La terreur d’État

La terreur d’État

Messagede Femto » 25 Oct 2011, 22:40

DERIVES

Quand on vit dans un Etat para-militaire-policier, on ne peut plus s’étonner des dérives sécuritaires et fumeuses de celui-ci !

Une police au-dessus de tout ! Une cohorte de hyènes prêtes à se jeter sans discernement sur tout ce qui gêne le « pouvoir » : squats expulsés avec violence, soutenues par des unités d’ « élite » … car en face il y a de véritables terroristes, non des exclus du système : Vieux, jeunes, femmes, enfants jetés de force la nuit dans la rue avec pour seuls bagages leur peur, leur désespoir, qu’il pleuve, qu’il neige, sous les coups et les quolibets des défenseurs de la Ripoublique !

Les roms, les sans-papier, les hors norme, les délits de faciès, les grandes gueules, les moutons à cinq pattes… une violence ordinaire, quotidienne, banalisée, devenue normalité ! Et le bon peuple prêt à retourner aux urnes pour voter la « peine de mort » : une bonne épuration et pourquoi pas une bonne guerre, calé dans son fauteuil, devant sa télé, gobant à satiété toute la haine et la méchanceté des censeurs de l’ordre et du bon droit !

Toujours plus d’armes, de morgue(s), surentraînés, provocateurs, méchants comme des teignes !

Mais oui ! Copwatch a raison de dévoiler le visage des ces bons pères de famille qui pour certains n’hésitent pas à utiliser des méthodes que l’on aurait aimées disparues : gazage, flash ball à bout portant, insultes, menaces, intimidations physiques et morales…

Tout le monde doit savoir que son voisin tape peut-être sur des mineurs, des femmes, des vieux, des bancals, provoquant parfois des dommages irréversibles, des traumatismes indélébiles, la mort !

Tout le monde doit savoir que peut-être son voisin se cache derrière un masque, une cagoule pour agir en toute impunité !

Arracher leur masque, leur cagoule, dévoiler leur visage !

Refuser que la police et ceux de tout bord qui grossissent leur rang agissent comme une milice aux ordres d’un Etat gangster !

Refuser de les laisser se réfugier derrière des lois sécuritaires (vigipirate, 20 ans déjà !)

Refuser que sur simple présomption d’atteinte à la sureté de l’Etat, n’être plus qu’un prisonnier politique !

Cet Etat qui a autorisé une commémoration à Lyon le 15 octobre 2011, pour fêter les 60 ans de la mort de Pétain !

Pétain qui fît exécuter plusieurs milliers d’hommes réfractaires en 1917 qui refusaient de continuer à aller à la boucherie. Pétain, ce collabo-nazi.

Pour cette occasion et pour emblème, on vit ressurgir l’aigle hitlérien ! Et tout ce beau monde attablé au restaurant, avec la bénédiction du préfet qui lui-même reçoit ses ordres du pouvoir en place qui trouve normal un tel rassemblement (délégations venues d’Espagne, de Slovaquie…, traînant derrières elles des relents franquistes, nationalistes, xénophobes, haineux ! bien dans un air du temps puant !

Et la police était là pour les protéger !

Notre pays dérive ! L’arbitraire y règne : fermeture de sites, surveillance des journalismes, poursuites judiciaires contre des rappeurs…

Nous sommes enfermés dans ce cercle oppressant du contrôle de nos vie, partout, dans cet étau qui se resserre jour après jour, qui nous étouffe à nous faire hurler notre colère !

Dictature, dictature, quand nous nous tiendras…

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La terreur d’État

Messagede spleenlancien » 29 Nov 2011, 19:12

Article XI s'entretient avec M. Rigouste.

Mathieu Rigouste : « Même la terreur d’État industrielle ne peut rien contre un peuple uni et résolu »

Matthieu Rigouste et JBB d'Article XI a écrit:C’est un petit livre valant parfait vade-mecum des temps ultra-sécuritaires. Il retrace précisément les itinéraires d’Alain Bauer, de Xavier Raufer et de quelques autres acteurs français du business de la peur. Et explore méthodiquement « le champ de production du contrôle », mécanique complexe permettant d’assurer de confortables profits à ceux qui en tirent les ficelles et de perpétrer l’ordre inégalitaire du monde. Le portrait d’Alain Bauer et de ses amis est ainsi l’occasion de documenter l’avènement d’un « nouveau stade de développement de l’impérialisme » : le capitalisme sécuritaire.

Ce canevas, Mathieu Rigouste le déroule brillamment dans Les Marchands de peur : la bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire (aux éditions Libertalia), peinture vivante autant qu’analyse fouillée. Dans un précédent opus paru il y a deux ans, L’Ennemi Intérieur1, l’auteur décrivait déjà comment une stratégie militaire totale, la « doctrine de la guerre révolutionnaire », mise en œuvre par la France dans ses guerres coloniales, avait progressivement contaminé les champs politique et médiatique jusqu’à devenir mode de gouvernement. Cette fois, il explique à qui profite le crime – un « conglomérat complexe de producteurs de contrôle et de marchands de menaces ». Derrière les deux livres, une même ambition : que la compréhension du monde serve d’arme à ceux qui veulent le mettre bas.

La trajectoire d’Alain Bauer évoque celle d’un Rastignac de la sécurité. Sa montée en puissance, ces trente dernières années, a été pensée de façon stratégique ?

Alain Bauer est décrit par tous ses amis comme un « homme de réseaux » ayant, depuis sa jeunesse, brigué des postes d’influence et qui a toujours cherché à évoluer dans les « hautes sphères du pouvoir ». Rappelons qu’il entre au parti socialiste à 15 ans et qu’il participe rapidement à la construction d’une gauche anticommuniste autour du soutien à Michel Rocard. Dès qu’il arrive à l’université, il rejoint la nouvelle Unef-ID et se fait élire comme représentant étudiant à la présidence de la Sorbonne – il n’a que 20 ans, et ce titre va lui permettre un temps de laisser entendre qu’il aurait été « vice-président de la Sorbonne »... Il intègre aussi à cette époque certains réseaux élitistes de la franc-maçonnerie, dans lesquels il essaie de se faire une place.

Il a donc rapidement développé une stratégie misant sur la connexion des réseaux d’influence économique et politique. Parce qu’il a compris très tôt, par sa formation politique et syndicale (qu’il recommande d’ailleurs à tous les chefs d’entreprise), que le capitalisme sécuritaire allait avoir besoin de passeurs comme lui. Il a effectivement mis en œuvre une stratégie qui lui a permis de devenir l’un des architectes de la transformation des appareils de contrôle.

Est-il pour autant le résultat exact de cette stratégie ? Je ne crois pas. Il est de toute évidence assez malléable pour se laisser apprivoiser, à gauche comme à droite, à la télévision comme dans les arcanes de la Françafrique. Alain Bauer est avant tout le nom d’une manière de penser et d’agir dont le capitalisme sécuritaire s’est saisi et qu’il manipule. Les grandes Écoles fabriquent chaque année des centaines de prototypes prêts à remplir les mêmes fonctions.

Cet homme s’est construit sur un perpétuel mélange des genres...

La bande à Bauer – citons, entre autres, Xavier Raufer, François Haut, Christophe Naudin, Yves Roucaute... – a su articuler progressivement un faisceau d’activités correspondant précisément aux intérêts politiques et économiques du développement sécuritaire. Elle réunit des inventeurs de notions qui fonctionnent comme des marchandises, des colporteurs et des promoteurs qui diffusent ces notions-marchandises dans les grands médias, des entrepreneurs de sécurité et de guerre qui cherchent à dominer le marché, des politiciens qui leur ouvrent des voies juridiques, des universitaires qui leur fournissent une légitimité d’ « experts »... Cette bande est finalement organisée de la même façon que ce que j’appelle « le consortium de la peur », conglomérat mondial et complexe de producteurs de contrôle et de marchands de menaces.

Bauer lui-même combine les différentes activités que je viens d’évoquer : il est « expert en sécurité » pour les médias, responsable de l’Observatoire national de la délinquance pour le compte du gouvernement, chargé de la chaire de criminologie du Conservatoire national des Arts et métiers, conseiller influent au PS et à l’UMP, patron d’une entreprise de sécurité qui porte son nom (AB Associates), et il vit des peurs qu’il propage. Il est à la fois le symptôme et l’un des principaux architectes de ce processus d’accumulation de profits et de transformation de l’État, centré sur les marchés du contrôle.

Quel a été son rôle dans le virage sécuritaire du Parti socialiste ?

Bien intégré aux réseaux de la gauche atlantiste, anticommuniste et néolibérale au début des années 1990, Alain Bauer est formé en 1993 par la SAIC, une vitrine de la CIA et du complexe militaro-industriel nord-américain. À son retour, il met tout en œuvre pour appliquer les recettes qu’on vient de lui enseigner, pour développer en France des marchés et des structures équivalents à ceux que les industries du contrôle ont mis en place aux États-Unis. Depuis son passage comme secrétaire général du World-Trade Centre Paris La Défense2, il est reconnu comme un « expert de la sécurité urbaine ».

Il quitte finalement le PS en 1994, mais continue à participer à des commissions de réflexion. Face à la montée électorale du FN, la gauche tente alors de s’approprier ses thématiques politiques, et notamment « l’insécurité ». Et des maires rocardiens ont recours à l’ « expertise » d’Alain Bauer ; à Vitrolles, par exemple, il s’occupe de la « sécurisation » et fait investir dans un coûteux système de vidéo-surveillance. Cela fonctionne si bien que le FN finit par prendre la ville...

C’est d’ailleurs pour ce contrat qu’il crée AB Associates, sa firme de consulting en sécurité. L’affaire se révélant juteuse, il reprend son travail de lobbying auprès du PS et mène la réflexion de 1997, qui axe la campagne du parti sur la sécurité. Celui-ci gagne les législatives au printemps et invite Alain Bauer à organiser le colloque de Villepinte, qui consacre à la rentrée de 1997 la conversion du PS à l’ordre sécuritaire. Le parti met alors en œuvre les recommandations de Bauer, et en particulier ces Contrats locaux de sécurité (CLS) qui réunissent tous les acteurs de la sécurité d’une municipalité autour des « experts ». Les CLS obligent les maires à réaliser des « diagnostics de sécurité » et des « enquêtes de victimation » pour mesurer le sentiment d’insécurité. Et AB Associates multiplie ses bénéfices en devenant l’une des principales firmes fournissant ces « services » auprès des municipalités.

Cet exemple montre bien comment s’articulent les politiques et les marchés de la sécurité. C’est une métaphore du marché de la peur, qui montre que la distinction entre les partis de gouvernement n’a aucune consistance concernant la logique de développement du capitalisme sécuritaire.

En quoi l’alliance des marchands de peur et des marchands de canons est-elle nouvelle ?

La peur a toujours été un outil fondamental pour les classes dominantes, bien avant le capitalisme. Mais tout s’est accéléré avec la transformation du contrôle en marché au cours du XXe siècle. Jusque-là, la fonction de marchand de peur était occupée par des « entrepreneurs de morale », qui permettaient de justifier périodiquement la répression des indisciplines et des révoltes. Mais ce sont les complexes militaro-industriels, édifiés dans le courant des deux guerres mondiales, qui ont généré les marchés du contrôle, devenus florissant entre les guerres coloniales et la contre-révolution post-1968.

Depuis lors, il est devenu indispensable que des professionnels de la terrorisation travaillent constamment pour définir les « menaces » – qui permettent le fonctionnement de cette économie de la provocation/répression – et les « nouvelles menaces », qui délimitent chaque fois de nouveaux secteurs d’accumulation de profits. Les marchands de peur ne sont plus seulement des légitimateurs, ils s’imposent désormais comme des acteurs économiques et politiques très puissants. À l’image de la bande à Bauer, ils sont vecteurs, mais aussi ingénieurs, entrepreneurs et gestionnaires. Ils ont même fini par jouer le rôle d’architectes sociaux et se conçoivent désormais, répètent-ils, comme les bâtisseurs d’une « sécurité globale face au chaos de la mondialisation ».

C’est une entreprise de domination totale ?

Ils parlent de « sécurité globale », mais ça ne veut rien dire. C’est juste de la rhétorique, une manière de convoquer des énergies dans un projet sans fin ; c’est une notion-marchandise, une combinaison de propagande et de publicité. Je ne connais pas non plus d’exemple de « domination totale ». Même dans l’esclavage et à l’intérieur d’un camp, il reste des traces de résistance. La totalité est un fantasme tyrannique, un mirage qui permet de faire courir éternellement ceux le poursuivent.

Cela ne signifie pas qu’il faut sous-estimer les idéologues prêchant pour une « domination totale », mais que nous ne devons pas en avoir peur : ce serait travailler gratuitement pour eux. Rappelons-nous que toute mécanique a ses limites. Et qu’à mesure que les marchés de la sécurité augmentent, les inégalités et les révoltes se développent. Au fond, les contrôleurs ne sont que les serviteurs zélés d’intérêts qui les dépassent : leurs idées et leurs corps ne leur appartiennent pas, ils sont des fusibles. Et il importe de rappeler que les machines complexes peuvent être sabotées pour peu qu’on comprenne bien leur mécanique. Cette compréhension réduit la peur qu’elles nous inspirent, elle les rend moins efficientes.

Pour saboter la peur, l’esclave commence parfois par ridiculiser le maître. C’est une forme d’insoumission et de subversion magique, qui prépare souvent le moment où il trouve la force de se libérer. Cela n’apparaît pas dans le livre, mais nos deux terribles contrôleurs, Xavier Raufer et Alain Bauer, ont reçu des petits noms dans leurs milieux : respectivement « Bonne Soupe » et « Gros Bobo ». Comme quoi on peut manger tous les soirs « à la table des grands3 », tout en restant le triste bouffon des fins de repas.
La construction policière de l’affaire de Tarnac est emblématique du pouvoir de nuisance de ces gens. Son fiasco final, en l’espèce, ne vaut-il pas large désaveu ?

C’est un montage étrange, en effet. Il a révélé certains mécanismes et certaines stratégies dans le bloc de pouvoir. Il a suscité de larges débats et de nombreuses rencontres, des déplacements de ligne dans certains couches sociales. Ce n’est pas rien.

Pour être efficace, un montage doit théoriquement être basé sur un « choc » émotionnel, qui fait régresser le spectateur et le prépare à digérer la propagande. Or là, « ralentir des trains », ça n’allait pas faire frémir dans les chaumières... L’essentiel repose en fait dans ce qui s’est passé ensuite - fichage de tous ceux qui apportent leur soutien aux inculpés, visualisation des réseaux de solidarité et de résistance à l’antiterrorisme. Tarnac n’est pas une barbouzerie mal ficelée, c’est un avertissement, une démonstration, l’expérimentation d’une contre-insurrection de basse intensité.

Il n’est pas très gênant pour le souverain de laisser savoir qu’il est prêt à employer la tromperie. Dévoiler la surface du contrôle fait partie de la propagande, il faut laisser percevoir la perversité des montages pour diffuser la peur et générer de l’auto-contrôle. Pour mieux en masquer la mécanique interne.

Reste la grande question au sujet de la contre-insurrection : est-ce que ça marche ? Je crois que cela dépend des intérêts dont on parle, pour qui et pour quoi faire, de comment on règle cette contre-insurrection et de comment on s’en sert. Bref, du rapport de force et de la situation. Par exemple, au sujet de l’Irak et de l’Afghanistan, les théoriciens de la contre-insurrection passent leur temps à discuter de son amélioration, hésitent entre l’axer sur la propagande ou sur la terreur4, preuve qu’elle ne leur paraît jamais vraiment convenable. La contre-insurrection est en expérimentation et en rénovation constante dans le capitalisme sécuritaire. C’est un peu son programme fétiche.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les gestionnaires du montage de Tarnac ont perdu sur le plan de la propagande et que ce n’est pas lié à une panne de leur technologie mais plutôt à une sorte de sabotage collectif. De nombreux inconnus, un peu partout en France, se sont réunis par simple solidarité avec les inculpés, ils se sont rencontrés et entraidés pour critiquer le monde qui les entoure, le démasquer et imaginer mieux. Ce type d’amitié politique est une contre-attaque.

A la fin de l’ouvrage, tu fais un parallèle avec la stratégie de la tension à l’italienne : c’est ce qui nous attend dans les années à venir ?

Que ce soit dans cette enquête ou lors de mes travaux sur l’ennemi intérieur, mes recherches me ramènent souvent à cette stratégie de la tension qu’on a identifiée aux années de plomb italiennes ou aux méthodes du ministre français de l’Intérieur de 1968, Raymond Marcellin. Ce n’est pas un hasard, il semble que la dynamique provocation/répression (qui a dû être employée occasionnellement partout et chaque fois que l’on a voulu gouverner des peuples) a été saisie par un système de forces dans la deuxième partie du XXe siècle. Le capitalisme sécuritaire, ce nouveau stade de développement de l’impérialisme, vit – politiquement, économiquement et socialement – en générant des désordres gérables qu’il se donne pour mission de réprimer parce qu’il en tire des profits. Cette dynamique préexistait au capitalisme, mais elle l’a accompagnée et est devenue, avec l’ouverture des marchés du contrôle au cours du XXe siècle, l’une des trames principales de son développement. À moins que nous en finissions rapidement avec l’État et le capitalisme, il y a donc peu de chances que cela change dans les années à venir. Par contre, la tension change de forme en fonction de l’ennemi visé. En Italie, les attentats fascistes attribués aux anarchistes visaient l’insurrection ouvrière. Aujourd’hui, on pourrait dire que la BAC5 assure une tactique de la tension continue contre les formes de l’insoumission populaire.

Cette logique va devoir se perfectionner, se rationaliser. D’un côté, les marchés du maintien de l’ordre sont en train de se gaver de commandes en provenance de tous les gouvernements du monde effrayés par les soulèvements en Tunisie, en Égypte, en Libye... De l’autre, on peut imaginer que les mafias gouvernementales du premier monde vont aussi commencer à se méfier des forces populaires avec lesquelles elles jouent. Et qu’elles vont comprendre, cinquante ans après de Gaulle, que même la terreur d’État industrielle ne peut rien contre un peuple uni, résolu et qui n’a rien à perdre. Comme je l’explique à la fin du livre, le capitalisme sécuritaire est un système en réalité extrêmement fragile ; organisé autour de cette logique de tension, il joue en permanence avec les forces susceptibles de le renverser. Tant qu’il arrive à diriger les colères sociales contre des cibles erronées, il reste protégé. Tant qu’il évolue, aussi : par exemple, l’antiterrorisme italien des années 2000 a fini par prendre conscience que la répression brutale des anarchistes jouait parfois contre lui. Depuis, il expérimente la combinaison de la brutalité et de ce qu’il appelle des méthodes douces.

La stratégie de la tension va devoir trouver un nouvelle manière d’équilibrer le rapport entre la propagande et la somme de l’oppression et de la répression – car ceux qui la subissent ont commencé à construire une mémoire des luttes qui permet de repérer cette stratégie et de chercher des moyens de la tordre. La nouvelle figure du « casseur » mi-anar mi-lascar, qui a été déployée pendant le mouvement contre la réforme des retraites, est une illustration de ce renouvellement. Lorsque des opprimés s’associent, la tension doit changer de masque.

Tu parlais de « marchés du maintien de l’ordre en train de se gaver » : à quoi penses-tu ? Aux offres de service sécuritaire d’Alliot-Marie à un régime tunisien sur le point de tomber, par exemple ?

Des journalistes ont l’air de s’émouvoir que la France exporte du matériel de maintien de l’ordre à des dictatures – « en pleine révolution en plus ! ». Mais depuis un siècle, l’impérialisme français entretien et protège des dictatures qui le lui rendent bien, son complexe militaro-industriel vend du matériel de guerre et de contrôle, ainsi que des techniques de terreur d’État, partout où il le peut. Il continue et continuera, bien évidemment.

Pour les complexes militaro-industriels, ce « printemps des peuples arabes » est l’occasion d’une gigantesque série de transactions, de prêts et d’investissements, en terme de recherche et de développement, de fabrication, d’approvisionnement et de maintien en condition opérationnelle. C’est aussi une expérimentation gigantesque de tous ces matériels et techniques, conçus et vendus dans la dernière décennie. Khadafi aurait même testé des avions de chasse en contrôle des foules... Pour l’ensemble du monde contre-insurrectionnel, c’est passionnant : le dictateur a mené la machine au bout de sa capacité répressive, juste avant le sociocide. Il essaie finalement de répondre à la question afghane : face à l’insoumission massive et à l’insurrection généralisée, est-il efficace ou suicidaire d’arrêter complètement d’investir dans la propagande et de tout miser sur la terreur d’État ? Les gouvernements du monde entier veulent connaître la réponse. Parce qu’ils savent que leur tour viendra.


http://www.article11.info/?Mathieu-Rigo ... ation_page
spleenlancien
 
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La politique de la peur, Serge Quadruppani à Nantes

Messagede noix2coco » 29 Avr 2012, 19:05

Jeudi 3 mai, 18h, à l’Université de Nantes, le groupe de Nantes de la Fédération Anarchiste http://fa-nantes.over-blog.com/ vous invite à venir débattre des politiques sécuritaires et du contrôle social avec Serge Quadruppani, écrivain et essayiste, auteur du livre La politique de la peur http://www.seuil.com/livre-9782021011678.htm. La conférence et le débat auront lieu à partir de 18h à l’Université de Nantes (arrêt Facultés ligne 2), bâtiment Tertre, amphi B.

Image

Le lendemain, vendredi 4 mai, c'est à Lorient que ça se passe (cf. l'agenda) !

http://anars56.over-blog.org/

Note de Noix 2 coco : je l'ai publié ici car je n'ai pas su comment l'insérer dans l'agenda...
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La victime, l'émotion et la règle

Messagede indignados » 01 Mai 2012, 13:03

La victime, l'émotion et la règle
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2445


La victime, l'émotion et la règle
Le lundi 30 avril 2012

Il ne manquerait plus qu'il s'en sorte...

Qui résiste aux pleurs de la mère qui raconte la mort de son enfant ? Emotion, empathie, colère, vengeance. Au nom de la victime, "l'Institut pour la Justice" réclame plus de répression, plus de prison, plus de peine, plus de condamnation, plus de sécurité.

Enquête sur un lobby dynamique, proche de la droite dure, et qui pèse sur les élections.

Reportage de Giv Anquetil.


Programmation musicale :
Florent MArchet : "On a rien vu venir"
Clauge Nougaro : "Lettre ouverte de Julos Beaucarne"


A lire :
"La Justice dévoyée. Critique des utopies sécuritaires", de Denis Salas (Les Arènes, 2012)
"Surveiller et punir : naissance de la prison", de Michel Foucault (Editions Gallimard, 1998)

Film : A l'ombre de la république (2011), un film de Stephane Mercurio. racisme rapport.vp



Les marchands de peur. La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire
http://lmsi.net/Alain-Bauer-et-le-consortium-de-la
http://citoyenactif.20minutes-blogs.fr/ ... ecuri.html

Du haut de la chaire qui lui a été créée sur mesure au Conservatoire national des arts et métiers par M. Nicolas Sarkozy, M. Alain Bauer entend promouvoir la « criminologie » en France. La conquête d’une position académique apparaît comme la dernière victoire de cet ancien consultant en sécurité urbaine, conseiller écouté d’élites politiques de droite comme de gauche et chéri des médias. L’ouvrage de Mathieu Rigouste permet de comprendre cette ascension apparemment irrésistible. Elle repose sur un système d’échanges, de dons et de contre-dons avec une série d’autres personnages que l’auteur regroupe sous le label de « bande à Bauer ». Si l’on peut émettre quelques réserves sur le cadre général d’explication, ce livre n’en reste pas moins un passionnant voyage dans l’univers des « marchands de peur », pour qui la « sécurité globale » sert de substitut à l’anticommunisme de naguère. extrait monde diplomatique, un scénario Globalien, le scénario, entretien de JC Ruffin, autre sujets similaires Xavier Niel, Les patrons orphelins de DSK, 10 mai 1981 - 15 mai 2011 , triste anniversaire



Alain Bauer et le consortium de la peur, 8 août ( extrait du livre : " Alain Bauer, comme Yves Roucaute et de nombreux néoconservateurs, vient de la gauche libérale et anticommuniste ...") .

Notes, en savoir plus



Idéologies 26/04/2012 à 11h03
Comment la droite dure a gagné « la bataille culturelle » à l’UMP - rue 89 http://www.rue89.com/rue89-presidentiel ... ump-231487

Le discours sur les civilisations inférieures, c’était lui. Rencontre avec Yves Roucaute, un des intellos de l’ombre qui ont radicalisé la droite.


Yves Roucaute sur le plateau de LCI, en novembre 2010 (IBO/SIPA)
C’était le 4 février. Nicolas Sarkozy n’avait pas encore déclaré sa candidature, mais en une phrase sur les civilisations, Claude Guéant donnait déjà l’orientation de la campagne. Une campagne où l’on parlerait de « valeurs », de viande halal et d’un FN « compatible avec la République ».

Cette phrase, on la retrouve vite dans « Eloge du mode de vie à la française » (éd. du Rocher), le dernier livre d’Yves Roucaute, philosophe et auteur du discours du ministre de l’Intérieur :

« Les civilisations ne se valent pas : celles qui défendent l’humanité sont plus avancées que celles qui la nient ; celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité sont supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ; le respect de la dignité humaine ne se négocie pas. »

« Le Français bouffe le drapeau ottoman »
« Ce qui m’intéresse, c’est l’influence »
« C’est ma ligne politique qui gagne »




Nicolas Sarkozy demande une "présomption de légitime défense" pour les policiers : "J'ai simplement à dire ma confiance, mon soutien et la compréhension des collègues de ce policier aujourd'hui mis en examen" (pour homicide volontaire en Seine-Saint-Denis, ndlr), a déclaré Nicolas Sarkozy, lors d'une réunion publique au Raincy, avant de demander une "évolution" juridique dans un sens "plus protecteur" et une "présomption de légitime défense" pour gendarmes et policiers.


Spécial investigation - Racisme : L'armée au rapport - L' affaire Myriam SakhriFin 2011, Myriam Sakhri, 32 ans, gendarme à Lyon, a été retrouvée morte dans la caserne où elle logeait. La jeune femme s'est donnée la mort, mais un doute existe sur les cause de son suicide. Est-il en lien ou non avec des raisons professionnelles ? Stéphane Haumant ouvre l'enquête sur cette affaire qui a suscité la polémique et des affaires comme cela il y a en eu plein d'autre

Justice pour Hakim / France Inter,, voir Là-bas si j'y suis | Facebook , Bande Annonce Les nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat,

Programmes électorales , Affaire Woerth-Bettencourt : pour Sarkozy, le silence est d'argent

Diversion, officine, infamie "
http://zec.blogs.letelegramme.com/archi ... famie.html
« Le canard, on lui a coupé la tête. C'était un document faux. Mediapart est une officine, Monsieur Plenel c'est le bidonnage à chaque fois, ce document est un faux grossier. »

Sarkozy

Le site Mediapart dirigé par Edwy Plenel a publié un document attribué à Moussa Koussa, ex-dignitaire libyen, affirmant que Tripoli avait accepté de financer pour "50 millions d'euros" la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Moussa Koussa, ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye et signataire de la note, y évoque des réunions préparatoires avec Brice Hortefeux et l'intermédiaire Ziad Takieddine.

Depuis, Moussa Koussa, a qualifié de "faux" le document en question. De son côté, Bachir Saleh, ex-dignitaire libyen, recherché par Interpol pour fraude, a démenti avoir été le destinataire de ce texte.

Ces deux proches de Kadhafi bénéficient d'indulgence diplomatique et de protection policière ce qui donne un poids certain à leur démenti :


"Ancien chef des renseignements, de 1994 à 2009, puis ministre des affaires étrangères, M. Koussa avait fait défection en pleine guerre, tout début avril 2011. Les Occidentaux lui ont fait passer le message qu'il ne serait pas sur la liste des inculpés par la Cour pénale internationale s'il quittait à temps le navire Kadhafi.

Du point de vue français, Moussa Koussa était plus fréquentable qu'Abdallah Senoussi, condamné par contumace dans l'affaire de l'attentat du DC10 d'UTA (170 morts, en septembre 1989). Comme chef des renseignements, il a également géré le dossier des infirmières bulgares, en 2007, dont la libération fut rendue possible notamment grâce à M. Takieddine, en lien avec Claude Guéant alors secrétaire général de l'Elysée. M. Koussa prépara, quelques mois plus tard, la visite très controversée du colonel Kadhafi à Paris.

Quant à Bachir Saleh, qui dirigeait le cabinet du "Guide" libyen, il était le responsable de tous les investissements officiels mais aussi des financements occultes en Afrique, notamment dans la bande sahélienne où Kadhafi a investi beaucoup d'argent, que ce soit dans l'immobilier, l'hôtellerie ou les terres agricoles, mais où il finançait aussi des groupes rebelles (JEM au Darfour), ainsi que des chefs d'Etat ou des dirigeants politiques (Compaoré au Burkina, Déby au Tchad, etc.).

Réfugié en France, il dispose d'un titre de séjour provisoire et d'une protection policière, comme l'avait révélé Le Canard enchaîné le 4 avril. Au printemps 2011, l'un des fils de Mouammar Kadhafi, Seif Al-Islam, avait évoqué, pour la première fois, un financement occulte de M. Sarkozy par la Libye. "Il faut que Sarkozy rende l'argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale", avait-il accusé sur Euronews. " ( Christophe Ayad -Le Monde)

Pour toutes ces bonne raisons, et fort de son bon droit, le candidat UMP a annoncé qu’il allait porter plainte dès cette semaine contre Mediapart, l'officine infame de la diversion.


> " Une note évoque un soutien financier de Kadhafi à Sarkozy en 2007 ", Christophe Ayad - Le Monde.fr

> " Un ancien dignitaire de Kadhafi recherché par Interpol " Amer OUALI - 24 heurres Montreal


A propos d'Infamie

« C'est celui qui dit qui y est »,


extait de l'éditorial d'Edwy Plenel : " Sarkozy : nos infos leur intox "

" Mediapart, nos lecteurs les plus fidèles le savent bien, n’a pas de calendrier électoral. Son agenda est uniquement journalistique : révéler tout ce qui est d’intérêt public. Nous enquêtons de longue date, nous cherchons de nouveaux faits et nous les publions quand ils sont prêts à l’être, selon les règles professionnelles de notre métier – sourcer, recouper, vérifier, contextualiser, expliquer, etc. En revanche, si diversion il y eut ces derniers jours, elle est à chercher du côté de ceux qui ont relayé le faux événement Strauss-Kahn, transformant un entretien britannique en embarras politique pour François Hollande, pourtant le seul candidat socialiste, avec Arnaud Montebourg, totalement déterminé à combattre l’éventuelle candidature de DSK à la primaire socialiste. Auraient-ils oublié que Nicolas Sarkozy s’était vanté d’avoir propulsé Strauss-Kahn à Washington au point de s’autoproclamer DRH du Parti socialiste ?

Reste le troisième mot de cette contre-attaque, langagière plutôt qu’informative, tant les faits sur lesquels reposent nos enquêtes sont superbement ignorés par le pouvoir présidentiel qu’ils ébranlent : infamie, donc. Infamie, c’est le mot employé par Nicolas Sarkozy dans un entretien télévisé, et ce n’est pas rien, si l’on en croit les dictionnaires : « flétrissure imprimée à l’honneur, à la réputation, soit par la loi, soit par l’opinion publique ; caractère déshonorant, honteux, vil, d’une chose, d’un acte ; action déshonorante, honteuse. » Mais l’infamie ne serait-ce pas plutôt d’avoir pactisé avec un dictateur, d’avoir entretenu des relations affairistes avec son entourage, d’avoir accepté des financements occultes d’un Etat étranger, d’avoir organisé une diplomatie parallèle dont l’argent était la finalité, d’avoir mené une guerre dont on ne peut plus exclure qu’elle ait eu une dimension préventive de protection d’intérêts privés, etc. ?

Et l’infamie, ne serait-ce pas d’avoir mené ces compromissions et ces corruptions en secret du peuple français alors même qu’on lui désignait l’étranger en bouc émissaire, et surtout l’étranger musulman, arabe, berbère ou maghrébin ? C’est-à-dire l’étranger qui, parmi nous, témoigne de ces peuples que les dictateurs avec lesquels ce pouvoir frayait opprimaient et dépouillaient, les privant de leur liberté et de leur richesse ? Telle est sans doute l’imposture la plus criante que met à nu notre enquête : celle d’un pouvoir compromis avec des dictatures arabes et musulmanes, alors même qu’il faisait de l’islamophobie et de la xénophobie son fonds de commerce au détriment de nos compatriotes de culture ou de foi musulmane.

« C’est celui qui dit qui y est », ont coutume de dire les enfants dans leurs jeux plus vrais que les simagrées adultes. Ce qui revient à rappeler que l’injure insulte d’abord son auteur. Diversion, officine, infamie : nous retournons volontiers à ceux qui, au mépris de la liberté de la presse, nous les ont adressés ces trois mots, et l'indignité qui les accompagne."

Edwy Plenel

_-_-_


> "Sarkozy-Kadhafi : de la lune de miel à la lune de fiel " - Vincent Jauvert - 18 septembre 2011

> " La France cherche des accords nucléaires en Libye " - Reuters - 21 octobre 2010

> " La France voulait vendre du nucléaire à la Libye " Libération - 21 mars 2010

> " Quand la diplomatie française louait "la Libye nouvelle" de M. Kadhafi ", par Cécile Hennion - Le Monde.fr | 16.09.11

> " FLASHBACK. Quand la Libye était à l'honneur en France " - Retour en partenariat avec l'Ina, sur l'année 2007 : de la libération des infirmières bulgares à la visite du colonel Kadhafi en France. - par Jérôme Hourdeaux - Nouvel Observateur

> Texte de la conférence de presse de Sarkozy suite à la libération des infirmières bulgares.

> "Kadhafi ridiculise Sarkozy" - Les mots on un sens 11 décembre 2007

> Rapport fait au nom de la commision des Affaires étrangères sur le projet de loi, adopté par le Sénat, autorisant l'approbation de la convention relative à la coopération en matière de sécurité et de lutte contre la criminalité organisée entre le Gouvernement de la République française et la Grande Jamhiriya arabe libyenne, populaire et socialiste. (2207)






http://l-indigne.skyrock.com/3087220275 ... regle.html
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Re: La politique de la peur, Serge Quadruppani à Nantes

Messagede Pïérô » 02 Mai 2012, 11:43

noix2coco a écrit:
Le lendemain, vendredi 4 mai, c'est à Lorient que ça se passe (cf. l'agenda) !

http://anars56.over-blog.org/

Note de Noix 2 coco : je l'ai publié ici car je n'ai pas su comment l'insérer dans l'agenda...



Il y a là "Tutoriels, mode d'emploi" pour poster dans l'agenda : viewforum.php?f=62. :wink:

Le débat de Lorient du 4 mai vient d'être annoncé reporté : http://anars56.over-blog.org/
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La domination policière. Une violence industrielle

Messagede bipbip » 30 Jan 2013, 01:42

La domination policière. Une violence industrielle.
Mathieu Rigouste récidive en commettant un nouvel ouvrage décortiquant la police française. Le front du lundi l’a auditionné pour éclaircir, les raisons, les motivations et les circonstances... Résultat ? une heure sur les forces, les techniques, les logiques utilisées pour maintenir l’ordre social. Férocité policière et industrie du maintien de l’ordre, le capitalisme mêle avec brio l’utile à l’insupportable.

Emission à écouter sur SONS EN LUTTES :
http://sonsenluttes.net/spip.php?article556


Le nouvel ordre local

« La domination policière. Une violence industrielle » (Mathieu Rigouste) et « Rengainez, on arrive ! » (Mogniss H. Abdallah) traitent tous deux du renforcement constant des dispositifs de contrôle social et du sort de ceux qui en payent le prix fort. Deux ouvrages essentiels, qui dépeignent sans pincettes l’ordre militaro-policier gangrénant les quartiers populaires. Compte-rendu.


Au lendemain de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement des régimes indûment baptisés communistes, le directoire informel mais efficient des gouvernements qui garantissent les intérêts d’un capitalisme désormais transnational, idéologiquement et médiatiquement baptisé « communauté internationale », s’est empressé d’annoncer l’avènement d’un « nouvel ordre mondial ». On a peu parlé, en revanche, bien que ce qu’il recouvre ait déjà donné lieu à une littérature pléthorique, savante ou profane, notamment en France, du nouvel ordre local que les autorités s’évertuent à instaurer pour enrayer « sur le terrain » les désordres sociaux engendrés par cet ordre lointain. À commencer par les soi-disant « violences urbaines » commises par une jeunesse que la « flexibilisation » de l’économie voue à la précarisation, à la paupérisation et à la marginalisation.

À défaut de mettre fin à la « misère du monde », il ne reste plus aux pouvoirs en place qu’à tenir en respect les nouveaux misérables qui ne s’en accommodent pas, grâce au renforcement constant des dispositifs de contrôle social. Lequel combine, comme chacun sait, la prévention, version « soft » de la pacification du champ de bataille urbain, et la répression, sa version « hard », encore que la dissuasion, mixte intermédiaire de l’une et de l’autre, tende à effacer la frontière censée les séparer.

C’est au second volet du maintien de l’ordre, donc à l’usage soit disant légitime de la violence étatique pour le garantir, que sont consacrés deux ouvrages1 qui offrent la particularité, et aussi l’intérêt, d’être rédigés, non par des chercheurs spécialisés dans le décryptage en surplomb des relations conflictuelles entre l’État et les « cités », mais par des acteurs engagés qui y sont impliqués « du mauvais côté ». Le premier, le sociologue Mathieu Rigouste, qui se revendique comme « enquêteur », plutôt que chercheur, en même temps que militant, s’est donné pour tâche d’approfondir et d’élargir une réflexion entamée dans un ouvrage précédent, issu d’une thèse2 sur les politiques mises œuvre pour venir à bout du « nouvel ennemi intérieur » défini à partir de critères socio-ethniques en lui appliquant un traitement, non pas « social », mais carrément policier. Le second auteur, Mogniss H. Abdallah, journaliste et réalisateur, militant lui aussi, braque le projecteur sur les « crimes racistes ou sécuritaires » qui résultent de ces politiques, et sur les luttes menées par les proches des victimes et les militants issus des « cités » contre l’impunité dont bénéficient ces crimes, sans esquiver pour autant les contradictions et les limites qui les ont marquées.

Il ne manquera sans doute pas de bons esprits pour qualifier de partiale la vision du monde urbain contemporain qui se dégage de ces deux livres. En oubliant ou en feignant d’oublier que l’impartialité qu’ils revendiquent ou réclament n’est que la manière la plus classique, et la plus dérisoire aussi, de nier que toute appréhension d’une réalité sociale, fût-elle placée sous le signe auguste de la scientificité, renvoie à un parti déjà pris. « Personne n’écrit de nulle part », rappelle Mathieu Rigouste au début de son ouvrage : « Une enquête est déterminée par la position de l’enquêteur dans la société, par la perspective depuis laquelle il regarde et s’exprime. Lorsqu’il se présente comme ’’neutre’’ ou ’’extérieur’’ au monde qu’il étudie, il masque cette situation, les privilèges qu’il retire de l’ordre existant, les connivences qu’il peut entretenir avec lui et l’intérêt qu’il peut avoir à ne pas vouloir le changer. »
Autant dire que ces deux ouvrages battent en brèche, comme le signale M. H. Abdallah, « l’idée d’une supériorité de l’expertise savante qui d’ordinaire a plus facilement droit de cité » — du moins dans la « cité scientifique » à défaut des « cités sensibles » —, que les récits et les commentaires des gens directement concernés, « quand bien même cette expertise réinterprète la parole de ces derniers à l’aune des catégorisations institutionnelles ».

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La vérité des faits relatés par Mathieu Rigouste, tirés d’une ample documentation incluant des discours et récits policiers (presse professionnelles, autogiographies, entretiens, blogs), et la rigueur de l’argumentation théorique qu’il déploie pour en dégager la signification politique ne laissent planer aucun doute : la « politique de la ville » dont tant de chercheurs vassalisés se sont employé à masquer la finalité réelle et la logique de classe montre aujourd’hui son vrai visage. C’est bien d’une police de la ville qu’il s’agit. À ceux qui en douteraient encore, l’ouvrage de M. Rigouste fournit de quoi dissiper tout scepticisme : quadrillage et bouclage de quartiers entiers, rafles indiscriminées mais discriminatoires de supposés fauteurs de troubles au pied des immeubles, perquisitions brutales dans les appartements, instauration de couvre-feu, application des techniques de commando pour « sécuriser » telle ou telle zone, utilisation d’hélicoptères et de drones, création de « forces spéciales » sur le modèle contre-insurrectionnel, restructuration de la police politique (avec l’avénement de la DCRI, Direction centrale du renseignement intérieur) pour « surveiller, traquer, soumettre les politisations autonomes et les formes de résistance, d’autodéfense et de contre-attaque »…

Pour marquer la spécificité et dévoiler la rationalité des innovations dans le domaine du maintien de l’ordre, Mathieu Rigouste propose des concepts nouveaux qui permettent de mieux saisir la nature de cette forme particulière de domination qui a émergé en France et, plus largement, dans les métropoles impérialistes au cours de la fin du XXe siècle. Ainsi celui de « socio-apartheid » défini comme « un système de “mise à l’écart” et de séparation socio-raciste, non pas supporté par une structure juridico-administrative explicitement raciste et des périmètres immobiles », selon le modèle sud-africain de jadis ou israélien en Palestine, « mais par un ensemble de discriminations sociales, politiques et économiques ainsi que par des frontières symboliques et fluctuantes mise en œuvre par l’action combinée de la police et de la justice, des médias et des institutions publiques ». Un autre concept, celui d’ « enclave endocoloniale » correspond à ce que les bureaucraties policières et aménageuses, relayées par des chercheurs inféodés, ont baptisé « zones urbaines sensibles », soit un espace où sont cantonnés et contenus ceux que Mathieu Rigouste appelle les « damnés de l’intérieur », en référence au livre de Franz Fanon, encore que L’Internationale pourrait être également convoquée, les « damnés de la terre » se confondant presque, dans un monde en voie d’urbanisation totale, avec les « damnés de la ville ». Dérivé du concept « post-colonial » qui renvoie aux « héritages », « reproductions », « transformations » et « innovations du pouvoir colonial dans le temps », c’est-à-dire après la décolonisation, l’« endocolonial » concerne quant à lui l’espace. Ce concept « interroge les importations, les correspondances, les restructurations, les traductions et les hybridations du pouvoir colonial » dans la gestion territorialisée, non seulement des « populations issues de l’immigration », mais aussi, de plus en plus, des « couches inférieures du prolétariat dans son ensemble ». D’où un croisement entre les répertoires de la « pacification » colonialiste et les « répertoires historiques de la domination des misérables, des indésirables et des insoumis ».

Le couplage de la « reconquête » de ces zones souvent dénommées « de non droit » avec leur « requalification urbaine » ultérieure confirme, aux yeux de Mathieu Rigouste, la permanence du lien entre urbanisme, maintien de l’ordre et ségrégation. « Engager la destruction et/ou la restructuration d’une cité lorsque celle-ci a été médiatisée comme “émeutière” permet de repousser les plus pauvres en général et les damnés intérieurs en particulier dans des périphéries plus lointaines, de générer des marchés de la “rénovation urbaine” et l’embourgeoisement des territoires conquis. » Tandis que « l’objectif affiché de “mixité sociale” fournit l’appareillage idéologique pour sélectionner et répartir les populations sur des critère socio-ethniques favorisant, en particulier, l’installation de classes privilégiées blanches et/ou néo petites-bourgeoises », on s’efforce sous couvert de « grands projets urbain », de « créer de nouveaux espaces répondant aux exigences de l’organisation des métropoles mondiales » et de laisser en même temps le champ libre à la spéculation immobilière.

La dimension mercantile de l’extension et du perfectionnement des dispositifs militaro-policiers n’a pas échappé non plus à l’auteur. Il consacre un chapitre entier au « marché de la coercition », soit à la « logique économique sous-jacente dans la transformation des pratiques policières » qui combinent l’emploi d’un arsenal sans cesse perfectionné, soit-disant « sub-létal », et ce fameux « savoir-faire » en matière de « contrôle des foules » vanté par une ministre de l’Intérieur à un dictateur maghrébin confronté à la colère populaire. À l’instar de ses homologues des autres pays, le « capitalisme sécuritaire » à la française « se déploie en particulier là où des États impérialistes ont circonscrit, à l’intérieur de leurs territoires, des lieux et des milieux où ils peuvent déployer, tester promouvoir ces marchandises ». Autant de bancs d’essai et de vitrines pour vendre à travers le monde des matériels et des techniques sur le marché en plein essor de la sécurité nationale. Un marché qui inclue bien entendu une industrie complémentaire en termes de répression et de profits, l’industrie carcérale. Les différentes réformes du code pénal qui se sont succédées depuis la disparition de la guillotine en 1981 ont eu pour but et pour effet, signale Mathieu Rigouste, de multiplier les actes considérés comme délictueux, d’allonger les peines, de supprimer leurs aménagements, « établissant des peines à vie, véritables substituts à la peine de mort ». Résultat : les prison sont bondées, ce qui justifie l’appel au secteur privé pour leur construction et leur gestion, où l’on retrouve comme par hasard, entre autres, les mêmes acteurs du BTP que dans les opérations de « rénovation urbaine » : Bouygues, Vinci, Eiffage…

Mathieu Rigouste synthétise son propos en soulignant l’intersection et l’interaction de trois « processus historiques » à l’œuvre dans la restructuration en cours de la domination policière : le renforcement du socio-apartheid pour accompagner l’extension de la ville néo-libérale et sécuritaire ; la transposition de formes de la tension policière contre tout ce qui menace l’ordre politique, social et économique ; la collaboration des industries de la coercition, de la rénovation et de la gestion carcérale et pénitentiaire. La « férocité policière » n’est donc pas à interpréter de manière psychologisante comme « des accès de fureur spontanée », ni de façon rassurante comme « la dérive résiduelle de minorités radicalisées », bref, de « brebis galeuses » qui constitueraient des exceptions à la règle dans une profession au-dessus de tout soupçon. « C’est le produit d’un système de techniques expérimentées, légitimées et soutenues par des protocoles rationalisés. » De fait, « la police des cités fonctionne comme une application technique de la férocité des classes dominantes sur le corps des pauvres ». On ne s’étonnera pas, dès lors, qu’encouragée d’« en haut », elle fasse parfois des émules parmi les gens d’« en bas ».


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C’est précisément à la violence policière et/ou raciste prenant pour cible les jeunes issus de immigration africaine accusés de semer la perturbation dans les zones de relégation où leurs familles sont parquées que traite Mogniss H. Abdallah. Pour ce faire, il a puisé la plupart de ses informations et commentaires dans les archives politiques ou culturelles des protagonistes des luttes menées depuis les années 1970 contre la répression (journaux de la presse alternative, émissions de radios libres, sites internet, films, affiches, tracts, chansons…). Ce qui ressort de cet ouvrage, tout d’abord, c’est que les crimes racistes ou/et sécuritaires ne peuvent plus être assimilés à une accumulation de « bavures » quand ils sont le fait de policiers, ou de « faits divers » quand ils sont commis par des « tonton flingueurs » non assermentés (vigiles, gardiens d’immeubles, commerçants, « simples citoyens »…). Ils participent d’un climat idéologique où une discrimination institutionnelle non assumée comme telle s’alimente d’une mentalité « postcoloniale » dont le corps social en France reste assez fortement imprégné, le tout largement encouragé par l’emprise de l’idéologue sécuritaire et par l’ambiance délétère créée par la « guerre au terrorisme ». Un second phénomène, complémentaire du premier, que le livre met en évidence, est le contraste entre l’indulgence, voire l’impunité quand les « forces de l’ordre » sont impliquées, dont bénéficient en général les auteurs de ces crimes, et la sévérité des peines infligées aux jeunes gens coupables d’infractions mineures ou même de simples « outrages et rébellion » lorsqu’ils se rebiffent contre les provocations et le harcèlement policiers. Ce qui a pour effet d’entretenir parmi les nouvelles générations, mais aussi parmi leurs parents, une profonde et permanente impression d’injustice sans laquelle les « émeutes » qui défraient la chronique des « banlieues » françaises depuis plusieurs décennies resteraient largement inexplicables. On découvre ainsi dans ce livre un vocable, la hagra, rarement mentionné dans la littérature sociologique consacrée aux « quartiers difficiles », de même que le sentiment qu’il définit chez leurs jeunes habitants. Soit un ressenti « de mépris, d’humiliation, d’abus de pouvoir et d’injustice » dû aux discriminations sociales et racistes, à l’origine de l’« agressivité » de nombre d’entre eux à l’égard des figures de l’ordre, notamment des policiers, mais parfois aussi « point de départ d’une prise de conscience individuelle ou collective spécifique », voire « de mobilisations plus ou moins durables » contribuant même à politiser la révolte.

L’auteur, en effet, ne se limite pas à la dénonciation. La perspective où il se place est de « creuser des pistes pour constituer des rapports de forces plus favorables dans les combats à venir ». Lesquels ne peuvent se concentrer exclusivement sur la relation à la police et à la justice. La solidarité manifestée envers les familles des victimes par les amis et les voisins n’est d’ailleurs pas toujours que défensive. Les mobilisations auxquelles elle donne lieu renforcent un sentiment d’appartenance qui s’ancre durablement dans la vie des quartiers et peut constituer le terreau pour d’autres revendications portant sur les conditions de vie souvent désastreuses des résidents, en particulier le logement. Les résistances et les ripostes que suscite la répression peuvent, et même doivent selon l’auteur, s’inscrire dans un mouvement plus large prenant pour champ d’action la défense de l’ensemble des habitants des quartiers populaires en mettant l’accent sur la stigmatisation dont ils font l’objet. Avec toutes les ambiguïtés idéologues, organisationnelles et stratégiques qui découlent de cet élargissement, en particulier quand il s’agit pour les collectifs issus des cités de nouer des alliances fiables avec d’autres forces sociales, politiques, syndicales ou associatives. D’où le caractère souvent autocritique du bilan dressé dans cette chronique des luttes.

Loin de tout triomphalisme, Mogniss H. Abdallah n’hésite pas à pointer « les apparitions médiatiques spectaculaires mais éphémères, le “travail d’agitation politique sans suite”, les analyses générales surdéterminées par une dénonciation incantatoire sans s’attarder aux réalités complexes et aux singularités de chaque situation ». À commencer par l’antiracisme consensuel des « années black blanc-beur », téléguidé par quelques professionnels de la manipulation membres ou proches du Parti Socialiste à des fins électorales et de diversion. Dans la période qui suivit, au tournant des années 1990 alors qu’un nouveau cycle d’émeutes se déclenchait, nombre de militants décrochaient pour « s’évaporer dans de nouvelles activités professionnelles ou s’institutionnaliser, passant au politique ou au travail social dans des cadres institués ». Avec le risque de récupération et de neutralisation de la révolte : les municipalités se mirent alors à embaucher les « agitateurs » ou les « meneurs » les plus en vue, qualifiés de « leaders naturels », comme animateurs, moniteurs et autres médiateurs pour calmer le jeu dans les cités, sans qu’aucun problème de fond ne soit résolu. À partir de cas précis, l’auteur met également en évidence un autre risque, le substitutisme : les responsables des collectifs d’aide aux familles des victimes tendent souvent à parler devant les avocats, les magistrats, les élus locaux ou les journalistes, au nom et à la place des parents endeuillées par meurtre de leurs enfants, alors que l’expérience prouve souvent que beaucoup, notamment les mères, sont parfaitement capables de prendre en mains l’expression de leurs doléances face aux autorités.

Paradoxalement, en apparence, les révoltes de novembre 2005 et l’instauration de l’état d’urgence pour les mater n’ont pas entraîné une radicalisation des luttes contre la répression. Au contraire, note Mogniss H. Abdallah, les médiateurs de quartier et des associations « citoyennes » ont pris la relève des militants et des comités de lutte pour appeler à l’apaisement et au dialogue, discours pacificateur répercuté par les travailleurs sociaux et les élus locaux. Ce qui n’a pas empêché la liste des victimes de continuer à s’allonger. Certes, les affrontements avec les forces de l’ordre, de plus en plus suréquipées voire militarisées, ne se soldent pas toujours par des morts, mais ils occasionnent un nombre croissant de blessés voire de mutilés, notamment par tirs de flash balls ou lancers de grenades de désencerclement. Quant aux contrôles d’identités, qui se sont multipliés, ils peuvent s’avérer mortels du fait des techniques d’interpellation « musclées » qui tendent à se répandre pour neutraliser les récalcitrants (clefs d’étranglements, « pliages »). À cet égard, le néologisme d’« enférocement » proposé par Mathieu Rigouste à propos du durcissement de la répression peut paraître inélégant, mais il l’est beaucoup moins que les méthodes de plus en plus brutales mise en œuvre lors des interventions policières pour en finir avec les révoltes.

On se s’étonnera pas, dès lors, que les deux ouvrages se terminent sur une note à la fois pessimiste et combative. Lucide, Mogniss H. Abdallah, ne peut que prendre acte de l’« isolement » et du « morcellement des mobilisations actuelles », tiraillées de surcroît entre une « critique radicale — ou prétendue telle — des institutions police/justice » et un « pragmatisme éclectique aux repères brouillés ». Faisant écho aux populations des quartiers populaires aspirant à « sortir de la logique de guerre intérieure », il finit par se demander si, « à force de combats inachevés et de désillusions », ces aspirations sont bien « réalistes ». D’autant qu’il n’ignore pas qu’une partie des habitants « issus de l’immigration », qui « vivent l’insécurité sociale au quotidien », ne reste pas sourde aux sirènes sécuritaires, au point pour certains de demander l’intervention de l’armée pour ramener l’ordre dans les « quartiers », ou, pour leurs rejetons, de rejoindre la cohorte des vigiles, un métier en pleine expansion, voire d’intégrer les rangs de la police. Mais Mogniss H. Abdallah n’a pas pour autant désarmé. Son livre n’a t-il pas été rédigé avec l’intention d’« aller “au-delà des pleurs” pour passer à la contre-offensive » ?

Mathieu Rigouste, quant à lui, va plus loin, comme on l’a vu. Plus radicale, au sens marxien du terme, sa critique va « à la racine » du nouvel ordre local, soulignant en guise de conclusion ce que les chapitres précédents ont démontré : l’existence d’« un rapport direct entre le développement du capitalisme, l’extension des inégalités et le taux d’élimination policière des damnés de l’intérieur ». En réalité, les « forces de l’ordre » sont à l’image de l’ordre quelles ont pour fonction de défendre. Revenu à sa sauvagerie des début, le capitalisme, dans sa phase néo-libérale, ne recule devant aucun moyen pour assurer la reproduction des rapports de domination de classe et de race, mettant simplement à profit les avancées de la science et de la technique, y compris en matière de manipulation de l’« opinion publique », pour donner à la barbarie qui lui est inhérente une allure plus civilisée, c’est-à-dire plus sophistiquée. Rien ne sert donc, selon Mathieu Rigouste, de fustiger de caractère de plus en plus violent de la domination policière en ce début de siècle, sans « rompre avec les structures économiques, sociales et politiques qui produisent tous les rapports de domination ».


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1 Il s’agit, pour le premier, de La domination policière Une violence industrielle, publié par Mathieu Rigouste aux éditions La Fabrique. Et pour le second de l’ouvrage de Mogniss H. Abdallah, Rengainez, on arrive ! Chronique des luttes contre les crimes racistes ou sécuri taires ou policières, la hagra policière et judicaire, des années 1970 à aujourd’hui, paru aux éditions Libertalia.

2 Mathieux Rigouste, L’Ennemi intérieur, publié à La Découverte.


http://www.article11.info/?Le-nouvel-ordre-local
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Re: La domination policière. Une violence industrielle

Messagede bipbip » 13 Avr 2013, 13:49

ANNULÉ

Le 27 avril à Lille
Rencontre avec Mathieu Rigouste autour de son dernier livre La Domination policière
à 18h, au Centre Culturel Libertaire, 4 rue Colmard (métro Porte des Postes), Lille.

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"Depuis la fin du XXe siècle, les grandes puissances impérialistes sont entrées dans une nouvelle phase de conquêtes à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de leurs frontières. Les différentes formes de misère, les inégalités socio-économiques et les révoltes populaires s’étendent et se multiplient. Dans le même temps, le contrôle, la surveillance et la répression sont devenus des marchés très profitables. Il existe des liens structurels entre ces phénomènes et les transformations des violences policières. La police est un appareil d’Ętat chargé de maintenir "l’ordre public" par la contrainte. Elle est organisée rationnellement pour produire de la violence. […] Le mot "police" a lui seul contraint à chaque fois qu’il est prononcé et par sa seule existence. Toute la police est violence jusque dans ses regards et ses silences."
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Re: La terreur d’État

Messagede bipbip » 19 Jan 2015, 11:04

Stratégies de peur et de mort pour imposer le projet libéral

L’assassinat de Rémi Fraisse, on le sait, s’est produit au terme de 8 semaines d’un conflit direct et violent entre les opposants et les autorités, le Conseil général du Tarn et la chaîne de pouvoir du maintien de l’ordre (préfet, procureur, ministère de l’intérieur). Une présence policière quotidienne massive a été instaurée à partir du 1er septembre pour protéger le chantier de déboisement et de destruction de la zone humide. De ce jour, les violences policières n’ont cessé de se déchaîner à chaque fois que les caméras de télévision avaient quitté les lieux : flash ball, grenades lacrymos à tirs tendus, interpellations musclées… mais aussi destruction des tentes et des cabanes, incendie à l’essence des affaires personnelles des zadistes. A ce jour, plus d’une vingtaine de plaintes ont été déposées contre les forces de police.

Face à cette volonté de casser physiquement la résistance au barrage, face à l’avancée rapide des travaux, face à un rapport de force « militaire » inégal sur le terrain, les opposants décident plusieurs semaines à l’avance d’appeler à un rassemblement sur un week-end entier, avec débats, pièces de théâtre, ateliers, spectacles… Celui-ci rassemble environ 6000 personnes venues pour l’essentiel du grand sud-ouest mais avec pas mal de monde de tout l’Hexagone voire au-delà, et beaucoup de jeunes.

La police devait être absente de la vallée, du point de rassemblement jusqu’à la limite aval du chantier, distante de 2 km environ. Or c’est là que l’État a concentré des forces de Gendarmerie mobile, officiellement pour protéger… une remise de type Algéco incendiée la veille et un grillag La veille du rassemblement, les engins de chantier avaient été déménagés du site et seul un groupe électrogène laissé sur place a été incendié le vendredi soir. (sur la situation de la lutte, voir article « Le Testet, chronique d’une mort annoncée »)

La construction du discours de l’État.

A la suite de la mort de Rémi Fraisse, l’actions répressive a été légitimée par un discours fait de mensonges et d’omissions. Cela se passe en trois temps. D’abord, en essayant de cacher ce qui était arrivé, puis en essayant de criminaliser la victime, ensuite en tentant de faire passer cette mort comme purement accidentelle.

- Les conditions de la mort ont été escamotées. Pendant les première 24 heures, la communication des autorités (procureur et ministre de l’Intérieur) parle d’un corps retrouvé dans la forêt. On laisse entendre qu’il a été trouvé dans les bois, presque par hasard, au milieu de la nuit. Rien ne révèle que la mort est survenue aux cours des affrontements, encore moins à cause des forces de l’ordre, la cause est inconnue, l’hypothèse d’une overdose est même évoquée. Les conditions de la mort de Rémi – pourtant déjà parfaitement connues des gendarmes et des autorités en temps réel, dans les minutes qui ont suivi le décés – sont délibérément cachées.

- La victime est désignée comme coupable. Le lendemain, les premiers éléments révélés de l’autopsie parlent d’une explosion dans le dos et donc révèlent que Rémi se trouvait dans la zone des combats. A partir de là, la figure de la victime se construit : il ne peut qu’être responsable de sa propre mort. Simultanément, le procureur déclare que cette mort est incompréhensible car les forces de l’ordre ayant utilisées des armes ne pouvant par tuer, ne peuvent être responsables de la mort. On parle alors du sac à dos de Rémi qui aurait pu contenir des substances – fumigènes, bombe aérosol, cartouche de gaz – susceptibles de provoquer l’explosion mortelle. Alors qu’émerge la figure de la victime responsable de ce qui lui est arrivé, la presse relayant les propos des autorités se lancent alors dans le scénario habituel des inévitables « Black Blocs » composés de 100 à 150 anarchistes cagoulés et fortement armés, venus au Testet exclusivement pour en découdre avec les forces de police. Le jour suivant, la personnalité de Rémi commence à être connue. Étudiant en botanique de 21 ans, sans casier judiciaire ni fichage policier, amoureux de la nature, bénévole dans une association de protection de l’environnement, connu pour avoir des convictions fortes mais qui en aucun cas n’est venu au rassemblement de Sivens pour s’affronter avec la police. Bref, une personne qui ne cadre pas avec le prototype du « méchant ». Cette non-coïncidence ne sera pas relevée par les médias et les commentateurs. Ceux-ci sont incapables de concevoir qu’un amoureux de la nature, plutôt pacifiste, se soit retrouvé au milieu des affrontements. Ils sont incapables d’admettre la complexité des dynamiques qui caractérisent les mouvements sociaux, les moments de révoltes, de solidarité et de radicalisation à l’œuvre, de comprendre que dans ce cadre, occuper un terrain illégalement, refuser de se disperser, refuser de plier à la menace et à la violence des flics, leur faire face courageusement, se défendre de leurs armes meurtrières, ne fait pas de vous un ‟casseur” mais un-e résistant-e assumant – à ses risques et périls – un certain degré de confrontation dans le cadre d’un objectif jugé légitime, ici la défense d’une zone humide, c’est-à-dire le refus de perpétuer et d’étendre le modèle capitaliste-productiviste du complexe agro-industriel.

- Enfin, la fable de l’accident fatal. Avec la révélation de la découverte de TNT dans la plaie située dans le dos de Rémi, sa famille dépose plainte pour homicide volontaire. L’autopsie révèle que la mort a été instantanée, qu’il n’y avait pas de traces de brûlures, ni de particule métallique ou plastique. Exit donc la fausse piste des substances gazeuses ou pyrotechniques dans le sac à dos de Rémi. Deux jours après le décès, le lundi 27 octobre, le procureur d’Albi lâche qu’une grenade a pu provoquer la mort. C’est alors que se met en place le troisième épisode. La mort de Rémi devient un tragique accident. Tandis que le terme de « compassion » se répand chez les responsables politiques, Valls déclare aussitôt qu’il ne peut pas croire à une erreur de la police et Cazeneuve n’hésite pas à affirmer la même chose, à savoir que la mort de Rémi « n’est pas une bavure ». Le 28 octobre, à l’assemblée nationale, Valls en rajoute une couche : « Je n’accepte pas et je n’accepterai pas les mises en cause, les accusations qui ont été portées en dehors de l’hémicycle à l’encontre du ministre de l’Intérieur. […] Je n’accepterai pas la mise en cause des policiers et des gendarmes qui ont compté de nombreux blessés dans leurs rangs ».

Les gentils, les méchants et la défense de l’action répressive

La ligne du gouvernement et du PS ne variera pas, rappelant sans cesse, aidé en cela par les syndicats de police, que les policiers ont été attaqués, qu’ils ont eu des blessés, qu’ils sont les victimes, qu’ils n’ont fait que se défendre, qu’il y a une montée intolérable de la violence de la part de groupes de « casseurs », etc., Cazeneuve prenant comme exemple de ces « violences », une série de dégradations dans la ville de Gaillac, mettant sur le même plan deux tags sur le monument aux morts et une vitrine fendue avec la mort d’un manifestant. La ligne « anticasseurs » de défense de l’action répressive à Sivens et ailleurs du gouvernement va servir à mettre en place un régime de terreur et d’intimidation.

Dans la semaine qui a suivi le meurtre de Rémi, des rassemblements ont été spontanément appelés dans une cinquantaine de ville en France, mais aussi à Genève, Bruxelles, Lausanne, Barcelone, Turin, Milan, Londres. Une semaine après le week-end fatal, le dimanche 2 novembre, environ 4000 personnes se rassemblent à Sivens, sur les lieux même où la vie de Rémi lui a été arrachée par la raison d’État. Ce dimanche, des centaines de personnes viennent dans la vallée du Tescou pour la première fois, posent des questions, se renseignent, témoignent de leur solidarité avec les opposants. Depuis le meurtre de Rémi, de nouveaux occupants affluent, s’installent pour trois jours ou trois semaines, construisent des cabanes, dressent de nouveaux campements, en particulier dans la zone du chantier où Rémi a été tué.

La ZAD n’a jamais été aussi vivante, avec tous les jours des visiteurs, des curieux, des personnes solidaires qui apportent du matériel de construction... Du coup, si les flics ont bel et bien disparus du site lui-même, les contrôles sur les routes qui y conduisent se multiplient : contrôles d’identité, des véhicules avec arrêtés préfectoraux autorisant la fouille des véhicules, contraventions et intimidations… Si la plupart des rassemblements ne donnent pas lieu à des déploiements gigantesques de forces de l’ordre, c’est dans quatre villes que se concentreront les comportements policiers visant à interdire et étouffer les mobilisations : Nantes, Rennes, Toulouse et Paris.

Pour le gouvernement, mais aussi une partie des opposants (EELV, certains membres des composantes associatives et institutionnelles dans les mouvements d’opposition aux projets du barrage de Sivens et de l’aéroport de Notre-Dame des Landes notamment) qui appellent « au calme » dans un remarquable concert de lamentations pour un peu de matériel urbain esquinté, il s’agit, sous couvert de maintien de l’ordre, d’accentuer le clivage latent entre ‟modérés” et ”radicaux”, d’y superposer durablement un autre, entre « non-violents » et « violents », entre protestation digne, responsable, mesurée et compassionnelle et scènes d’émeutes, de guérilla, de débordements organisées par des « casseurs » extrémistes, anarchistes et autonomes (Mélenchon a vu lui, l’extrême droite sous les cagoules de ceux qui l’ont aspergé de yaourt).

Chaque jour, de nouvelles révélations issues de plusieurs enquêtes journalistiques indiquent clairement que le pouvoir, et singulièrement la chaîne de commandement des forces de l’ordre qui remonte jusqu’au sommet du gouvernement, savaient depuis la nuit du 25 au 26 octobre que Rémi avait été tué par une grenade offensive des gendarmes, que des consignes de fermeté avaient été données explicitement aux forces de l’ordre pour qu’ils « tiennent » à tous prix un petit carré grillagé, symbole de la volonté indéfectible du Conseil général PS d’imposer son projet et de l’État de le soutenir. La présence des gendarmes mobiles dans le périmètre du rassemblement, c’est-à-dire de la zone humide, du chantier et de la ZAD (c’est la même chose), n’avait d’autre but que de marquer la présence de l’État sur le territoire et provoquer des affrontements après 8 semaines ininterrompues de violences policières et de harcèlements. Le gouvernement semble avoir réussi le tour de force d’imposer les termes du débat et de retourner la violence d’État qui a provoqué la mort de Rémi comme celle de manifestants « violents » et « incontrôlés ».

Cette capacité, qui s’appuie certes sur un consensus politique établi et des relais dans les moyens de persuasion de masse, est aussi redevable à quelques insuffisances et incapacités dans « notre camp » au sens large. Ce tour de force renvoie aussi à des faiblesses dans les ripostes et les dénonciations de la violence de l’État.

Une répression policière croissante

Les forces de l’ordre n’ont cessé de durcir leur action ces dernières années – la liste des blessé-e-s et mutilé-e-s par tirs de flashball et autres armes « non létales » serait trop longue à reproduire –, et cette accentuation de la coercition n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à la volonté réfléchie de l’État de faire appliquer des mesures qui visent toujours plus à soumettre l’ensemble de la société aux intérêts du patronat (hyperflexibilité du marché du travail, attaques contre la protection sociale et le niveau de vie, démantèlement de services publics, grands projets inutiles…). La police a toujours pour mission de maintenir l’ordre, mais elle doit aujourd’hui le faire avec une brutalité croissante et une logistique nouvelle afin que sautent les obstacles qui se dressent face à une orientation économique ultralibérale. Il s’agit de terroriser quiconque s’insurge et entre en lutte, de convaincre que manifester étant dangereux, mieux vaut rester chez soi en subissant, de contenir toute opposition dans des formes « civiles » et légales, donc respectueuses des procédures d’acceptabilité et compatibles avec la société existante (commissions d’enquête, médiations institutionnelles…).

L’État s’est donné les moyens de cette intensification de la répression, et cela pas qu’en France. On a vu l’introduction de moyens de fichage nouveaux (notamment ADN), de formes de collaboration des forces de maintien de l’ordre à l’échelle européenne, notamment lors de contre-sommets, le blocage de manifestants en dehors des zones de rassemblements, les expulsions du territoire de manifestants pourtant « européens » mais devenus pour l’occasion principalement des « étrangers »… Croissance aussi des équipements, armes utilisées, vidéo-surveillance… On a vu aussi l’introduction et la généralisation de nouvelles armes comme les flash ball (ou LBD, Lanceur de balle de défense) ou les grenades contenant des matières explosives dites de « désencerclement » ou offensive (OF-F1) , nouvelles armes dites « non-létales » selon la terminologie officielle, mais qui blessent, mutilent et peuvent tuer, soit dans le cas des LDB par l’objet lui-même (la balle en caoutchouc), soit dans le cas des grenades, par les éclats de matières (métal et plastique dur), soit par l’effet de souffle de l’explosion (cas de Rémi Fraisse et de Vital Michalon à Malville en 1977)[1]. D’autres armes « non létales » peuvent tuer, mutiler ou blesser grièvement comme les coups de crosse de fusil lance grenade et de matraques sur la tête (Malek Oussekine en novembre 1986 à Paris), les grenades lacrymogènes lancées à tir tendu, dans le visage notamment (Richard Deshayes en 1971)[2].

Une répression au service d’un ordre social

La colère contre les violences policières, nécessaire et légitime, ne saurait suffire. « Flics, porcs, assassins » est un slogan qui exprime une révolte brute contre les bandes armées des corps répressifs de l’État mais apparaît comme bien faible face à la situation imposée par l’État, par la violence de cette institution et par celle qu’il met en œuvre pour imposer ses mesures et ses choix. Car cette croissance de la répression n’est pas le résultat d’un gonflement spontané. Elle résulte d’une politique délibérée de contrôle de certaines catégories sociales, dans certains quartiers déterminé et de manière générale de contention de manifestation de rue ou hors les villes et de n’importe quel type de mouvements de lutte sociale dès lors que ceux-ci menacent l’ordre social.

La gestion de la mort de Rémi Fraisse par l’État et les principaux médias consiste à isoler les faits, à les séparer à la fois du contexte des luttes et des manifestations de ces dernières années, mais aussi de la violence institutionnelle diffuse et constante qui constituent le quotidien ‟banal” et ordinaire des quartiers périphériques et des enclaves populaires des zones urbaines. Le rappel d’assassinats plus anciens, Vital Michalon, Malek Oussekine, Sébastien Briat où, déjà, les mensonges et les silences des autorités politiques avaient prévalu, notamment, est effacé.

Ainsi, le lundi 27 octobre est le 9ème anniversaire de la mort de Zied et Bouna à Villiers-le-Bel, ainsi le 30 octobre, 5 jours à peine après le décès de Rémi Fraisse, un jeune de 20 ans des quartiers nord de Blois a perdu l’usage d’un œil suite à un tir de flash ball, ainsi, le 17 octobre, à peine une semaine avant la mort de Rémi Fraisse, c’est un autre jeune, Thimothée Lake, qui a été tué par la BAC dans le quartier St-Cyprien de Toulouse, dans une supérette et dans l’indifférence quasi-générale : tout est fait pour occulter des rapprochements possibles et évidents. A part quelques communiqués et appels à manifester, le lien n’a pourtant pas été établi ni dans la presse, ni de la part de ceux qui se veulent les « opposants officiels » comme EELV ou le Front de gauche… Comme le dit Matthieu Rigouste dans une interview récente, « face aux ZAD et à leurs formes de reterritorialisations des luttes urbaines et rurales, les polices occidentales expérimentent aussi de nouveaux dispositifs de contre-insurrection hybrides et modulables, c’est-à-dire où la dimension militaro-policière du quadrillage, de l’enfermement et de la provocation est centrée sur un théâtre d’opération rural et forestier mais est aussi capable de passer rapidement voire simultanément en mode « Azur » (action en zone urbaine). Capable de passer instantanément du « maintien de l’ordre » au « contrôle des foules », de la répression policière à la guerre de basse intensité »[3].

Depuis l’année 2000, les chiffres officiels comptent 130 morts du fait de la police. Tous les ans, entre 10 et 15 personnes, la plupart habitant des quartiers populaires, sont tuées par la police, sans parler des blessés et des mutilés à vie. Avec le couple justice-prison, c’est clairement une violence de classe qui s’affiche le plus officiellement qui soit afin d’exercer une domination sans fard, une mise à distance hors les murs, une ségrégation spatiale, un bannissement collectif et une pression disciplinaire doublée d’une surveillance constante avec une présence faite de contrôles incessants des identités et des activités… C’est une lutte incessante contre les « classes dangereuses » et leurs pratiques de débrouille, de réappropriations et de l’économie souterraine de survie et de substitution.

La violence du capital et de l’État

Au-delà des violences « policières, de la militarisation des forces de police, (plus précisément « d’hybridation entre le policier et le militaire »[4], au-delà de la confusion entretenue entre maintien de l’ordre, lutte anti-terroriste, lutte contre le crime organisé et stratégies contre-insurrectionnelles, il convient de sortir des piège linguistiques : le terme de « violence » sert à la fois à désigner le bris d’un distributeur de billets de banque, voire un simple tag sur un bâtiment officiel, et… des vagues de bombardements aériens sur des zones habitées, la torture, les assassinats de masse, un attentat-suicide faisant des centaines de morts…

Par contre, la quotidienneté violente du capitalisme n’est jamais évoquée : les guerres coloniales, la misère et la rareté organisée, et plus concrètement encore pour des millions de personnes ici, la violence des familles jetées à la rue suite aux expulsions locatives et de logements squattés (plus de 10.000 par an avec présence de la police), la violence des boulots de merde, pénibles et dangereux payés moins de 800 euros par mois, la violence de l’intérim, du chantage à l’emploi pour accepter les baisses de salaires, l’allongement du temps de travail, le renoncement « volontaire » au droit de grève et le travail en 4 x 8 en continu (7 jours sur 7) qui bousille un peu plus la santé, la violence de l’amiante, des pollutions chimiques, de la radioactivité, des accidents du travail et des maladies professionnelles (qui plus est, non reconnues pour la plupart), la violence de l’espérance de vie en bonne santé inférieure de 10 ans pour un ouvrier comparée à celle d’un cadre, la violence des files d’attente qui s’allongent chaque année un peu plus aux Restaus du Cœur, de la hausse de 44% du nombre de SDF en 11 ans, des travailleurs de plus en plus nombreux qui dorment dans leur voiture ou dans une caravane…

Combattre la marginalisation des mobilisations

Disons-le tout net, l’ensemble des mobilisations consécutives à l’assassinat de Rémi Fraisse ont été en dessous de ce que ce meurtre d’État aurait mérité. La quasi-absence de forces « de gauche » fait évidemment partie de ce tableau. A ce sujet, il ne fait aucun doute que si Sarkozy ou un autre leader de la droite avait été au pouvoir, on aurait assisté à une déferlante de condamnations et de protestations de la part de partis, de syndicats, d’association, d’organisations démocratiques (comme la LDH)… Des intellectuels et des personnalités se seraient indignés dans des appels publics, des « réunion unitaires » auraient été organisées dans toutes les villes de France, appelant à autant de manifestations et à des meetings à Paris, à Toulouse... La « gauche » au pouvoir – et cela même si une partie grandissante de ses électeurs se rend compte qu’il s’agit d’une « deuxième droite »[5] – a pour effet de neutraliser les mobilisations, de les verrouiller dans des marges, de les bâillonner, d’empêcher que se constituent des pôles d’opposition et de contestation sociale.

Ceci étant, on ne peut pas passer sous silence la démobilisation générale à laquelle on a assisté, malgré les dizaines d’initiatives un peu partout, malgré les mouvements et blocages lycéens à Paris et dans le 93, à Rouen et à Limoges, malgré les AG et manifestations étudiantes de Rennes et de Toulouse. Si bien sûr les interdictions de manifester ont fait leur effet, si les invraisemblables déploiements policiers en ont intimidé plus d’une-e, il aura manqué une capacité politique de mobiliser qui s’en affranchisse, qui occupe l’espace vacant laissé par une gauche absente, qui permette de fédérer des indignations et des colères face à la mort de Rémi et à la banalisation des violences policières, à la systématisation de la violence d’État.

L’arrivée de Valls comme chef de l’exécutif marque une inflexion dans le quinquennat calamiteux de Hollande. Une fois de plus, c’est un ex-ministre de la police qui se retrouve à l’une des deux têtes de l’appareil gouvernemental pour y appliquer une ligne « libérale » et policière/autoritaire. Il mène une politique répondant aux exigences capitalistes de l’heure et s’appuie sur une vague réactionnaire aux relents familialistes, déclinistes, néo-pétainistes qui mobilise une partie de la société (manif pour tous, homophobie, xénophobie, affirmation identitaire, défense d’un ordre encore plus hiérarchique et autoritaire, tolérance zéro pour les délinquants, les paresseux, les assistés, défense d’un modèle productiviste et haine de tout ce qui se réfère à l’écologie…), des courants de protestations disparates mais qui affirment tous ouvertement porter le combat en faveur de l’inégalité sociale et politique – une inégalité des droits – selon des critères les plus divers : religieux, pseudo-naturalistes, culturalistes, raciaux, colonialistes, de mérite social ou d’appartenance à une communauté imaginaire (nationale, européenne, judéo-chrétienne, blanche…) normative et excluante.

Sans développer ici les jeux politiciens auxquels se livre la gauche au pouvoir actuellement, il est clair que, plus encore qu’avant, le gouvernement tente de prendre la droite à revers électoralement, en appliquant une politique qu’elle réclame et qui lui convient : casser les luttes et les freins à la réalisation des profits, opérer des transferts d’argent public conséquents vers les marges des entreprises, attaquer les ‟rigidités” du marché du travail et les quelques garanties offertes encore par le contrat de travail et le droit social, réduire les coûts de la reproduction sociale (les services publics), fliquer les chômeurs et les allocataires de la protection sociale et des minimas sociaux selon le vieux principe républicain consistant à conjurer l’égalité des principes démocratiques en renversant la préséance des droits sur les devoirs, c’est-à-dire à briser l’inconditionnalité des droits sociaux et recréer par là une relation de pouvoir et d’assujettissement d’ancien régime – un régime de tutelle et de protection en échange d’obligations, de corvées, de devoirs.

Ainsi, le projet de barrage de Sivens n’est pas annulé mais maintenu,quitte à le modifier un peu ; ainsi Valls a réaffirmé qu’il était favorable à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, mais en ajoutant qu’il jouera la carte « légaliste » d’attendre l’épuisement des recours pour prendre une décision ; ainsi Hollande en visite au Canada, s’empresse de se rendre, accompagné par une nuée de patrons et de scientifiques, dans la région de l’Alberta où sont massivement exploités les schistes bitumineux.

Combattre le maintien de l’ordre social

Même en se limitant aux manifestations et à leur répression violente, il n’a pas été suffisamment dit que les « violences policières » n’étaient pas seulement policières et qu’elles correspondaient à une violence d’État qui s’accroît dans le cadre d’un « maintien de l’ordre » de plus en plus brutal, et que c’est bien cet ordre social violemment défendu qu’il faut viser.

En 2007 à Nantes, un lycéen de 17 ans grièvement blessé suite à un tir de flash ball lors d’une manifestation. La même année, une étudiante en médecine perd un œil ainsi que le gout et l’odorat à Grenoble après avoir reçu dans la figure une grenade de désencerclement lors d’une manif anti-Sarkozy. En 2009, à Toulouse, un étudiant de 25 ans est grièvement blessé à l’œil par un tir de flash ball lors d’une action collective de réappropriation dans un supermarché. La même année, Joachim Gatti, documentariste, est mutilé à l’œil par un ‟mini” flash ball (un pistolet appelé ‟gomme-cogne”) lors d’une manif protestant contre l’expulsion d’un squat à Montreuil (93). L’année suivante, dans cette même commune, un autre lycéen est atteint en pleine tête par une balle en caoutchouc lors d’un blocage de son lycée dans la cadre des mobilisations contre la réforme des retraites. En 2012 également, une manifestante est grièvement blessée par 15 éclats de métal d’une grenade lors d’un rassemblement contre la construction de lignes de Très Haute Tension dans la commune du Chefresne (Manche). En février 2013, un jeune intérimaire belge de 25 ans perd un œil après avoir été touché par un tir de flash ball lors d’une manifestation à Strasbourg. A Nantes et sur la ZAD, on ne compte plus les dizaines de tirs de flash ball et leurs victimes depuis le début du mouvement d’opposition à l’aéroport et dont le sommet dans le déchaînement de violence (et aussi dans les poursuites pénales et les incarcérations) a été atteint lors de la manifestation du 22 février dernier : au moins trois manifestants ont été blessés à l’œil.
Cette liste loin d’être exhaustive indique bien que c’est un ensemble de mouvements sociaux, de résistances, qui se heurtent à la violence d’État et aux armes dites non-létales qui blessent, mutilent et tuent.

C’est cette absence de prise en compte de la globalité des enjeux que l’on doit souligner pour essayer de sortir du cas par cas, de telle lutte plutôt que telle autre et de la seule dénonciation des « flics, porcs, assassins ». En outre, les difficultés à socialiser les expériences de lutte sur les violences policières et institutionnelles qui frappent les habitants des quartiers populaire au quotidien sont aussi une aubaine pour l’État et les artisans du maintien de l’ordre social et policier dans les métropoles. Avec les interdictions de manifester – pour Gaza cet été, contre les violences policières cet automne – l’État et le gouvernement Hollande-Valls ont haussé un peu plus le niveau de la coercition et de la confrontation contre ceux et celles qui combattent sa politique.

En guise de conclusion

Les semaines à venir diront s’il est possible de sortir de l’attitude purement défensive et émotionnelle, encore une fois justifiée et légitime, pour imaginer des formes de ripostes qui ne se prêtent pas aux manipulations et instrumentalisations sécuritaires de l’Etat. Il faudrait arriver à déjouer les stratégies de marginalisation de la contestation, à attaquer les pratiques continues de l’état de division entre « bons manifestants » et « casseurs » afin d’imposer violemment sa politique. Les semaines à venir diront s’il est possible d’impulser des mobilisations qui n’entendent pas céder devant les injonctions et les interdictions, qui parviennent à défendre les espaces formels et substantiels de lutte, d’expression et de manifestation, qui articulent le combat sur le terrain juridique (en menant à bien des contre-enquêtes par exemple[6]) avec un travail de recontextualisation dans un combat global que dessine déjà l’ensemble des luttes et résistances en butte aux violences policières, des initiatives qui expriment le droit non négociable de manifester dans la rue contre la politique répressive d’un gouvernement et l’ordre social qu’il défend par la terreur et la violence armée, par sa justice et ses prisons, mais pas seulement. Cet ordre social est maintenu aussi en organisant le découpage et le maillage territorial, avec ses zones de relégation, ses murs invisibles, avec sa surveillance, ses contrôles, ses patrouilles et ses check points, ses couvre-feux et son occupation policière incessante des quartiers populaires, c’est-à-dire des espaces publics de la vie sociale, de circulation et de rassemblement, les espaces d’une autonomie populaire possible sur des territoires urbains que l’État combat pied à pied.

Ces mesures de contre-insurrection préventive font partie de l’arsenal de la guerre sociale en cours visant à ‟résoudre” violemment la crise de la reproduction capitaliste (et ses instabilités financières) au profit du capital globalisé et de ses grands blocs de pouvoir (politique et militaire) et de puissance (financière et économique) qui se battent pour le partage du monde, – sans certitude d’y parvenir – et sans lever l’hypothèque de la crise écologique, voire ‟civilisationnelle” qui caractérise la période. Il ne s’agit pas ici de dire cela pour le plaisir de tracer des perspectives inatteignables à court terme mais simplement de proposer une orientation générale qui détermine à la fois les raisons de la politique de l’État et les contenus des résistances sociales qu’elle fait naître – et de trouver à ces dernières des raisons communes et suffisantes de lutter ensemble.

Fin novembre 2014

Martin Paul

___

Notes
[1] Lors de la manifestation contre le Surgénérateur de Creys-Malville du 31 juillet 1977, les grenades offensives ont aussi mutilé : un manifestant a eu le pied arraché (Michel Grandjean), un autre la main arrachée (Manfred Schultz). Un policier a aussi perdu une main pour avoir tardé à lancer sa grenade offensive.
[2] La liste des mutilés par grenades offensives et balles en caoutchouc de flash ball est trop longue pour la faire figurer ici.
[3] « La mort de Rémi n’est pas une bavure, c’est un meurtre d’État », aparté.com.
[4] « Le maintien de l’ordre », Tant qu’il y aura de l’argent (http://www.tantquil.net/ ).
[5] Pour reprendre le titre d’un livre de Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, publié en 1986 et traitant de l’époque de Mitterrand. La deuxième droite, réédité chez Agone en 2013.
[6] Comme l’a initié la Ligue des droits de l’homme (Toulouse) en relation avec la défense et la famille de Rémi Fraisse

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Re: La terreur d’État

Messagede Pïérô » 02 Avr 2015, 22:40

Toujours plus de lois antiterroristes... pour un recul continu des libertés publiques

Les attentats début janvier ont poussé le gouvernement à franchir un nouveau cap en matière de surveillance et de répression, via une procédure accélérée. Une première ? Pas vraiment. Depuis trente ans, quinze lois antiterroristes ont été adoptées, qui enfreignent peu à peu les libertés publiques.

... http://www.reporterre.net/Toujours-plus-de-lois
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Re: La terreur d’État

Messagede bipbip » 09 Avr 2015, 17:25

Guerre contre le terrorisme ou justification d’une politique autoritaire et néocoloniale à la française ?

L’instrumentalisation du terrorisme international et de la figure de l’ennemi intérieur ( »djihadiste du coin de la rue » ou »djihadiste vert ») sert la politique sécuritaire et autoritaire en France et la politique néo-coloniale à l’extérieur, en faveur des multinationales française. Raphaël Granvaud de l’association Survie, auteur de »Que fait l’armée française en Afrique ? » et Thomas Deltombe, journaliste spécialiste des guerres antiterroristes menées par les Etats-Unis, de l’islamophobie et de la guerre d’indépendance de Cameroun, sont venus en discuter à Marseille, à l’Equitable Café, le samedi 14 mars dans le cadre de la semaine anticoloniale et antirasciste. Radio Zinzine y était et vous propose une heure de cette discussion animée par Etienne Chomarat de l’association Survie.

à écouter : http://www.esgourdes.net/2015/03/25/gue ... caise/1331
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Re: La terreur d’État

Messagede Pïérô » 11 Avr 2015, 13:36

Série d'émission de Demain Le Grand Soir, sur radio béton, Tours

L’émission du 15 octobre 2014 sur " Violence, terreur, terrorisme "
http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1337

Emission du 19 novembre 2014 sur la violence de l’Etat
http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1350

Emission du 10 décembre 2014 sur la violence de l’Etat et la contre-violence révolutionnaire.
http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1359

http://demainlegrandsoir.org/
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Re: La terreur d’État

Messagede bipbip » 09 Sep 2015, 01:58

Vigipirate et le fantôme de la guerre d’Algérie

Le plan Vigipirate reste mystérieux - et pas seulement parce qu’on se demande ce qui a bien pu passer dans la tête du gouvernement pour choisir un nom aussi ridicule et le conserver, depuis près de vingt ans d’application ininterrompue. Le dispositif Vigipirate, d’exceptionnel est devenu permanent bien que tous les professionnels de la sécurité en soient d’accord : il n’est d’aucune efficacité contre le terrorisme. Il n’a permis aucune arrestation, n’a aucun effet dissuasif - tous les auteurs d’attentats sont nés alors qu’il s’appliquait déjà - et il coûte un million d’euros par jour, selon la propre estimation du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian.

Si le plan Vigipirate n’a pas de fonction opérationnelle, il en a nécessairement d’autres : une fonction politique assurément, mais qui s’émousse au bout de vingt ans, et une fonction sociale, plus subtile, mais plus dangereuse : entretenir, par le quadrillage militaire, une confusion entre la guerre et la paix. Et ancrer en passant ce non-sens aujourd’hui largement partagé qui veut que « la sécurité soit la première des libertés ».

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Re: La terreur d’État

Messagede Pïérô » 07 Avr 2016, 21:46

La peur au cœur de la machine démocratique

Détendez-vous ! Pour votre sécurité, vous n'aurez bientôt plus de libertés… Tel pourrait être le slogan du gouvernement alors que l'état d'urgence est en passe d'être inscrit dans la Constitution. Dernière manifestation en date d'une dérive sécuritaire sans limite où la peur est devenue un dispositif politique implacable de contrôle et de soumission des populations.

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Re: La terreur d’État

Messagede bipbip » 07 Mai 2016, 16:45

Faut-il chanter « Tout le monde déteste la police » ou « CRS avec nous » ?

Les mobilisations du printemps – contre la loi travail, Nuit debout – se demandent quelle attitude adopter face aux violences policières et aux forces de l’ordre en général : confrontation ou fraternisation ?

http://www.regards.fr/web/article/faut- ... t-le-monde
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Re: La terreur d’État

Messagede bipbip » 09 Mai 2016, 15:49

“Il faut montrer la violence de l’Etat là où on ne la voit pas »

Pour le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie, “la justice est le lieu d'une agression”. Dans son passionnant ouvrage, “Juger”, il dénonce la violence de l'Etat pénal et invite à la réflexion et à l'imagination. Rencontre.

Etat d'urgence, réforme pénale, la justice est au centre de l'actualité. De même que la tendance au populisme : toujours plus de sanction, de répression, de peines automatiques, toujours moins d'excuse, pour les mineurs en particulier. « Expliquer, c'est déjà un peu excuser », affirmait récemment le Premier ministre. A rebours de ce mouvement, le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie montre la violence au cœur de l'Etat pénal dans un livre passionnant intitulé Juger.

... http://www.telerama.fr/idees/il-faut-mo ... 141734.php
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