Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

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Messagede bipbip » 02 Déc 2012, 13:17

Intersectionnalité: Sexe, race et classe tenaient congrès

Article dans le mensuel d'Alternative Libertaire d'octobre 2012, suite au 6éme congrès d’études féministes qui s'est tenu à Lausanne, consacré à l’imbrication des rapports de pouvoir.

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Intersectionnalité : Sexe, race et classe tenaient congrès

Du 29 août au 2 septembre a eu lieu, à Lausanne, le 6éme congrès d’études féministes. Celui-ci était consacré à l’imbrication des rapports de pouvoir : sexe, race, classe et sexualités. Le choix de cette thématique est le reflet du dynamisme de ce type d’approches issues des milieux féministes.

Dans les années 1970, aux Etats-Unis, des militantes noires américaines lesbiennes sont confrontées aux difficultés concrètes en particulier en termes de priorités de lutte que posent pour elles le fait de militer avec les féministes blanches ou avec les militants noir des blacks panthers. Les féministes blanches sont peu sensibles aux spécificités des oppressions que subissent les femmes noires. Les femmes héterosexuelles ont honte des lesbiennes dans leurs rangs, essaient d’invisibiliser leur présence et ne prennent pas en compte les revendications de ces dernières. Du côté des organisations de politiques noires, les militantes afro-américaines sont confrontées au machisme. Un collectif de lesbiennes noires, le Combahee river (1964-1980), soulève ces questions et affirme la nécessité de penser l’imbrication des oppressions sexistes, racistes et classistes sans les hiérarchiser. L’approche en termes d’imbrication constitue donc une dimension constitutif du Black feminism.

Du Black feminism à l’intersectionnalité

En 1991, une juriste et universitaire américaine, Kimberlé Crenshaw, forge le terme d’intersectionnalité. Cette notion s’oppose aux approches additionnelles des oppressions. L’enjeu de l’approche mise en avant par Kimberlé Crenshaw est avant tout juridique : elle vise à justifier la mise en place d’aides spécifiques à des catégories sociales opprimées. De fait, dans le cadre des sociétés étasuniennes et canadiennes, l’approche intersectionnelle est devenue une dimension importante des politiques publiques d’affirmative action à destination des minorités discriminées. De fait, certaines dénoncent qu’à travers la notion d’intersectionnalité, s’effectue une institutionnalisation de problématiques que le Black feminism avait abordé sous un angle plus clairement militant.

La notion d’intersectionnalité connait depuis un succès théorique international donnant lieu à de multiples recherches. Néanmoins, cette notion est également l’objet d’un certain nombre de débats théoriques. Elle semble en effet se rattacher à une approche postmoderne des rapports de domination. Tout d’abord, elle parait conduire à un émiettement des sujets politiques.

Articulation des rapports sociaux

Chaque situation sociale constitue une expérience vécue incommensurable avec celle d’autres groupes sociaux. Par exemple, les femmes noires ne peuvent s’allier que de manière problèmatique avec les femmes blanches puisque leur situation d’oppression n’est pas la même. En outre, bien que la spécificité de l’oppression intersectionnelle de chaque groupe soit construite par sa situation sociale, la reconnaissance de cette spécificité devient un enjeu majeur. Par conséquent, la finalité de la lutte semble se situer au niveau d’une reconnaissance morale qui risque de conduire à une réification, à une naturalisation apparente, des identités. Ainsi, la notion de « classe sociale » peut apparaître dans le contexte des théorisations nord américaines, qui mettent en avant les effets de domination par le langage, davantage comme une catégorie linguistique que comme une situation matérielle objective.

Parallèlement et de manière indépendante, s’est développée en France une autre approche à partir du travail de la sociologue Danièle Kergoat. Cette dernière a situé sa théorisation dans la filiation du marxisme et du féminisme matérialiste. Elle ne part pas des dimensions culturelles de l’oppression, mais de la division du travail. L’analyse se centre alors sur les rapports sociaux qui à partir d’une exploitation économique du travail construisent deux groupes sociaux comme hiérarchisés. Les rapports sociaux qui ont une dimension d’oppression, sous la forme de violences, et de domination politique, ont donc une base économique matérielle. Néanmoins, ces rapports sociaux ne sont pas uniquement capitalistes, mais également par exemple des rapports sociaux de sexe qui divisent la société en deux classes de sexe. Ces différents rapports sociaux ne sont pas hierarchisés entre eux mais se coconstruisent. Ils sont consubstantiels les uns aux autres. Par l’exemple dans l’exploitation que subit une femme de ménage immigrés, les rapports de classe, de sexe et de race sont mêlés de manière inextricable. Les rapports sociaux sont en outre coextensifs. Cela se traduit par exemple dans la place que les femmes occupent dans les rapports sociaux domestiques. Ainsi le fait qu’elles s’occupent des enfants plus que les hommes, a des conséquences sur les inégalités salariales que subissent les femmes. Une femme qui prend un temps partiel pour s’occuper des enfants a un déroulement de carrière ralentis par rapport à un homme dont la disponibilité au travail repose sur l’implication de son épouse dans les tâches domestiques.

Pluralité des oppressions

Une question se pose néanmoins concernant les différents rapports de pouvoir imbriqués : quels sont-ils et sont-ils illimités ? Ainsi certaines analyses ajoutent au triptyque sexe, race et classe, la sexualité, la religion ou encore l’âge. L’approche matérialiste en termes de rapports sociaux a un autre avantage théorique, c’est qu’elle permet de fixer un critère clair sans pour autant décider de manière a priori et transhistorique quels sont ces rapports de pouvoir. En effet, il n’y a de rapports sociaux que lorsqu’il y a une division du travail et une exploitation économique. Ainsi, l’héteronormativité n’est pas un rapport social, mais une dimension des rapports sociaux de sexe. Il y a un rapport d’exploitation entre hommes et femmes, mais pas entre homosexuels et héterosexuels.

Il est possible de constater que les analyses anarchistes permettent d’enrichir la théorie de la coconstruction des rapports sociaux. En effet, l’Etat n’est pas considéré par les théoriciens classiques de l’anarchisme comme une simple superstructure. Il est un véritable rapport social économique reposant sur une division du travail entre gouvernés et gouvernants avec la constitution d’une classe politique professionnelle. L’Etat possède sa propre base économique matérielle à travers à la fois les entreprises publics et le recours à l’impôt. De même, la critique de la division verticale du travail, entre par exemple travailleurs manuels et intellectuels, puis ensuite après la seconde guerre mondiale, avec la critique de la technobureaucratie, permettent aux analyses anarchistes de mettre en avant l’existence de rapports sociaux qui ne sont pas seulement liés à l’inégalité dans la propriété privée des moyens de production, mais également dans l’organisation technique du travail.

Irène (AL Orléans)


Pour aller plus loin :

. Elsa Dorlin, Black feminism Revolution ! La Révolution du féminisme Noir, L’harmattan, 2007

. Danièle Kergoat, Se battre disent-elles, La dispute, 2012
http://www.alternativelibertaire.org/sp ... rticle5012
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Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede Christine » 12 Juil 2016, 14:09

Ça me déprime que les collectifs "intersectionnels" soient toujours dans la défense de la prostitution
Pour le reste, c'est riche et intéressant



http://www.bondyblog.fr/201607100001/le ... olithique/

Le collectif Mwasi : « L'Afroféminisme n'est pas un bloc monolithique »

AMBIANCE dimanche 10 juillet 2016

Par Abdoulaye Gassama

Abdoulaye s’est entretenu avec des membres du collectif Mwasi, qui lutte pour l’émancipation des Africaines et Afrodescendantes.

Le Bondy Blog : Quand et comment est né le collectif Mwasi ?

Mwasi : Le collectif a fêté son premier anniversaire le 22 novembre 2015. Il a été créé par un groupe d’Afrodescendantes. Les premières femmes du collectif se sont réunies pour une marche silencieuse contre les violences sexuelles en RDC.

Le Bondy Blog : Comment définiriez-vous votre Afroféminisme?

Il est bon de rappeler que l’Afroféminisme n’est pas un bloc monolithique. Il y a différents Afroféminismes. Le nôtre est non seulement pro-choix au sens où il défend le droit à l’avortement, la liberté de porter le voile ou non, la liberté d’expression corporelle et sexuelle, le choix de son identité de genre mais également intersectionnel, un concept popularisé par une Afroféministe états-unienne Kimberlé Williams Crenshaw à partir d’un travail sur la violence domestique et l’isolement des femmes battues Afro-étatsuniennes, rendues doublement invisibles par l’expérience croisée du racisme et du sexisme. C’est un outil qui permet de penser l’intersection des rapports de domination de sexe, de race et de classe. C’est en ce sens que nous sommes un collectif intersectionnel : nos luttes sont multiples et indémêlables. Elles s’attaquent aussi bien aux discriminations raciales, sexistes, classistes, validistes qu’à celles que subissent les minorités sexuelles et de genre face à la cishéteronormativité.

Le Bondy Blog : On porte aujourd’hui beaucoup d’attention au mouvement Afroféministe en France mais on oublie l’histoire de la présence de féministes noires en France. Pouvez-vous retracer la généalogie de l’Afroféminisme français?

Notre collectif n’est pas le premier collectif Afroféministe en France. En témoigne l’existence de la Coordination des femmes noires de 1976 à 1982, un mouvement de femmes noires Africaines et Antillaises qui luttaient pour le droit à la contraception et à l’avortement, contre l’apartheid et la répression en Afrique ou contre les politiques impérialistes. De 1982 à 1994, le mouvement pour la défense des droits de la femme noire (MODEFEN) a pris le relais. Mais on pourrait remonter aux soeurs Nardal qui, dans les années 20, tenaient un salon littéraire à Clamart dont l’objectif était de mettre en relation les diasporas noires. Des féministes noires ont donc bien existé en France. Il faudrait cesser de se référer sans cesse aux États-Unis même si cela s’explique par le peu de visibilité et d’archives sur ce mouvement en France. Il est par exemple très difficile de se procurer un exemplaire de La parole aux négresses d’Awa Thiam, une des membres de la Coordination des femmes noires ou d’avoir accès à La Revue du Monde Noir fondée en 1931 par le Dr Sajous (Haïtien) et les soeurs Jane, Andrée et Paulette Nardal (Martiniquaises). Il faut raviver la mémoire des Afroféminismes en France. Il y a actuellement un problème de transmission et d’institutionnalisation de ces luttes.

Le Bondy Blog : Vous prônez un savoir sur, par et pour les femmes noires au sein d’espaces non mixtes. En quoi cette non-mixité de race et de genre est-elle une « nécessité politique » pour reprendre l’expression de la sociologue Christine Delphy ?

C’est une nécessité politique parce que nous devons reconquérir notre droit à la parole. L’hostilité de certaines féministes à cette non-mixité perçue comme « communautariste » et « excluante » est assez surprenante quand on sait que la non-mixité est une tradition féministe. Ce qui dérange ces gen.te.s, au fond, c’est de ne pas avoir le contrôle sur nos luttes et notre agenda militant. De voir leurs privilèges mis en lumière. Nous affirmons être les mieux placées pour saisir les armes de notre émancipation. Ce n’est pas une non-mixité contre les autres. C’est une non-mixité pour nous retrouver entre nous, dans un espace sain et bienveillant où s’écouter et se soutenir. Un espace pour identifier et combattre les multiples violences que nous subissons en tant que femmes noires.

Le Bondy Blog : Vous portez un projet de transformation sociale et politique, à la fois antisexiste, antiraciste, anticapitaliste et anticolonialiste. Comment construisez-vous vos alliances avec d’autres organisations ou d’autres collectifs ? Sur quelles bases politiques ?

Nous avons certes besoin de faire des alliances intracommunautaires et extracommunautaires car nous avons peu de visibilité. Mais il y a des organisations avec lesquelles nous ne nous associerons jamais. Nous pensons notamment aux organisations antiracistes dites « traditionnelles » comme SOS Racisme qui se complaisent dans un antiracisme essentiellement moral et complètement dépolitisé. Nous travaillons en revanche avec des mouvements comme celui de Cases Rebelles, un collectif politique d’Afrodescendant.e.s fondé en 2010, ou Ferguson in Paris, né en septembre 2014 suite au meurtre de Michael Brown par la police américaine et dont l’action principale est d’informer et de lutter contre les violences policières en France.

Le Bondy Blog : Si vous deviez caractériser votre pratique du militantisme ?

Nous sommes dans la rue. Nous avons participé à plusieurs manifestations : les actions contre les viols en RDC, la manif du 8 mars à Paris, notre contre-manif du 5 septembre 2015 en soutien aux réfugié.e.s pour dénoncer le néocolonialisme, la marche pour Amadou Koumé et contre les violences policières le 10 octobre dernier, le rassemblement contre la pénalisation des Travailleu.r.se.s du sexe et de leurs clients, la 15ème marche des Trans, des Intersexes, les actions de justice climatique pendant la COP21 etc. Nous sommes aussi très présentes sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Periscope) qui nous permettent de relayer nos actions. Nous avons également un blog qui explique qui nous sommes, recense nos activités et partage des idées de lectures pour compléter ses réflexions Afroféministes. Nous avons également organisé un événement le 31 juillet pour la journée internationale des femmes Africaines, qui fut un succès ! Nous organisons des collectes et des distributions de vêtements et de dons pour les réfugié.e.s. Nous collectons des dons ici.

Le Bondy Blog : Le 31 octobre 2015 a eu lieu la Marche de la dignité et contre le racisme, avec le soutien de la militante du mouvement des droits civiques aux États-Unis : Angela Davis. Votre collectif a signé l’appel et participé à cette marche. Pour quelles raisons ?

Nous avons participé à cette marche pour rendre hommage aux luttes portées par les immigrations postcoloniales, les départements et territoires d’outre-mer et les quartiers populaires. C’était une marche pour affirmer notre dignité, réclamer la justice et exprimer notre opposition au racisme institutionnel. Cette marche était également importante parce qu’elle était organisée par la MAFED (Marche des femmes pour la dignité), un collectif de femmes racisées dont nous faisions partie. Il était important pour nous de rendre visible l’intersectionnalité de notre lutte et la dimension politique de nos vies.
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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede Fred1 » 14 Juil 2016, 11:11

Bonjour

J'ai quelque lacune avec le mot "racisées" qui me déplais, et comment une organisation féminisme peut défende la prostitution?

un collectif de femmes racisées dont nous faisions partie.


Les mots ont un sans, le raciste c'est aussi refusé d’admettre que l'humain forme une seule race, quant on parle de femme "racisées", ça me rappel les mouvement qui au finale revendique les même théorie raciste que nous sommes censé combattes, au moins sur se forum. C'est fatigant de constaté l'échec philosophique et humanitaire, que des mots réactionnaire comme "rasisée", apporte a la théorie des races et leurs adepte de tout poile..


Ça me déprime que les collectifs "intersectionnels" soient toujours dans la défense de la prostitution
Pour le reste, c'est riche et intéressant


Elles défende la prostitution ou les prostitué "racisée"?

De plus même si ici la prostitution est légèrement condamné, se qui a mon avis ne freine pas le trafique humain, ceux qui se prostitue en Belgique, en Espagne et ailleurs démontre déjà un échec abolitionnisme qui est pour le coups dépriment, c'est pire il me semble.
http://www.brain-magazine.fr/article/re ... Parisienne
Nous n’avons pas peur des ruines. Nous sommes capables de bâtir aussi.

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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede Pïérô » 15 Juil 2016, 00:11

Le problème est multiple

Dans l'exemple de la marche de la dignité il n'y a pas que la question de la défense de la prostitution (et ce qui fait divergence avec ce que tu avances Fred, mais je ne vais pas aller sur ce terrain là, il y a différents topics ici pour se faire), mais aussi ce qui fait le lit d'un confusionnisme qui pose un problème bien plus large au regard de la question de la lutte féministe d'un point de vue libertaire (et pas libéral). Cette initiative porte des tares qui ramène au post-modernisme libéral et pas à ce que l'on pourrait construire en terme de féminisme libertaire, un mouvement quasi complètement absent de ce qui ce montre en formes de féminisme "radical" aujourd'hui. Ce mouvement est gangréné par la phraséologie du PIR viewtopic.php?f=94&t=6982. Il y a au sujet de cette marche pour la dignité du 31 octobre 2015 et de ce courant des éléments ici : viewtopic.php?f=76&t=13128

Il reste, et c'est une vraie montagne à gravir en l'état, à construire un véritable mouvement féministe libertaire, en capacité de construire une force autonome d'un féminisme bourgeois réformiste et bon teint, et d'un féminisme pseudo "radical" confusionniste qui renvoie aux chaines de la prostitution comme du voile et de la religion, sous le rapport d'une "libérté" qui ramène au libéralisme et pas à la révolution libertaire, et c'est là qu'il y a un véritable enjeu, un féminisme libertaire en capacité de construire un réel rapport de force, dans ce système capitaliste et patriarcal, dans la vie politique et sociale, dans notre vie quotidienne, dans les quartiers... C'est une forme d'intersectionnalité qui est féminsime qui prend en compte les questions liées au racisme, au colonialisme et post-colonialisme, qui est lutte des classes, contre l'appropriation du corps qu'elle soit marchande ou religieuse, contre l'oppression religieuse mais pas contre les femmes croyantes, et qui doit être libertaire, si l'on veut avancer dans ce domaine de lutte contre l'oppression.
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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede clateuf » 15 Juil 2016, 20:45

Christine a écrit:Ça me déprime que les collectifs "intersectionnels" soient toujours dans la défense de la prostitution
Pour le reste, c'est riche et intéressant


Au contraire, cela n'a rien d'étonnant car le courant "intersectionnels" est profondément identitaire. Comme la théorie queer qui vise à invisibiliser le fait que ce sont les féministes radicales qui, les premières, ont compris et analysé la notion de genre en tant que construction sociale à combattre (d'ailleurs, en réalité la théorie queer sur-valorise la masculinité et érotise la violence qui lui est fondamentalement liée), les "intersectionnels" réinterprètent dans une logique de morcellement archaïque et contre-révolutionnaire les constats élaborés depuis longtemps par les militant-e-s universalistes (de toutes les couleurs). Ce qui est frappant aussi c'est que, les "intersectionnels" (qui sont pour la majorité issu-e-s des élites universitaires plutôt que du prolétariat) qui prétendent détenir la palme, voir le monopole, d'une lutte politique qui prendrait en compte toutes les formes d'oppression, oublient systématiquement d'intégrer à leur rhétorique et à leur activisme les plus opprimé-e-s de tou-te-s : les enfants... (qui, par exemple en France - pays prétendument doté de services dits de "protection de l'enfance" - sont au moins 2 à mourir chaque jours sous les coup de leurs parents dans l'indifférence quasi générale... en France toujours, au moins un-e enfant sur 24 est victime de viols incestueux dans l'indifférence quasi générale...). L'âge moyen mondial d'entrée dans la prostitution est 14 ans, donc il y en a des plus jeunes... des beaucoup plus jeunes... mais les "intersectionnels" continuent de faire comme si les prostituées étaient toutes des adultes parfaitement "libres" qui ne souffriraient d'aucun traumatisme, et surtout pas de traumatismes consécutifs à des violences subies durant leur enfance...
En ce qui concerne l'anarcha-féminisme, en effet, il y a un mouvement à construire, mais pas sur des bases superficielles, ni consensuelles pour rassembler tout le monde et n'importe qui et encore moins pour alimenter la logique qui visent à monter les unes contre les autres les féministes cohérentes, qu'elles soient libertaires ou non. Il n'y a jamais eu et il n'y a toujours pas de "féminisme bourgeois", comme il n'y a jamais eu et il n'y a pas de "féminisme blanc". Par contre, il y a des fausses féministes qui font passer les intérêts de certains hommes avant la libération de toutes les femmes. Et il y a aussi, en particulier au sein de nos propres rangs, et ce depuis la naissance du mouvement féministe, des anti-féministes qui traitent de "bourgeoises" les féministes qu'ils cherchent à éloigner de leurs camaradEs pour dissuader ces dernières de s'écarter de l'habituelle analyse androcentrée de la lutte des classe. Pour un mouvement anarcha-féministe clair et cohérent, voici un texte qui me semble être une bonne base :

http://clas.pe.hu/spip.php?article1
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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede Fred1 » 17 Juil 2016, 09:56

clateuf a écrit:
Christine a écrit:Ça me déprime que les collectifs "intersectionnels" soient toujours dans la défense de la prostitution
Pour le reste, c'est riche et intéressant


Au contraire, cela n'a rien d'étonnant car le courant "intersectionnels" est profondément identitaire. Comme la théorie queer qui vise à invisibiliser le fait que ce sont les féministes radicales qui, les premières, ont compris et analysé la notion de genre en tant que construction sociale à combattre (d'ailleurs, en réalité la théorie queer sur-valorise la masculinité et érotise la violence qui lui est fondamentalement liée), les "intersectionnels" réinterprètent dans une logique de morcellement archaïque et contre-révolutionnaire les constats élaborés depuis longtemps par les militant-e-s universalistes (de toutes les couleurs). Ce qui est frappant aussi c'est que, les "intersectionnels" (qui sont pour la majorité issu-e-s des élites universitaires plutôt que du prolétariat) qui prétendent détenir la palme, voir le monopole, d'une lutte politique qui prendrait en compte toutes les formes d'oppression, oublient systématiquement d'intégrer à leur rhétorique et à leur activisme les plus opprimé-e-s de tou-te-s : les enfants... (qui, par exemple en France - pays prétendument doté de services dits de "protection de l'enfance" - sont au moins 2 à mourir chaque jours sous les coup de leurs parents dans l'indifférence quasi générale... en France toujours, au moins un-e enfant sur 24 est victime de viols incestueux dans l'indifférence quasi générale...). L'âge moyen mondial d'entrée dans la prostitution est 14 ans, donc il y en a des plus jeunes... des beaucoup plus jeunes... mais les "intersectionnels" continuent de faire comme si les prostituées étaient toutes des adultes parfaitement "libres" qui ne souffriraient d'aucun traumatisme, et surtout pas de traumatismes consécutifs à des violences subies durant leur enfance...

http://clas.pe.hu/spip.php?article1


Si elle tenait des contre rendu sur c'est sujet, comme les violence conjugale, l’inceste etc, et vue que c'est une organisation 'intersectionnels" ,bon? Contrairement au universalisme il y a de l'opacité dans c'est organismes (intersectionnels).
Cela dit c'est dernière année on peut pas nié la spécificité des violence sur les femmes noir.
Par exemple j'avais des voisin Africain et on pouvait a l'époque marché sur les pelouse, joué au ballon ou s'asseoir. Cette famille c'est vue interdire de s'asseoir sur cette pelouse, ça déranger, alors que nous on pouvait. Et puis il y a celle que la police expulse sans ménagement des squattes sans être reloger.
Il y a un racisme d'état et des déclaration sur les bruie et les odeur de Chirac, le karcher de Sarkozy, et les rom qui on pas vocation a vivre en France de Val (socialistes?)... Qui on fait du dégât.

Il y a vraiment de quoi déprimé, cette époque est réactionnaire, que faire?
Nous n’avons pas peur des ruines. Nous sommes capables de bâtir aussi.

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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede Lila » 04 Juin 2017, 19:23

Festival afroféministe : "Les dominants ont toujours imposé leurs vues"

Depuis ce week-end, la polémique enfle autour du festival Nyansapo, en partie "non mixte" (c'est-à-dire réservé aux personnes habituellement discriminées). Entretien avec la sociologue Christine Delphy, qui nous explique l'intérêt de la non-mixité.

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/ ... -vues.html


De souche / pas de souche, Blancs / non-Blancs... stop !

Martine Storti - Essayiste

Je reçois un mail de Libération me proposant de réagir à «la polémique à propos du festival
afroféministe Nyansapo». Merci, c’est gentil, j’accepte. Et quelques minutes plus tard, la lucidité
m’ayant gagnée, je prends conscience du pétrin dans lequel je me suis fourrée. C’est, en effet,
typiquement le genre d’affaire où il n’y a que des coups à prendre, quelle que soit la position
énoncée. Vais-je dire que ces «femmes et personnes assignées femmes, noires et métisses
africaines et afro-descendantes» (je reprends les termes qui figurent sur le site du collectif
afroféministe Mwasi organisateur du festival en question) ont bien le droit de se réunir entre
elles ? Après tout, n’est-ce pas ce que le MLF a fait pendant des années et après lui de très
nombreux groupes féministes, même s’il ne s’agissait alors que d’un entre-femmes où la couleur
de peau n’entrait pas en compte ?
Approuver cette non-mixité «de genre et de race» - je continue à reprendre les mots du site -
c’est illico presto se faire accuser de cautionner, au choix ou en même temps, le
communautarisme, le racisme anti-Blancs, la sécession d’avec la République française, et peutêtre
même l’islamisme et le terrorisme ! Mais désapprouver cette non-mixité, c’est aussitôt
récolter d’autres accusations, là encore au choix ou en même temps : raciste, agente - à tout le
moins - complice du néocolonialisme et de l’impérialisme blanc, et même suppôt de l’extrême
droite et de la fachosphère. Encore ne suis-je - c’est une chance ! - qu’une affreuse féministe
blanche. Car si j’étais noire ou métisse, je prendrais en pleine figure, comme la journaliste
Audrey Pulvar ou l’élue municipale parisienne Lunise Marquis, l’accusation la plus infamante, celle
d’être une «traître» à ma communauté ainsi qu’à mes soeurs et frères de couleur. «Traître», le
mot toujours utilisé pour refuser le débat et disqualifier le désaccord, traître le mot qui signe
un fonctionnement totalitaire, quel que soit le courant politique.
Donc que des coups à prendre. Et se sentir coincée. Alors, réagir, certes, mais en tentant de
desserrer l’étau, d’écarter les branches de la tenaille.
Un combat de femmes noires, un combat mené à la fois contre le patriarcat et contre le racisme,
oui, mille fois oui. Et cette lutte a une longue histoire. Le collectif Mwasi rappelle à juste titre
que dans les années 70 existait en France une coordination des femmes noires. Il est
actuellement très chic et très post-col ou décolonial de dire qu’à cette coordination les
«féministes blanches» ont été totalement indifférentes. C’est chic, post-col ou décolonial mais
c’est faux. Nombreuses ont été les «féministes blanches» de l’époque à militer avec cette
coordination et à travailler avec Awa Thiam qui en était alors la principale animatrice. Pas inutile,
en revanche, de rappeler que ses principaux opposants étaient les «camarades révolutionnaires»,
aussi noirs que les femmes, qui leur expliquaient que leur combat était secondaire, voire petit

bourgeois, et que de toute façon tous leurs problèmes seraient résolus avec et après la grande
révolution anticoloniale !
Quels étaient les thèmes de lutte de cette coordination ? Lutte contre le racisme dont les
femmes noires sont victimes, assurément et lutte contre le patriarcat, mais sous toutes ses
formes : le patriarcat colonial et néocolonial qui s’allie au racisme, bien sûr, mais aussi le
patriarcat de leur propre communauté, ou pays, ou culture, qui se manifeste par exemple dans la
polygamie, ou les mutilations sexuelles féminines, ou les mariages forcés, ou les inégalités entre
filles et garçons, autant d’enjeux qu’Awa Thiam développait en 1978 dans son livre la Parole aux
négresses (1), balayant ainsi tout le champ de l’oppression. Retrouve-t-on dans le collectif Mwasi
qui prétend à la succession une telle ampleur de perspectives ? Absolument pas.
Un ennemi principal : «Le système raciste, hétéropatriarcal, capitaliste, néocolonial», nommé
aussi «blantriarcal» et des ennemis secondaires, si je puis dire, au sens où ils secondent le
principal, tantôt «le féminisme blanc», tantôt «les féministes blanches». Mais du patriarcat sans
ou avec couleur, dont des femmes noires, françaises ou en France peuvent être victimes, pas un
mot, en tout cas, j’ai cherché, sur le site du collectif Mwasi, pas un mot, en effet, de la
polygamie, des mariages forcés, de l’excision…
Analyser et lutter contre toutes les formes d’oppressions, dessiner des chemins qui pour ne pas
être identiques visent le même but, celui de l’émancipation, celui donc du droit à la liberté, à
l’égalité, et j’ajouterai à la singularité, cela se dit dans un mot ancien, un beau mot, un mot que je
me permets d’aimer, celui d’«universel».
Je ne me lasserai pas de le répéter : en ces temps d’assignations et de manipulations identitaires
conduites par des bords prétendument opposés, de folie partagée des racines et de l’origine, de
séparation entre les «de souche» et les «pas de souche» pour les uns, entre les «Blancs» et les
«non-Blancs» pour d’autres, binarisme qui fonctionne selon le même logiciel, il y a dans
l’affirmation de valeurs et de principes politiques universels, dans la volonté de faire exister un
universel réel, concret, une subversion dont il convient de ne jamais se déprendre.

(1) La Parole aux négresses, Awa Thiam, préface de Benoîte Groult, Denoël - Gonthier, 1978.
Dernier ouvrage paru : Pour sortir du manichéisme, des roses et du chocolat,
éd. Michel de Maule, mars 2016.


https://marchemondialedesfemmesfrancedo ... 2b0337.pdf
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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede Pïérô » 08 Juin 2017, 15:38

Cette non-mixité militante qui fait débat

Retour sur la controverse autour du festival afro-féministe Nyansapo, avec Kiyémis, blogueuse militante et
Sophie Wahnich, historienne spécialiste de la révolution française. Animé par Jade Lindgaard.

Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede bipbip » 10 Juin 2017, 14:15

Hidalgo et les fachos, main dans la main contre le Nyansapo Fest

Un tollé dans la fachosphère, la Ville de Paris qui embraye, puis rétropédale... Un épisode qui en dit long. Rappelons que la non-mixité n’est pas un objectif de société, c’est un outil qui permet aux personnes concernées par une oppression spécifique de s’organiser entre elles.

Pendant la campagne présidentielle, toutes les personnalités de « gauche » ou presque, tous les grands penseurs du Parti socialiste, se prétendaient à la pointe du combat contre l’extrême-droite. Un mois plus tard, ils reprennent les mensonges de la fachosphère concernant un festival afroféministe, le Nyansapo Festival.

Le collectif Mwasi, un collectif militant de femmes noires, notamment coorganisateur de la Marche de la dignité et contre le racisme du 31 octobre 2015, est à l’origine de ce festival qui aura lieu en juillet. Il a pour but de « construire des stratégies et des solidarités durables » autour des oppressions spécifiques subies par les femmes noires.

La fachosphère a dénoncé, sur les réseaux sociaux, un festival « interdit aux Blancs » le 26 mai. Ce qui aurait pu, et dû, n’être repris que par les élus du FN, tel Wallerand de Saint-Just, a en fait permis à certains de se faire un peu de pub à bas coût en cette période électorale. Quelques « intellectuels de gauche » comme Raphaël Enthoven ou encore Joann Sfar reprennent l’expression à leur compte pour mieux dénoncer le « communautarisme » ou encore le « repli identitaire ». Quant à la maire de Paris, Anne Hidalgo, elle déclarait vouloir faire interdire le festival !

Mais qu’en est-il vraiment ? Le festival est organisé en fait en différents espaces, certains réservés aux femmes noires (80% du festival), d’autres réservés aux personnes noires, d’autres aux femmes racisées, et d’autres enfin ouverts à toutes et à tous.

Cette pratique de la non-mixité, qu’elle soit basée sur le genre ou sur tout autre caractère social, est un classique dans les milieux militants. Elle existait aux États-Unis dans le mouvement pour les droits civiques des années 1960 (où certaines réunions étaient réservées aux personnes racisées), dans les milieux féministes français dès les années 1970 (où certaines réunions étaient réservées aux femmes), et est encore fréquemment utilisée aujourd’hui.

Il faut préciser que la non-mixité n’est pas un objectif de société, c’est un outil qui permet aux personnes concernées par une oppression spécifique de s’organiser entre elles.

Le festival n’est donc pas « interdit au Blancs ». Certains espaces sont réservés aux Noirs et excluent donc les Blancs, certes, mais personne ne souligne qu’ils excluent les Maghrébins, les Asiatiques, ou encore les hommes noirs pour ceux réservés aux femmes noires.

Il est terrible de voir des personnalités « de gauche » reprendre ce mensonge de l’extrême droite pour jouer sur les peurs. Ce n’est pas une première, loin de là, mais il faut dire et redire que l’on ne peut pas se prétendre antifasciste d’un côté et jouer sur les peurs fascisantes de l’autre. Que l’on ne peut pas utiliser les voix des personnes racisées pour se faire élire un jour, et leur dire qu’elles exercent un repli identitaire le lendemain, quand ce qu’elles cherchent à faire, c’est s’organiser pour lutter contre les oppressions multiples que les fachos et la gauche de gouvernement contribuent à pérenniser.

Nous soutenons résolument l’auto-organisation des opprimé.es et nous tenons à exprimer toute notre solidarité aux organisatrices et organisateurs du festival Nyansapo [1].

Alternative libertaire, le 31 mai 2017


[1] Il est possible de soutenir financièrement le festival https://www.lepotcommun.fr/pot/55bdrc55.

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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede bipbip » 24 Juin 2017, 16:16

Expliquez-moi l’afroféminisme

Depuis le début de ma conscientisation, je me suis toujours dite féministe. Ce qui fait déjà une bonne dizaine d’années. Sans être pour autant dans un organisme ou dans un collectif, j’ai peu à peu commencé à militer, surtout sur les réseaux sociaux. Mais ce n’est que très récemment que j’ai commencé à me revendiquer afroféministe. Et quelques fois, on me demande pourquoi parler d’afroféminisme ? Pourquoi créer une division dans un combat qui doit être universaliste ? (oui, on l’entend souvent…)

C’est donc le but de cet article. Mais pour comprendre ce qu’est l’afroféminisme, il faut d’abord comprendre un concept sur lequel se base ce mouvement : l’intersectionnalité.

Qu’est-ce que l’intersectionnalité ?

C’est dans les années 1980 que Kimberlé Crenshaw, universitaire féministe afro-américaine introduit le concept d’intersectionnalité (terme qu’elle a inventé) au féminisme. Voici le résumé de l’article de sociologie[1] publié en 1994 dans lequel elle explique la raison de l’intersectionnalité :

“Les discours féministes et antiracistes contemporains n’ont pas su repérer les points d’intersection du racisme et du patriarcat. Face à ces difficultés, cet article propose une approche originale : l’intersectionnalité. La première partie traite de l’intersectionnalité structurelle — de la manière dont le positionnement des femmes de couleur, à l’intersection de la race et du genre, rend leur expérience concrète de la violence conjugale, du viol et des mesures pour y remédier qualitativement différente de celle des femmes blanches. La seconde partie porte sur l’intersectionnalité politique : notamment la marginalisation de la question de la violence contre les femmes de couleur induite par les politiques féministes et antiracistes. Enfin, l’article conclut par l’examen des conséquences de l’approche intersectionnelle dans le champ plus large de la politique de l’identité contemporaine.”

L’intersectionnalité est un outil pour étudier les formes de domination et de discrimination (racisme, sexisme, homophobie, etc.) non pas de manière distincte, mais dans les rapports entre elles. Le principe ? Les rapports de domination ne peuvent pas être entièrement expliqués s’ils sont étudiés séparément les uns des autres. L’intersectionnalité permet donc d’étudier les intersections entre différentes oppressions.

Avec cet outil, on peut donc affirmer que les femmes afro-descendantes ne subissent pas le racisme d’un côté, et le sexisme de l’autre. Elles sont à l’intersection de ces deux oppressions et subissent une combinaison des deux : la misogynoir (terme anglophone formé à partir des mots “misogyny” et “noir”, créé par Moya Bailey et Trudy du blog The Gradient Lair). D’où l’existence de mouvements afroféministes pour la combattre.

... http://simonae.fr/militantisme/feminism ... feminisme/
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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede bipbip » 28 Juil 2017, 19:40

Festival Nyansapo

festival afroféministe militant

Du 28 au 30 juillet 2017, le collectif Mwasi organise et accueille la première édition du Festival NYANSAPO, festival afroféministe militant à l'échelle européenne qui se tiendra à la La Générale Nord-Est . Ce festival a pour vocation d'être accueilli chaque année par un collectif afroféministe différent à travers l'Europe.

Image

Nous voulons construire des stratégies et des solidarités durables, et pour cela il est important de se rencontrer, pour partager, échanger, faire avancer nos combats. Pour cette première édition nous avons choisi de mettre l'accent sur l'organisation de nos résistances en tant que mouvements afroféministes.

Notre festival est organisé en plusieurs espaces :
• Espace non mixte ...femmes noires (80% du festival) : débats et construction d'une stratégie et d'un agenda politiques, groupes de paroles, réflexions sur les théories afroféministes et care
• Espace non mixte personnes noires : Réflexions autour de la communauté noire, et les luttes afros
• Espace non mixte femmes racisées : Échanges sur les féminismes décoloniaux
• Espace ouvert à tou.te.s : Tables rondes, showcases et expositions

Pourquoi NYANSAPO ? Cela vous semble énigmatique ? Nous honorons à travers le nom de ce festival la sagesse de nos communautés. NYANSAPO, est un adinkra (symboles visuels, créés par les Ashanti du Ghana et les Gyaman de la Côte d'Ivoire) qui signifie nœud de la sagesse, ingénuité, intelligence. La capacité de choisir le meilleur moyen pour atteindre son but, utiliser la connaissance et l'expérience à des fins pratiques.

Et oui, rien que ça, ça promet, alors les sist@s on vous attend et faites passer le mot !

Programme : https://nyansapofest.org/programme/

https://www.facebook.com/events/742067055967121/
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Re: Intersectionnalité / Le collectif Mwasi

Messagede Lila » 03 Sep 2017, 20:57

Lallab démêle le vrai du faux à son sujet

Vous avez récemment entendu parler de l'association Lallab ? Vous avez lu une chose d’un côté et son contraire de l’autre ? Pas de panique ! Voici quelques éléments de réponses pour démêler le vrai du faux.
Prenez donc le temps de les lire et de venir nous rencontrer : ce sera le meilleur moyen de nous connaître !

à lire : http://www.lallab.org/lallab-demele-le- ... son-sujet/
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Re: Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede Lila » 19 Nov 2017, 22:42

AssiégéEs

Citadelle des résistances

Derrière AssiégéEs des raciséEs en résistance qui se positionnent pour une intersectionnalité révolutionnaire. Une position indispensable tant le féminisme blanc est éloigné des impératifs des femmes raciséEs. Le féminisme blanc est l'exemple type du faux allié mais vrai oppresseur. Dans le même temps si nous soutenons les personnes racisées capitalistes dans leur combat contre le racisme, nous refusons néanmoins le remplacement du capitalisme blanc par un capitalisme de la diversité. En tant que système d'appropriation et d'accumulation, il sera toujours question d'inégalités et de mauvaises répartitions des richesses. La démarche intersectionnelle c’est aussi mettre en lumière les spécificités du sexisme et de l'homophobie dont sont victimes les personnes racisées. Notre objectif est de promouvoir l'humanité et la dignité de touTEs les personnes racisées. Il ne s'agira pas de combattre uniquement le racisme du plafond de verre alors que nous sommes nombreu.se.x au niveau du plancher collant. Nous ne le savons que trop bien : nulle libération n’est possible en perpétuant un système oppressif. Toutes nos vies ont de l'importance car dans cette lutte pour l'émancipation de touTEs les raciséEs : ON EST ENSEMBLE.


Blog : http://www.assiégé-e-s.com/
(le lien ne semble pas fonctionner, il faut copier/coller dans la barre de recherche)
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Re: Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede bipbip » 11 Jan 2018, 19:42

Linda Sarsour et le féminisme relativiste

Linda Sarsour et le féminisme relativiste mis à mal !

Les féministes universalistes l’ont tout de suite suite su, il ne pouvait y avoir de féminisme communautaire, encore moins religieux. C’est par définition antinomique. Pourtant, depuis le début des années 2000 sous l’impulsion de pays musulmans œuvrant au sein des institutions internationales, des groupes « féministes musulman » et autres variantes, tentent de s’imposer. Ces groupes bénéficient de toute l’attention de médias complaisants en quête de nouveauté, qui les ont baptisés : « nouveaux féminismes ».

Linda Sarsour, l’une des organisatrices de la Women’s March, arbore le voile islamique ; elle est l’un des symboles de ces « nouveaux féminismes ». Aussi, ne fus-je pas surprise d’apprendre hier par la presse américaine qu’un témoignage d’une ancienne collaboratrice de l’Arab american association compromet sévèrement Mme Sarsour. D’après ce témoignage, Mme Sarsour, alors Directrice exécutive de l’AAA, aurait couvert le harceleur et agresseur sexuel de Mme Asmi Fatehlbab parce qu’il était un « bon musulman qui passait du temps à la mosquée ».

Mme Fatehlbalb, jeune New-Yorkaise musulmane de 37 ans, parle de l’association comme d’un « environnement dangereux et violent pour les femmes ». Aslu Fatehlbab termine son lourd témoignage en disant que « le harcèlement est toujours de la faute des femmes dans l’association et que Sarsour ne protège que les hommes, elle ne soutient pas les autres femmes ; la seule femme qui l’intéresse, c’est elle-même ». Une fois le contrat de travail d’Asmi Fatehlbab venu à terme, Linda Sarsour lui aurait assuré qu’elle ne retrouverait plus de travail à New York.

Il faut lire ce témoignage que nos médias français penseront peut-être à traduire New-York Post : https://nypost.com/2017/12/18/womens-ma ... sex-abuse/

Triste exemple de relativisme culturel quand une femme en responsabilité couvre un homme de la même religion/communauté qu’elle, lui permet d’agresser sexuellement une autre femme, le protège lui, et la sacrifie elle. Aucune sororité, aucune solidarité, juste une quête de pouvoir politique pour imposer une religion et une manière de vivre.

Le féminisme communautaire et/ou religieux est une forme d’aliénation patriarcale ; le « féminisme », si féminisme il y a, passe toujours au second plan. Ce type de « nouveau féminisme » est une vue de l’esprit, une imposture politique.

Les féministes universalistes en sont convaincues : aucune religion jamais, aucune communauté, aucune tradition (à de très rares exceptions près) ne défend les libertés ni droits des femmes, bien au contraire, ce sont de redoutables instruments pour maintenir les femmes sous contrôle de la domination masculine.

Le relativisme culturel qui imprègne la gauche, les milieux universitaires et médiatiques, n’épargne pas les mouvements féministes qu’il divise. Il est urgent de le comprendre, seul le féminisme universaliste est capable de parvenir à l’égalité femmes-hommes et de proposer un projet de société émancipateur pour les femmes et plus généralement pour l’humanité.

Christine Le Doaré


https://christineld75.wordpress.com/201 ... mis-a-mal/
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Re: Intersectionnalité, Le collectif Mwasi ...

Messagede bipbip » 15 Jan 2018, 23:30

Contre les extrémismes religieux

Féministes contre les extrémismes religieux

extrémismes/intégrismes religieux profitent toujours des périodes troublées pour revenir à la charge. Même au « pays des Lumières » rien n’est définitivement acquis, les extrêmes tentent de s’imposer par la censure ou par la mobilisation politique (comme dans le cas du mariage pour tous, par exemple).

Mondialisation, crises économiques et conflits en tous genres, ont poussé des populations à se réfugier en orient, dans des organisations (Frères musulmans…) et des régimes politico-religieux islamistes ; alors qu’en occident, les courants religieux réactionnaires ont mobilisé contre le mariage ouvert aux couples de même sexe, et sont toujours vent debout contre l’avortement.

Dans le mouvement féministe et plus généralement les mouvements progressistes, il est ordinaire de lutter contre les catholiques intégristes obsédés par la hiérarchie des genres, par la sexualité des femmes, et par l’homosexualité. Beaucoup de combats féministes ont consisté à s’opposer aux restrictions de liberté imposées aux femmes par des dogmes religieux emprunts de misogynie, et à s’affranchir des rôles traditionnellement impartis aux genres féminin et masculin.

En revanche, lutter contre l’influence de l’islam politique est moins consensuel. Les musulmans bénéficient pour une partie de la gauche, du statut jadis reconnu à la classe ouvrière opprimée. Par voie de conséquence, critiquer ce qui, d’une manière ou d’une autre, relève de l’islam est tabou. Une partie du mouvement antiraciste a substitué à la lutte contre le racisme, la lutte contre l’ »islamophobie ». Il ne s’agit plus tant de combattre les discriminations et violences à raison de l’origine ou de la couleur de peau, que d’empêcher toute critique d’une religion, même quand elle vise à contrôler et à inférioriser les femmes. Les règles, coutumes et traditions communautaires à caractère religieux qui enferment les femmes sont peu contestées par peur d’être jugé «islamophobe».

Le contexte étant posé, comment lutter contre les intégrismes religieux ? Selon moi, il est important de commencer par se mettre d’accord sur ce qu’est et ce que n’est pas le féminisme :

Il n’y a pas un seul féminisme, des clivages sont apparus dès le début, puis dans les années 70 entre des tendances luttes de classe et psychanalyse et politique ; puis apparurent les théories queer post-modernes américaines qui visent à abolir le genre et ce faisant disqualifient les luttes féministes, etc.

– Il devrait être possible de se mettre d’accord sur ce qu’est à minima, le féminisme :
• reconnaitre que la moitié de l’humanité en tant que groupe/classe des femmes, est toujours dans une situation d’infériorité/inégalité par rapport au groupe des hommes,
• œuvrer pour une autonomie et maitrise totale par les femmes, de leur corps (intégrité physique, mentale, sexuelle, sexualité, reproduction…), et de leur vie (éducation, couple, famille, santé, emploi…),
• viser l’égalité réelle en solidarité avec les femmes du monde entier qui subissent toutes, quelle que soit leur origine ou couleur de peau, culture ou religion, des discriminations et violences inhérentes au système patriarcal.

Le féminisme universaliste est un combat universel contre la domination masculine.

– Il devrait être tout aussi facile de se mettre d’accord sur ce que ne peut pas être le féminisme. Il ne suffit pas de se prétendre féministe pour l’être, les impostures hélas ne manquent pas.

Depuis les années 2000 a émergé un « féminisme » relativiste qui a pour caractéristique de réduire des femmes à une identité (régionale, culturelle, religieuse…). Ce féminisme qui consiste à aménager l’oppression est une adaptation aux exigences traditionnelles, communautaires, religieuses. Il n’est pas apparu spontanément mais concomitamment à l’influence grandissante au sein même des institutions internationales, de pays au régime politique islamique, tel que par exemple l’Arabie Saoudite (qui a rejoint récemment la Commission des Droits de la Femme à l’ONU!). Ces pays financent dans le monde entier, des groupes dits « féministes » qui en réalité, remettent en question des fondamentaux du féminisme.

Ces pays se sont attaqués, à l’ONU notamment, au caractère universel des Droits des femmes, en imposant la nécessité de prendre en compte des spécificités régionales. Ce relativisme culturel a engendré des « féminismes » identitaires, tel le « féminisme islamique » et ses variantes : « dé-colonial »… (En France : c’est notamment l’association « Femmes dans la mosquée » de Hanane Karimi …), c’est un « féminisme » communautaire, racialiste et donc par nature essentialiste et différentialiste.

Nous constatons que ces « féminismes » séparent les femmes les unes des autres au profit d’autres luttes que celles contre le patriarcat. Comment pourrait-il en être autrement alors que les traditions et religions ont toujours été l’instrument le plus répressif du système patriarcal. Renvoyer des femmes à leur religion, leurs traditions, leur communauté, leur culture pour les isoler des autres femmes, retarde notre émancipation collective.

Il n’existe pas plus de « féminisme » islamique que chrétien ou juif, c’est une imposture car il n’y a pas d’aménagement possible de l’oppression : le féminisme ne s’adapte pas aux règles posées par l’oppresseur, il les renverse, les dépasse pour l’émancipation de toutes et tous.

Une fois le féminisme défini, comment résister à sa récupération et à son dévoiement ? :

– Se méfier de certains concepts, comme »islamophobie», »intersectionnalité» ou « inclusif » très prisés par les défenseurs du relativisme culturel. Certes, les oppressions se surajoutent : à l’évidence, être femme, noire, et pauvre par exemple, est autrement plus difficile à vivre que d’être blanc et aisé. Le racisme et la xénophobie, l’antisémitisme, comme le sexisme et l’homophobie/la lesbophobie, tous les préjugés et rejets de l’autre doivent combattus, mais renvoyer des femmes à leur groupe d’origine ne peut constituer une solution. Comment un repli identitaire pourrait-il les/nous affranchir de la domination masculine qui traverse toutes les origines comme toutes les classes sociales ? L’ »intersectionnalité » comme les « féminisme décolonial », « féminisme inclusif », le plus souvent noient les revendications des femmes dans les agendas masculins. Comment pourrait-il en être autrement là aussi : le machisme n’a jamais eu besoin de l’occident ni des colonisateurs pour exister.

– Refuser la banalisation du « féminisme » relativiste, islamique ou autre, s’opposer à la « mode pudique », au « Hidjab day » de Sciences Po et aux groupes tels que Lallab (*) par exemple.

L’islam politique veut imposer le voile, la mode dite «pudique » l’aide à y parvenir en dépolitisant son caractère religieux : prétendre que des femmes s’affichent couvertes dans l’espace public pour des raisons esthétiques, comme s’il s’agissait de n’importe quel autre accessoire, est perfide. Le voile est l’étendard de l’islamisme, il affiche visiblement et via les femmes, sa progression, mais s’il est banalisé en étant dépolitisé par la mode, il devient alors facile de le généraliser. En revanche, les féministes universalistes ont plus de mal à le combattre pour ce qu’il est vraiment, même si, paradoxe stupéfiant quand on y songe, de nombreuses musulmanes dans le monde, se battent contre ce même voile.

Le crédo de l’association « féministe islamique » Lallab est de rejeter le « féminisme blanc » pour imposer des spécificités communautaires et religieuses, en particulier l’acceptation du voile islamique. Lallab cautionne et développe en les intégrant, des règles de conduite, des obligations prescrites seulement aux femmes ; se faisant, l’association s’adapte à l’oppresseur et devient un porte-parole comme un autre, du système patriarcal. Lallab cautionne un apartheid genré et contribue à pérenniser un système d’oppression, c’est donc une indéniable récupération du féminisme. Pourtant, ce groupe accusé de détourner des subventions publiques en recrutant des services civiques, a été défendu par nombre d’associations féministes aveuglées par une idéologie islamo-gauchiste qui peu à peu a convaincu à l’extrême gauche et plus largement.

– Réveiller le mouvement féministe qui se laisse séduire par ces « nouveaux féminismes » promus massivement dans les médias et milieux universitaires. Combien d’émissions de radio et articles de presse ces dernières années sur ce qui nous est vendu comme « nouveau féminisme » ? On ne les compte plus.

Dénoncer l’imposture sans complaisance, résister pied à pied à la récupération ne suffisent pas, le féminisme universaliste doit aussi construire des alliances :
• Avec les groupes féministes laïques tels que par exemple le groupe « Femmes sans voile d’Aubervilliers » en France et d’autres ailleurs, relayer leurs actions, en organiser en commun.
• Avec les intellectuel.le.s et militant.e.s qui résistent dans le monde arabe, au Maghreb, en Egypte, également en Iran, etc. Relayer leur parole et les soutenir.
• Avec les mouvements laïques qu’il faut éclairer sur la domination masculine ; quelques exceptions mises à part, ils ont souvent tendance à s’afficher féministe uniquement quand il s’agit de contrer les religions.

Christine Le Doaré

(*) Lallab : voir l’article d’Ikhwan infos (les deux fondatrices sont d’anciennes étudiantes de Pascal Boniface …). http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/11198


https://christineld75.wordpress.com/201 ... religieux/
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