Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropria

Messagede Pïérô » 23 Aoû 2009, 19:31

berneri a écrit:Salut, une synthèse du topic est en cours.
ça serait bien si Berckman pouvait developper sur la plannification fédéraliste ( ouvre un autre topic ) pour avancer encore.

Cette démarche collective est une sorte de première sur ce forum, et est à saluer. :D

en attendant, il y a des éléments en termes concrèts et d'expériences vécues en Argentine dans la partie "international" :
viewtopic.php?f=66&t=1536&p=45590&hilit=%5BArgentine%5D+Disco+de+Oro+en+autogestion#p24950

Info savoureuse aussi sur Bellaciao : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article90276 "Un millier de contribuables portent plainte contre la fermeture d’une usine à Ay (Marne)"
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede berneri » 25 Aoû 2009, 16:03

Bon, j'aimerais une réponse sur la possibilité de mettre en ligne sur ce forum la synthèse collective de notre discussion collective. peut on mettre une pièce jointe?

Sinon sur ce forum ou sur un autre ce serait bien de prolonger la discussion sur 3 aspects:
1) la planification federaliste, 2) les conseils de gestion ouvrière, 3) le rapport au travail et les "mecanismes de defenses" collectifs ou individuel

fraternellement
berneri
 

Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede Antigone » 25 Aoû 2009, 17:54

berneri a écrit:Bon, j'aimerais une réponse sur la possibilité de mettre en ligne sur ce forum la synthèse collective de notre discussion collective. peut on mettre une pièce jointe?
Sinon sur ce forum ou sur un autre ce serait bien de prolonger la discussion sur 3 aspects:
1) la planification federaliste, 2) les conseils de gestion ouvrière, 3) le rapport au travail et les "mecanismes de defenses" collectifs ou individuel


Pourquoi pas reproduire le copier/coller de la synthèse à la suite ?
... et continuer le débat dans les mêmes conditions. Berkman devrait nous rejoindre pour développer ce qu'il a commencé..
Quand vous partirez d'ici, on continuera de l'autre côté (puisque je serai inscrit aux deux).
Antigone
 

Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede berneri » 26 Aoû 2009, 08:46

Voir la synthèse en pièce jointe ou ci dessous.

[L’extension doc a été désactivée et ne peut plus être affichée.]

Modifié en dernier par berneri le 26 Aoû 2009, 11:17, modifié 1 fois.
berneri
 

Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede berneri » 26 Aoû 2009, 08:50

Lutte contre les licenciements, expropriation, autogestion : une synthèse

Travail collectif de synthèse du topic
by leo, Berneri et Antigone
et la participation de JPD et Qierrot

Intro

Ces échanges ont été introduits par ce texte de Berneri.
Le voici en totalité

« Il me semble que nous vivons un moment particulier : la colère et la lutte contre les patrons-licencieurs et les délocalisations s'accompagne la défiance vis à vis du syndicalisme d'accompagnement. Ce sont les travailleurs et les syndicalistes à la base qui mènent des actions radicales, franchissant parfois le seuil de la légalité étatique. Peut-être plus marquant des appels de militants à se coordonner pour la grève générale, il se pourrait que les différentes tentatives de coordinations actuelles des boites en luttes créent à un moment le terreau fertile d'une lutte massive et frontale face au patronat et à l'état.
Les interventions policières et la défense du droit de propriété par l'état, diminue sa légitimité et peuvent aussi créer une défiance vis à vis de l'appareil étatique.
La course à la croissance et les solutions de type réformistes sociales - libérales apparaissent de plus en plus clairement comme des attrape-nigauds.

Cependant il convient aussi de ne pas faire d'angélisme, nous vivons aussi un contexte d'individualisme forcené, les travailleurs cherchent avant tout à partir avec le plus possible et pas forcement à conserver leur emploi.
Cette option peut apparaître très individualiste mais elle est réaliste face à l'absence d'alternative sociale crédible et non incantatoire. Évidemment une fois les indemnités consumées le travailleur peut se retrouver à rester au chômage, sans compter l'impact local en terme de vie sociale, etc.
Aujourd'hui se préparent des marches pour l'interdiction des licenciements, certes cette revendication ne me semble pas porter de projet alternatif face au capitalisme et portée seule elle peut mener à l'échec. Cependant elle répond peut-être en miroir à une colère : " puisque de toute façon on perdra les emplois, autant partir avec le maximum" est rétorqué " il faut interdire les licenciements"
Peut-être cette revendication d'interdiction des licenciements emportera t elle une mobilisation importante, tout du moins elle pourrait fédérer celles et ceux qui se mobilisent à la base contre les licenciements et les délocalisations.
Il me semble que les libertaires ne doivent pas faire la fine bouche et regarder d'un oeil distancié ce qui se passe, au contraire il me semble qu'il faudra être avec celles et ceux qui bougent et luttent pour partager la réflexion et la revendication autour de l'alternative sociale, à savoir la revendication de la socialisation des moyens de productions, on peut très bien revendiquer :

"Puisqu'ils veulent fermer, qu'ils paient, et nous gardons les machines et les locaux pour faire tourner la machine pour nous", quitte à reconvertir la production et à faire participer la collectivité au soutien de l'emploi.
Des questions économiques de coût, de débouchés, etc. se poseront également et il faut réfléchir pour y répondre sans s'enfermer dans l'ornière de l'alternative isolée. On porte à travers cette revendication la question de la remise en cause de la propriété privée comme un droit inaliénable. Les libertaires soulèvent cette question depuis le début de leur réflexion, rien de nouveau donc, si ce n'est de ne pas oublier comment faire concorder dans le monde actuel les propositions anarchistes avec les problèmes d'aujourd'hui.
L'originalité des libertaires dans les réponses que nous proposons à cette question peut soulever un certain engouement et ... peut-être être reprises plus largement pour donner enfin une dynamique de victoires dans les luttes sociales voir d'espoir en terme d'alternative sociale. »
(Berneri – 3 août)


= = = =

A) Les enjeux
Qui sont déjà exprimé dans l’introduction de Berneri.

1.
« Il nous faut envisager plus concrètement encore les questions d'autogestion et de reprises des moyens de production à partir des situations d'aujourd'hui. Non pas donner précisément par avance la manière détaillée de pratiquer et enfermer la réalité et le possible dans un livre ou un texte. Mais s'atteler tout de même à des problèmes concrets par rapport aux expériences en cours. » (Berneri – 5 août)

2.
« L’autre enjeu est d’apporter des réponses qui mettent le pied à l’étrier d’une sortie du mode d’exploitation capitaliste. Pour cela, nous devons bien sûr populariser notre projet social, notamment autour de la socialisation des moyens de production et d’échange, de l’égalité économique et sociale avec une répartition égalitaire des richesses, de la gestion directe par les travailleurs d’une production socialement utile et écologiquement soutenable. Nous devons aussi populariser l’autogestion comme la pierre angulaire de notre alternative au capitalisme et à l’état. Mais nous devons également proposer l’autogestion des entreprises qui licencient comme point de départ dans les luttes d’aujourd’hui, tout autant que comme outil pour la transformation sociale. Car, si l’autogestion, en se généralisant peut être un vecteur de la transformation révolutionnaire, dés aujourd’hui, au même titre que les séquestrations, elle peut représenter une réponse concrète pour conserver l’emploi et augmenter le rapport de force. C’est donc, tout en étant conscient de ses limites, une proposition politique à mettre au débat et qui peut rencontrer les aspirations de celles et ceux qui luttent.

Il y a néanmoins des freins et des contradictions dans cette option. La plupart des entreprises en question sont dépendantes des commandes des donneurs d'ordre pour écouler leurs marchandises ce qui représente un frein important à la reprise de la production par les ouvriers. Cependant la mise en commun de plusieurs entreprises autogérées du même secteur peut là encore modifier plus favorablement le rapport de force pour la vente des marchandises. De plus, dans cette période de crise, on ne peut douter de la solidarité qu’inspirerait cette action et des possibilités importantes de mobilisation qu’elle pourrait ouvrir, créant une situation politique nouvelle. Par contre, le fait d’évoluer dans un contexte économique capitaliste ferait reposer sur ces entreprises autogérées des contraintes qui tendraient à réduire l’autogestion et à rogner la démocratie ouvrière chèrement conquise. Cela reste bien à l’autogestion généralisée qu’il faut parvenir, et la réponse immédiate aux licenciements ne doit pas rester une fin en soi, mais un palier dans la lutte, au risque de transformer la victoire en défaite à moyen terme.

Pour conclure
La reprise de la production en plus de pouvoir représenter une forme efficace pour obtenir satisfaction sur le maintien de l’emploi, permet plus que cela. Cette autogestion, même limitée, pose en creux la question du projet de société. A nous de l’élargir, de l’approfondir, car elle est le palier qui pousse à interroger le sens de la production, et de sa finalité. Et c’est bien notre projet communiste libertaire où nous reprenons tous pour l’intérêt de tous le choix de ce que nous produisons, comment nous le produisons pour qui nous le produisons qui peut être mis en proposition. Les anarchistes sont trop peu nombreux à eux seul pour mettre en œuvre ces propositions, et lutter pour rompre avec le capitalisme. Mais la progression des tensions et leurs cristallisations autour des licenciements, créent des conditions favorables pour que les exploités utilisent nos méthodes et nos propositions, parce qu’aujourd’hui plus que jamais, elles correspondent à leurs réalités. Et il n’y a qu’un pas, pour que l’utilisation de ces propositions immédiates ouvre de vraies perspectives de rupture sociale ». (Groupe CGA Montpellier, extraits)

3.
« L'intérêt là c'est de sortir du seul cadre de lutte revendicative qui montre ses limites et de bouffer de l'espace au capitalisme en avançant dans la construction du communisme libertaire, en portant une dynamique autogestionnaire et expropriatrice, et donc révolutionnaire; parce que les revendications en soi, comme le syndicalisme ne le sont pas en elles mêmes. » (Quierrot – 11 août)

B) La revendication d’interdiction des licenciements (et d’une loi dans ce sens)

1. Critique

Là-dessus il y a consensus (me semble-t-il) de tous les intervenants pour ne pas participer à ce genre de démarche par désaccord et opposition (caractère illusoire, politicien…) alors que les luttes sociales sont à privilégier, notamment leur caractère auto-organisé, même s’il ne faut pas « juger “à sec” ce mot d’ordre » mais qu’il n’est pas indifférent de savoir d’où cela part, « si ça part de quelque part à la base, que ça fait tache d’huile, que ça entraîne un débat dans la société » (JPD – 15 août).

« Tout d'abord, sur le principe, il est impossible de demander que les licenciements soient interdits autrement que par une loi. Or une telle demande reviendrait à reconnaître le Parlement, légitimer les politiciens qui y siègent et le rôle qu'ils y occupent. Cela signifierait que nous remettions notre sort entre leurs mains, et que
nous abandonnions du même coup toute indépendance de classe. Quand on se dit anti-parlementariste, ça parait inconcevable.
Ensuite, sur le fond, une telle loi dans le système actuel serait aussi inapplicable que si elle prétendait interdire le chômage, les investissements, les profits etc. Les licenciements font partie des règles de gestion et du fonctionnement des entreprises. Si on les "interdisait", ils réapparaîtraient sous une autre forme, et de toute façon, cette loi serait immédiatement contournée et rendue caduque ». (Antigone – 11 août)

S’exprimer à l’occasion de ce type de « mobilisation » est un des objectifs de cette discussion et d’une éventuelle campagne anticapitaliste et libertaire.
A une campagne politique classique dans la forme (appel aux partis, au parlement) et illusoire sur le contenu, nous opposons donc la nécessité d’une mobilisation par les travailleurs eux-mêmes qui dans sa dynamique même peut être amené à poser des questions de fond car nous privilégions l’action collective, « l’action des exploités qui en modifiant le réel modifie la perception qu'ils en ont et la possibilité de le changer plus encore » (Leo – 16 août)

« En ce sens je pense […], (même si je partage l'analyse selon laquelle une revendication n'a pas la même dimension selon qui la porte), que la revendication "interdiction des licenciement" est une impasse parce qu'elle contient intrinsèquement le recours à l'étatisme, et donc soit une propension à l'attentisme, soit à écarter les réflexion stratégique sur comment lutter contre les licenciement sans attendre une intervention illusoire de l'Etat.
Ce parce que justement cela représente une perspective immédiate en contradiction avec le développement de la lutte directe, et plus encore avec la possibilité d'un développement révolutionnaire". » (Berckman 21 août)


2. Il existe une position plus nuancée toutefois
« pour moi ne pas se tenir à l'écart permet d'amener les revendications libertaires au sein de ces mobilisations, ce qui peu aussi paraître illusoire et est très dépendant de la nature de la mobilisation sur ce sujet( sociale, syndicale, associative, partis, multiple,...) ce qui peut entrainer tantôt un enclin plutôt favorable à y être de manière critique ( multiple, sociale, syndicale), tantôt un enclin à se tenir très à distance ( partis , associations type attac, club de pensées,...). » (Berneri 11 Août)

« sur la question de la participation aux mouvements qui semblent se dessiner contre les licenciements et avec une revendication centrale qui serait l'interdiction des licenciements, je pense que le gouvernement en bon gérant des intérêts capitalistes va avoir du mal à pouvoir intègrer une telle revendication évidemment et cette revendication, qui n'en est pas vraiment une de fait pose la question du pouvoir. Elle peut être interessante en ce sens, et l'on peut, nous, porter cette question sur le pouvoir à construire par le bas. Mais en même temps, parce que cette stratègie n'est pas lisible par tous les intéressés, à part peut-être pour les services publics, et que ceux-ci savent par contre bien que ce n'est pas une revendication tenable, j'ai peur que la mobilisation peine s'il elle ne prend que cet axe d'affrontement. C'est bien pourquoi, et parce que la gauche de la gauche va nous renvoyer vers des propositions de l'ordre de l'alternative politique, mais gouvernementale et étatique (nationalisation et pas socialisation), il nous faut développer quelque chose qui soit parlant et pas que incantatoire. Ce n'est évidemment pas facile, mais il me semble que c'est dans la période fondamental, si l'on veut que notre mouvement ne soit pas comme souvent à la ramasse, ou dans l'incantation et la culture de la marge. » (Quierrot 17 août)

3. Alternative proposée : coordination de base et auto-organisation des travailleurs, expropriation et autogestion

Pour nous, il s’agit de faire en sorte « que la lutte soit investie par le plus grand nombre et quelle se dote des structures qui permettent à tous d’agir et de contrôler totalement leur lutte. Mais aussi mettre en avant les formes de luttes et les choix qui renforcent, au profit des salariés, le rapport de force pour permettre des victoires. Enfin, proposer des modes d’action qui permettent d’aller le plus loin possible dans la remise en cause des mécanismes de l’économie de marché afin de s’en émanciper. » (Groupe CGA Montpellier)

« Devant l’absence/refus/impossibilité du syndicalisme d’assumer ce rôle de construire des rapports de force favorables aux salariés, c’est à des formes de coordinations directes entre travailleurs qu’il revient de le faire. Les premiers pas, gestes, paroles dans le sens de coordonner les entreprises en lutte vont dans le bon sens : celui de l’auto-organisation, de l’auto-mobilisation des travailleurs par et pour eux-mêmes.
Ces formes de coordination, si elles se mettent en place, le feront sans doute autour de la revendication commune (dite centrale) du refus des licenciements et la défense des postes de travail, revendication pouvant non seulement fédérer des travailleurs en lutte mais au-delà : au niveau de chaque territoire, de chaque bassin d’emploi, localement, tous ceux et celles qui se sentent concernés et solidaires. Les tentatives inter-luttes et interpro par exemple peuvent trouver ici moyen de se développer et de s’articuler. »
« Les anarchistes et les révolutionnaires ont d’autres propositions. Celles qui disent que le « débouché des luttes » se situe en elles-mêmes et dans leur victoire et non dans les élections et la reproduction des structures de la domination. Et aussi que les véritables victoires ne peuvent éviter les affrontements décisifs, la rupture avec le capitalisme, la mise en déroute de la bourgeoisie et la mise en place d’un autre monde possible par la réorganisation totale de l’ancien. » (Léo – 9 août)

« Evidemment il faut populariser la remise en cause de la propriété des moyens de production et l'Etat qui la défend et qui l'exerce dans certains secteurs. Cela passe par des propositions pour partir du quotidien, d'aujourd'hui.
L'exercice de l'autogestion dans le cadre de la lutte, des outils de lutte (syndicat, comité de grève, ...) peut permettre d'envisager son exercice dans celui de la production, et, à mon avis, il faudrait que les structures type coopératives autogérées, soit soutenues et en lien permanent (organique ou pas) avec les organisations de lutte contre le capitalisme. D'une part dans un but de non - intégration (cf mutuelles), d'autre part dans un but d'analyse et d'ajustement des moyens et des stratégies de la lutte contre le capital. » (Berneri 15 août)

« Je pense que si l'on veut du slogan, "zéro licenciement", "reprise des entreprises sous forme coopérative par les travailleuses et travailleurs"/exproprions les patrons
Je partage le point de vue sur le caractère ambigu du terme "autogestion" : d'abord parce que ce mot d'ordre est utilisé par des courants qui l'entendent dans un sens radicalement des anarchistes, en le vidant de son contenu antihiérarchique : il s'agirait "d'élire" ses dirigeants, tout en maintenant le rapport dirigeant/dirigé, comme on l'a vu en Yougoslavie et en Algérie. C'est en ce sens que le terme "autogestion" est utilisé par le NPA.
Le terme gestion ouvrière, ou gestion directe des entreprises par les travailleuses et travailleurs, me semble plus approprié. » (Berckman 21 août)

C) Expropriation / Autogestion

1. Pour

« Les luttes contre les licenciements sont d’abord des luttes pour la préservation des postes de travail. Dans un deuxième temps, le plus souvent à cause d’un rapport de force dégradé, lorsque les travailleurs pensent qu’ils ne peuvent plus faire revenir les patrons sur la décision de licencier, les revendications se portent sur le montant de l’indemnité de licenciement » […]
« La proposition de « prise » des entreprises en faillite ou qui ferment par les travailleurs (telles qu’elles sont pratiquées en Argentine par exemple) est une réponse très concrète à une situation donnée : elle vise d’abord à défendre des postes de travail et elle est aussi une critique en acte (certes partielle !) de la domination et de l’exploitation. » (Leo – 9 août)

« Si toute une population (ou partie) se soulève et se donne les moyens d’ « autogérer » en s’affrontant ainsi aux pouvoir, même si on a l’intime conviction que, pour l’instant, au bout du compte, ce sera une xième remise à flot du capitalisme, ce n’aura pas le même sens que lorsque ce fut la CFDT et ses penseurs qui en élaborèrent le concept ou quand la lutte se rétrécit vers des solutions « coopérativistes » ou « mutuellistes » du siècle dernier » (JPD – 15 août)

Articulation et caractère partiel et « transitoire »

1.
« La réappropriation des entreprises par les travailleurs (et corrélativement l’expropriation des capitalistes) me semble être l’axe autour duquel peut déployer à la fois des aspects revendicatifs, partiels, réalistes, à court terme et les éléments de contenus révolutionnaires :
- propriété sociale des moyens de production,
- autogestion,
- horizontalité…
et sur tout ce que cela peut ouvrir comme questionnements :
- utilité sociale de ce qui est produit,
- articulation “producteurs” / “consommateurs” (ni marché, ni planification bureaucratique),
- les “biens communs” et le libre choix de produire des biens propres,
- le productivisme,
- de l’autogestion d’entreprise à l’autogestion généralisée et la question du pouvoir (qui décide de quoi et comment, "pouvoir de" contre "pouvoir sur"…),- etc. » (Leo – 9 août)


2.
Nous n’avons pas à gérer quoi que ce soit dans ce système. « Toutefois si un mouvement de fond de nature autogestionnaire voyait le jour, j'en serais partie prenante, mais sans illusion tant qu'on en restera là, parce que exproprier des patrons et abolir la propriété privée ne suffira pas pour nous faire sortir du capitalisme. Ni même le principe d'un salariat "équitable" parce que cela supposerait l'existence d'employeurs et d'employés, une division sociale entre dirigeants et dirigés et un système hiérarchique, et que cela irait à l'encontre d'un objectif qui serait de rendre le pouvoir inutile.
Ce qui ne serait pas "rien" en revanche, serait que ces luttes favorisent les actes de solidarité spontanée, d'entraide et de désintéressement par delà les entreprises, et qu'ils se répandent dans la société. Cela démontrerait qu'une société nouvelle est possible, débarrassée de cette dictature de la valeur qui nous oblige à monnayer notre travail et tout ce dont nous avons besoin dans notre vie. » (Antigone - 12 août 2009)

3.
« Concernant cette réappropriation, ce qui a manqué à l’époque [années 70, LIP, développement de la CFDT], et sur lequel on est plus avancé maintenant c’est la question de qui produit et pourquoi. Tout le monde se la pose, et en partie grâce au développement global des mouvements écologistes depuis trente ans. Se poser la question n’est évidemment pas la résoudre. Mais il en est une autre qui vient tout de suite derrière et qui, elle, mérite un considérable nouveau chantier c’est la question des reconversions. Comment changer l’objectif de certaines machines ? A quoi correspondrait une nouvelle production ? Ces questions, débattues, même (et surtout !) de manière « utopique » par les travailleurs d’une unité de production, par les habitants d’une région, etc. ouvre d’énormes espaces de créativité et sans doute de reconstitution d’une conscience de classe articulée sur la possibilité d’un changement concret de société. Cela permettrait peut être de montrer que la plus grande difficulté ce n’est pas l’inversion du processus de production, ce n’est pas que question « technique » (tout ça est quand même une énorme difficulté !) mais l’affrontement avec les forces qui nous en empêcheraient ! C’est là une question politique, celle du pouvoir.
Pour aborder la question des possibilités de reconversions (qui n’est pas seulement celle d’une production qui ne s’écoule plus, mais aussi celle d’une production dont nous ne voulons plus) pourquoi pas des groupes de travail, locaux, régionaux, se penchant sur tel ou tel cas. » (JPD – 15 août)

4.
« Les questions comme la reconversion et la nature et les objectifs de la production, sont des questions importantes et peut-être aujourd'hui assez facile à aborder dans la société, sensibilisée aux problèmes d'environnement.
Evidemment il faut populariser la remise en cause de la propriété des moyens de production et l'Etat qui la défend et qui l'exerce dans certains secteurs. Cela passe par des propositions pour partir du quotidien, d'aujourd'hui.
L'exercice de l'autogestion dans le cadre de la lutte, des outils de lutte (syndicat, comité de grève, ...) peut permettre d'envisager son exercice dans celui de la production, et, à mon avis, il faudrait que les structures type coopératives autogérées, soit soutenues et en lien permanent (organique ou pas) avec les organisations de lutte contre le capitalisme. D'une part dans un but de non - intégration (cf. mutuelles), d'autre part dans un but d'analyse et d'ajustement des moyens et des stratégies de la lutte contre le capital. […]
Multiplier les espaces de démocratie directe et d'autogestion voilà qui est souhaitable mais à mon avis il faut une architecture qui soutienne ces expériences d'outils de luttes ou de productions. Cette architecture est contenue pour moi dans le projet communiste libertaire. Il faut aussi il me semble un espace de mutualisation d'analyse et de critique ou les participants à ces différentes expériences puissent analyser et ressourcer leurs pratiques, et les placer dans le cadre d'une dynamique révolutionnaire. » (Berneri – 15 août)

5.
« Ensuite, se pose la question du marché. La reprise des boites sous forme coopérative n'est absolument pas une fin en soi : c'est une réponse immédiate, qui donne une perspective hors de l'alternative chômage/intervention de l'Etat/reprise capitaliste. Elle permet aux travailleuses et aux travailleurs non seulement de défendre leur travail, leur outil de travail, mais d'en reprendre un contrôle partiel. Bien entendu il y a pression du marché et du système banquaire. D'où la nécessité de poser d'emblée la perpective d'une entraide entre entreprises coopérative, c'est à dire du fédéralisme.
Après, il y a aussi une réflexion critique à avoir sur le statut juridique de coopérative, qui a largement dévoyé l'approche coopérativiste, en autorisant par exemple l'inégalité salariale, en obligeant les boites à payer les cotisations sociales patronales, en maintenant la division hiérarchique du travail dans la plupart des cas.
Il est clair qu'une entreprise dite "coopérative" qui reproduirait les relations de travail capitaliste n'est absolument pas une perspective même à court terme. » (Berckman 21 août)

2. Contre

1.
« L'autogestion, c'est une arnaque.
Il n'y a rien à gérer dans le système capitaliste. Il n'y a pas de bonne gestion à opposer à la mauvaise. Qu'elle soit privée, étatique, de cogestion ou d'autogestion, le maintien d'un système salarial (même "équitable") la placerait de facto face aux impératifs du marché, continuant à la rendre tributaire du carnet de commandes.
Il ne faut pas se leurrer. L'autogestion, si elle était appliquée aujourd'hui, reviendrait à une gestion de l'entreprise assumée par le seul Comité d'Entreprise. Pas par l'ensemble des travailleurs mais par des spécialistes au courant des dossiers, ce qui leur donnerait une position directrice par rapport aux décisions à prendre. L'autogestion, ce serait une gestion syndicale sans patronat. Autant dire qu'on ne changerait pas de société. Le capitalisme s'adapterait.
En outre, une entreprise en grosse difficulté sur le marché ou menacée de fermeture ne retrouverait pas la santé par le simple coup de baguette magique de l'autogestion. Elle serait obligée de se placer sur le marché en concurrence directe avec d'autres entreprises de la même branche qui pourraient connaître les mêmes difficultés. Cela reviendrait alors à participer à une mise en concurrence des travailleurs entre eux.
Quant à la proposer dans les grosses sociétés du CAC40, elle serait totalement irréaliste en raison de la complexité et de l'interconnexion des échanges internationaux.
En finir avec la gestion, c'est en finir avec la valeur, avec la logique du code barres et de la marchandise qui régit le travail et contraint l'homme à vendre son activité. La solution n'est donc pas dans le capitalisme, même en tentant d'y trouver un espace le moins défavorable possible, mais en dehors de ce système. » […]
« Les mentalités ont changé sous l'influence du libéralisme triomphant de ces 15 à 20 dernières années.
A force de flexibilité, de mobilité, de précarité, la génération des 20-40 ans n'a plus qu'une relation distante avec les moyens de production. Et même si la culture d'entreprise tente d'y remédier, le monde du travail est de plus en plus perçu comme un lieu qu'on n'a plus les moyens de choisir et avec lequel plus aucun lien durable ne
peut s'établir. Il ne sert qu'à obtenir de quoi subsister et c'est tout.
Si la revendication autogestionnaire pouvait encore recueillir un écho jusque dans les années 80, ce sera de moins en moins le cas à l'avenir parce que l'exploitation s'exerce à présent sans se dissimuler sous des prétextes fallacieux. (Antigone - 11 août 2009)

2.
« Faire des pneus ou des mécaniques de précision pour automobiles, c'est écologiquement et donc humainement nuisible. Les gens ne font pas ça par plaisir, mais pour grailler. Reprendre ça en autogestion ? Interdire les licenciements ? Et puis quoi encore ! Produire cette merdouille c'est collaborer avec l'absurdité de ce système, au même titre qu'à peu près tout ce qui est produit par des pauvres gens pour obtenir de quoi grailler, et c'est vrai partout dans cette société ! […]
Cessons d'amener de l'eau au moulin de la crédibilité de ce capitalisme puant, ce qu'il faut détruire, c'est la marchandise. La sacralisation des moyens qui ont pu être pensés à un certain moment de l'histoire ouvrière comme moyen d'émancipation globale a fait son temps.
Inventons autre chose, ici et maintenant. Certain-e-s s'y attellent, et inventent, et ça c'est du concret, du lourd, du réel ; d'autres ressemblent à des mécanos tentant de réanimer le grand corps agonisant de la machine à déshumaniser, alors qu'il faut œuvrer pour l'achever. » (Conan – 14 août)

3.
« L’imaginaire français est très branché sur LIP dès qu’on parle autogestion. Or il faut le rappeler, jamais l’usine ne fut autogérée dans le sens où pendant toute la durée rien ne fut produit, ou presque. Ce qui fut autogéré c’est la lutte et le stock. Mais LIP, dont le mouvement fut, certes, enthousiasmant, servit de tremplin à l’offensive idéologique faisant de l’autogestion une coquille vide destinée à se démarquer des staliniens et à se couler dans l’« esprit de 68 » et portée par la CFDT, le PSU et de nombreux gauchistes. Et à ce propos je considère que ce fut une énorme erreur qu’une grande partie du mouvement d’alors (y compris des libertaires) s’engouffre dans des stratégies d’oppositions syndicales à l’intérieur de ce piège (même en le dénonçant parfois). Mais c’est une autre question. » (JPD – 15 août)


4.
« L'autogestion des banques, des agences immobilières, des usines de pesticides, de bagnoles, de plastique alimentaire, des casernes militaires etc. ça ne m'intéresse pas.
Alors bien sûr, certaines activités peuvent et même doivent être reprises, comme les hôpitaux par exemple, ou les machines à fabriquer des fringues... mais dans cette masse des activités nuisibles à l'humain, scander la reprise autogestionnaire comme une étape me paraît non seulement voué à l'échec, suicidaire même. Il faut la révolution globale comme but. Et cette révolution est la fin du salariat, de la marchandisation des échanges. Et en se fixant ce but, les moyens ne peuvent être les mêmes qu'en se fixant le but d'une reprise autogestionnaire des usines ou je ne sais quel autre maillon de la production nuisible à l'humanité.
Maintenant, il est clair que sans révolution globale, les alternatives sont toutes vouées au mieux au nomadisme, au pire à l'échec. Il doit donc y avoir une double action :
- l'autonomisation et la relocalisation progressives des moyens de vie (jardins collectifs locaux, techniques de cueillette/herboristerie, investissement et/ou création de logements sur des terrains avec savoirs en construction alternative, développement ici et maintenant d'énergies alternatives, presse indépendante...), en vue d'avoir les reins assez solides pour pouvoir vivre si possible hors du salariat, c'est-à-dire de l'exploitation consentie. Ces savoir-faire à réacquérir sont indispensables, en termes pratiques et politiques. Ca, c'est concret. Tu fais quoi dans ta vie, pour ça ?
- la révolution globale, avec insurrection grandissante, sans laquelle ces alternatives sont vouées aux tracasseries, voire à l'acharnement des autorités. Mais cette révolution globale ne sera jamais qu'un slogan, sans capacité des gens à s'autogérer dans leurs vies. » (Conan – 15 août)

5.
« L'autogestion n'est pas réformiste en soi, mais ça dépend de ce qu'on veut gérer. Si c'est pour gérer une entreprise bien intégrée dans le capitalisme j'en vois pas vraiment l'intérêt. On ne coupe pas la dépendance vis à vis du marché et de ce fait on reste soumis à ses impératifs (concurrence, productivité, investissement perpétuel donc surcharge de travail, de stress, etc.) bref rien ne change si ce n'est que la gestion est collective. Et dans ce contexte une gestion collective ne me semble pas très appropriée : tout le monde n'est pas au courant du marché, des problèmes qui se posent et des réponses adaptées pour survivre et rester compétitif. L'organisation actuelle du travail est adaptée au capitalisme, il est donc difficile d'imaginer la survie d'une entreprise qui fonctionnerait différemment et ne serait pas parfaitement optimisée pour conserver ses parts de marché. Ça pourrait commencer à marcher s'il y avait un ensemble suffisamment vaste d'entreprises qui faisaient la même chose au même moment et dans les mêmes secteurs, pour s'entraider...mais faut pas rêver.
Mes pistes sont donc de toujours garder (en tout cas dans le discours si des expériences autogestionnaires, qui seraient néanmoins à soutenir, advenaient) la perspective d'une organisation sociale débarrassée du capitalisme et concrètement de déserter les métiers "purement capitalistes", c'est à dire destinés à amasser du capital à coup de travail/plus value/consommation, d'arrêter de consommer le superflu et de créer nos propres réseaux de production/distribution/socialisation. Il faut évidemment dans la création de ces réseaux penser l'utilité de ce qu'on produit... je t'assure que ça éliminera du boulot...
Je ne vois que cette solution : déserter la machine capitaliste et construire à côté. Il faut s'autonomiser, apprendre à vivre sans tout ce qui nous lie au système, apprendre à se substituer au système pour fabriquer ce dont nous aurons toujours besoin bref acquérir les connaissances et créer les conditions matérielles d'une autonomie réelle. Pour le reste, pour toutes les stratégies qui composent avec le capitalisme et le salariat, il ne faut pas se faire d'illusions, le capitalisme s'en arrangera toujours et récupérera toujours tout. Plier à sa logique c'est partir battu d'avance, enfin c'est juste mon sentiment... » (Willio – 15 août)

6.
Pendant l'expérience autogestionnaire de Lip, il n'y a presque pas eu de production. Comme Alfred avait planqué les montres, la bagarre s'était concentrée sur le stock.
En fait ce n'est pas si simple de produire.
Une entreprise ne peut pas développer d'activité sans avoir le soutien d'un établissement bancaire. Ce lien est le principal obstacle qui se présente à toute société qui souhaite prendre ses distances avec le système en vigueur tout en restant dedans, c'est-à-dire tributaire du marché, de la concurrence, des investissements.
En étant livrée à elle-même, sans avoir de garantie à apporter, les problèmes qui se posent à une entreprise "autogérée" sont rapidement décuplés.
Si cela était nécessaire à sa survie, le capitalisme pourrait parfaitement souscrire à l'autogestion, l'adapter et l'intégrer dans son fonctionnement sans subir le moindre dommage. La cogestion lui est déjà fort profitable.
L'expérience de Lip commence à dater. Avec le temps, l'autogestion est devenue une sorte de mythe que les com'libs s'évertuent à entretenir. Peut-être que ce serait intéressant que d'autres expériences de ce type voient le jour, si cela pouvait aider à en montrer l'inanité.


3. Possibilités et limites / Limites et possibilités

1.« Est-ce que l’autogestion est compatible avec le capitalisme ?
Oui et non !
En fait, ça dépend.
- Oui dans les secteurs peu rentables car les marges bénéficiaires peuvent être plus faibles dans les coopératives où les salariés peuvent se contenter de leurs salaires et ne pas gagner en plus des dividendes.
Ainsi, il y a eu plein de boîtes qui ont été déclarées en faillite parce qu’elles ne rapportaient pas assez à leurs actionnaires/investisseurs mais peuvent continuer à vivre quelques années de plus dans une autre forme de détention du capital.
- Non dans les secteurs à haute profitabilité. Je ne vois pas les actionnaires se laisser déposséder par de vulgaires travailleurs salariés ! Ni les banques devenir la propriété collective de leurs employés.
En fait, dans le capitalisme (je parle ici de se sphère productive de valeur), peut coexister de l’autogestion et des formes les plus traditionnelles de l’organisation du travail et de la propriété du capital. L’autogestion peut donc « tenir la route » quelque temps, plusieurs années, dans certaines conditions. »
Je maintiens donc que :
- Cela peut être une solution dans le cadre du système pour défendre des postes de travail. Et sans aucune “garantie” de pérennité car le capitalisme n’en offre aucune.
- En l’état, ce n’est pas l’élément d’un projet politique révolutionnaire s’il n’y a pas d’autres conditions de remplies. Mais faut-il rappeler qu’aucun élément d’un projet révolutionnaire authentique et chimiquement pur pris séparément n’est révolutionnaire !
Entre ces deux pôles, la question est celle de la dynamique de la lutte et sa capacité d’ouvrir des brèches et d’aller au-delà des cadres établis au départ : redéfinition de la production (manière de produire et type de produits, pour quels besoins…), de la hiérarchie et du pouvoir, articulations locales. (Leo – 16 août)

2.
« Si l'on donne à présent à la reprise des entreprises par des travailleurs une simple fonction de pis-aller pour préserver des emplois le temps que cela durera, nous changeons de dimension. Personnellement, je n'appelle pas cela l'autogestion, ou alors je connais dans ma région des petites entreprises qui fonctionnent ainsi après avoir été reprises par une association, ce qui a permis de sauver ici et là entre 6 et 10 emplois salariés. A ce titre, elles reçoivent des aides, certaines venant du Conseil Général. Le phénomène n'est pas exceptionnel.
Il n'y a donc rien d'autogestionnaire là-dedans. Rien à voir avec l'autogestion vue comme un projet politique. Rien qui n'apparaisse comme les prémisses d'une nouvelle société, à part que cela a poussé des gens à se prendre en charge. Dans ce cas, je veux bien […] concéder qu'il s'agit d'un "quelque chose". Mais il ne s'agit que de "reprises" associatives, voila tout. » (Antigone – 16 août)

3.
« L'autogestion n'est pas un projet révolutionnaire en soit, c'est un moyen d'organisation sociale, qui a pour but l'administration des choses par les intéressés eux-mêmes. Cela ne résout rien en terme de pouvoir politique et de propriété (même si l'administration des choses remet déjà en question partiellement le gouvernement des hommes.)
Effectivement on peut autogérer un atelier sans autogérer l'usine, autogérer les problèmes, ce qui peut rendre les salariés plus productifs au profit des actionnaires en s'autoexploitant. D'où la critique justifiée de l'autogestion à la sauce CFDT.
L'autogestion est donc un moyen , une réponse en terme d'organisation sociale, moyen qui pris isolement n'est pas révolutionnaire, pas plus que ne l'est le fédéralisme isolement, pas plus que ne l'est la démocratie directe isolement, etc.
Par contre l'autogestion des moyens de production après leur socialisation (réponse en terme de propriété), l'association par le fédéralisme des organismes de vie sociale (commune etc.), et des moyen de production, voilà qui commence à donner forme à un projet révolutionnaire.
On voit bien que la "reprise" qu'il peut y avoir dans certaines entreprises et la nature de la socialisation que les libertaires peuvent revendiquer peuvent diverger et le sont à mon avis:
Pour les travailleurs être tous propriétaires de leur usine ne fait pas une socialisation au sens où nous l'entendons. Nous souhaitons l'abolition de la propriété, car la propriété privée c'est un pléonasme, elle est forcément privée.
Je me risque à tenter de donner une formule (ça peut prêter à polémique) : nous souhaitons que les moyens de production passent dans le domaine public, et que ce domaine public soit réorganisé de manière démocratique (démocratie directe, fédéralisme) sur le plan économique et politique. Ceci afin qu'il y ait un contrôle direct de la production par la population (quoi? combien ? comment? où? à quel prix). Cela passe donc aussi par une réorganisation au niveau des entités sociales géographiques et politiques (commune par exemple). (Berneri – 16 août)


D ) Sur une campagne commune des Libertaires :

«
[…] peut-être aussi en l'élargissant et en envisageant un “cadre” permettant à des individus et des collectifs locaux de s’y inscrire.

OK pour ne pas proposer un projet tout ficelé (qui de toute façon n’existe pas) mais d’avancer des contenus et des problématiques.

Important également de montrer que cela est possible, que ces pratiques collectives menées par les travailleurs sont à la portée de tous à condition de le décider et de se battre pour, avec des exemples palpables. Là encore les expériences argentines peuvent être un exemple et nous disposons de documents sur le sujet.

Et peut-être que de ce forum pourrait naître une ou des propositions dans ce sens. Sans doute pas mettre d’accord tout le monde (mission impossible !) mais déjà ceux et celles qui voient l’intérêt de ce type de campagne. » (Leo le 9 août).

« Il faut s'armer politiquement comme je le disais plus haut pour peser d'avantage dans les luttes, les mouvements sociaux, la prise de conscience. Les appel à la grève Générale se sont multipliés mais sans effet, la création de collectifs extra syndicaux ne sont pas réellement encore significatifs en terme d'une rélle capacité à porter un mouvement d'importance, et ces derniers collectifs avaient pour la plupart pris exemple sur ce qui s'est passé en Guadeloupe et adoptés des plateformes revendicatives. Il s'agit là tout en restant dans une dynamique de lutte d'y apporter en plus du contenu, et un contenu que d'autres forces politiques ne portent pas, car dans une autre tradition elles se tourne vers l'Etat alors que le mouvement libertaire porte la question de l'autogestion et de la socialisation.
Il y a donc là matière à construire du "faire ensemble". Mais, et on le voit bien ici, il est bien question de faire avec ceux et celles qui en ont envie et qui s'approprient cette démarche. Dans le cadre du forum, celà peut être l'occasion de produire un texte collectif, avec ceux et celles qui se retrouveraient dans cette démarche, non seulement parce que j'y trouvais un intérêt ici en terme d'offrir un dynamique et une image positive, mais aussi pour porter cette démarche au delà du forum. Et encore au delà du forum, parce qu'il y a une vie militante dans la vie réelle, porter cette démarche localement pour fédérer des libertaires, mais aussi à une autre échelle pourquoi pas puisqu'il semble que différentes organisations, tout du moins AL, la CGA et l'OCL, partagent ces questionnements et réflexions. » (Quierrot le 15 août)

« Une campagne politique commune entre différentes réalités organisées suppose que des accords aient été conclus, qu’il y ait donc une certaine proximité politique entre les composantes sur le sujet de la campagne.
Après, cela peut prendre toutes les formes. Le minimum est généralement le texte commun qui vise à obtenir une audience que chacun des groupes ne pourrait atteindre chacun dans son coin. Et localement, cela peut avoir un impact si 2 ou 3 collectifs n’en forment plus qu’un le temps d’une campagne.
Une campagne pour aller où ? C’est peut être trop tôt le définir. Mais c’est bien d’y penser.
Maintenant, les groupes, orgas, collectifs, cités dans divers posts seront-ils intéressés par cela ? N'ont-ils pas d'autres priorités (et notamment de se faire concurrence !) c'est une autre paire de manche. » (Leo dimanche 16 août)
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede berneri » 27 Sep 2009, 11:53

Maintenat que le demenagement a eu lieu , ce serait bien de prolonger la discussion sur 3 aspects (on peut ouvrir de topics sur un de chaque):
1) la planification federaliste, 2) les conseils de gestion ouvrière, 3) le rapport au travail et les "mecanismes de defenses" collectifs ou individuel.
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede Pïérô » 15 Nov 2009, 12:47

J'ai trouvé des éléments intéressants dans ce qui se passe en Argentine et qui peuvent servir à alimenter la reflexion (même critique), article reproduit dans le "à contre courant" d'octobre, sous le titre :

"Autogestion à Zanon, en Argentine"



Interview de Raul Godoy, secrétaire adjoint du Syndicat des céramistes de Neuquén et dirigeant du PTS, section argentine de la FT-QI


Après huit années de lutte extrêmement dure et de production sous contrôle ouvrier, vous avez obtenu l’expropriation de l’usine. Mais quelle était la situation à Zanon jusqu’en 2001 ? Est-ce qu’il existait une tradition de lutte à l’intérieur de l’usine ?

Il n’existait quasiment aucune tradition de lutte à Zanon. L’usine a été créée en 1980, pendant la dernière dictature militaire. Dès le début il y régnait une discipline de fer, avec beaucoup de pression sur les ouvriers. Avec la chute de la dictature un syndicat a été créé mais il était aux mains de la bureaucratie syndicale. Par la suite il a été dirigé par des réformistes, qui ont toujours été très liés aux patrons.

Quelles ont été les raisons du début du conflit en 2001 ?

En réalité ce qui a éclaté en 2001 couvait depuis longtemps. On a d’abord récupéré la Commission Interne [section syndicale d’entreprise, NdT] qui était aux mains de la bureaucratie. De là on a commencé à lutter pour mettre un frein aux licenciements, à la mise au chômage technique et à participer aux grèves générales auxquelles appelaient les centrales syndicales. Mais on y participait avec notre propre programme, en leur donnant une dynamique propre. En 2000 on a récupéré notre syndicat [le SOECN, le syndicat régional des ouvriers céramistes, NdT], et on a commencé à revendiquer un certain nombre de droits. Mais en 2001 l’économie argentine s’est littéralement écroulée, ce qui a provoqué une vague sans précédent de fermetures d’entreprises, des millions de chômeurs, la confiscation des comptes bancaires de centaines de milliers de petits épargnants. Cette situation a mené à de véritables journées révolutionnaires au cours desquelles a été renversé le gouvernement de De la Rúa et ça a donné naissance à différents processus de lutte : le mouvement des travailleurs sans emploi, les piqueteros, organisés au sein de plusieurs courants, les assemblées populaires dans les grands centres urbains, et aussi les usines occupées, puis récupérées, ou dans notre cas un mouvement d’occupation de l’usine pour répondre à un plan social.

Comment êtes-vous passés de l’occupation de l’usine à la production sous contrôle ouvrier ?

Ça a été dur comme processus. On était plusieurs à être convaincus de ce qu’il fallait faire. Mais pour la plupart des collègues c’était un défi beaucoup trop grand. Ça voulait dire violer la propriété privée, courir le risque de se retrouver face aux forces de répression, devant un tribunal, etc. C’est d’ailleurs ce qui nous est arrivé au bout du compte. Mais ce qu’on a fait c’est accompagner les travailleurs dans leur expérience, respecter leurs rythmes. On a commencé par camper à l’extérieur et puis dans l’usine pendant cinq mois. Pendant ce temps-là on ne se tournait pas les pouces. On a organisé des commissions de travail : une Commission presse et diffusion, une Commission de solidarité au sein de laquelle on a intégré des camarades venant de différentes organisations, une Commission sécurité, qui s’est par la suite transformée en Garde de l’usine et qui organisait l’auto-défense, la Commission femmes, à laquelle participaient les travailleuses, les femmes, les mères et les filles des travailleurs céramistes notamment. Tout cela a donné lieu à un militantisme ouvrier impressionnant. C’est là qu’ont commencé à apparaître les cadres militants qui ont par la suite structuré la base militante pour organiser le contrôle ouvrier.

Et comment fonctionne l’usine sans patrons depuis ce moment-là ?

D’abord, et depuis le début, on fonctionne sur la base de la démocratie ouvrière directe. Dans l’usine on a organisé une espèce de Conseil ouvrier. Il y a un délégué par secteur, élu par ses camarades, sur mandat révocable. Et puis aussi deux ou trois coordinateurs généraux qui sont élus en AG. On fait des réunions régulières de coordinateurs, et pour prendre des décisions on organise une assemblée générale qu’on appelle « journée d’assemblée », une fois par mois, au cours de laquelle chacun fait le bilan et on vote les grandes orientations, tant au niveau économique, politique que social d’ailleurs. Il existe au sein de l’assemblée une liberté totale d’opinion et de tendances. Et on adopte des résolutions en fonction d’une majorité et d’une minorité.

Le personnel technique ou administratif a participé également à l’occupation ?

Très peu. En fait personne de l’ancien personnel administratif. Du côté du personnel technique, deux ou trois collègues. Et puis deux agents de maîtrise aussi, qui nous ont rejoints avant que la crise n’éclate vraiment.

Quelles ont été les transformations qui se sont opérées au sein du syndicat pendant le mouvement ?

Notre syndicat avait déjà radicalisé son programme avant le début de la crise. On a mis l’accent sur la nécessité de défendre une orientation lutte de classe. Quand on a refondé le syndicat par la suite, on a bataillé pour qu’il adopte un profil lutte de classe et militant. On se bagarre pour l’unité ouvrière, pour le passage en CDI des précaires et des CDD, pour l’égalité salariale à travail égal, etc. Face à la crise capitaliste actuelle on a encore plus radicalisé notre programme. On dit que c’est aux patrons de payer la facture, que quand ils disent que les entreprises sont en crise, alors il faut publier les comptes de l’entreprise des années antérieures, et que si les entrepreneurs affirment que la boîte doit fermer, alors qu’ils s’en aillent parce que nous autres les travailleurs on est capables de la faire marcher sous contrôle ouvrier.

Comment la population de Neuquén a-t-elle répondu à l’occupation de l’usine ?

Très bien. Les gens ont compris que notre lutte était légitime. Tout ce qu’on avait fait avant a porté ses fruits, avec les Commissions de presse, de femmes, les bulletins et les tracts, le Fonds de grève pour soutenir notre lutte mais aussi pour expliquer les raisons du conflit, nos interventions sur la fac avec les groupes d’extrême gauche, etc. Mais en plus, pendant tout le conflit, on a toujours soutenu les revendications des autres travailleurs et des classes populaires, les revendications démocratiques, et ça a abouti à un vaste mouvement de solidarité. On a toujours dit que l’usine appartenait à la communauté, aux classes populaires et aux ouvriers de la région en général, et on a fait plein de dons de carrelages et de revêtements aux écoles, aux hôpitaux, aux sans-logis ou aux mal-logés des bidonvilles, et tout ça, ça nous a permis de forger une alliance avec les classes populaires et d’autres secteurs ouvriers.

Vous avez beaucoup travaillé avec le mouvement des chômeurs, les piqueteros. Comment ça a marché ?

On a tissé une alliance révolutionnaire avec les chômeurs organisés, qui avait un énorme potentiel. On a réussi à unir, même s’il ne s’agissait que de secteurs d’avant-garde, ceux et celles que le patronat, la bureaucratie syndicale et les gouvernements divisent constamment, les travailleurs ayant un emploi et ceux qui n’en ont plus. À Neuquén, grâce au SOECN, on a mis sur pied la Coordination Régionale de l’Alto Valle, à laquelle participaient les ouvriers céramistes bien sûr, mais aussi les chômeurs des différentes organisations piqueteras, les travailleurs de la santé, les enseignants, les étudiants et les partis d’extrême gauche. Ça a été une expérience très importante pas seulement pour structurer l’unité d’action, mais aussi pour défendre un programme unifié de revendications. C’est en raison de cette unité que les premiers emplois qu’on a créés à Zanon, nous autres les ouvriers, sont allés aux travailleurs sans emploi qui militaient au sein des différentes organisations de chômeurs.

Vous avez aussi travaillé avec les peuples indigènes de la région ?

Oui, également. On a démontré comment on était capables de tisser de nouveaux rapports, nous autres les travailleurs, pas sur la logique de l’exploitation mais avec un esprit social, en respectant les droits des peuples originels, en défendant leurs revendications de reconnaissance, en soutenant leurs combats contre les multinationales du pétrole, etc. Quand au début on a dû faire face au boycott des matières premières qu’organisait l’ancien patron, la Confédération du Peuple Mapuche s’est rendue à l’usine et a mis à notre disposition ses carrières d’argile qui se trouvent sur leurs territoires pour qu’on puisse travailler. Aujourd’hui on a créé une nouvelle ligne de carrelages qui s’appelle Mapuche justement, et qui porte le nom de leurs chefs historiques les plus combatifs, ceux qui ont résisté à la Conquête.

En 2001-2002 il y avait des centaines d’usines occupées en Argentine. Comment les ouvriers de Zanon se sont situés dans ce mouvement ?

On a toujours combattu pour la coordination de l’ensemble des lieux de travail en lutte et récupérés. On a voyagé dans toute l’Argentine et à plusieurs reprises on a réussi à organiser des Assemblées très importantes au niveau national. Mais le gouvernement, à travers les rouages de l’Etat, de ses fonctionnaires, de ses « opérateurs sociaux », a essayé de canaliser à sa manière ce mouvement naissant. À Zanon on défendait l’idée que « si on touche à une seule usine, c’est nous tous qu’on attaque », et on faisait appel à toutes les organisations ouvrières, par-delà nos différences, pour qu’on se mette d’accord sur un ou deux axes centraux : la défense inconditionnelle des entreprises occupées et/ou récupérées face à toute tentative d’expulsion ou de répression, et le combat mené parallèlement pour une loi nationale d’expropriation qui donne une légalité à toutes les entreprises occupées et sous gestion ouvrière directe.

Il reste beaucoup moins « d’entreprises récupérées » aujourd’hui en Argentine. Pourquoi l’expérience de Zanon a perduré alors que d’autres ont connu un échec ?

Il y a plusieurs raisons à cela. D’une part le gouvernement a déployé tout un arsenal de mesures pour rendre passives les expériences militantes. Il conditionnait l’aide au compte-gouttes, au fait que les entreprises récupérées auxquelles il s’adressait ne s’occupaient pas des autres boîtes, et fassent le moins de politique possible. En plus de ça des organisations qui avaient une trajectoire militante par le passé se sont retrouvées à la remorque du président Kirchner et ont défendu le gouvernement. C’est le cas de beaucoup d’organisations de chômeurs, de syndicats, d’assemblées populaires, mais aussi d’organisations de défense des droits de l’homme comme les Mères de la Place de Mai par exemple. Dans notre cas on a toujours défendu l’idée d’une gestion ouvrière militante, basée sur l’indépendance de classe. On a toujours eu pour politique de chercher à nous coordonner avec d’autres usines et d’autres secteurs en lutte. On dit qu’il ne peut y avoir de gestion ouvrière qui fonctionne correctement quand à l’extérieur de Zanon il y a des millions de chômeurs, de travailleurs payés au lance-pierres, et tout ça dans le cadre du marché capitaliste et donc la concurrence avec des grandes entreprises qui ont beaucoup plus de facilités et de capitaux que nous. C’est pour ça qu’on a toujours lutté pour la nationalisation sous contrôle ouvrier et l’expropriation de l’usine, ce à quoi on est arrivés après huit années de lutte, par le biais d’un vote à l’Assemblée législative de la province de Neuquén.

Tu es ouvrier de Zanon et dirigeant syndical du SOECN mais également dirigeant national du Parti des Travailleurs pour le Socialisme (PTS). Quel a été le rôle du PTS pendant cette lutte ?

Le rôle du PTS a été fondamental. Bien des bagarres se perdent par manque de perspectives ou de stratégie. Il a été central pour nous de partir de l’expérience historique de notre classe pour exiger par exemple l’ouverture des livres de comptabilité, organiser la lutte sur la base de la démocratie ouvrière directe, avec liberté de tendance, batailler pour l’occupation de l’usine, exiger l’expropriation, c’est-à-dire pour structurer le programme, les perspectives, mais aussi pour assurer une campagne militante de propagande en soutien à Zanon dans tout le pays, pour que Zanon s’installe dans les débats au sein du mouvement ouvrier, étudiant, par le biais du Fonds de grève, etc. Notre gestion ouvrière n’est pas partie de zéro. C’est sur la base de multiples expériences de lutte, de défaites et de victoires de générations qui nous ont précédés et qui ont donné leur vie pour la cause ouvrière que nous avons pu structurer notre combat.

Au cours des derniers mois on a vu un certain nombre d’occupations d’usines dans différents pays, la plupart du temps pendant quelques jours, et dans certains cas y compris des séquestrations de patron. Que pourrait montrer l’exemple de Zanon à ces différents phénomènes ouvriers ?

D’abord c’est une excellente nouvelle de savoir que les travailleurs radicalisent leurs méthodes de lutte alors que la crise ne fait que commencer. Pendant les périodes de crise d’ailleurs les patrons et leurs gouvernements radicalisent les leurs, ce qui se traduit par des millions de licenciements, de chômeurs, de travailleurs pauvres. Ils essaient de frapper encore plus fort ceux et celles qui comme nous luttent et se battent. La radicalisation de leurs méthodes se traduit même par la multiplication des interventions armées, comme ils l’ont déjà fait contre l’Afghanistan, l’Irak ou le peuple palestinien. Et ils annoncent même que tout ça deviendra monnaie courante à l’avenir. C’est pour ça que les travailleurs doivent radicaliser leur riposte. C’est une question de vie ou de mort. Mais il faut surtout qu’on apprenne à radicaliser les alternatives politiques pour lesquelles on lutte. Parfois on peut être très radical dans la forme et dans la méthode de lutte mais en même temps très réformiste dans le projet politique que l’on porte. Je ne me réfère pas bien entendu aux camarades qui luttent de manière spontanée pour riposter face aux attaques du patronat, mais plutôt aux organisations qui ont pour responsabilité de proposer des alternatives. C’est en ce sens que radicaliser notre réponse devrait passer par l’exigence concrète que la crise soit payée par les capitalistes : ouvrir les livres de compte pour que les travailleurs connaissent parfaitement les profits réalisés par les capitalistes au cours des cinq années antérieures, exproprier et mettre au service des classes populaires toute usine qui menace de fermer ou de licencier massivement, voilà pour commencer. Il faut aussi exiger la mise en place d’un vaste plan de travaux publics pour les milliers de familles mal-logées ou sans-logis, c’est-à-dire qu’il faut qu’on dise «assez!» aux plans de relance des gouvernements qui en fait ne sont là que pour garantir les profits des capitalistes.

À Zanon vous dites « si on peut faire marcher une usine, on peut faire marcher un pays ». Quelle signification a un tel mot d’ordre dans le cadre de la crise capitaliste actuelle ?

Eh bien ça, c’est lié à ce que je viens de te dire. Le capitalisme est pourri jusqu’à la moelle, mais il ne va pas tomber tout seul. Il faut en finir avec lui. Ce système n’offre pour perspectives que la misère et la barbarie. Les travailleurs, et tous ceux et celles qui se proposent de lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme, tous ceux et celles qui défendent les droits des ouvriers, on se doit de structurer une alternative politique. De ce point de vue j’estime que notre lutte, que notre gestion ouvrière au cours des huit dernières années, représente en tout petit toute la potentialité de notre classe, que c’est possible, que tout pourrait être à notre portée. Zanon c’est un petit laboratoire de ce qu’on peut réaliser nous autres, les ouvriers. Pendant des années on nous a dit qu’on ne pouvait lutter que pour des miettes, qu’on n’avait aucune alternative. On a semé au sein de la classe ouvrière le doute, le scepticisme, au point que bien des organisations ouvrières ou d’extrême gauche ont rabaissé leurs programmes et leurs objectifs et que les travailleurs ont subi coup sur coup, et sont restés sur la défensive. Cette nouvelle crise à laquelle nous faisons face actuellement comporte des risques énormes car elle pourrait avoir des effets terribles sur nos conditions de vie. C’est en même temps une opportunité historique pour notre classe et tous ceux et celles qui luttent contre le capitalisme.

J’imagine que quand vous avez décidé d’occuper l’usine en 2001 tu ne t’attendais pas à ce que tout ça dure huit ans. Quel pourrait être l’avenir de Zanon dans les prochaines années ?

Toutes ces années de bagarre n’ont fait que confirmer mes convictions militantes. Ça fait quinze ans que je travaille à Zanon et j’ai pu voir de l’intérieur l’évolution de mes camarades. Au début, c’était le désert, un sentiment corporatiste et individualiste, de « chacun pour soi ». Mais surtout il y avait beaucoup de scepticisme. Les ouvriers n’avaient aucune confiance en eux-mêmes. Si je pense à ces années-là, aux attaques du patronat, aux trahisons, et qu’après je pense à tout ce qui a changé, l’état d’esprit, et que ces mêmes travailleurs ont mené cette lutte qui aujourd’hui a une dimension historique… alors là… Mais pour que tout ça ait lieu il a fallu que certains d’entre nous militent, fassent de la propagande, se bagarrent lors de chaque assemblée, au cours de chaque conversation, en fonction d’une stratégie révolutionnaire. Au début les ouvriers n’y comprenaient pas grand-chose, mais avec l’avancée de la crise et de notre lutte le programme et la stratégie ont pris corps et ce détachement d’ouvriers de Zanon dotés de tactiques et de stratégie héritées de plusieurs générations de travailleurs en lutte a commencé à récréer le programme et la stratégie. Mais on a encore beaucoup à faire. Il faut que d’autres secteurs les reprennent à leur compte, qu’ils les diffusent, et surtout, à mon avis, ils nous faut créer un état-major qui reprenne cette perspective, en Argentine comme au niveau mondial.

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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede leo » 09 Déc 2009, 16:55

La justice reconnaît à des salariés de l'Allier le droit d'occuper leur usine

La trentaine de salariés occupant l'usine Fruprep de Saint-Yorre (Allier) depuis le 7 octobre ont reçu le renfort de la justice. Dans un arrêt rendu mardi 8 décembre, la cour d'appel de Riom (Puy-de-Dôme) a débouté la direction qui lui demandait d'ordonner, au nom du droit à la propriété privée, leur expulsion. La cour estime que c'est la direction de cette société de préparation de fruits qui a "elle-même" engendré le trouble en ne respectant pas le droit du travail : "L'employeur avait décidé l'arrêt des activités sans information ni consultation préalable des instances représentatives ni mise en oeuvre d'une procédure de licenciement collectif pour motif économique". En première instance, le tribunal de Cusset (Allier) avait déjà, le 23 octobre, débouté la direction et avait estimé que "si le droit de propriété est un droit qui mérite d'être sauvegardé et protégé, le droit du travail est un droit constitutionnel qui mérite plus d'attention encore".


http://www.lemonde.fr/economie/article/ ... _3234.html


Pour une fois que la "justice" va dans un autre sens que celui auquel elle est censée aller !
En Cour d'Appel en plus : ça peut faire jurisprudence... s'il n'y a pas d'autres recours en Cassation.

A suivre...
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede berneri » 19 Déc 2009, 15:03

Oui ce serait bien que ce jugement fasse tâche d'huile mais j'y crois pas trop.... on verra ... le droit de propriété est un fondamental du système capitaliste ...
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede leo » 20 Déc 2009, 12:23

Bien sûr, cette décision de justice ne change en rien la nature "bourgeoise" de la justice.

L'intérêt est donc très tactique et à court terme (et sera sans doute invalidée à un autre niveau)... comme lorsque l'on dit que des contradictions au sein du pouvoir et la classe dominante peuvent "aider" des rapports de force d'une autre nature, exprimant une autre contradiction plus fondamentale.
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropriation

Messagede berneri » 20 Déc 2009, 13:29

Oui il faut appuyer tactiquement sur les contradictions, surtout que Renault vient d'être condamné pour les suicides au travail :
viewtopic.php?f=72&t=2686&start=30#p51665
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropria

Messagede berneri » 13 Juil 2012, 21:27

Salut, je remonte le topic , particulièrement pour la synthèse qui mérite d'être relueà l'aune de l'actualité d'auhourd'hui, domage que le document mis en page ne soit plus en lien ... on peut y faire quelquechose?
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropria

Messagede Pïérô » 14 Juil 2012, 01:22

Je sais pas, mais on peut le mettre dans le prochain bulletin "l'Anarchiste Révolutionnaire" émanant du forum s'il y a consensus.
La synthèse c'est çà ? : viewtopic.php?f=72&t=2552&start=60#p46038
Evidemment au vu de l'actualité et des "plans sociaux", il est clair que cette question vu sous l'angle de l'autogestion et de la socialisation en discussion et élaboration collective ici me semble importante et doit être mise en lumière, et pas rester dans les sous-sols du forum.
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropria

Messagede berneri » 14 Juil 2012, 20:39

Oui c'est cela la synthèse (ton lien) , il faudrait la faire repasser en une d'un topic peut être , en plus du journal l'anarchiste revolutionnaire, non? il y avait une version mise en page sur le FA d' avant que nous partions ici.
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Re: Licenciements, délocalisations/ socialisation, expropria

Messagede Pïérô » 15 Juil 2012, 12:57

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