Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Re: Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede bipbip » 17 Jan 2018, 15:27

A la découverte des féminismes critiques latino-américains

Si le Black feminism étasunien a fait l’objet ces dernières années d’une réception soutenue en Europe, il en va beaucoup moins des féminismes latino-­américains qui ont pourtant ­produit également des approches stimulantes.

Il serait tout à fait exagéré de prétendre présenter l’ensemble des principaux courants hispaniques du féminisme. On se limitera ici à quelques personnes ou groupes parmi les plus marquants.

A la rencontre du féminisme chicano. On appelle chicanos les personnes qui ont à la fois une identité mexicaine et étasunienne. Parmi les productions les plus marquantes du féminisme chicano, il est possible de citer l’ouvrage de Gloria Anzaldúa, coéditrice avec Cherrie Moraga de This Bridge Called My Back (1981) et auteure de Borderlands/La Frontera: The New Mestiza (1987).

Le féminisme chicano partage avec le Black feminism l’intérêt pour les sujets au croisement des oppressions de sexe, de classe, de race, mais aussi de sexualité. Mais il aborde ces thématiques en orientant davantage le regard sur les problématiques liées à la complexité des identités sociales et de conscience de celles qui se trouvent situées au croisement des oppressions.

Le concept de frontière chez Gloria Anzaldúa illustre cette problématique d’un sujet pris entre des identités contradictoires. C’est l’identité complexe, par exemple, des personnes chicanas qui possèdent une culture frontalière à la fois mexicaine, socialement dominée, et «anglo» donc dominante. C’est l’identité complexe, dans le cas d’Anzaldúa, de celle qui éprouve dans ces deux sociétés l’expérience de l’homophobie.

Dans cette expérience complexe, prise dans des contradictions, Anzaldúa voit la base de ce qui peut permettre des constructions d’alliances et de coalitions entre les opprimées. Parce que son identité est multiple et contradictoire, elle se voit obligée de penser la manière dont il est possible de concevoir l’alliance entre les femmes, les prolétaires, les minorités ethno-raciales et les queer. Gloria Anzaldúa ne fait pas le choix de subsumer sous une seule identité principale la complexité de ce qu’elle est.

Mujeres Creando. Le groupe féministe bolivien Mujeres Creando est l’un des plus créatifs d’Amérique latine depuis sa fondation en 1992, tant au niveau théorique que de ses actions. On doit à ses deux principales animatrices des ouvrages assez marquants: d’un côté, Julieta Paredes avec Hilando fino - desde el feminismo comunitario (2008) et, de l’autre, María Galindo avec No se puede descolonizar sin despatriarcalizar (2014).

Ce groupe féministe essaie de produire une alliance entre des femmes socialement très diverses: provenant des villes ou de la campagne, indiennes, lesbiennes ou encore prostituées. Las Mujeres Creando critique en particulier celles et ceux qui pensent que l’on peut opposer les revendications indigénistes, qui semblent renvoyer à une société traditionnelle, et les revendications en faveur du droit à l’avortement ou à l’expression d’une sexualité minoritaire.

La radicalité des Mujeres Creando se caractérise également par leur rapport à l’Etat. En effet, elles affichent des positions radicalement libertaires. Elles ne comptent pas sur l’Etat pour réaliser leurs aspirations féministes, antiracistes et LGBT, mais sur l’action directe à travers des mouvements sociaux.

Le féminisme décolonial. Le féminisme décolonial, sur le plan théorique, constitue une réaction à la pensée décoloniale, en particulier telle qu’elle apparaît dans l’œuvre du sociologue péruvien Anibal Quijano. La philosophe argentine Maria Lugones tente de montrer comment la colonialité du pouvoir ne s’est pas construite seulement sur la base d’une racialisation du travail, mais également par la construction d’un système de genre.

Maria Lugones propose ainsi une articulation de la pensée décoloniale latino-américaine, du black feminism étasunien et du féminisme chicana. Elle insiste également sur le refus de fonder une politique sur des identités essentialisées, pensant que, de ce point de vue, la théorie de l’intersectionnalité de Kimberlé Crenshaw peut avoir tendance à dériver vers ce travers. A l’intersection des oppressions ne se trouvent pas, selon elle, des personnes ayant une identité spécifique, mais au contraire des personnes dont l’identité est indéfinissable. Les femmes noires ne sont en effet ni des hommes noirs, ni des femmes blanches. Elles sont l’expression indissociable de la fusion entre des rapports sociaux, raciaux et de sexe.

Ses thèses sont l’une des sources d’inspiration du GLEFAS (Groupe latino-américain d’étude et de formation féministe) animé entre autres par les Dominicaines Ochy Curiel et Yuderkys Espinoza.

Irène Pereira

A paraître: Paulo Freire, Pédagogue des opprimé-e-s, éd. Libertalia, janvier 2018.

* Enseignante en philosophie et chercheuse en sociologie, Présidente de l’IRESMO, Paris, iresmo.jimdo.com


https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/ ... americains
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Re: Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede bipbip » 25 Jan 2018, 15:17

Réunion-débat sur l'intersectionnalité

Paris samedi 27 janvier 2018
à 14h30, Local EDMP, 8 impasse Crozatier (à la hauteur du 43 rue Crozatier)

L'intersectionnalité comme parole identitaire qui se libère ou comme outil de la convergence des luttes contre le capitalisme

A l'intérieur du mouvement féministe multiforme et des groupes de femmes dans les partis politiques, on parle beaucoup d'intersectionnalité comme parole identitaire qui se libère ou comme outil de la convergence des luttes contre le capitalisme. Dans une société libérale, oppressive et oppressante qui dresse individus et communautés les uns contre les autres, il semble intéressant de débattre sur ce concept ouvrant une voie vers l'émancipation … ou pas !

L'intersectionnalité est une notion employée en sociologie et en réflexion politique, qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. L'intersectionnalité étudie les identités collectives plutôt que les trajectoires individuelles. Le terme a été proposé par l'universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw en 1989.

On peut faire une interprétation identitaire de ce concept considérant par exemple, comme aux Etats Unis, qu'une femme- noire- prolétaire n'a sa place ni dans le mouvement d'émancipation de femmes blanches, ni dans le mouvement antiraciste mené par des hommes, ni dans un mouvement d'émancipation politique qui priorise la lutte des classes comme solution aux autres formes d'oppression.

A l'instar de Jules Falquet, sociologue et Professeure à Paris VII, on peut rattacher l'intersectionnalité à une vision d'imbrication des rapports sociaux : de sexe, de classe et de race.

Politiquement, cela signifie de ne pas hiérarchiser ces rapports, de les analyser comme agissant simultanément et de lutter pour des objectifs qui sont communs à tout le monde en privilégiant des alliances démocratiques. Il faut analyser les situations en veillant de ne pas mettre en avant la lutte contre tel ou tel système d'oppression et de reporter le reste à un futur meilleur.

Historiquement, l'outil de l'imbrication des rapports sociaux permet de comprendre l'évolution des modes de production de manière plus complète.

Sur un plan plus philosophique et sociologique, cela ouvre la voie sur la complexité et la contradiction d'individus ou groupes d'individus puisque selon la situation ils sont ni totalement dominants ni totalement dominés.

Chacun des participant.e.s, au travers d'exemples enrichira le débat.

Corinne Mahé

La Réunion-Débat aura lieu à partir de 14h30 précise au local de l'Emancipation, impasse Crozatier, Paris 12e, Métro Gare de Lyon. Elle est ouverte à toutes et tous.

https://paris.demosphere.eu/rv/59440
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Re: Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede bipbip » 26 Juin 2018, 23:06

Projection débat « Ouvrir la voix »

La Courneuve (93) jeudi 28 juin 2018
à 18h, Maison de la citoyennete, 33 avenue Gabriel Peri

Film réalisé par Amandine Gay (2h02, 2017)

Organisé dans le cadre de La Courneuve Ville Monde

Projection du film documentaire d'Amandine Gay, suivie d'une rencontre avec des intervenantes du film.

Image

Ouvrir La Voix est un documentaire sur les femmes noires issues de l'histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles. Le film est centré sur l'expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de notre identité "femme" et "noire". Il y est notamment question des intersections de discriminations, d'art, de la pluralité de nos parcours de vies et de la nécessité de se réapproprier la narration

Une interview de la réalisatrice
http://www.telerama.fr/cinema/ ouvrir-la-voix-noires,-et-alor s,n5270391.php

Bande annonce du film :
https://www.youtube.com/watch? v=lOmprPPISrk

https://paris.demosphere.eu/rv/62397
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Re: Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede clateuf » 02 Juil 2018, 00:34

Ce qui est frappant et n'a choqué presque personne dans le programme de l'événement organisé par ce collectif soit-disant "féministe" racialiste, c'est qu'il y avait des réunion non-mixtes entre femmes (et peut-être transfemmes, je ne sais plus mais une incohérence de plus ou de moins...) "racisées" et des réunions non-mixtes entre HOMMES et femmes "racisé-e-s". Pas de réunion non-mixtes entre femmes de toutes les couleurs. C'est révélateur. Cela révèle que ces soit-disant "féministes" considèrent que les femmes soit-disant "non racisées" les oppressent davantage que les HOMMES soit-disant "racisés". Sachant que l'écrasante majorité des violences commises contre les femmes et les enfants le sont dans la sphère familiale et sachant que, vu qu'elles sont racistes et communautaristes, il ne doit pas y en avoir des masses en couple avec des personnes soit-disant "non racisées", cela signifie qu'elles adhèrent à la lois du silence que prône leure pote Houria Bouteldja. Signifier d'une manière ou d'une autre que les hommes de telle ou telle couleur de peau seraient moins violents, voir moins responsables de leur violence, que les hommes d'une autre couleur de peau, c'est du RACISME. Se dire "féministe" et détourner le sens politique de la non-mixité entre femmes pour rejeter certaines femmes sur les bases d'un critère raciste et finir par se réunir en soit-disant "non-mixité" avec des HOMMES c'est de la perversité et de l'anti-féminisme manipulateur.
Pour remettre les pendules à l'heure, voici un article qu'il faut absolument lire :

https://revolutionfeministe.wordpress.c ... masculine/
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