Sur l'écologie en général et l'alimentation en particulier

Sur l'écologie en général et l'alimentation en particulier

Messagede digger » 24 Juil 2011, 10:31

J’ai parcouru le chapitre "Ecologie" et survolé plus que lu en détails, les sujets.

Sempiternelle débats en rond sur "croissance et décroissance", le retour à la bougie, etc...
Je ne sais pas si il est possible d’avoir un débat rationnel sur le sujet environnemental, tant il est faussé par la confusion et la récupération et si cela vaut la peine de le relancer.

J’élimine la question de la "décroissance" et la question du retour à la bougie, partant du principe que l’intelligence humaine est capable de résoudre les problèmes dans un cadre sociétal non perverti par le capitalisme, et ici, bien évidemment dans une société anarchiste. Grosso modo dans une autre démarche que la recherche du profit et dans une optique de collaboration et non de compétition.
Et je prend le risque de le relancer, puisque un forum, c’est aussi un débat et un échange d’informations, en plus de quelques engueulades)

Au niveau méthodologique, il faudrait sans doute partir de quelques chiffres ou faits. Nous pouvons en discuter les causes assez facilement (le capitalisme semble un coupable approprié) . Nous pouvons en discuter les remèdes, à condition, je crois de séparer (l’inséparable) c’est à dire les remèdes techniques et ceux politiques.
Il nous faudrait également séparer les sujets en sous-sujets. La question énergétique, de la question alimentaire par exemple.
Il nous faudrait également cesser de considérer un terme comme vide de tout sens sous prétexte qu’il a été récupéré par l’économie marchande capitaliste, comme "développement durable", en gardant en tête la signification première.

Je n’ai pas de connaissances suffisamment développées pour soutenir un débat sur les questions énergétiques sur un point de vue technique, par exemple. Mes centres d’intérêt vont plus sur les techniques "naturelles" de productions agricoles, liées à des expériences personnelles en micro-production.
Je n’ai aucun goût pour le catastrophisme et ne crois en aucune fatalité. Le fatalisme est souvent lié à une méconnaissance qui ne laisse pas voir d’alternatives.

Ce qui me décide à reprendre le débat, si possible selon les quelques règles, (enrichissables) ci-dessus, c’est la lecture de l’article de Jean-Pierre Tertrais dans "Le Monde libertaire", hebdomadaire de la Fédération anarchiste 30 avril - 6 mai 2009. Re: Décroissance ou développement durable, qu'en pensez-vous ???

"Des solutions techniques sont certes envisageables (certaines sont déjà en place, par exemple pour l’épuration de l’air ou de l’eau). Mais ces solutions resteront marginales, parce que c’est un leurre que de vouloir imiter la nature"

Les modes naturelles de production agricoles sont une nécessité et elles sont basées sur l’imitation de la nature.

Quelques faits (les chiffres peuvent varier selon les sources, mais ne remettent pas en cause la tendance globale)

A l’échelle planétaire, ce sont 1370 hectares de sol qui sont désertifiés à jamais toutes les heures, ce qui fait 12 millions d’hectares chaque année, l’équivalent de la moitié de la surface agricole de la France.
En France, par exemple, le sol ne ressemble pas un désert, mais il est mort, c’est à dire qu’il ne peut plus produire sans l’ajout massif d’engrais chimiques.

Les 3/4 de la terre sont des surfaces non cultivables car recouverts d’eau. La mer est bien sûr source d’alimentation. Mais sur le 15 zones de pêche majeures existantes 5 ne sont déjà plus productives et les dix autres s’appauvrissent rapidement (sur-exploitation, pollution etc...)

Sur le 1/4 de la terre non occupé par les océans, les 2/3 de cette surfaces sont des déserts , ou sont recouvertes de glace, en tout cas des terres non arables.

Il faut encore enlever de ce maigre reste environ 3/4 du sol arable, déjà disparu à cause de l’érosion.
C’est à dire que nous disposons aujourd’hui d’environ 1/48ème de la surface terrestre pour la production agricole (nourriture des humains et du bétail)

Au rythme actuel de la destruction des surfaces cultivables, cela laisse environ un demi siècle.
Bien sûr, l’intelligence humaine peut sans doute produire de l’alimentation de synthèse, des pilules vitaminées, que sais-je, ou faire de la culture hors sol comme elle le fait déjà (les belles tomates cultivés dans des billes)

Admettons. Mais je suis certain qu’une telle société ne sera pas anarchiste car les humains seront sous le joug d’une dépendance alimentaire aux mains de quelques-uns, comme est aujourd’hui une partie de l’humanité sous les diktats de Monsanto and Co

Pour celles et ceux qui, comme moi, ne sont pas chauds devant cet avenir radieux, une alternative a été avancée : l’agriculture biologique. Cela a tellement bien marché que le capitalisme s’en est emparé. Mais ce n’est malheureusement pas la solution.
Car les producteurs biologiques, si ils agissent sur la qualité de l’alimentation, en n’utilisant pas de pesticides, insecticides ou engrais chimiques, utilisent des apports extérieurs (intrants) qu’ils ne produisent pas eux-mêmes et qui participent à l’appauvrissement de l’environnement (d’autrui, généralement). Elle utilise également des techniques faisant appel à la mécanisation, qui sera de plus en plus poussée, pour des raisons productiviste et de profit. (au détriment encore de la biodiversité)

En cela, elle n’est pas "durable", c’est à dire qu’elle ne produit pas elle-même les conditions et la viabilité de son fonctionnement.

Une solution de ce problème réside dans la culture de plantes génératrices de compost, de plantes génératrices de carbone et de plantes génératrices de calories, ce qui n’est rien d’autre que "l’imitation de la nature".

Il a été réalisé une étude comparative entre agriculture intensive traditionnel, biologique et "naturelle" (connue sous différents termes comme bio-intensive, et d’autres, qui n’ont pas grand intérêt en eux-mêmes). Et cette étude a été expérimentée en techniques de micro-agriculture.

Une unité de terre = approximativement 125 m²

L’agriculture dite"biologique" et traditionnelle ont un rendement équivalent. (de 10 unités de terre pour une consommation annuelle individuelle pour un végétalien, puisque vous n’avez pas à vous préoccuper du fourrage animalier, jusqu’à 85 unités de terre pour une personne mangeant énormément de viande). Dans tous les cas, la production serait insuffisante, à des degrés divers, pour nourrir la population planétaire
L’agriculture "naturelle", par des techniques se focalisant uniquement sur le sol, s’est révélée de deux à six fois plus de productivité, par unité de terre, que l’agriculture commerciale tout en consommant de 67 à 88 % moins d’eau par kilo de nourriture produite que l’agriculture conventionnelle.
Je n’entrerai pas dans les considérations techniques , soulignant seulement que la capacité de produire du carbone est essentielle pour assurer la fertilité des sols. Il s’agit là encore d’imitation de la nature.
Et un seul exemple : Il est possible de produire toutes les calories nécessaires durant une année pour une personne avec des pommes de terre sur une surface aussi petite que 0,6 unité de terre. (75m²)

Alors, encore une fois, cet exposé barbant :? ne résout en rien la question politique de l’édification d’une société anarchiste . Il ouvre seulement des perspectives pour produire suffisamment, sans scier la branche sur laquelle nous sommes assis.
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Re: Sur l'écologie en général et l'alimentation enparticulie

Messagede Pïérô » 25 Juil 2011, 13:28

c'est loin d'être barbant au contraire et çà participe justement de ne pas penser la révolution en abstraction, mais bien de s'attacher à construire les pistes concrètes de la société libertaire. Et dans ce domaine de la production agricole je partage ce que tu avances, et d'ailleurs on retrouve là ce qui est aussi porté par les communistes-libertaires tant dans le domaine de la réappropriation par rapport aux multinationales que d'une nécessaire relocalisation d'une partie de la production agricole, comme du respect de l'environnement.
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Re: Sur l'écologie en général et l'alimentation enparticulie

Messagede kuhing » 13 Sep 2011, 15:20

Je ne reprends pas ce débat pour le moment.
Je ne dirais pas qu'il faut 7 fois + de calories alimentaires d'origine végétale pour en faire une d'origine animale.
Que la consommation de viande est le facteur qui pollue le plus l'environnement...

:)

J'envoie juste un petit clip maison, message musical, que je viens de publier sur dailymotion et que j'avais envie de partager.
Il est conseillé de brancher un casque et de passer en plein écran :zik:

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Re: Sur l'écologie en général et l'alimentation enparticulie

Messagede hocus » 13 Sep 2011, 21:47

Je découvre cette discussion.

DIgger, si tu es dans le coin, tu as des liens vers les études de l'agriculture dite "naturelle" et les chiffres de productivité ?
(J'y connais rien, et je te fais confiance, mais ça attise ma curiosité. Les écarts de productivité dont tu parles me paraissent énorme :shock: )
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Re: Sur l'écologie en général et l'alimentation en particuli

Messagede Pïérô » 17 Sep 2015, 17:44

Toulouse, mardi 22 septembre 2015

Conférence-débat : " Famine au Sud, Malbouffe au Nord "

L'Université Populaire de Toulouse invite Marc Dufumier le mardi 22 septembre à 20H30 à la Bourse du Travail, 19, place Saint Sernin, pour une conférence-débat " Quelles agricultures pour nourrir correctement l'humanité".


Image

En 2050, les neuf milliards d'êtres humains qui peupleront la planète pourront se nourrir... grâce à l'agriculture biologique. Celui qui l'affirme n'est pas un doux rêveur. C'est Marc Dufumier, un agronome de réputation mondiale qui a observé en France et dans le reste du monde le bon fonctionnement des systèmes agro-écologiques ; et les dysfonctionnements des systèmes " productivistes ". Famines, malbouffe, dégâts environnementaux, désertification des campagnes : tel est le bilan, désastreux, de nos systèmes agricoles exagérément spécialisés, mécanisés, " chimisés ".
Dans l'inconscient collectif, cette agriculture " moderne " reste pourtant la seule capable de nourrir la planète et de rémunérer correctement les paysans. Mais ce livre prouve que cette croyance ne résiste pas à l'épreuve du terrain. L'agriculture " productiviste " est pour les paysans comme pour le consommateur un choix chaque jour plus risqué, tandis que la conversion à l'agro-écologie devient chaque jour plus raisonnable. Qualité des aliments, respect de l'environnement et - contrairement aux idées reçues - garantie voire amélioration des rendements : le bio n'est pas un caprice de bobo. C'est plus que jamais la voie d'avenir.
Si Marc Dufumier décide aujourd'hui de s'adresser au grand public c'est parce qu'il y a urgence : la mutation vers le bio prend du temps et les déséquilibres agricoles actuels vont aller en s'accentuant, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Nous mangeons mal et abîmons nos campagnes parce que nos systèmes de production sont malsains. Nous subissons une forte pression migratoire aux frontières de l'Europe parce que le Sud n'arrive plus à fixer ses paysans dans les campagnes. Insécurité alimentaire, insécurité environnementale, insécurité géopolitique : il n'y a plus de temps à perdre pour remettre l'agriculture sur les bons rails.

Marc Dufumier, est un agronome et enseignant-chercheur français à la chaire d'agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech qu'il a dirigée de 2002 à sa retraite en 2011, et où il fut le successeur de René Dumont et de Marcel Mazoyer. Il a été impliqué dans la formulation, la mise en œuvre et l'évaluation de nombreux projets et programmes de développement agricole, en France comme à l'étranger, notamment dans les pays du Sud (tiers-monde).

http://universitepopulairetoulouse.fr/s ... article457
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Re: Sur l'écologie en général et l'alimentation en particuli

Messagede bipbip » 28 Fév 2016, 02:36

Marc Dufumier : « Les agriculteurs sont devenus des ouvriers payés à la pièce »

Marc Dufumier est agronome, professeur émérite à AgroParisTech. On pensait interviewer un scientifique, on a trouvé un insurgé. Auteur d’ouvrages et initiateur de programmes de développement agricole (1), il milite pour que chacun bénéficie d’une agriculture de qualité, débarrassée de la production industrielle. Comment y parvenir ? En changeant radicalement de voie.

HD. Que va-t-on manger demain ?

Marc Dufumier. Une alimentation bas de gamme avec des antibiotiques dans la viande, des pesticides dans les fruits et légumes. Prenons, parmi les pesticides, le cas des perturbateurs endocriniens : on prédit, pour la génération exposée à ces derniers in utero et jusqu’à la post-puberté, même à faibles doses, une espérance de vie en bonne santé de dix ans inférieure à celle de la génération née en 1950.

L’alimentation issue d’une agriculture industrielle qui essaie de produire, à bas coût et à très grande échelle, des produits standards finit par nous coûter très cher : nous payons des impôts pour retirer les algues vertes des côtes, l’atrazine (un herbicide) de l’eau potable. Nous payons aussi des cotisations sociales pour les maladies que cette alimentation cause.

... http://www.humanite.fr/marc-dufumier-le ... ece-600075
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Re: Sur l'écologie en général et l'alimentation en particuli

Messagede bipbip » 28 Fév 2019, 00:37

Pour une Sécurité sociale alimentaire : « Comme la santé, l’alimentation doit sortir d’une logique de marché »

Près de 5 millions de familles sont dépendantes de l’aide alimentaire en France. Face aux dépenses contraintes, de plus en plus de personnes ne sont plus en mesure d’exprimer leurs préférences alimentaires, et sont obligées de se tourner vers les produits low-cost de l’agro-industrie, néfastes pour la santé comme pour l’environnement. Pourtant, les alternatives existent ! Pour les soutenir, l’association Ingénieurs sans frontières propose la création d’une sécurité sociale de l’alimentation : réserver un budget de 150 euros par personne et par mois à des produits bio, frais et de proximité. Explications.

... https://www.bastamag.net/Pour-une-Secur ... oit-sortir
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Re: Sur l'écologie en général et l'alimentation en particuli

Messagede Pïérô » 29 Aoû 2019, 19:45

Nous devons changer la production alimentaire pour sauver le monde, déclare le rapport divulgué
https://www.anti-k.org/2019/08/04/nous- ... DtDrt2poI8

Tribune
Planète : de l'urgence de changer d'alimentation
https://www.liberation.fr/debats/2019/0 ... mrxCnJQrqo
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