Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 04 Fév 2018, 23:27

À propos du féminisme néo libéral…

Les jeunes filles d’aujourd’hui méritent bien mieux que ce qui leur est offert à travers le féminisme mainstream.

J’ai été élevée par des féministes. Ma mère était une activiste radicale des années 80 et j’ai grandi en plein milieu du tourbillon : participation aux manifestations, peinture de pancartes, danses autour des feux de camp du rassemblement pacifique des femmes de Greenham Common et démonstration de techniques de libération d’étranglement dans les classes d’auto-défense sans complexes réservés aux femmes, que ma mère enseignait avec son amie Gill. Ses conceptions politiques ont eu une influence très importante dans mon éducation. Pour ma mère et ses amies, le féminisme n’était pas une identité, une étiquette ou un concept abstrait : c’était un travail, un verbe, un mot désignant une action. C’était une tentative active d’amélioration des vies des femmes et jeunes filles, de libération de l’oppression masculine qui les maintenait en position de citoyennes de seconde zone et les empêchait de réaliser leur véritable potentiel.

à lire : https://ressourcesprostitution.wordpres ... o-liberal/
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 18 Fév 2018, 21:17

Qui a peur de Beauvoir ?

À la veille de la remise du prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes, nous recevons Michelle Perrot, historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Diderot, et Danièle Sallenave, écrivaine, membre de l’Académie française.

En 1908, naît Simone de Beauvoir.

En 1949, elle publie Le Deuxième Sexe, un pavé lancé dans la France d'après-guerre. D'abord critiqué, l'ouvrage doit attendre de faire un détour par les Etats-Unis où devient une bible pour de nombreux mouvements féministes, avant de revenir dans son pays d'origine et d'être un des livres fondateurs du XXe siècle.

Destinée paradoxale pour cet essai, dont l'auteure ne s'est revendiquée féministe qu'à partir des années 1970, lorsqu'elle a commencé à séparer lutte des classes et lutte des sexes.

Un homme qui considère que sa femme n'est pas son égale n'est pas un homme libre, c'est toujours la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel. Danièle Sallenave

Danièle Sallenave est écrivaine et essayiste, elle a signé un essai en forme de biographie sur Simone de Beauvoir, Castor de guerre en 2008.

Michelle Perrot est historienne, elle a beaucoup travaillé sur la question ouvrière et l'histoire du féminisme. Ensemble, et à l'occasion des cent dix ans de la naissance de Simone de Beauvoir, elles se penchent sur les questions actuelles posées par les luttes féministes. Quels sont leurs nouveaux visages et acteurs et actrices ? Qui se réfère encore aujourd’hui à Simone de Beauvoir ? Où en est le clivage entre universalistes et différentialistes ?

L'émancipation des femmes doit être l'émancipation des femmes par elles-mêmes. On ne peut juger les choix, notamment le voile, de certaines femmes. Danièle Sallenave

L'affaire Weinstein est un événement : il faut faire attention à ne pas diminuer sa portée historique. Il s'inscrit dans la réflexion sur le corps portée par Simone de Beauvoir. Michelle Perrot

France culture : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... e-beauvoir
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 25 Fév 2018, 18:57

' Le Deuxième Sexe ', L'héritage de Simone de Beauvoir

C’est l’histoire d’un livre, un livre fondateur : "Le Deuxième sexe". 1949 : l’essai philosophique de Simone de Beauvoir sur la condition féminine sort. Mille pages, deux tomes, pour un ouvrage qui fait scandale. Les lignes sur la sexualité féminine, le droit à l’avortement, ou la liberté d’être mère ou non font hurler les conservateurs de l’époque. L’écrivaine dont on fête les 110 ans de sa naissance est obligée de se justifier.
La polémique enfle en France, mais aux Etats-Unis, le "Deuxième sexe" devient une référence : il nourrit les études sur le genre.
C'est l’un des livres français les plus traduits. L’ouvrage a inspiré plusieurs générations de femmes engagées pour l’émancipation des femmes. Ici, l’écrivaine féministe Elisabeth Badinter en 1980 : "Simone de Beauvoir, c’est la femme que j’ai lu quand j’avais 15 ans […] un modèle de femme pendant très longtemps".
Ou l’avocate du procès de Bobigny Gisèle Halimi en 2008 :
"Elle nous a fait comprendre que ce n’est pas parce que la nature […] culturellement, politiquement on nous fabrique".
Mais aussi des anonymes comme Clémence, 89 ans et féministe :
"Je voulais lire un peu plus de livres de femmes […] j’ai dit, je ne suis pas folle".
Même si depuis 1949, la société a évolué.
Sans nul doute, la plus célèbre phrase du livre reste et restera dans le Panthéon de la cause féministe : "On ne naît pas femme, on le devient ".

à voir : http://www.ina.fr/video/S700524_001/le- ... video.html
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede bipbip » 03 Mar 2018, 21:20

Les bases sociales de la question féminine

Alexandra Kollontai : « Ses jambes sont cassées, son corps est fracassé »
A l’occasion du 8 mars 2018, nous publions des extraits du texte paru en 1909 et intitulé « Les bases sociales de la question féminine », écrit par Alexandra Kollontai, grande militante révolutionnaire et pour l’émancipation des femmes. Cette première partie aborde la lutte pour l’indépendance économique.
... https://www.revolutionpermanente.fr/Ale ... t-fracasse

Alexandra Kollontai : « L’amour libre est-il possible ?
A l’occasion du 8 mars 2018, nous publions des extraits du texte paru en 1909 et intitulé « Les bases sociales de la question féminine », écrit par Alexandra Kollontai, grande militante révolutionnaire et pour l’émancipation des femmes. Cette deuxième partie aborde la question du mariage et le problème de la famille.
http://www.revolutionpermanente.fr/Alex ... l-possible

Alexandra Kollontai : « Une armée de femmes au-dessus des classes ? »
A l’occasion du 8 mars 2018, nous publions des extraits du texte paru en 1909 et intitulé « Les bases sociales de la question féminine », écrit par Alexandra Kollontai, grande militante révolutionnaire et pour l’émancipation des femmes. Cette troisième partie aborde la lutte pour les droits politiques.
... http://www.revolutionpermanente.fr/Alex ... es-classes
Modifié en dernier par bipbip le 08 Mar 2018, 22:11, modifié 1 fois.
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 16:36

Retour sur le Mouvement de libération des femmes

Judith Green

Dans une société sexiste, le sexisme imprègne toutes les facettes de la vie. Dans les années 1960, le Mouvement de libération des femmes été l’occasion d’une immense libération de la parole des femmes sur les réalités de leur vie, sur leurs rapports entre elles et avec le monde, dans un effort pour se changer elles-mêmes et pour changer le monde. Lors d’une série de conférences organisées entre 1970 à 1978, nous, les femmes du Royaume-Uni avons développé sept revendications à partir de ce grand catalogue d’injustices.

Le premier de ces rassemblements a eu lieu du 27 février au 1er mars 1970, il y a exactement quarante-huit ans. Ce qui devait à l’origine être une conférence sur l’histoire des femmes a été transformé par les femmes d’Oxford en un événement centré sur les préoccupations contemporaines urgentes des femmes.

Alors qu’on attendait 300 femmes, ce sont 600 femmes qui sont arrivées. Elles ont abordé ensemble les questions à partir desquelles ont été développées les quatre premières revendications des Conférences nationales du Mouvement de libération des femmes.

Les voici:
1.Egalité salariale
2.Egalité des chances en matière d’éducation et d’emploi
3.Contraception et doit à l’avortement gratuits, sur demande
4.Garderies gratuites ouvertes 24 heures sur 24

Les priorités

Même si elles ont été acceptées par l’ensemble du Mouvement de libération des femmes, et approuvées à la conférence de Skegness en 1971, l’importance accordée à ces quatre premières revendications reflète les priorités du Comité national de coordination des femmes qui ont été votées lors de cette première conférence où prédominaient les groupes de gauche.

Prises dans leur ensemble, ces priorités ont comme objectif de décharger les femmes du fardeau de la maternité et de leur permettre de participer pleinement à l’économie en supprimant les obstacles qu’elles rencontrent dans ce domaine. Ainsi libérées, les femmes seraient à égalité avec les hommes dans la lutte. Les hommes – en tant que groupe – n’étaient pas pris en compte dans ces revendications. Les demandes s’adressaient plutôt aux législateurs, aux employeurs, aux services de santé et au secteur public.

Ces revendications étaient issues de la lutte pour l’adoption de la loi sur l’avortement (1967) et de la grève des travailleuses pour l’égalité salariale à l’usine Ford de Dagenham (1968). Elles ont ensuite été présentes dans l’effort pour mettre en œuvre la législation sur l’égalité sous la forme du Equal Pay Act pour l’égalité salariale (1970) ainsi que dans la Sex Discrimination Act (loi sur la discrimination sexuelle) (1975).

Le Comité national de coordination des femmes a été dissous après la conférence de Skegness.

Deux nouvelles revendications ont été ajoutées aux quatre premières lors de la Conférence d’Edimbourg en 1974:
5.Indépendance juridique et financière pour toutes les femmes
6.Droit à une sexualité auto-définie. Fin de la discrimination à l’égard des lesbiennes.

Même si elles ne nommaient pas explicitement les hommes, ces derniers y sont plus «présents» dans ces deux revendications que dans les quatre premières. En effet, l’indépendance juridique et financière par rapport aux hommes et le droit pour les femmes à une sexualité auto-définie plutôt que d’être définies par un «autre» (homme) sont au moins implicites.

La septième et dernière revendication a été ajoutée lors de la Conférence de Birmingham en 1978:
7.Liberté de toutes les femmes, quel que soit leur état matrimonial, par rapport à l’intimidation, la menace, le recours à la violence ou à la coercition sexuelle; élimination des lois, des préjugés et des institutions qui perpétuent la domination masculine et l’agression envers les femmes.

Alors que les quatre premières revendications avaient été spécifiques et mettaient l’accent sur l’égalité économique et les droits en matière de procréation, la septième revendication englobait – dans la phrase «des lois, préjugés et institutions qui perpétuent la domination masculine» – l’ensemble du système social de suprématie ou de patriarcat masculin.

La domination des hommes sur les femmes et le rôle de la violence pour le maintien de cette situation ont ainsi été cités directement pour la première fois, non sans provoquer quelques controverses.

Les féministes socialistes et les partisans non alignés l’ont emporté en faisant annuler le préambule proposé, qui affirmait que «la violence des hommes contre les femmes est l’expression de la suprématie masculine et du contrôle politique des femmes».

Les socialistes et les radicales

Les conférences du Mouvement de libération des femmes ont parfois été décrites comme des circonstances qui ont donné lieu à de douloureux schismes et rancœurs entre les deux ailes de féministes engagées: les socialistes et les radicales.

Chacune des parties a sévèrement critiqué l’autre. L’ombre portée par ces désaccords a été longue, les reproches et la litanie de mauvais comportements catalogués ont été fréquents. Je n’ai aucune intention de m’y lancer dans ce court article.

En tant que féministe socialiste du XXIe siècle, je suis aussi frustrée par le fait que ma tradition se montrait inadéquate pour théoriser et combattre la violence masculine à laquelle s’adressaient mes sœurs radicales dans les années 1970.

Pas une seule des revendications du Mouvement de libération des femmes n’a été dûment satisfaite, qu’il s’agisse des droits économiques ou reproductifs, de la libération sexuelle des femmes ou de la fin de la violence endémique des hommes contre les femmes et les jeunes filles.

Il y a quelques lacunes importantes dans les revendications, notamment en ce qui concerne le travail domestique non rémunéré des femmes, les stéréotypes et la socialisation sexistes, ou le domaine de la représentation, à la fois politique et dans l’imagerie médiatique. Actuellement les féministes de la tradition socialiste reconnaissent que l’inégalité entre les femmes et les hommes est à la fois une cause et une conséquence de la violence masculine et qu’il est essentiel de nommer la violence masculine pour y mettre fin.

Bien qu’il existe un courant du féminisme qui estime qu’il est plus important d’être inclusif que de protéger les droits des femmes, il n’a jamais été aussi urgent qu’un Mouvement de libération des femmes s’attelle à cette tâche [de la violence masculine et d’aborder cette question].

La nécessité de reconstruire un mouvement centré sur les femmes est reconnue à la fois par les socialistes et par les féministes radicales, deux courants qui ont beaucoup en commun.

Le voyage a été long depuis les jours enivrants de la deuxième vague des Conférences du Mouvement de libération des femmes. Ce qu’aucune des participantes n’aurait pu prévoir, c’est la nécessité de préciser que le sexe existe et qu’il a une signification sociale à cause du sexisme.

Nous pourrions proposer une nouvelle revendication, à laquelle on pourrait peut-être attribuer le chiffre zéro. Pour faire court: «Reconnaître le sexe et le sexisme». (Cet article a été publié par SocialistFeminist.network; traduction A l’Encontre)


http://alencontre.org/societe/retour-su ... emmes.html
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede bipbip » 08 Mar 2018, 16:47

Féminisme-débat: «Notre féminisme doit être anticapitaliste»

Notre féminisme doit être anticapitaliste

Le socialiste qui n’est pas féministe manque d’envergure. La féministe qui n’est pas socialiste manque de stratégie.» Louise Kneeland

Le 8 mars 2017, des femmes du monde entier ont défilé dans les plus grands centres métropolitains. L’appel à une grève mondiale a ravivé la Journée internationale de la femme, longtemps reléguée à une formalité largement symbolique et festive pour un petit groupe de féministes et de gauchistes. Cette année 2017, des millions de personnes ont revendiqué cette journée comme la leur. Ils ont organisé des actions sur les lieux de travail et dans les écoles et ont assisté à des manifestations massives. Des manifestations, petites et grandes, ont eu lieu dans 50 pays à travers le monde, des Etats-Unis au Nigeria en passant par l’Indonésie.

La Gran Via de Madrid a été complètement fermée quelques heures avant le début des manifestations, et presque toutes les capitales européennes ont participé à ces mobilisations internationales. A Montevideo, en Uruguay, des milliers de personnes sont descendues dans la rue et il y a eu un arrêt de travail de six heures demandé par la confédération syndicale PIT-CNT.

Aux Etats-Unis, après les marches de femmes record du 21 janvier, qui ont mobilisé environ trois millions de personnes à travers le pays, il y a eu une recrudescence des manifestations le 8 mars 2017, ravivant une tradition longtemps perdue au cœur de l’impérialisme.

Même sans avoir lu les déclarations d’organisations féministes, de syndicats et de partis politiques, les femmes du monde entier ont exprimé leur rage contre la violence sexiste, les conditions de travail précaires qui les condamnent à la misère, l’inégalité «irrationnelle» qui les soumet à une position subalterne et la peur constante qui façonne l’existence des femmes.

En Argentine, cette fureur s’est traduite par une participation massive aux grèves, beaucoup plus importante que la bureaucratie syndicale ne l’avait voulu. Dans l’usine PepsiCo, les arrêts de travail ont commencé à 5 heures du matin, sur la base d’un vote d’une assemblée ouvrière convoquée par le conseil d’entreprise, qui s’oppose à la direction syndicale actuelle. A l’aéroport de Buenos Aires, les travailleuses et travailleurs des compagnies aériennes LATAM [issues de la fusion de compagnies chiliennes et brésiliennes] ont arrêté les services d’enregistrement, une fois de plus soutenues par des assemblées organisées par l’opposition à la direction syndicale. Des femmes de l’organisation des femmes socialistes Pan y Rosas (Pain et Roses) faisaient partie des structures d’opposition dans ces deux arrêts de travail, et avec d’autres collègues masculins et féminins, elles ont joué un rôle essentiel dans la lutte pour une grève le 8 mars. En outre, il y a eu d’innombrables arrêts de travail partiels et des manifestations dans les hôpitaux. Les enseignants ont également joué un rôle important, obligeant plusieurs syndicats à opter pour la grève au milieu d’une lutte entre les enseignant·e·s et les gouvernements, à l’échelle nationale et des Etats.

L’égalité en droit n’est pas l’égalité dans la vie

Quelle est l’explication de la reprise des manifestations de masse et des protestations le 8 mars? Nombreux sont ceux qui ont critiqué les manifestations, affirmant que les femmes ont déjà atteint l’égalité. La réalité est qu’avec la crise capitaliste en cours, il y a des contradictions de plus en plus profondes entre les droits qui ont été gagnés (du moins dans les pays impérialistes et certaines semi-colonies comme l’Uruguay, qui a légalisé l’avortement et le mariage homosexuel) et les conditions matérielles de la majorité des femmes, car les mesures d’austérité et les coupes affectent de larges secteurs de la population. Ces réalités économiques sont aggravées par une violence sexiste interminable, dont l’Etat et ses institutions sont complices.

Cependant, l’élargissement des droits a ouvert les yeux de millions de femmes et a élevé leurs aspirations à une vie meilleure. Les dures réalités auxquelles les femmes s’affrontent ont suscité un sentiment de rage. Après des décennies de néolibéralisme, la crise économique et toutes ses conséquences sociales démontrent de plus en plus clairement que «l’égalité en droit n’est pas l’égalité dans la vie».

Ces énormes manifestations du 8 mars ne sont pas apparues du jour au lendemain. Elles ont été précédées d’actions récentes dans le monde entier, y compris les mobilisations massives telles que celles faites sous le titre Ni Una Menos (en Argentine, au Chili, en Uruguay, au Pérou… «Pas une de moins») contre les fémicides en Argentine et ailleurs, qui [en Argentine] exigeaient que l’Etat alloue des fonds et prenne d’autres mesures pour prévenir les fémicides. Les grèves en Islande et en France contre l’écart de rémunération entre hommes et femmes; les manifestations sous des pluies torrentielles où des centaines de milliers de femmes ont mis en question la criminalisation de l’avortement en Pologne; et les protestations massives des femmes contre Trump aux Etats-Unis.

Le large soutien que ces protestations suscitent parmi les citoyens ordinaires est la preuve qu’elles expriment non seulement la demande pour les droits des femmes, mais aussi le mécontentement de millions de travailleurs, de travailleuses et d’étudiant·e·s face aux mesures d’austérité, aux coupes dans les dépenses sociales et les services publics ainsi que face à des conditions de travail précaires organisées par la classe capitaliste et les gouvernements qui ont forcé les travailleurs et travailleuses à payer pour la crise afin de maintenir leurs profits. Cette unité entre travailleurs/travailleuses et étudiant·e·s est la semence d’une alliance qui sera essentielle pour vaincre le patriarcat capitaliste.

Rien n’est accompli sans lutte

Cette nouvelle vague de mobilisation des femmes a un caractère international et plus radical, rompant avec des décennies d’hégémonie féministe libérale. Dans les années précédentes, il est devenu logique de penser que le libre choix individuel était l’horizon de l’émancipation, sans remettre en cause les démocraties capitalistes, sans remettre en question le fait que les droits acquis n’étaient accessibles, de facto, que pour un petit nombre de femmes.

D’après ce cadre dépolitisé et dépolitisant, l’émancipation des femmes se réduit simplement une question: gagner progressivement des droits au sein du régime politique existant. Une fois ces droits inscrits dans la loi, chaque femme sera individuellement responsable de la vie qu’elle «choisit» de vivre.

Le défaut de cette logique «réformiste» est la séparation entre la lutte pour les droits démocratiques et la lutte contre le système social et économique. En luttant pour les droits au sein de la démocratie bourgeoise sans remettre en question la structure capitaliste qui maintient le sexisme et en profite, le féminisme «réformiste» approuve implicitement ou explicitement le système, ce qui signifie le légitimer, lui qui assure reproduction sociale de la subordination des femmes. Ce «féminisme» ne tient pas compte du fait que ces droits sont inscrits de manière limitée, circonstancielle et temporelle dans le système social. Il ne tient pas compte du fait que bon nombre de ces droits ont été acquis à un moment où le capitalisme dans les pays impérialistes n’était pas en crise. Ce que les gouvernements capitalistes donnent d’une main, quand il y a de la prospérité, ils le prennent de l’autre quand se prolonge une crise et la politique qui l’accompagne.

Ce qui donne un caractère politique aux revendications des femmes, c’est de ne pas faire pression sur le Congrès et ce type d’institutions, ce qui est une voie vers la cooptation pour de nombreux secteurs du mouvement. Leur caractère politique vient plutôt du fait qu’ils découvrent la relation intrinsèque entre les droits fondamentaux qui nous sont encore refusés (comme le droit de ne pas être assassinées parce que nous sommes des femmes) et le système social fondé sur l’exploitation par une classe parasitaire de capitalistes.

Le discours libéral a transformé le féminisme, comme d’autres mouvements sociaux des opprimé·e·s, en quelque chose de si inoffensif qu’il pouvait être facilement repris par la droite. Ce féminisme libéral a privé le mouvement des femmes d’une critique sociale plus profonde et a ouvert les portes aux femmes de droite. Le fait qu’Ivanka Trump puisse être présentée comme une représentante du «féminisme conservateur» montre à quel point le féminisme libéral cauchemardesque est piégé. Les secteurs des classes dirigeantes n’ont aucun problème à soutenir que les femmes, les minorités ethniques et les personnes LGBT devraient avoir des positions de pouvoir dans la société capitaliste. C’est ainsi que Hillary Clinton s’est présentée aux élections, l’exemple le plus clair du féminisme impérialiste ou néolibéral.

Mais Clinton n’a pas réussi à convaincre suffisamment de femmes de voter pour elle afin de briser le «plafond de verre» et d’être une alternative efficace au candidat républicain, qui incarnait la misogynie moderne. Son féminisme «corporatif» est tombé à plat face aux problèmes touchant des millions de travailleuses, de salarié·e·s, de chômeurs et chômeuses, de Noirs et d’immigrant·e·s.

Aujourd’hui, le Parti démocrate espère profiter de la résurgence du mouvement des femmes à travers le monde pour se reconstruire après la défaite qui a été offerte à la droite. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses femmes qui ont voulu organiser la grève internationale des femmes aux Etats-Unis ont mis en garde contre le danger que le Parti démocrate tente de tirer profit de cet énorme mouvement. Les démocrates espèrent se reconstruire après leur énorme défaite électorale et tentent en même temps de contrôler les aspects les plus radicaux du mouvement des femmes.

Le féminisme néolibéral en crise

Les Etats-Unis, en tant que puissance impérialiste la plus importante, ont exporté le féminisme libéral vers le reste du monde en imposant un ordre mondial néolibéral et des politiques correspondantes à l’égard des femmes dans les domaines de la santé, de l’éducation et du welfare, en utilisant le FMI et la Banque mondiale. Cela signifie que dans de nombreuses semi-colonies, ces organismes internationaux ont exigé que les pays créent des ministères du genre et de la sexualité. Ils ont même préconisé des lois pour mettre fin à la violence sexiste.

Cela a permis à l’Etat capitaliste de se laver les mains de sa responsabilité pour les conditions précaires auxquelles la plupart des femmes s’affrontent. L’un des exemples les plus emblématiques est celui du Mexique. Bien que de nombreuses lois visant à prévenir la violence sexiste aient été adoptées, l’Etat continue d’être complice de la violence à l’égard des femmes, en particulier des travailleuses de la zone frontalière (maquiladoras) et des immigrantes d’Amérique centrale qui se dirigent vers les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont également diffusé l’idéologie féministe libérale par le biais d’organisations mondiales à but non lucratif (ONG internationale) et de l’exportation d’ouvrages universitaires états-uniens dans les collèges et les universités.

Ella Mahony de la revue Jacobin explique :

«C’est devenu axiomatique dans les espaces féministes de gauche qu’il y a un féminisme “néolibéral” contre lequel toutes les nouvelles formes de féminisme doivent se développer. Ce qui est moins souvent articulé, c’est le caractère politique et les origines de ce féminisme corporatif. Le principal catalyseur de la montée du féminisme néolibéral a été la lente asphyxie des alternatives politiques de gauche à partir des années 1980.»

Le féminisme libéral a commencé à montrer sa faiblesse dans son incapacité à combattre Trump. Comme nous l’avons vu lors des récentes mobilisations de femmes du monde entier qui contestent le mythe selon lequel nous sommes déjà parvenus à l’égalité, ainsi que dans les discussions suscitées par la défaite d’Hillary Clinton, le féminisme néolibéral est de plus en plus remis en question.

En ce sens, l’appel à construire un «féminisme des 99%» [face au dit 1%] est symptomatique d’une conscience en train de changer qui voit le lien entre le capitalisme et le patriarcat comme la source d’une grande partie des problèmes qui touchent la majorité des femmes.

La lutte contre le patriarcat doit être anticapitaliste

L’envie de relancer une alliance entre le mouvement des femmes et la classe ouvrière dans un pays comme les Etats-Unis parle des possibilités de renforcer une aile anticapitaliste au sein du nouveau mouvement des femmes. De même, en Argentine, au Chili et dans d’autres pays, la langue de l’anticapitalisme est entendue aux réunions du mouvement des femmes, dans leurs manifestes et dans leurs mobilisations.

Pour les socialistes révolutionnaires, la discussion sur l’anticapitalisme ouvre les portes à un débat fructueux sur la stratégie et le programme politique à mettre en œuvre contre le capitalisme patriarcal. Elle nous contraint à penser aux alliances que nous devons construire pour lutter pour notre émancipation et à la manière dont nous pourrions essayer de mobiliser la classe ouvrière pour répondre à ses besoins et exigences.

Imaginer un féminisme anticapitaliste nous oblige à nous interroger sur la question du sujet politique: sans les femmes travailleuses, qui constituent la moitié de la classe qui constitue l’immense majorité de la société, il n’y a pas d’avenir. Nous luttons pour que se constitue un mouvement de la classe ouvrière, un mouvement majoritaire, qui s’oppose aux droits des «quelques capitalistes» qui contrôlent nos vies. De plus, si ce n’est pas la classe ouvrière (femmes et hommes) qui brandit la bannière de l’émancipation des secteurs les plus opprimés, alors l’anticapitalisme devient un vœu pieux.

Cette alliance entre la classe ouvrière et les femmes qui luttent pour leurs droits remonte au XIXe et au début du XXe siècle, lorsque les femmes ont pu obtenir le droit de vote et lutter contre les guerres impérialistes. Les bolcheviks ont réussi à obtenir des droits inimaginables pour les femmes en amenant la classe ouvrière au pouvoir en 1917. Nombre des droits qui existaient en URSS, du moins au début du XXe siècle, n’ont pas encore été acquis dans divers pays capitalistes.

Depuis lors, cette alliance entre la classe ouvrière et les femmes a été annihilée de façon perverse par les classes dirigeantes, par la trahison des dirigeants syndicaux qui plongent la classe ouvrière dans le syndicalisme pro-entreprise, par la cooptation des mouvements sociaux dans l’Etat et leur fragmentation dépolitisée dans les organisations à but non lucratif.

Reconstruire l’alliance historique entre la classe ouvrière et le mouvement des femmes est une tâche centrale dans la reconstruction d’un véritable féminisme anticapitaliste. Ce n’est qu’en cas d’arrêt réel de la production et de la circulation des biens, du secteur des services et des communications que les personnes les plus précaires et marginalisées – les ménagères étant «cachées» dans des maisons individuelles, les femmes prostituées et toutes celles qui ne «comptent pour rien» dans ce système ignoble ­– pourront faire entendre leur voix, en écho, dans le silence. Cette alliance n’est pas acquise. Nous devons viser à la construire.

Construire cette alliance ne signifie pas négliger le sexisme au sein de la classe ouvrière. Certains secteurs de la gauche refusent de faire face aux préjugés des travailleurs, idéologies entre autres fomentées par les classes dirigeantes qui utilisent les institutions sous leur contrôle, comme les médias et les écoles. Ces secteurs refusent également de se mettre en première ligne de la lutte pour les droits démocratiques les plus élémentaires, arguant que le problème de l’oppression des femmes n’est qu’une expression de l’exploitation capitaliste.

En même temps, ce genre de réductionnisme de classe dégage les membres les plus conscients de la classe ouvrière et même leurs propres militants de toute responsabilité dans la reproduction du sexisme. Quand les travailleuses occupent les premières lignes de la lutte, comme les femmes chez PepsiCo et LATAM, cela crée de meilleures conditions pour lutter à la fois contre le sexisme au sein de la classe ouvrière, mais aussi contre le sexisme patronal. La lutte contre le réductionnisme de classe ne peut pas pousser le mouvement des femmes socialistes à l’extrême opposé, en reprenant en tant que telles des notions individualistes de sexisme qui assimilent le harcèlement verbal dans la rue au terrorisme parrainé par l’Etat contre les femmes.

La mobilisation massive des femmes à travers le monde donne une nouvelle pertinence au débat sur la voie que le mouvement des femmes doit suivre pour éviter de finir comme le mouvement des femmes des années 1970. D’une manière contradictoire, le mouvement a entraîné des triomphes partiels et l’élargissement des droits. D’autre part, le mouvement fut domestiqué et l’idée d’une transformation radicale du système capitaliste fut enterrée. Le mouvement actuel met ce débat sur la scène: le but ultime sera-t-il une résistance occasionnelle aux attaques de la droite, ou allons-nous finalement construire une stratégie pour gagner?

L’organisation internationaliste des femmes Pan y Rosas (Pain et Roses), dont les auteures de cet article sont membres, existe en Argentine, au Brésil, en Bolivie, au Chili, en Uruguay, au Mexique, Venezuela, en Espagne, France et Allemagne. Elle intervient activement et vise à construire ce nouveau mouvement de femmes dans les milieux de travail, les écoles et les universités, dans une perspective socialiste. Nous luttons pour que le mouvement des femmes s’enracine dans la classe des salarié·e·s et illustre des exemples du potentiel révolutionnaire de cette alliance.

Nos idées, notre programme et notre stratégie sont basés sur les leçons accumulées des générations précédentes de marxistes révolutionnaires. Nous croyons en un féminisme qui cherche à être un mouvement politique des masses, où la lutte pour les droits et libertés démocratiques est liée à une dénonciation de ce régime d’exploitation et de misère pour la majorité. Seul un mouvement qui cherche à vaincre ce système peut être réellement émancipateur. (Article publié dans Left Voice, le 27 février 2018; traduction A l’Encontre)

Celeste Murillo et Andrea D’Atri

Celeste Murillo est active à Buenos Aires, Argentine et membre de «Pan y Rosas»; Andrea D’Atri est aussi active à Buenos Aires et membre de «Pan y Rosas».


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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 18 Mar 2018, 22:54

Des moments d’ouverture à l’inouï, au merveilleux, à la liberté d’être et de désirer

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« Le MLF a changé ma vie. Oui, nous autres filles du MLF avons changé le monde et l’aventure n’a été ni austère ni ennuyeuse. On se devait d’être drôles, impertinentes, imaginatives, radicales, les slogans fusaient comme des feux d’artifice : « Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette », « il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme ! » Des Gouines Rouges à la Spirale, en passant par le groupe d’études féministes de l’université Paris VII et bien d’autres collectifs fondés dans le feu de l’action, j’ai participé aux grands combats de toute une génération. La liberté des femmes est une conquête récente, on est prié de s’en souvenir et de la défendre. Avis aux jeunes générations ! » Marie-Jo Bonnet, quatrième de couverture

Je souligne en premier lieu, le souffle chaud de ce livre, cette tornade féministe et cette volonté de briser toutes les chaines, de construire l’égalité et la liberté, de plonger dans l’horizon souhaitable de l’émancipation, cette disponibilité « pour atteindre l’inespéré »

Quelques éléments choisis subjectivement.

Le Torchon brûle, les parents et leurs projections sur nos vies, « Ce que j’étais, ce que je désirais devenir, ne rentrait pas ses cases », l’insolence et l’audace, entendre pour la première fois parler d’avortement, « Et ce que j’ai fait est probablement plus tabou que l’avortement »…

Le MLF, des réunions, des rencontres, les Polymorphes perverses, l’Hymne des femmes (http://8mars.info/l-hymne-des-femmes), la Mutualité des médecins opposés à l’avortement thérapeutique et le commando saucisson, « Avortement , contraception libres et gratuits », l’émission de Ménie Grégoire « L’homosexualité, ce douloureux problème », la sexualité féminine comme continent noir, « il n’y a pas de détermination sexuelle autre que sociale », la liberté pour toustes, le Front homosexuel d’action révolutionnaire FHAR…

Le Manifeste des 343 (le-manifeste-des-343-05041971/), « Notre ventre nous appartient », le Mouvement pour la liberté de l’avortement (MLA) puis le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception), « Lutter contre notre oppression, c’est faire éclater toutes les structures de la société et en particulier les plus quotidiennes », les revendications du MLF et du FHAR volontairement associées.

« Le sujet brûlant, trop brulant du corps, du plaisir et de la normalité », les hommes et le « jouir sans entraves », la débandade du phallus, le modèle masculin et le coté des femmes, les lesbiennes…

Défilé du premier mai, les services d’ordre, « notre comportement joyeux », Partisans et « Libération des femmes, année zéro », faire entrer les utopies dans les quotidiens, le désir d’être, « Votre révolution sexuelle n’est pas la notre », tourner le regard vers soi-même, l’ordre symbolique fondé sur le primat du Phallus, construire un sororité nouvelle…

Les journées de dénonciation des crimes contre les femmes (mai 1972), la non-mixité et des hommes s’occupant de la crèche, « Femmes qui refusons les rôles d’épouse et de mère, l’heure est venue où du fond du silence il nous faut parler », la double oppression comme femme et comme homosexuelle, les Gouines rouges, celles qui sont traitées de « femmes sans homme » alors que les garçons ne sont jamais traités d’« hommes sans femme », l’hétérosexualité et l’homosexualité comme constructions sociales, « Notre corps et nous-mêmes »

Le « nous », le « je », , la pari de la non-mixité, Musidora, « Grrrêve des femmes », l’espérance pour atteindre l’inespéré, « Le soir, une manifestation de nuit organisée boulevard Sébastopol. Nous marchons sur le trottoir en tenant une banderole très longue sur laquelle est écrit : « Nous voulons sortir la nuit sans risque »…

Le militantisme au MLAC et l’ouverture des « horizons insoupçonnés », la libre disposition de son corps, le Self Help, « ce sont les femmes qui décident », Histoire d’A et son interdiction, les projections clandestines, la transgression ouverte de la loi interdisant l’avortement, les maisons de femmes, « La parole se libère partout, menant à l’auto-organisation des femmes au sein mêmes de leurs lieux d’action politique et syndicale »…

Les sorcières, Les Chants roux, la petite voix intérieure, « Parler, c’est donc briser le sceau, libérer le souffle et s’engager dans une métamorphose de l’être qui mène à un retour vers l’origine des nombres »…

Le groupe d’Etudes féministes de Paris-VII, « Pour ma thèse j’ai choisi d’étudier un sujet qui me concerne de près : les relations amoureuses entre les femmes. Relations, et non homosexualité, concept psychiatrique qui fige la recherche dans un essentialisme identitaire étranger à Eros. La relation amoureuse est quelque chose de vivant, de mouvant, soumise à d’autres influences que ses propres choix conscients », les ponts entre le dedans et le dehors…

Faire l’histoire du féminisme, nos grands-mères féministes, la Journée internationale des femmes, le 8 mars 1975, le Festival international de films de femmes à la FNAC, l’utopie entre femmes, un monde créé par et pour les femmes…

Ras le viol – « Quand une femme dit non, ce n’est pas oui, c’est non », la tolérance sociale autour du viol, sortir le viol de la qualification de coups et blessures, la parole contestée d’une femme violée « On ne l’écoute pas, on ne la respecte pas », encore des heurts avec le service d’ordre de la CGT, les alibis de « la misère sexuelle », la haine des femmes traduite en acte, « la répression, c’est le problème des violeurs », des centres anti-viol ouverts le jour et la nuit, le viol enfin qualifié comme crime.

L’amour, le lâcher prise, Utopie et féminisme, les conflits avec « Antoinette et son groupe psychanalyse et Politique », l’éthique des relations entre femmes, et plus tard l’appropriation privée du sigle MLF…

Contre la répression de l’homosexualité, « La tendance du mouvement homosexuel masculin est de s’émanciper des femmes pour se concentrer sur ses tropismes communautaires », Pénélope, le développement de la presse féministe, la marche du 6 octobre 1979…

« La liberté n’est ni occidentale, ni orientale, elle est universelle », le renversement du shah d’Iran, « Les Iraniennes sont consternées et en colère. Elles ont pris l’habitude de la liberté et n’ont pas fait la révolution pour se trouver emprisonnées dans un hijab », le soulèvement de femmes et les égarements de certains…

« Apprendre à défendre ses désirs, écouter ses rêves, s’accepter dans sa différence et faire corps avec d’autres femmes pour prendre place dans le monde »

Marie-Jo Bonnet : Mon MLF

Albin Michel, Paris 2018, 416 pages, 21,50 euros

Didier Epsztajn


https://entreleslignesentrelesmots.word ... e-desirer/
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 25 Mar 2018, 20:14

"Le Deuxième Sexe" : L'héritage de Simone de Beauvoir

C’est l’histoire d’un livre, un livre fondateur : "Le Deuxième sexe". 1949 : l’essai philosophique de Simone de Beauvoir sur la condition féminine sort. Mille pages, deux tomes, pour un ouvrage qui fait scandale. Les lignes sur la sexualité féminine, le droit à l’avortement, ou la liberté d’être mère ou non font hurler les conservateurs de l’époque. L’écrivaine dont on fête les 110 ans de sa naissance est obligée de se justifier.
La polémique enfle en France, mais aux Etats-Unis, le "Deuxième sexe" devient une référence : il nourrit les études sur le genre.
C'est l’un des livres français les plus traduits. L’ouvrage a inspiré plusieurs générations de femmes engagées pour l’émancipation des femmes. Ici, l’écrivaine féministe Elisabeth Badinter en 1980 : "Simone de Beauvoir, c’est la femme que j’ai lu quand j’avais 15 ans […] un modèle de femme pendant très longtemps".
Ou l’avocate du procès de Bobigny Gisèle Halimi en 2008 :
"Elle nous a fait comprendre que ce n’est pas parce que la nature […] culturellement, politiquement on nous fabrique".
Mais aussi des anonymes comme Clémence, 89 ans et féministe :
"Je voulais lire un peu plus de livres de femmes […] j’ai dit, je ne suis pas folle".
Même si depuis 1949, la société a évolué.
Sans nul doute, la plus célèbre phrase du livre reste et restera dans le Panthéon de la cause féministe : "On ne naît pas femme, on le devient ".

vidéo INA : http://www.ina.fr/video/S700524_001/le- ... video.html
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 01 Avr 2018, 22:14

Andrea Dworkin parle de la liberté d’expression, de l’hétérosexualité, des productions « érotiques » et de son travail d’écriture

Dans le texte ci-dessous, Andrea Dworkin parle de sa vie et de l’avenir du féminisme avec les journalistes Elizabeth Braeman et Carol Cox. L’intégralité de cette interview a été publiée pour la première fois en 1991 dans le numéro du dixième anniversaire de la revue féministe américaine Off Our Backs (http://rancom.wordpress.com).

à lire : https://tradfem.wordpress.com/2018/03/1 ... oductions- erotiques -et-de-son-travail-decriture/
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 15 Avr 2018, 20:01

La Poudre - Épisode documentaire - La Marche 2

Au micro de Lauren Bastide : Geneviève Fraisse, philosophe et “sismographe” de l’histoire de la lutte féministe, Anaïs Pinay et Coline Merlo du collectif La Griffée (balancetontheatre.wordpress.com), Marie Hermann, éditrice et fondatrice de la maison d’édition féministe Hors d’atteinte (twitter.com/hors_d_atteinte) et Sandra Sainte Rose Fanchine, chorégraphe afro féministe de la parade 30 nuances de noir(es) (fr-fr.facebook.com/30nuancesdenoires/). Et des dizaines de militantes et marcheuses rencontrées dans les manifestations féministes.

Au programme de La Marche 2 :

(02:20) Lorsque les femmes françaises reprennent le flambeau de la Women’s March de Washington.
(06:00) Geneviève Fraisse, philosophe, replace le moment #metoo dans l’histoire de la lutte féministe.
(13:15) Rencontre avec le collectif de comédiennes La Griffée, qui a appelé des femmes à écrire "des lettres à leurs agresseurs”, lues en public.
(22:09) Geneviève Fraisse sur le pouvoir économique croissant qui permet au “corps collectif” des femmes de surgir dans l’histoire.
(30:17) La convergence entre les féministes du MLF et la jeune génération
(35:58) Le sauvetage de la bibliothèque Marguerite Durand
(38:18) Marie Hermann, éditrice, qui travaille sur la réédition d’un ouvrage féministe mythique, « Notre corps nous même »
(48:17) L’Hymne des femmes du MLF joué par l’Orchestre Debout, Place de la République
(51:53) Le discours d’Emmanuel Macron à l’Elysée le 25 novembre et le désenchantement qui a suivi
(1:01:12) La notion de consentement vue par Geneviève Fraisse
(1:04:45) Sandra Sainte Rose Fanchine, chorégraphe de la parade 30 nuances de noir(es), sur la nécessité de faire marcher les femmes noires avec fierté.

A écouter : https://soundcloud.com/nouvelles-ecoute ... /la-poudre
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Re: Histoire, théories et actualité du mouvement féministe

Messagede Lila » 15 Avr 2018, 20:35

L’idéologie de la tolérance a pris le contrôle du féminisme et menace de détruire le mouvement

Sous le patriarcat, les femmes ont été conditionnées à un état perpétuel de tolérance ; aujourd’hui, cette prétendue « tolérance » a été adoptée par certaines féministes, ce qui rend impossible la définition d’un ensemble de valeurs collectives ou l’affirmation d’objectifs communs.

« Nous sommes devenues réticentes à être étiquetées comme menant une croisade morale à une époque où le concept du potentiel humain a dégénéré en impératif de « faire tout ce qui nous plaît ». Nous sommes aujourd’hui conditionnées à accueillir avec des observations fades et des blagues cyniques certaines obscénités qui ont lieu à une échelle nationale et une perversité d’ampleur universelle. Nous sommes engourdies au point que la cruauté et le désespoir nous sont aujourd’hui familiers. » — Hilde Hein, 1982

Dans son livre de 1986, A passion for friends : toward a philosophy of female affection (Une passion pour les amies : Vers une philosophie de l’affection féminine), Janice Raymond cite Hilde Hein pour décrire un phénomène curieux qui se glissait dans certaines parties du mouvement féministe à cette époque. « La tyrannie de la tolérance, soutient-elle, dissuade les femmes de réfléchir de façon exigeante, d’assumer la responsabilité de leur désaccord avec d’autres et d’avoir la volonté d’agir. Pire, cela permet à des valeurs oppressives d’émerger sans être réfutées. »

L’observation de Raymond est pleine d’une perspicacité qui peut (plus facilement qu’elle ne le devrait) s’appliquer au féminisme contemporain. La règle totalitaire du patriarcat a imposé un a priori particulièrement néfaste aux jeunes femmes : aucun jugement de valeur ne doit être porté sur quoi que ce soit ou qui que ce soit. La morale est pour les prudes, et l’engagement critique est considéré comme « excluant » de divers groupes ou individus. Bien des gens se plaisent à parler du « patriarcat » comme si ce n’était qu’un objet étrange qui tombe occasionnellement du ciel, constamment mentionné au passage, mais jamais tout à fait avec la profondeur d’analyse que requiert ce concept.

Le mot « tolérance » vient du latin tolerare, qui signifie « endurer, soutenir, souffrir » et, littéralement, « supporter ». Dans le patriarcat, les femmes ont été longuement conditionnées à un état perpétuel de tolérance. La tolérance des coutumes des hommes, de leurs cultures, de leurs comportements et de leur sexualité a toujours été imposée aux femmes par les lois édictées par les dieux mâles, les états masculins et les hommes de leurs familles. De la « chasse aux sorcières », où des centaines de milliers de femmes ont été publiquement torturées et tuées pour avoir refusé de s’incliner face à l’autorité de l’Église, jusqu’aux formes souvent brutales d’anti-lesbianisme envers les femmes qui choisissent d’avoir des relations sexuelles avec des femmes plutôt qu’avec les hommes, la persécution est apparemment inévitable pour les femmes qui refusent de se montrer tolérantes de l’autorité masculine. Aujourd’hui, la formation à la tolérance commence très tôt : on apprend aux fillettes à supporter les garçons qui les humilient dans la cour de récréation, à détourner le regard de la pornographie en ligne et à se fermer les oreilles à la misogynie qu’elles entendent partout autour d’elles.

Janice Raymond décrit la tolérance comme une position passive. Elle y voit un facteur d’inaction, d’apathie et de sensibilité réprimée aux injustices infligées par les hommes aux femmes. En d’autres termes, conditionner les femmes et les filles à la « tolérance » n’est en rien dû au hasard.

Il n’est donc pas totalement surprenant que les femmes – et en particulier les jeunes femmes – hésitent à former leur propre sens du bien et du mal, à discerner les valeurs qui peuvent être considérées féministes et les autres, non, et à déterminer ce qui doit changer si les femmes veulent un jour vivre libres de la domination masculine.

Cette tyrannie de la tolérance est plus évidente dans ce qu’on appelle aujourd’hui le « féminisme intersectionnel » et c’est l’idéologie dominante dans beaucoup d’universités occidentales. L’utilisation abusive du sens donné à l’intersectionnalité par la créatrice de ce concept, Kimberle Crenshaw, signifie que cette sorte de « féminisme » reflète plus un certain type d’individualisme libéral, qui adhère au dogme masculin sous l’apparence de la progressivité et de la justice sociale. Ce n’est pas une coïncidence si les choix que cette idéologie présente comme « féministes » illustrent, jusqu’à la dernière touche de rimmel, les outils utilisés par les hommes pour coloniser les femmes.

La prostitution, maintenant qualifiée de « travail du sexe » par de nombreux militants étudiants et chercheurs universitaires, est présentée avec défiance dans ce cadre théorique comme le résultat d’un choix personnel et autonomisé de la femme, malgré le fait que la plupart des femmes en prostitution y sont par absence de choix. L’industrie multimilliardaire de la pornographie enregistre des actes sadiques de misogynie, ainsi que de pédophilie, d’homophobie et de racisme, pour les diffuser à des millions d’hommes et de garçons partout au monde. Pourtant elle le fait sous couvert d’être « sexe-positive », et certains n’hésitent pas à commercialiser comme « féministes » ces étalages de violence, tandis que les femmes qui critiquent cette industrie sont diabolisées comme « anti-sexe » ou « putophobes ».

Il est clair que pour être acceptée dans la nouvelle chapelle féministe, il faut se montrer tolérante de tous les systèmes dans lesquels des femmes peuvent (en théorie) manifester un choix, quel que soit le but de ce système. La promotion dans certains cercles féministes contemporains de ce que Janice Raymond décrit comme « la liberté des valeurs » – ou comme le dit Hein, « faire tout ce qui vous plaît » – rend presque impossible de définir un ensemble de valeurs collectives ou d’affirmer des objectifs partagés, vu le désir de paraître sensible et « respectueuse » des opinions de chaque femme du groupe. Conserver du respect envers les autres femmes est bien sûr important, mais cela ne doit pas nécessairement se faire au prix d’une incapacité totale d’exprimer le moindre désaccord sur un point de vue particulier ou une position politique. En outre, s’il peut être relativement facile de s’opposer à des valeurs manifestement patriarcales, la difficulté consiste à s’exprimer au sujet de celles qui sont moins évidentes.

Dans la conception devenue dominante du « féminisme intersectionnel », les femmes se font accuser d’avoir péché en possédant ce que l’on appelle le privilège « cisgenre ». Cette notion qualifie de position privilégiée le fait d’être née femme et de continuer à se qualifier de femme. Surtout, on prétend que les femmes qui possèdent ce privilège cisgenre ont la capacité d’opprimer les hommes, si ceux-ci ont décidé qu’ils préféreraient ne pas être identifiés comme tels.

Dans le monde occidental de la politique identitaire, l’image adulée de la féministe « trans-inclusive » est devenue un marqueur qui détermine si une femme s’excuse suffisamment de son corps féminin – suffisamment pour le rendre insignifiant – et, en dépit de son exploitation historique, de sa chosification et de sa domination par les hommes, pour en venir à le voir plutôt comme une marque de privilège. Être une féministe tolérante aujourd’hui, c’est se repentir publiquement et sans fin de ses présumés péchés — le pire de tous étant, selon certains, la possession d’un corps féminin.

L’année dernière, 136 femmes ont été tuées par des hommes au Royaume-Uni, soit en moyenne une femme tous les 2,6 jours. En Inde, où la pratique de l’infanticide féminin est particulièrement répandue, la population des filles âgées de zéro à six ans a baissé d’environ 79 millions en 2001 à 75 millions en 2011. Le mois dernier, le Danemark a ouvert son premier bordel de poupées sexuelles. Il se présente comme « l’endroit où tous les messieurs sont les bienvenus et où les filles ne disent jamais non ». En Angleterre et au pays de Galles seulement, 85 000 femmes sont violées chaque année. Cela signifie qu’aujourd’hui, en moyenne, 10 femmes y sont violées chaque heure.

Les femmes doivent reconsidérer ce qu’elles tolèrent et ce qu’elles ne tolèrent pas. Bien que les femmes intolérantes soient qualifiées d’« excluantes », de « phobiques » ou de « haineuses », les hommes oppriment systématiquement les femmes depuis des siècles, tout en restant tolérés par la majorité d’entre nous. En tant que femmes, nous devons commencer à nous doter de ce que l’écrivaine Andrea Dworkin appelle, dans Les femmes de droite, « une intelligence morale », une capacité à construire notre propre système de valeurs et d’éthique centré sur les femmes. Si l’on considère les traces de violence, de colonisation et de mort laissées par les hommes à travers le monde, il n’y a aucune raison que les femmes soient tolérantes du dogme patriarcal, peu importe la forme qu’il prend.

May Mundt-Leach est étudiante universitaire au Royaume-Uni et membre de l’organisation féministe radicale Kvinnorum, qui s’efforce d’offrir aux femmes des espaces et des rassemblements non mixtes. Les opinions exprimées ici ne sont représentatives que des siennes.


https://tradfem.wordpress.com/2018/04/0 ... mouvement/
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