Contre les caméras de surveillance

Re: Contre les caméras de surveillance.

Messagede bipbip » 27 Mai 2017, 21:16

Vidéosurveillance générale dans les lycées des Hauts de France

La région va installer des caméras dans l’ensemble des lycées des ex Nord-Pas-de-Calais et Picardie. Une opération coûteuse dont l’efficacité est contestée et qui soulève de lourdes interrogations.

Où qu’ils soient dans le bâtiment, ils seront filmés toutes la journée. Eux, ce ne sont pas les anges de la téléréalité, ce sont les lycéens de la région Hauts-de-France. A Lille, le conseil régional votera jeudi cette décision de la majorité régionale (LR avec le FN pour seule opposition), concrétisation d’une promesse de campagne de Xavier Bertrand lors des élections de 2015.

La collectivité s’apprête donc à lâcher 10 millions d’euros pour équiper les 265 établissements de « caméras à boule », dans les couloirs, capables de filmer dans le noir et à 365 degrés ; ainsi que de caméras fixes pour observer le extérieurs. Un dispositif qui s’inscrit dans un « plan de sureté » plus global qui doit coûter 22 millions d’euros.

« Au regard du contexte sécuritaire particulièrement difficile, illustré par les récents événements de Grasse, il nous est rappelé que les établissements publics locaux d'enseignement (EPLE) ne sont pas exempts de risques, explique la région. Notre volonté est de faire de la sécurisation des EPLE une véritable priorité. »

Lycéens filmés partout et tout le temps

Si l’objectif est compréhensible, l’implantation de caméras partout ne convainc pas. « On voit bien que leur seule utilité est de contribuer après-coup à une enquête, estime le sociologue Laurent Mucchielli, et encore, cette utilité est bien limitée quand on observe la liste des attentats commis en France où les terroristes se suicident... » Les parents d’élèves de la FCPE n’y croient pas plus et s’inquiètent même de l’usage des données collectées : «Qu'est-ce qu'on fait des images ? Il est question de les envoyer vers des centres de surveillance urbains (CSU), mais qui les observera? interroge Nathalie Gaujac, secrétaire générale de la FCPE locale. A l'intérieur des établissements, les caméras ne vont pas empêcher qu'il y ait des problèmes avec les élèves. Et même, au contraire, elles peuvent être vues comme une provocation ! »

... http://www.humanite.fr/videosurveillanc ... nce-636486
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Re: Contre les caméras de surveillance.

Messagede Pïérô » 01 Juin 2017, 17:56

Manosque : manifestation au lycée Félix Esclangon contre l'installation de caméras de vidéosurveillance

Jeudi, à l'initiative de l'Union nationale lycéenne, un rassemblement était organisé devant l'établissement, quelques jours après l'installation de 8 caméras.

"Big Brother is watching you", "Non, non, non aux caméras !", "La liberté se meurt en toute sécurité"... Voilà quelques-uns des slogans scandés par la dizaine de lycéens à l'initiative de la manifestation organisée ce jeudi 1er juin à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), devant l'entrée principale du lycée Félix-Esclangon. Objet de leur mobilisation ? L'installation le mercredi 24 mai dernier de huit caméras de vidéosurveillance au sein de l'établissement, dans le cadre d'un plan de sécurisation porté par la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

"On considère que c'est une atteinte à notre vie privée. Ces caméras sont censées filmer les entrées de l'établissement, or certaines sont placées d'une telle manière qu'elles filment une grande parcelle de la cour" expliquent les jeunes membres de l'Union Nationale Lycéenne (UNL 04) à l'origine du rassemblement. "Et puis, on constate une baisse importante des budgets liés aux projets pédagogiques ou aux travaux urgents, et là on dit oui aux caméras... Il y a des moisissures dans les douches de l'internat et ailleurs, on a l'impression que certains endroits du lycée sont laissés à l'abandon..."

... http://www.hauteprovenceinfo.com/articl ... lance.html
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Re: Contre les caméras de surveillance.

Messagede bipbip » 08 Oct 2017, 16:45

Rennes, vivre sous surveillance
Les caméras poussent comme des champignons cet automne à Rennes. Dans le métro, sur la route ou dans la rue, tous les prétextes sont bons pour fliquer un peu plus la population.
... http://www.rennes-info.org/Rennes-vivre ... rveillance


Nantes
La vidéosurveillance n’est pas une solution !
La maire de Nantes, présidente de Nantes métropole et l’adjoint nantais délégué à la sécurité viennent de présenter le déploiement dans l’agglomération de 139 caméras, dans les rues à Nantes (97), St Herblain (22 déjà existantes), Rezé (13) et Vertou (7) et d’un centre de supervision urbain. Le coût de la création de celui-ci s’élèverait à 1,4 million d’euros, les frais de fonctionnement se chiffreraient à 342 000 € par an. Il semblerait que l’achat et l’installation d’une caméra reviendraient à 10 000 €.
... https://nantes.indymedia.org/articles/38719
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Re: Contre les caméras de surveillance.

Messagede Pïérô » 13 Nov 2017, 12:59

La guinguette de Tours s’équipe de caméras de vidéosurveillance

Alors qu’une vingtaine de caméras municipales sont déjà disposées sur les quais de Loire, entre le pont Napoléon et le pont de fil, l’entreprise qui gère la guinguette a obtenu l’autorisation d’installer son propre dispositif.

... http://larotative.info/la-guinguette-de ... -2497.html
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Re: Contre les caméras de surveillance.

Messagede bipbip » 16 Nov 2017, 22:18

Vidéosurveillance à Rennes : un rapport démontre son inefficacité

Lancée début 2010, la vidéosurveillance ne devait être qu’un « outil, mis en expérimentation, pour une durée d’un an » [1]. Force est de constater qu’elle s’est pérennisée et normalisée. Une nouvelle décision d’extension « pragmatique et maîtrisée [2] » selon les mots de Nathalie Appéré fait pourtant suite à la remise du rapport commandé par la Ville sur l’efficacité de l’outil.

... https://expansive.info/Videosurveillanc ... cacite-683
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Re: Contre les caméras de surveillance.

Messagede Pïérô » 03 Déc 2017, 13:35

Extension de la surveillance à Joué-lès-Tours

Alors que le nombre de caméras de vidéosurveillance a augmenté de 130 % depuis le début de son mandat, le maire Frédéric Augis veut continuer à en quadriller la ville.

lès-Tours, Vincent Téléga, a présenté une délibération visant à souscrire à un marché pluriannuel pour étendre le dispositif de vidéosurveillance de la ville. Quand Frédéric Augis est arrivé à la tête de la mairie, la commune comptait déjà 29 caméras de vidéosurveillance installées sur la voie publique. Aujourd’hui, elle en compte 67 (auxquelles s’ajoutent 20 caméras en intérieur), mais la municipalité ne compte apparemment pas mettre un frein à cette politique de flicage.

Pourtant, l’efficacité de ces dispositifs très coûteux est loin d’être démontrée. Frédéric Augis a d’ailleurs reconnu pendant le conseil municipal que la ville n’avait enregistré que dix réquisitions judiciaires visant à obtenir des images filmées par ces caméras depuis le début de l’année 2017. Un chiffre dérisoire.

En fait, comme l’a reconnu le maire, la question n’est même plus celle de la lutte contre la délinquance, mais du quadrillage de la ville :

« C’est pas la question de la délinquance qui me fera changer la politique de vidéoprotection dans cette ville. (...) Au-delà des chiffres, [le but] c’est de faire une aide à la police nationale et à la police municipale avec la vidéoprotection dans des lieux stratégiques de la ville. »

« Il n’y pas de question de Big Brother ou n’importe quoi. Nous avons décidé de mettre en place un certain nombre de caméras. Je rappelle que la règle c’est avant tout dans la sécurité des plus jeunes, donc c’est les lieux de vie et devant les écoles où un certain nombre de caméras sont actuellement installées (sic). J’assume ce choix. Je continuerai d’installer des caméras dans cette ville. »

Le plan d’extension des caméras dans la commune comprend d’ailleurs un volet « écoles » pour un budget de 276 000 euros, subventionné à hauteur de 200 000 euros par la préfecture d’Indre-et-Loire. Quand il s’agit de fournir des armes aux policiers municipaux ou d’installer de nouveaux dispositifs de surveillance, on peut toujours compter sur l’État.

Deux déclarations étaient particulièrement remarquables au cours de cet échange sur la vidéosurveillance. Celle de Jean-Christophe Turot, élu de la majorité, d’abord :

« La plupart des gens s’accommodent très bien des caméras de vidéosurveillance. (...) Une caméra de vidéoprotection, ce n’est pas attentatoire aux libertés individuelles à partir du moment où on a rien à se reprocher. »

Celle de Vincent Tison, élu de l’opposition (PS) ensuite :

« Il y a la question des libertés individuelles. Mais la réglementation le règle, puisqu’il y a la présence de panneaux aux abords de ces zones qui précisent effectivement que ce sont des zones sous vidéosurveillance.

Le panneau d’information, garant des libertés individuelles... Cette déclaration illustre bien comment le Parti socialiste (ou ce qu’il en reste) s’est converti aux doctrines sécuritaires au cours des trente dernières années.


https://larotative.info/extension-de-la ... -2521.html
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Re: Contre les caméras de surveillance

Messagede bipbip » 21 Avr 2018, 12:18

À lire un extrait de Vous êtes filmés !, de Laurent Mucchielli

Laurent Mucchielli, Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance, Paris, Armand Colin, 2018, 232 p., 17,90€. [extrait pp. 25-32].

NB : les notes du texte (au nombre de dix-sept), renvoyant aux sources citées à l’appui, ne figurent pas dans cet extrait ; on les trouvera dans le livre p. 202. Une bibliographie complémentaire est aussi disponible via ce lien http://medias.dunod.com/document/978220 ... filmes.pdf

Chapitre 2. Où en est-on aujourd’hui en France ?

Le bilan de la politique publique développée en France depuis 2007 est difficile à dresser en l’absence d’un recensement établi rigoureusement et publié par le Ministère de l’Intérieur. Ce n’est pourtant qu’en cumulant les autorisations préfectorales – délivrées en cas de demande d’une collectivité territoriale – que le nombre total de communes équipées et de caméras installées (au moins depuis la loi de 1995) pourrait être déterminé et actualisé chaque année. C’est d’autant plus important que, depuis dix ans, les standards ont beaucoup changé. On est très loin aujourd’hui du ratio de 1 caméra pour 1 000 habitants qui était considéré comme élevé en 2007 – standard qui n’est pas sans rappeler celui d’un policier municipal pour 1 000 habitants que l’on rencontre également couramment dans le discours des élus et des professionnels, sans que personne ne soit capable, là non plus, d’indiquer l’origine ni d’expliquer la pertinence d’un tel calcul !

Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation estimait en 2016 que « 51 934 caméras de vidéoprotection sont dénombrées sur l’ensemble du territoire », soit une augmentation de 37 % par rapport à 2012 et de 126 % par rapport à 2010. Or ce chiffre est totalement erroné. De son côté, la CNIL en annonçait déjà 70 000 en 2012. Si l’on applique au chiffre de la CNIL une moyenne des taux de progression enregistrés au Ministère de l’Intérieur, il faudrait donc parler plutôt d’au moins 100 000 caméras de voie publique. D’autant que si le nombre de demandes d’autorisations annuelles reçues par les préfectures a légèrement diminué après le changement politique de 2012, ces dernières portent sur des projets d’équipement de plus en plus volumineux, de sorte que le nombre global de caméras continue d’augmenter fortement. De son côté, l’association des marchands de vidéosurveillance estimait que le nombre de caméras de voie publique était d’environ 102 000 en 2014, donc nettement plus désormais.

En outre, à ces caméras de rue s’ajoutent plus d’un million de caméras, si l’on prend en compte tous les « lieux et établissements ouverts au public » (principalement des commerces et des banques). La répartition exacte est du reste impossible, puisque certains des dispositifs installés dans ces « lieux ou établissements ouverts au public » sont « mixtes » au sens où ils surveillent aussi des parties de la voie publique. C’est également le cas de nombreux établissements scolaires qui se sont souvent équipés ces dernières années, sans qu’il existe un recensement des dispositifs installés (dont l’intérêt global est par ailleurs plus que douteux…).

Par ailleurs, les rares contrôles a posteriori effectués par les commissions départementales de vidéoprotection indiquent que, si les principales infractions relevées sont le défaut d’information de la population (absence de panneaux), « 18 % des manquements constatés correspondent au fonctionnement sans autorisation du système de vidéoprotection ». Même si cette vidéosurveillance sauvage concerne essentiellement les commerces, c’est une source supplémentaire d’imprécision.

Enfin, dernier problème : le seul document du Ministère de l’Intérieur qui tente un cumul rétrospectif des autorisations préfectorales est un rapport datant de 2012, qui ne remonte pas jusqu’à la loi de 1995 mais seulement jusqu’en 1999.

Reste que ce rapport sur l’activité des commissions départementales de vidéoprotection écrit :

« 1 080 729 caméras ont été autorisées depuis 1999. Ce nombre dépasse donc pour la première fois un million en 2012. La part des caméras visionnant la voie publique s’établit à 10 %. »

Dès lors, compte tenu de toutes les remarques méthodologiques énoncées ci-dessus, il paraît raisonnable d’estimer aujourd’hui le nombre total de caméras filmant des lieux publics et les voies publiques en France à environ 1,5 million en 2018, et le nombre de celles filmant exclusivement la voie publique (à l’initiative essentiellement des communes) à au moins 150 000, soit le triple des estimations officielles…

Voyons si une approche plus territorialisée permet de préciser les choses. En effet, ces décomptes n’indiquent pas le nombre de communes équipées, ce que les commissions départementales de vidéoprotection devraient pourtant savoir et publier. Il faut donc procéder de façon plus empirique.

Le site Internet Owni en 2011 puis le magazine la Gazette des communes en 2013 avaient tenté de chiffrer l’état de la vidéosurveillance dans les 60 plus grandes villes françaises. En 2013, 42 d’entre elles avaient déjà fait ce choix. Qu’en est-il depuis lors ? Parmi les 18 restantes, la plus grande, Nantes, a annoncé fin 2016 qu’elle s’y engageait à son tour (20 minutes, 28 septembre 2016). Lille a longtemps constitué l’une des dernières grandes villes à s’y refuser, sachant toutefois que la nouvelle « métropole européenne de Lille » disposait déjà d’un réseau de 1 800 caméras pour surveiller les transports publics et le trafic routier (La Voix du Nord, 31 mai 2016). Mais son maire, Martine Aubry, a fini par céder aux pressions locales fin 2015, tout en restant persuadée que l’essentiel se joue sur le terrain et non devant des écrans. Vient ensuite Villeurbanne, dont le maire s’y refuse depuis toujours (sauf sur quelques bâtiments et équipements municipaux), considérant lui aussi que la sécurité réelle de ses concitoyens n’aurait pas grand-chose à y gagner. À Brest, la situation ressemble à celle de Lille avant 2015. La ville n’a pas fait ce choix mais la métropole (« Brest Métropole Océane ») dispose d’un réseau de caméras dans les transports et pour le trafic routier. À Clermont-Ferrand, le maire a changé d’avis en 2014 et engagé la ville dans un équipement pour le moment modeste : 22 caméras pour surveiller les « quartiers sensibles » (La Montagne, 29 mai 2015). À Limoges, le nouveau maire, qui l’avait promis, a installé la vidéosurveillance : le centre de supervision urbaine a ouvert en avril 2016 (France 3 Limousin, 18 avril 2016). À Caen, la municipalité s’est également engagée dans la vidéosurveillance en 2015 (Ouest-France, 18 janvier 2016). Même chose à Saint-Denis en 2016 (Le Parisien, 1er juin 2016), et auparavant à Montreuil de façon très limitée (Le Parisien, 24 février 2014). Même chose également à Dunkerque en 2015, de même qu’à Créteil, Nanterre et Poitiers en 2016. Vitry-sur-Seine et Champigny-sur-Marne résistent encore, de même que Saint-Paul à La Réunion. Pau avait basculé en 2014, de même qu’Aubervilliers.

Au final, il ne reste donc plus que 5 des 60 plus grandes villes françaises à ne pas s’être équipées en vidéosurveillance. Ce sont toutes des communes politiquement de gauche.

Du côté des villes moyennes, un indicateur est fourni par l’association « Villes de France » qui enquête régulièrement parmi ses adhérents, une centaine de villes de 15 000 à 150 000 habitants (41 000 en moyenne). En 2010, 55 % d’entre elles étaient équipées en vidéosurveillance, pourcentage qui est monté à 73 % en 2014 et a atteint 81 % en 2016. Sachant de surcroît que 7 des 18 villes encore non équipées dans cet échantillon ont annoncé avoir inscrit la « vidéoprotection » dans leur programme de l’année 2017, le pourcentage atteindra donc 88 % début 2018. Cette enquête, précieuse, chiffre également le nombre de caméras installées. La moyenne est de près de 52 caméras par ville en 2016, chiffre qui a doublé depuis 2010.

Autre évidence : la région parisienne est presque totalement couverte. Par exemple, 39 des 40 communes de la Seine-Saint-Denis sont désormais équipées (Le Parisien, 27 janvier 2014), au moins 37 sur 47 dans le Val de Marne. C’est également le cas de la région lyonnaise et de la région marseillaise, pour ne citer qu’elles. Dans des départements plus ruraux, certains conseils départementaux ont également lancé des programmes de financement de la vidéosurveillance. C’est notamment le cas de l’Oise où le jeune président (de droite, né à Neuilly-sur-Seine) Edouard Courtial a détourné en 2015 une large partie de l’enveloppe habituelle « Aide aux communes » pour financer un « Plan Oise vidéo-protection ». L’année suivante, il annonçait (à l’occasion d’une visite de Nicolas Sarkozy) que 48 subventions avaient été votées en faveur des communes parmi les plus rurales de l’Oise, pour un montant total de travaux de plus de 4 milliards d’euros et l’installation de 475 caméras. En mars 2017, 55 communes en auraient bénéficié, à commencer par la ville principale et préfecture, Beauvais (55 000 habitants), où la sénatrice-maire (également de droite) annonce l’installation prochaine de 100 caméras et a inauguré début 2017 un nouveau centre de supervision urbaine (CSU) faisant travailler quinze opérateurs 24 h/24 et 7 j/7 – CSU dont la seule rénovation aura coûté 660 000 euros à la commune (Le Parisien, 24 mars 2017) !

Dans le département des Bouches-du-Rhône, nous avons demandé à l’autorité préfectorale la liste des communes vidéosurveillées (information théoriquement publique mais non publiée). Il apparaît que, au 31 décembre 2016, 101 des 119 communes du département sont équipées en vidéosurveillance, soit 85 % d’entre elles. Ensemble, ces 101 communes ont reçu au cours des dernières années l’autorisation d’installer 4 726 caméras. Avec ses 1 110 caméras, Marseille pèse presque un quart du total. Viennent loin derrière les deux autres villes les plus peuplées du département : Aix-en-Provence (142 000 habitants, 166 caméras) et Arles (53 000 habitants, 146 caméras). À l’inverse, on ne compte que 4 caméras dans le village médiéval très touristique des Baux-de-Provence (450 habitants) et une seule dans la ville de Lançon-de-Provence (8 700 habitants).

Toutefois cette façon de regarder les chiffres bruts est relativement peu instructive car les populations de ces villes sont totalement différentes. Si l’on calcule plutôt des taux en fonction de la taille des populations communales, le classement n’est plus du tout le même. Avec un ratio d’une caméra pour 771 habitants, Marseille figure en milieu voire même en bas de classement, très loin derrière les 15 communes qui, avec des ratios de plus d’une caméra pour 100 habitants, apparaissent comme de véritables fanatiques de la vidéosurveillance. Qui sont-elles ? Toutes des villages ou des petites villes. Certaines sont très touristiques comme Cassis et Carry-le-Rouet. Mais aucune n’apparaît comme exposée à un niveau particulièrement élevé de délinquance de voie publique. La plupart sont surtout de paisibles et plutôt riches villages provençaux, comme nous le verrons plus loin.

Concluons cette tentative d’état des lieux de la vidéosurveillance en France. Sauf à procéder à une analyse équivalente sur la totalité des départements français, en les traitant un par un, il est impossible de chiffrer précisément ni le nombre de caméras ni le nombre de communes dans lesquelles elles sont aujourd’hui installées. Ces communes se comptent par milliers, mais nous ne saurions dire combien exactement. Proposons une estimation en disant 3 500 communes équipées au début de l’année 2018. Sur la base de ce que nous avons vu en région parisienne et en région marseillaise, il est en tout cas possible d’estimer que 80 à 90 % des communes situées en zones urbaines sont vidéosurveillées en 2018 à des degrés très divers. Et il est enfin possible de prévoir que cette couverture ne peut que s’élargir car l’extension se poursuit principalement désormais en direction des petites villes et des territoires périurbains et ruraux. En 2015, 176 des 326 demandes de financement adressées par des communes au Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), soit 54 %, concernaient ainsi des communes de moins de 10 000 habitants ; 36,5 % concernaient même des communes de moins de 5 000 habitants. Une tendance qui s’est manifestement accentuée encore depuis les attentats frappant la France depuis janvier 2015. Nous y reviendrons en détail dans le chapitre 4 consacré aux élus locaux.


http://www.contretemps.eu/mucchielli-en ... veillance/
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Re: Contre les caméras de surveillance

Messagede bipbip » 05 Mai 2018, 10:58

Conférence de Laurent Mucchielli sur la vidéosurveillance : Vidéoprotection, la grande imposture ?

Rennes Samedi 5 mai
19 heures, Maison Internationale de Rennes, 7 quai Chateaubriand

Sociologue au CNRS à Marseille, spécialiste des questions de délinquance et de sécurité. Il vient de publier un livre « Vous êtes filmés, enquête sur le bluff de la vidéosurveillance »

Image

http://www.rennes-info.org/Conference-d ... Mucchielli
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Re: Contre les caméras de surveillance

Messagede bipbip » 19 Mai 2018, 17:35

L’AP-HP annonce le déploiement de plus de 350 caméras en plus dans les établissements parisiens

On apprend ce jour que la direction de l’AP-HP va dépenser 30 millions d’euros pour déployer des caméras.

« Il y a aura 40 % de caméras supplémentaires, soit plus de 1 500 au total, installées d’ici à trois ans, là où les équipes estiment en avoir besoin. Cela représente un important investissement de 30 millions d’euros, l’équivalent d’un petit bâtiment. Martin Hirsch, le directeur des hôpitaux de Paris.

On apprend toujours dans cet entretien du Parisien que l’administration va en profiter pour installer des caméras dites « intelligentes » qui utilisent

« une haute technologie, utilisée notamment dans les aéroports et que nous testerons pour la première fois dans le domaine de la santé. Ces caméras sont capables de détecter des bagarres, des colis suspects, mais aussi de repérer des chutes au sol ou d’agir lors d’une disparition de patient, Alzheimer par exemple. Martin Hirsch

Devant le manque absolu de moyens dans les hopitaux publics, on a rien trouver de mieux pour gérer le chaos que d’accentuer la surveillance et la répression. C’est pourtant de personnel soignant dont ont besoin les services hospitaliers de la région parisienne !
Il n’est pas si surprenant que les colères, voire agressions progressent dans des services surchargés par manque de moyens.
Qui a déjà passé quelques heures aux urgences pour se faire prendre en charge a une petite idée des trésors de patience dont il faut faire preuve pour passer le temps sans s’irriter.

L’argent doit être mis dans le recrutement de personnels, pas dans des caméras !


https://paris-luttes.info/l-ap-hp-annon ... t-de-10261
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Re: Contre les caméras de surveillance

Messagede bipbip » 21 Mai 2018, 20:45

Caméra, pourquoi sans répit m’épies-tu ?

Des caméras partout, mais pour quoi et à quel prix ? Cette police électronique tient-elle les promesses de ses promoteurs ? Aucune étude sérieuse n’avait encore été menée sur le sujet. Docteur ès délinquance, Laurent Mucchielli y a jeté un œil [1].

La vidéosurveillance a connu un boum sous Nicolas Sarkozy. Et aujourd’hui, les caméras sont légion : selon les calculs de Laurent Mucchielli, la France en compterait pas moins de 1,5 million. Un maillage serré, pourtant loin de tenir les promesses de ses promoteurs. Le chercheur souligne ainsi, au fil de son enquête de terrain dans trois villes du sud de la France, le peu de délits élucidés par ce moyen : moins de 2 %. Ce qui fait cher le coup de filet.

La ville de Nice possède une caméra pour 600 habitants. Pas moins de 125 fonctionnaires scrutent les écrans du Centre de supervision urbaine (CSU). Ce dispositif coûte 10 millions d’euros par an. Une bagatelle dans cette ville de riches oisifs... En revanche, on peut s’étonner qu’un camion puisse rouler à tombeau ouvert sur la promenade des Anglais en plein 14 juillet. Le maire, Christian Estrosi, n’avait-il pas déclaré après les attentats de Charlie Hebdo, le 19 janvier 2015, être « à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés » ? Visiblement, les Niçois aiment qu’on leur mente. Même chose à Levallois-Perret, la ville du probe Balkany, qui fut le premier à installer ce type de matériel. Le 9 août 2017, un terroriste y frappe des militaires. La caméra filme tout, mais n’empêche rien. La preuve est encore faite.

À Nice, 213 interpellations auraient été réalisées en 2010 grâce à la vidéosurveillance. Ce qui, ramené aux 17 670 atteintes aux personnes recensées la même année, donne le chiffre formidable de 1,2 % de taux d’élucidation. Estrosi a dû en conclure que sa ville manquait de caméras.

Mucchielli zoome ensuite sur Brice Hortefeux qui, quand il était ministre de l’Intérieur, a largement publicisé des rapports favorisant la vidéosurveillance. Dans quel but ? Nos politiciens et leurs amis ont-ils des intérêts dans des sociétés commercialisant de tels dispositifs ? Parfois oui, mais la raison n’est pas suffisante. Il s’agit plutôt d’un grand bluff pour donner l’impression de contenir une délinquance qui, soit dit en passant, diminue dans le pays.

Surveiller les surveillants

Impartial, Mucchielli se penche aussi sur des villes réputées de gauche, telles Saint-Étienne ou Lyon, et s’interroge avec la Chambre des comptes sur le bénéfice de telles installations. Certes, l’acceptabilité sociale a été travaillée. Les faits les plus marquants exploités. Les caméras installées. Les citoyens bernés. Mais aucune évaluation n’a été faite. À Avignon, autre ville très surveillée et endettée, un audit de 2014 a montré que seul un quart des caméras fonctionnait. La sécurité dans la cité des Papes est aussi une rhétorique. L’œil du divin y pourvoit.

Comment expliquer, encore, que des villages reculés aient recours à la vidéosurveillance alors qu’aucune affaire – si ce n’est une poubelle renversée ou un étron canin devant l’école – n’y défraye la chronique ? À Saint-Paul-la-Rivière (ne cherchez pas, le nom a été changé), où la délinquance est faible, un CSU a été installé grâce à l’aide de l’État. Contribution décisive ! Le chef du centre surveillait lui-même les surveillants depuis son domicile. À quoi d’autre servent les caméras du village ? Mucchielli ne nous épargne aucun détail : chaque jour, les entrées et sorties des écoles sont filmées. Et, tenez-vous bien, le mercredi, on se focalise sur le marché. Mucchielli s’intéresse alors au déplacement de la (dite) délinquance. Coupables idéals, les ados jouent de plus en plus avec les caméras : insultes, grimaces, fausses dissimulations. La jeunesse s’ennuie. Les agents, pareil : « Eux aussi, ils tuent le temps. » Les retraités flippent. L’élu invente de la délinquance. La routine ne peut être transgressée que par des crimes inouïs : du reggae dans une voiture fenêtre ouverte !

L’avenir de la vidéosurveillance serait dans la verbalisation des automobilistes. Nice s’y est mise à vitesse grand V. Marseille suit avec retard. Le coût pour le citadin est phénoménal. Il paye pour être surveillé sans résultat tangible et son sentiment d’insécurité ne fait que croître. C’est con, quand même !


Notes

[1] Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance, Armand Colin, 2018.


http://cqfd-journal.org/Camera-pourquoi ... it-m-epies
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Re: Contre les caméras de surveillance

Messagede bipbip » 04 Juin 2018, 11:43

Vidéosurveillance : paradigme du technosolutionnisme

La lecture du livre du sociologue Laurent Mucchielli (@lmucchielli), Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance, m’a profondément déprimé. Elle m’a profondément déprimé parce qu’elle montre que ceux qui n’ont cessé de dénoncer l’inutilité de la vidéosurveillance n’ont absolument pas été entendus. Ils ont été laminés par le bulldozer d’une désinformation sans précédent… alors même que les constats initiaux sur l’inefficacité de la vidéosurveillance (voir notamment les articles de Jean-Marc Manach de 2009 et 2010 ou encore le dossier que consacrait déjà en 2010 Laurent Mucchielli sur son blog) n’ont cessé d’être confortés par les rares évaluations qui ont eu lieu. Après des années de développement, la vidéosurveillance, rapportée à son coût, ne sert toujours à rien et pourtant, elle s’est imposée partout. Elle est devenue si banale désormais, qu’on s’étonne plutôt quand une collectivité locale n’en est pas équipée. Pourtant, ces années d’équipements, ces ces centaines de millions d’euros dépensés, n’ont pas changé le constat initial, celui pointé depuis très longtemps par les chercheurs : à savoir que la vidéosurveillance sur la voie publique ne produit rien. Le retour sur investissement de cette technologie est scandaleux. Le taux « d’utilité » aux enquêtes comme le taux de « participation » à l’élucidation de voies de fait est quasiment inexistant. Elle ne parvient même pas à combattre le sentiment d’insécurité que les caméras promettaient de résoudre comme par magie.
La vidéosurveillance : un programme politico-industriel massif

Dans son livre, Mucchielli rappelle que la vidéosurveillance municipale consiste à surveiller la voie publique, la rue, pour gérer un risque protéiforme et difficilement prévisible appelé selon les moments délinquance, insécurité, terrorisme voire incivilités…

Depuis l’origine (la « télésurveillance » naît après la 2de guerre mondiale, mais prend son premier essor dans les années 70 avec l’enregistrement par cassettes analogiques et les premiers programmes de vidéosurveillance publique, notamment à Time Square à New York dès 1973), la vidéosurveillance pose la question de son efficacité en regard des questions de libertés publiques et d’autres choix politiques sécuritaires possibles, mais son efficacité même est pourtant rarement interrogée. En fait, sa raison d’être n’est pas là. Son déploiement est tout entier lié à la montée de l’idéologie sécuritaire. Ses phases de progression sont d’ailleurs liées à la fois à l’essor des politiques conservatrices et au développement de crises sécuritaires, notamment les attentats de 2001 aux États-Unis ou de 2015 en France. Les dispositifs mis en place n’auront pourtant pas réellement d’impacts ni pour prévenir, ni pour dissuader, ni pour résoudre les actes de terrorisme.

En France, le sociologue décèle trois étapes dans son déploiement. Un premier temps à la fin des années 90, à l’initiative de communes plutôt conservatrices qui s’accélère et s’élargit avec les élections municipales de 2001 qui font de la sécurité un enjeu local majeur. La seconde phase correspond à une accélération du déploiement à un niveau national liée à l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, qui instaure une politique de financement et d’équipement massive. Les enjeux avancés alors visent à protéger les bâtiments et lieux publics, réguler le trafic et les infractions, prévenir les atteintes à la sécurité des personnes et des biens, lutter contre le terrorisme et diminuer le sentiment d’insécurité. Une nouvelle phase, plus invisible, se déploie depuis les attentats de 2015, sous couvert d’État d’urgence et de terrorisme, dans les petites communes et les villages, où le risque est très faible et où l’efficacité encore plus problématique. Tant et si bien que les villes les plus vidéosurveillées de France aujourd’hui, c’est-à-dire celles où le ratio caméra par habitant est le plus fort, sont avant tout de petites villes et des villages. Le traumatisme des attentats a fait de la vidéosurveillance la première des technologies de sécurité.

Mucchielli estime qu’aujourd’hui il y aurait environ 1,5 million de caméras filmant des lieux publics et des voies publiques, dont environ 150 000 à l’initiative des communes (soit le triple des estimations officielles). Seulement 5 des 60 plus grandes villes françaises ne sont pas équipées. Début 2018, 88% des villes de 15 000 à 150 000 habitants sont pourvues d’équipement ou de programmes. La moyenne serait de près de 52 caméras par ville en 2016, un chiffre qui a doublé depuis 2010. 80 à 90% des communes en zones urbaines sont vidéosurveillées et l’extension se poursuit depuis 2015 en direction des petites villes et des territoires périurbains et ruraux. La vidéosurveillance s’est imposée partout !

... http://internetactu.blog.lemonde.fr/201 ... tionnisme/
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