Contre le système prostitutionnel: libertaire vs libéral

Re: Contre le système prostitutionnel: libertaire vs libéral

Messagede Lila » 09 Sep 2018, 19:43

Consensus sur la prostitution

La députée Valérie Gomez-Bassac a donné le ton et en quelques jours les médias redécouvrent ce sujet sulfureux et pourtant tellement consensuel : la prostitution. Alors que rien n’avait été dit depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron sur ce sujet, malgré l’appellation de grande cause du quinquennat affublée aux violences faites aux femmes, des femmes et des hommes politiques croient tout-à-coup savoir ce qui nuit aux prostituées : la pénalisation des clients. Certain.es dans la politique et les médias se font les relais de cet appel au règlementarisme lancé par la députée du Var, comme si les maisons closes pouvait être une solution aux problèmes que rencontrent les femmes dans la prostitution.

Avant de faire un sort à cette loi abolitioniste votée en 2016, il faudrait d‘abord voir comment elle a été appliquée, ou plus exactement pas appliquée : outre la pénalisation des clients, elle comprenait aussi une série de mesures pour faciliter les parcours de sortie de la prostitution. Des associations travaillant sur le terrain auraient dû aider les femmes à se construire une nouvelle vie, les guider vers un parcours de soin, leur proposer une réinsertion professionnelle. Or les subventions à ces associations ont été supprimées ou réduites, aucune nouvelle action n’a pu être financée, même le maintien en 2017 des activités préexistentes a été un combat.

D‘autre part le surcroît de travail pour la police qu’aurait représenté une verbalisation effective des clients n’a pas pu être absorbé, les forces de l’ordre étant déjà très sollicitées par la menace terroriste. En dehors de quelques cas isolés où des procureurs énergiques ont mené une vraie politique pénale de poursuite des clients, il ne s’est rien passé.

Enfin le volet éducatif qui aurait consisté à mener une vraie offensive d‘information et d‘éducation à tous les niveaux n’a pas été financé non plus. Les formations des professionnels de la justice, de la police, de la protection de la jeunesse se font au compte-gouttes, de façon très inégale sur le territoire, selon la bonne volonté des décideurs et la disponibilité des intervenant.es.

En fait la France reste une bonne place commerciale pour la sexualité des femmes. On y trouve des jurys de concours Miss France qui invitent des hommes d‘affaires et élus locaux à un diner de gala où ils paient pour la présence d’une candidate à leur table, on y trouve des téléspectateurs tellement obsédés par la chosification des femmes qu‘ils plébiscitent chaque année ce concours comme l’émission la plus regardée de l’année, on y trouve des élus et même des membres du gouvernement qui demandent un rapport sexuel en échange d‘un logement ou d‘un emploi, on y trouve des sites internets de rencontres entre adultes pas très regardants sur la gratuité des rencontres… partout la sexualité des femmes s’achète. Comment s’étonner qu’il s’y trouve aussi des gens pour la vendre ? Il y a suffisamment de misère dans le monde, ce n’est pas compliqué de trouver des jeunes filles vulnérables, de leur promettre une amélioration de leurs conditions de vie, et de les persuader que vendre du sexe en France est, sinon leur vocation, du moins un moyen acceptable de financer leur existence et d’envoyer de l’argent à leur famille restée au pays.

Dans ces conditions, la loi d’abolition est un obstacle au bon déroulement de l’activité, et il est tout à fait logique qu’on veuille la supprimer. Car comment ne pas voir l’énorme contradiction entre cette loi, qui interdit la marchandisation du sexe, et la culture médiatique et politique dans laquelle nous baignons, qui la banalise et la promeut ? Cette loi et surtout l’esprit qui la porte, l’abolition, est profondément égalitaire. Elle promeut une sexualité basée sur le désir réciproque, le sexe n’étant échangeable contre rien d’autre que du sexe.

La société française est bien trop machiste pour s’accommoder d‘une telle égalité. La propagation du terme de consentement dans les discours sur la sexualité en dit long sur le statut du désir. Notre société reste un paradis pour les prédateurs sexuels, le désir lui-même étant encore pensé comme masculin. Les hommes sont sujets, femmes sont objets, les hommes « bien » ayant pour objectif qu’elles soient consentantes. Le désir sexuel est donc supposé à sens unique: l‘un désire, l’autre consent. Cette conception très sexiste du désir et de la sexualité nie le désir des femmes. Elle interdit même de le penser. Les femmes ont deux attitudes possibles par rapport au sexe : elles le refusent ou y consentent. En aucun cas elles ne le désirent. Ainsi notre société s’accommode fort bien de l’existence de la prostitution et de tous les discours qui la légitiment et la banalisent. Elle fait consensus. L’échange de sexe contre sexe étant réputé impossible, il faut trouver un moyen d’échanger le sexe contre autre chose. La prostitution est le lieu de cet échange.

Si les femmes et les hommes se contentaient de cette situation la loi d’abolition n’aurait jamais vu le jour. Or beaucoup de femmes se rebellent depuis longtemps contre la marchandisation des corps de quelques unes pour accréditer le mythe du non-désir de toutes les autres et les hommes refusent la prédation sexuelle comme inhérent au désir sexuel masculin, et la nécessaire automatisation de l’accomplissement de leur activité sexuelle dans un échange commercial.

Une autre sexualité est possible, un véritable échange de désirs et de plaisirs sans dimension commerciale. Promouvoir cette sexualité passe bien sûr par une loi d’abolition de la prostitution mais cela ne suffit pas. Il faut en plus un vrai changement de mentalité, donner une vraie priorité aux luttes féministes contre les inégalités et les violences, donner aux filles de vraies chances d’insertion professionnelle dans tous les métiers et à tous les postes de pouvoir, donner une vraie sécurité psychique et physique aux enfants victimes et menacés de violences sexuelles.

Le champs d‘action est immense. Grande cause du quinquennat ou pas, il est grand temps de commencer. Pour le moment il ne s’est rien passé, ou si peu.

Nous avons lutté deux ans pour obtenir cette loi d‘abolition, luttons maintenant pour la maintenir. Mais ne nous leurrons pas, elle va à l’encontre de la mentalité dominante en France : les femmes sont à prendre, ou plus exactement à importuner, les hommes se servent, ils prennent ce qu’ils veulent, ils dominent, ils désirent et leur désir est roi… Vive la république !

Florence-Lina Humbert, 06.09.2018


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Messagede Lila » 09 Sep 2018, 19:50

« Je veux qu'un homme qui achète une femme ressente de la gêne »

La grande féministe allemande Alice Schwarzer défend la loi sur la pénalisation des clients de la prostitution et vante les vertus du modèle suédois.

Comme le révèle Le Point, l'avocat Patrice Spinosi, champion des questions prioritaires de constitutionnalité et farouche défenseur des libertés, lance aujourd'hui un recours contre la loi d'avril 2016 sur la pénalisation des clients de la prostitution. Il représente plusieurs associations, dont Médecins du monde, pour qui cette loi a été contre-productive pour les prostituées.

Féministe allemande la plus célèbre – dans un pays où la prostitution a été légalisée en 2002 – et fondatrice du magazine Emma, Alice Schwarzer défend, elle, cette pénalisation. Abolitionniste, elle vante les mérites du modèle suédois. C'est d'ailleurs son principal point de désaccord avec son amie Élisabeth Badinter, universaliste et beauvoirienne comme elle. Alice Schwarzer s'en explique au Point.

à lire : http://www.lepoint.fr/societe/je-veux-q ... or=CS2-259



Patrice Spinosi, avocat de Médecins du monde, dépose un recours contre la loi d'avril 2016 sur la prostitution.

Ses arguments sont connus et prévisibles: cette loi vulnérabiliserait et précariserait les personnes prostituées.

Il met en avant le meurtre du transgenre Vanesa Campos au Bois de Boulogne. Selon lui, Vanesa Campos "poussée dans la clandestinité, a été obligée de s'enfoncer dans un endroit désert de la forêt, ce qui a laissé le champ libre à ses agresseurs" (Le Point, 06/09).

Ce qui a surtout laissé le champ libre à ses agresseurs, c'est que la loi est très mollement appliquée, et que les acheteurs de sexe qui patrouillent le Bois de Boulogne et celui de Vincennes en quête de relations sexuelles tarifées peuvent le faire dans une quasi-totale impunité.

Si la police avait été régulièrement présente sur les lieux, la plupart des acheteurs de sexe, des personnes prostituées (et de ceux qui les racketen) l'auraient déserté. Mais en fait, que ce soit au Bois de Boulogne, le long des routes, sur des aires de repos, etc. on ne constate aucune vraie présence policière, donc aucune diminution visible du nombre des "clients" et des personnes prostituées. La loi n'a rien changé au comportement des acheteurs de sexe ni à celui des prostituées.

Patrice Spinosi ajoute que cette loi "jette l'ensemble de cette activité dans la clandestinité" et que les prostituées deviennent de ce fait, très difficiles à trouver. Il faut qu'on m'explique comment les acheteurs de sexe peuvent trouver les personnes prostituées sans problème, alors que le personnel de Médecin du monde en est incapable.

Fondamentalement, les arguments des partisans de la prostitution sont illogiques voire même contradictoires.

Exemple: quand la loi a été passée, ils ont dit: "les prostituées de rue vont être obligées de passer des annonces sur des sites genre Vivastreet, ou autres. Ce qui est plus dangereux pour elles parce qu'elles rencontrent le "client" dans une chambre d'hôtel, sans avoir pu le "jauger" avant de "monter", comme elles le font dans la rue".

Maintenant que Vivastreet a fermé sa rubrique d'annonces pour adultes utilisée par les réseaux proxénètes pour y passer leurs annonces, les pro-prostitution nous disent: "les "travailleuses du sexe" vont être obligées d'aller dans la rue, ce qui est plus dangereux pour elles."
Il faudrait savoir.
Et bien entendu, Spinosi insiste sur le cas des prostituées "indépendantes" "qui ont décidé librement de faire de cette activité leur métier". Alors que les études mettent en évidence qu'il y a très peu de prostituées "indépendantes" (toute prostituée indépendante qui apparait sur le marché devient rapidement la cible des menaces des réseaux proxénètes qui cherchent à la prendre en main).
Vu que les indépendantes sont très peu nombreuses, pourquoi faudrait-il légiférer sur la prostitution à partir de ce qui constitue un cas exceptionnel?

Et les féministes savent ce que vaut l'argument du "libre-choix " de l'entrée dans la prostitution.

Quand cette loi a été votée, et vu le niveau de machisme de la société française, j'ai pensé que:
1/ cette loi allait être sabotée par les instances en charge de l'appliquer, en particulier la police qui, sauf exception, ne considère pas l'interpellation des "clients" comme une de ses priorités.
2/ que vu ce sabotage, les medias allaient ensuite propager l'idée que c'était une loi inefficace et mal conçue.
3/ et qu'enfin, sur la base de la constation de cet "échec" organisé de la loi, les lobbies pro-industrie du sexe allaient reprendre l'offensive et demander son abolition.

Avec l'initiative de maître Spinosi, il semble que nous soyons arrivés à la phase 3 de cette stratégie.

Francine Sporenda


https://www.facebook.com/francine.spore ... 1806926600
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Messagede bipbip » 27 Sep 2018, 19:21

Usul, mon violeur avait le même discours que toi

En participant récemment à une vidéo porno tournée par sa compagne camgirl OllyPlum, le youtubeur Usul s’est prononcé en faveur de l’industrie du sexe. L’idée est de nous présenter la “libération sexuelle” comme vecteur d’émancipation des femmes. Le sentiment de trahison est intense pour nous, féministes de gauche, survivantes de la prostitution, du porno et du BDSM.

Une “libération sexuelle”, vraiment ?

Depuis quelques dizaines d’années, l’expression “libération sexuelle” est liée à l’affranchissement du tabou : c’est l’idée qu’une personne pourrait avoir n’importe quelles pratiques sexuelles, notamment sans éprouver d’amour pour son/sa partenaire, l’idée qu’on peut dissocier la sexualité des sentiments et qu’elle n’est pas sacrée, et qu’il n’y a pas à avoir de jugements moraux sur les pratiques sexuelles.
Ces idées sont séduisantes pour les femmes : elles nous évoquent l’espoir de ne plus être traitées de salopes si on aime tel ou tel truc, de ne plus être cantonnées à la sentimentalité et enfermées dans le mythe amoureux, d’être suffisamment à l’aise avec la sexualité pour qu’elle devienne une activité comme une autre, à laquelle ne serait plus rattaché de préjugé social.

Pourtant, dans notre expérience, la réalité que cache la “libération sexuelle” est toute autre :
Là où en tant que femme nous voyions une dissociation libératrice du sexe et des sentiments, nous avons fait face à des hommes qui dissocient sexe et respect de l’Autre.
Là où nous espérions enlever le stigma de la sexualité comme un service, nous avons eu affaire à des hommes qui voyaient l’argent comme une manière de compenser la violence et la dégradation.
Là où nous espérions que l’absence de jugement moral nous protégerait du slut-shaming, il nous a surtout empêché d’avoir un jugement moral sur la violence criminelle qui nous a été infligée.

Si tu veux bien, nous allons te parler un peu de nous

Nous sommes 5 femmes qui avons été victimes des discours du féminisme néolibéral. Quand nous avions 25 ans, chacune d’entre nous tenait publiquement les propos “sexe-positifs” qu’OllyPlum et toi tenez à l’heure actuelle. On se sent tellement cool à 25 ans à avoir lu Despentes, à lire les discours du STRASS, et à se dire qu’on réussira, nous, à sortir du piège de la sainte et de la pute, qu’on a le droit au plaisir, qu’on est assez forte pour surpasser tout ça.
Aujourd’hui, nous avons la trentaine. Nous souffrons de syndromes post-traumatiques après avoir été violentées, dégradées, frappées, et violées par des mecs de gauche qui défendent ces théories. Et nous prenons soin de femmes qui ont été frappées et violées, sans arriver à se défendre, à cause de ces théories. Pour nous toutes, les discours que tu défends à l’heure actuelle ont été un piège tendu par les prédateurs, et le bouclier qui leur sert à se défendre.

Pour Marie, Hélène et Léa, le discours sexe-positive a été la tentative inconsciente de “transformer” la violence et le viol conjugaux, en se disant “puisque ce qui excite les hommes c’est la violence et la domination, autant le faire dans un cadre où j’aurais du contrôle dessus” :

“Je m’appelle Léa et j’ai bientôt 25 ans, et jusqu’à il y a quelques mois, je tenais le même discours qu’OllyPlum. Je me suis toujours considérée féministe. Pourtant, de mes 16 à mes 23 ans, je vivais des actes de violence sexuelle de la part de mon conjoint. J’ai subi des coups, des pressions, des chantages, des pratiques très extrêmes. Il est allé jusqu’à m’“offrir” à ses amis. Le tout sous prétexte de liberté sexuelle. Pour encaisser tout ça, je me suis réfugiée derrière le discours “ sexe-positif ”, en me disant que j’étais libre parce que j'expérimentais beaucoup de choses sexuellement. Je disais publiquement que j’aimais ça.
A certains moments où nous avions des difficultés financières, j’avais pensé à devenir call girl, ou à faire de la cam. Il avait dit que ça l’exciterait.
Aujourd’hui j’ai pris conscience de ce que j’ai vécu et je me rends compte tous les jours de l’impact néfaste que cela a dans ma vie amoureuse et sexuelle. Je pleure beaucoup, je culpabilise beaucoup, et ma vie sexuelle est une réflexion permanente pour essayer de ne pas reproduire ce schéma de violence auquel j’ai été conditionnée.”

“Je m’appelle Marie et j’ai 28 ans. A 21 ans, alors que je sortais d’une relation violente, marquée par le viol conjugal, je suis tombée amoureuse d’un homme “féministe”. Pourtant, au quotidien, il me rabaissait intellectuellement. Au lit, il m’insultait et me dévalorisait en permanence. Il fait des conférences sur le consentement : il présente le BDSM comme une sexualité libérée et épanouie.
Comme beaucoup, je pensais que j’étais un être totalement libre, et voulais me croire entièrement responsable de mes désirs et de mes choix : j’ai adopté le discours “ sexe-positif ” en clamant que je me soumettais par choix.
Marquée par ces deux relations violentes, aujourd’hui, je peine à avoir des rapports sexuels. J’éprouve du dégoût et de l’angoisse, je pleure presqu’à chaque fois.”

Pour Lucia et Barbara, le discours “sexe-positif” traduisait la volonté d’être “plus fortes” que les blessures laissées par l’inceste et les viols, et la volonté de se sortir de la précarité:

“ Je m’appelle Barbara et j’ai 36 ans. Quand j'avais 24 ans et que je n'arrivais pas à payer mes factures, j'ai décidé de me prostituer. Je clamais que c'était mon choix. Que j'en avais le droit. Je savais que ce n'allait pas me faire plaisir mais je me disais que mieux valait être payée pour être violée vu que de toute façon j'étais sans cesse violentée en soirées alcoolisées... A cette époque je ne compte même plus le nombre de viols subis... Bref, après deux clients, je me dégoûtais tellement que j'ai vomi deux jours sans arrêter. Non ça n'est pas un job comme un autre. Est-ce que j'aurais pensé à faire ce ”métier" si depuis enfant je ne servais pas de trou à bite ? J'en doute. Evidemment, quand depuis vos six ans vous vivez l'inceste, vous avez intégré que votre corps appartient aux hommes et pas à vous. J'ai fini en grave dépression avec tentative de suicide. Et j'ai arrêté de faire ça. Je préfère être pauvre que finir le travail de destruction entamé par mes agresseurs.”

Était-ce une libération sexuelle lorsque Hélène s’est prit des coups de poings dans le ventre et que Marie s’est fait traiter de chienne par leurs conjoints sous prétexte de BDSM ? Que Léa a été “prêtée” à des hommes et qu’elle s’est fait uriner dessus sous prétexte de jeux ? Qu’ Hélène s’est entendu dire par un client cynique – riche PDG parisien qui payait tout son “personnel domestique” pour qu’elles travaillent nues et subissent des actes sexuels quand il lui en prenait l’envie – “tu ne peux pas te plaindre des tarifs ! En tant que blanche, je te paye déjà bien mieux que les asiatiques, les noires et les filles de l’est… que veux-tu, c’est la loi de l’offre et de la demande !” ?

... https://blogs.mediapart.fr/elles-aiment ... tor=CS3-67
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Re: Contre le système prostitutionnel: libertaire vs libéral

Messagede Lila » 01 Oct 2018, 19:24

PROSTITUTION : jamais assez jeunes

Kylee Gregg a 18 ans et elle est actuellement étudiante en Licence dans un « college » aux Etats-Unis. Elle se définit comme lesbienne féministe radicale et dirige l’association « Womyn Unleashed » que vous pouvez trouver sur Facebook et à womynunleashed@gmail.com

à lire : https://entreleslignesentrelesmots.blog ... ez-jeunes/
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Re: Contre le système prostitutionnel: libertaire vs libéral

Messagede Lila » 28 Oct 2018, 23:36

J’AI ETE RECEPTIONNISTE DANS UN BORDEL LEGAL …

Et ça m’a fait comprendre que la prostitution est tout sauf un travail normal

PAR JACQUELINE GWYNNE

Jacqueline Gwynne a écrit des articles pour « Collective Shout » et « Nordic Model Now ». Son histoire figure dans le livre « Prostitution Narratives » édité par Melinda Tankard Reist et Caroline Norma, publié par Spinifex Press. Jacqueline est membre du bureau et secrétaire de « Pink Cross Australia ».

Les médias glamourisent la prostitution et propagent l’illusion que c’est sexuellement libérateur pour les femmes. Et les lobbyistes de l’industrie du sexe affirment que c’est juste un travail comme un autre. Pendant longtemps, j’ai accepté ça sans me poser de questions.

J’ai travaillé comme réceptionniste dans un bordel légal à Melbourne, Australie, pendant deux ans, et je disais alors des choses comme : « ces femmes ont choisi de faire ce travail », « les clients sont gentils », « c’est juste un job, c’est comme de faire des massages », et « c’est mieux que de griller des burgers dans une cuisine étouffante et graisseuse ». C’était mon instinct de survie qui parlait et c’est comme ça que les femmes prostituées peuvent tenir le coup jusqu’au bout de la nuit. Vous vous répétez que c’est ok, et vous pensez à l’argent. C’est ce que vous devez faire pour survivre dans une situation difficile, et pour ne pas vous sentir trop nulle.

En fait, il n’y a rien de normal ou d’empowering dans la prostitution. Mais je n’ai pu le dire ouvertement qu’après avoir quitté la prostitution.

la suite : https://revolutionfeministe.wordpress.c ... del-legal/
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Re: Contre le système prostitutionnel: libertaire vs libéral

Messagede bipbip » 04 Nov 2018, 20:12

« La prostitution est un archaïsme indigne »

Claudine Legardinier (Mouvement du Nid) : « La prostitution est un archaïsme indigne »

Journaliste, Claudine Legardinier recueille depuis trente ans pour le Mouvement du Nid les témoignages de personnes prostituées. Elle a écrit plusieurs livres, le dernier étant Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015). Nous l’avons contactée afin d’avoir son éclairage sur la loi du 13 avril 2016, « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées », et notamment son impact plus de deux ans après son adoption.

Alternative libertaire : Quels sont les principaux éléments de la loi du 13 avril 2016 sur la prostitution ?

Claudine Legardinier : Cette loi met fin à la répression des personnes prostituées, considérées depuis des siècles comme des coupables et pénalisées pour racolage. Elle en fait de véritables sujets de droits et engage la société à leurs côtés en développant des parcours de sortie de prostitution pour celles qui le désirent. Elle prévoit une protection et un soutien aux victimes, y compris étrangères, en leur procurant un titre de séjour si elles s’engagent dans un parcours de sortie. Pour la première fois, elle s’attaque à la demande des « clients », ceux que nous appelons les prostitueurs, en les responsabilisant par une sanction pénale.

Comme on n’impose pas un acte sexuel par la violence, on ne l’impose pas non plus par l’argent, forme de violence économique et sociale. Enfin, la loi prévoit une politique nationale de prévention, de formation et d’éducation à la sexualité avec l’objectif de réduire les nouvelles entrées dans la prostitution. Le proxénétisme sur Internet est davantage réprimé, le proxénétisme dans son ensemble restant plus sévèrement puni que dans le reste de l’Europe.

Cette loi a une portée révolutionnaire en renversant l’éternel point de vue patriarcal : prostituée coupable, client invisible et innocent. Elle marque une étape importante du combat contre toutes les formes de droit de cuissage et contre les violences sexuelles. Elle s’inscrit dans les grandes avancées pour les droits des femmes qui ont marqué l’histoire. Ce mouvement abolitionniste traverse d’ailleurs l’Europe. La Suède, la Norvège, l’Islande, pays les plus avancés au plan de l’égalité entre les femmes et les hommes, ont opté pour la même politique.

L’objectif de cette loi ambitieuse est de faire reculer ce conservatoire du sexisme, du racisme et des violences qu’est le huis clos prostitutionnel. À l’heure du mouvement Metoo, pénaliser les prostitueurs est une exigence de cohérence. Les femmes et jeunes filles, qui sont la majorité des victimes du système, ne sont pas des objets de défoulement. Le harcèlement qu’elles subissent n’a pas à être excusé au motif qu’il est rémunéré. Mais l’attachement reste fort à un ordre social qui laisse aux hommes le « droit d’importuner » et d’exploiter sexuellement autrui contre un billet. D’où les incroyables résistances que la loi soulève. Mais c’était la même chose au moment de la criminalisation du viol.

Quel bilan, deux ans après sa mise en place ?

Claudine Legardinier : L’application reste insuffisante et aléatoire, dépendant trop des personnalités des procureurs et des préfets. Malgré tout, autour d’une centaine de parcours de sortie sont engagés. C’est peu, mais c’est un début. Une jeune femme congolaise me disait récemment qu’elle pouvait enfin dormir, pour la première fois depuis des années. Dans la prostitution, elle a vécu un cauchemar. Ce parcours, sans faire de miracle, lui rend sa place dans la société. Elle est fière, elle reprend espoir. Qui osera dire que c’est dérisoire ?

Côté prostitueurs, la majorité des départements n’appliquent pas la loi. Sur toute la France, on parle d’environ 2.800 hommes interpellés. Les amendes sont faibles. Mais les stages de sensibilisation sont prometteurs : des « survivantes » de la prostitution y engagent le dialogue avec eux et c’est l’occasion de prises de conscience. Malheureusement, ces stages se comptent encore sur les doigts de la main.

Globalement, le manque de volonté politique est évident : associations étranglées financièrement, absence de campagnes d’information, prévention quasi inexistante. La route est longue. Cette loi vise le moyen et le long terme, un vrai changement civilisationnel. Comment y parvenir en deux ans ?

La loi n’a-t-elle pas renforcé la mise en danger des personnes en situation de prostitution ? Des associations comme Médecins du monde l’ont rappelé lors du meurtre de Vanesa Campos au Bois de Boulogne…

Claudine Legardinier : Dans les pays qui ont légalisé la prostitution et le proxénétisme, la violence est croissante en raison d’une concurrence accrue. Est-ce un chemin à suivre ? La loi française fait le pari inverse. Avec les difficultés de toute loi, au moins à court terme. La fin de l’esclavage a pu fragiliser d’anciens esclaves. Fallait-il renoncer à abolir l’esclavage ?

L’important, c’est qu’en dépénalisant les personnes prostituées, la loi renforce leur possibilité de porter plainte puisqu’elles ne sont plus poursuivies. C’est une immense avancée. Mais tout est bon aux adversaires pour avoir la peau d’une loi qui ose pour la première fois mettre en cause les « clients ». Où étaient ceux qui crient si fort aujourd’hui lors des meurtres des dernières décennies quand ces derniers avaient tous les droits ? Le milieu de la prostitution est d’une violence sans nom. Depuis toujours, pas depuis deux ans ! Il a toujours été le lieu de la précarité, des insultes, des agressions, des humiliations et même des meurtres. Nous en tenons le terrible catalogue dans notre rubrique Témoignanes sur Prostitutionetsociete.fr.

Comment une association humanitaire comme Médecins du monde peut-elle instrumentaliser le meurtre de cette femme trans et s’appuyer sur une pseudo « étude » menée uniquement auprès d’associations hostiles à la loi ? Oui, les personnes prostituées sont en danger, oui elles sont agressées, violées, tuées ; le plus souvent par des « clients » et quel que soit le lieu où s’exerce leur activité.

Pourquoi font-ils semblant de ne pas voir que c’est le statut même de prostituée, l’indulgence du paiement qui « autorisent » certains hommes à se livrer à des violences ? C’est la réduction d’une personne à l’état d’objet sexuel acheté sur Internet ou dans la rue, loué, échangé, commenté, méprisé, qui permet à certains de se sentir des droits de propriétaire et donc de franchir les limites. Non, ce n’est pas la loi qui tue ces femmes. C’est l’assurance de l’impunité, c’est le machisme, c’est la haine.

Selon vous, qu’est-ce qui pourrait améliorer la situation des personnes prostituées ?

Claudine Legardinier : La mise en œuvre des dispositions protectrices de la loi afin de réduire leur vulnérabilité, améliorer leur accès aux droits et si elles le souhaitent à la sortie de prostitution. Nous qui les rencontrons tous les jours savons dans quel enfermement elles se débattent. Franchement, au-delà des discours de façade, qu’elles tiennent par souci légitime de dignité, je n’en connais pas qui souhaitent y rester. Elles ont des compétences, elles méritent autre chose. Pour celles qui ne souhaitent pas s’engager dans des parcours de sortie ou qui se les voient refusés, il faut une véritable formation des acteurs sociaux afin qu’elles soient accueillies et respectées (il reste du chemin à faire). Et pour celles qui veulent changer de vie, de vrais moyens, notamment des solutions d’hébergement qui manquent cruellement.

Mais il faut aussi penser aux futures victimes. Il y a urgence ; le rajeunissement est flagrant, les prostitueurs voulant de la « chair fraiche ». À l’heure où pullulent les petits macs, et les grands, où les gamines de 14-15 ans pensent que la prostitution c’est fun parce que l’industrie du sexe a fait du lobbying en vantant le « travail du sexe » et que les médias en ont promu la version Zahia ou Pretty Woman, il faut une pleine application de la loi. La prostitution est un archaïsme indigne de nos sociétés. Le capitalisme libéral y est le meilleur allié du patriarcat. Dans ce combat, lutter contre l’un, c’est lutter contre l’autre. Il ne faut rien lâcher.

Propos recueillis par Flo (Lorient)


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Re: Contre le système prostitutionnel: libertaire vs libéral

Messagede Lila » 19 Nov 2018, 00:45

Arrêtons la désinformation, la loi prostitution ne met pas les personnes prostituées en danger de mort
Non, la loi prostitution n’a pas tué Vanesa Campos!

La loi du 13 avril 2016 vise à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées pour qu'elles puissent en sortir. La France s'est enfin dotée d'une législation ambitieuse, à la hauteur de la situation catastrophique vécue par les personnes prostituées. En imputant à la loi la responsabilité des violences qu'elles subissent, des associations se revendiquant de défense des droits humains assument vouloir supprimer les premières dispositions concrètes jamais prises en soutien aux personnes prostituées. Nous affirmons que lutter contre cette loi c'est lutter contre la sécurité des femmes.

Les prostituées instrumentalisées et mises en danger

Le féminicide de Nicoletta, une jeune femme roumaine, par un "client" prostitueur, en mai 2018, près de Nîmes avait été perpétré dans l'indifférence générale. Août 2018 a été marqué par un nouveau meurtre: celui de Vanesa Campos au Bois de Boulogne.

Cela a été l'occasion d'une nouvelle récupération cynique des violences quotidiennes subies par les personnes prostituées par ceux qui souhaitent l'abrogation de la loi du 13 avril 2016.

Nous nous indignons particulièrement que Médecins du Monde, une association humanitaire, utilise la reconnaissance internationale dont elle bénéficie pour mettre en danger les personnes prostituées en demandant au Conseil d'Etat d'invalider la pénalisation du "client". Pour justifier ses actions, Médecins du Monde utilise une étude partiale, coordonnée par une chercheuse (1), par ailleurs ancienne co-responsable de la mission parisienne de soutien aux personnes prostituées, à partir de l'hypothèse que l'interdiction d'achat d'acte sexuel serait responsable d'une augmentation de la violence.

Cette affirmation ne s'appuie sur aucun fait objectif (il n'existe pas d'évaluation chiffrée des violences constatées), l'étude se contentant d'aligner des entretiens avec des personnes choisies au sein des associations hostiles à la pénalisation du "client". Rappelons que plusieurs de ces associations, en particulier le STRASS, demandent également l'abrogation des lois sur le proxénétisme (2), et une reconnaissance de la prostitution comme un travail, comme le fait l'Allemagne depuis près de 20 ans. Outre-Rhin, 69 personnes prostituées ont été tuées depuis lors. En Suède, pays qui a inspiré la législation française, aucun meurtre n'a été constaté.

La désinformation, ça suffit!

Il est temps de rétablir la vérité: il est impossible, seulement 2 ans après le vote de la loi et alors que la pénalisation des "clients" n'est appliquée que de façon sporadique dans quelques départements français, de faire un bilan de son effet sur les violences subies par les personnes prostituées. Le Mouvement du Nid qui rencontre près de 5000 personnes par an sur le terrain dans 26 départements, constate cependant que les remontées de faits de violences ne sont pas plus nombreuses que les années précédentes.

Rien dans "l'étude" de Médecins du Monde ne permet de faire un lien objectif avec la loi du 13 avril 2016. Un peu d'honnêteté intellectuelle aurait pu amener l'ONG à faire état de ce qui détériore effectivement les conditions de vie des personnes en prostitution: le durcissement des politiques vis-à-vis des migrant·e·s et l'augmentation inédite de la traite des êtres humains à des fins d'esclavage sexuel.

Ce qui est incontestable, c'est que la loi n'est pas pleinement appliquée sur le territoire. Vouloir l'abroger avant même de voir les effets de sa réelle application, c'est priver les personnes prostituées des nouveaux droits et perspectives que leur offre une loi exigeante et cohérente. Ce que Médecin du Monde semble oublier, c'est la situation catastrophique à laquelle cette loi a l'ambition d'apporter des solutions.

L'abolition du système prostitueur est une urgence

Depuis plus de vingt ans, nous relatons chaque meurtre de personnes prostituées(3). Parce que nous pensons qu'elles comptent. En 2012, nous avions dénombré trois victimes, en 2013 cinq, en 2014 six et en 2015 sept. Avant la loi. Quant aux violences physiques, sexuelles, psychologiques subies quotidiennement par les personnes prostituées, elles sont innombrables.

Pour la première fois en France, une loi transversale vise à apporter des solutions pour considérer celles et ceux qui ont toujours été mis.es au ban de la société, sacrifié.e.s.

Rappelons ce à quoi ces "défenseurs des droits humains" voudraient nous faire renoncer: la dépénalisation des personnes prostituées, la reconnaissance de la circonstance aggravante en cas de violences commises à leur encontre, l'octroi d'un titre de séjour automatique pour les victimes reconnues de la traite des êtres humains, une allocation financière – certes modeste - pour les personnes qui n'ont pas d'autre ressource, une autorisation provisoire de séjour pour les personnes en parcours de sortie, une commission dans chaque département mettant en place un plan de prévention, d'assistance et de protection des personnes prostituées... Enfin la considération de la violence prostitutionnelle, et la levée de l'impunité des agresseurs.

L'urgence est aujourd'hui d'appliquer cette loi sur l'ensemble du territoire. En plus d'être une exigence démocratique, c'est une chance d'obtenir, enfin, un réel recul du nombre de victimes de la prostitution.

Il est indigne d'instrumentaliser le meurtre d'une personne prostituée pour honnir une loi progressiste qui affirme enfin que les personnes prostituées ne sont pas des délinquantes, que les clients "prostitueurs" sont responsables, et que les proxénètes sont bien des criminels.

_________________

(1)Hélène Le Bail, coordinatrice de l'étude, était co-responsable en 2016 du « Lotus Bus », antenne de Médecins du Monde qui intervient auprès des personnes prostituées chinoises à Paris.

(2) sur le site du STRASS: "nous réclamons la disparition du code pénal des dispositions sanctionnant spécifiquement le "proxénétisme".

(3) http://prostitutionetsociete.fr/politiq ... n-memoriam


https://www.huffingtonpost.fr/celine-pi ... _23534936/

Collectif droits des femmes
Communiqué de presse
Le Conseil d’État transmet la QPC prostitution au Conseil Constitutionnel

Le Conseil d’État a tranché. Il considère que la Question Prioritaire de Constitutionnalité qui vise à faire abroger l’article de la loi du 13 avril 2016 qui interdit l’achat d’un acte sexuel mérite d’être examinée par le Conseil constitutionnel.
Les motifs invoqués sont là « liberté d’entreprendre » et la « proportionnalité des peines. »

Ainsi les choses semblent claires pour le Conseil d’État : l’acte prostitutionnel est assimilé à un travail et le corps humain à une entreprise. A ce train là, il est sûr que le commerce du sexe a de beaux jours devant lui !
Quant à la proportionnalité des peines, le client risque une contravention, peine qui est la plus basse de l’échelle.

Les promoteurs de la QPC (Médecins du Monde, Syndicat du Travail Sexuel, Aides, Fédération Parapluie Rouge, Les Amis du Bus des Femmes, Cabiria, Grisélidis, Paloma, Acceptess-T et des individu.e.s) invoquaient la sécurité des personnes prostituées, leur santé, mais il est clair maintenant que tout cela n’était que faux semblant.

Le Conseil constitutionnel aura donc à dire si l’interdiction d’achat d’un acte sexuel, la dignité de l’être humain, l’égalité femmes hommes sont un horizon pour notre société, ou si, à l’air du néo libéralisme triomphant, c’est la liberté du commerce qui prime sur tout.


http://collectifdroitsdesfemmes.org/spip.php?article503

La loi contre le système prostitueur en danger !

Une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) est examinée par le Conseil constitutionnel à la demande de Médecins du monde, du Strass et d’autres associations et personnes voulant faire reconnaître comme un travail la vente d’actes sexuels.
Au nom de la liberté d’entreprendre, ces associations et personnes demandent l’abrogation d’une disposition de la loi du 13 avril 2016 portant sur la pénalisation des clients-prostitueurs.

Voici la position de Zéromacho, association d’hommes engagés contre le système prostitueur et pour l’égalité femmes-hommes, membre du collectif Abolition.

Payer une personne pour un acte sexuel relève d’une masculinité toxique, contre laquelle nous menons un travail de réflexion et de pédagogie. En effet, c’est considérer une personne, le plus souvent une femme, comme un objet sexuel et non comme un sujet avec laquelle établir une relation d’égalité.
C’est parce que des personnes, des hommes en très grande majorité, paient que la prostitution existe, avec toutes les violences qu’elle entraîne inévitablement.
Comme il est impossible de déterminer si la personne dans la prostitution est libre ou contrainte, si elle est ou non victime de proxénètes ou de trafiquants, la précaution la plus élémentaire consiste à s’abstenir.
Si les prostitueurs ne sont plus punis par la loi, cela veut dire que la société leur accorde le droit d’extorquer un acte sexuel à une personne dans une situation précaire.

Cette déclaration est transmise au Conseil constitutionnel pour faire valoir ces objections contre la demande d’abrogation portée par la QPC.


https://zeromacho.wordpress.com/2018/11 ... en-danger/

QPC : Abroger la pénalisation du client, ce serait favoriser la loi du plus fort – Mouvement du Nid
Lundi 5 novembre dernier, le Conseil d’Etat a examiné la «QPC» (question prioritaire de constitutionnalité) contre la pénalisation du recours à la prostitution d’autrui déposée par des associations militant pour la libéralisation du commerce du sexe. Il doit rendre sa décision dans les prochains jours sur la transmission de cette QPC au Conseil Constitutionnel.

Dans les médias, les lobbyistes et leur avocat cherchent à faire croire que leur procédure juridique contre la loi de 2016 est motivée par la recherche de la protection des droits fondamentaux (santé, sécurité) des personnes prostituées. Mais « les arguments juridiques qu’ils ont soulevés au Conseil d’Etat sont ceux de la liberté d’entreprendre, et de la disproportion de la peine pour les clients » (qui, rappelons-le, encourent une amende quand jusqu’en 2016 les personnes prostituées encouraient une peine de prison), explique Lorraine Questiaux, chargée de mission juridique du Mouvement du Nid.

Si le Conseil d’Etat renvoie la QPC au Conseil Constitutionnel, ses membres auront donc à trancher une question fondamentale de société : ils devront dire pour l’ensemble de la société, si la liberté de commerce prime sur les droits humains que sont le droit à la dignité, à l’intégrité des êtres, au respect du bien-être des personnes et à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Pénaliser le client, c’est poser un interdit sociétal sur l’achat des êtres humains pour du sexe, sur la destruction de la santé des personnes les plus discriminées. C’est permettre de lutter contre le viol et l’exploitation des plus pauvres, de celles et ceux qui sont contraints à la prostitution par la force, la précarité ou l’absence d’alternatives. Pénaliser est indispensable pour abolir la violence : car sans «acheteur» il n’y a pas de prostitution !

Deux camps s’opposent donc : d’une part, celui, soutenu par le droit existant, qui reconnait que la prostitution est une exploitation de l’individu – qui plus est les plus vulnérables et les plus discriminés, majoritairement des personnes racisées, des femmes, des enfants, des personnes trans – qu’il s’agit d’une violence et d’une discrimination graves. De l’autre, le camp de ceux qui veulent un monde dans lequel le désir du plus fort, celui qui a le pouvoir financier, prime sur le désir du/de la plus faible.

« C’est incompatible avec une société d’égalité entre les femmes et les hommes, qui prône la réciprocité du désire », souligne Christine Blec, Présidente du Mouvement du Nid. « Il est important de prendre la mesure de l’importance des questions de société que soulève cette QPC », ajoute –t-elle, « car la prostitution n’est pas une question périphérique. Elle nous concerne toutes et tous, elle est à l’intersection de tous les systèmes de domination, des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes, des blancs sur les personnes racisées ».

Pour nous, militantes et militants des droits humains, et d’une société qui soutient les plus vulnérables, c’est clair : nous ne voulons pas d’une société où le viol tarifé est un marché comme un autre, dans laquelle les seules valeurs reconnues par le droit sont celles qui se confondent avec les intérêts des privilégiés !


https://marchemondialedesfemmesfrance.o ... #more-2041

[CP] L’abolition de la prostitution attaquée : les femmes en danger

La loi du 13 avril 2016 concernant l’abolition de la prostitution est attaquée par le lobby pro-prostitution via une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) visant à supprimer la pénalisation des clients prostitueurs. Osez le Féminisme ! exige que le gouvernement défende cette loi, indispensable à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, prétendue grande cause nationale.

La loi de 2016 : une avancée majeure dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

La loi aujourd’hui attaquée inverse la responsabilité pénale, d’une part par la suppression du délit de racolage qui pesait sur les personnes prostituées, d’autre part par la pénalisation des « clients » prostitueurs. Ce changement de paradigme permet de rappeler la réalité de la prostitution : c’est une violence sexuelle et les agresseurs, les « clients » prostitueurs et les proxénètes doivent être poursuivis et punis.

Autoriser l’achat d’une femme légitime l’ensemble des violences sexistes et sexuelles. Quel est le véritable message envoyé par une société qui interdit le viol, sauf dans le cas d’une transaction, où l’argent permet tout ? Nous défendons l’abolition de la prostitution pour que l’impunité ne soit plus la règle, pour que notre contrat social n’admette plus la traite humaine et le proxénétisme. L’égalité que nous recherchons est l’égalité entre les sexes, mais aussi la protection de la dignité humaine et le refus de toutes les discriminations. Tout au contraire, le système prostitueur exerce ses violences sur les personnes les plus vulnérabilisées : femmes, mineur.e.s, personnes en exil, personnes racisées. Ce sont bien nos valeurs et les droits des femmes qu’attaque cette QPC.

Abolir la pénalisation du client, une QPC au profit des proxénètes et agresseurs

Il s’est d’abord agi pour le lobby pro-prostitution de prétendre que l’abolition précarise les prostituées, au mépris de la parole des survivantes et ignorant les appels à une meilleure application de la loi (notamment quant aux moyens alloués aux parcours de sortie).

Mais il n’est désormais plus question pour eux d’assurer la sécurité des personnes prostituées, prime maintenant « la liberté de commercer », sur laquelle se base leur QPC. Traduisons-les, il s’agit de : « la liberté des hommes d’acheter d’autres êtres humains pour du sexe». Leur intérêt clairement affiché : il est économique et d’un cynisme confinant à la cruauté. Cette QPC ne vise à abroger qu’une seule des dispositions de la loi de 2016 : la pénalisation du client. Le client est roi. Voilà le sens de leur requête. Si le Conseil constitutionnel devait aller dans le sens, nous encourons le risque d’une légalisation de la prostitution et ce faisant d’une remise en cause profonde des engagements de la France et de ses valeurs fondamentales.

Les femmes ne sont pas des marchandises à commercialiser. Nous ne voulons pas d’un monde où le viol tarifé est un marché.

Nous exigeons que l’Etat français fasse appliquer la loi de 2016 sur tout le territoire, en y allouant les moyens nécessaires.

Nous exigeons également que le gouvernement d’Edouard Philippe défende devant le Conseil Constitutionnel, et via une politique interministérielle, cette loi essentielle à la lutte contre toutes les violences.


http://osezlefeminisme.fr/labolition-de ... 9prfHGK2fY
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Re: Contre le système prostitutionnel: libertaire vs libéral

Messagede Lila » 21 Nov 2018, 07:54

23 novembre 2018, à 18h30, Espace Jean Dame à Paris

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23 novembre 2018, à 18h30, Espace Jean Dame à Paris, les quatre associations CAP international, SPACE international, le Mouvement du Nid et Osez le féminisme ! accueilleront à Paris un événement international exceptionnel consacré à la parole des victimes du système prostitutionnel et de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. Alors que plus de 20 millions de femmes, enfants, et hommes sont exploité.e.s chaque année dans la prostitution, dix survivantes de la prostitution de différents pays (Afrique du Sud, Irlande, Nigeria, Belgique, France…) présenteront, pour la première fois en France, leur propre analyse et recommandations pour un monde libéré de l’exploitation sexuelle. Nous serions honorés de votre présence à cet événement. Nous vous remercions de nous indiquer par retour de mail si vous souhaitez être présents.

Loin des représentations erronées et des fantasmes véhiculés sur la prostitution, encore souvent présentée comme « le plus vieux métier du monde », un « mal nécessaire », ou encore un « travail du sexe », ce panel de femmes exceptionnelles s’appuiera sur sa propre expérience et son propre vécu pour expliquer la gravité de l’atteinte à la santé, à la dignité, et à l’égalité que le système prostitutionnel représente.

Les dix intervenantes expliqueront notamment en quoi la prostitution est non seulement inséparable, mais aussi un moteur, des autres formes de violences sexuelles que sont le viol, l’inceste, la pornographie ou le harcèlement sexuel. Elles rappelleront aussi que la prostitution, répétition d’actes sexuels imposés par une contrainte criminelle ou économique, et même potentiellement « consentis » par absence d’alternatives, mais jamais désirés, est en soi une violence sexuelle grave.

Elles illustreront aussi le caractère profondément intersectionnel de l’exploitation prostitutionnelle. Partout dans le monde, les groupes les plus discriminés et vulnérabilisés sont en effet sur-représentés dans la prostitution : les minorités, les personnes étrangères, mais aussi les adolescent.e.s les plus vulnérables (victimes d’inceste, de maltraitance, en errance ou placés dans des foyers) sont les premières cibles des proxénètes et trafiquants. Plusieurs des intervenantes sont entrées dans la prostitution avant 18 ans. Elles expliqueront ainsi le lien inextricable entre violences subies dans l’enfance et exploitation sexuelle.

Si toutes ces survivantes ont choisi de venir à Paris, c’est aussi pour exprimer leur soutien à la grande refonte des politiques publiques en matière de prostitution et de traite des êtres humains en cours en France. En renversant, pour la première fois en 2016, la charge pénale des personnes prostituées vers les acheteurs de sexe, en renforçant la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains et en créant une politique exemplaire de « sortie de la prostitution », la France a esquissé un modèle universel de lutte contre le système prostitutionnel et de soutien à ses victimes. Une centaine d’associations et les dix survivantes internationales lanceront le 23 novembre un Appel de Paris pour l’abolition universelle de l’exploitation prostitutionnelle et de la marchandisation du corps humain.

Nous vous prions d’agréer Mesdames, Messieurs, l’expression de nos sincères salutations.

Stéphanie Caradec


https://christinedelphy.wordpress.com/2 ... MqJoyaIxLU
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