La grève est-elle défaite ?

Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede joe dalton » 27 Oct 2008, 21:03

rubion a écrit:je ne comprend pas pourquoi des militants d’une organisation révolutionnaire qui interviendrait pour dire qu’en prenant tel chemin (par exemple en restant enfermait dans le secteur, ou la corporation) la lutte risque d’aller dans une impasse, ou qui interviendrait pour aller dans le sens de la discussion la plus large possible, qui interviendrait pour mettre en avant la solidarité seraient élitiste ?

moi non plus, je te rassure, mais ce n'est pas ce que j'appelle "l'avant garde", terme qui me donne des sueurs froides. l'avant garde a déjà acquis qu'elle détient la vérité et se doit de faire applique, par tout les moyen, une parole messianique. Elle se pose ainsi en dehors du prolétariat dont elle prétend défendre les intérêts ; et en cas de victoire, une telle manière de voir, ne peut, selon moi, n' accoucher que de classe plus ou moins déguisé !
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Vilaine bureaucrate » 27 Oct 2008, 23:51

On avait dit minorité agissante!
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede chaperon rouge » 29 Oct 2008, 22:59

Est-ce que c'est de la grève générale du Comité National de Résistance que vous parlez ou d'une autre, je n'arrive pas à trouver dans la discussion.
GUERRE À LA GUERRE, À BAS TOUTES LES ARMÉES
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede RickRoll » 29 Oct 2008, 23:32

Le concept de grève générale comme moyen de lutte, c'est de cela dont on parle, pas d'une grève en particulier.
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 21 Nov 2008, 01:47

« Quand il y a des grèves, aujourd’hui en France, ça ne se voit plus ? » fanfaronnait Sarkozy …
mais, les grèves un peu partout, ça va finir par se voir !

. Grève bien suivie dans l’Education Nationale le 20 novembre …
. Manifestations partout en France, le 22 novembre pour défendre le service public postal…
. Grève reconductible à la SNCF, à compter du 23 novembre…
. Grève et manifestation nationale dans l’audiovisuel public, le 25 novembre…
. Grève dans les Caisses d’Epargne, le 28 novembre…
. Grève des salarié-e-s de l’ANPE, le 1er décembre…
. Grèves de travailleurs/ses Sans-Papiers qui se poursuivent en Ile De France…
. Et aussi de très nombreuses grèves locales ou sectorielles dans bien des secteurs : commerces,
industrie, nettoyage, etc.

et la question qui se pose à nous, militants(es) révolutionnaires, c'est comment oeuvrer dans ces mouvements, à construire de la convergence et construire un mouvement interprofessionnel reconductible ?
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Olé » 21 Nov 2008, 12:04

Oui la convergence des luttes est un but je pense, qui pourrait ouvrir des perspectives plus grandes... mais pas par n'importe quel moyen et avec n'importe qui.
Je pense qu'il faut garder une ligne libertaire et rejetter toute alliance avec autoritaires, socialos...
Olé
 

Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 21 Nov 2008, 14:17

je crois qu'il ne fait aucun doute que l'on doive garder une ligne libertaire au sein des luttes ou des grèves auquelles on participe...J'espère que tu ne veux pas dire qu'il faudrait faire la grève entres nous ? En tout cas sur ma boite, je serais tout seul, là où on a réussi à débrayer collectivement il y a une quinzaine de jours :lol:
Quand tu fais grève ou quand tu luttes tu le fais surtout avec des gens pas avec des appareils politiques. C'est pareil pour les syndicats, c'est pas des "collectifs unitaires" d'appareils politiques.
Par exemple à la manif du 22 à Tours, il n'y aura pas que des syndicats, et même si le PS, par exemple a des véléités de se refaire une virginité et donner une image "militante", il n'auront pas accès aux micros de la sono syndicale (d'autant que c'est moi qui tournerait, avec un copain de l'assoc de sono dans laquelle je suis, les boutons :lol: )
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede trotsky1920 » 21 Nov 2008, 18:59

le syndicalisme révolutionnaire fait aussi ce lien entre la lutte revendicative et la lutte politique (au sens du politique)


qu'est-ce que c'est que ce machin? En france, il y a l'indépendance réciproque parti syndicat : on mélange pas les deux. C'est intruduire la division dans les rangs des travailleurs, et ca permet aux partis de s'immiscer dans les syndicats (cf cgt pc).
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Roro » 21 Nov 2008, 19:16

trotsky1920 a écrit:
le syndicalisme révolutionnaire fait aussi ce lien entre la lutte revendicative et la lutte politique (au sens du politique)


qu'est-ce que c'est que ce machin? En france, il y a l'indépendance réciproque parti syndicat : on mélange pas les deux. C'est intruduire la division dans les rangs des travailleurs, et ca permet aux partis de s'immiscer dans les syndicats (cf cgt pc).


Penser qu'une lutte syndicale n'est pas politique c'est de la pure naïveté...
La Nature n'a fait ni serviteurs ni maitres, c'est pourquoi je ne veux ni commander ni recevoir d'ordres.
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 21 Nov 2008, 19:17

c'est du costaud çà, de la part de quelqu'un qui se réclame d'un marxisme léniniste qui inféode les syndicats au parti éclairé d'avant garde...C'est costaud quand on voit les tripatouillages de ton parti dans FO et dans la FSU...
Mais tu n'as en plus pas compris le sens du mot politique ici, employé non dans un sens politicien mais dans le sens "la vie de la cité". Comme les anarchistes défendent l'indépendance et l'autonomie syndicale, ils pensent que c'est aussi et donc un espace de discution et d'élaboration concernant les choix de société, et pour ne plus s'en remettre aux partis, aux élections...C'est la double tache du syndicalisme, définie notamment dans la charte d'Amien, qui lui donne aussi comme objectif l'émancipation, la révolution sociale.
Dans le cadre de ce topic, celà veut dire aller vers la grève générale expropriatrice et révolutionnaire.
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede sebiseb » 21 Nov 2008, 23:06

qierrot a écrit:c'est du costaud çà, de la part de quelqu'un qui se réclame d'un marxisme léniniste qui inféode les syndicats au parti éclairé d'avant garde...C'est costaud quand on voit les tripatouillages de ton parti dans FO et dans la FSU...
Mais tu n'as en plus pas compris le sens du mot politique ici, employé non dans un sens politicien mais dans le sens "la vie de la cité". Comme les anarchistes défendent l'indépendance et l'autonomie syndicale, ils pensent que c'est aussi et donc un espace de discution et d'élaboration concernant les choix de société, et pour ne plus s'en remettre aux partis, aux élections...C'est la double tache du syndicalisme, définie notamment dans la charte d'Amien, qui lui donne aussi comme objectif l'émancipation, la révolution sociale.
Dans le cadre de ce topic, celà veut dire aller vers la grève générale expropriatrice et révolutionnaire.

Tout à fait ! Mais je pense que comme tout ceux, et toutes celles qui défendent une forme de pouvoir autoritaire, notre trotskiste, nous signifie là une mise au pas des syndicats si son parti accèdait au pouvoir.
Sarko ne se cache pas de sa volonté de les manipuler !
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede willio » 22 Nov 2008, 00:53

trotsky1920 a écrit:
le syndicalisme révolutionnaire fait aussi ce lien entre la lutte revendicative et la lutte politique (au sens du politique)


qu'est-ce que c'est que ce machin? En france, il y a l'indépendance réciproque parti syndicat : on mélange pas les deux. C'est intruduire la division dans les rangs des travailleurs, et ca permet aux partis de s'immiscer dans les syndicats (cf cgt pc).


Va falloir quand même se décider à comprendre que la politique n'implique pas forcément un parti, tout comme l'anarchisme n'implique pas forcément une orga anarchiste.

D'ailleurs perso j'ai tendance à penser que tout ou presque est politique. Alors ce qui concerne le travail est évidemment politique.

Et je ne sais pas si t'as remarqué mais qierrot te parle de syndicalisme révolutionnaire, alors ta remarque sur les syndicats cogestionnaires et les partis (presque par définition réformistes même si certains peuvent se coller le nom qui les arrange) est un peu à l'ouest.
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De la grève prendre le large

Messagede PN Poitiers » 17 Avr 2015, 12:38

Je savais pas où mettre ce tract, ne pas hésiter à ranger dans la bonne case !

http://pn86.noblogs.org/?p=13297

De la grève prendre le large

Toujours plus d’écrans, de marchandises chimiques et de rôles à la carte, que nous produisons nous-mêmes dans des ateliers infernaux. Mais aux tréfonds de la schizophrénie instituée nos regards veillent, lucides et menaçants, comme ceux de bêtes tapies ; même réduits à la vermine sidérée et inquiète, nous remuons encore pour, à tâtons, trouver prises sur nous-mêmes et nos mondes. D’où le fait que les trônes tressautent et tressaillent, comme des sièges périlleux, inéluctablement éjectables. Se laisser dériver à la grève, c’est permettre à l’air frais de la liberté de s’engouffrer dans l’atmosphère viciée de nos cellules carcérales.

Image

Les gestionnaires de nos terriers demandent, revendiquent, exigent, font les gros yeux des masques d’une comédie antique, tapent du poing en rythme sur la table des négociations pour jouer leur partition dans l’orchestre des partenaires sociaux ; ils collent des rustines sur le mythe écorné de leur légitimité à nous “représenter”, et par là même celle des saigneurs à tolérer nos vies, comme des dieux de pacotille dispensent leurs grâces. Ces hérauts du renoncement, successeurs des salopards qui ont assassiné nos rêves lors des grandes insurrections du passé, nous présentent la grève comme un nécessaire sacrifice, perte d’une ou plusieurs journées de salaire pour obtenir ou plutôt ne pas perdre davantage. Ils nous disent et redisent qu’il faut savoir finir une grève, qu’elle n’était qu’une “étape”, patience camarade, ça va péter, convaincre les masses d’abord, stratégie… Mais gros tas de fiente, ça fait des lustres que ça pète, que ça craque, que ça disjoncte, au point que rien ne nous soit plus commun que cette rage rentrée et aveugle. Nous n’en voulons plus, de vos solutions médicamenteuses : cette rage doit sortir au grand air, prendre le large !

Nous la voyons nous, la grève, comme révolte joyeuse et bordélique, comme sabotage de l’ingénierie sociale et technique qui nous étouffe et nous avilit, comme retrouvailles libidineuses avec les autres dont nous-mêmes, comme vacance assumée, comme glandouille éhontée, comme geste destructeur de toutes les valeurs et créateur de partages. Nous nous prenons à rêver de repousser la fin de la grève, cette décision à rebours de nos désirs, cet arrêt présenté comme nécessaire par la cour, cette trêve sempiternellement promulguée d’en haut pour mieux nous faire la guerre au quotidien, rendue par les mêmes spadassins de l’hygiène antibiotique, maniant la masse et les nombres. Nous voyons bien leurs manoeuvres éventées. Leur agitation risible ne les sauvera pas, ils sont déjà morts à eux-mêmes.

Nous nous surprenons à sourire, à chaque aube de la grève, en commençant par envoyer chier le réveil-matin. Nous nous disons que cette fois nous ne céderons pas, nous dissiperons l’enfumage et les arguties, nous serons fidèles aux horizons qui s’ouvriront à nouveau. Et nous avons raison. Parce qu’il ne s’agit pas de croire, laissons la foi aux religieux, mais de vivre. La grève recèle bien plus que la grève. Sinon, elle ne réunirait pas encore tant des nôtres, en dépit de décennies stériles de journées sans lendemain. Sinon, nous ne nous joindrions pas à ces parcours pédestres balisés par les flics, les chasubles jaunes et les discours soporifiques.

Nous y allons, dans la grève, nous y sautons même les pieds joints comme les mômes que nous sommes, parce que la grève est plus qu’un moyen. Elle est une brèche dans l’espace et le temps, opportunité de subvertir la souveraineté, la mesquinerie, l’ennui, le néant et les rôles qui habillent notre misère, ne serait-ce qu’un éternel instant. Les codes vacillent, les possibles se dévoilent, dans un présent enfin palpable, lourd d’orages, de printemps et d’amour. Nous voulons rendre cette parenthèse irrémédiable.

Grève générale, grève définitive !
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Comment briser l’argumentaire anti-grève

Messagede bipbip » 02 Juin 2016, 14:45

Comment briser l’argumentaire anti-grève

Comment briser l’argumentaire anti-grève en six exemples

Les grévistes prennent les gens en otage, pour leur intérêt égoïste qui conduit à la ruine de la France : tel est le concentré de l’argumentaire des opposants aux mobilisations sociales, qui s’éveillent au moment où la pénurie de gazole s’étend sur l’hexagone. Attaqués dans leur intérêt propre, alors qu’ils n’ont « rien demandé », les automobilistes crient au scandale alors même qu’ils sont une majorité à s’opposer à la loi travail, à l’origine des troubles. A leur argumentaire, préconçu par les médias dominants, nous devons opposer une analyse de fond capable de répondre aux interrogations et aux mécontentements.

Au travail, entre amis ou en famille, il peut être difficile d’assumer d’être gréviste et de soutenir le mouvement social, à l’heure où la mobilisation dans les raffineries et dépôts de gazole entraîne une pénurie d’essence qui affecte tous les automobilistes. Les mêmes phrases, prémâchées par les médias dominants, reviennent en boucle pour attaquer la légitimité des salariés en grève. Voici quelques éléments de réponse à apporter lors des discussions animées.

« Les grévistes prennent les gens en otage »

La formule, relativement récente dans l’Histoire contemporaine de la France, est diffusée par les médias de masse, à longueur de journée de grève, à destination de leurs lecteurs, auditeurs ou spectateurs qui la reprennent telle quelle. Il s’agit d’une expression « choc », pour marquer les esprits et représenter le mécontentement de ceux qui subissent les grèves, usagers de transports ou automobilistes sans essence. Utilisée de façon répétitive, elle entraîne davantage d’impatiences, voire de tensions, entre le public bloqué par les grèves et ceux qui mènent ces dernières.

Six mois après les attentats de Paris, survenus le 13 novembre dernier, il est nécessaire de mettre en pièces une formule des plus injurieuses, autant pour les grévistes que pour les otages réels. Les désagréments subis par les grèves n’ont strictement rien à voir avec une situation de prise d’otage, où les victimes sont mises en joue par des tueurs professionnels et n’ont aucune possibilité de mouvement, au risque de perdre la vie. Ce n’est pas drôle d’attendre plusieurs heures son transport en commun ou de se retrouver sans gazole, avec le risque de ne pas pouvoir se rendre au travail et d’en être pénalisé – plus ou moins lourdement – par son employeur. Pour autant, cela ne justifie en aucun cas le trait d’égalité formulé par les médias dominants entre les victimes du terrorisme et les personnes contraintes par un mouvement social. Dans un pays qui a récemment été le théâtre d’actes meurtriers, organisés par des mouvances extrémistes, il est indigne qu’une telle expression demeure dans le langage journalistique à la mode ; elle doit atterrir dans les poubelles de l’Histoire pour cesser la confusion dangereuse qui lui est liée.

« Les grévistes sont minoritaires »

Ce qui est vrai à l’échelle de la France, s’avère faux à l’échelle des entreprises voire des branches économiques. Lorsque les salariés d’une entreprise initient un mouvement de grève, c’est lors d’une Assemblée Générale (AG) qui rassemble tous les employés, choisissant ensemble les suites du mouvements, que l’arrêt de travailler est décidé. La décision majoritaire est ensuite suivie par l’ensemble des salariés, y compris ceux qui ont refusé ce choix, de manière à bloquer entièrement et durablement la production. C’est le cas dans les raffineries et les dépôts de gazole, comme chez les dockers ou dans les usines industrielles.

Dans la fonction publique et le secteur tertiaire, moins habitué aux arrêts généraux de travail, les salariés choisissent individuellement de faire grève et il est vrai que les grévistes sont généralement minoritaires. Dans les secteurs-clés de la production nationale, cependant, qu’il s’agisse des raffineries de pétrole, des usines sidérurgiques ou du débarquement des marchandises depuis les bateaux, ce sont toujours des grèves majoritaires qui sont menées – et c’est bien pour cela qu’elles ont un impact majeur sur l’économie du pays.

« Les grévistes sont violents »

L’amalgame entre un travailleur en grève et participant à une manifestation, et le casseur, est spécifiquement entretenu par les médias dominants pour ajouter de la confusion à la lecture de l’actualité. Les casseurs sont une réalité du mouvement social ; pour autant, ils n’en sont en aucun cas l’émanation, car ils s’organisent en marge des cortèges de manifestants, dont ils se fichent des revendications et des mots d’ordre. Ceux qui les ont remarqués et étudiés savent qu’il s’agit, chez leurs meneurs, de jeunes hommes blancs issus d’un milieu relativement aisé, qui viennent « en découdre » avec les forces de police pour satisfaire leur envie égoïste de poussée d’adrénaline. En détruisant des vitrines de magasins, des voitures, ou en lançant des pierres, des bouteilles voire des cocktails Molotov sur les compagnies de CRS, les casseurs ne font qu’assouvir une pulsion égocentrique et ne représentent en rien le mouvement. Cette réalité, les médias dominants cherchent à la contredire en se concentrant, dans leur traitement journalistique des mouvements sociaux, sur les « incidents » commis lors des manifestations. Cela n’a rien d’étonnant : les médias de masse sont aux mains d’une dizaine de milliardaires, qui ont intérêt à ce que le public fasse l’amalgame entre manifestants et casseurs pour décrédibiliser l’ensemble du mouvement de grève.

Cela étant, il serait insuffisant de nier toute violence de la part des grévistes. Certains d’entre eux, en particulier dans les entreprises qui cherchent à délocaliser leur production, en viennent parfois à séquestrer leurs cadres dirigeants – comme l’ont fait les 8 de Goodyear – ou à arracher la chemise d’un directeur des ressources humaines – comme cela s’est passé à Air France. Mais pour saisir ce qui anime cette violence, il faut impérativement contextualiser l’acte et le mettre en parallèle avec la violence, certes invisible mais autrement plus destructrice, du grand patronat qui n’a que faire du destin des milliers de familles qui se retrouveront sans emploi ni revenu après la délocalisation de l’unité de production. La violence ouvrière, non celle des casseurs mais des salariés en lutte, n’est qu’une petite réponse à la grande violence dont fait preuve la bourgeoisie financière, certes sans éclat de voix ni geste déplacé, lorsqu’elle voue au chômage et à la grande précarité des milliers de familles de travailleurs.

« Les grévistes sont égoïstes »

Il serait faux de nier cette évidence. C’est dans leur intérêt propre que des salariés se mettent en grève, pour éviter un plan social, une dégradation de leurs conditions de travail – comme les cheminots aujourd’hui – ou une loi scélérate comme la loi travail portée par Manuel Valls et Myriam El Khomri. Les grévistes n’ont pas intérêt à ce que ces reculs de leurs droits sociaux surviennent, et se battent donc pour empêcher le gouvernement ou la direction de l’entreprise de mener à bien ses décisions ravageuses pour le monde du travail.

Pour autant, il faut mesurer une donnée essentielle : ce n’est pas pour leur intérêt à court-terme que les grévistes se battent, mais pour leur intérêt à long-terme. Le premier est sévèrement mis à mal par la perte de revenu synonyme d’une journée de grève, et c’est bien pour le second que des mouvements sociaux ont lieu. Or, l’intérêt à long-terme des salariés mobilisés rejoint l’intérêt à long-terme de tous les salariés. Ce ne sont pas seulement leurs conquêtes sociales que les employés en grève défendent ; ce sont nos conquêtes sociales, qui permettent de ne pas se tuer au travail, d’avoir droit à des congés payés et à une sécurité sociale garantissant un minimum de confort aux malades et aux vieux. Autrement dit, leur intérêt à long-terme rejoint l’intérêt général de l’ensemble des salariés et des privés d’emploi. Cela n’apparaît pas clairement aux travailleurs pénalisés par les grèves, c’est pourtant une réalité incontestable. Par leurs mobilisations, les grévistes cherchent à sauver ce qu’il reste du droit du travail en France, dans l’intérêt de tous les salariés et notamment des jeunes générations qui risquent de connaître des conditions de travail plus difficiles que celles de leurs aînés. C’est pour le bien commun que des grèves ont lieu, non pas pour l’intérêt à court-terme – ni des usagers, ni des grévistes – mais pour l’intérêt à long-terme de tous.

« Les grévistes s’en prennent aux mauvaises personnes »

C’est une incompréhension profonde, et légitime au regard du faible niveau de conscience collective des travailleurs français, qui s’exprime lorsque des blocages économiques rendent plus difficiles le quotidien des usagers de transports ou des automobilistes. Les grèves s’en prendraient aux mauvaises personnes, à ceux qui n’ont « rien demandé », plutôt que de s’attaquer aux véritables fauteurs de troubles – généralement identifiés comme le pouvoir politique, en particulier le gouvernement qui fait passer des lois scélérates. Pourquoi, dès lors, ne pas chercher à s’en prendre aux ministères plutôt qu’au portefeuille du Français moyen ?

Malheureusement, l’analyse rigoureuse de la réalité conduit à considérer que c’est en s’attaquant à l’économie du pays, en cherchant à la bloquer – par la pénurie de gazole, entre autres – que les grévistes se font le mieux entendre. Les ministères sont des bâtiments sécurisés dans lesquels il est impossible pour un cortège de manifestants de pénétrer ; il est toujours possible de manifester devant, comme le font régulièrement des manifestations sectorielles, mais il faut souligner que ce n’est pas ainsi que le gouvernement ou les directions concernées plient devant une mobilisation.

Le véritable pouvoir des salariés français réside, non pas dans la consommation – comme les médias dominants cherchent à le faire croire – mais dans la capacité de production. C’est en bloquant la création de richesses que les employés, par leur grève, brisent le petit quotidien d’un pays pour créer les conditions d’une grande victoire populaire. En s’attaquant à la distribution de gazole, les grévistes ne visent pas les travailleurs automobilistes, même si ces derniers en pâtissent, mais les capitalistes qui perdent un profit phénoménal chaque fois qu’un blocage a lieu. En s’attaquant ainsi à la classe dominante, les salariés en grève peuvent, à la condition d’être nombreux et organisés dans la durée, représenter une perte de profit tellement grande pour les propriétaires de capitaux que ces derniers pèseront le pour et le contre, jusqu’à renoncer aux plans sociaux ou à presser le gouvernement de retirer une loi anti-populaire. En s’attaquant à l’économie du pays, avec tous les effets indésirables que cela peut produire sur les travailleurs, les grévistes construisent les conditions de la victoire. Si le blocage économique continue de s’amplifier dans les prochains jours, comme le laissent entendre les déclarations des responsables syndicaux – avec la grève illimitée à la RATP dès le 2 juin, par exemple – le gouvernement sera mis face au mur et pourra décider, après même son adoption par le Parlement, de retirer la loi travail pour retrouver le chemin de la paix économique. Ainsi, c’est le pouvoir politique exécutif national qui plonge le pays dans un blocage dur, en refusant de revenir sur une loi pourtant décriée par une grande majorité de Français, et ce sera précisément ce blocage qui pourra le conduire à retirer cette loi.

« Les grévistes ruinent la France »

Là encore, nous avons un bel exemple de vocable directement asséné par les médias dominants, pour décrédibiliser voire criminaliser l’action syndicale, en particulier de la Confédération générale du Travail (CGT). Les syndicats seraient responsables de l’ « immobilisme » de la France, de son « manque de compétitivité », de son coût du travail « trop élevé ». Ils seraient la cause de la « ruine » du pays, et ce seraient même eux qui obligeraient les patrons à délocaliser pour trouver une main d’œuvre moins chère et moins combattante !

Cette formule permet un retournement de situation total dans l’éventail des responsabilités économiques en France. Le grand patronat, propriétaire des multinationales, aura toujours intérêt à augmenter ses profits en baissant le coût de production, et notamment celui du travail, en allant chercher la main d’œuvre la moins chère possible à l’échelle du globe. C’est la haute bourgeoisie financière qui est responsable des neuf millions de chômeurs et de précaires en France, car c’est elle qui délocalise depuis quarante ans la production industrielle vers l’Asie, le Maghreb et l’Europe de l’Est. C’est précisément elle qui ruine la France, en organisant une évasion fiscale de la part de ses individus et de ses entreprises, transférant une partie du chiffre d’affaires vers les paradis fiscaux, et en minimisant donc la valeur ajoutée réelle qui est produite en France – en travestissant le PIB à la baisse ! Les salariés qui se battent pour leurs droits ne font que réagir, et tout tenter, pour empêcher justement que cette ruine s’avère catastrophique.

En creux, la mobilisation des employés grévistes permet aussi de mesurer leur importance fondamentale dans la production nationale française : ce sont les salariés qui font tourner l’économie, et non les patrons ! En exerçant leur droit constitutionnel à la grève, les petites mains des grandes industries démontrent que ce sont bien les employés qui créent la richesse, et non la bourgeoisie qui « offre » de l’emploi. Le capital appartient bien à la classe dominante, qu’il s’agisse des terrains, des immeubles, des machines et des outils – mais cela représente, finalement, le travail passé qu’il a fallu pour les mettre en œuvre ; toutes les richesses de notre planète proviennent des efforts passés et actuels des travailleurs, et la classe capitaliste ne fait que s’en emparer pour dominer le monde.

Enfin, voir dans les grévistes des individus qui « ruinent la France » est un discours patronal qui va à l’encontre de toute l’Histoire contemporaine de notre pays. Ce sont des grèves de 1936 et de 1968, fondamentales car majoritaires dans la population, que nous sont parvenus les droits aux cinq semaines de congés payés, à la journée de travail de 8 heures en moyenne, les comités d’entreprises, les tickets restaurants, la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, le salaire minimum interprofessionnel relativement élevé – en comparaison avec d’autres pays voisins – et ce sont des conquêtes ouvrières qui profitent aujourd’hui à l’ensemble des salariés français. Personne ne renoncerait à son droit au repos et à la vie familiale, et il s’agit pourtant de revendications historiques de la classe ouvrière qui ont été acquises de haute lutte par la grève, face à un patronat qui s’est déchaîné pour maintenir le travail des enfants, des salaires de misère, des conditions de travail déplorables et non sécurisées. Tout l’enjeu de la mobilisation actuelle, comme des précédentes luttes des salariés, se situe ici : favoriser le progrès humain et social, en lieu et place de la grande dégradation annoncée de nos conditions de travail pour chercher à concurrencer, sur un marché planétaire, les mains d’œuvres des pays pauvres ou en voie de développement. Les grévistes ne ruinent pas la France, tout au contraire, ils cherchent à assurer pour tous les travailleurs et les jeunes générations un confort mérité, au regard des gigantesques richesses qui existent dans le monde, bien qu’accaparées aujourd’hui par la petite caste de la bourgeoisie milliardaire.


La fatigue et l’agacement d’une partie des travailleurs à l’encontre des grévistes est à considérer du point de vue de la faible conscience de classe des employés français. Cela étant, le blocage économique des salariés en lutte pour leurs droits, pour nos droits de travailleurs à tous, n’est qu’une réponse appropriée à la dégradation annoncée de nos conditions de travail, et matérialisée aujourd’hui dans la loi travail de Valls et El Khomri, qui représente un recul généralisé du progrès social pour le seul profit égoïste de la classe capitaliste. Nous devons défendre les grévistes contre les attaques de tous feux qu’ils subissent, car – contrairement à ce qui est seriné dans les médias dominants – ce sont eux qui créent la richesse et œuvrent au progrès social. Ce modeste contre-argumentaire pourra être enrichi par vos propres réflexions, pour mettre à bas le retournement de responsabilité que la propagande idéologique du patronat, du gouvernement et des journalistes aux ordres produit dans les consciences des travailleurs de France. Ceux qui bloquent notre quotidien et notre avenir, dans notre aspiration au progrès, ne sont pas les grévistes mais les décideurs économiques et politiques – et si mécontentement il doit y avoir, c’est vers eux qu’il doit être tourné.

B.D.

http://lebilan.fr/2016/05/24/comment-br ... -exemples/
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Re: Comment briser l’argumentaire anti-grève

Messagede bipbip » 05 Juin 2016, 15:57

La vielle rengaine patronale...

Juin 1936. Affolement général des patrons. La semaine tombe à quarante heures. Les maîtres des Forges tonnent contre la « loi de fainéantise » : « Nos entreprises sont perdues. C’est la mort industrielle qui nous guette. Comment relever le pays si nos ouvriers habitués à la tache et fiers de l’accomplir travaillent deux fois moins ? La France va à sa ruine. Et tous pâtiront de ce luxe de paresse ».

Décidément, la chanson patronale contre la réduction du temps de travail est une vielle rengaine.

Au fil des siècles, les archives déclinent les mêmes arguments. Nous sommes en 1848. Grâce aux luttes, la journée de travail de certaines entreprises du textile lyonnais vient de passer de quatorze à douze heures. Pour le patronat des soieries, c’est la catastrophe. Economique. Morale. Sociale. Il adresse aussitôt au préfet une supplique pour dénoncer la dangerosité et l’amoralisme de la nouvelle loi : « Nous attirons votre attention sur les graves conséquences qu’auraient à subir nos industries au cas où la loi venait à être appliquée.
Vous le savez, la main d’oeuvre ici est exigeante et hors de prix. Avec quatorze heures, nous tenions à peine. Douze heures précipiteraient les faillites. Le travail dans nos entreprises a toujours commencé à quatre heures du matin, repos à 7 h 30, reprise à huit heures, repos d’un quart d’heure à midi, repos final à 18 h. Le filles employées à cette occupation s’y livrent sans que leur santé n’ait jamais été altérée et sans qu’elle se plaignent de leur sort par ailleurs envieux quand on songe à tous les sans travail qui écument actuellement les rues. Chez nous, la main d’oeuvre est plus coûteuse qu’à l’étranger. Si donc nous maintenions, le même salaire pour la journée réduite à douze heures, la partie ne serait plus tenable. Nous serions dans l’obligation de fermer nos manufactures et de les transporter là où l’ouvrière est la moins dispendieuse.
Et puis qu’on ne se trompe pas, l’ouvrière ramenée à douze heures, suivant pendant la belle saison, les habitudes de nos localités, continuerait à se lever à l’aurore pour n’arriver à la manufacture qu’à la minute obligatoire, plus disposée de se reposer des occupations auxquelles elles auraient vaquer dehors qu’à attaquer avec ferveur le travail de nos fabriques. Redevenue plus tôt libre le soir, elle n’en profiterait pas dans l’intérêt de son sommeil. Il y aurait à craindre pour la moralité de celles qui, étant sans famille se verraient affranchies de toute surveillance pendant deux longues heures de la soirée. »
Les patrons feront la même remarque pour réprouver la loi qui interdit aux enfants le travail dans les mines : « Loi « ignoble », disent-ils, « qui porte atteinte au droit du travail et à la liberté individuelle »

La rengaine reprendra en 1919. La loi des huit heures suscite les mêmes réactions horrifiées. Voici ce qu’écrit un entrepreneur : « On en veut décidément à ceux qui font la richesse du pays. Il est sûr que nos industries péricliteront, et puis que feront nos ouvriers de tout ce temps vacant ? Débauche, fréquentation plus assidue des estaminets et des filles de mauvaise vie. Décidément la morale n’est plus du côté du gouvernement. Faudra-t-il bientôt que nous transportions nos industries dans les colonies ? »

Un dernier exemple. Novembre 1938. Par une série de décrets lois, vite baptisés « décrets misères », le gouvernement Daladier supprime en un jour l’essentiel des acquis du Front Populaire. Entre autre la semaine de quarante heures arrachée en juin 36. L’argument mérite d’être cité en entier : « Cette loi de paresse et de trahison nationale est la cause de tous les maux de notre économie. Elle va précipiter la chute de la France. On ne peut pas avoir une classe ouvrière avec une « semaine de deux dimanches » et un patronat qui s’étrangle pour faire vivre le pays ! ».

Michel ETIEVENT

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