Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Pïérô » 22 Oct 2014, 23:19

Tours, samedi 25 octobre

"Regarde, elle a les yeux grands ouverts"

Le collectif Action Menstruelle vous invite à une projection-débat anti-sexiste chez Colette’s le samedi 25 octobre à partir de 15h autour du film documentaire de Yann Le Masson "Regarde, elle a les yeux grands ouverts" (1980).


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Le documentaire retrace le parcours de quelques femmes du MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) d’Aix-en-Provence jugées en 1977 pour « pratiques illégales de la médecine et tentative d’avortement sur mineure ». Autour du procès, le film nous fait découvrir le quotidien de ce collectif qui proposait aux femmes de s’approprier les savoirs médicaux liés au contrôle de la contraception, à la pratique des avortements, mais aussi aux accouchements à domicile.

« En 1975, date de la promulgation de la loi Veil sur l’interruption de grossesse, le MLAC d’Aix-en-Provence (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) existait depuis deux ans déjà. Issu des carences de l’institution médicale, il fut créé par des femmes pour mettre fin à la boucherie clandestine dont les plus défavorisées d’entre elles étaient les victimes. Mais il intégrait aussi toutes les luttes féministes des années précédentes, où s’affirmait pour la femme le droit à la maîtrise de son propre corps. Au MLAC d’Aix-en-Provence, des femmes venaient avorter et des femmes pratiquaient des interruptions de grossesse sans assistance médicale directe. Cela était possible grâce à la « technique par aspiration », sans danger, peu coûteuse et praticable par un personnel non spécialiste. Nombre de médecins sympathisants, mais prisonniers de la déontologie médicale, envoyaient eux-mêmes leurs clientes au MLAC.

Regarde, elle a les yeux grand ouverts, le film de Yann Le Masson, retrace l’itinéraire de ces femmes, en marge de la légalité, isolées au départ, et qui peu à peu sont arrivées à proposer une véritable solution de rechange à la pratique hospitalière, dans ces deux cas limites : l’avortement et la mise au monde. »

Noëlle de Chambrun dans Le Monde à la sortie du film en 1980.

Nous vous attendons nombreuses et nombreux chez Colette’s (57 quai Paul Bert) !

Action Menstruelle
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Messagede Pïérô » 17 Mar 2015, 11:45

Vendredi 20 mars, Angers

Les femmes s'en vont en lutte !

Présentation du livre Les femmes s'en vont en lutte. Histoire et mémoire du féminisme à Rennes (1965-1985) par ses auteures Lydie Porée et Patricia Godard

20h30 à la librairie Les Nuits bleues, 21 rue Maillé, Angers


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http://collectifemancipation.blogspot.fr/
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede bipbip » 25 Juin 2015, 14:41

Samedi 27 juin 2015, St-Etienne

FEMMES EN LUTTES
de Cassandre à Ulrike Meinhof

Lecture par Sabrina Lorre

Autour de Cassandre de Christa Wolf, des témoignages de femmes de groupes d’actions révolutionnaires internationalistes

La lecture sera suivie d’une discussion.

à 20h30, à La Gueule Noire, 16 rue du Mont - St-Etienne


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Messagede Blackwater » 13 Aoû 2015, 19:17

Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?
30 juillet 2010 par Denise Comanne

Denise Comanne (1949-2010) a mis la dernière main à ce texte le 27 mai 2010, soit la veille de son décès survenu suite à un accident cardio-vasculaire alors qu’elle venait de quitter une conférence commémorant le cinquantenaire de l’indépendance du Congo.
Denise Comanne comptait encore améliorer ce texte |1| dans le cadre du travail collectif entrepris par le CADTM afin de renforcer son engagement féministe.
http://cadtm.org/Comment-le-patriarcat-et-le
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Pïérô » 15 Oct 2015, 23:48

Toulouse, vendredi 16 octobre

Soiree MLAC (Mouvement pour la libération de l'avortement et de la contraception)

à la Chapelle, 36, rue Danièle Casanova à Toulouse

18h00 : Projection du film"Regarde elle a les yeux grand ouverts"de Nicole Grand et Yann Le Masson

En mars 1977, six militantes du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC*) d'Aix-en-Provence sont jugées pour " exercice illégal de la médecine et pratique illégale de l'avortement ".

Autour du procès, le film nous fait découvrir le quotidien de ce collectif qui proposait aux femmes de s'approprier les savoirs médicaux liés au contrôle de la contraception, à la pratique des avortements, mais aussi des accouchements à domicile.

La lutte s'inscrit pour partie, en arrière-plan, dans la vie à la « Commune » d'Aix, une communauté des années 70.

20h00 : DISCUSSION AVEC DES PERSONNES QUI, DANS LES ANNEES 1970, ONT PARTICIPE AUX MLAC* D'AIX, DE LYON ET DE TOULOUSE.

*Mouvements pour la libération de l'avortement et de la contraception

tarif:Prix libre

http://toulouse.demosphere.eu/rv/11354


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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede bipbip » 04 Fév 2016, 12:50

Saint Denis (93), jeudi 4 février 2016

Projection-rencontre « Histoires d'A »

à 18h15, Cinema L'Écran, place du caquet, Saint Denis (93)

Image

Documentaire français réalisé par Charles Belmont et Marielle Issartel en 1973.

Le film de Charles Belmont et Marielle Issartel, "Histoires d'A", un "classique" du cinéma militant, sera projeté au Cinéma L'Ecran de Saint-Denis, demain, jeudi 4 février à 18h15 dans le cadre des "Journées cinématographiques dionysiennes" consacrées cette année à la censure, précédé du court-métrage de Yann Le Masson "Quand je s'rai grande" sur le MLAC d'Aix-en-Provence et suivi d'un échange avec le public, en présence de Marielle Issartel.

Réalisé en 1973, ce film militant pour la libération de l'avortement, fut interdit à la diffusion par le ministre des Affaires culturelles de l'époque, Maurice Druon. Des projections "sauvages" firent l'objet d'interventions de la police, notamment lors du festival de Cannes en 1974. Le film ne sera autorisé qu'à l'automne suivant, en novembre, peu avant l'ouverture du débat sur la future loi autorisant l'IVG.

"Histoires d'A (1973). Film interdit. Pour la première fois un film rend compte au bon moment d'un phénomène important (la lutte des femmes pour la libre disposition de leur corps, pour le droit d'interrompre leur grossesse). La conjoncture crée le film, l'interdiction du film lui crée un public, le public doit s'organiser politiquement pour voir le film, le film crée la conjoncture. Et ses auteurs (Charles Belmont et Marielle Issartel) ? Avec vaillance, ils portent leur film comme le brûlot qu'il est." (Serge Daney, "Cahiers du cinéma", n°323-324, mai 1981)

https://www.facebook.com/events/467189176818632/
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 14 Fév 2016, 18:42

Je ne sais pas où mettre,
je le fais en partie histoire car cela peut se rapporter un peu au sujet pour alimenter la critique des politiques gouvernementales menées.


Les droits des femmes au travers des intitulés ministériels depuis 1974

« Droits des femmes et consommation », « droit des femmes et rapatriés », « droit des femmes et de la vie quotidienne » : quarante ans d’intitulés ministériels.

à lire : https://sanscompromisfeministeprogressi ... puis-1974/
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Béatrice » 22 Fév 2016, 18:25

mardi 23 février 2016 à MARSEILLE à 19 h 30

Équitable Café, 54 cours julien, 13006

Une semaine de féminismes...
« Regarde elle a les yeux grand ouverts », documentaire de de Yann Le Masson

Le documentaire (77mn) retrace le parcours de quelques femmes du MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) d’ Aix-en-Provence jugées en 1977 pour "pratiques illégales de la médecine et tentative d’avortement sur mineure". Autour du procès, le film nous fait découvrir le quotidien de ce collectif qui proposait aux femmes de s’approprier les savoirs médicaux liés au contrôle de la contraception, à la pratique des avortements, mais aussi aux accouchements à domicile

Une discussion ensuite, et une table d’infos pour aller plus loin si l’envie vous en dit.

Comportements sexistes, homophobes, transphobes pas bienvenus. Ambiance bienveillante et non-jugeante parce que c’est pas simple de brasser ces questions-là...

http://equitablecafe.org/
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 27 Mar 2016, 18:29

Violées puis méprisées : surveillante au "Plessis", j'ai aidé ces jeunes mères avec le MLF

À 23 ans, Claude Jourde a été surveillante dans un internat accueillant des mineures enceintes, que l'on isolait du reste de la société. "Elles... Les Filles du Plessis", film de Bénédicte Delmas diffusé il y a quelques jours sur France 3, s'inspire de son histoire. Plus de 40 ans après, elle revient sur ce passé douloureux.

à lire : http://leplus.nouvelobs.com/contributio ... e-mlf.html
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Pïérô » 01 Avr 2016, 02:23

Paris, vendredi 1er avril 2016

Rencontre avec Christine Bard

« Les féministes de la première vague »
« Les féministes de la deuxième vague »


à 19h, Librairie Violette & Co, 102 rue de Charonne, Paris 11e

Christine Bard est professeure des universités en histoire contemporaine (université d'Angers) et membre de l'UMR CERHIO (Centre de recherches historiques de l'Ouest). Elle dirige le programme de recherche GEDI (Genre et discriminations sexistes et homophobes), soutenu par la région Pays de la Loire. Elle est l'auteure de nombreux ouvrages sur l'histoire des femmes.
Elle dirige la collection Archives du féminisme aux Presses Universitaires de Rennes. En lien avec l'association du même nom, la collection propose des ouvrages sur les mouvements d'émancipation et de libération des femmes et s'interroge sur leurs effets politiques, sociaux et culturels.

Les féministes de la deuxième vague

Cet ouvrage est issu d'un colloque qui s'est tenu à Angers en mai 2010. Il témoigne de l'état des recherches sur l'histoire de la deuxième vague du féminisme en France, à partir des années 1960-1970, contestant plus radicalement la domination masculine, et s'engageant pour une libération des femmes, y compris dans la sphère privée. Il retrace l'histoire du féminisme à la lumière de celle des féministes, dans la période de l'après Mai-68. Qui est féministe ? Pourquoi ? L'ouvrage insiste sur la diversité des féministes en France, au-delà du MLF, grâce à de multiples voix de militantes associatives, d'artistes, de syndicalistes, d'intellectuelles, toutes attachées également à d'autres causes, groupes, classes ou identités… Unies ? Non, pas toujours. S'ignorant même, parfois.

Les féministes de la première vague

Cet ouvrage est issu d'un colloque qu'elle a organisé avec le soutien de l'université d'Angers, du Centre d'histoire de Sciences Po, de l'institut Émilie du Châtelet et de l'association Archives du féminisme en mai 2011. Il apporte des connaissances nouvelles sur les actrices et acteurs de l'émancipation des femmes de la IIIe République. À travers les motivations et les modalités de l'engagement se révèle le visage particulier du féminisme dit de la « première vague », soit un cycle de mobilisation centré sur l'acquisition de droits et s'appuyant sur des associations telles que le Conseil national des femmes françaises, l'Union française pour le suffrage des femmes, la Ligue française du droit des femmes.
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede bipbip » 16 Mai 2016, 15:06

Béziers jeudi 19 mai 2016

Café féministe: Quel féminisme pour le XXI° siècle ?

à 19h, LE CAPHARNARHUM, Péniche au Pont de Sauclières, Béziers

Après la Marche de nuit des femmes à Béziers du 21 mars, le Collectif Féministe Solidaire du Biterrois poursuit son existence, entre action et réflexion, pour la défense des Droits des femmes à Béziers et alentours.

Contact: c.feministesolidaire@gmail.com

http://herault.demosphere.eu/rv/5257
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 26 Juin 2016, 20:18

9 juin 1974, appel du MLF à la grève des femmes

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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 24 Aoû 2016, 19:13

Août 1970 : Le Mouvement de libération des femmes, deuxième vague du féminisme

Par Anne Arden (AL Paris Nord-Est)

Le 26 août 1970, un groupe de femmes vient déposer une gerbe de fleurs sous l’Arc de Triomphe à Paris en hommage à la femme du soldat inconnu, plus inconnue encore que lui, comme le proclame une banderole. Malgré une prompte intervention policière, cette action symbolique marque l’entrée du Mouvement de libération des femmes sur la scène féministe. Fédérant une nébuleuse de groupes féministes, le MLF entend renouveler ce mouvement, ses revendications et ses formes d’action, pour mener des luttes offensives contre le patriarcat.

Cette action s’inscrit en solidarité avec les grèves des femmes américaines, qui commémorent ce jour-là le 50e anniversaire de leur droit de vote, revendication phare du mouvement féministe, né au XIXe siècle pour l’égalité des droits entre hommes etfemmes. Sous l’Arc de Triomphe, les militantes féministes déploient une banderole qui rappelle qu’un homme sur deux est une femme et proclame, dans un tract : « maintenant, nous, femmes de toutes conditions, avons pris conscience de notre oppression et sommes résolues à nous unir pour lutter, à prendre en main notre libération. » [1] C’est en s’inspirant du Women’s Lib [2] américain, né dans les années 1960, que les journalistes attribuèrent cette action au « mouvement de libération de la femme », bientôt rectifié par les féministes en « mouvement de libération DES femmes ».

Mai 68 et les prémisses du MLF

Cet événement s’inscrit dans un ensemble d’actions et de textes qui marquent la naissance du MLF en 1970. Mais celui-ci est issu de la réunion de plusieurs groupes créés quelques années auparavant. Dans le contexte révolutionnaire de Mai 1968, très centré sur la lutte des classes et la remise en cause du capitalisme, un groupe féministe mixte, Féminin, Masculin Avenir (FMA), avait organisé le seul meeting sur la condition des femmes dans la Sorbonne occupée. Et c’est dans ce contexte d’effervescence militante que de nombreuses femmes ont pu expérimenter concrètement le fait que la lutte anticapitaliste n’entraînerait pas mécaniquement la fin de l’oppression patriarcale. De fait, les femmes ont souvent été reléguées à des rôles subalternes dans les luttes et les occupations de Mai 1968. La libération sexuelle elle-même est d’abord apparue comme la libre disposition des femmes par les hommes. Il s’agissait bien d’un assouplissement des normes régissant la sexualité, mais sans remise en cause du cadre patriarcal dans lequel elle s’inscrit. C’est dans ce contexte que des femmes ont pris conscience de leur oppression spécifique, non soluble dans l’anticapitalisme, et ont commencé à se rassembler dans des groupes non mixtes.

La deuxième vague du féminisme naît en France inspirée par l’ouvrage fondateur de Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, qui prend en compte l’intégralité de la condition féminine et notamment les contraintes que le patriarcat impose au corps des femmes. Des féministes comme Christine Delphy ou Monique Wittig développent une analyse nouvelle de l’oppression des femmes comme un système à part entière, fondé sur l’exploitation domestique et la contrainte à l’hétérosexualité.

Tout en étant fortement imprégnée de la culture révolutionnaire marxiste des années 1960-1970, la deuxième vague féministe revendique l’autonomie des femmes dans la lutte en s’inspirant notamment du mouvement noir américain. Selon les militantes féministes, l’ennemi principal des femmes est le patriarcat, avant le capitalisme. Ce faisant, elles se heurtent à des résistances et des controverses véhémentes de la part des militants gauchistes, qui les accusent de diviser le prolétariat et donc de vouloir affaiblir la lutte anticapitaliste, seule pensée comme révolutionnaire. Ces derniers n’ont d’ailleurs eu de cesse de dénoncer les féministes comme bourgeoises afin de les décrédibiliser.

Un mouvement autonome non mixte

Le MLF qui émerge en 1970 n’est pas un parti ni une organisation politique structurée de façon classique. Il s’agit bien plutôt d’une appellation qui recouvre un ensemble de groupes de femmes en lutte, reliés de façon horizontale. Le Mouvement est très marqué par les principes autogestionnaires : ce sont les opprimées elles-mêmes qui mènent la lutte en refusant toute hiérarchie et toute institutionnalisation. Bien qu’elles comptent parmi elles des figures intellectuelles qui acquirent une certaine notoriété, les militantes refusèrent toute personnalisation du Mouvement, faisant par exemple le choix de l’anonymat dans les articles publiés dans leur revue, Le Torchon brûle (1971-1973), dont le comité de rédaction était ouvert à toutes.

À Paris, le MLF fonctionne par des AG non mixtes et autogérées toutes les deux semaines à l’École des Beaux-Arts, et par des groupes de travail. Ceux-ci concernent tous les domaines de la vie des femmes ; c’est la concrétisation du slogan : « le privé est politique ». Le mot politique prend tout son sens dans ce mouvement d’émancipation des femmes car il s’agit tout autant d’agir sur les institutions politiques pour obtenir de nouveaux droits, de lutter au quotidien pour transformer les conditions de vie des femmeset les représentations sociales qui les concernent, que d’entraîner les femmes à prendre conscience de l’oppression qu’elles subissent et à s’organiser collectivement pour en sortir. Le MLF fut un mouvement politique qui transforma durablement les femmesmêmes qui y prirent part [3]. Pour elles, il fut un outil de désaliénation salutaire. C’est pourquoi, au-delà des actions strictement politiques, le MLF fut aussi un mouvement de création artistique, de libération de la parole des femmes et de construction d’une sororité [4] jusque là inexistante entre les femmes.

Renouvelant complètement la rhétorique militante traditionnelle, le MLF fait des jeux de mots et de l’humour, des armes à part entière [5]. Le Torchon brûle est ainsi appelé « menstruel » et les slogans du MLF reprennent la verve de Mai 68 : « À quand la triple journée ? Je m’ennuie », « Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette », « Prolétaires de tous les pays… qui lave vos chaussettes ? »…

Combats et conquêtes des années 1970

Bien qu’agissant dans des domaines très variés, le MLF mène deux grandes campagnes dans les années 1970 : la lutte pour le droit à l’avortement à partir de 1971, puis le combat contre les violences faites aux femmes et en particulier contre le viol à partir de 1975, afin qu’il soit reconnu comme un crime à part entière. Dans ces deux campagnes, le MLF articule la mobilisation des femmes dans la rue, l’utilisation des médias à travers des pétitions manifestes et l’action juridique dans des procès. La première manifestation à l’appel du MLF a lieu le 20 novembre 1971, dans un cadre international, en faveur du droit à l’avortement. Elle réunit 4 000 femmes à Paris. La lutte est victorieuse en 1974 avec le vote de la loi Veil qui dépénalise l’avortement pour cinq ans. Dans la campagne contre le viol, qui bat son plein en 1975 et 1976, les féministes se sont battues seules, se heurtant à la gauche et à l’extrême gauche qui les accusent de diviser le prolétariat. Le 1er mai 1976, les militantes du MLF et du FHAR sont rejetées à la fin du cortège syndical. Dans ce combat plus que dans aucun autre, les féministes ont été confrontées à la mauvaise foi des hommes quels qu’ils soient, tenant de l’ordre dominant comme révolutionnaires. Et le déchaînement de ces derniers contre les féministes est assez révélateur de ce qu’a signifié pour eux la libération sexuelle…

Le 6 octobre 1979, ce sont 50 000 femmes qui manifestent à Paris pour la légalisation définitive de l’avortement, acquise deux mois plus tard [6].

Signe que la non mixité a alors été acceptée, les partis de gauche ont organisé une manifestation mixte de soutien, distincte de la première.

Trois principaux courants au sein du MLF

Dans ce mouvement sans structure, ni carte, ni représentantes élues, diverses tendances politiques existent dès le début et s’opposent parfois durement. Celles qui se nomment féministes militent pour l’égalité entre les hommes et les femmes et revendiquent l’autonomie des femmes dans ce combat. Certaines sont réformistes et s’inscrivent dans la lignée de la première vague féministe, dite libérale, qui se bat pour l’égalité des droits entre hommes et femmes. D’autres comme Christine Delphy se réclament d’un féminisme matérialiste ou radical qui considère qu’il n’y aura d’égalité possible entre hommes et femmes que si l’on détruit le patriarcat et son corollaire, le système de genre.

Une autre tendance du MLF se dit féministe socialiste, ou « lutte de classe » et pratique la double militance, au sein du MLF et des organisations de gauche et d’extrême gauche, tâchant d’inscrire l’émancipation des femmes dans la lutte anticapitaliste.

Enfin, le groupe Psychanalyse et politique, fondé par Antoinette Fouque en 1968 et faisant partie des premiers groupes à converger en 1970, milite pour les droits desfemmes au nom d’une spécificité féminine qu’il s’agirait seulement de revaloriser après des siècles de dédain. Les fondements essentialistes de l’approche de Psych et Po ont conduit ce groupe à s’opposer complètement aux féministes matérialistes, au point de se nommer lui-même antiféministe à partir de 1973, défendant comme un enjeu de civilisation la différence des sexes.

Les différentes fins du MLF

La fin du MLF et l’essoufflement du mouvement féministe au début des années 1980 s’expliquent par des raisons internes et externes. Au sein du MLF, la scission est consommée quand Antoinette Fouque crée une association loi 1901 qu’elle appelle « Mouvement de libération des femmes » et enregistre le sigle « MLF » comme « marque déposée » en 1979. Cela entraîne une importante polémique, complaisamment relayée par les médias, jusqu’à ce qu’Antoinette Fouque abandonne l’association « MLF déposé » en 1982. En 2008, celle-ci a néanmoins relancé la polémique en fêtant les 40 ans du MLF, cherchant ainsi à s’approprier l’origine du Mouvement.

Parallèlement à ces oppositions internes, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et la création d’un ministère des Droits de la femme (sic), attribué à Yvette Roudy, marque l’achèvement de la lutte pour nombre de militantes féministes et l’intégration d’une partie d’entre elles dans l’appareil d’État, soit directement en tant qu’élues, soit indirectement comme salariées d’associations féministes subventionnées par l’État. La mobilisation des femmes s’affaiblit progressivement ou se détourne vers l’action associative et culturelle, tandis que le féminisme politique s’institutionnalise en s’adressant régulièrement à l’État pour obtenir l’égalité entre hommes et femmes. Le mouvement féministe suit ainsi la tendance que connaissent la plupart des mouvements sociaux dans les années 1980, en perdant sa dynamique de masse et autogestionnaire.

AL, Le Mensuel, septembre 2010

[1] Texte tiré de l’ouvrage MLF. Textes premiers, Cathy Bernheim, Liliane Kandel, Françoise Picq, Nadja Ringart, Collectif, Paris, Stock, 2009, 296 p.

[2] Abréviation de Women’s liberation movement.

[3] Voir notamment le film de Carole Roussopoulos, Debout ! Une histoire du mouvement de libération des femmes, 1970-1980 (1999).

[4] Considérant que le mot « fraternité » renvoie aux hommes, la « sororité » désigne la solidarité entre les femmes.

[5] Ce style fut repris par la suite par le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) créé en 1971 et se retrouve deux décennies plus tard chez Act Up.

[6] Loi Pelletier du 30 novembre 1979. L’IVG est remboursée par la Sécurité sociale depuis 1982. En 2001, une loi a actualisé la législation sur la contraception et l’IVG, allongeant le délai de cette dernière (il passe de 10 à 12 semaines), en facilitant l’accès aux mineures, et supprimant enfin les sanctions pénales liées à la publicité en faveur de l’IVG.


https://albruxelles.wordpress.com/2016/ ... #more-1974
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 13 Nov 2016, 20:28

Les luttes d'hier et d'aujourd'hui

Lors de nos actions militantes, une question nous est souvent posée: "Est-ce qu'un gouvernement pourrait un jour revenir sur le droit à l'avortement?" Nos réponses se veulent toujours rassurantes. Mais l'actualité récente en Pologne nous rappelle que l'histoire n'est pas une évolution naturelle; elle est faite d'avancées et de reculs, de mobilisations et de courants contraires. N'oublions jamais que les droits les plus chèrement conquis peuvent toujours être menacés et que les luttes qu'on pensait d'hier restent un combat de tous les jours.

à visiter : http://us11.campaign-archive1.com/?u=05 ... e2c2d8d4fa
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede bipbip » 17 Nov 2016, 13:35

NPPV - Une histoire des avortements illégaux à Rennes

Première moitié des années 1970, les universités sont en agitation quasi permanente, certaines rues de Rennes sont encore en terres battues, les cités U sont non mixtes et l'avortement est interdit. À l'ombre de la contestation officielle, certains s'organisent pour pratiquer des avortements illégaux. Pour NPPV, une amie raconte.

à écouter : https://www.mixcloud.com/nppv/nppv-une- ... vraison-1/
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