conspirationisme

Re: conspirationisme

Messagede Pïérô » 13 Aoû 2012, 15:21

Enquête sur les théories du complot en quatre parties sur MEDIAPART :
http://www.mediapart.fr/journal/culture ... les-autres
(il faut s'abonner. :-| . Si quelqu'un-e l'est...)
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Les réseaux de l'extrême - les réseaux de l'extrême

Messagede indignados » 26 Fév 2013, 01:44

Les théories conspirationnistes sont de retour, notamment sur Internet. Il faut constater que les sites et vidéos de théorie du complot fleurissent sur internet et ont de l'écho. Même si les théories du complot ont toujours existé, elles ont su s'adapter à ce nouveau média et toucher une population assez large. Il n'est plus rare de constater les relents « conspi » de certains discours en manifestation...

fr) France, Coordination Des Groups Anarchistes CGA - IAL #94 - Le conspirationnisme : danger et impasse d'une critique sociale (en)Date Sat, 23 Feb 2013 14:32:00 +0200
http://ainfos.ca/fr/ainfos09928.html
http://l-indigne.skyrock.com/3145499494 ... treme.html

Date Sat, 23 Feb 2013 14:32:00 +0200


Les théories conspirationnistes sont de retour, notamment sur Internet. Il faut constater que les sites et vidéos de théorie du complot fleurissent sur internet et ont de l'écho. Même si les théories du complot ont toujours existé, elles ont su s'adapter à ce nouveau média et toucher une population assez large. Il n'est plus rare de constater les relents « conspi » de certains discours en manifestation. Même à Saint-Imier, aux rencontres internationales anarchistes, quelques personnes faisaient part de leur volonté de parler du groupe de Bilderberg ou de la commission trilatérale, comme « LE » sujet dont il faut parler, dépassant en importance tous les autres.

Dans le rap français aussi, on trouve des textes reprenant pleinement les thèses conspirationnistes : par exemple Rockin' Squat (ancien membre du groupe Assassin) et Keny Arkana, deux artistes renommé·e·s et politisé·e·s, qui n'ont pas hésité à « dénoncer » les Illuminati, groupe secret qui comploterait pour dominer le monde. Les théories du complot sont souvent associées à l'antisémitisme, le racisme et la haine de l'autre, on imagine une sorte de fantasme qui permet de justifier un État fort, autoritaire, fasciste pour s'attaquer à un bouc émissaire. Historiquement les succès des théories du complot ont toujours permis l'expansion des thèses d'extrême-droite et pourtant, ceux et celles qui portent ce discours ne sont pas toujours de mauvaise foi. C'est pourquoi il nous parait important de réagir, de proposer un discours politique sur ce sujet afin de mettre en garde contre cette façon de raisonner. Il faut pour cela connaître et identifier ce type de propos et ensuite analyser les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber.

Le problème de ces idées, ce n'est pas tant les fausses « vérités » qu'elles véhiculent, que les schémas de pensée et les comportements qui en découlent. Si on commence à se convaincre qu'un petit groupe de personnes diaboliques a, en secret, réussi à prendre le contrôle de la majeure partie des pouvoirs à un niveau à peine imaginable, on peut passer d'une critique révolutionnaire à un comportement anti-révolutionnaire. D'abord, on centralise notre attention sur ce groupe secret, et on attribue beaucoup de maux de notre société à sa volonté destructrice. C'est ainsi qu'une critique du système (patriarcal, capitaliste, ...) se transforme en recherche de boucs émissaires. Prenons l'exemple de la crise de la finance de 2008, il n'est pas rare d'entendre qu'elle serait le fruit d'une financiarisation débridée avec quelques banques d'investissement (notamment Goldman Sachs) dans le rôle d'épouvantail. L'idée selon laquelle le système capitaliste est un système fonctionnant par crise et que, plus il est important, plus ces crises sont lourdes de conséquences sur les populations, passe moins bien que celle qui consiste à dire : occupons-nous de la bourse et tout ira bien ! On voit bien sur cet exemple comment les théories des conspirations dépolitisent les débats : d'une analyse d'un système avec ses ressorts, ses contraintes et ses conséquences on passe à l'appréciation de telle personne ou telle entreprise et on juge sa bienveillance ou sa malfaisance supposées. Dans les débats, cela se traduit par une perte de temps et de salive, sur les blogs, on appelle ça troller : rendre stérile une discussion. Aller vérifier telle information sur telle personne ou entreprise demande du temps et de l'énergie et éloigne du vrai sujet : la critique du système.

Ainsi, la critique du conspirationnisme ne doit pas se limiter à contrecarrer méthodiquement les théories les plus farfelues et montrer qu'elles sont absurdes. Il faut débusquer les mécanismes de réflexion sur lesquels elles s'appuient et les partager pour s'en défaire. Ces théories peuvent paraitre séduisantes pour n'importe qui : après tout, n'y aurait-il pas un complot mondial de la classe possédante contre la classe des travailleur·euse·s ? Il faut trouver des outils de défense intellectuelle qui permettent à toutes et à tous de cerner rapidement l'intérêt d'une théorie, d'une discussion, d'un débat et de se prémunir contre la confusion, l'inaction que représentent les théories du complot.

Ce que sont les conspirations

Le savoir de type scientifique ne donnant pas de réponse immédiate et simple à la recherche du sens, celle-ci s'épuise à travers d'autres moyens. Nous avons été formé·e·s, instruit·e·s, mais cette formation n'est pas adéquate à l'acquisition d'une habileté à trier les propositions en distinguant leur qualité et en établissant des critères à la fois de vérité et de justice.

Les théories du complot pourraient exister depuis la nuit des temps, mais apparaissent clairement par écrit avec la fin de l'hégémonie religieuse. Après 1980, les complots changent d'apparence, ils sont réactivés par hybridation avec des thèmes ésotériques (satanisme, magie, ancienne civilisation, extraterrestres...)

Le complot mêle des domaines plus originaux comme la géographie (la théorie de la terre creuse), la médecine (vaccins) ou des mythes plus urbains (11 septembre 2001, zone 51, triangle des Bermudes...) Avec l'Internet, le complot mute. Il va favoriser la banalisation et la prolongation des rumeurs enpermettant leur support anonymisé à travers la toile. Le complotisme devient une occasion pour la population d'avoir l'impression d'être à l'initiative de certains raisonnements.

On peut distinguer 3 éléments :

1 ) La conspiration comme fait (complot, ou conspiration événementielle). Dans les analyses juridiques du droit canadien, le complot est reconnu comme crime non-parfait, procédé que peut employer un groupe, mais ces conspira tions existent de manière isolée. Ces conspirations attaquent les pouvoirs d'institutions officielles (comme la CIA, ou la commission trilatérale) ou cachées (franc-maçonnerie).

2) Le conspirationnisme (complotisme, vaste ou méga-complot, grande ou superconspiration). Le conspirationnisme ressemble à une vision politique autosuffisante selon laquelle l'ensemble des pouvoirs, des forces, sont le fruit de conspirations. Il semble avoir pour objectif, non de rétablir la justice, mais de dénoncer l'existence de groupes, agences ou intentions occultes. Le complotisme dénonce mais ne donne aucune méthode pour lutter contre le complot, il semblerait que sa révélation suffise à faire disparaître les rapports de forces.

3) La théorie, soupçon ou doute, de la conspiration (conspiration systémique) est une explication qui n'est pas nécessairement liée à une adhésion au conspirationnisme. On rattache des situations éparses à un complot à long terme, ayant un rapport avec un pouvoir particulier, dans l'objectif de dénoncer son infiltration, voire de le faire tomber (moins courant). Ces théories insistent plus sur l'aspect « caché » ou secret. Cette attribution est donnée parfois à un groupe, à un accord ou à une action particulière.

Cibles courantes. D'abord « Mage », Ventriloque ; puis Juif, Jésuite et Franc-Maçon. Plus moderne : Bolchévik et Nazi. Contemporaine : Bildeberg, Illuminati, Extraterrestre.

Types. Il semble que si la peur et la méfiance sont corrélées (sans forcément être cause) à tous les genres de conspirations, celles accusant les autorités (type « Système ») semblent plutôt marquées par l' « irrationalité » (croyance dans certains phénomènes ésotériques), et celles mettant en scène des minorités (type « Minorités », par exemple juifs ou terroristes musulmans). Ce n'est pas un type de complot qui succède historiquement à l'autre, mais des types qui co-existent aujourd'hui.

On peut donc distinguer 3 types de complots : ceux anti-système, ceux marqués par l'irrationnel (souvent liés, il est vrai aux personnes qui croient aux précédents) et ceux type « Minorités ». Risques réels. Certaines cibles, ou croyances ont des conséquences sociales moindres que les autres. Accuser Dieu, ou les Extraterrestres entraine relativement peu de danger pour la population, par contre quand l'accusation porte sur des ensembles socialement reconnus (Juifs, Noirs, Femmes...) le danger est plus élevé. Quelque part, l'inexistence, le flou, ou la discrétion (Illuminati, Bildeberg, Francs-Maçons) qui entoure certains ensembles diminue les risques, sans les éliminer pour autant : le soupçon lié à une méconnaissance des enjeux politiques peut amener à soutenir des groupes dangereux, tout comme le soupçon lié à la méconnaissance a par le passé mené à brûler des prétendues « sorcières ».

La théorie de la conspiration est une des méthodes pour s'accaparer à peu de frais les convictions des masses. Le problème n'est pas tant la théorie du complot ellemême, mais le manque de moyens pour s'en défendre, la facilitation de l'aliénation, les encouragements politiques associés à certaines de ces idées.

Le conspirationnisme et la crise

L'explication de la crise économique que nous traversons, comme une conspiration globale, est de plus en plus répandue. Pour une extrême droite américaine et européenne, historiquement antisémite, c'est l'occasion de redéployer un discours connu et ancien. À l'extrême gauche, l'évolution générale d'une critique sociale anticapitaliste vers une critique antilibérale offre un terrain propice au développement des thèses conspirationnistes. En plaçant la finance et les banques comme ennemies principales, et en abandonnant la critique de la propriété au profit d'une simple critique de la spéculation il est aisé de remettre au gout du jour les thèses conspirationnistes.

À l'extrême droite

À l'extrême droite, si les théories développées ne sont pas toujours antisémites, elles utilisent le même récit. La critique d'une « élite apatride », « mondialisée » est utilisée pour séduire les couches populaires tout en réintroduisant la question du national dans le débat sur la crise. Les références sont parfois explicites comme en Grèce, où le mardi 23 octobre le député Ilias Kasidiaris, porte-parole du parti néo-nazi Aube Dorée, a lu à haute voix un extrait des Protocoles des Sages de Sion au parlement grec. En France sans parler d'antisémitisme, Marine Le Pen développe dans un livre sorti en janvier 2012 une thèse sur l'existence d'un complot mondialiste » s'attaquant aux identités, aux cultures et aux nations et une crise économique qui serait la volonté d'une « oligarchie mondialisée ». Derrière une critique de façade de la crise économique, qui ne s'attaque jamais au capitalisme productif, ni a la propriété, c'est bien un discours nationaliste, xénophobe et partisan d'un État fort et autoritaire qui est diffusé.

La contamination de l'imagerie et du vocabulaire conspirationniste chez les anticapitalistes

Loin de toucher uniquement l'extrême droite, le discours conspirationniste sur la crise contamine très souvent les discours antilibéraux de gauche et anticapitalistes. Si l'ambiguïté entre certains discours anticapitalistes sur la crise n'est pas souvent voulue, elle est pourtant bien réelle. Parfois par facilité, ou pour rendre l'exposé plus parlant, certains discours anticapitalistes se concentrent, non pas sur une critique du système capitaliste en tant que système politique et économique mais, sur quelques multinationales ou quelques familles de milliardaires. En récupérant un vocabulaire connoté comme celui d' « hyperclasse » au lieu de bourgeoisie ou de classe dirigeante ou en concentrant uniquement la critique sur les banques avec le terme de « bankster » on abandonne une critique radicale de la propriété et d'un système politique mais on facilite aussi l'ambiguïté souhaitée par certains groupes d'extrême droite entre un discours anticapitaliste et un discours conspirationniste ou nationaliste. L'idée d'un complot, d'une conspiration,

repose souvent sur un présupposé, les auteur·e·s du complot, de la conspiration, auraient un contrôle total de la situation. Toutes les cartes seraient maitrisées. Certain·e·s conspirationnistes poussent cette logique jusqu'au bout et considèrent que dans la situation de crise économique les mouvements de contestation font, eux aussi, partie du complot et sont donc manipulés. Puisque le contrôle est total, la contestation est elle-même une manipulation, il n'y aurait donc aucun intérêt à participer à un mouvement contestataire comme pour Occupy Wall Street, présenté par certain·e·s conspirationnistes comme une manipulation de Georges Sorros. Dans cette situation les adeptes du conspirationnisme se limitent alors uniquement à exposer une soi-disant vérité cachée d'un complot mondial, sans proposer de perspectives, favorisant ainsi l'immobilisme face à une crise et à un danger bien réel.

Une des erreurs du conspirationnisme est de considérer les classes dirigeantes ou certaines parties d'entre elles comme infaillibles, et ainsi d'oublier que, comme tout groupe social, elles sont soumises à des contradictions internes. Pourtant nous arrivons très bien à concevoir ces contradictions au sein de notre propre groupe, et ce constat fait partie des bases de nos réflexions\ : pourquoi la conscience de classe est-elle aussi faible ? pourquoi certain·e·s ouvrier·e·s soutiennent des partis favorables au patronat ? etc. De même que nous souffrons de divisions internes, les classes dirigeantes n'en sont pas épargnées, et bien heureusement ! Le prétexte de la crise économique est aujourd'hui utilisé pour mettre en place une politique de casse sociale. Cela ne fait pour autant de la crise une conspiration. La crise est une faille du capitalisme que les capitalistes eux·elles-mêmes peuvent utiliser ou non en leur faveur, mais à laquelle nous devons réagir. Les dernières années et les dites prédictions des économistes nous ont bien montré que loin d'être infaillibles, la majorité des capitalistes se sont retrouvé·e·s face à une situation ou il·elle·s ne pouvaient qu'improviser. L'existence de ces failles nous montre que si le système capitaliste est un adversaire redoutable, il n'est pas infaillible, il ne contrôle pas tout et peut être dépassé.

Antonin, Florian, Xavier,

Groupe de Montpellier
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Les réseaux de l'extrême
Société réalisé en 2012 par Caroline Fourest


Les réseaux de l'extrême : liste des épisodes
Les radicaux de l'islam - vendredi 01 mars 2013
Les obsédés du complot - vendredi 22 février 2013
Les naufragés de Sion - mardi 19 février 2013
Les enragés de l'identité - mardi 19 février 2013
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Re: conspirationisme

Messagede Pïérô » 26 Sep 2015, 20:09

Confusionnisme et conspirationnisme, les deux revers d’une même médaille.

Durant le camp de Bure, une discussion programmée portait sur le confusionnisme et les théories du complot. En guise d’amorce, une tentative d’analyse avait été faite pour essayer de présenter ce qu’est le confusionnisme.
Suite à la demande de certain-e-s participant-e-s à la discussion, cette présentation a été retranscrite et reproduite ici. Il ne s’agit pas de livrer une vérité sur un plateau, mais de partager un point de vue.


Les fondements mystiques du conspirationnisme

Les théories du complot ont toujours existé. Avec internet, elles se sont démultipliées à l’infini et sont devenues plus accessibles à tou-te-s.

Le conspirationnisme (ou complotisme) a également toujours bénéficié de la méfiance populaire à l’égard du pouvoir. Il a toujours été présent dans toutes les cultures primitives et reposait sur les croyances et les traditions. La rationalisation des rapports sociaux par les pouvoirs centraux remettait en cause les formes d’organisations locales primitives, l’autorité morale des anciens chefs religieux et la domination patriarcale du chef de famille, principaux vecteur de diffusion des croyances et certitudes des populations placées sous leur influence.

Cette méfiance à l’égard du pouvoir politique central s’est accompagné longtemps de perceptions mystiques et manichéennes du monde et de la société. Le pouvoir séculier accaparé par certains hommes incarnait le mal, tandis que l’ordre naturel voulu par les dieux incarnait le bien. Il y a chez beaucoup de conspirationnistes l’idée que la cité des hommes est mauvaise par nature, alors que l’ordre naturel est bon. C’est Babylone contre Gaïa, concepts qu’on a entendu régulièrement ces deux dernières années, et notamment sur les ZADs.

Avec la Révolution française et la réappropriation de la chose politique par les masses populaires, le conspirationnisme s’est politisé. La critique du pouvoir s’est nourrie de concepts politiques et la référence à Dieu a été un peu laissée de côté, même si les théories du complot sont encore très largement inspirées de mysticisme et de religiosité.

Et, ce qui est nouveau avec le XIXe siècle, c’est l’identification du Mal. Depuis le boulangisme et l’affaire Dreyfus, ce pouvoir maléfique a été assimilé aux juifs. Là encore, la mystique joue un rôle. Le Mal est incarné par des "mauvais croyants", et notamment par ceux qui sont supposés avoir tué le bien en tuant le Christ. Et derrière la trahison du Christ, il y a le complot fomenté par Judas.

Le conspirationnisme n’est donc pas un positionnement politique, c’est une croyance. Il n’est pas rationnel.

Ce qui caractérise le conspirationnisme, c’est un mélange paradoxal entre scepticisme et crédulité. Toute vérité venant d’en haut est mise en doute, en faveur de vérités multiples émanant du peuple lui-même. Pour étayer ces vérités factices, le manque d’éléments de preuve est gommé par la certitude d’être détenteur-rice de la vérité et du bien. On remet en question systématiquement l’opinion commune ou la version officielle livrée par le pouvoir, tout en acceptant sans critique une version alternative proposée par un quelconque charlatan. On croit plutôt le chamane du village que le représentant du pouvoir.

Il y a autant de théories du complot et de croyances qu’il y a d’être humains, puisqu’elles ne supportent aucun argument d’autorité. Et aucun élément rationnel ne peut mettre en doute des vérités reposant sur la foi.

La falsification des faits historiques

Le conspirationnisme, puisqu’il ne dépend d’aucune autorité de régulation, repose avant tout sur la falsification des faits et de documents historiques. Le conspirationnisme est révisionniste, puisqu’il accepte que chaque personne, dotée de son libre-arbitre, est libre de refaire l’histoire, de la transformer et de la falsifier, si tant est que cette personne bénéficie de la confiance et de la crédulité des autres.

Thierry Meyssan est actuellement l’une des personnes les plus influentes dans les sphères du conspirationnisme (avec Michel Collon, Jean Bricmont, Etienne Chouard, Annie Lacroix-Riz, etc). A ce titre, il joue le rôle de chamane du village et diffuse chaque semaine sur son site internet (Réseau Voltaire) de nouvelles théories du complot, qui sont autant d’interprétations hasardeuses de l’actualité politique mondiale. Celles-ci sont inspirées, reprises et amplifiées par toute une série de sites internets sympathisants (agoravox, media presse info, alterinfo, agence info libre, stop mensonges, activeast, actuwiki, cercle des volontaires, demosophie, independenza tv, informaction, le grand soir, meta tv, reopen911, etc).

Meyssan et ses semblables s’entourent également d’une large communauté de négationnistes et de révisionnistes, spécialistes en falsifications historiques (Robert Faurisson, Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Richard Williamson, etc). Et parmi ces falsifications, celles qui consistent à nier ou relativiser la réalité du génocide des juifs au cours de la seconde guerre mondiale sont les plus populaires, et servent de support à d’autres théories du complot permettant de diffuser de fausses vérités sur la géopolitique contemporaine.

Le conspirationnisme "politisé"

On l’a vu avec l’affaire Dreyfus, le conspirationnisme est alimenté depuis le XIXe siècle par des idées de droite, nationalistes et judéophobes. Mais ce qui est nouveau depuis trente ans, c’est l’alimentation des théories du complot par des idées de gauche.

Ce mélange d’idées de droite et de gauche pour venir renforcer une vision conspirationniste du monde ont donné naissance à une nouvelle forme de confusionnisme politique, clairement « rouge-brune », sur lequel surfent des figures comme Dieudonné M’bala M’bala ou Alain Soral.

Tout d’abord, il faut pouvoir expliquer les causes de cette confusion politique. Ce qui apparaît clair, et pour résumer, c’est que depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la guerre froide et la naissance du néo-libéralisme, les idéologies politiques traditionnelles nées du capitalisme ont été désavouées les unes après les autres : le fascisme par la seconde guerre mondiale, le communisme par le totalitarisme soviétique et la guerre froide, la sociale-démocratie par le libéralisme économique, et plus récemment, le libéralisme économique par les conséquences de sa propre faillite (crises répétées, licenciements et chômage de masse, croissance aveugle, destruction de l’environnement, etc.)

Une grande partie de la population n’a tout simplement plus confiance dans la politique traditionnelle. Les repères sont devenus flous et les projets de société portés par les idéologies citées précédemment ont tous été déçus. De fait, peu y croient encore.

Mais toute pensée politique se construit à partir de valeurs qui, elles, survivent à la mise à mort des idéologies. Ce sont ces valeurs, prises à droite ou à gauche, qui vont constituer une fois mises ensemble, de nouvelles idéologies, confuses politiquement car faisant table rase des anciens systèmes de valeurs.

Pour comprendre de quoi est fait ce qu’on a choisi d’appeler le « confusionnisme », on va parler de « référentiels ». Chacun fait référence, tout au moins dans son imaginaire, à des valeurs qui appartiennent traditionnellement soit à la droite, soit à la gauche.

Anti-impérialisme

Dans le confusionnisme, il existe une attirance certaine pour la critique de la mondialisation, qui s’inspire à la fois de l’altermondialisme, référentiel de gauche, et du nationalisme, référentiel de droite. Le constat partagé, c’est que le libéralisme a produit les conditions de la crise, et qu’il faut revenir à un certain pragmatisme politique qui voudrait qu’on se replie sur nos bonnes vieilles frontières, parce que c’est ce qu’on connaît bien et c’est ce qu’on maîtrise. L’Etat-Nation, totalitaire s’il le faut, devient le seul rempart face à la mondialisation. Et si certains rêvent encore d’Europe, c’est d’une Europe des Nations. Le confusionnisme ne s’inspire pas d’idées universalistes, mais bien plutôt d’idées « inter-nationalistes ».

Les confusionnistes sont anti-impérialistes, mais ne rejettent pas l’existence des frontières et des nations. Ils perpétuent ainsi une vision du monde bipolaire, où il y aurait d’un côté le camp des impérialistes, de l’autre des nations non-alignées. Et contrairement à la situation qui dominait durant la guerre froide, la Russie a, dans l’esprit des confusionnistes, rejoint le camp des non-alignés, avec l’Iran d’Ahmadinejad, la Syrie de Assad ou la Libye de Khadafi. Si l’anti-impérialisme est un référentiel de gauche, le soutien à des régimes nationalistes (pour la seule raison qu’ils s’opposent aux Etats-Unis, à l’Europe et à Israël), est un réflexe de droite. Il va de soi que cette position, impliquant la légitimation de régimes nationalistes, exige de ceux qui la défendent de nier les crimes commis par ces régimes.

Nationalisme

Le nationalisme, c’est l’idée qu’on est tou-te-s attaché-e-s au territoire sur lequel on est né. Cela implique qu’on n’est pas libre de choisir, que le lieu de notre naissance conditionne notre appartenance à un groupe humain. Le confusionnisme s’inspire d’idées qui prétendent voir dans la mondialisation une manigance pour désunir le peuple. Le peuple n’est pas vu ici comme la communauté humaine dans son ensemble, mais plutôt comme une partie du peuple qui partagerait les mêmes valeurs du fait de son appartenance à un même territoire. La critique de la mondialisation s’accompagne ici d’une dimension racialiste, qui voit le mélange des populations comme une menace pour l’intégrité et la souveraineté de chaque groupe humain.

Dans les théories du complot, on voit souvent revenir l’idée qu’il y aurait une élite cosmopolite ou nomade, donc déterritorialisée car non attachée à un territoire, qui organiserait le monde dans le but de dominer l’humanité. Cette élite n’accorderait aucune importance aux spécificités culturelles, voire chercherait volontairement à les uniformiser. C’est ainsi que les théories conspirationnistes s’accomodent très facilement d’une critique de la mixité et des mélanges culturels, et par extension, de l’immigration.

C’est aussi la raison pour laquelle le conspirationnisme est fondamentalement judéophobe, dans la mesure où il assimile la communauté juive à cette élite cosmopolite (sionnistes, illuminati, francs-maçons, groupe Bildeberg, etc.), en raison de la diaspora et de sa réussite sociale supposée dans les pays occidentaux. Elle accuse les juifs, sans forcément toujours les nommer, d’organiser la déchéance des civilisations occidentales par l’inoculation de valeurs multiculturalistes. La judéophobie, très présente dans les thèses conspirationnistes, n’est qu’un des nombreux avatars du nationalisme.

Anti-parlementarisme

Cette vision manichéenne du monde explique aussi le fait que le confusionnisme est anti-parlementaire. Il voit dans les instances dirigeantes l’expression visible du complot. Ce n’est pas parce qu’il est anti-autoritaire ou parce qu’il croit dans l’autogestion que le confusionnisme est contre l’Etat, mais parce qu’il pense que celui-ci est le jouet de forces occultes qui veulent diriger le monde. Que ce soit le parlement français, le parlement européen, la knesset ou le congrès des Etats-Unis, voire le FMI ou la Banque Mondiale, toutes ces instances ne sont pour les conspirationnistes que l’instrument d’une élite agissant dans l’ombre, dans des cercles secrets. On retrouve chez les conspirationnistes les croyances simplistes et manichéennes qui animaîent les ligues fascistes des années 1930. Pour autant, la douma russe bénéficie de la part des conspirationnistes d’un blanc-sein totalement partial, lavée de toute compromission et présentée comme le fer de lance de l’anti-impérialisme. Les conspirationnistes ne portent pas une critique du pouvoir ou des rapports de domination, mais décident arbitrairement ou naïvement quel pouvoir est bon et lequel est mauvais.

Esprit républicain

Dieudonné ou Alain Soral, qui incarnent mieux que quiconque aujourd’hui le confusionnisme politique, font également preuve d’un certain attachement aux valeurs républicaines, qui vont chercher autant dans les référentiels de gauche que de droite : la Révolution française, incarnée par la marseillaise et le drapeau français, les libertés acquises au début de la Troisième République (liberté d’expression, d’association, etc.) ou encore la figure de la Marianne qui n’est autre qu’une forme contemporaine de Jeanne d’Arc.

On y retrouve à la fois une fascination pour un certain ordre moral, des traditions et des valeurs patriotiques, mais aussi un esprit d’insoumission, guidé par une volonté de se réapproprier les valeurs de fraternité, d’égalité et de liberté qui leur auraient été spoliées par d’autres (toujours ces forces occultes tant honies). S’il y a incontestablement chez Soral la figure patriarcale du père, on retrouve chez Dieudonné beaucoup plus la figure du frère : le premier s’appuie sur le respect des aïeux, le second fait appel à la solidarité de ses semblables. L’héritage et la solidarité, mélange qu’on retrouve chez l’extrême-droite solidariste (en France, la Droite Socialiste de Thomas Werlet incarne ce courant). Mais l’un comme l’autre s’abritent derrière la conviction d’appartenir aux opprimés, dans un sentiment partagé de persécution. Revient chez eux souvent l’idée qu’une force étrangère les aurait dépossédé du pouvoir de décision, que leur virilité révolutionnaire (donc républicaine, incarnée par l’hymne et le drapeau) serait menacée par le fait d’avoir été dépossédés des valeurs (liberté, égalité, fraternité) et des fantasmes machistes (Marianne ou Jeanne d’Arc) auxquelles ils sont attachés.

Populisme rouge-brun

Ce mélange paradoxal de valeurs de droite et de gauche fait le succès des confusionnistes : il permet à l’apolitisme de se trouver des héraults. Soral et Dieudonné invitent tou-te-s cell-eux qui n’ont plus de repères à s’unir, ou à oublier leurs éventuelles dissensions, pour sauver le bateau qui coule. L’idée, c’est avant tout de resserer les rangs autour d’une appartenance identitaire facile, la Nation, parce qu’il suffit de savoir où on est né pour savoir à quel camp on appartient, pour combattre ce qui la menace, à savoir le grand méchant loup, incarné essentiellement par les juifs et leurs alliés cosmopolites (impérialistes, mondialistes, etc.)

C’est le fondement même de la « réconciliation nationale » qu’ils défendent (et qui est le nom de leur nouveau parti politique, dont les couleurs sont bleu-blanc-rouge : pourquoi changer ?). L’idée que tout clivage politique peut être effacé et qu’on peut mixer les référentiels de gauche et de droite pour ne former qu’une seule et même soupe rouge-brune. L’idée peut paraître séduisante, mais il s’agit bien d’un leurre, puisqu’au final, du mélange de couleurs il ne reste que le brun uniforme. Cette vision n’est qu’une reformulation un peu plus sexy du national-socialisme.

Conspirationnisme et confusionnisme ne sont que les deux faces d’une même pièce. Ils sont une réminiscence du populisme, utilisé par des personnes instruites pour s’acoquiner les masses populaires en manipulant leurs fantasmes, leurs croyances, leurs démons, et surtout l’ignorance d’une partie d’entre elles.

Le rouge-brun, c’est la couleur du vomi

Ce qui fait le succès du confusionnisme, c’est l’absence d’appartenance politique claire, mais aussi le fait qu’il prétend concilier toutes les sensibilités. C’est la raison pour laquelle il a eu du succès au sein du mouvement des indigné-e-s, qui refusait de se construire une identité politique propre. Il y a en France un lien direct entre le mouvement des indigné-e-s, le « jour de colère » ou le « mouvement du 14 juillet », qui les uns comme les autres ont rassemblé un ensemble hétérogène de personnes apolitiques ou politiquement confuses, mêlant valeurs de gauche et de droite, et qui n’avaient en commun que le désir (légitime) de changer le monde par une révolution, et cela quelle qu’en soit l’issue.

L’autre force du confusionnisme, c’est de prétendre fondre les différences religieuses dans une seule et même « union de tou-te-s les (très) croyant-e-s ». Dans cette optique, l’incrédulité des non-croyant-e-s et la laïcité du pouvoir politique sont mal vus, car elles mettent en lumière la dimension mystique et naïve de cette « insurrection apolitique ». Les Soral et Dieudonné sont ainsi plus proches des milieux radicaux chiites (Centre Zahra, Hezbollah libanais) ou des intégristes catholiques (Civitas), alliés historiques de l’extrême-droite française, que de la gauche agnostique ou des croyant-e-s modéré-e-s. Ils participent d’ailleurs régulièrement à jeter le discrédit sur des religieux proches du pouvoir, tel que l’imam de Drancy, présenté comme un traître et qualifié régulièrement « d’imam des juifs » par leurs adeptes. L’union de tou-te-s les croyant-e-s n’incluant pas les juifs, bien entendu.

Mais au final, derrière une réconciliation de façade, le confusionnisme fait le lit de l’obscurantisme, qu’il soit politique ou religieux. Tirant un trait sur les idéologies, il fait le commerce de mensonges et d’un gloubigoulba de valeurs prises tantôt à la gauche républicaine, tantôt dans les bas-fonds de la pensée fasciste. Du même coup, il foule au pied les efforts déployés par les milieux libertaires pour fédérer les populations derrière des valeurs positives, véritablement émancipatrices et non faussement révolutionnaires. En définitive, Soral, Dieudonné et leurs ami-e-s ne sont que les idiot-e-s utiles d’un système qu’il/elles prétendent combattre.

Tou-te-s cell-eux qui s’égarent dans le confusionnisme en finiront écoeuré-e-s. Trompé-e-s, il/elles finiront par comprendre que les fausses idées véhiculées par leurs promoteur-rices ne sont qu’un torrent de vomi.

Ces idées, il vaut mieux les recracher que les garder à l’intérieur de sa tête.


Et, avant de terminer, quelques petits liens utiles, ou simplement pour se fendre la poire (sites très probablement impulsés par la CIA et/ou le Mossad, rédigés avec des tentacules et financés par le richissime comte Dracula, bien connu pour être un sioniste) :

1) http://www.charlatans.info/conspiration.shtml
2) http://confusionnisme.info/
3) http://www.conspiracywatch.info/
4) http://www.parasite.antifa-net.fr/liste ... sion-2015/


P.-S.
Pour cell-eux qui voudraient poursuivre la discussion : limace_degueulasse@riseup.net

https://paris-luttes.info/confusionnisme-et-3728
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 01 Déc 2015, 19:23

Les théories du complot ou « la vérité est ailleurs »

Les thèmes conspirationnistes connaissent un succès croissant sur Internet, comme je l’ai mis en évidence dans plusieurs travaux de recherche. Pour une frange de plus en plus importante de la population occidentale, la « vérité est ailleurs », ainsi que l’énonce explicitement le slogan de X-Files, célèbre série télévisée américaine au contenu ouvertement complotiste, ou si l’on préfère « conspirationniste ».

Cette recherche est importante pour comprendre comment cette thématique se diffuse autant, touchant des secteurs de plus en plus large de l’opinion publique des démocraties occidentales. Et si elle couvre l’ensemble du spectre politique, elle contamine principalement les extrêmes, de gauche comme de droite. Voici un bref état des lieux, fondé sur l’analyse d’un important corpus de documents numériques et papiers (blogs, sites, livres et articles).

... http://sms.hypotheses.org/5838
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 15 Mar 2016, 16:40

"Grand complot - Ce qu'on vous cache"

C'est le titre du dossier consacré ce week-end par Libération au phénomène complotiste.

• Air du temps, par Laurent Joffrin (édito)
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... ps_1439152

• Le grand complot qui est-il, quel est son réseau ?
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... au_1439150

• Rudy Reichstadt : «Une vision du monde de plus en plus paranoïaque»
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... ue_1439154

• Ronan Cherel : «Sortir gagnant d’une joute avec un élève, c’est en réalité perdre»
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... re_1439151

• Pour les jeunes, le diable se cache dans les médias
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... as_1439153

• Alain Soral, des histoires à endormir debout
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... ut_1439125

• Le sida comme arme anticastriste, vraiment ?
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... nt_1439126

• Les Illuminati, seigneurs de la parano
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... no_1439108

• Pop culture : la manne conspirationniste
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... te_1439109

• Stéphane François : «Ce complotisme se pare du voile de l’hypercriticisme»
http://www.liberation.fr/france/2016/03 ... me_1439022

http://www.conspiracywatch.info/Dossier ... a1558.html
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 17 Sep 2016, 12:57

Toulouse samedi 17 septembre 2016

Conférence sur “confusionnisme et théories du complot”

L’UAT (Union Antifasciste Toulousaine) organise une conférence samedi 17 septembre à 18h à la Chapelle (36, rue Danielle Casanova, métro Compans Caffareli). Le thème de cette conférence portera sur “CONFUSIONNISME ET THÉORIES DU COMPLOT”, animé par Yannis Youlountas.

Complot sioniste, nouvel ordre mondial, 1%, chemtrails, juifs dominant la finance internationale, franc-maçons, reptiliens, prédestination extra-terrestre,… Nombreux sont ceux et celles qui y croient et se laissent aller à la facilité intellectuelle d’expliquer simplement et en surface le monde et nos réalités. Pour nous, les mots et leur sens sont importants. Nous avons tous été, dans nos luttes et nos vies, confrontés ces derniers temps aux idées et thèses complotistes et le large tourbillon confusionniste ambiant. Levier de xénophobie et terreau fertile au développement des populismes, le confusionnisme est un système idéologique complexe à aborder, qui semble bien s’acclimater en milieu capitaliste, surfant sur l’enfermement et le repli auxquels nous contraint cette société.

Entre victimisation systématique, référentiels de gauche, de droite, fricotant avec les fachos et occultant le capitalisme et les systèmes de domination : À qui profite le confusionnisme et qu’est ce que ça change à la situation ? Quelles réponses, quelles stratégies devons nous déployer ? Comment (re)placer la critique du capitalisme et de ces systèmes de domination au coeur de nos idées et de nos actes pour construire les ripostes sociales nécessaires ? On vous attend nombreux et nombreuses pour débattre avec nous !

Image

http://lahorde.samizdat.net/2016/09/15/ ... u-complot/
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 22 Déc 2016, 13:31

Comment une vidéo conspirationniste sur la Syrie est devenue la deuxième la plus vue sur YouTube

La propagande russo-syrienne à propos de la bataille d’Alep bat son plein. Sur YouTube, la seconde vidéo la plus vue en ce moment émane ainsi de Russia Today France, preuve de sa puissance sur internet.

Le titre de cette vidéo est un programme en soi : “ONU : une journaliste démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie”. Tous les critères pour lui assurer un buzz sur internet sont remplis : la figure tutélaire de l’ONU (argument d’autorité), le verbe “démonter” qui promet une vérité révélée, la brièveté (“deux minutes”) et la cible, assez classique (les “médias traditionnels”).

De fait, sur YouTube, elle a cartonné. Postée le 13 décembre en pleine bataille d’Alep, elle a atteint aujourd’hui 419 000 vues, et apparaît dans les “tendances” YouTube en deuxième position, entre une vidéo humoristique et un top 10 insolite. Pourtant, il s’agit d’un exemple typique de propagande russe sur le conflit en Syrie, et donc de désinformation.

... http://www.lesinrocks.com/2016/12/15/ac ... -11889000/
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Re: conspirationisme

Messagede Pïérô » 30 Déc 2016, 23:07

C’est quoi la « complosphère » ?

Desintox à l’attention des visiteurs des sites Meta TV, Cercle des volontaires, Agence Info Libre, Informaction, Crôa, Alterinfo, Le Message, Le Libre Penseur, Wikistrike, Quenel+, TV Libertés ou encore Égalité & Réconciliation.

C’EST QUOI LA « COMPLOSPHÈRE » ?

La « complosphère » est une nébuleuse de sites internet qui attire beaucoup de déçus de la politique et qui déstabilise doublement les plus crédules. D’abord, en expliquant la misère du monde comme étant le produit de complots plus ou moins spectaculaires (alors que le capitalisme n’est pas un complot puisque nous savons parfaitement comment il fonctionne et qui en profite). Ensuite, en mélangeant ses sources avec des références d’extrême-droite ce qui conduit à une grande confusion politique et au fantasme de l’union des contraires (ce qu’on appelle le confusionnisme).

Quand on surfe parmi ces sites internet diversement reliés (via des liens, des sources ou même simplement des noms qui aiguisent la curiosité et qui suscitent des recherches), on avance progressivement dans un méandre où le savoir antérieur s’obscurcit, se brouille et se retrouve finalement balayé par des révélations stupéfiantes et l’affirmation répandue d’être passé de l’autre côté du miroir. On croit avoir atteint un autre niveau de conscience du monde, comme éveillé ou réveillé, à la manière de Néo dans Matrix ou d’Alice aux pays des merveilles (certains vont jusqu’à évoquer l’allégorie de la caverne de Platon, le malin génie de Descartes ou encore quelques contes et romans, dont ceux d’Huxley et Orwell). Dès lors, on se sent appartenir à une nouvelle famille, bien au-delà des liens antérieurs, parmi un réseau d’initiés qui ont compris ce que d’autres n’arrivent pas ou ne veulent pas comprendre. Des initiés qui doivent à leur tour convertir d’autres incrédules, pour que la « dissidence » s’étende et devienne majoritaire.

... http://blogyy.net/2016/12/29/cest-quoi-la-complosphere/
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 29 Juin 2017, 17:17

Le conspirationnisme antisémite, masculiniste et homophobe

I. Introduction

II. Le conspirationnisme anti-juifs

a) Critique de la finance et antisémitisme

b) La « guerre des mémoires »

c) L’antisémitisme « métaphysique », et son lien avec une critique idéaliste, théologico-politique, du capitalisme

d) Réfuter les rouges-bruns antisémites et réaffirmer un anticapitalisme conséquent

III. Le conspirationnisme masculiniste</strong>

a) Pensées confuses et structurellement inconscientes

b) La critique d’un capitalisme structurellement patriarcal

c) La critique du « libéralisme des mœurs »

d) Déconstruction critique

IV. Le conspirationnisme anti-gays

V. Conclusion

Appendice : le passage du confusionnisme au conspirationnisme

https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... phobe#toc1
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 30 Juil 2017, 16:45

Le pseudo-complot sataniste des Illuminati
Deux siècles d’irrésistible mondialisation d’une mystification à la con (1797-2015).

À l’origine de cette légende, un fait établi : l’Ordre des Illuminati a bien été fondé en 1776 dans le duché de Bavière (à dominante catholique alors que l’Allemagne du Nord était luthérienne) par l’ancien élève des Jésuites & juriste à la Faculté d’Ingolstadt Adam Weishaupt (1748-1830). En soi, le phénomène n’a rien d’original. Depuis le début du XVIII siècle, à travers toutes les villes d’Europe, des universitaires, scientifiques, philosophes ou notables, épris d’un rationalisme « éclairé » et d’une quête éthico-spirituelle hétérodoxe, créent des sociétés et confréries plus ou moins secrètes pour propager leurs idées sans subir les interdits professionnels et autres emprisonnements arbitraires à la demande du clergé. Leur clandestinité répond d’abord à la brutalité répressive d’un ordre moral théocratique, même si chez certaines Loges de la franc-maçonnerie cette dissimulation obligée s’accompagne d’un goût ésotérique pour les rituels d’initiation, d’un cloisonnement pyramidal et de signes de reconnaissance symboliques.

... http://www.archyves.net/html/Blog/?p=6278
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 17 Fév 2018, 21:52

Relents d’égouts - Complotistes, anti-complotistes, anti-anti-complotistes…

Rubrique consacrée à l’actualité des conspis, des confus et d’autres cons… faisant, directement ou indirectement, le jeu de l’extrême droite.

Relents d’égouts #6

Selon la presse nationale et les grandes chaînes de télévision, un sondage publié début janvier 2018 indique que près de 80 % de la population française adhérerait à une ou plusieurs théories du complot. Des chemtrails au projet occulte d’un gouvernement mondial en passant par les hypothèses alternatives sur les attentats du 11 septembre 2001, on sait que les rumeurs vont bon train et qu’elles alimentent les pires fantasmes conspirationnistes… pour la plus grande joie des extrêmes droites.

Pour autant, quand on voit que cette étude a été commandée par la Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste, et que les médias possédés par les grands groupes financiers la relaient abondamment, cela a de quoi rendre méfiant. Tandis qu’elle était jusqu’à il y a quelques années presque exclusivement conduite par des groupes fortement engagés contre l’extrême droite, généralement anticapitalistes et libertaires, la lutte contre les théories du complot est aujourd’hui devenue totalement mainstream. Ce qui encourage certain.es à dénoncer un complot des anticomplotistes, suspectant que le complotisme ne serait que le fruit de l’imagination de politiciens et de journalistes à la solde du grand capital. Si seulement…

Pour en revenir à l’enquête, comme le montre un article d’Arrêt sur Images, les plateaux télé en ont offert « une présentation dramatisante » avec l’exagération de certains chiffres et la transformation de certaines questions. L’étude en elle-même pose par ailleurs de nombreux problèmes. À commencer par le fait qu’elle ne laisse pas la possibilité aux sondé.es de répondre « ne se prononce pas », même quand ils et elles ignoraient jusque-là les thèses qu’on leur soumettait pour avis. De plus, l’enquête mélange ce qu’elle appelle des « théories complotistes » de niveaux très différents, depuis l’idée que « Le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde », ou celle suivant laquelle « Il existe un projet secret appelé le “Nouvel Ordre Mondial” et consistant à mettre en place une dictature oligarchique planétaire », qui sont de vraies thèses conspirationnistes, avec d’autres comme l’idée que « Le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ». Si cette dernière est discutable, elle ne se situe pas sur le même plan. Thèse du sondage qui cumule le plus d’opinions favorables (55 % de personnes tout à fait d’accord ou plutôt d’accord), elle rencontre une adhésion alimentée par les scandales sanitaires et révélations de lobbying des laboratoires pharmaceutiques, jusqu’à la position ambiguë de la ministre de la Santé sur la question.

Il y a donc des questions de différents ordres, et les médias les plus institutionnels ont beau jeu de tout mélanger pour dénoncer le complotisme populaire, on aurait cependant tort de s’arrêter là (cf. « Relents d’égouts » #4, RésisteR ! #50, juillet 2017). Certaines réactions de rejet de la critique dominante du conspirationnisme conduisent à une position anti-anticomplotiste… qui n’est pas sans rappeler la position « anti-antifa » dont se réclament des militants de l’extrême droite radicale : sous couvert de dénoncer « le système », les démocrates bourgeois et les médias aux ordres toujours prompts à rejeter l’extrême droite à la veille d’une élection (pas dans leur ligne éditoriale ni parmi leurs invité.es, mais c’est une autre affaire), on assimile la lutte antifasciste à la défense du système, et la lutte « antisystème » à la lutte anti-antifasciste.

Le conspirationnisme n’est pas un faux problème fabriqué par les médias. C’est bien une idéologie qui se développe, et ce de façon notable en France [1] depuis les attentats du 11 septembre 2001. Internet a certainement facilité sa propagation, offrant à de multiples individus et groupes la possibilité de diffuser leurs propres « informations » et analyses, et de contourner les médias institutionnels privés ou publics comme la presse militante. Il y a certes une forte responsabilité des politiciens et des médias dans le rejet grandissant que leurs discours inspirent depuis deux décennies… mais après ? On ne peut pas plus botter en touche ici que face à la montée des idées racistes, identitaires et sécuritaires, dont les mêmes sont également responsables.

La désaffection vis-à-vis des institutions peut être révolutionnaire mais elle peut aussi bien être parfaitement réactionnaire. Quand la critique adressée aux journalistes ou aux scientifiques [2] conduit au scepticisme généralisé, quand on pratique le soupçon systématique en se demandant, face à chaque information, d’où son auteur parle, on en vient à ne tolérer de parole qu’en provenance d’auteurs de son bord, à s’entourer de gourous et à tourner en vase clos. La saine critique se transforme alors en son contraire : de la recherche de la vérité, on passe au relativisme (« chacun sa vérité »), à la « post-vérité » et aux faits alternatifs comme Trump et Cie. Cet état d’esprit X-Files ou Matrix est amusant avec la science-fiction, mais il l’est beaucoup moins quand il se prend au sérieux.

L’idée de la conspiration d’une élite contre la population n’est pas seulement désarmante de bêtise. Elle est politiquement désarmante quand elle conduit à considérer que les peuples ne peuvent être que des marionnettes au profit de clans parmi les puissants. Il ne s’agit évidemment pas d’être naïf et de croire que les États entretiennent des « services secrets » pour opérer en toute transparence, ni que la diplomatie et les intérêts sonnants et trébuchants sont étrangers à leurs orientations. Que les uns et les autres tentent d’intervenir dans les conflits, qu’ils appuient tel ou tel camp, c’est de notoriété publique. Ce qui est désarmant, c’est de considérer que les choses s’arrêtent là. C’est de voir, comme les conspirationnistes l’ont fait, derrière les soulèvements populaires du monde arabe en 2011, la main de la CIA ou d’Israël. C’est de réduire les hommes et les femmes qui entrent en lutte à des troupes manipulées par ceux qui tentent de faire avancer leurs intérêts, c’est de condamner ces luttes à l’échec alors que rien n’est joué. C’est d’enjoindre à soutenir le bon clan parmi les puissants, sous le motif que les peuples ne seraient capables de rien.

Voilà pourquoi sur le fond, l’extrême droite se nourrit de la montée du conspirationnisme depuis deux décennies. À l’initiative collective et émancipatrice, le conspirationnisme oppose une vision prétendument lucide, au fond très opaque et défaitiste, où les peuples doivent se mettre au service de bons dirigeants pour espérer déjouer d’autres dirigeants. Le complotisme est bien un poison, et quoi qu’en disent les médias dominants, nous n’avons aucune raison de cesser de le combattre.

Raph


Notes

[1] L’enquête de la Fondation Jean-Jaurès offre d’ailleurs des données intéressantes à ce sujet, notamment sur les tranches d’âges : les gens qui se sont politisés à partir de 2001 restent globalement plus favorables aux thèses complotistes.

[2] L’enquête révèle ainsi une adhésion minoritaire mais non négligeable à la possibilité que la Terre soit plate (9 % tout à fait ou plutôt d’accord).

Article paru dans RésisteR ! #53 le 20 janvier 2018.


https://manif-est.info/Relents-d-egouts ... s-393.html

Précédents épisodes :

• Relents d’égouts #5
https://manif-est.info/Relents-d-egouts ... e-330.html

• Relents d’égouts #4
https://manif-est.info/Relents-d-egouts-4-270.html

• Relents d’égouts #3
https://manif-est.info/Relents-d-egouts-3-240.html

• Relents d’égouts #2
https://manif-est.info/Relents-d-egouts-2-176.html

• Relents d’égouts #1
https://manif-est.info/Relents-d-egouts-167.html

https://manif-est.info/Relents-d-egouts ... s-393.html
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 12 Avr 2018, 15:13

Complots. Théories… et pratiques

« Manière de voir » #158 , avril-mai 2018
Certains voient des complots partout ; d’autres, nulle part. Pour éviter ces deux écueils, cette livraison de « Manière de voir » démonte la mécanique conspirationniste et revient sur les grandes machinations qui ont parsemé l’histoire. Ainsi émergent les ressorts véritables du pouvoir et de la domination.

https://www.monde-diplomatique.fr/mav/158/
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Re: conspirationisme

Messagede bipbip » 14 Juil 2018, 14:15

En finir avec les théories du complot

Il n’y a aucun « complot » derrière l’exploitation économique, il n’y a qu’un rapport social fondé sur la propriété privée des moyens de production : celui qui possède les moyens de production n’a pas besoin de se dissimuler, et celui qui travaille, si il veut s’émanciper, n’a pas besoin de savoir si son patron est juif, catholique, de la planète mars ou membre du club d’échec de Bourg-en-Bresse.

Les théories du complot ne datent pas d’hier. Pour mémoire, l’une des première théories relève elle-même d’un complot : l’invention d’un faux document (le Protocole des sages de Sion) par la police secrète tsariste afin d’utiliser l’antisémitisme pour canaliser la contestation naissante au sein du prolétariat russe, et le détourner de la critique du régime. Cette stratégie du bouc-émissaire va connaître, tout au long du XXe siècle, une propagation européenne (et même au-delà) qui la verra utilisée comme cache-misère par différents régimes politiques. Les théories complotistes antisémites connaitront jusqu’à aujourd’hui encore, le succès que l’on sait.

À notre époque, l’avènement des moyens de communications de masse, et surtout d’Internet, a fait littéralement exploser la quantité et la popularité des thèses complotistes, qui se déclinent désormais sous diverses formes plus ou moins ouvertement antisémites, ou plus ou moins grotesques. Le monde serait ainsi gouverné, au choix, par : les Juifs bien sûr, mais également la Reine d’Angleterre, des extraterrestres reptiliens, la société secrète des Illuminatis, des forces satanistes, les francs-maçons … Voire tout ça à la fois, selon certains syncrétismes.

On notera au passage qu’il ne faut pas s’étonner de voir Internet devenir le médium favori de la fausse critique, car Internet ne peut pas offrir les éléments les plus essentiels à la formation de l’esprit critique, à savoir la socialisation et l’expérimentation concrète. La socialisation qu’il offre est virtuelle, et l’expérience y est remplacée par une surabondance de moyens de raconter et de lire n’importe quoi, sans offrir aucun moyen de vérification par les faits, mais seulement par la confrontation d’autres opinions tout aussi invérifiables, et toutes aussi égales entre elles dans leur insignifiance.

Une fois qu’on les a dépouillés de l’énumération d’anecdotes rocambolesques à laquelle les pseudo-théories du complot se résument, et qui circulent via des documentaires Youtube (les maîtres du monde sont décidément, de petits étourdis), les théories du complot ne disent, de toute façon, pas grand-chose, parce qu’elles n’ont pas grand-chose à dire, et elles n’ont pas grand-chose à dire parce qu’elles sont une hypothèse inutile.

Deux patrons peuvent bien faire partie, ou non, d’un même club, ce n’est pas en tant qu’ils sont membres de ce club qu’ils sont patrons, c’est du fait qu’ils possèdent les moyens de production. Pour celui qui travaille dans un fast-food, donc qui se fait exploiter dans la réalisation d’un travail aliéné et abstrait, on comprend mal en quoi le fait que son patron soit, ou non, un Juif, un Illuminati (ou même un extraterrestre) change quoi que ce soit à la nature de son rapport social avec lui.

Il n’y a aucun « complot » derrière l’exploitation économique, il n’y a qu’un rapport social fondé sur la propriété privée des moyens de production : celui qui possède les moyens de production n’a pas besoin de se dissimuler, et celui qui travaille, si il veut s’émanciper, n’a pas besoin de savoir si son patron est Juif, catholique, de la planète Mars ou membre du club d’échec de Bourg-en-Bresse. Celui qui veut s’émanciper de son exploitation doit s’organiser et lutter, mais toute la réelle difficulté est là, et aucune vidéo Youtube n’en viendra à bout. Certes, il existe diverses formes d’ententes et de coordinations chez les puissants, mais il existe tout autant de forme de rivalités, de concurrences et de contradictions parce que le capitalisme repose sur une dialectique entre dynamiques hégémoniques et concurrentielles, entre concentration et rivalité, et ne peut pas exister sans l’une de ces forces, de même que l’une ne peut exister sans l’autre. De fait, la domination capitaliste étant, en dernier ressort, une domination de l’économie sur les hommes, il importe peu que cette domination s’incarne localement dans le grand patron X ou le petit patron Y, le groupe social W ou Z, dans Carrefour ou l’épicerie du coin : au final, il s’agit de rapports sociaux qui se sont détachés des hommes.

La conception complotiste du pouvoir est une conception « pyramidale », conception simpliste, pour ne pas dire totalement enfantine : le pouvoir ne peut pas avoir de structure solide et stable parce qu’il est un ensemble de champs et un ensemble de rapports de force en leur sein, perpétuellement changeants, soumis à des tensions, des circulations, soumis à une logique de réseau, réseau qui n’a pas de sommet, ni de « tête », ni de « centre » mais une multiplicité de pôles et de nœuds, de formes d’alliances et de concurrences qui se font et se défont. C’est cette complexité qui le rend difficile à saisir, et qui ouvre donc la voie à des théories simplifiées.

Il n’y a pas de cristallisation définitive des rapports de pouvoir en une structure finale, en un champ définitif, qui serait de type pyramidal ou autre, parce qu’une telle solidification supposerait un immobilisme qui signifierait sa fin, et l’existence d’une « tête » au pouvoir supposerait, dès lors, que cette « tête » n’aurait qu’à être coupée. Même à l’époque d’une structuration rigide et hiérarchique, quasi-pyramidale, des rapports de pouvoir, le complot était encore totalement inutile, au contraire : l’architecture, les arts, les moyens de communication en général ont toujours servi à mettre en scène le pouvoir les empires, les monarchies ont duré des siècles, voire des millénaires sans que les maîtres du monde aient eu à faire face à des révoltes sérieuses.

La théorie du complot est un attrape-nigaud qui envoie les naïfs à la chasse à la licorne alors que la réalité est simplement en permanence sous nos yeux : la police est dans toutes les rues, les managers et petits-chefs sont derrière nous au travail, chaque patron a sa propre page web, les chefs d’État sont sur toutes les chaînes, et le réveil sonne tous les matins pour nous appeler au travail forcé… Simplement nous ne faisons jamais rien. Parce que toute la vraie difficulté est là. Si le conspirationniste pense que c’est par le complot que l’on gouverne, il y a, derrière cette croyance, une forme d’idéalisme qui suppose que la révolte est tout naturellement produite par la connaissance de l’oppression, et non par des conditions matérielles et des circonstances déterminées. Cette croyance que la connaissance de l’oppression produit la révolte comme par magie ne peut être tenace que chez des individus qui se tiennent suffisamment à l’écart des mouvements sociaux pour méconnaître toutes les difficultés que rencontre tout en chacun qui, ayant pris connaissance de son oppression, doit ensuite faire face aux difficultés matérielles d’avoir à s’organiser.


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