La grève est-elle défaite ?

Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Berckman » 25 Aoû 2008, 13:25

sebiseb a écrit:Je crois également que beaucoup de personnes ne font plus grève parce que les fins de mois sont difficiles, et qu'une journée de salaire en moins, c'est une baguette de pain en moins à se mettre dans la bouche (et celles de ses enfants) - Le capitalisme est arrivé à ses fins, puisque ma les rapports sociaux (donc humains) finalement sont devenus une question d'argent..

Je pense que cela joue, mais que cela n'est pas déterminant : ce ne sont pas nécessairement, contrairement à ce que l'on croit communément, ceux qui ont les situations les plus stables qui se mettent le plus en grève. Les grèves de travailleurs sans papiers, celles des travailleurs et travailleuses du nettoyage et de la grande distribution le montrent...
Je crois surtout qu'il y a un perte de confiance dans l'action collective, lié aux défaites successives du mouvement social, au poids de l'idéologie electoraliste, et au poids de l'individualisme libéral...
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 27 Aoû 2008, 20:39

En plus de ces facteurs, il n'y a pas, non plus, de projet de société réellement rupturiste et alternatif, et le capitalisme apparait au plus grand nombre comme un horizon indépassable. C'est aussi ce manque de perspectives, d'imagination même de comment transformer ce monde, qui fait que l'on est plus que dans des luttes défensives et pas offensives. En avec le tournant pris par les gros syndicats (la CGT y compris maintenant), celà rajoute un élément fortement démobilisant. Du coup il faudrait presque tout réinventer et redonner du sens aux luttes, à la grève, au syndicats...c'est un passage peut-être long et difficile, parce qu'on morfle un max, mais en même temps celà peut être aussi un "boulevard" pour notre mouvement anarchiste révolutionnaire, avec les pratiques et les contenus qu'il peut porter...à condition qu'il en ait la volonté et qu'il aille au "charbon"...
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede sebiseb » 27 Aoû 2008, 20:49

L'horizon indépassable pour les politiques de l'extrême droite à l'extrême gauche, et les syndicats c'est d'obtenir les points de croissance à la survie de l'économie. Si l'on envisageait sérieusement une économie qui, sans même parler de décroissance, sesuffisait à elle-même, on pourrait peut-être envisager plus largement la disparition du capitalisme..
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 27 Aoû 2008, 21:01

absolument, et d'ailleurs celà fait partie du débat à continuer, parce que permanent, car çà ne peut pas être figé, sur le projet de société à partager avec le plus grand nombre, et sur le terrain des luttes qui favorise aussi cette forme d'appropriation du "politique". La question des revendications, par exemple, rentre dans ce cadre...D'ailleurs, le syndicat dans lequel je suis, SUD/Solidaires, aborde ces questions lors du forum qu'il organise le 20 septembre dans mon coin, et où l'un des deux débats traite de la question de la décroissance...
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Alayn » 28 Aoû 2008, 03:40

Bonsoir ! Mélanger "grèves" et "décroissance" me semblent quelque peu too much...

Le thème de la décroissance pourrait faire l'objet d'un topic spécifique....

Salutations Anarchistes !
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede RickRoll » 28 Aoû 2008, 14:11

Les modèles alternatifs ont été décrédibilisés au fil des ans. Parlez-en autour de vous. De plus les gens sont la tête dans le guidon, ils s'inquiètent de leur avenir immédiat et personnel, on a du mal à les faire regarder un peu plus loin.
Par contre je pense qu'il y a un réel mécontentement contre les bureaucraties syndicales et on peut voir que de plus en plus les choses se passent à la base et ce sont des luttes revendicatives (cf ce qu'ont dit qierrot et berckman).

seb, je ne suis pas d'accord avec toi sur le fait que l'horizon indépassable serait la croissance économique. Je pense que c'est avant tout le capitalisme, et après effectivement la croissance économique.
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 30 Aoû 2008, 11:17

Il y a des démarches locales et des appels au niveau national de la "base", pour lancer un appel à une grève générale reconductible...et donc, heureusement, cet outil de lutte ne semble pas enterré, comme ne semble pas soumise toute véléité d'en découdre enfin avec le gouvernement/patronat, malgré, ou en plus, du prochain "temps fort" souhaité par la CGT pour le 7 octobre...à suivre donc...

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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede RickRoll » 30 Aoû 2008, 12:28

Ouais mais ces appels locaux sont pas toujours ultra-suivis, même si les gens les soutiennent pour le principe.
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 30 Aoû 2008, 16:36

oui, et, dans l'état, celà nous renvoie à ce qui a été dit plus haut, et au débat sur les minorités agissantes...(voir partie "théorie")
Il y a aussi deux appels, CNR, et "lettre de masse au états majors syndicaux", avec un appel a la grève le 10 novembre, et une invitation du bout des lèvre à la reconductibilité...mais j'y reviendrais ailleurs...
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 31 Aoû 2008, 14:11

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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Durruti » 22 Sep 2008, 00:00

"Nous sommes tous des grévistes"

Par Marlène Benquet, doctorant en sociologie (ENS-EHESS), paru en tribune dans Libération du mardi 22 juillet.

Que pensait donc Nicolas Sarkozy quand il déclara le 5 juillet : « La France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu’on ne le croit. Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit » ? Probablement, comme Laurence Parisot, que les grèves relèvent d’un « goût un peu masochiste pour le conflit » et qu’à défaut de les faire disparaître, il était possible, en fermant les yeux, d’oublier leur gênante existence.

Pourtant, loin d’avoir disparu, les conflits sociaux se sont transformés ces dernières années. Et ce renouvellement de la cartographie des luttes sociales ne s’apparente en rien à une disparition.

A l’exception de l’année 1995, les années 1980-2000 ont été marquées par une baisse importante du nombre de jours de grève par an, mais on assiste depuis 1999 à une reprise quantitative des conflits sociaux, de leur taux de participation et du nombre de jours non travaillés. Les grèves sont légèrement plus nombreuses que durant la période précédente, plus longues et mieux suivies. De plus, si l’on intègre les arrêts de travail inférieurs à deux jours, les débrayages, les grèves du zèle et les grèves perlées, on constate ces dix dernières années une intensification majeure de la conflictualité. Entre 2002 et 2004, 10 % des établissements ont connu un débrayage contre 7,5 % entre 1996 et 1998 ce qui signifie que 38,8 % des salariés ont été concernés par un conflit collectif entre 1996 et 1998 contre 47,2 % entre 2002 et 2004 (chiffres issus de l’enquête de la Direction de l’animation et de la recherche des études et des statistiques dépendante du ministère du Travail). Cette remontée quantitative des luttes sociales se double de leur modification qualitative. La dernière décennie se caractérise aussi par un déplacement des sujets des mobilisations. D’une part, des secteurs du salariat traditionnellement extérieurs aux mobilisations collectives ont participé à d’importants mouvements sociaux. La Fnac, Castorama, certaines sociétés de nettoyage, Maxilivre, Monoprix, McDonald’s, la grande distribution, pour n’en citer que quelques-unes, ont connu des grèves longues et relativement suivies. Ces branches professionnelles, où la conjonction d’un statut d’emploi précaire, d’un fort taux de féminisation et d’une relative faiblesse syndicale freinait les possibilités objectives de participation à un conflit social, sont devenues des lieux de contestation salariale. Ces conflits « improbables » au regard du statut d’emploi des salariés concernés le sont de moins en moins d’un point de vue statistique.

D’autre part, apparaissent des mobilisations issues de l’extérieur du monde salarial. Les catégories de la population les plus menacées par une précarité sociale et économique sont entrées sur la scène publique et politique pour faire valoir leur droit à une véritable intégration sociale. La mobilisation des chômeurs de 1998 réunis derrière le slogan « On a tous la gueule de l’emploi », le mouvement des sans-logis mené par les Enfants de Don Quichotte l’hiver 2006 ou la grève des travailleurs sans papiers lancée en avril témoignent de ce phénomène : l’organisation collective de populations habituellement exclues des formes traditionnelles de l’action revendicative. La France invisible (La Découverte, 2006) décrite par Stéphane Beaud se donne à voir dans et par la lutte.

La dernière décennie signe une remontée et une extension de la conflictualité. Les conflits sociaux n’émergent plus uniquement à l’intérieur de la norme de l’emploi stable, mais du dehors de cette norme, pour exiger son extension. Les grèves ne sont pas invisibles, mais elles sont portées par des « invisibles » qui investissent les mobilisations et accèdent ainsi à une visibilité sociale et politique. Les sans-papiers, sans-logement, sans-travail commencent à pénétrer ce champ élargi de contestation sociale. Au fond, la cécité présidentielle n’exhibe que les limites de l’autopersuasion. A moins de croire à la pensée magique, elle ne peut rien sur l’existence de ce fait social têtu. Cacher ce qui dérange ne suffit pas à le faire disparaître.
Durruti
 

Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede joe dalton » 23 Sep 2008, 21:53

durruti cite"

La dernière décennie signe une remontée et une extension de la conflictualité. Les conflits sociaux n’émergent plus uniquement à l’intérieur de la norme de l’emploi stable, mais du dehors de cette norme, pour exiger son extension. Les grèves ne sont pas invisibles, mais elles sont portées par des « invisibles » qui investissent les mobilisations et accèdent ainsi à une visibilité sociale et politique. Les sans-papiers, sans-logement, sans-travail commencent à pénétrer ce champ élargi de contestation sociale. Au fond, la cécité présidentielle n’exhibe que les limites de l’autopersuasion. A moins de croire à la pensée magique, elle ne peut rien sur l’existence de ce fait social têtu. Cacher ce qui dérange ne suffit pas à le faire disparaître."
C'est vraie que le mot grève est en train de prendre une signification perverse en occident,et ce grâce a l'invention du chômage structurelle de masse.La grève n'a plus qu'une signification défensive,et du coup elle est perçue comme le fait de privilégies (triste privilège que le travaille salarié) quand elle touche des travailleurs que l'on peut difficilement faire passer pour telle(a macdo par ex)elles sont passer sous silence.
Le travaille salarié, que quiconque se réclamant de l'anarchie voudrait abolir,est désormais dans une position étrange avec la grève.Cet dernière n'est presque qu'invoquer que pour défendre le statut du "droit au travaille":grève sans issue face au délocalisation,qui souvent ont lieu apres avoir avaler 1000 couleuvres sans avoir recourus au droit de grève a ce moment.
Si la grève fut un allié historique incontestable de l'anarchisme,perso je m'interroge sur son avenir en occident.
joe dalton
 

Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede rubion » 01 Oct 2008, 22:45

Sur la question la grève est elle défaite ? Ou dit autrement la grève est elle toujours d’actualité ?
Je pense qu’elle est toujours d’actualité ! A mon avis (vous me direz si je me trompe) si on prend c’est dernières années il y a eu de part le monde nombres de grève et dans différents secteurs, montrant par là qu’il n’y a pas une résignation dans la classe ouvrière mais une combativitté qui se confirme vis à vis des conditions de vie et de travail qui se dégrade
Depuis le début la rentrée il y a eu des journées d’action (en France) et il est vrai que celle-ci n’ont pas réuni grand monde faut il y voir une résignation ? Pour ma part, pas forcément ! Ça peut montrer aussi une certaine réflexion en profondeur sur le fait que de faire grève une journée et de manière séparée ne sert à rien
Rubion. Lecteur de Révolution internationale
http://fr.internationalism.org/
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Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Alayn » 01 Oct 2008, 23:44

Bonsoir ! La question est toujours: est-ce que des grèves pour gagner juste 100 balles de plus sont révolutionnaires et porteuses d'un véritable changement ? Perso, je ne pense pas.

Une grève générale expropriatrice et autogestionnaire et mondiale pourrait créer une véritable rupture avec le système capitalo.

Es-ce que le populo est prêt à çà ? Rien n'est moins sûr non plus...

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: La grève est-elle défaite ?

Messagede Pïérô » 02 Oct 2008, 02:06

En tout cas avec le "temps fort" du 7 octobre, la grève s'en prend encore un coup, mais par les directions syndicales...
Avec, localement pour chez nous le nouveau truc qui tue le capital : le pique-nique unitaire.
Le nouveau crédo risque d'être "luttons pendant les pauses" ou, à la débauche, "tout le monde à l'apéro révolutionnaire".
En même temps se taper deux heures de manifs, en attendant le prochain "temps fort", quand on sait qu'à ce rythme on est pas loin de "la minute de silence contre la politique qui nous écrase", çà laisse encore un peu de temps pour discuter...en espérant que le pique-nique ne soit pas agrémenté de sono musicale, parce que pour discuter sans s'entendre, et de surcroit la bouche pleine...
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