Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 01 Avr 2009, 21:08

À la Une < Société

L'AFFAIRE COUPAT
Comment l'ultra-gauche est devenue "l'ennemie"
NOUVELOBS.COM | 01.04.2009 | 15:39
31 réactions
Les "neuf de Tarnac" seraient-ils considérés comme des terroristes si, il y a un an et demi, le pouvoir n'avait pas décidé de déclarer la guerre aux anarcho-autonomes ? A lire cette semaine dans Le Nouvel Obs, une enquête d'Isabelle Monnin et Olivier Toscer.


Le Nouvel Observateur raconte cette semaine (le magazine est en kiosque jeudi 2 avril) comment la guerre aux "totos" a été lancée depuis la Place Beauvau, bien avant l'arrestation du groupe de Julien Coupat.
A l'origine: une intuition politique de Michelle Alliot Marie. La "première fliquette" de France est persuadée que l’affaiblissement de la gauche "de partis", PS, PC, Verts et LCR, ouvre un espace aux radicaux de l'ultra-gauche qui se retrouvent, à la rentrée 2007, promus en "menace potentielle pour la sureté de l'Etat" au même titre que les islamistes et les indépendantistes corses et basques.
Les Renseignements Généraux (RG) se mettent à leurs basques: écoutes téléphoniques, filatures, rapports alarmistes s'inquiétant de l'existence d'un "réseau pré-terroriste international" en constitution dans la mouvance "toto".

"L'oeuf et la poule"
Dans les mailles du filet: Julien Coupat et ses amis. Placé sous haute surveillance dès avril 2008, le groupe de Tarnac intrigue les policiers par sa volonté de rompre avec le système et déjouer les filatures. S'engage alors un véritable jeu du chat et de la souris entre flics et "totos". Jusqu’à la désormais célèbre "nuit des caténaires", le sabotage de quatre lignes TGV, le week-end du 11 novembre. Une action considérée par la justice, abreuvée de littérature policière, comme un passage à l'acte terroriste.
Le groupe de Tarnac était-il véritablement dans cette dynamique inquiétante comme l’affirme la police ? Ou sa radicalité, indéniable à la lecture des textes qui lui sont attribués (avant "L’insurrection qui vient", il y eut "l’Appel" dont nous publions des extraits inédits), n’aurait-elle jamais quitté la sphère des idées et des agitations de fins de manif si elle ne s’était retrouvée dans la ligne de mire ? Qui est premier, l’œuf ou la poule ? L’Etat en désignant un nouvel ennemi à ses policiers et à ses juges ou un groupe d’anti-capitalistes qui se vivent comme les protagonistes d’une "guerre civile mondiale" ? Impossible de répondre à ces questions sans revenir à la genèse d’une affaire où la paranoïa le dispute à l’obsession sécuritaire post-11 septembre.
C’est tout l’enjeu de cette enquête sur les dessous du "dossier Tarnac".
I.M. et O.T.
CARNUS
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 01 Avr 2009, 21:15

SABOTAGES SNCF
Affaire Coupat : des élus de gauche veulent le déclassement
NOUVELOBS.COM | 01.04.2009 | 15:40
Des députés et sénateurs verts, PS et PCF réclament que l'affaire des dégradations des lignes Sncf, qui est qualifiée de terroriste, passe dans le droit commun.


Des parlementaires verts, socialistes et communistes ont interpellé le gouvernement, mercredi 1er avril, pour demander la libération de Julien Coupat, incarcéré depuis le 15 novembre dans l'enquête sur des dégradations contre des lignes SNCF, ainsi que le "déclassement" de l'affaire.
Les députés Verts Noël Mamère, Martine Billard, François de Rugy, leurs collègues socialistes François Hollande, André Vallini, Delphine Batho (PS) ainsi que les sénatrices Bernadette Bourzai (PS) et Nicole Borvo Cohen-Seat (PCF) ont tous demandé "le déclassement de cette affaire pour qu'elle passe dans le droit commun" et "la libération immédiate de Julien Coupat" lors d'une conférence de presse commune à l'Assemblée.
Depuis le début de cette affaire, la défense des neuf personnes mises en examen dénonce la qualification terroriste des faits.

La loi anti-terroriste en question
"Au-delà du maintien en détention de Julien Coupat, c'est une fragilisation de notre système démocratique à laquelle on est en train d'assister", a estimé Noël Mamère qui devait interroger le gouvernement sur ce sujet mercredi.
"Il y a deux problèmes dans cette affaire: la législation anti-terroriste qui est devenue beaucoup trop extensive et l'abus de détention provisoire", a observé André Vallini, ex-secrétaire national du PS à la Justice. Il avait auparavant affirmé que dans cette affaire, la justice oubliait les leçons d'Outreau.
La question de "la bonne application de la loi anti-terroriste" a également été relayée par François Hollande, député de la Corrèze.
"S'il apparaît au bout du bout qu'il n'y avait rien dans le dossier, il y aurait une responsabilité politique à rappeler", a jugé l'ancien premier secrétaire du PS, dénonçant "une opération de communication politique" de la part du gouvernement.

La défense s'exprimera jeudi
Des neuf personnes dites du "groupe de Tarnac" mises en examen le 15 novembre pour des dégradations contre des lignes SNCF à grande vitesse fin octobre et début novembre, Julien Coupat reste le seul en détention provisoire.
Une nouvelle demande de remise en liberté de Julien Coupat a été rejetée le 13 mars. Les avocats de la défense doivent tenir une conférence de presse jeudi sur "l'affaire de Tarnac".

Réagissez !
CARNUS
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede poolpikan » 03 Avr 2009, 00:30

un entretien avec l'avocat de J.Coupat dans les inrocks:

http://www.lesinrocks.com/actualite/act ... tiquement/
Le problème n'est pas gauche-droite. Il est haut-bas.
poolpikan
 
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 03 Avr 2009, 19:23

Ouaip, et l'article qui va avec :

Image

31 mars 2009 le grand soir info
Affaire Tarnac/SNCF : entretien avec l’avocate de Julien Coupat

Dernier détenu dans l’affaire des sabotages de la SNCF, dite affaire Tarnac, Julien Coupat est en prison depuis quatre mois. Son avocate dénonce un acharnement du pouvoir et s’inquiète de l’état des libertés publiques en France.
Vous parlez d’un “acharnement” contre Julien Coupat. En quoi cette détention vous semble-t-elle abusive ?

La présomption d’innocence a été bafouée depuis le début de cette affaire et continue de l’être. L’instruction telle qu’elle s’est déroulée depuis le mois de novembre 2008 confirme la fragilité du dossier : au niveau des expertises, aucune empreinte digitale ni génétique. Tous les mis en examen interrogés ont démenti que Julien Coupat était chef d’une quelconque structure : cette notion de direction a été une pure construction intellectuelle et policière à charge. Le témoin sous X a été qualifié de mythomane. Julien Coupat a été entendu trois fois, il s’est expliqué. Et pourtant, tous ces éléments à décharge ne sont pas pris en compte. On le maintient en prison. Le principe de l’instruction à charge et à décharge n’est pas appliqué. On part d’un postulat de culpabilité pour ne pas désavouer politiquement l’opération qui a été menée.

Jusqu’où êtes-vous prête à entretenir un rapport de force avec le parquet ?

La stratégie de défense ne peut qu’être plus offensive maintenant. Un juge des libertés avait décidé de libérer Julien Coupat le 19 décembre 2008. Curieusement, ce même juge, qui avait pourtant suivi toute l’enquête pendant la garde à vue, a disparu de la procédure ; il s’est opportunément évaporé ! Les autres juges rejettent la demande de liberté. On voit bien que l’affaire est politique.

Le juge qui s’occupe de l’affaire parle d’une “enquête impartiale”. Ça vous paraît crédible ?

Je lui ai demandé qu’il interroge Julien Coupat de nouveau. Si l’on se retranche derrière le fait, ou l’alibi ?, qu’il faut l’interroger, sans quoi on ne peut pas le libérer, il faut alors l’interroger très vite. On demande la déqualification de “terrorisme”. Tout le monde le sent bien, il ne s’agit pas de terrorisme ; c’est une construction voulue et orchestrée politiquement. Juridiquement, ça ne tient pas, d’autant qu’il n’existe pas de définition objective du terrorisme – dommage, car on voit à quels abus cela peut mener. Ce flou juridique entraîne ce à quoi l’on assiste : l’extension insidieuse et à l’infini de la notion de terrorisme.

Quels rôles ont joué les ministres de la Justice et de l’Intérieur ?

La circulaire du mois de juin de la ministre de la Justice, Rachida Dati, demandant au parquet antiterroriste de porter une attention particulière aux violences qui seraient commises par ce qu’elle appelle “la mouvance anarcho-autonome, ou encore l’ultra gauche” pose les prémices de cette affaire, et elle a été relayée par les déclarations de Michèle Alliot-Marie au moment des interpellations. C’est extrêmement grave qu’un ministre de l’Intérieur s’exprime au moment même où on interpelle des gens, avec 150 hommes en armes, en gilets pare-balles, avec des hélicoptères qui tournent au dessus d’un petit village et les journalistes derrière. Quand on fait une telle mise en scène, la présomption d’innocence est d’emblée bafouée. Ils sont présentés non seulement comme coupables d’entrée de jeu, mais aussi comme dangereux. C’est une violation des droits. Julien Coupat n’a pas de casier judicaire. En termes de “terrorisme”, son dossier est vide, et pourtant, il est détenu depuis plus de quatre mois, il a été interrogé trois fois. Si on était dans une affaire “normale”, il devrait être libéré.

Comment se sent Julien Coupat ?

Les soutiens divers qu’il reçoit lui permettent de supporter tout cela. Il découvre les conditions de détention déplorables dans les prisons françaises et je pense qu’il sera amené à écrire sur ce thème. Il subit cet acharnement avec calme et sérénité en essayant de l’analyser et de comprendre les enjeux. C’est un intellectuel, ce n’est pas en le détenant qu’il renoncera à ses idées.

Cette affaire symbolise aussi l’état des libertés publiques en France…

Quand vous voyez le sort réservé aux sans-papiers, les détentions provisoires qui se multiplient, ce ne sont pas uniquement les procédures antiterroristes qui sont visées, c’est un climat général d’atteintes aux libertés. Au coeur de cela, il y a cette procédure qui est une sorte de traque à l’opposant politique, à la pensée critique. La jeunesse est devenue une classe dangereuse : on voit ça dans les manifestations, les quartiers, les arrestations préventives, les gardes à vue abusives. Les peines-plancher aux audiences, absolument déraisonnables, profondément injustes et évidemment porteuses, ce qui est le comble, des récidives à venir… Tout cela participe d’un climat d’atteintes graves aux libertés.

Quelles sont les étapes à venir de sa défense ?

La demande de déqualification de terrorisme et de l’accusation de chef qui ne repose sur rien, une prochaine demande de liberté, et enfin un commentaire public et à décharge de ce dossier. Cette extension de la notion de terrorisme est grave. Une avocate a été interpellée une nuit parce qu’elle avait un tract sur Coupat dans la poche, elle a fait une garde à vue antiterroriste ; bientôt un tag politique pourrait être qualifié de terroriste ! Ce qui est insupportable aussi, c’est l’incrimination de la pensée : un livre, L’insurrection qui vient, écrit par un collectif d’auteurs, et jamais poursuivi et encore moins interdit, est devenu une charge. Ce livre, c’est une pensée critique ; or il est versé au dossier de l’instruction. C’est une première ! Ce sont des faits inquiétants.


--------------------------------------------------------------------------------

Irène Terrel

Avocate, 55 ans, inscrite au barreau de Paris, Irène Terrel est spécialisée dans le droit des étrangers et le droit social.

Les faits

Le 7 novembre 2008, des dégradations sont perpétrées contre le réseau SNCF, en Corrèze, dans le Limousin. Neuf personnes sont interpellées, dont Julien Coupat, le principal suspect selon la justice, qui l’accuse d’être le chef de la “cellule invisible de Tarnac”. Ce dernier est incarcéré depuis le 15 novembre, malgré quatre demandes de remise en liberté. Les huit autres ont tous été relâchés et restent solidaires de Coupat.

Source : Les INROCKS http://www.lesinrocks.com/actualite/act ... tiquement/

Soutien aux inculpés de Tarnac :

http://www.soutien11novembre.org/

soutientarnac@ml.free.fr

soutientarnac.tulle@ml.free.fr

http://orailec.free.fr
CARNUS
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 04 Avr 2009, 13:46

http://www.liberation.fr/societe/0101559928-coupat-la-defense-remet-la-pression

03/04/2009 à 06h51.

Coupat : la défense remet la pression

Tarnac . Les avocats demandent la requalification du dossier en droit commun.

Mobiliser les médias, distiller des informations et continuer d'agiter l'opinion. Les protagonistes de l'affaire de Tarnac (le sabotage de caténaires de la SNCF, en novembre dernier) alimentent le feuilleton judiciaire et tentent d'imposer leur rythme pour maintenir la pression sur le juge d'instruction antiterroriste Thierry Fragnoli.

Hier, c'était aux avocats d'occuper la scène. Réunis autour d'une table par la Ligue des droits de l'homme et son président, Jean-Paul Dubois, ils ont demandé la requalification du dossier en droit commun. Les avocats ont déposé une «requête en incompétence». Au juge d'instruction Fragnoli, de décider ensuite s'il se dessaisit lui-même de l'affaire. «C'est rare, mais c'est déjà arrivé», a indiqué l'avocate sans indiquer de délai.

Par ailleurs, ils ont exigé la libération de Julien Coupat, l'homme présenté par les policiers comme le leader du groupe. Il est le dernier des huit mis en examen pour «association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste» à être détenu.

Pendant presque une heure, Me Terrel a détaillé fastidieusement le dossier d'instruction. Qu'ont révélé les filatures, surveillances et écoutes ? «Rien», affirme-t-elle. Pire, à la faveur d'une panne de la ligne téléphonique de l'épicerie de la communauté de Tarnac, Benjamin Rosoux, l'un des mis en examen, aurait découvert un boîtier destiné aux écoutes.

Antinucléaires. Que faisaient Julien Coupat et sa compagne Yldune Lévy près d'une voie ferrée ou a eu lieu un sabotage dans la nuit du 7 au 8 novembre ? «Un câlin.» William Bourdon, nouvel avocat de Lévy, insiste : «Un rapprochement géographique et temporel est très loin de la construction d'une preuve.»

Enfin, un groupe allemand avait revendiqué dès le lendemain, et avant les interpellations, les sabotages. Or outre-Rhin, certains militants antinucléaires sont passés maîtres dans l'art de poser des crochets sur les caténaires et «personne n'enquête sur cette piste», s'agace Me Terrel. Pour elle, des pans du dossier ne sont pas étudiés. Bref, pour les avocats, «il n'y a pas de preuves matérielles». Et de s'insurger que l'Insurrection qui vient, l'ouvrage collectif dont Coupat serait l'un des auteurs, soit versé au dossier comme élément à charge, alors qu'il est en vente libre. La semaine dernière, le Monde a affirmé après avoir consulté le dossier d'instruction, qu'il n'y avait «aucune preuve matérielle ni aucun aveu».

«Manuel». La fuite a entraîné une réponse du parquet dans la journée : un «manuel de fabrication d'une bombe» se trouvait sur le disque dur de Lévy. Billevesées, répond Bourdon : point de schémas, ni de plans détaillés. Les pièces, qui n'étaient pas encore cotées au dossier lors de la fuite du parquet, ne seraient que des écrits récoltés il y a plusieurs années par une étudiante «curieuse». Pour l'avocat, «tous les éléments du dossier ont été scénarisés dans le seul objectif de les présenter comme des ennemis de l'intérieur menaçant notre démocratie». Selon Me Terrel : «Le gouvernement fait la chasse à des gens qui vivent différemment.»

Lire aussi Rebonds, page 29


«L’Insurrection qui vient»


éric Hazan écrivain, éditeur à la Fabrique.

C’est en février 2007 que paraît, à la Fabrique, un petit livre vert de 128 pages intitulé L’insurrection qui vient. Une seule journaliste le remarque et nous demande qui se cache derrière ce «Comité invisible» tenant sur la couverture la place habituelle de l’auteur. Notre réponse est que personne ne se cache, que celles et ceux qui ont écrit collectivement ce texte souhaitent garder l’anonymat en refusant le statut d’auteur avec ce qu’il comporte de satisfaction narcissique et éventuellement financière - une position éthique, donc, et non un camouflage. Le livre suit un chemin discret grâce au bouche à oreille et apparaît dans les médias début 2008, au moment de l’arrestation, à Toulouse et à Paris, de jeunes gens qualifiés d’«anarcho-autonomes», terme qui fait alors sa première sortie publique : on trouve chez certains d’entre eux un exemplaire de l’Insurrection qui vient, ce qui est retenu comme indice de leurs penchants «terroristes».

Mais c’est avec l’affaire de Tarnac que le livre connaît un vrai succès médiatique. Dans les premiers jours suivant les arrestations, les journalistes, reprenant sans états d’âme les communiqués de la police et les déclarations du procureur Marin, parlent de «bréviaire anarchiste», de «manuel de l’insurrection» (Libération) ; du «petit livre beige (sic) des saboteurs de la SNCF» (le Point), etc. Quatre mois plus tard ces sornettes sont oubliées, mais l’Insurrection qui vient reste pourtant au centre de l’affaire de Tarnac, en particulier dans le cas de Julien Coupat, présenté comme le «chef» d’une prétendue entreprise terroriste. Le texte du livre est versé au dossier de l’instruction, ce qui, sauf erreur, est sans précédent. On veut faire l’amalgame entre le comité invisible et les inculpés, principalement Julien Coupat, sur lequel le magistrat instructeur cherche par tous les moyens à faire peser la paternité de l’Insurrection qui vient. Acharnement logique, dans la procédure antiterroriste l’instruction se fait à charge : il ne s’agit nullement de faire émerger la vérité mais de détruire des liens, de séparer des amis, d’anéantir tout effort commun visant à subvertir l’ordre qui nous broie. Et vu le vide du dossier, il ne reste guère qu’un livre pour «justifier» que l’enquête continue sous le label de l’antiterrorisme et que Julien Coupat reste à la Santé.

Car le livre en question tranche sur les nombreux ouvrages inoffensifs dont le marketing se fonde sur une critique de la domination. l’Insurrection qui vient est un texte qui ouvre sur les luttes imminentes. «Ses rédacteurs n’en sont pas les auteurs. […] Ils n’ont fait que fixer les vérités nécessaires, celles dont le refoulement universel remplit les hôpitaux psychiatriques et les regards de peine. Ils se sont fait les scribes de la situation. C’est le privilège des circonstances radicales que la justesse y mène en bonne logique à la révolution. Il suffit de dire ce que l’on a sous les yeux et de ne pas éluder la conclusion.» En mettant l’Insurrection qui vient au centre de l’affaire de Tarnac, en pleine lumière médiatique, l’appareil politico-policier a assuré sa diffusion dans des cercles qui n’en avaient jamais entendu parler, et qui s’y retrouvent. Il s’agit pour le moins d’une fausse manœuvre. Dans le Discours sur la première décade de Tite-Live, Machiavel notait déjà que «la fortune, lorsqu’elle prépare le bouleversement d’un empire, place à sa tête des hommes capables d’en hâter la chute».
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Eric Hazan entendu par la SDAT

Messagede georges » 09 Avr 2009, 18:51

Le directeur de la maison ayant édité "L'Insurrection qui vient" a été entendu par la police comme témoin. Il dénonce une "grave atteinte à la liberté d'expression".


Eric Hazan, directeur de la maison ayant édité "L'Insurrection qui vient", livre attribué par la police à Julien Coupat, a été entendu comme témoin, jeudi 9 avril, par la Sous-Direction de l'antiterrorisme (SDAT), a-t-on appris de sources concordantes.
Selon des sources policières et selon un communiqué de la maison "La fabrique", Eric Hazan a été entendu dans le cadre de l'enquête sur les faits qui sont reprochés à Julien Coupat, soupçonné avec huit autres jeunes du "groupe de Tarnac", d'appartenir à un mouvement d'ultragauche à l'origine de dégradations contre des lignes TGV.
"Cette tentative d'impliquer un livre et un éditeur dans une association de malfaiteurs terroristes constitue une grave atteinte à la liberté d'expression", a dénoncé la maison d'édition.

"Pour que la toile implose"

"N'étant pas témoin des faits instruits dans cette affaire, Eric Hazan a répondu qu'il n'était pas dans son rôle de combler le vide du dossier. S'il existe des éléments dans +L'Insurrection qui vient+ enfreignant les lois sur la presse, Eric Hazan est prêt à en répondre devant les tribunaux compétents", a précisé la maison d'édition.
Les enquêteurs attribuent à Julien Coupat l'ouvrage "L'insurrection qui vient", qui légitime les attaques contre le réseau ferré. Publié en mars 2007, il est signé d'un "Comité invisible".
"A chaque réseau ses points faibles, ses nœuds qu'il faut défaire pour que la circulation s'arrête, pour que la toile implose", peut-on notamment lire dans ce livre.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualit ... uditi.html
georges
 


Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Olé » 11 Avr 2009, 11:28

Nico37 a écrit:http://www.dailymotion.com/video/x8wguo_extraitjt20h-060409_news


Mon dieu, quel ramassis de merde, affolant. :x :gun:

Pour celui qui parle à la fin, je le trouve bien trop en vue lui, déjà à Strasbourg il foutait sa merde en ag.
Olé
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 11 Avr 2009, 11:42

Léo a écrit:Pour celui qui parle à la fin, je le trouve bien trop en vue lui, déjà à Strasbourg il foutait sa merde en ag.

Tu n'aimes pas les artistes plasticiens :mrgreen: :?:
Et en parlant de Strasbg, la legal team est dans le rouge financièrement parlant :!:
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Olé » 11 Avr 2009, 12:28

Nico37 a écrit:Tu n'aimes pas les artistes plasticiens :mrgreen: :?:
Et en parlant de Strasbg, la legal team est dans le rouge financièrement parlant :!:


Non mais bon je me méfie tjs de ce genre de types que l'on voit un peu partout, y compris aux médias.
D'autant qu'il avait des idées pour le moins bizarroïde à Strasbourg...

Pour la légal team tu as un lien à filer pour les aider?

Sinon rien à voir mais bon courage pour le 18. :wink:
Olé
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 11 Avr 2009, 12:50

ça je comprends :lol: :!:
http://94.23.41.50/spip/spip.php?breve22
Enfin pour l'instant à Tours, c'est soutien aux 3 de Strasbourg :!: Nous verrons bien le 5 mai si c'est jugé comme des "droits communs" ou si c'est un mini Tarnac bis...
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 16 Avr 2009, 17:34

C’est la chronique d’un nouveau fiasco judiciaire. D’une enquête qu’on disait «fulgurante» et qui ne cesse de perdre pied.

Dernier suspect écroué dans l’affaire des sabotages des lignes de TGV, Julien Coupat, 34 ans, mis en examen pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» est maintenu en détention après le rejet de trois demandes de remise en liberté, dont la dernière fin mars. Il termine son sixième mois de détention.

«Sa détention provisoire se prolonge en dehors des règles de droit, s’indigne Me Irène Terrel, son avocate. Il n’a pas de casier judiciaire, les faits qui lui sont reprochés sont des dégradations qui n’ont rien à voir avec du terrorisme. Non seulement aucun élément matériel n’a été retrouvé, pas de trace d’ADN, ni d’empreinte, mais les faits sont revendiqués par d’autres, en Allemagne !» Un collectif antinucléaire d’outre-Rhin a, en effet, revendiqué les actions de sabotage et ce dès le 10 novembre.

Le manque de preuves et la volonté de maintenir l’accusation de terrorisme provoquent lentement la dérive du dossier. Dernier exemple en date: le juge d’instruction a consacré ses derniers interrogatoires à l’analyse de L’insurrection qui vient, un petit livre publié sous la signature du Comité invisible en 2007, et dont Julien Coupat est soupçonné d’être l’auteur.

«Deal». Jeudi dernier, Eric Hazan, l’éditeur à «la Fabrique» de L’insurrection qui vient a été interrogé durant trois heures par les policiers de la sous-direction de l’antiterrorisme (Sdat). L’intérêt policier pour le livre tient dans le fait que «le réseau TGV» soit mentionné parmi les cibles potentielles d’un sabotage insurrectionnel, et surtout qu’un témoin sous x a désigné Coupat, non pas comme l’auteur des sabotages, mais comme l’auteur de l’ouvrage… Julien Coupat nie pour les sabotages comme pour le livre. A la question «Qui est l’auteur principal ou collectif de L’insurrection qui vient ?», il a clairement répondu au juge: «Je l’ignore et je ne suis pas l’auteur de ce livre.»

«J’ai dit aux policiers que ce livre a été écrit par un collectif d’auteurs dont je me suis engagé à préserver l’anonymat», explique Eric Hazan à Libération. Aucun contrat n’a d’ailleurs été signé. «Ils ne voulaient pas d’argent, le deal était que je leur donne autant de livres qu’ils voulaient.»

Mais les policiers ont aussi consigné les réponses d’Eric Hazan interviewé sur RMC sur le livre. «On l’a qualifié de bréviaire anarchiste… de manuel de terrorisme… En fait, c’est un livre de critique sociale et de philosophie, a expliqué l’éditeur. Julien Coupat n’est pas un spécialiste de sabotage ou de cocktail Molotov, c’est un philosophe, il a écrit un livre de philosophie.» Les policiers surlignent la phrase «il a écrit». «Je me suis embrouillé ce jour-là au téléphone, concède Eric Hazan. Mais ils ont relevé cette phrase, en oubliant les dizaines d’autres. Leur problème n’est pas de faire émerger la vérité, mais de charger à fond.»

«Légal». Les policiers ont aussi réalisé la retranscription de Salut les terriens, l’émission de Thierry Ardisson, qui avait interviewé Gérard Coupat, le père de Julien. «Cela montre le vide du dossier et le manque de sérieux de cette instruction», s’insurge Eric Hazan.

Le Comité invisible, présenté dans le livre comme un «collectif imaginaire», est devenu l’appellation policière du groupe. Le procureur Jean-Claude Marin l’a transformé en «cellule invisible» lors de sa conférence de presse, en novembre. «Nous avons retrouvé des écrits qui légitiment les attaques contre l’Etat», avait dit la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, en décembre. Dans la foulée, le juge Fragnoli a estimé que le livre pourrait être «le support idéologique justifiant les actes de sabotages». «C’est un ouvrage public, légal, qu’on trouve à la Fnac, qui n’a jamais fait l’objet d’aucune poursuite», s’insurge Irène Terrel.

Lire notre enquête «sept mois de traque d'une cellule invisible», dans Libération en kiosque.
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 18 Avr 2009, 11:13

Il faut libérer Julien C. - Dedans dehors ça change tout

L’affaire des sabotages de la SNCF sort de sa phase d’oubli médiatique. Le 17 mars dernier, les huit co-inculpés toujours maintenus sous surveillance judiciaire ont publié dans Le Monde une tribune annonçant que le silence de Bartleby serait désormais leur réponse à l’acharnement politique déployé contre eux et dissimulé sous la mascarade judiciaire.

Puis, le 25 mars, Le Monde affirmait en “une” avoir pris connaissance des pièces du dossier de l’instruction et constaté qu’il était résolument vide, conformément aux affirmations de la Défense depuis le début de l’affaire. Le quotidien reproduisait en outre un échange admirable. “Le juge : “Pensez-vous que le combat politique puisse parfois avoir une valeur supérieure à la vie humaine et justifier l’atteinte de celle-ci ?” Julien C. : “Je pense que c’est une erreur métaphysique de croire qu’une justification puisse avoir le même poids qu’une vie d’homme.”" Julien C. ne saurait être plus clair concernant ses dispositions éthiques. Ses amis et lui se tiennent assurément à peu près aussi loin des passions tristes des Brigades Rouges que de celles d’Alain Bauer.

Le 2 avril, enfin, les avocats des neuf personnes mises en examen pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste” ont tenu une conférence de presse à la Ligue des droits de l’Homme. Ils ont demandé la requalification du dossier en droit commun. Ils ont pointé le caractère prémédité de cette opération politico-judiciaire. Six mois avant l’interpellation de novembre, le 13 juin 2008, le ministère de la Justice avait en effet demandé aux tribunaux dans une circulaire de se dessaisir de tout dossier lié à “la mouvance anarcho-autonome” au profit du parquet antiterroriste de Paris. Ils ont dénoncé le caractère inacceptable et arbitraire de la détention de Julien C., qui dure depuis bientôt cinq mois, en l’absence de la moindre preuve matérielle. Selon Me Terrel, “le gouvernement fait la chasse à des gens qui vivent différemment”. Les avocats se sont enfin étonnés que la piste allemande ait été négligée, un groupe allemand ayant revendiqué les sabotages de caténaires dans l’indifférence complète des enquêteurs.

J’évoquerai maintenant les textes qui, selon la police, émaneraient de Julien C. et de ses amis et qui ont été utilisés comme des éléments à charge dans cette affaire. S’ils en sont véritablement les “auteurs”, je les en félicite chaleureusement. Car Tiqqun I (qui contient les remarquables Théorie du Bloom et Théorie de la Jeune-Fille), Tiqqun II et l’Appel sont des écrits d’une profondeur, d’une intelligence, d’une densité, d’une beauté très peu communes. Je suis heureux de partager avec Jérôme Leroy l’admiration de ces grands textes encore méconnus – qui ont pourtant d’ores et déjà donné lieu à des traductions italiennes, espagnoles et allemandes. Mais je diverge avec lui sur un point, sur lequel je ne puis donner entièrement tort à mon ami Marc Cohen : je n’aime pas du tout L’insurrection qui vient.

À chaque fois que j’ai tenté de convaincre des amis réactionnaires du caractère décisif de ces ouvrages, je me suis presque toujours heurté au même réflexe de défense. Ils tiennent absolument à fuir ces écrits, à ne pas en éprouver la puissance de pensée et de vérité, en les repoussant dans le bercail familier de la bêtise romantico-gauchiste. C’est un non-sens absolu. Il se trouve que ces écrits très singuliers mènent une guerre sur deux fronts : à la fois contre la bêtise réactionnaire et contre la bêtise progressiste. Etant sujet à l’une comme à l’autre, je ne pouvais que les aimer. Non seulement ces textes ne sont pas “de gauche”, mais ils s’attaquent incessamment et avec une réjouissante cruauté à à peu près toutes les formes de la bêtise de gauche.

Je me contenterai de citer quelques extraits de l’Appel afin que chacun puisse vérifier par lui-même cette évidence : “Périodiquement, la gauche est en déroute. Cela nous amuse mais ne nous suffit pas. Sa déroute, nous la voulons définitive. Sans remède. Que plus jamais le spectre d’une opposition conciliable ne vienne planer dans l’esprit de ceux qui se savent inadéquats au fonctionnement capitaliste. La gauche (…) fait partie intégrante des dispositifs de neutralisation propres à la société libérale. Plus s’avère l’implosion du social, plus la gauche invoque “la société civile.” Plus la police exerce impunément son arbitraire, plus elle se déclare pacifiste. Plus l’État s’affranchit des dernières formalités juridiques, plus elle devient citoyenne.” Ou encore : “Tout se passe comme si les gauchistes accumulaient les raisons de se révolter de la même façon que le manager accumule les moyens de dominer. De la même façon c’est-à-dire avec la même jouissance.” Ou encore : “C’est à force de voir l’ennemi comme un sujet qui nous fait face – au lieu de l’éprouver comme un rapport qui nous tient – que l’on s’enferme dans la lutte contre l’enfermement. Que l’on reproduit sous prétexte d’”alternative” le pire des rapports dominants. Que l’on se met à vendre la lutte contre la marchandise. Que naissent les autorités de la lutte anti-autoritaire, le féminisme à grosses couilles et les ratonnades antifascistes.”

La valeur de ces textes tient ensuite à leur dimension métaphysique. “Par communisme, nous entendons une certaine discipline de l’attention.” Naturellement, chacun est libre de s’esclaffer bruyamment en affirmant que les questions métaphysiques, comme l’acné, disparaissent une fois passé le seuil de l’adolescence. Pour ma part, j’ai cependant beaucoup de mal à prendre au sérieux l’hypothèse selon laquelle Benoît XVI, Martin Heidegger et Milan Kundera seraient des adolescents attardés.

Chacun est libre de cultiver obstinément l’illusion selon laquelle la question des fins dernières, la question du sens de sa propre vie, ne se poserait pas en ce qui le concerne. La neutralité métaphysique, la neutralité éthique – prétendre n’aspirer à rien et n’être attaché à aucune valeur – ne sera jamais autre chose qu’un fantasme absurde ou un mensonge à soi-même. Qui refuse de répondre avec des paroles à la question du sens de son existence y répond de toute manière limpidement par sa vie même. Notre époque n’est pas métaphysiquement neutre, elle a bel et bien ses réponses. Ses deux principales hypothèses métaphysiques pourraient être grossièrement résumées par ces propositions : 1) Toute existence humaine est un pur non-sens ; 2) La vie bonne consiste en la maximisation des trois seuls Biens véritables : le fric, la baise et la peoplelitude.

Dans sa lettre ouverte adressée à Julien C., Cyril Bennasar fait semblant de partager cette métaphysique de pacotille et d’y voir la quintessence de la lucidité et de la maturité. Il fait sans doute preuve d’une générosité mal placée en prêtant hasardeusement à Julien C. cette métaphysique au dessous du seuil de pauvreté. C’est la grande naïveté de notre époque, comme le remarquait René Girard, que de croire que seulement tout ce qui est bas est réel. La posture provocatrice de Cyril Bennasar ne manque pas d’humour, mais elle manque sans doute de vérité. Il faut vous avouer, cher Cyril, que ni vous ni Julien C. ne me semblez très crédibles en tant qu’aspirants forcenés au souverain Bien du fric, de la baise et de la peoplelitude. Votre choix du noble métier de menuisier et celui de Julien C. de vivre dans une ferme ne sont vraiment pas les chemins les plus droits, ni ceux que le bon sens recommande en priorité, pour atteindre les buts que vous évoquez. Vous seul et les gauchistes désignez en outre Julien C. comme un “martyr de l’Etat policier sarkozyste”. Ecoutez ses amis, dans leur tribune dans Le Monde : “Pas de héros, pas de martyr.” Enfin, il est inexact que, fidèle à la sagesse de Bruce Lee, vous ne vous attaquiez qu’au bois. Yvan Colonna et Julien C., je vous l’assure, ne sont pas un mélèze et un pin parasol – même s’ils ont en effet en commun avec eux de ne pas pouvoir, de leur cellule, “rendre les coups.” Dans ces conditions, vos attaques me semblent en vérité manquer un peu de panache.

Je citerai pour finir quelques phrases de l’Appel qui n’ont curieusement intéressé aucun journaliste. Pourtant, elles ne ressemblent pas exactement à un éloge de l’activisme saboteur. Elles seraient plutôt son contraire : “L’activiste se mobilise contre la catastrophe. Mais ne fait que la prolonger. Sa hâte vient consommer le peu de monde qui reste. La réponse activiste à l’urgence demeure elle-même à l’intérieur du régime de l’urgence, sans espoir d’en sortir ou de l’interrompre.”
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede poolpikan » 21 Avr 2009, 23:36

Multitudes n° 35
De Guantanamo à Tarnac : un renversement de l’ordre de droit
par Jean-Claude Paye

http://multitudes.samizdat.net/De-Guant ... -Tarnac-un

Lundi 16 février 2009

La mise en scène de l’arrestation et de l’inculpation des " autonomes de Tarnac " est un phénomène qui révèle non seulement un bouleversement de l’ordre juridique, mais aussi une mutation plus profonde, celle de l’ordre symbolique de la société. Le renversement du rôle de la loi est lui-même le phénomène d’une " père-version " de la Loi symbolique.

Les procédures mises en place représentent un des aspects les plus significatifs de la tendance imprimée par la " lutte contre le terrorisme ", à savoir qu’un individu est désigné comme terroriste, non pas parce qu’il a commis des actes déterminés, mais simplement parce qu’il est nommé comme tel. Cela est le point d’aboutissement d’une tendance qui se déploie depuis une dizaine d’années. Le processus de subjectivation du droit aboutit ainsi à un renversement du rôle de la loi. Cette dernière n’est plus un cran d’arrêt à l’arbitraire, mais une forme vide consacrant la concentration des pouvoirs aux mains de l’exécutif. En l’absence d’un imaginaire organisateur, d’une conscience politique unifiée, le pouvoir a la possibilité de créer un nouveau réel, une virtualité qui ne supprime pas, mais qui supplante les faits. La faiblesse du mouvement social, la faillite de la fonction symbolique explique l’absence de frein à la toute-puissance de l’État qui se montre en tant qu’image englobante, en tant que figure maternelle. À un ordre social névrotique qui se révèle contradictoire, se substitue une structure psychotique, un ordre qui supprime tout conflit, toute possibilité de confrontation subjective. La distinction entre intérieur et extérieur disparaît. La fusion entre droit de la guerre et droit pénal est pleinement inscrite dans une loi américaine de 2006, qui permet au pouvoir exécutif américain de désigner comme ennemis ses propres citoyens.

L’affaire des " autonomes " de Tarnac s’inscrit dans cette modernité de la guerre des gouvernements contre leurs propres populations. À part quelques rituels dans l’expression verbale du pouvoir, cela n’a pas grand-chose à voir avec la vieille notion d’ennemi intérieur et la stigmatisation traditionnelle des opposants politiques. Ici, on ne s’attaque pas à une idéologie déterminée, à une forme de conscience, mais simplement au corps, à des comportements, au refus de s’abandonner à la machine de mort. Il ne s’agit donc pas de démanteler une avant-garde, mais de montrer que le refus de faire de l’argent, d’éviter les dispositifs de contrôle ou la volonté de refaire du lien social constituent une forme d’infraction, la plus grave qui existe dans notre société, un acte terroriste. Cela concerne tout un chacun et non seulement une minorité.

La mouvance " anarcho-autonome " de Tarnac

Le 11 novembre 2008, dans le cadre de " l’opération Taïga ", 150 policiers ont encerclé Tarnac. Simultanément, des perquisitions étaient menées à Rouen, Paris, Limoges et Metz. L’interpellation de dix jeunes gens est avant tout un spectacle destiné à créer l’effroi. Leur arrestation serait en rapport avec des actes de sabotage de lignes de la SNCF, qui ont causé, le 8 novembre, le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Les actes malveillants, l’arrachage de plusieurs caténaires, ont été qualifiés de terroristes, alors qu’ils n’ont, à aucun moment, menacé la vie humaine. __ L¹accusation, qui dit disposer de nombreux indices, notamment des écrits et la présence de cinq suspects près de lignes sabotées au moment des faits, reconnaît n¹avoir aucune élément matériel de preuve.

C’est leur profil qui justifie leur inculpation. Ils ont été arrêtés car " ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers " et nombre d’entre eux " participaient de façon régulière à des manifestations politiques ", par exemple : "aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l¹immigration "[1].

Selon Jean-Claude Marin, procureur de Paris, les cinq jeunes placés en détention préventive seraient le " noyau dur d¹une cellule qui avait pour objet la lutte armée "[2]. Les quatre autres personnes arrêtées seront rapidement libérées sous condition, mais resteront suspectées de " dégradation en réunion sur des lignes ferroviaires dans une perspective d¹action terroriste ". En l’absence d’éléments à charge, trois des cinq prisonniers seront ensuite libérés, mais resteront assignés à résidence. Quant à la maison des inculpés, elle est désignée comme un " lieu de rassemblement, d¹endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes ".

Le discours du pouvoir procède à un double déplacement : de simples actes de sabotage, comme il peut, par exemple, y en avoir dans un mouvement social, sont qualifiés de terroristes et ces actes sont nécessairement attribués aux jeunes de Tarnac, bien que la police reconnaisse l’absence de tout élément matériel de preuve. L’image du terrorisme érigée par le pouvoir crée un réel qui se substitue aux faits. Ceux-ci ne sont pas niés, mais toute capacité explicative leur est déniée. Les actes de sabotage ne peuvent être que le fait de personnes désignées comme terroristes. L’acte de nommer, antérieur à toute procédure d’évaluation objective, renverse celle-ci et enferme dans l’image, dans une forme vide. Cette procédure est l’aboutissement d’un processus rapide de subjectivation de l’ordre juridique.

Un processus de subjectivation du droit

Les anciennes lois antiterroristes, existant bien avant le 11-Septembre, avaient pour but de nier le caractère politique de l’acte poursuivi en criminalisant celui-ci. Pour les nouvelles législations, c’est au contraire le caractère politique qui est attribué au délit, l’intention supposée, de faire pression sur un pouvoir public ou une organisation internationale, qui donne à l’infraction son label terroriste. La décision-cadre européenne relative à l’infraction et à l’organisation terroristes, qui est actuellement intégrée par tous les États membres, est taillée de toutes pièces pour s’attaquer aux mouvements sociaux et à la contestation. C’est non seulement l’élément subjectif de l’infraction, l’intention attribuée à l’acte, qui la détermine comme terroriste, mais l’élément objectif de l’infraction désigne, comme immédiatement terroriste, le fait d’occuper un bâtiment administratif ou un moyen de transport public. Ces lois mettent en place également un délit d’appartenance qui permet de poursuivre une personne qui fait simplement partie de l’organisation incriminée. Elles introduisent ainsi, en opposition avec l’ensemble de la tradition juridique occidentale, une notion de responsabilité collective. Elles créent également un délit d’intention. On peut être poursuivi non pas en rapport avec un acte commis, mais simplement parce qu¹on aurait eu l’intention de le commettre.

La Grande-Bretagne va encore plus loin. Le Terrorism Act 2006 se pose au-delà de l’intention. Il crée un délit d’atmosphère. On est responsable des conséquences qui sont attribuées à son discours, quelle que soit l’intention qui est à la base de celui-ci. Par exemple, des paroles de soutien à une action de défense armée, n’importe où dans le monde, créent une " atmosphère favorable au terrorisme ". L’auteur du discours est pénalement responsable des actes commis " par un jeune homme sensible " qui poserait une bombe dans le métro et qui déclarerait qu’il a été influencé par ces paroles. Aucun élément matériel entre l’acte commis et les mots prononcés n’est nécessaire pour établir les poursuites.

C’est leur caractère subjectif qui spécifie toutes ces législations. Elles donnent au juge le pouvoir de déterminer si un acte ou si une parole relève du terrorisme. La capacité de désigner une personne ou un groupe comme tel est aussi assurée par le pouvoir exécutif. Les listes, existant au niveau de l’Union européenne, sont un bon exemple de cette procédure. On y est inscrit, non pas parce qu’on a commis un acte ou qu’on a prononcé des paroles déterminées, mais simplement parce que l’on est nommé comme tel ou que l’on fait partie d’une organisation qui a été désignée comme terroriste par le Conseil de l’Union européenne. Cette décision échappe au pouvoir judiciaire. Elle est purement politique et relève de l’exécutif. En pratique, les recours sont inexistants. Le plus souvent, l’inscription résulte de pressions étasuniennes.

Ces listes sont un bon exemple de la tendance imprimée par les différentes réformes du droit pénal au niveau international. Elles vont toutes dans le même sens : déposséder le pouvoir judiciaire de ses prérogatives afin de les confier à l’exécutif.

Les populations comme ennemies du gouvernement

Une loi américaine de 2006, le Military Commissions Act[3], qui a une portée mondiale, est l’élément qui montre le mieux ce processus[4]. La condamnation le 6 août 2008[5], dans le cadre de cette loi, de Salim Ahmed Hamdan, ancien chauffeur présumé de Ben Laden, à cinq ans et demi de prison pour " soutien matériel au terrorisme ", par un tribunal militaire spécial de Guantanamo, permet d’en saisir concrètement les effets, à savoir l’installation de la psychose comme organisation politique de la société.

Rappelons que l’aveu de la fonction de chauffeur de Ben Laden, l’élément de preuve qui a permis sa condamnation, lui a été arraché sous la torture. Hamdan a été condamné par une commission militaire, c’est-à-dire par un tribunal militaire spécial mis en place par le pouvoir exécutif, pour juger les personnes qu’il désigne comme " ennemis combattants illégaux ". Les membres du jury et les avocats de la défense sont des militaires désignés par l’accusation. Le tribunal peut accepter des preuves obtenues par la torture ou par ouï-dire. L’accusé ne peut assister à l’entièreté de son procès et ne peut contester, ni vérifier la matérialité des " preuves ".

Le statut d¹" ennemi combattant illégal " n’est pas nécessairement attribué aux auteurs d’actes de guerre contre les États-Unis, mais simplement aux individus nommés comme tel par l’administration. Cette loi autorise l’exécutif à désigner comme ennemis ses propres citoyens ou tout ressortissant d’un pays avec lequel les USA ne sont pas en guerre.
En fusionnant droit pénal et droit de la guerre, elle supprime toute distinction entre intérieur et extérieur. L’incrimination d’ennemi combattant illégal n’a rien à voir avec l’exercice de la guerre, ni d’ailleurs avec une quelconque matérialité des faits. Ainsi, du fait de sa fonction de chauffeur de Ben Laden, Hamdan aurait apporté à ce dernier une aide qui ferait de lui un complice des attentats du 11-Septembre. Cependant, Ben Laden, bien qu’il soit présenté par le pouvoir exécutif comme le commanditaire des attentats, n’est pas lui-même, par manque de preuves, poursuivi par la justice américaine pour ces faits[6].

Un renversement du rôle de la loi

L’administration a la possibilité de créer une virtualité qui s’impose à la matérialité des faits. Ayant purgé sa peine, Hamdan vient d’être libéré, et cela en opposition avec les positions précédentes de l’administration. Le gouvernement a toujours déclaré que, quel que soit le verdict, Hamdan, étant donné son caractère dangereux, devait rester emprisonné. Le fait que Hamdan ait été désigné comme ennemi combattant permet une détention illimitée, à la discrétion du pouvoir exécutif. En fait, étant donné l’évolution du rapport de force, le gouvernement a décidé de renoncer à cette possibilité que lui offrait le Military Commissions Act. La loi est ainsi construite de manière à ce que l’administration n’ait pas à respecter les décisions des tribunaux, qu’elle a elle-même mis en place et dont elle contrôle étroitement le fonctionnement. Ce faisant, cette procédure, tout en reconnaissant formellement la loi, exerce un déni de sa fonction. Cette dernière n’est plus qu’enregistrement de la capacité de l’exécutif à déroger à la règle. L’enjeu de cette législation porte bien sur le droit de disposer de soi même. En juin 2008, la Cour suprême a accordé aux prisonniers de Guantanamo la possibilité de déposer un recours en habeas corpus devant une juridiction civile. Il ne s’agit pas de juger le fond de l’affaire, mais simplement de déterminer si le gouvernement dispose d’éléments suffisants lui permettant de garder les prisonniers en détention. Quelque 250 personnes sont toujours enfermées à Guantanamo et toutes ont déposé un recours.

Le gouvernement mène un double combat. D’un part, un lutte d’arrière-garde, à travers laquelle il essaye de stopper ou de retarder les recours des prisonniers en habeas corpus, mais surtout, il veut que les tribunaux civils n’exigent pas la déclassification des preuves secrètes et qu’ils acceptent de fonctionner selon des critères en cours dans les commissions militaires.

Une perversion de l’ensemble de l’ordre juridique

Ce 20 novembre, le juge Richard J. Leon, de la Cour fédérale du district de Washington, a rendu le prononcé du premier de ces recours[7]. Il concerne six détenus algériens, arrêtés en Bosnie fin 2001 et enfermés depuis à Guantanamo. Le juge a déclaré que cinq des prisonniers avaient été détenus illégalement et qu’ils devaient être immédiatement relâchés. Il a également décidé que le sixième détenu avait, quant à lui, été légalement emprisonné. Il aurait apporté un " support matériel " à Al-Qaida. Il aurait été un " agent facilitateur " de l’organisation, organisant les voyages d’autres personnes afin de combattre les États-Unis et qu’il aurait prévu de devenir lui-même un combattant. Le juge s’est rangé à l’argumentation de l’administration, qui a toujours présenté Bensayah Belkacem comme un agent d’Al-Qaida opérant en Bosnie. Rappelons que les six personnes formaient un même groupe et ont été arrêtées ensemble.

Sur quelle base matérielle le juge a-t-il pu fonder son jugement et déterminer que cinq d’entre eux devaient être relâchés et qu’il était légitime de garder emprisonné le dernier ? Le juge a accepté de se prononcer à partir de preuves secrètes, qu’il a définies comme " des documents classifiés en provenance d’une source anonyme ". Il s’agit d’éléments que la défense n’a pas pu confronter, puisqu¹elle n’en a même pas eu connaissance. Les prisonniers n’ont pas pu assister à leur procès. Une ligne téléphonique leur a seulement été concédée pendant les audiences publiques.

Le fait que le juge ait accepté de se déterminer à partir de preuves secrètes, notamment obtenues par ouï-dire, constitue une légitimation des procédures utilisées par les tribunaux militaires spéciaux. Il crée ainsi une jurisprudence qui intègre ce type de " preuve ". Si elle se généralise, il s’opérera une rationalisation de l’ordre juridique. Ce dernier ne serait plus la juxtaposition de deux structures fonctionnant côte à côte, un système d’exception et un ordre de droit, mais une seule structure intégrée, ayant les commissions militaires pour modèle.

Grâce à cette jurisprudence, le Military Commissions Act, loi qui inscrit sa transgression dans le texte législatif lui-même, peut remodeler, pervertir l’ensemble de l’ordre de droit étasunien.

Le Military Commissions Act est l’élément le plus avancé du processus de subjectivation de l’ordre de droit occidental, qui conduit à un renversement, à une " perversion " du rôle de la loi. Cette dernière n’est plus protection contre l’arbitraire, mais abandon à la toute-puissance du pouvoir exécutif.

Un ordre social psychotique

La transformation de l’ordre juridique, aux États-Unis et en Europe occidentale, est inédite. D’abord, elle révèle un changement de régime politique, la fin de l’État de droit et le passage à une forme d’organisation qui concentre tous les pouvoirs aux mains de l’exécutif. Mais il ne s’agit là que d’une première approche, qui indique un bouleversement encore plus profond, celui d’une mutation de l’ordre symbolique de la société, à savoir le passage d’une figure paternelle, celle qui, notamment, parcourt une grande partie de l’histoire de la société capitaliste, à une image maternelle triomphante, spécifique de la phase actuelle. L’image maternante du pouvoir exerce un déni du politique. Elle nie les conflits et la différence et ne s’adresse, avec amour, qu’à des monades homogénéisées avec lesquelles elle établit une relation intime virtuelle. Il s’agit d’une structure sociale où les individus sont plongés dans l’effroi et s’abandonnent à l’État. Ils consentent à la destruction de leurs libertés et du droit de disposer d’eux mêmes en échange d’une prise en charge, d’une protection qui les annule.

Cette perversion de l’État de droit s’inscrit dans une nouvelle réalité mythique construite sur la primauté de l’image : la lutte contre le terrorisme, le mal absolu, justifie la suppression de nos libertés. Cette imagerie ne supprime pas les faits qui invalident le discours du pouvoir, elle les maintient présents, tout en les excluant du domaine de ce qui est recevable par la conscience. Le discours du pouvoir constitue une nouvelle réalité qui devient le seul référent possible Les faits sont ainsi forclos du champ social et de l’espace du pensable. Ce faisant, cette image nous installe dans une structure psychotique. Le renversement de l’ordre juridique, ainsi que la " perversion " du rapport au réel, sont les conditions d’installation de cette structure.

Le jugement des prisonniers de Guantanamo en atteste. C’est également le cas de l’inculpation des " autonomes de Tarnac ". L’absence d’éléments matériels permettant de poursuivre les inculpés n’est pas niée, mais la nécessaire prévalence des faits est renversée au profit de la primauté de l’image construite par le pouvoir. La position de Mme Alliot-Marie, reprise au sein d’un rapport de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), est particulièrement intéressante : " Ils ont adopté la méthode de la clandestinité, assure la ministre. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers ". Mais la ministre en convient : " Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes[8]. "

Ces déclarations résument bien l’ensemble de l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’échapper à la machine économique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission " proactive " aux procédures de contrôle. Ne pas avoir de téléphone portable devient un indice établissant des intentions terroristes. Rétablir le lien social est également un comportement incriminé, puisque cette pratique reconstruit le lien symbolique et permet de poser un cran d’arrêt au déploiement de la toute puissance de l’État.

Dans les déclarations de Mme Alliot-Marie la référence aux faits, en l’absence de tout indice matériel probant, ne peut être intégrée rationnellement et engendre la phase du délire, une reconstruction du réel avec l’image du terrorisme comme support.

Ce processus est également visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la réalité. Ainsi, comme indice matériel prouvant la culpabilité des inculpés, la police parle " de documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d¹arrivée dans les gares "[9]. Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiétant, dont la possession implique nécessairement la participation à des dégradations contre la compagnie de chemins de fer. De même, une échelle devient du " matériel d¹escalade " et, ainsi, sa possession est un élément à charge.

Cette construction psychotique n’est pas le seul fait des autorités françaises. Elle est partagée par la plupart des autorités européennes. Le 27 novembre a eu lieu une arrestation, des perquisitions et des saisies chez des membres du comité belge de soutien aux inculpés de Tarnac[10]. Le mandat de perquisition portait la mention " association de malfaiteurs et détériorations en réunion ". Détenir des documents relatifs à un comité de soutien peut, selon le rapport de force du moment, autoriser des poursuites et, en tout cas, associe ses détenteurs à l’enquête menée en France.

___________________

Notes

* [1] Giorgio Agamben, " Terrorisme ou farce ", Le Monde, 20 novembre 2008.

* [2] Marie-Noëlle Bertrand et Sébastien Homer, " Au village, sans prétention ", L’Humanité, 28 novembre 2008.

* [3] S.3930 Military Commissions Act of 2006, http://www.govtrack.us/data/us/bills.te ... /s3930.pdf

* [4] " Ennemi de l’Empire ", Multitudes, no. 32, printemps 2008.

* [5] Jerry Markon, " Hamdan guilty of Terror support ", Washington Post, 7 août 2008, p. A01.

* [6] Ed Haas, " FBI says, ’No hard evidence connecting Bin Laden to 9/11’ ", Muckraker Report, 6 juin 2006, http://muckrakerreport.com/id267.html

* [7] William Glaberson, " Judge Orders Five Detainees Free from Guantanamo ", The New York Times, 20 novembre 2008, http://www.nytimes.com/2008/11/21/us/21guantanamo.html ?_r=1&hl

* [8] Isabelle Mandraud, " L’obsession de l’ultragauche ", Le Monde, 3 décembre 2008.

* [9] Agamben, op. cit.

* [10] http://soutien11novembre.org

http://www.eurozine.com/articles/2009-0 ... ye-fr.html
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 21 Avr 2009, 23:55

Au mois de mai de nouvelles actions contre l’antiterrorisme auront lieu partout en France, à la manière de ce qui eut lieu au mois de janvier. En attendant le début de cette initiative, notons l’appel à une manifestation contre la répression à Nantes (notamment appelée par les comités de soutien de Nantes et Rennes), le 25 avril.

Face à la répression sociale qui s’exerce aujourd’hui contre les travailleurs, les précaires et les chômeurs. Face à la répression qui s’abat de plus en plus lourdement et indistinctement en Bretagne, et particulièrement en Loire-Atlantique, sur les différentes formes de protestation sociale et politique, Nous appelons à réagir :
contre les peines de prison à l’encontre de participants aux manifestations des 29 janvier et 19 mars,
contre la volonté de fichage par l’ADN de manifestants lycéens et d’opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes,
contre le procès des défenseurs de l’hôpital de Carhaix,
contre la répression des actions de redistribution des étudiants de Nantes et Rennes,
contre les poursuites et gardes à vue à rallonge des militants pour la réunification de la Bretagne,
contre le délit de redistribution de poissons par les pêcheurs des Côtes d’Armor,
contre la criminalisation des entarteurs de Notre-Dame des Landes,
contre les poursuites à l’égard des enseignants pour la sauvegarde du service public d’éducation

Et plus généralement contre les répressions, ici et ailleurs, de ceux qui s’approprient des logements vides, de ceux qui se voient privés de ressources (radiations Assedic, CAF…), de tous ceux et toutes celles qui osent contester l’ordre établi en aidant les sans-papiers, en écrivant ou lisant des livres subversifs… Venez manifester votre solidarité contre toutes les répressions et avec les révoltés le 25 avril à Nantes http://manifdu25.noblogs.org
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