"Une banale affaire de moeurs": le viol.

Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede Voline » 22 Mar 2011, 22:04

Seitanarchist a écrit:
il est a noter que polanski n'a été condamner a l'epoque de 48 jours de prison, et j'ai toujours été supris par le bareme des peines de prison, ou le viol est finalement traiter sur la meme echelle que l'atteinte au marchandise !


Tu penses qu'il aurait du y rester ?
T'es pas contre la prison ?

Tout cet engouement pour "l'artiste" me débecte. "Le cinema, une grande famille". :gerbe:
Et si il y a bien eu viol (ce qui est fort probable) ce mec est un porc comme un autre :
Mais j'entends par là que je ne sais pas si c'est forcement utile de hurler avec les loups.

Que ce soit d'un coté Conh bendit qui dit "il doit payer" (monsieur est bien placé pour parler quand on connait les rumeurs qui tournaient à son sujet, lui qui n'a jamais "payé") et les autres ou alors les charlots (le terme me semble approprié, ce sont des clowns tristes) qui soutiennent "l'homme et l'artiste".

Après moi je vois la dedans deux choses :
- D'un coté le cas de la fille/femme violée qui est complètement occulté dans l'affaire. Il n'y en a que pour monsieur polanski...
- De l'autre un déchainement médiatique sur fond de pseudo-débat télévisuel avec comme climat politique un gouvernement obsédé par les
questions sécuritaires.

Et franchement, pour vouloir débattre de ça ici, en ces circonstances : je crois qu'il va falloir faire preuve d'un peu de sens critique.
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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede Nico37 » 30 Aoû 2011, 13:43

Une orgie dans les bureaux de la RATP contre une promesse de " réembauche " ? Publié le 27/08/2011 à 09:49 - Modifié à 10:42
Une enquête sur des faits de harcèlement sexuel à la RATP est en cours. " Nath " serait une des victimes.

Les détails sordides s'accumulent dans le scandale sexuel de la RATP. L'histoire supposée de " Nath " interpelle particulièrement. Elle avait démissionné de la RATP en juin 2003, quand son mari avait été muté dans le sud de la France. Elle vient de réintégrer la Régie des transports franciliens, sur la ligne 5 du métro. Un privilège, puisqu'il faut trois ans d'ancienneté pour prétendre au poste qu'on lui a confié, ancienneté qu'elle a perdue en claquant la porte...

" Ce n'est pas dans les usages de l'entreprise ", dit Olivier Cots, de SUD-RATP, qui, en vingt ans de maison, n'a " connu qu'un cas de réintégration après départ volontaire ".

" Des scènes classées X " (une syndicaliste)

Pour Nath, tout se serait joué le jour de son pot de départ. La jeune femme, inquiète, évoque alors avec une poignée de collègues les conditions d'un éventuel retour à la Régie, au cas où sa nouvelle vie ne lui plairait pas. G. E., tout-puissant patron du syndicat Unsa-commercial, est présent. Surnommé " le roi ", ou " le dictateur ", il s'isole un moment avec Nath.

" Ils sont allés dans le bureau d'un agent de maîtrise de la ligne 5 et très vite, un responsable d'équipe les a rejoints. Quelque temps plus tard, Nath est ressortie du bureau en pleurant ", raconte une de ses collègues. G. E. se rue derrière elle, la serre dans ses bras et lui assure, devant témoins, que " la porte sera toujours grande ouverte (pour elle) à la RATP. On était très surpris. "

Patricia, alors déléguée du personnel, indique au Point.fr que ce soir-là, avec quelques autres, elle a entrebâillé la porte du bureau. " On a assisté à des scènes classées X, une véritable tournante ! " raconte la syndicaliste.

Une lettre anonyme

Une orgie dans les bureaux des services commerciaux de la RATP, dans le 19e arrondissement de Paris, contre une promesse de " réembauche " ? Patricia a dénoncé avec d'autres en haut lieu les pratiques de G. E., alias " le roi ". La direction a reçu des clichés des plus explicites, et l'un des participants a d'ailleurs été sanctionné. Pas " le roi "...

Une lettre anonyme a été adressée le 22 juin à Pierre Mongin, le P-DG de la RATP. Un corbeau y accuse G. E. d'échanger son soutien au déroulement de carrière d'agents, principalement des femmes, contre des faveurs sexuelles.

" Le temps d'une grossesse... "

La justice devrait prochainement entendre Patricia, car elle aussi a subi les assauts répétés du responsable de l'Unsa. Entrée à la RATP comme contrôleuse de nuit en 1997, à 23 ans, la jeune femme se laisse convaincre d'adhérer au syndicat. " C'est là qu'il a commencé à me harceler. Il prétendait qu'il voulait tout quitter pour moi. À l'époque, je sortais avec un délégué du personnel du même syndicat : G. E. a monté tout le monde contre lui jusqu'à le faire virer ! "

Furieux de ne pas parvenir à ses fins, " le roi " monte une cabale contre Patricia, qu'il implique dans une sombre histoire de vol de vestiaire. Convoquée en conseil de discipline, cette dernière écope de neuf mois de suspension sans salaire. "C'est le temps d'une grossesse", avait alors ironisé G. E., qui se vantait d'avoir " fait virer " Patricia... Quelques mois plus tard, les prud'hommes ont annulé la mise à pied de la jeune femme, et contraint la RATP à lui verser ses salaires.

La liste des promus

Dans sa lettre anonyme, le corbeau dénonce encore bien d'autres abus du " roi " . Selon lui, les hommes non plus n'échappaient pas à sa tyrannie. Nombreux sont ceux qui témoignent de sa toute-puissance. " Il se vante d'avoir installé des cadres qui favorisent les avancements. Il dit qu'il les tient, raconte une victime. Il s'est constitué une clientèle de fidèles à qui il offre tous les avancements. "

L'une de ses stratégies favorites consistant à obtenir la liste des promotions internes décidées par la direction une semaine avant qu'elles ne soient rendues publiques afin de faire croire aux promus qu'ils lui doivent une fière chandelle... Un " roi " , ou un " parrain " ? "Lors des repas, se souvient un agent, il disait embrassez ma bague, comme Don Corleone ! Et certains allaient littéralement le faire... "
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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede MélusineCiredutemps » 04 Sep 2011, 16:55

Une analyse très intéressante (bientôt mise en ligne sur la page "actu" du site du CLAS) dont de nombreux points peuvent être appliqués à l'affaire Polansky :

Affaire DSK - Quand une femme est agressée, le doute n’est pas permis
Autopsie d’une décision judiciaire – Annie Ferrand

Nausée. Colère d’opprimée flouée et foulée aux pieds. Voilà ce qui me vient en ce jour où la réalité revient dans les rails du prévisible : un dossier accablant dans une affaire de viol – État de NY c/ DSK - s’évapore par la magie d’un procès d’intention. (1) La notion de crédibilité de la victime a prévalu sur le crédit que la justice accorde à ses propres experts. En effet, le rapport médico-légal concernant Mme Diallo a révélé la présence de sperme de l’accusé et des lésions assez caractéristiques pour qu’il conclut : "Diagnostic : agression.". Le 22 août 2011, la justice s’est prononcée sur la cause de l’abandon des poursuites : les éléments rassemblés ne permettraient pas d’accréditer la version de la plaignante au delà d’un « doute raisonnable ». Car la poursuite aurait dû prouver hors de « tout doute raisonnable » qu’un crime a été commis et que c’est l’accusé qui l’a commis. Ma question est : pourquoi la présence d’ADN de l’accusé et des traces qui, selon les médecins, sont l’indice d’une agression, ne prouvent–ils pas « au-delà du doute raisonnable » que l’accusé a agressé la victime ?
1 - Un soupçon raisonnable…
Le procureur a des visées électoralistes en abandonnant les poursuites. Cependant, il a trouvé une raison très crédible. Sa seule certitude est qu’il y a eu « acte sexuel » , mais quant à savoir si Mme Diallo a été forcée, aucune certitude ne serait possible. Le seul élément qu’il retient comme « preuve » indubitable est la présence de sperme. Exit les traces de violence. Pourquoi ignorer des éléments tangibles ? Pourquoi une vision partiale devient crédible ? Car elle entérine la version sexiste que médias et avocats de DSK martèlent depuis le début : il y a eu relation sexuelle. Or cela signifie simplement que l’affaire est jugée d’avance. Car les notions de relation sexuelle et de viol s’opposent : l’une est une relation normale, l’autre est une agression qui a pour arme le pénis. La thèse de la relation sexuelle n’est corroborée qu’en l’absence de preuve d’agression. À l’instar des militantes de New York , j’insiste : les traces de violence ne signifient donc rien ? Non. Les avocats de DSK l’affirment comme une évidence : les lésions constatées « peuvent avoir été provoquées par un rapport sexuel consenti ». Ah bon ? des ecchymoses au sexe ? Une partie de « plaisir » bien douloureuse pour madame ! Mensonge insultant. Selon le procureur : « Les preuves physiques, scientifiques et d’autres natures indiquent que l’accusé a engagé un acte sexuel précipité avec la plaignante… ». Précipité ? Comme « il s’est précipité sur moi pour m’agresser » ou comme « il était pressé… un avion à prendre » ? Jeu de mot insultant. Pourquoi un tel mépris ? Car les lésions constatées n’ont pu corroborer « au delà du doute raisonnable » la thèse de l’agression. Le lien d’évidence entre violence et préjudice a été rompu. Par quoi ? Par l’idée que la plaignante ait pu consentir à la violence. Car, rappelons-le, le préjudice est un dommage, en tant que tel indésirable pour la victime. Si la plaignante a consenti à la violence, la violence n’est plus un préjudice. Voilà une idée bien sexiste qui établit un double standard en matière d’agression : la violence ne porte pas en soi préjudice aux femmes car elles peuvent en jouir. Ce qui porte préjudice est que la plaignante n’ait pas consenti à ce qui s’est passé, quelle qu’en soit la violence. Ainsi, la plaignante a pu consentir à la violence… peut-être est-elle masochiste. Cette possibilité a été capable de mettre en doute l’évidence d’une agression ayant laissé des traces. Ce raisonnement a même tenu contre toute probabilité. Une femme proposerait des actes sadomasochistes à un inconnu sur son lieu de travail ? alors que 90% des adeptes du SM (2) sont des hommes et qu’aucune femme ne se risquerait d’elle-même à un scénario brutal avec un inconnu ? Invraisemblable. Pourquoi ce doute de masochisme est-il jugé si « raisonnable » ? Il est parvenu à neutraliser des preuves accablantes d’agression alors qu’il ne correspond ni à une réalité statistique ni à un raisonnement logique. En effet, comment une probabilité de 0.0…01% (l’employée masochiste qui tombe sur un client sadique) peut-elle mettre en doute une thèse à 100% corroborée (agression) ? Ce soupçon relève d’une sociologie folle où règne la probabilité infinitésimale. D’où vient alors sa « crédibilité » ? De son « réalisme ». En effet, le soupçon de masochisme féminin est instillé par toute une culture sexiste. Cette chimère résonne à divers niveaux de fabrication de la vision dominante du réel : des sciences de la sexualité (3) à l’art (Dworkin, 1974), en passant par la pornographie. La crédibilité de ce soupçon est désormais imposée par la propagande d’un empire multimilliardaire : l’industrie proxénète et ses secteurs promotionnels – pornographie, publicité, magazines, clip musicaux (Dines, 2005 ; Poulin, 2007). Il est donc aussi « raisonnable » que la réalité, en tant que l’idéologie construit la perception de la réalité. Les industriels du sexisme imposent une fiction « réaliste » faite de chimères : « la soubrette qui aguiche », la ‘racisée’ (4) « qui a le sang chaud », la « masochiste qui jouit d’être contrainte et brutalisée », la « vendue qui ferait tout pour de l’argent ». Dans notre culture pornographiée (Poulin, 2009), la « soubrette masochiste prostituée » existe, telle une probabilité « réaliste » créée par un faisceau de messages réels (scénario de films, publicités sexistes), causés par l’expansion du proxénétisme. Les industriels créent ainsi le soupçon « réaliste » que toute femme est masochiste. Aucune de ses souffrances (servilité, exil, etc.) ne résiste au stigmate. Surtout si plane le soupçon qu’elle est une vendue, la simulatrice absolue. Lever ce doute revient alors à « nier la réalité » (pornoproxénète) basée sur la probabilité (virtuellement énorme) que « des femmes comme ça existent ». Or nier la réalité n’est pas raisonnable.
2 - … dans un raisonnement douteux…
Il est navrant de constater la similitude entre la « raison » sceptique de cette justice et les raisonnements spontanés des individus qui ont « leur » opinion sur l’affaire. En effet, les réactions des proches de DSK ou de passant-e-s interviwé-e-s par les médias trahissent un même esprit soupçonneux. Apparaît alors
a) « Ça se peut » que ce soit une femme prostituée, qu’elle soit masochiste, « ça se peut » qu’une femme de ménage piège un client. Si « ça se peut », même à 0,01%, on ne peut pas être sûr à 100% qu’elle dise vrai. Toutes choses égales par ailleurs et toute proportion gardée, il est donc impossible de lever « raisonnablement » ce doute !
b) « Ça se peut pas » qu’un « séducteur » viole les femmes car il les aime, « ça se peut pas » qu’un violeur aille tranquillement dîner après avoir violé, qu’il mette sa carrière en danger pour une femme de ménage. Si « ça se peut pas », alors il existe un soupçon irréductible de mensonge. Le doute qu’elle ait menti est donc très raisonnable.
Conclusion : les plus « objectifs » affirmeront que l’on ne peut pas juger - à classer sans suite. Ceux dont le raisonnement est le plus formaté diront qu’il est raisonnable de penser qu’elle a menti – à poursuivre pour dénonciation calomnieuse. Le jury populaire a parlé, par l’entremise de la propagande médiatico-porno-publicitaire. En fait, tous ces raisonnements trahissent l’emprise qu’a l’idéologie (5) sur les gens et leur perception de la réalité. Car la réalité est toute autre. Les spéculations à base de « ça se peut » sont des mythes de propagande. Les certitudes à base de « ça se peut pas » découlent du négationnisme dominant. Rétablissons quelques vérités. OUI, les « séducteurs » violent les femmes… car ils sont sexistes : ils ont une haute opinion de « l’Homme », ils ont un besoin compulsif de mettre les femmes à « leur place » de « femme », ils célèbrent la « conquête », c’est-à-dire l’assaut qui mène à la reddition. OUI, un violeur peut reprendre le cours normal de sa vie juste après les faits … car pour lui c’est un « rapport sexuel ». Le conjoint qui insiste jusqu’à ce que sa femme cède : il a violé. Ça l’empêche de dormir après ? Celui qui invite une copine sous un faux prétexte et, multipliant mensonges et dénis, provoque sa confusion et son consentement sous emprise : il a violé. Ça l’empêche de se vanter après ? OUI, un violeur peut agir en un éclair… car il a bien souvent une expérience de délinquant ou criminel en série. La réputation de « séducteur » en est un signe. Elle trahit des habitudes de harcèlement connues de tous, donc une impunité, source de montée en puissance des agressions. Il est d’autant plus déterminé, sans mauvaise conscience, qu’il est protégé : le cumul des privilèges (sexistes, racistes, capitalistes, filiaux) est donc un facteur déterminant du viol. Son opportunisme se base sur une évaluation rapide de la vulnérabilité sociale de la victime. Les stigmates visibles de subordination sont donc déterminants. En effet, le viol, en tant que crime politique, sanctionne le « délit de faciès » d’être femme, d’autant plus si elle est enfant, et/ou corvéable, et/ou ‘racisée’. OUI, un homme peut violer une femme prostituée … car c’est l’objet même du contrat prostitutionnel ! Le statut de femme prostituée découle de et entraîne une perte radicale des droits fondamentaux. C’est pourquoi le viol (rapport non désiré), voire le sadisme et la torture (dits « SM ») subis par elle sont légaux (Dworkin, 2007). Les accusés agitent donc, dès qu’ils le peuvent, le soupçon de prostitution pour banaliser voir blanchir leur délits et crimes. La banalité du viol est une réalité que toutes les femmes connaissent et que les militantes reconnaissent comme « la réalité objective ». Mais l’idéologie dit « impossibles » les exactions
quotidiennes du pouvoir et dit « possibles » des contre-vérités exactement opposées. Elle diffuse une pensée commune incohérente pour cacher que l’oppression est un système cohérent, étendu et organisé. L’analyse globale des systèmes de pouvoir est minée par une objection jugée rationnelle : « y’en-a-des-qui ». Face à la réalité de l’exploitation domestique (Delphy, 1998), les sceptiques rétorquent « y’en-a-qui vivent aux crochets de leur mari ». Violence masculine à domicile, en entreprise ? « Y’en-a-qui sont violentes envers les hommes ». Face aux enquêtes, à une cohérence rendue à la réalité, ils ne sont saisis d’aucun doute. La probabilité statistique s’obstine : « y’en-a-qui ». D’où vient leur certitude ? Où sont réellement ces femmes ? Deux réponses : « tout le monde le sait » et un exemple personnel, presque toujours sexiste. Apparaît alors le socle de la « rationalité » probabiliste : un consensus jamais questionné et une fausse perception de la réalité.
3 -… cela crée un doute rédhibitoire.
Dans ce contexte de suspicion organisée, face à cette « raison » probabiliste, que pèse la parole d’une femme ? Rien. Doublement rien. D’abord, elle est subalterne, c’est pourquoi tant de soupçons (masochiste, prostituée ) pèsent sur sa « caste » (Delphy, 2005). Ensuite, pour témoigner, elle ne peut s’abstraire de ce corps de femme où les porno-publicitaires projettent leurs soupçons. Or, dans les affaires de violences sexistes à caractère « sexuel », le faisceau de soupçons sur la « sexualité » (de l’agresseur et de la victime) l’emporte. La plaignante n’est donc pas crédible au plan structurel. La parole de Mme Diallo, elle, ne vaut quadruplement rien. Pour faire entendre sa voix par une institution du pouvoir – la justice – elle a dû affronter l’obstacle de classe. Prolétaire, elle ne peut jeter des fortunes à des avocats pour qu’ils sapent la partie adverse. Simple témoin, elle reste à la merci des intérêts d’un procureur à aller jusqu’au procès (en France le système est tout autre et abandonne les victimes dès le début). De plus, plane sur elle une « réputation » de prolétaire, un soupçon de vénalité et de perfidie. Aujourd’hui, les porno-proxénètes le mêlent au stigmate de masochisme féminin. En effet, ils recyclent toutes les hiérarchies pour exciter les hommes à la violence sexiste. Les rôles de la « soubrette » et « l’infirmière » décuplent la brutalité, censée la « remettre à sa place » de sexe et de classe. Dans ces scénarios, la femme « se donne des airs professionnels » mais est là pour autre chose : se faire brutaliser. Ils créent ainsi le mythe de la double masochiste et double manipulatrice : vraie femme (perfide et masochiste) et fausse professionnelle. Ils font peser sur les femmes cantonnées dans les
métiers « féminins » un danger considérable. Pour témoigner, Mme Diallo ne peut pas non plus s’abstraire de ce corps de femme noire où les porno-publicitaires projettent leurs messages racistes. En effet, la hiérarchie raciste est un élément clé du discours de haine qu’est la pornographie (Dworkin, 1986). Andrea Dworkin décrit les brutalités inouïes que déchaînent les pornographes contre les actrices ‘racisées’, surtout noires et asiatiques. Leur message : double masochiste, la « femme chaude du Sud » ou « docile d’Asie ». Noire, Mme Diallo incarne aussi ce Sud que le pouvoir du Nord diabolise. Tout ce que l’idéologie en dit est qu’il produit de la misère et des guerres incompréhensibles, qui débarquent sur les côtes paisibles du Nord de potentiel-le-s envahisseurs-euses. Opprimée, Mme Diallo représente toute cette masse d’individus interchangeables, dépouillés de toute singularité (Guillaumin, 1978). En tant que Noire et immigrée (6), elle incarne donc le spectre d’une migration qui déstabilise le système : sa sécurité, son économie sociale, son « identité nationale », voire sa stabilité démographique et raciale (aux ÉTATS-UNIS). Le soupçon plane alors : mensonge et fraude. Il est dès lors facile de la renvoyer à un stigmate : la « clandestine » (ou « illegal » aux États-Unis). Cet adjectif apparenté au domaine de la criminalité s’est transmuté en nom pour désigner exclusivement celles-ceux qui, par leur « délit » (absence de papiers de séjour) tracent de nouvelles frontières morales et politiques. Une large panoplie de dispositifs d’enfermement sont essayés sur cette population (cf Marie Claire Caloz Tschopp), qui refont vivre le mot et la réalité des « camps » et créent, là encore, des « humains superflus » (Hannah Arendt, 1951) (7). Femme, Noire, Prolétaire, Immigrée. Elle incarne quatre fois un spectre, la menace des « parasites-dont-On-ne-sait-pas-ce-qu’elles- nous-veulent ». En portant plainte, elle dément quatre fois la « raison » dominante qui répète, ahurie : « Comment ose-t-elle ? elle n’était « pas censée survivre » (Audre Lorde, 1995) ! Et pourtant, elle est là, elle dénonce. Que peuvent faire les agents d’un pouvoir qui jette sur son spectre des soupçons accablants ? Ils ne peuvent que douter « raisonnablement » d’elle. Le « doute raisonnable » qui annule des preuves accablantes d’agression vient de loin. Que la victime puisse consentir à la violence, être prostituée, manipulatrice, menteuse et fraudeuse vient d’un faisceau de présomptions idéologiques. Ces présomptions sont « crédibles » au delà de toute raison car elles sont portées par un système : la politique sexuelle du complexe proxo-industriel, les politiques de migration, le néocolonialisme et la prolétarisation des masses, en particulier des femmes. En fait, le « doute raisonnable » qui accable les victimes de crimes politiques (violence sexiste, patronale ou parentale, persécution nationaliste) n’est que soupçon idéologique. Il est donc bien plus crédible que la parole d’un-e subalterne. De plus, la spéculation probabiliste est logique et le soupçon (masochisme, prostitution, perfidie) est « réaliste » car idéologique. Alors, se forge une intime conviction sous forme d’un doute, crédible comme la réalité. Son évidence se passe de toute démonstration. Il ne peut donc être raisonnablement levé. Certes, il n’est raisonnable qu’au prix d’un silence politique – la réalité, vraie et non vraisemblable, le démentirait sans appel. Mais il a quand même un poids de Raison et d’Objectivité. Des décideurs (police, jury, juge) peuvent donc l’opposer tacitement aux preuves les plus formelles, dans l’aveuglement le plus général. Un viol, condamné seulement si nul doute ne plane, est dès lors facilement blanchi.
4 - Les faits et l’accusé sont des détails quand la plaignante est suspecte.
On l’a vu, toute preuve matérielle, aussi irréfutable puisse-t-elle nous paraître (un constat d’agression), peut se volatiliser sous l’effet du soupçon de masochisme. Dès que le lien entre violence et préjudice est rompu, les spéculations de « bon sens » peuvent aller bon train sur les raisons du « consentement » de la victime et ses motivations à se plaindre. La plaignante devient donc suspecte. Il s’agira alors d’évaluer si la plaignante est une « victime vraisemblable ». Alors, les soupçons se multiplient : Elle a menti sur une chose ? alors elle ment sur tout (car elle est « clandestine »). Elle parle d’argent ? alors elle est là pour dépouiller l’accusé (car elle est prostituée). De soupçon en soupçon, l’espoir de justice s’éloigne. Le cachet « bonne victime » en matière de violences politiques est illusoire, car la victime incarne un spectre venu du monde irrationnel des doutes et soupçons idéologiques. Par exemple, le procureur (22 août 2011), accuse Mme Diallo de : changer de version sur la chronologie des événements et son comportement après les faits ; faire un récit « précis et poignant » d’un viol collectif survenu en Guinée, mais qui serait faux. Ce mensonge serait très significatif car il démontre sa
« capacité à raconter une fiction avec une conviction totale […]elle pleurait, parlait avec hésitation, et semblait désespérée ». Ces mises en doute révèlent un aveuglement obstiné en matière de viol : ignorer les effets psychiques du viol et les mécanismes de pouvoir qui mènent au viol et l’occultent. Le viol est un crime. Il provoque donc des dommages considérables. En particulier, une mémoire traumatique qui explique les incohérences du récit (désorientation spatio-temporelle, amnésie péri-traumatique, etc.) et les troubles corporels (par exemple, une discordance entre douleur et cause corporelle, toujours susceptible d’enflammer les délires idéologiques). En outre, le viol est l’effet et l’instrument d’un rapport de pouvoir. Sa dénonciation est donc incroyablement difficile pour les victimes. Les femmes ayant porté de fausses accusations de viol sont très rares. Et parmi elles, la grande majorité – souvent des enfants et des adolescentes – n’ont pas menti sur les faits mais sur l’auteur. Pourquoi ? Parce qu’au moment de la plainte, le violeur était trop menaçant : encore à la maison, muté dans un service proche, etc. Souvent aussi, l’accusé n’est pas totalement innocent : il a juste moins de pouvoir sur elle que le criminel dont il ravive le souvenir traumatique. La force du récit alors témoigne d’une vérité : la plaignante a réellement été traumatisée, peut-être par un autre au même moment ou par l’accusé avant ou dans une moindre mesure. Balayer cette vérité, accuser la victime de mentir sur tout, permet d’éviter d’enquêter sur les bords de la route éclairée, dans l’ombre où prospèrent les délinquants et criminels impunis, ceux que leur pouvoir de classe protège. En fait, en matière de délits ou crimes politiques, la justice attend un « récit » de « victime idéale » car elle dénie le système qui les crée. Elle ne croit donc ni au cumul des « malchances » ni à la relative « normalité » de la victime. Elle soupçonne les moindres incohérences alors même que la vie des subalternes est contrôlée par d’incessantes pressions contradictoires. D’où ces questions des policiers qui dévastent les victimes : « Vous l’avez quand même suivi ? Vous n’avez rien dit ? etc. ». Une femme qui, juste avant le viol, était habillée en jupe, à quatre pattes, dans la chambre de son agresseur, n’est pas crédible en portant plainte ? Si. Pour le comprendre, il faut voir la cohérence globale des faits : « femme à quatre pattes » ou en jupe = disponibilité ? uniquement en raison de la propagande pornopublicitaire. « Femme dans la chambre d’un homme » = à prendre ? uniquement car le « rapport de sexage » (Guillaumin, 1978) organise les relations individuelles entre femmes et hommes. Que faisaitelle là ? Elle nettoyait. « Femme de ménage » = bonne à tout ? seulement car sa servilité professionnelle (care, nettoyage, service) est issue de l’économie patriarcale où les femmes sont corvéables sans limites (8). Pourquoi était-elle en jupe ? Déguisée en servante ? Car c’est son uniforme, une humiliation imposée par les codes classistes et sexistes régissant son métier. On le voit, la plaignante a vu s’abattre sur elle une violence organisée à grande échelle, dont elle était la cible potentielle. Sa stupeur est donc indubitable. Pourquoi ne va-t-elle pas immédiatement porter plainte ? Pour part, car elle se sent coupable : les phrases assassines des policiers sont déjà dans sa tête, car elles viennent de l’idéologie. Pourquoi parle-t-elle d’argent quand on lui demande quelle justice elle espère ? Car il existe pour elle une hiérarchie des urgences et une échelle des violences. Elle est prolétaire, sa vie est menacée par la pauvreté, encore plus que par les faits : sa survie psychique après le viol dépend donc surtout de sa sécurité économique. Parce qu’elle est victime d’une violence politique, elle adopte pour part le point de vue idéologique et ressent donc fatalisme, déni et honte. De plus, elle fera tout pour éviter les stéréotypes auxquels les dominants assignent les victimes de viol (« finie, irrécupérable, aigrie »). Face au crime sexiste par excellence, s’identifier à la prolétaire flouée par un puissant lui donne plus de combativité. Car se voir comme une femme violée par un homme la voue au stigmate et au naturalisme sexiste, sans recours à une culture dissidente qui politise la sexualité.
5 - Le récit « vraisemblable » des faits contre les victimes
J’ai lu des dires d’avocats où les clichés les plus caricaturaux s’abattaient sur des femmes maltraitées : la « mauvaise mère » qui dresse son enfant contre le père, l’« âpre aux gains », la « mégère », l’« hystérique », la « mauvaise épouse » qui ne « tient pas sa maison » ou pousse son mari à la tromper. Ces clichés, étayés par des attestations d’amis du mari, ont pesé plus lourd que des mains courantes déposées par Madame, des lettres qui démontrent un harcèlement ou des relevés de compte qui prouvent l’escroquerie. Les juges alors ont prononcé les « torts partagés », voire condamné Madame à aussi rembourser les dettes. Les mères doivent négocier seules, parfois toutes les semaines, l’hébergement de leur enfant avec l’ex-conjoint violent. Parfois la femme ne peut se relever : l’insertion professionnelle, le statut quant à la nationalité, les ressources, le logement… tout ce que le conjoint a méticuleusement contrôlé et sapé devient source de déchéance sociale. Dernière punition alors : les juges aux Affaires Familiales, évaluant surtout la capacité du parent à prendre en charge l’enfant, le confient au conjoint violent ! (cf.Thiers-Vidal, 2006 ; Carole Roussopoulos, 2003). J’ai entendu des avocats et des éducateurs parler à des femmes demandant secours (asile ou protection face au conjoint) : il faut te « préparer » à l’audience, pour ne pas commettre « d’erreur » et être « crédible ». Quelles erreurs ? S’embrouiller, ne pas être sûre, se dédire. Réclamer ou accuser : risqué. Sourire en disant l’horreur : erreur fatale. Pourtant, ô combien commune pour les opprimé-e-s qui n’ont pas la légitimité sociale d’exister. Elles-ils s’excusent encore de se plaindre. Les femmes le font sans cesse : quand on nous bouscule, nous nous excusons en souriant, quand un inconnu nous harcèle, nous le repoussons en souriant… (Guillaumin, 1992 : 88). Etre crédible ? Paraître bouleversée et sûre de ce que l’on dit est essentiel. De fait, aucun des symptômes graves des traumatismes n’est « crédible » : l’émoussement affectif causé par la dépersonnalisation, l’incrédulité causé par la déréalisation, l’approximation liée à l’évitement de penser, la confusion et le trouble de la réalité causés par les nuits blanches, les cauchemars éveillés et une sociabilité de somnambule. Or ils sont tous peu ou prou présent chez les femmes demandeuses d’asile ou échappées de la violence du conjoint et/ou brutalisées sexuellement. En fait, il existe un gouffre entre l’esprit douteux qui juge et la conscience traumatisée de la victime. L’un soupçonne le stéréotype, l’autre s’épuise à coordonner ses fuites – hors de la réalité, hors d’ellemême, vers quelque chose d’enfin réel et enfin à soi. L’un veut voir des chimères idéologiques, l’autre se nie pour ne pas vivre en soi, dans le stéréotype où on l’a incarcérée. L’un peut tenir en équilibre sur une probabilité infinitésimale, l’autre a vu toutes les probabilités réalistes s’effondrer et la probabilité limite, réputée impossible et inévitable en même temps, se réaliser. L’un ne doute que raisonnablement. Peut-il saisir la stupeur et la panique nées du paradoxe que la réalité est impossible mais persiste à exister sous nos yeux ? Les vérités communes sont un possible prospérant hors-sol, la victime le sait car elle en a été débarquée. Comment l’esprit suspicieux pourrait-il ne pas en douter ? La violence a jeté la victime dans l’absurde et l’impossible. Or les institutions récusent ces réalités parallèles pour nier que leur système est absurde et impossible pour le plus grand nombre. Comment pourraient-elles lui rendre justice ? Alors, il lui faut apprendre à parler sans mélanger les événements, les ordonner pour faire apparaître une logique vraisemblable et pleurer – pas trop, sinon c’est jugé théâtral. En un mot : mentir. Car une personne traumatisée a perdu, pour le moment, le fil de sa vie, le contact avec ses émotions. Une victime de violence politique ne peut restituer la logique des faits qu’en révélant une logique « invraisemblable », dite « impossible » par le pouvoir : le préjudice subi n’est pas fortuit, extrême ni individuel mais organisé, banal et pandémique. Paraître « crédible » est alors une ultime violence institutionnelle. Les victimes doivent : s’abstraire d’elles-mêmes pour « jouer » la « victime idéale » ; nier leur expérience réelle pour faire le récit vraisemblable de leur souffrance ; réduire un faisceau de violences à un acte individuel, inexplicable par lui-même. Le cercle est vicieux. Pour être reconnues par les institutions du pouvoir, il leur faut incarner un mythe. En retour, ces institutions justifient leurs rejets par leur soupçon « raisonnable » qu’il y a mensonge. Au plan individuel, les victimes sont renvoyées vers un non-lieu, voire subissent des rétorsions (plainte pour dénonciation calomnieuse, expulsion, etc.). Au plan global, l’institution, en blanchissant des dominants, protège le système.
6- Rejeter les plaintes les plus crédibles pour toutes nous faire taire
Nous avons assisté à un fiasco judiciaire en direct. Mêmes des militantes ont été sidérées. Brutalement la réalité « invraisemblable » que nous dénonçons au quotidien est apparue « réelle » à nos propres yeux, car publiquement dévoilée. Pourtant, le pouvoir impose par des tours de magie quotidiens son impunité invraisemblable et un climat de terreur ciblée. Dans l’ombre, les refus de dépôt de plainte, les abandons de poursuite, les non-lieux sont la norme en matière de violence sexiste à caractère « sexuel ». Ce fiasco déchire le silence d’une « conspiration des oreilles bouchées » (Roussopoulos, 1995). Banalement, le droit se charge de blanchir les crimes politiques : faire reposer la qualification du crime de viol sur le consentement est une de ses méthodes. Aujourd’hui, la pression néolibérale sur les pratiques judiciaires est réelle. Résultat de 40 ans d’expansion de l’industrie proxénète, le mythe du « masochisme féminin » peut désormais occulter jusqu’aux franges les plus extrêmes du sexisme (viols avec coups, sadisme : dits « SM »). Qui peut le pire peut le moins : c’est la totalité des violences sexistes que visent à blanchir les industriels. En effet, ils n’attaquent pas seulement la sexualité de toutes les femmes (MacKinnon, 2007 ; 1984). Nos conditions de travail aussi sont menacées à la base (compétence, fiche de poste, etc.), par le soupçon tenace de « vraie fausse professionnelle ». Les marchands de soupçons sont nos ennemis. Le danger est considérable, il est déjà à l’oeuvre. Si même les viols avec traces de coups - les moins fréquents - peuvent rester impunis, quelle victime, potentielle ou réelle, peut être protégée ? Quelle réalité ont nos droits fondamentaux ? Quelle féministe peut espérer la « trêve des hostilités » qui, seule, permettrait un début d’égalité (Dworkin, 1983) ?

Notes

1. Merci aussi à Olga, Christine, Florence, Sarah : votre lucidité éclaire jusqu’à l’horizon de nos luttes.
2. Chiffres avancés par une domina, Jeanne de Berg (ici). Le masochisme chez les femmes étant causé par une socialisation sexiste (menaces quotidiennes, agressions vécues), il est inacceptable d’un point de vue éthique. Pourquoi le droit ne les protège pas ? Il le fait bien des suicidaires… Je suis contre ce contrôle, dans l’absolu. Mais tant que les inégalités existent, l’autodestruction des opprimé-e-s n’est pas un libre choix. Elle entérine l’œuvre dominante de destruction et de haine de soi.
3. Selon Freud, la "sexualité féminine" est masochiste en vertu de la Nature de la Pulsion et du Fantasme (Ferrand, 2010). La sexologie prend pour modèle les "perversions". Y compris sadisme, voyeurisme, exhibitionnisme, prostitution, qui sont commises surtout par des hommes contre des femmes. C’est définir la sexualité comme une violence sexiste (Jeffreys, 1997). « Masochisme féminin » est une des entrées du Larousse de la sexualité (Mimoun, 2007 : 545).
4. « Personne opprimée et exploitée dans le cadre des rapports sociaux de « race » (Falquet, 2011). Le remarquable article de Jules me permet de dire que la pornographie est centrale dans de ce qu’elle nomme « le continuum néolibéral de la violence militaro-masculine », basé sur « l’expropriation de la sexualité des femmes » théorisée par Paola Tabet (2001).
5. Nul idéalisme ici : cet empire n’est que l’effet psychique des relations de pouvoir (Guillaumin, 1978 ; Michard, 2002).
6. Ce terme ici désigne le résultat de la migration. Mais ce processus est inachevable, car la construction des terres en nations, et leur organisation par des logiques Nords/Suds, brisent les tentatives d’identité des migrant-e-s : droits sociaux et civiques, légitimité professionnelle, reconnaissance de leur langue et de leur mémoire, etc.
7. Je remercie Olga pour ces références et réflexions, et pour sa relecture.
8. Colette Guillaumin (1992 : 91-92) analyse combien la servitude domestique détruit l’identité. Le portrait par Susan Raes (2007) de Hristina, femme de ménage bulgare, sans-papier au Pays-Bas, montre avec tact que ce travail morcelle et chosifie.

Références

DELPHY, Christine : « Qui accuse qui dans l’affaire Strauss-Kahn ? »
DELPHY, Christine : « Race, Caste et Genre en France », 2005.
DINES, Gail & JENSEN, Robert : « Pornography is a Left Issue »
. DWORKIN, Andrea, Woman Hating : A Radical Look at Sexuality (Dutton, 1974).
DWORKIN, Andrea, Pornography : men possessing women, Boston, Plume, 1991 (1981)
. DWORKIN, Andrea, Pouvoir et violence sexiste, Montréal, Sisyphe, 2007.
DWORKIN, Andrea : « I Want a Twenty-Four-Hour Truce During Which There Is No Rape », 1983.
DWORKIN, Andrea, « Pornography Is a Civil Rights Issue », Testimony before the Attorney General’s Commission on Pornography on January 22, 1986, in New York City.
FALQUET, Jules : « Penser la mondialisation dans une perspective féministe », Travail Genre et Sociétés, 2011/1 n°25, p. 81-98.
FERRAND, Annie : « L’inconscient : l’ennemi intérieur des femmes », Monde Libertaire (à paraître). FERRAND, Annie : « Rien de ce qui est sexuel ne serait criminel -1 », 2011.
FERRAND, Annie : « Rien de ce qui est sexuel ne serait criminel - 2 », à paraître.
GUILLAUMIN, Colette, Sexe Race et Pratique du pouvoir. L’idée de nature , Paris, 1992.
GUILLAUMIN, Colette, « L’idéologie raciste, genèse et langage actuel », 2002, Paris.
GUILLAUMIN, Colette : « Femmes et théories de la société : remarques sur les effets théoriques de la colère des Opprimées », Sociologie et sociétés, vol. 13, n° 2, 1981, p. 19-32.
JEFFREYS Sheila, The spinster and her enemies : feminism and sexuality, 1880-1930. [New ed.] North Melbourne : Spinifex Press, 1997
JEFFREYS Sheila, « L’érotisation de la violence et de la subordination, quelques éléments d’histoire », entretien avec Claudie LESSELIER, 1986.
LORDE, Audre : « A Litany for Survival », 1995, in The Black Unicorn : Poems.
McKINNON Catharine, Le féminisme Irréductible, discours sur la vie et sur la loi, Paris, Des femmes, 2005 (1987).
McKINNON, Catherine, « Pornography : Not a Moral Issue », 1984.
MICHARD, Claire, Le sexe en linguistique : Sémantique ou zoologie ? 2002, Paris : l’Harmattan, coll. Bibliothèque du féminisme.
POULIN, Richard : « 50 ans après la naissance de Playboy. La tyrannie du nouvel ordre sexuel », 2007.
POULIN Richard, Sexualisation précoce et pornographie, Paris, La Dispute, 2009.
RAES, Suzanne, « Les maisons de Hristina », documentaire, Pays-Bas, 2007
ROUSSOPOULOS, Carole : « Viol conjugal, viols à domicile », documentaire, 2003 :
« Room Sévices », les violences de sexe et de classe contre les femmes de ménages dans des hôtels de luxe en Suisse
RUSSELL, Diana, The Politics of Rape : The Victim’s Perspective, 1975
RUSSELL, Diana, Dangerous Relationships : Pornography, Misogyny and Rape, 1998, version augmentée du livre, accessible en entier ici : SALMONA, Muriel, « La Nausée », 2011
TABET, Paola, « La grande Arnaque, l’expropriation de la sexualité des femmes », Actuel Marx, 30, 2001, pp. 131-152.
The People of the State of New York against Dominique Strauss-Kahn, Supreme Court, Motion to Dismiss, 22.08.2011,.
THIERS-VIDAL, Léo : « Ça se passe près de chez vous : des filles incestueuses aux mères aliénantes », 2006.
Mis en ligne sur Sisyphe, le 29 août 2011
MélusineCiredutemps
 

Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede MélusineCiredutemps » 14 Nov 2011, 13:41

Manifestation STOP à l'inceste et à la pédocriminalité le 16 novembre à 13h30 devant l'Assemblée Nationale - ministère de la santé - place Pierre Laroque à Paris
Pour les droits des survivants de violences sexuelles dans l’enfance :

http://www.manif-inceste.fr/

Associations qui appellent à manifester et qui soutiennent ces revendications :

http://www.crifip.com/

http://www.lemondeatraversunregard.org/

http://memoiretraumatique.org/

Le CRIFIP et les Associations Le Monde à Travers un Regard, Mémoire Traumatique et Victimologie, SOS les Mamans appellent à manifester le 16 novembre 2011 de 13h30 à 18h30 face à l'Assemblée Nationale avec toutes les associations et les personnes qui voudront y participer et solidairement soutenir nos revendications

L’Etat complice de l’inceste et de la pédocriminalité, ça suffit !
Nos revendications :

L' imprescriptibilité des crimes et délits sexuels envers les enfants afin que les victimes puissent porter plainte même des années plus tard afin de protéger d’autres enfants des agresseurs qui on le sait peuvent faire des dizaines de victimes.
Des moyens financiers supplémentaires des pouvoirs publics pour la prise en charge des victimes, une justice plus digne ainsi que pour soutenir les associations qui luttent au quotidien contre les violences sexuelles envers les enfants et l'accompagnement des adultes.
De revenir d'urgence à la légalité à laquelle l'Etat ne saurait se soustraire, et de faire rendre enfin le Rapport (attendu depuis le 30 juin 2010), et surtout sur la réalisation des buts inscrits dans la LOI n° 2010-121 du 8 février 2010, à savoir améliorer l'accompagnement médical et social des victimes d'inceste + la réinsertion du mot « INCESTE » dans le code pénal ôté il y a peu par le Conseil Constitutionnel.
Une formation des professionnels (social, judiciaire, médical, éducatif...) concernant les viols sur mineurs, leurs conséquences et l'obligation de signalement et ce dès l'école de médecine par exemple.
Des campagnes d’information et de prévention concernant l'inceste et la pédocriminalité en particulier à l’école, y compris des campagnes audiovisuelles à heure de grande audience. (voir le livret de prévention gratuit sorti il y a quelques jours : http://www.crifip.com/medias/files/livretmtr-web.pdf )
Soutenir et développer l’implantation de structures spécialisées en victimologie et psychotraumatisme.
Mettre en place des études et des recherches concernant les viols sur les mineurs ainsi que leurs conséquences.
Avant recrutement, enquête de moralité et examen du casier judiciaire des intervenants auprès des enfants : travailleurs sociaux, assistantes maternelles et leur conjoint, enseignants, animateurs de centres de loisirs ou colonies, chauffeurs de bus scolaires…
Considérer l’enfant qui ose parler comme un enfant « présumé victime » même s’il a commis des actes de délinquance qui sont souvent des appels au secours ou les conséquences de sévices subis (vol, toxicomanie, fugues, violences physiques…).
Prise en charge pluridisciplinaire de l’enfant victime avec un accompagnement psychologique systématique gratuit par des victimologues.

Nous préparons un communiqué de presse et cette manifestation doit être collective. Pour les associations, si vous désirez participer à l'élaboration du communiqué + mettre votre logo, écrivez à courrier.mtr@gmail.com Merci beaucoup.

Vous pouvez signer la pétition : "En parler c'est pas un crime"

http://lapetition.be/en-ligne/petition-9614.html

Info vue sur :

http://stopauxviolences.blogspot.com/
MélusineCiredutemps
 

Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede MélusineCiredutemps » 02 Déc 2011, 01:44

Communiqué du Collectif Libertaire Anti-Sexiste contre le viol

Le viol est un acte de torture physique et mental banalisé et dont la gravité est généralement minimisée. Il est un pilier du machisme. Il en est aussi l'arme favorite, y compris dans les cas, plus rares, où les victimes appartiennent au genre masculin. La majorité des viols sont commis par des hommes. Même s'ils trouvent souvent des complices et des
soutiens parmi les femmes, les violeurs et leurs allié-e-s sont des machistes, et ce quelles que soient leurs étiquettes idéologiques, leurs sexes et leurs genres.

La majorité des viols ne correspondent pas aux représentations fréquemment véhiculées. Il est rare que les violeurs soient des inconnus surgissant de ruelles sombres. La plupart d'entre eux font partie de l'entourage proche de leurs victimes et la majorité des viols sont commis en famille. Les victimes ont rarement la capacité ou la possibilité de se défendre physiquement au moment des faits en criant ou en se débattant. Certaines, du fait de leurs situations économiques, sociales, familiales et psychologiques, n'ont même pas la marge de manœuvre suffisante pour pouvoir dire « non ». Les violeurs n'ont pas toujours recours à la brutalité physique. Ils opèrent souvent en exerçant une emprise et en semant le trouble dans l'esprit de leurs victimes, au moyen de la manipulation mentale, de l'intimidation, de la culpabilisation, du chantage et du marchandage. Ils utilisent parfois les privilèges dont ils bénéficient grâce à leurs positions hiérarchiques au sein des entreprises et des institutions. Certains utilisent aussi leurs privilèges économiques en payant leurs victimes pour acheter un simulacre de consentement et « avoir la conscience tranquille ».

Contrairement aux idées reçues et entretenues par les discours dominants, être un violeur n'est pas la conséquence d'une maladie ni de pulsions incontrôlables, mais celle d'une décision consciente. L'addiction sexuelle ne conduit pas au viol si la personne qui en est atteinte n'a pas la ferme volonté de dominer et de détruire. C'est pourquoi ces personnes passent beaucoup de temps à se masturber et/ou ont de nombreux rapports sexuels avec d'autres personnes, libres et consentantes, ce qui n'a absolument rien à voir avec le viol.

Les violeurs sont des individus responsables de leurs crimes car ils sont lucides, au moins au moment des faits. En effet, ils ne pourraient agir comme ils le font s'ils étaient délirants. Il est donc aberrant d'affirmer que les violeurs ont besoin qu'on prenne soin d'eux et qu'on leur vienne en aide. Au contraire, ils doivent être clairement sanctionnés. Le viol est le moyen qu'ils ont choisi pour traiter des êtres comme des choses et les réduire à néant. Ils ne souffrent pas de leurs crimes, ils en jouissent.

Comme l'indique l'Association Internationale des Victimes d'Incestes sur son site internet, les amalgames entre violeurs et malades mentaux ou anciennes victimes de viol sont des mythes infondés. Et même si quelques uns d'entre eux sont d'anciennes victimes, cela n'est en aucun cas une excuse car il n'existe pas de circonstance qui mériterait d'être prise en compte ni considérée comme atténuante. De plus, ces amalgames créent de la confusion au profit des violeurs en favorisant leur impunité, et stigmatisent d'une façon extrêmement insultante la grande majorité des personnes en souffrance psychique et des anciennes victimes de viol. Arrivée à l'âge de 30 ans, une femme sur trois a déjà été victime d'agression sexuelle au moins une fois dans sa vie : si un tiers des femmes âgées de plus de 30 ans était des violeuses, ça se saurait...

Celles et ceux qui défendent les violeurs ou leur cherchent des excuses ne sont pas animé-e-s par une prétendue neutralité, mais par la lâcheté, ainsi qu'une complaisance confortable pour leur « bonne conscience », soucieuse de faire l'économie d'un positionnement clair. Au contraire, la seule attitude qui soit courageuse, juste et digne est fondée sur la solidarité envers les victimes de viol. Cela implique de cesser de remettre systématiquement en question leurs témoignages (les cas
d'affabulation sont d'ailleurs extrêmement rares). Cela implique aussi de n'accorder aux violeurs et à leurs soutiens aucun pardon ni aucun crédit.

Pourtant presque toujours, au sein du système judiciaire, comme au sein des familles et dans l'environnement social en général (entreprises, institutions, associations, partis politiques, etc...) c'est au violeur, présenté comme une victime, que le bénéfice du doute est spontanément accordé. On assiste à chaque fois plus ou moins au même scénario : loi du silence au nom de la « cohésion », culpabilisation de la victime qui est accusée de « trop parler » voir de mentir et de se « victimiser » avec injonction de « dédramatiser » et de pardonner...

La collaboration avec le violeur est l'attitude majoritairement adoptée, notamment par certain-e-s de celles et ceux qui se déclarent hypocritement partie prenante de la lutte contre le sexisme afin de soigner leur image, leur popularité, leur « bonne conscience », leur chance de gagner les élections, etc...

Bien qu'il s'agisse d'un crime commis très fréquemment et au sein de toutes les classes sociales et même s'il est le produit et l'instrument d'un système de domination, aucune affaire de viol ne peut être qualifiée, en aucun point, de banale sans en minimiser la gravité ; l'horreur de ce que la victime a subi et les bouleversements radicaux que cela entraîne dans son existence. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les viols commis par des personnalités riches et célèbres, surtout lorsque les victimes sont économiquement et socialement vulnérabilisées par leur condition précaire de prolétaires, d'immigrées, de subalternes, de mineures, etc... C'est dans ces affaires là que se conjuguent toutes les formes de domination (sexisme, capitalisme, racisme, etc...), assortie d'une surexposition irrespectueuse, voir calomnieuse, de la victime par les médias.

D'autre part certain-e-s politicien-ne-s instrumentalisent, à des fins de propagande, des affaires de viols suivis de meurtres largement médiatisées pour renforcer l'arsenal des lois sécuritaires en matière de récidive. Ces politicien-ne-s ne dénoncent jamais le fait que le système judiciaire fonctionne comme si le vol, le vandalisme ou le téléchargement libre pouvaient être considérés comme des actes aussi graves et aussi condamnables que le viol, ou l'homicide. En effet, les lois déjà en vigueur ainsi que celles que ces politicien-ne-s veulent ajouter au code pénal concernent les atteintes aux biens au même titre que les atteintes aux personnes. Leur projet n'est surtout pas de remettre en question notre système politique et économique qui est entièrement fondé sur la confusion entre les êtres et les choses, notamment au nom du « droit à la propriété privée », bien au contraire.

C'est pourtant ce système qui permet et autorise que des êtres soient massivement traités comme des choses, le viol en est l'un des exemples les plus graves et les plus flagrants.

Pour toutes les victimes de viol : solidarité inconditionnelle!

Pas d'impunité pour les violeurs!

http://coll.lib.antisexiste.free.fr/CLAS.html
MélusineCiredutemps
 

Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede Béatrice » 09 Mar 2012, 21:13

Campagne Pas de justice, pas de paix !
Avec nous, demandez la justice pour les victimes de viols !
Chaque année en France, 70.000 femmes ne portent pas plainte pour le viol qu’elles ont subi.

http://www.millebabords.org/spip.php?article20055
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede Béatrice » 29 Sep 2012, 12:12

En Tunisie, une femme victime d'un viol est désignée coupable. Un communiqué commun de nombreuses associations
appellent à un rassemblement le lundi 1er octobre prochain à Paris.


Communiqué commun
Non au viol, Non au viol politique
Tunisie La victime d’un Viol désignée coupable
Rassemblement à Paris le lundi 1er octobre 2012 à 19h Fontaine des Innocents Métro/RER Chatelet les Halles

Communiqué

Durant la nuit du 3 au 4 septembre 2012, une femme a été violée à Ain Zaghouan en Tunisie par deux policiers avec la complicité d’un troisième policier qui s’est chargé d’éloigner son compagnon et de lui usurper de l’argent.

Lors d’une conférence de presse le porte parole du Ministère de l’intérieur, Khaled Tarrouch a déclaré que la victime a été surprise par les policiers dans une situation indécente, justifiant ainsi le crime commis par les forces de l’ordre. Un juge d’instruction a d’ailleurs convoqué la victime pour atteinte à la pudeur.

Nous, Tunisiennes et Tunisiens en France :

Nous sommes profondément choqué(e)s et indigné(e)s par cet acte de barbarie.

Nous sommes outré(e)s par le traitement réservé aux victimes du viol. Ni le ministère des droits de l’Homme ni le ministère de la femme n’ont songé aux droits de la victime et sa prise en charge morale et physique.

Nous condamnons avec virulence l’accusation portée à la victime qui a comparue le 26 septembre devant la justice pour atteinte à la pudeur.

Nous rappelons que le combat des femmes tunisiennes pour les droits et l’égalité s’inscrit dans la lutte pour la liberté et la dignité et constituent des objectifs de la révolution.

Nous dénonçons fermement les propos misogynes, du porte parole du ministère de l’intérieur et l’attitude du gouvernement irresponsable et complice.

Nous sommes déterminés à combattre l’utilisation du viol comme arme pour assujettir les femmes.

Nous réaffirmons notre attachements aux principes de la révolution tunisienne contre l’humiliation, la misère et pour la dignité et l’égalité.

Nous déclarons notre solidarité inconditionnelle avec la victime du viol et de l’injustice.

Rassemblement lundi 1er octobre 2012 à 19h

Fontaine des Innocents

Métro/RER Chatelet les Halles

Non au viol, Non au viol politique,

Pour une politique et des lois fermes qui protègent les femmes victimes de violences

Associations premières signataires :

A.D.T.F. ,ATF, Collectif des tunisiens d’Amiens, Unis(e)s-vers-elle(s), ATF-Nord, ATF-Var, ATF-Aquitaine, ATF-13, A.T.F.-Haute Savoie, A.T.F.-Rhône, FTCR, Vuyazi Le Caravansérail des femmes, ALIF’S, Femmes d’Aujourd’hui, Femmes migrantes debout, Collectif des femmes tunisiennes en France, Le manifeste du 20 mars France, REMCC, Solidarité Jasmin Marseille, le CRLDHT, Association APTC Corse, MCTF, Association Engagement citoyen, Collectif 3C, UTIT,

Partis politiques : Le parti des travailleurs - section France, Nidaa Tounès section France

Personnalités premières signataires :

Leila ZAIBI : militante féministe, Aida El AMRI, militante associative, Fathi BENSLAMA, Universitaire, Najet MIZOUNI : universitaire ; Sylvie HANNE-KARBIA, Présidente LDH Talence (33) Taoufik KARBIA, universitaire, Hedi SRAIEB, universitaire, Khaled ABICHOU. Militant politique, Chérif FERJANI, universitaire, Mouhieddine CHERBIB, militant associatif, Radhouane RJAIBI, Samia AMMOUR, Féministes internationaliste, Noureddine BAABOURA, juriste, Najoua AGREBI-BAABOURA, Avocate, Mohsen DRIDI, militant associatif, Chafik EL GHOUL, militant associatif, Nathalie SAADALLAH, militante politique, Slimane SEDIRI, militant associatif, Noureddine NAJAR, militant politique, Slama HASSAN, universitaire Italie, Souad BAKLATI, Nacer JELLOUL, Fethi BEN SLAMA Sophie BESSIS, Noureddine JOUINI, Universitaire, Najet MILED, Radhia HAMAROUNI PTHIER, Habib OUARDA , Jalloul BEN HMIDA, Militant associatif, LTIFI Adel, Souad BAKALTI , Amel CHEKKAT, militante des Droits de l’Homme, Mohamed SMIDA, Rabeh ARFAOUI, Limam WAJDI, militant associatif, Besma OTHMANI,

Premiers soutiens : ATMF, APEL-Egalité, Le collectif (région parisienne) des droits des femmes, Osez le féminisme, Réseau Féministe « Ruptures », L’inter-collectif de solidarité avec les luttes des peuples du monde arabe (Inter-co), CNDF, RDLD, Réseau de Défense des Libertés et de la Dignité en Algérie, LDH, PER A PACE(pour la paix)


http://www.millebabords.org/spip.php?article21588
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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede Nyark nyark » 08 Oct 2012, 13:32

Un billet de Serge Quadruppani à propos de cette triste histoire :
mercredi 3 octobre 2012
La Tunisie a besoin du Gulabi Gang
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Tout a déjà été dit ailleurs sur l'ignominie de la justice tunisienne poursuivant une jeune femme victime de viol par des policiers, sur l'attitude des flics tunisiens persécutant les femmes en dehors de toute légalité mais en fonction de critères islamistes. Les femmes tunisiennes ont une longue tradition de lutte et elles ne vont pas se laisser faire.
On se permettra ici, en signe de solidarité, de leur signaler l'existence en Inde du Gulabi Gang, ainsi dénommé d'après la couleur de leur sari ("gulabi" en hindi signifie "rose"), originaire de Banda dans l'Uttar Pradesh. Fondé en 2006 par une mère de cinq enfants ancienne assistante sociale, le Gulabi Gang rend visite aux maris qui tabassent leur femme et leur rend la monnaie de leur pièce à coup de laathis, le bâton de bambou, elles se battent aussi contre les coupures d'électricité chez les plus pauvres, les mariages d'enfants et l'analphabétisme. "Quand je me promène avec un bâton, c'est pour que les hommes me craignent. Je ne l'utilise pas toujours mais ça aide à changer d'avis les hommes qui croient être plus puissants que moi", déclare Sampat Pal Devi, la fondatrice.
On espère aussi que les femmes égyptiennes, face aux mauvais tours que leur prépare la Constituante, prendront exemples sur ces ouvrières d'une usine près d'Alexandrie, qui avaient chassé les salafistes à coups de savate.

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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede Béatrice » 11 Oct 2012, 17:31

Le tribunal de Créteil a acquitté dix des quatorze accusés dans le procès des tournantes des cités de Fontenay-sous-Bois. Les avocats des victimes dénoncent les failles judiciaires du procès.

Procès des tournantes : un "naufrage judiciaire pour les femmes"
Le tribunal de Créteil a acquitté dix des quatorze accusés dans le procès des tournantes des cités de Fontenay-sous-Bois. Les avocats des victimes dénoncent les failles judiciaires du procès.

Le verdict est tombé à 1h30 du matin. Dix des quatorze accusés dans le procès des tournantes des cités de Fontenay-sous-Bois ont été acquittés par la cour d'assises du Val-de-Marne. Quatre autres ont été condamnés à des peines allant de trois ans avec sursis à un an de prison ferme. Dans le détail, deux d'entre eux ont été condamnés à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, un troisième a été condamné à cinq ans dont quatre ans et demi avec sursis et le dernier à trois ans avec sursis.

Nina et Aurélie, deux jeunes femmes de Créteil, les accusait de les avoir contraintes à des viols collectifs entre 1999 et 2001, dans des conditions particulièrement sordides alors qu'elles avaient entre 15 et 16 ans. "Consentantes" selon les accusés, elles avaient au contraire déclaré aux enquêteurs avoir eu le sentiment d'être "prises pour de la viande" lors des faits qu'elles dénonçaient après avoir gardé le silence pendant plusieurs années.

Immédiatement après le verdict, l'avocate des victimes, Me Clothile Lepetit a dénoncé "les conséquences d'un dossier mal instruit" et les failles judiciaires" du procès. La veille, dans l'attente de la décision de la cour d'assises, elle avait déploré qu'il n'y avait eu, pendant les trois semaines du procès, "aucune reconnaissance de la parole des victimes (…) C'est un naufrage judiciaire pour les femmes", a-t-elle conclu jeudi matin.

Des "vies fracassées"

Nina, 29 ans, et Aurélie, 28 ans, ont été régulièrement absentes du tribunal pour raison médicale. Sans argent pour déménager de son quartier, Nina, qui souffre aujourd'hui d'obésité et constamment vêtue d'un pantalon de jogging, n'avait jamais porté plainte par peur des répresailles. Un expert médico-judiciaire de Créteil a noté un certain fatalisme de sa part et son "épuisement psychologique".

Moins exposée médiatiquement que Nina, Aurélie, petite femme aux cheveux tirés et à l'allure passe-partout, mère de trois fillettes, a été absente dix jours du procès après une tentative de suicide. Elle avait déjà déposé une plainte pour viol en 1999 à Nanterre, classée sans suite.

Elles "ont des vies fracassées, a commenté jeudi matin Me Clarisse Serre, l'une des avocates de la défense. Ce n'est pas le bon procès, la vraie difficulté est là." Me Laure Heinich-Luijer, autre avocat des deux jeunes femmes s'est quant à elle demandé "Quelle peine aurait un sens, quand on entend que des coupables de viols en réunion sont condamnés à trois ans avec sursis, on s'interroge".


http://www.metrofrance.com/paris/proces ... DtDJ3YIFw/
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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede bipbip » 12 Oct 2012, 12:21

Verdict de Créteil :
communiqués du Collectif national pour les Droits des Femmes et de la Coordination Française
Marche Mondiale des Femmes
appel à rassemblement lundi 15 octobre 18h30 devant le Ministère de la Justice à Paris.

COMMUNIQUE DE PRESSE DU COLLECTIF NATIONAL POUR LES DROITS DES FEMMES

Créteil. Après 13 jours de procès pour des viols en réunion à huis clos, la justice a tranché : 4 condamnés à des peines en majorité avec sursis alors que le tribunal a reconnu les viols, 10 acquittés ! Justice ? Une des avocates des plaignantes parle de « naufrage judiciaire ». On parle aussi d’une instruction bâclée.

Pourtant les faits ont eu lieu il y a 13 ans, les plaintes ont été déposées en 2005, largement le temps de mener correctement une instruction. Durant ce procès, selon leurs avocates , on a assisté au manque de reconnaissance de la parole des victimes. On a assisté aussi à des tentatives récurrentes de les faire passer pour folles, affabulatrices. L’une d’elle a été traitée de « grosse vache ». Banalité récurrente malheureusement.

Ce verdict atterrant témoigne de l’incapacité de la justice française à prendre en compte les récits des victimes de viols. Oui les viols brisent les femmes. Oui les viols provoquent des traumatismes durables si rien n’est fait. Oui ils provoquent des tentatives de suicide. Oui la parole des victimes est tronquée, parfois incohérente, hésitante, apeurée. Oui les victimes ne veulent pas de nouveau être confrontées aux violeurs tentant de se protéger ainsi de réminiscences mortifères. Toutes « modalités » totalement incompatibles avec la reconnaissance d’une parole aux Assises.

Et alors ? Dans le pays des Droits de l’Homme va-t-on encore continuer longtemps à se boucher les yeux, le nez et les oreilles devant 75 000 femmes violées par an ? Va-t-on encore longtemps refuser d’entamer des campagnes pérennes d’éducation auprès de l’opinion publique puisqu’il s’agit ici de jurés populaires. Va-ton encore longtemps proclamer, comme cela a été le cas lors du vote de la loi du 9 juillet 2010 sur les violences, que la formation des personnels coûte trop cher ?

Va t-on encore enfin longtemps tergiverser avant de se doter, comme l’a fait l’Espagne en 2004, d’une loi cadre contre les violences faites aux femmes qui propose une appréhension globale de ces violences. ?

Le Collectif national pour les Droits des Femmes organisera toutes les ripostes qu’il juge nécessaires après ce verdict.
http://www.collectifdroitsdesfemmes.org ... article365

Viols collectifs aux Assises de Créteil

Un jugement écœurant et révoltant !



RASSEMBLEMENT
lundi 15 octobre - 18h30
Devant le Ministère de la Justice - Place Vendôme – Métro Tuileries



Une fois de plus, justice n’aura pas été rendue ; une fois de plus, des victimes de viols, Nina et Stéphanie, n’auront pas été entendues, n’auront pas eu justice ; une fois de plus, des viols resteront impunis et des violeurs confortés dans leur haine des femmes.


Ce verdict scandaleux, après une enquête bâclée, est particulièrement grave.

Il renvoie les victimes au silence et au refus de porter plainte puisque ça ne sert à rien ! 10 % des victimes de viol portent plainte, 2 % des violeurs sont condamnés !

Il porte comme message : « Ne craignez rien, il est permis de violer puisque l’on ne sera pas puni ! ». Car, quand la justice n’est pas rendue, les conséquences sont réelles : les femmes ne portent plus plainte ; les violeurs continuent de commettre leur crime en toute impunité, la haine des femmes se propage. Ici, l'un des violeurs est poursuivi pour le meurtre de sa compagne, qui s’est produit 10 ans après les crimes de viol. Si la justice avait traité l'affaire plus rapidement, une vie aurait, peut-être, pu être sauvée ?

Nous ne pouvons pas accepter une telle situation d’injustice. Nous devons faire entendre notre ras le bol de cette société où le corps des femmes est à prendre, qu’il s’agisse du viol ou de la prostitution. Nous devons exiger d’être entendues enfin et que tous les moyens soient mis en œuvre pour éradiquer le viol.

Retrouvons-nous le 15 octobre pour exprimer notre révolte. Faisons du 25 novembre, journée internationale contre les violences faites aux femmes, un moment fort de mobilisation pour dire au monde entier « Ca suffit !!! »

Coordination Française
Marche Mondiale des Femmes
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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede Béatrice » 12 Oct 2012, 18:04

Procès des "tournantes": le parquet de Créteil fait appel

Procès des "tournantes": le parquet de Créteil fait appel
CRETEIL (AFP) - 12.10.2012 13:35

voir le zoom : Nina, une jeune femme victime de viols collectifs, le 19 septembre 2012 devant la cour d'assises du Val-de-MarneNina, une jeune femme victime de viols collectifs, le 19 septembre 2012 devant la cour d'assises du Val-de-Marne
AFP/Archives - Jacques Demarthon

Le ministère public a décidé de faire appel des condamnations et de certains acquittements prononcés à l'issue du procès des "tournantes" de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), a indiqué vendredi à l'AFP la procureure de Créteil, Nathalie Becache.

"Le verdict est trop éloigné du réquisitoire de l'avocate générale, à la fois sur les peines prononcées et sur certains acquittements. Il ne correspond pas au déroulement des crimes et à leur appréciation", a-t-elle déclaré.

L'appel concerne les quatre personnes condamnées à des peines allant de trois ans avec sursis à un an ferme, ainsi que les acquittements prononcés par la cour alors que l'avocate générale avait requis des condamnations, pour les viols collectifs dénoncés plus de dix ans après les faits par les deux plaignantes.

"C'est un message à l'égard des deux jeunes femmes qui doivent être restaurées dans leur place de victimes d'atteintes particulièrement graves à leur intégrité physique et psychique", a poursuivi la procureure.

Dix personnes ont été acquittées et quatre condamnées à des peines d'un an ferme maximum, par la cour d'assises du Val-de-Marne dans ce dossier.

Après trois semaines de débats à huis clos mais sous haute tension, la cour d'assises du Val-de-Marne avait reconnu des viols commis entre 1999 et 2001 dans les cités de Fontenay-sous-Bois, sur une seule des plaignantes, Nina, 29 ans. Les quatre hommes poursuivis pour les mêmes faits sur Aurélie, 28 ans, avaient été acquittés.

© 2012 AFP


http://www.tv5.org/cms/chaine-francopho ... c1.161.xml
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Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede MélusineCiredutemps » 20 Oct 2012, 00:34

Texte Muriel Salmona - Association Mémoire Traumatique et Victimologie

Et la nausée continue… Le verdict du procès des viols en réunion commis sur deux adolescentes à la cour d'assise de Créteil est tombé après trois semaines de débat à huis clos : 10 acquittés , 4 condamnés à des peines, 2 à cinq ans dont quatre avec sursis, 1 à cinq ans dont quatre et demi avec sursis et le dernier à trois ans avec sursis. La cour d'assises a reconnu des viols sur une seule des deux plaignantes. Nous sommes sous le choc, effondré-es, pour les victimes, scandalisé-es par cette décision de justice inique ! Quel message nous est envoyé ? Que des viols en réunion à répétition sur des mineures dans des conditions sordides et dégradantes en étant menacées, injuriées, humiliées, battues, brûlée avec des cigarettes ce n'est pas si grave ? Alors qu'il s'agit de crimes aggravés passibles de 20 ans de réclusion criminelle… Alors que ces adolescentes ont subi des actes assimilables à un esclavage sexuel et à des tortures physiques et psychiques qui en situation de guerre, lorsqu'ils sont systématiques sont qualifiés de crimes contre l'humanité ! Alors qu'elles ont été ensuite menacées, placée en foyer pour l'une d'entre (pour assurer sa protection), qu'elles ont traversé les pires souffrances, tentées de se suicider et pris malgré tout le risque de porter plainte. Ce verdict nous dit : "Passez, il n'y a pas grand chose à voir !". Ce verdict peut-être considéré comme trouble de l'ordre public et une atteinte aux droits et à la dignité des victimes de viols, et par là de toutes les femmes qui ont subi ou qui risquent de subir des violences sexuelles, mais aussi de toutes les femmes et les hommes de ce pays. Il bafoue la quête de reconnaissance des victimes d'actes criminels et le droits à une justice et une réelle protection des plaignantes. Il est gravement maltraitant pour elles, mes patientes me parlent dans ces situations d'un second viol : "mon corps a été violée, j'en ai été dépossédée, et là c'est ma mémoire, mon histoire, ma souffrance qui sont violés et dont je suis dépossédée". Trouble public également parce qu'il risque de décourager encore un peu plus les victimes de viols de porter plainte, alors qu'elles ne sont que moins de 10% à le faire, et qu'elles seraient près de 150 000 par an (dont un peu plus de la moitié en tant que mineures). "Un permis de violer" en quelque sorte comme nous le dit la Dr Emmanuelle Piet, présidente du Collectif Féministe Contre le Viol. Alors que nous nous battons jours après jour pour aider les victimes à parler, à défendre leurs droits et à porter plainte, à les protéger et à les soigner en remettant à l'endroit tout ce qui a été démoli par les violences, en les libérant de leurs traumatismes. Une institution comme la justice déconstruit tout ce travail et les traumatise encore plus. Il y a de quoi être en colère et révolté-es ! Que se passe-t-il ? Pourquoi ? Parce que les victimes seraient des menteuses et qu'en fait il ne se serait rien passé ? Pourtant il y a des témoins, et des accusés ont reconnus des actes sexuels ? Par manque de preuves, parce que les faits remontent à plus de 10 ans, parce que les victimes ne se rappelaient plus précisément certains faits ? Avec un procès qui, de l'avis des avocats a été bâclé, et où beaucoup de preuves ne sont pas prises en considération comme les conséquences psychotraumatiques. Parce qu'elles auraient été consentantes, qu'elles auraient aimé cela être pénétrées (par voie orale, vaginale et anale) dans les conditions les plus sordides par des dizaines d'hommes comme l'ont dit certains accusés : elles faisaient ça par "plaisir", parce qu'elles étaient «les plus grosses putes de Fontenay» a expliqué un des accusés à la cour d’assises. Malgré les coups, malgré les brûlures de cigarettes, elles étaient «volontaires», elles «aimaient ça». " «La fille, si elle est là, c’est qu’elle est d’accord.» dit un autre accusé. Aimer être torturées, dégradées, humiliées, ben voyons !… Cela ne vous rappelle rien ? Le poncif des scénarios pornographiques. Parce que les victimes sont coupables donc ! Coupables de mentir, de ne pas avoir porter plainte en temps et en heure, de ne plus se rappeler les faits avec précision. Pourquoi les comportements de la victime qui entrent dans le cadre des conséquences psychotraumatiques habituelles et reconnues (conséquences considérées par la communauté scientifique médicale internationale comme pathognomoniques c'est à dire comme une preuve médicale de l'existence d'un traumatisme) ne sont pas pris en compte comme éléments de preuve ? Comme devraient l'être la sidération (ne pas pouvoir crier, ni se défendre), le choc émotionnel, la dissociation péri-traumatique (la confusion, les doutes, le sentiment d'étrangeté, la désorientation temporo-spatiale, les troubles de la mémoire : l'amnésie de certains faits), l'instabilité émotionnelle du fait de la mémoire traumatique ? cf mon article très détaillé : Conséquences des troubles psychotraumatiques et de leurs mécanismes neurobiologiques sur la prise en charge médicale, 2009. Pourquoi les circonstances considérées par la loi comme des circonstances aggravantes sont aussi le plus souvent retournées contre la victime comme mettant en cause sa crédibilité : le fait d'être un mineur, le fait d'être vulnérable, le fait qu'il s'agisse de viols en réunion répétés ? Pourquoi des événements du passé des victimes qui n'ont rien à voir avec le viol sont-ils aussi utilisés pour mettre en doute leur crédibilité : le fait d'avoir menti sur son passé, d'avoir eu une vie sexuelle considérée comme "débridée", d'être toxicomane ou alcoolique, d'avoir eu des troubles psychiatriques, d'avoir commis des délits… ? Le viol bénéficie d'un traitement de faveur, d'un statut à part où les crimes n'en seraient pas au prétexte que ces actes seraient dits consentants sans référence aux droits universels des êtres humains à l'intégrité et à la dignité (comme si être consentant pour être tué ou être torturé pourraient justifier ces crimes), où des dominants pourraient avoir le privilège de réduire en esclavage, de séquestrer, d'exercer des sévices, d'injurier, d'humilier sous couvert de désir sexuel, de jeux, voire même d'amour, et pire encore pour le bien celles ou ceux qui en sont victimes puisque ces violences sont censés les faire jouir par masochisme, érotisation de la subordination et de la douleur, la pornographie est là pour en faire la preuve (cf l'article d'Annie Ferrand : Quand une femme est agressée, le doute n'est pas permis ). Pour continuer à paraphraser Orwell "L'amour c'est la haine, la liberté c'est l'esclavage, la douleur c'est le plaisir, la transgression c'est la loi, le crime c'est le bonheur" ! La violence, ne l'oublions pas est un formidable instrument de soumission et de dissociation, particulièrement quand elle est terrorisante et qu'elle plonge la victime dans un scénario insensé (comme peuvent l'être des scénarios pornographiques imposés lors de viols). Elle a un effet de sidération du psychisme ce qui va paralyser la victime qui ne pourra pas réagir de façon adaptée, et empêcher le cortex cérébral de contrôler l'intensité de la réaction de stress et sa production d'adrénaline et de cortisol. Un stress extrême, véritable tempête émotionnelle, envahit alors l'organisme et - parce qu'il représente un risque vital pour l'organisme (atteinte du coeur et du cerveau avec des ) - déclenche des mécanismes neurobiologique de sauvegarde qui ont pour effet de disjoncter le circuit émotionnel et d'entraîner une anesthésie émotionnelle et physique en produisant des drogues dures morphine et kétamine-like. L'anesthésie émotionnelle génère un état dissociatif avec un sentiment d'étrangeté, de déconnection et de dépersonnalisation, comme si la victime devenait spectatrice de la situation puisqu'elle la perçoit sans émotion. Mais cette disjonction isole la structure responsable des réponses sensorielles et émotionnelles (l'amygdale cérébrale) de l'hippocampe (autre structure cérébrale, sorte de logiciel qui gère la mémoire et le repérage temporo-spatial, sans elle aucun souvenir ne peut être mémorisé, ni remémoré, ni temporalisé). Et l'hippocampe ne peut pas faire son travail d'encodage et de stockage de la mémoire sensorielle et émotionnelle des violences, celle-ci reste piégé dans l'amygdale sans être traitée, ni transformée en mémoire autobiographique et elle va rester hors temps, non-consciente, à l'identique, susceptible d'envahir le champs de la conscience et de refaire revivre de façon hallucinatoire, comme une machine à remonter le temps la scène violente avec les mêmes sensations, les mêmes douleurs, les mêmes phrases entendues, les mêmes odeurs, les mêmes sentiments de détresse et de terreur (ce sont les flash-back, les réminiscences, les cauchemars, les attaques de panique…). C'est ce qu'on appelle la mémoire traumatique. Elle est à l'origine des symptômes psychotraumatiques les plus lourds et les plus invalidants (les viols font partie avec les tortures des traumatismes à l'origine du pourcentage d'état de stress post-traumatique le plus élevé : 80% contre 24% pour les traumatismes en général, Breslau, 1991. Elle transforme la vie en enfer, en terrain miné où le moindre lien ou la moindre similitude avec les violences (une date, un lieu, un mot, une émotion, une sensation, un stress…) va faire exploser cette mémoire traumatique et faire revivre les violences comme une torture sans fin pendant des mois, des années, voir toute une vie, dans un sentiment d'insécurité totale. Et si la victime reste seule avec aucun soin spécifique (et malheureusement peu de soins sont proposés aux victimes en raison de l'absence de formation des médecins actuellement et de la rareté de centres de soins spécialisés) , cette mémoire traumatique va l'obliger à développer des stratégies de survie pour éviter son allumage (conduites d'évitement, de contrôle et d'hypervigilance) ou pour l'éteindre de force en recréant une disjonction forcée et/ou une anesthésie émotionnelle (conduites dissociantes à risques, mises en danger, conduites addictives anesthésiantes, violence contre soi-même ou contre autrui). Il est urgent que la société ouvre les yeux sur la réalité des viols et des violences sexuelles et qu'elle lutte efficacement contre les stéréotypes sexistes qui infeste la représentation des femmes et des la sexualité. Urgent de prendre en contre ces crimes et ces délits, urgent de protéger les victimes de violences sexuelles et de se battre pour que leurs droits fondamentaux à la justice et à la réparation de leurs préjudices soient respectés. Urgent de leur permettre un accès à des soins spécifiques de qualité gratuits. Toutes et tous ensemble battons-nous encore et encore contre les violences sexuelles , contre le déni, pour toutes les victimes avec lesquelles nous sommes solidaires et pour une société juste et égalitaire.
MélusineCiredutemps
 

Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede MélusineCiredutemps » 22 Oct 2012, 22:38

Un Élu commet un crime, il est condamné pour un délit

« Les faits remontent à mars 2009. Ibrahim Tariket, alors élu PS de Clichy, délégué au personnel communal et infirmier à l’hôpital Bichat (Paris XVIIIe), est accusé de viols par une patiente hospitalisée en cardiologie. La victime est une jeune femme de 21 ans, enceinte de huit mois, qui vient d’être transférée en urgence depuis Tahiti, pour une pathologie cardiaque lourde. Le 4 mars, elle se confie à une employée et lui explique avoir été abusée à trois reprises "

http://www.leparisien.fr/clichy-92110/u ... 240157.php

2% de violeurs son condamnés dit-on. Où sont les 98% ?

Nous en avons un ici.

Voici un élu qui a semble t’il violé une personne particulièrement vulnérable .Viol aggravé passible de 20 de réclusion criminelle.

Il est « accusé de viols » . Trois viols précisément.

Comment se fait-il qu’il se retrouve condamné pour agression sexuelle aggravée ? Délit passible de 7 ans de prison ?


Un nouveau cas de correctionnalisation.

Le parquet ou le juge d’instruction ou les deux ont sciemment mis de côté l’élément constitutif du crime de viol , la pénétration, les pénétrations. Un viol maquillé , travesti en agression sexuelle. Un crime d’autant plus abject qu’il a été commis sur une personne gravement malade « pathologie cardiaque lourde » un crime qui aurait pu entraîner sa mort. Une femme « enceinte de huit mois » . Ni la pathologie gravissime, ni l’état de cette femme n’a empêché le prédateur.

Tous ces éléments n’ont pas non plus arrêté la « justice » dans sa pratique de correctionnalisation. Si un viol commis dans de telles circonstances est correctionnalisé, pourquoi ne pas placer le viol dans la rubrique des délits ? Pourquoi la justice correctionnalise t-elle un crime tel que le viol ? Sans doute parce que le viol est dans l’esprit de nos chers politiques, des juges un crime mineur . Voire pas un crime du tout.

Je lis un célèbre avocat du web : « Le domaine privilégié de la correctionnalisation sont des faits d’une faible gravité mais qu’une application rigoureuse de la loi qualifie de crime. »

Voilà tout est dit ! Le législateur a du commettre une erreur en élevant le viol au rang de crime !

D’ailleurs, pour empêcher les tribunaux correctionnels de soulever leur incompétence à juger d’un crime et éviter que les victimes ne remettent en cause le déni de leur viol tout au long de la procédure, le législateur 2004 (art. 469 al.4 du CPP) a voté une loi illégale qui facilite le maquillage judiciaire. Désormais, la correctionnalisation est de principe. Le viol est exceptionnellement un crime : 2% de violeurs condamnés.

A quand l’introduction d’une QPC contre cette Loi dite Perben II ? Loi qui va à l’encontre de deux principes : la compétence matérielle des juridictions , principe dit d’ordre public et le principe, d’égalité des justiciables devant la loi, à valeur constitutionnelle ? L’abrogation de l’article 469 al.4 ne mettra pas pour autant fin à la correctionnalisation, simplement la pratique en sera moins aisée puisque nous reviendrons à la situation antérieure. Avant 2004, la Cour de Cassation constatant que des faits de viols avaient été commis annulait systématiquement les jugements des tribunaux correctionnels qui s’étaient permis de juger un crime. Le viol était alors jugé devant une Cour d’Assises conformément à la loi. Avant 2004, une victime pouvait soulever l’incompétence du tribunal correctionnel pendant le procès, etc, etc… Autrement dit, l’énorme régression de 2004 non seulement semble être passée inaperçue mais elle n’est toujours pas attaquée ou si peu…

La réalité c’est que si tous les viols étaient jugés comme ils doivent l’être par les Cours d’Assises ,le système pénal français explose !

Les Cours d’Assises jugent environ 2200 crimes par an. Comment pourraient-elles juger tous les viols alors qu’il s’agit d’un crime de masse ?

Mais plutôt que d’ouvrir une discussion sur le système pénal français, de trouver des solutions pour que tous les viols soient jugés comme des crimes. Le législateur a préféré rabaisser dans la mesure du possible le viol au rang de délit . Les français dans leur grande majorité pensent que le viol est un crime et pour cause…

Les médias :

Le parisien ici, mais Libération, le Figaro, le Monde et tous les autres, n’informent jamais le peuple français. Dites-moi , Messieurs les journalistes, vous n’êtes pas surpris qu’un violeur soit condamné pour agression sexuelle. Ou vous êtes à ce point ignorant du droit et des lois ?


http://lacorrectionnalisationduviol.wor ... -un-delit/
MélusineCiredutemps
 

Re: "Une banale affaire de moeurs": le viol.

Messagede bipbip » 14 Sep 2013, 12:07

Zéromacho, communiqué de Presse : incitation au viol sur le net
à propos d’appels au viol sur Internet

Zéromacho s’élève publiquement contre la diffusion d’incitations au viol sur un site de coaching, « Seduction by Kamal » (http://www.seductionbykamal.com/) qui fait le buzz sur internet.

Ce site fait partie de la mouvance internationale des « pick-up artists » célébrés par des livres, des émissions de télévision, des conférences, et qui donnent à des hommes des conseils, souvent très misogynes, pour « séduire » des femmes.

Parmi les conseils de « drague » diffusés par le site :

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"Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix"

· "Perdre tout contrôle de la situation est un ‘turn on’ majeur pour les femmes".

· " Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer [...] c’est ça en fait la véritable notion du fameux ‘BIEN BAISER’ ".

· "Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture."

· "il vous suffit [...] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés."

Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal. Le site qui reçoit 20 000 visiteurs par jours est la propriété de sa société « SBK Coaching» basée en Pologne et qui en tire un profit d’environ 10.000 euros par mois. Sa page Facebook est suivie (likée) par près de 17.000 personnes

L’incitation publique à la haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la loi. Une plainte a été déposée auprès du Procureur de la République de Paris pour incitation au viol.

Nous soutenons cette initiative et en appelons aux pouvoirs publics pour que cesse la diffusion de ces appels à la violence sexuelle sur des femmes.

Patric Jean, Gérard Biard, Fred Robert, porte-parole de Zéromacho

Zéromacho : http://www.zeromacho.eu Facebook : @zeromacho Twitter : @zeromacho E-mail : info.zeromacho@gmail.com


http://zeromacho.wordpress.com/2013/09/ ... ur-le-net/
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