues dans le domaine de la violence contre les femmes, Liz Kelly, conclut l’analyse de certains programmes pour hommes violents avec une note optimiste, sans toutefois contredire les évaluations négatives plus générales (Kelly et Westmarland, 2015). Il ne s’agit donc pas d’opposer un veto catégorique au développement de tels programmes: il existe des hommes violents engagés dans une démarche de changement qui pourraient en bénéficier. Toutefois, ces programmes doivent être considérés comme une drogue encore expérimentale (potentiellement utile, mais aussi très dangereuse) à étudier et à évaluer scrupuleusement et avec une prudence que je ne constate pas en Italie pour le moment.

L’analyse de ce qui s’est passé dans les 10 années (et même plus) depuis la première édition de ce livre ne donne pas de résultats encourageants. Dans la version publiée en 2005, j’ai décrit des cas aberrants observés dans d’autres pays, anticipant des situations qui sont maintenant également manifestes dans le panorama italien. Qu’avec seulement un décalage de quelques années, les réactions aux demandes de liberté et de sécurité des femmes soient si semblables dans des pays si différents est une preuve significative, même si elle est indirecte, de la vitalité du patriarcat en tant que système de référence commun.

Le constat de l’énormité de la tâche, des injustices et des souffrances causées ne doit cependant pas se traduire par un sentiment d’impuissance. En lieu et place, il est légitime de ressentir et de montrer de la colère, afin de susciter un engagement constant dans la pratique quotidienne et dans les lieux de vie et de travail de chacune d’entre nous. J’aimerais conclure par les mots d’une femme courageuse et les offrir comme une invitation aux lecteurs et aux lectrices :

Dans le flux des événements, chacune de nous ne peut faire qu’un peu plus que le grain de sable classique, mais même un petit grain de sable, rejoignant les autres, peut créer des barrages avec des courants dangereux, peut dérégler des engrenages et des mécanismes pervers. Il ne faut pas abandonner, renoncer au changement, même partiel, jamais définitif ou salvateur (Guidetti Serra, 2009).

Patrizia Romito


https://christinedelphy.wordpress.com/2 ... de-mortes/
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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede Pïérô » 07 Sep 2018, 22:33

Au nom du Père

Encore et encore, les violences faites aux femmes et aux enfants sont minimisées jusque dans les tribunaux. Témoignage acerbe d’une femme décrivant les mécanismes qui l’ont amené à subir les violences patriarcales au sein d’un couple.

Chers messieurs ! (pas tous, seulement le haut du panier, la crème de la crème, les meilleurs quoi !) ,

Vous voulez pouvoir violer impunément ? Frapper femme et enfants ? Pas de problèmes ! Cela est fort aisé et vous le savez !

Déjà, si possible, violez votre propre compagne ! Cela sera tellement humiliant pour elle qu’elle mettra beaucoup de temps avant d’en parler, bien trop de temps, suffisamment pour que ce « retard » de parole vous soit favorable. Si possible, parlez de ce que vous avez fait à votre entourage, qui confirmera alors que faire cela à sa compagne, ce n’est pas un viol comme elle vous l’affirme pourtant. C’est juste une relation normale dans un couple. Puis la bloquer, c’était juste comme ça, pour pimenter un peu une vie sexuelle devenue si frustrante par tant d’absence. Votre entourage ne se retiendra d’ailleurs nullement de le faire comprendre à votre compagne elle même : « Bein alors ? Qu’est ce que tu t’es imaginé ? Ce n’est pas un viol ma cocotte ! Tu dois quand même comprendre qu’il a des besoins, et que dans un couple, ses besoins, c’est à toi de les assouvir ! ». A force de se le faire entendre dire, elle doutera elle-même de ce que vous lui aurez fait et en viendra peut être même à culpabiliser de son non consentement au moment des faits. Elle se dira donc que c’était de sa faute ! (Ce sera là un coup de maître. Mais vous y arriverez, faites moi confiance !) Parlez en également à vos simples collègues de travail ! Cela peut paraître un peu loufoque, mais lorsque, surpris, ils vous demanderont tout naturellement si vous avez le moindre souvenir d’avoir pu faire ça, vous pourrez jouer la carte de l’amnésique à qui votre compagne insuffle par on ne sait quel moyen des faux souvenirs dans votre esprit.

Si possible, frappez-la à l’occasion. D’abord seulement un peu. Je vous conseille, pour commencer, une petite gifle vive, celle qui claque, qui surprend, qui la laissera interloquée et qui lui fera afficher face à vous, pour votre plus grand bonheur, des yeux de crapaud qui viendrait d’échapper au trépas sur une autoroute à l’heure des grands départs en vacances. Ce regard là, il vous fera rire longtemps, croyez- moi ! Ensuite, vous pourrez augmenter la cadence, puis varier également les plaisirs. Les petits coups de têtes, les empoignades qui lui laisseront de jolis petits souvenirs de vos doigts sur ses bras (là non plus, ce ne sera nullement de votre faute si elle marque vite !), les coups de poings, mais pas trop souvent, c’est plus compliqué de s’assurer que ça ne laisse pas beaucoup de traces (à moins de bien viser). Les coups de genoux dans les jambes sont naturellement à privilégier une fois que vous l’aurez plaquée contre un mur (pas d’inquiétudes quant aux marques que cela peut laisser, rappelez-vous, elle n’arrive pas à se déshabiller, et a donc naturellement proscrit robes ou jupes, enfin tout ce qui laisserait échapper un centimètre de peau). Si elle a des problèmes de santé, utilisez les ! Vous pourrez donc aisément justifier que vous n’avez rien fait : non, vous ne l’avez jamais assommée. Si elle a perdue connaissance, « c’est à cause de sa maladie M’dame Le président », et pas en raison des gifles que vous lui avez mises , ni à cause d’un bon petit coup de coude dans la nuque, ni d’une autre manière dont elle n’aura même pas idée.

Mais surtout, dites lui bien que tout cela est de sa faute. Justifiez-vous comme vous le voulez, elle est trop chiante, pas assez accueillante, pas assez chaleureuse, pas assez amoureuse, trop ceci, pas assez cela, de toute façon, tout marchera, alors n’hésitez pas !

Ensuite, frappez les enfants en disant bien à leur maman, que c’est bien à cause d’elle si vous êtes obligé d’en arriver là. Aucune inquiétude là non plus ! Vous êtes juste un bon père qui veillez à donner à vos enfants une bonne éducation que votre compagne est incapable de leur donner. Vos garçons, elle est en train d’en faire des « grosses chialeuses ». Les gifles, les fessées, les insultes, les crachats, les coups de poings, les « taquets »...cela est bien connu, ce sont là les bases d’une bonne éducation prônant l’amour, le respect et la bienveillance. Comme votre compagne n’est pas d’accord avec vos méthodes et qu’elle vous le fait savoir, "éduquez" donc vos enfants en son absence en disant bien aux enfants de ne surtout rien dire à leur maman sinon à cause d’eux elle mourra. S’ils pleurent après une "petite tapette", et que leur mère, alors présente, se saisit du téléphone pour appeler la police, criez bien aux enfants qu’à cause d’eux, vous allez aller en prison et qu’ils ne vous verront plus jamais.

Empêchez-la de travailler. C’est très important ! Imaginez qu’elle puisse être indépendante ! Elle pourrait alors partir, avoir l’idée saugrenue de quitter ce petit paradis sur terre que vous avez mis tant de temps à lui confectionner... Elle qui avait de beaux projets professionnels et les facultés de les mener à bien...Vous, au moins, vous lui offrez cette vie où elle n’a qu’à profiter de votre sincère générosité qui ne dépend que de votre bon vouloir.

Coupez-la également du monde extérieur : « Non, tu ne viens pas avec moi. De toute façon MES amis ne veulent pas te voir, ils ne t’aiment pas. Mais rassure toi, pour les moucher je leur ai dit que toi non plus tu ne pouvais pas les sentir ! » Grâce à votre sens pratique, personne ne perdra son temps à essayer de comprendre pourquoi ils n’ont jamais rencontré la femme avec qui vous partagez votre vie depuis une dizaine d’années et avec qui vous avez deux enfants. Vous ferez ainsi d’une pierre deux coups : d’une part, vos amis, qui ne l’auront pourtant jamais vu, pourront témoigner de sa possessivité à votre égard, de son naturel détestable et peut être un peu dépressif (c’est vrai qu’avant de vous connaître elle rigolait un peu plus...mais elle n’aime pas votre humour...elle n’y connaît rien en fait) d’autre part, sans avoir qui que ce soit autour d’elle, elle aura nettement moins de possibilité de comprendre ce qu’il se passe et d’en parler. En parler à qui ? Elle ne pourra en parler qu’à vous ! Mouah ah ah ! Vous êtes trop fort !

Ensuite, si malgré tout cela, il lui vient quand même à l’esprit que ce joli bleu dont vous avez maladroitement et pédagogiquement maquillé le visage de votre enfant n’est pas acceptable, elle aura peut être l’idée de parler de cette bienveillance que vous placez à son égard et à l’égard de vos enfants. Mais n’ayez aucune inquiétude. Elle pourra raconter ce qu’elle voudra, votre parole à vous sera toujours beaucoup plus convaincante que la sienne. L’amour que vous lui aurez porté durant toutes ces années aura bien joué son rôle en ne faisant d’elle qu’une loque incapable de s’exprimer, incapable d’avoir une opinion, un avis, incapable même de penser. Elle ne saura même plus aligner deux mots correctement, et n’osera jamais dire tout ce qui s’est passé. Elle taira à tout jamais certaines choses encore plus graves. Certaines choses qui ne resteront qu’entre vous.

Vous aurez alors l’occasion de faire état de vos capacités parentales qu’elle elle n’assumait pas. Mais d’ailleurs, elle faisait quoi de ses journées ? Heureusement que vous étiez là pour assumer les finances, la logistique, l’entretien de la maison, l’éducation des enfants, et la sienne également, qui était à refaire...

La concernant elle, inversez les rôles, ça marche à chaque fois ! « Pardon ? Que dites-vous ? Moi, frapper Madame ? Loin de moi cette idée...Jamais je n’ai levé la main sur elle. Je me contentais de me défendre contre ses excès de violence. »

Concernant les accusations de viols, dites bien que : « la sodomie ? Elle adorait ça ! » D’ailleurs, vous la pratiquiez souvent. Rappelez vous alors de la position dans laquelle vous étiez pour la bloquer contre un mur en lui maintenant les jambes et en lui immobilisant un bras dans le dos, et dites que c’était d’ailleurs sa position préférée. Elle ne pourra rien répondre à cela ! D’ailleurs, est-ce qu’elle a crié ? Même pas ! Tout ça parce qu’elle ne voulait pas qu’un des enfants qui dormait près de votre lit puisse se réveiller et assister à cette scène. Si cela avait été un viol, elle ne se serait pas contenté de pleurer en vous disant d’arrêter et en vous repoussant comme elle le pouvait ; elle aurait hurler de toutes ses forces ! Elle vous aurait au moins réveillé pour que vous repreniez vos esprits, car non, cela ne vous ressemble pas de contraindre les gens, comme ça. Et comme elle ne pouvait pas se dégager de votre emprise, elle aurait au moins pu traverser le mur contre lequel vous la bloquiez ! Et puis si vous avez eu connaissance de ces scènes, dans le détail, souvenez-vous bien que ce n’est nullement parce que vous y étiez ! Vous deviez dormir, ou au moins dormir à moitié et, pauvre de vous, elle vous a fait croire que cela c’était passé en vous relatant elle-même les faits. Quelle manipulatrice quand même...

Enfin, vous parferez votre œuvre grâce aux autres. Grâce à ceux en qui elle voyait se dessiner un fol espoir que tout cela puisse être reconnu comme le crime qu’il était. Eux, ce sont d’abord les services sociaux qu’elle même aura saisi. Madame cherche juste en les prévenant de ce qu’il se passe, à vous nuire. En fait, elle place les enfants dans ce fameux « conflit de loyauté ». Les enfants ont peur de vous car ils sont victimes d’aliénation parentale de la part de leur mère. Vous avez une bonne situation, vous êtes élégant, charmant, vous vous exprimez parfaitement et avec humour. Vous n’êtes pas cet homme qu’elle et les enfants décrivent, d’ailleurs, ils ne peuvent que le constater ! Ensuite, ce sont les magistrats, qui décideront que mieux vaut classer les viols qu’elle a dénoncé, cette « petite » partie du dossier. Pour quelle raison ? Peu importe, on ne lui dira jamais rien, ce qui lui montrera bien que VOUS aviez raison, encore une fois, qu’un viol, est nécessairement commis dans une rue sombre par un inconnu. « Eh bien cocotte ? J’avais des gants ? Une cagoule ? Non ! Alors tu vois, ce n’étaient pas des viols ! ».

Ensuite, elle aura la possibilité de faire un recours auprès d’un juge d’instruction. Mais si elle veut le faire, et bien elle devra se débrouiller seule, ce qui je pense, la dissuadera un petit peu quand même. Mais oui ! Cela grâce à votre merveilleux travail de tant d’années (vous avez quand même bien bossé les gars !) Quel avocat s’engagera auprès d’elle en ayant pour seule rémunération que cette fameuse « aide juridictionnelle » ? Une quoi ? Une aide ? Mais oui, cette aide mise en place pour que les « grosses feignasses qui ne bossent même pas », euh pardon, pour que les « gentilles filles » comme elle puissent se défendre équitablement face à vous, homme qui avez eu la bonté de les nourrir, de les loger pendant toutes ces années, vous qui êtes inséré socialement, professionnellement, vous qui avez les moyens de payer votre avocat, vous qui êtes un homme bien quoi !

Alors non, cette aide juridictionnelle ne permet pas au justiciable d’accéder à la justice. Et ça, votre chère et tendre compagne le comprendra aisément, et ne pourra qu’acquiescer aux refus des différents professionnels qu’elle sollicitera. Puis, de toute manière, même si elle y avait accès, à cette justice, encore faudrait il des preuves concrètes ! Or, les seules preuves qu’elle aura ce seront peut-être quelques messages qu’elle même vous aura envoyé et auxquels vous aurez bien entendu l’intelligence de ne répondre qu’oralement. Peut-être aura-t-elle alors l’idée de vous enregistrer ? Mais l’ironie dont vous userez alors fera passer vos aveux pour un trait d’humour, grossier, il est vrai, mais un trait d’humour dont tout le monde vous sait capable. Vous êtes si drôle ! Le fait qu’elle ne puisse se faire examiner par un médecin qu’en étant sous hypnose, qu’elle ne supporte pas le moindre contact sur sa peau, qu’elle ne puisse même pas imaginer pouvoir refaire sa vie, qu’elle saigne encore quasi quotidiennement, qu’elle ait fait de véritables crise de nerfs à l’hôpital quand on lui a annoncé qu’elle devra passer un examen particulier, qu’elle ait relaté ces faits de viols aux médecins et aux infirmières, qu’elle ait raconté brièvement cela quelques mois après sur un site internet, cela ne prouvera aucunement les viols qu’elle prétendra avoir subi. Sa vie est devenue un enfer comme ça, sans raison particulière. En fait, elle est juste folle. Vous aviez raison !

Verdict, 8 mois avec sursis, et 2 ans de mise à l’épreuve avec une obligation de soin. Aucune interdiction d’entrer en contact pour le bien des enfants, et puis, vous n’êtes pas si dangereux que ça... Après tout, vous n’avez été "condamné" pour violences habituelles avec une prévention retenue de 3 ans ( sur ces 9 années de violences) que sur elle et sur seulement l’un de vos deux enfants ! Les violences sur votre plus jeune enfant n’avaient elles qu’une "valeur éducative". Vous êtes donc un papa comme un autre qui a juste un peu « dérapé ». Si elle n’accepte pas que vous puissiez avoir un droit de garde sur vos enfants, la juge des enfants pourra la menacer de lui en retirer la garde car elle n’a aucunement le droit de priver ses enfants d’un père tel que vous. On lui conseillera alors de se soigner parce que franchement, ce n’est pas normal qu’elle puisse refuser de s’asseoir près de vous, qu’elle se bouche les oreilles, qu’elle ferme les yeux quand vous vous retrouvez ensemble au tribunal. Son combat sera vain, ne vous en faites pas. Sa condamnation à elle et aux enfants sera bien plus grande. La boule au ventre, elle ne cessera de l’avoir. Vous pourrez continuer impunément à vous rendre là où vous êtes sûr de l’y voir, à passer et repasser devant chez elle, à fracturer sa boite aux lettres, à médire sur elle dans votre quartier, bref, vous continuerez de lui montrer que malgré sa plainte et votre « condamnation », le plus fort, c’est vous. Rien n’est fait en France en 2016 pour qu’elle puisse rejeter votre "Amour "et souffler ne serait-ce qu’un instant. Rien n’est fait aujourd’hui pour qu’elle puisse protéger ses enfants. Si malgré tout, elle le fait, ce ne sera plus seulement contre vous qu’elle devra se battre, mais également contre la bonne conscience bureaucratique des services alors saisis, qu’ils soient sociaux ou judiciaires. Et croyez-moi, bientôt, malgré l’espoir qu’elle osera garder, elle n’en aura plus la force.

Eliaitat


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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede Lila » 09 Sep 2018, 19:17

Les violences faites aux femmes explosent depuis le début de l'année

Dans le bilan de rentrée présenté jeudi 6 septembre par le ministre de l'intérieur, la part des violences faites aux femmes suit une courbe très inquiétante : à la fois symptôme d'un problème de société et résultat d'un début de libération de la parole sur ce sujet.

à lire : https://www.lesinrocks.com/2018/09/07/a ... 111122242/
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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede bipbip » 15 Sep 2018, 22:07

Lorient. Mobilisées pour les femmes victimes de violences conjugales

Ce lundi matin, une petite centaine de femmes et d'hommes se sont mobilisées devant l'Hôtel de Ville de Lorient. Le collectif "Femmes en marge", réclame la réouverture d'un lieu d'accueil pour les femmes victimes de violences conjugales.

En 2014, le centre d'information sur les droits des femmes et des familles en Morbihan avait fait le choix d'ouvrir, en partenariat avec la Sauvegarde 56, deux lieux d'accueil de jour : l'un à Lorient, le second à Vannes. Celui de Lorient a permis d'accompagner, entre 2015 et 2017, une centaine de femmes par an.
Dossier à réouvrir

Suite à la diminution de la subvention d'Etat, le lieu a dû être fermé en novembre 1017. Un collectif pour sa réouverture s'est constitué en avril dernier. Ce lundi matin, une délégation a été reçue par le directeur de cabinet du président de Lorient Agglomération. Ce dernier a promis de réouvrir le dossier et de proposer une table ronde entre les acteurs : Ville, Conseil départemental et Région.

... https://www.ouest-france.fr/bretagne/lo ... es-5961003
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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede bipbip » 23 Sep 2018, 15:50

Violences conjugales : 88 personnalités signent une tribune en faveur des victimes

Rappelant qu’en 2017 cent vingt-trois victimes ont perdu la vie, les signataires dénoncent « un silence » et réclament des « moyens d’agir ».

« Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou de son ancien conjoint » et en 2017 « 123 ont ainsi perdu la vie », tandis que « 225 000 autres ont été victimes de violences conjugales », remémore tristement la comédienne Muriel Robin. Rejointe par 87 autres personnalités, elle signe dans Le Journal du dimanche du 23 septembre une tribune pour que les victimes de violences conjugales « ne meurent plus dans l’indifférence totale ». Parmi les signataires, figurent Carole Bouquet, Mimie Mathy, Vanessa Paradis, Pierre Palmade, Alexandra Lamy, Julien Clerc, Stéphane Bern, Michel Drucker, Claude Chirac et Amélie Mauresmo.

Sous le titre « Sauvons celles qui sont encore vivantes », Muriel Robin rappelle que « la lutte contre les violences faites aux femmes a été proclamée grande cause nationale pour l’année 2018 », elle estime que « pourtant, un silence assourdissant persiste ».

« Il faut que cela s’arrête. Il faut que notre cri de révolte soit aussi retentissant que le déni qui règne aujourd’hui. Monsieur le président, agissons pour que ces femmes ne meurent plus dans l’indifférence totale, pour que nous n’ayons plus honte de ces cadavres », lit-on dans le texte.

Un appel à manifester le 6 octobre

Pour ses signataires, il faut « donner les moyens d’agir à ceux qui prennent en charge les femmes victimes et les hommes auteurs de ces violences ». Ils réclament en outre « une formation O.BLI.GA.TOI.RE nationale de tous les métiers de loi [police, gendarmerie, juges, magistrats] et un plan d’urgence pour l’hébergement des femmes ».

Le texte demande aussi que soit imposée à l’agresseur « une interdiction d’approcher le domicile de l’agressée » et que les « hommes “violents” soient contraints de se soigner ». Il propose enfin de « repenser la loi sur la légitime défense ».

... https://www.lemonde.fr/societe/article/ ... _3224.html
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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede Lila » 01 Oct 2018, 19:57

Pour un plan national plus ambitieux de lutte contre les violences conjugales

Pétition

À Boulogne-Billancourt, à Lille, à Lorient, à Orléans, à Paris, à Saint-Denis … des dispositifs d’accueil et d’aide aux femmes victimes de violences sont menacés à court terme ou déjà fermés faute de financement.

Pourtant en France, 225 000 femmes sont victimes chaque année de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur actuel ou ancien partenaire. 3 victimes sur 4 déclarent avoir subi des faits répétés. En 2016, 123 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, soit 1 tous les 3 jours, et 25 enfants mineurs sont décédés, tués par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple. D’après les statistiques, moins de 1 victime sur 5 va consulter un professionnel ou les services sociaux pour être aidée, écoutée, accompagnée, secourue...

Le Président de la République s'est engagé à l'occasion de son discours sur le lancement de la "grande cause du quinquennat" : "je me suis en effet engagé à ce que la cause du quinquennat soit celle de l'égalité entre les femmes et les hommes et le premier pilier de cette cause, c'est bien la lutte pour l'élimination complète des violences faites aux femmes. Pour cela, je souhaite que nous nous donnions les moyens de mener une action résolue à hauteur des enjeux."

Mais dans les faits c’est bien le contraire qui se passe !

Non seulement le plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes actuellement en vigueur est largement insuffisant, avec un seul lieu d'accueil de jour et une petite enveloppe de 40 000 euros par département pour recevoir et accompagner les femmes victimes de violence. Mais en plus certains de ces dispositifs sont menacés à court terme, comme à Boulogne-Billancourt ! Et aucune aide n’est accordée aux initiatives qui sont prises dans certains départements pour faire un peu plus pour les victimes de violences. Quand on connait la complexité de ces situations de maltraitance, les difficultés qu’ont les victimes à s’identifier comme victimes, à affronter peur des représailles, honte et sentiment d’humiliation pour demander de l’aide, et l’ambivalence très fréquente de leur relation à leur bourreau, sans parler des complications financières et organisationnelles que ces déplacements impliquent … on comprend bien que très peu d’entre elles feront la démarche de se rendre à l’autre bout du département pour solliciter un accompagnement …

Le constat en ce début d’automne est affligeant, non seulement aucune amélioration n’est annoncée mais on assiste même à une régression des droits des femmes avec la fermeture progressive de nombreux lieux d’accueil qui ont pourtant fait la preuve de leur utilité. Nous interpellons donc le gouvernement, et en priorité Mme la Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, et les invitons à prendre leurs responsabilités et à respecter leurs engagements pour apporter une réponse dans tout le territoire aux besoins d'accompagnement et de soutien des femmes victimes de violences :

- partout où des dispositifs d’accueil existent et ont fait la preuve de leur utilité, nous demandons la garantie d’un financement pérenne permettant d’assurer la continuité et le développement de leurs activités ;

- dans toute la France, nous demandons un plan de lutte contre les violences faites aux femmes plus ambitieux et ne se limitant pas à la population des grandes métropoles, avec la création de nouveaux lieux d’accueil pluridisciplinaires, notamment dans les zones rurales.


https://www.change.org/p/monsieur-de-pr ... conjugales
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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede Lila » 28 Oct 2018, 21:46

Marie Laguerre

JE NE ME TAIRAI PAS

Suite à des signalements massifs, très certainement dus à des lâches, qui se cachent derrière leur écran, similaires à ceux qui me menacent de mort et de viol, beaucoup de mes publications Facebook sont supprimées, mon compte parfois bloqué, mon travail et combat invisibilisé. Je n'ai pourtant jamais incité à la haine, et toujours plaidé pour la paix entre toutes et tous. Contre la violence.

Je vais donc reposter mon texte, je ne lâcherai rien. Ils ne gagneront pas.

[Beaucoup m'ont demandée mon ressenti après le procès qui a eu lieu la semaine dernière, jeudi 4 octobre, et qui clôturait 2 mois très intenses pour moi. J'ai donc rédigé ce texte, que Libération a gentiment publié dans son édition d'aujourd'hui. ✊ Le voici, en version un peu plus longue : ]

J’ai gagné une bataille.

Je me suis battue jusqu'au bout, non pas seulement pour obtenir justice pour mon agression, mais pour toutes les femmes. Car quand un homme harcèle, agresse, humilie, blesse ou tue une femme, c'est #NousToutes qu'il attaque. Je me suis battue pour mettre en lumière les injustices profondes qui affectent la vie des femmes, comme tant d’autres l’ont fait et le font au quotidien.

Les féminicides. Les mutilations sexuelles. Les viols. L'exploitation sexuelle. Les coups. Les agressions sexuelles. Les insultes. Les humiliations. Les menaces. Les harcèlements. Les violences sexistes et sexuelles sont des faits quotidiens, habituels, banalisés. Le sexisme est profondément ancré dans nos sociétés, ici, en France, et dans le monde entier. C'est un combat long, difficile, éreintant, épuisant mais ô combien important. Il nous concerne toutes et tous. Et il est urgent.

Il y a quelques jours se tenait le procès de mon harceleur-agresseur au Palais de Justice de Paris. Comme je l'ai déploré avant l’audience, le harcèlement sexuel n'a pas été retenu dans les chefs d'accusation. J'avais peur que mon harceleur-agresseur ne comprenne pas pourquoi il était là, vraiment. J'avais peur que le message que je portais ne soit pas entendu.

Dans un pays - et plus généralement dans un monde - où la justice est trop souvent patriarcale, j'ai beaucoup apprécié la manière dont ce procès a été traité par le tribunal -composé uniquement de femmes. La question du harcèlement sexuel, harcèlement dit "de rue" mais qui est partout - et sexuel et sexiste avant tout - a été placé au centre du débat. Le prévenu a été longuement interrogé sur ces actes de harcèlement sexuel, qu'il a tantôt niés tantôt minimisés, toujours banalisés. Je doute qu'il en ait pris conscience ce jour-là mais au moins la Justice a reconnu le caractère sexiste de cette agression. C’est en cela que ce procès a été symbolique.

J'ai été autant incroyablement touchée par la plaidoirie de mon avocate Maître Noémie Saidi-Cottier, que profondément écœurée par la plaidoirie de la défense. Quand mon avocate a su rappeler très justement que le harcèlement dit "de rue" est quelque chose de tristement banal et fréquent, qui influe sur la liberté des femmes partout dans le monde, qui est générateur d'insécurité et une expression du sexisme intégré, l'avocate de la défense a minimisé les faits. Elle a osé comparer mon agression à de "vraies agressions" telles que le viol, établissant ainsi une gradation de mauvais goût entre les différentes victimes. Je n’ai pourtant jamais prétendu être la Victime parmi les victimes. J’ai toujours réalisé et dit quelle chance a été la mienne par rapport à d’autres, bien plus malheureuses, qui n’ont eu ni soutien ni procès et dont l’agresseur ne s’est pas arrêté à ces violences. Et d’ailleurs, ne voit-elle pas – ni elle ni tant d’autres - que tout est lié quand il s’agit de sexisme ? J'ai ainsi dû l'écouter remettre en question ma parole, ma version des faits et mon ressenti. Les mots du prévenu - qui avait bu de l’alcool au moment des faits et qui a donné sa version aux policiers plus d’un mois après les faits, version qu'il n'a cessé de changer depuis - avaient à cet instant plus de poids que les miens - pourtant confirmés par de nombreux témoins et livrés dès le lendemain de l'agression.

Pourquoi, après les innombrables témoignages de femmes, #MeToo & #balancetonporc, pourquoi aujourd'hui encore remet-on sans cesse en question la parole des femmes ? Les violences sexistes et sexuelles doivent être condamnées mais la route est si difficile pour les victimes. #WhyIDidntReport l'illustre parfaitement.

L'avocate de la défense a dit au sujet de mon agresseur que le costume de symbole des violences faites aux femmes était un costume trop grand pour lui. S’il ne souhaitait pas le porter, ce costume, il lui suffisait de ne pas harceler les femmes dans la rue. La victimisation des harceleurs et agresseurs doit cesser. Qu'il assume ! Tous les harceleurs et agresseurs méritent ce costume et le portent parfaitement. Il leur sied à ravir.

Pas de solidarité pour les harceleurs et pour les agresseurs. Terminons-en avec cette impunité insultante pour toutes les victimes.

Voici la peine qui a été décidée : 12 mois d’emprisonnement dont 6 assortis d’une mesure de sursis mise à l’épreuve pendant 3 ans avec plusieurs obligations et interdictions : obligation de soins (suivi psychologique et suivi pour sevrer ses addictions), obligation de m’indemniser à hauteur de 2000€, obligation de travailler, obligation de fixer sa résidence, interdiction d’entrer en contact avec moi, interdiction de se rendre dans le 19e arrondissement de Paris et une peine complémentaire : une obligation de suivre -à ses frais- un stage de sensibilisation aux violences au sein du couple et sexistes.

Parce que nous estimions que la prison -telle qu’elle existe- nourrit la récidive, qu’il l’a fréquentée à maintes reprises et qu’elle ne lui permettra pas de prendre conscience de cette violence, nous avons expressément demandé et obtenu qu'il suive ce stage, à ses frais, de sensibilisation aux violences faites aux femmes.

À la fin de l'audience, il a pourtant clamé et assuré ne pas être sexiste. L'homme qui a été jugé et condamné pour proxénétisme a clamé ne pas être sexiste. L'homme qui a été jugé et condamné pour des violences graves sur sa mère a clamé ne pas être sexiste. L'homme qui, en me voyant marcher dans la rue, s'est permis de m'importuner par des bruits à connotation sexuelle, n'a pas supporté que je lui réponde et a ressenti le besoin de m'agresser physiquement, avec un cendrier d'abord puis au moyen d’un coup d'une grande violence, a clamé ne pas être sexiste. L'homme qui n'a pas supporté qu'une femme lui tienne tête a donc clamé ne pas être sexiste.

Ses mots ne font que prouver l’ampleur du problème, les combats que nous avons encore à mener, pour faire connaître et apprendre à déceler les mécanismes nourrissant le patriarcat. Et il n'est malheureusement pas le seul à ne pas réaliser la portée de ses actes. A ne pas réaliser ce qui est profondément ancré chez trop d'hommes : le sexisme et l'impression d'avoir tous les droits sur les femmes.

J'espère que ce stage de sensibilisation lui sera bénéfique. J'espère surtout que des moyens sont mis pour que ces stages soient efficaces. J'appelle la justice à "condamner" tous les hommes sexistes à une obligation de suivre ce stage ! Le chemin est long pour atteindre l'égalité, et il passera par l'éducation.

Et si jamais il récidivait encore, alors j'espère que la peine sera plus lourde et je ne serai plus de celles et ceux qui appellent à la pédagogie mais à la répression. Il faut qu'il comprenne. Nous sommes 7 milliards, et pour vivre en communauté, l'empathie et le respect sont primordiaux. Aujourd'hui, pourtant, les femmes ne sont pas respectées, ici comme ailleurs. Nous sommes trop souvent considérées comme des objets de convoitise, des objets sexuels, des objets domestiques, des objets décoratifs, avant d'être considérées comme des êtres humains, dotées d’une personnalité et d’un libre arbitre, tout simplement. Nous méritons une meilleure représentation de la sexualité que la pornographie, une qui n'humilie pas les femmes, une qui ne nourrit pas les violences et la domination.

Je demande à toutes et tous une tolérance ZÉRO envers le sexisme (mais aussi envers toutes les formes de discriminations). C'est par nous, toutes et tous ensemble, que le changement se fera.

Peu de personnes voient leur harceleur-agresseur jugé et condamné. Je souhaite que cela change, sans avoir besoin de vidéos, sans avoir besoin de médiatisation. Pour toutes les femmes, quelles que soient leur couleur, leur classe sociale, leur histoire, leur âge.

Maintenant ce que je souhaite également, c'est voir les personnes qui m'ont harcelée, insultée, menacée derrière un écran, jugées au Tribunal. Pouvoir les regarder dans les yeux, sur le banc des prévenus, et les entendre tenter de se justifier. #NeRienLaisserPasser

Aujourd'hui je suis fière. Fière d'avoir mené ce combat. Fière d’être féministe. Fière de la mobilisation des milliers de personnes, femmes et hommes, qui m'ont soutenue, ce dont je suis extrêmement touchée et honorée. Fière de mon avocate qui m'a soutenue et défendue. Fière que les médias aient donné une visibilité à la réalité des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. J'espère qu'ils continueront. Fière également des résultats du prix Nobel de la paix 2018, qui vient de récompenser Nadia Murad et Denis Mukwege pour leurs efforts pour mettre un terme à l'emploi de la violence sexuelle comme arme de guerre.

Mais l’actualité nous rappelle au quotidien que le chemin est encore long, comme récemment avec la nomination à la cour suprême d’un homme accusé d’agressions sexuelles.

Nous ne voulons plus de cette violence.
Nous ne voulons plus de cette inégalité.
Nous en avons assez.
Les femmes méritent mieux. Les hommes méritent mieux. L'humanité mérite mieux. Partout, absolument partout sur la planète, nous méritons mieux.

Je marcherai dans les rues françaises le 24 novembre prochain, avec je l’espère des millions de femmes et d'hommes, pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles. 1 an après #MeToo, devenons #NousToutes et faisons de cette marche une marche historique.

Et surtout, je continuerai à me battre et à m'engager. ✊

https://www.liberation.fr/debats/2018/1 ... GifayqguDM


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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede bipbip » 04 Nov 2018, 20:17

À Besançon, l'hommage de Solidarité Femmes à Razia

À Besançon, association Solidarité Femmes a organisé vendredi 2 novembre un rassemblement en hommage à Razia, réfugiée afghane assassinée en pleine rue le 30 octobre à l'âge de 34 ans. Razia qui, malgré sept plaintes, n'a pas été protégée de la violence de son mari, principal suspect arrêté le même vendredi à l'aéroport d'Athènes. Voici les interventions prononcées.

... https://blogs.mediapart.fr/edition/les- ... r=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20181103&M_BT=1181239064418
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Re: Contre les violences faites aux femmes

Messagede Lila » 18 Nov 2018, 23:55

Quand le milieu de travail se mêle de violence conjugale

En juillet dernier, la Nouvelle-Zélande a créé un congé spécifique pour les victimes de violence conjugale: 10 jours payés pour leur permettre d’échapper à leur foyer sans craindre de perdre leur emploi. Au Québec comme ailleurs, les législateurs·trices commencent à reconnaître que le milieu de travail doit favoriser l’émancipation des survivant·e·s. Tour d’horizon des politiques en place ici et là-bas, certaines plus généreuses que d’autres.

à lire : https://www.gazettedesfemmes.ca/14612/q ... pI_3hRThkE
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