Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Messagede barcelone 36 » 24 Oct 2009, 17:24

Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?
Tournée de réunions publiques de la FA en Bretagne

Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ? Débats publics
Tournée de réunions publiques de la fédération anarchiste en Bretagne : Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?
Avec Jean-Pierre Tertrais auteur de Du développement à la Décroissance, pour en finir avec l'impasse suicidaire du capitalisme http://editions.federation-anarchiste.o ... ?r...que=9 mais aussi de Pour comprendre la crise agricole http://editions.federation-anarchiste.o ... ?r...que=9 et enfin de Le Contrôle social en société dite démocratique
http://editions.federation-anarchiste.o ... ?r...ue=14
sans compter de nombreux articles dans le Monde libertaire et plus de 80 débats sur la décroissance à travers toute la France.

- Mardi 10 Novembre - Rennes - 20H : Maison du Champ de Mars, Salle Gune, 6 cours des Alliés, M° Ch. De Gaulle
- Vendredi 13 novembre, 20h30 : Pontivy, Palais des Congrès, Place des ducs de Rohan.
- Samedi 14 novembre, 15 heures : Saint-Brieuc, quartier des Villages, salle Michel Fraboulet


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Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Deux siècles d’une croissance économique ininterrompue ont conduit à l’avènement de notre société dite de consommation (réservée, cependant, à un être humain sur cinq !). La planète paraissait immense et inépuisable. Certes, la science et la technique ont permis d’augmenter sensiblement le niveau de vie matériel de centaines de millions de personnes. Mais le prix à payer restait ignoré. Aujourd’hui se développe la prise de conscience des dimensions finies de la Terre. La réalité montre chaque jour plus crûment la dépendance des économies modernes vis-à-vis du pétrole notamment, la vulnérabilité des écosystèmes, la multiplication des atteintes à l’environnement, leur gravité sans précédent, leur dimension planétaire, parfois leur irréversibilité.

La décroissance est incontournable

Malgré toutes les lacunes et les imprécisions, et donc avec la prudence qui s’impose dans son utilisation, la notion d’empreinte écologique, qui mesure l’impact des activités humaines sur la planète, met en lumière l’essentiel : nous sommes en train de solliciter la nature au-delà de ses capacités de régénération, d’épuiser une partie du capital naturel mondial. Si tous les habitants de la planète voulaient adopter le mode de vie « occidental », les ressources de cette planète n’y suffiraient pas. Notre mode de vie n’est pas généralisable dans l’espace ; il l’est encore moins dans le temps. Que nous dépassions de 10, 20, ou 30% les capacités biologiques de la Terre, peu importe. Nous sommes dans une impasse ; la croissance économique n’est plus possible. Il nous faut remettre en cause nos modes de productions, de consommation, de distribution.

Partant de cette évidence qu’une croissance illimitée est impossible dans un monde qui, lui, est limité, la décroissance consiste donc en un ralentissement du cycle production-consommation autour de quelques axes : respect du rythme de régénération des ressources renouvelables, diminution de la consommation des ressources non renouvelables, relocalisation de l’économie, sobriété énergétique, recyclage des matériaux, développement des énergies renouvelables…

Notre décroissance sera anticapitaliste

Les dégâts causés par le capitalisme engendrent un gâchis considérable. Sur le plan écologique : pénurie d’eau, accumulation des déchets, déforestation, dégradation des terres cultivables, dérèglements climatiques, perte de biodiversité… Sur le plan humain, déracinement, solitude, mal-être, stress, états dépressifs, suicides… Fondé sur la recherche de l’accumulation du profit maximum dans le temps le plus réduit possible, le capitalisme est incapable de prendre en compte les intérêts écologiques qui, eux, ne peuvent se concevoir que sur le long terme puisqu’ils résultent d’équilibres ajustés finement sur des millénaires. La « logique du vivant » consiste à maximiser des stocks – la biomasse – à partir du rayonnement solaire ; celle de l’économie capitaliste s’acharne, au contraire, à maximiser des flux marchands en épuisant des stocks naturels : c’est la marchandisation du vivant. La nature fonctionne de manière cyclique ; en créant des déchets non recyclables, l’économie capitaliste fonctionne de manière linéaire : elle est donc inapte à assurer la continuité de la vie…

Le capitalisme semble jusqu’à présent avoir réussi à surmonter ses contradictions internes – les inégalités sociales – par la fuite en avant dans une croissance économique continue. Celle-ci est désormais impossible, sauf à créer un désastre écologique et humain irréversible. La récession, échec du capitalisme, n’a rien à voir avec une décroissance choisie en toute lucidité.

Notre décroissance sera antiétatique

C’est l’Etat, fondé sur la force, qui par la loi protège la propriété privée (et notamment des moyens de production). C’est l’Etat qui finance la recherche-développement et les infrastructures au profit de la grande industrie, offrant au patronat un cadre juridique sur mesure. C’est encore l’Etat qui vole au secours des banques ou des multinationales à coups de milliards ou à grand renfort de police ou d’armée. C’est toujours l’Etat qui, pour la prospérité des riches, au Nord comme au Sud, accentue le contrôle social, criminalise les mouvements sociaux, réprime la contestation, entrave la libre circulation des personnes, harcèle ceux qui refusent de se couler dans le moule idéologique du prétendu libéralisme. Alors, que l’on cesse de croire – et de faire croire – qu’un Etat de droit va surgir dans la jungle de la mondialisation et résoudre à la fois la crise écologique et sociale ! Autant espérer que le tigre devienne végétarien !

Seuls la mauvaise foi ou l’aveuglement empêchent de voir que c’est le capitalisme qui instrumentalise l’Etat, et non l’inverse, et qu’après avoir été complice, le pouvoir politique est devenu otage de la finance internationale. Et compte tenu des nombreux liens tissés entre les oligarchies du public et celles du privé, entre le monde politique et les milieux d’affaires, cette situation est irréversible. Les politiciens sont trop bien élevés pour mordre la main qui les nourrit et, de plus, ce n’est pas celui qui a le pistolet sur la tempe qui dicte ses conditions, mais celui qui a le doigt sur la gâchette.

Pour une révolution écologique et sociale

Le mouvement anarchiste n’a pas attendu la crise écologique pour dénoncer le capitalisme : cette crise constitue seulement un argument supplémentaire, mais décisif, dans la volonté d’éliminer ce système morbide, mortifère et meurtrier. Notre décroissance n’est ni celle des républicains accrochés à un prétendu Etat vertueux qui ne verra jamais le jour, ni celles des autoritaires de tout poil qui rêvent non seulement d’accentuer la précarité, mais d’éradiquer la pauvreté…en supprimant les pauvres !

L’histoire prouve tous les jours, et après chaque échéance électorale, qu’aucun changement n’est possible dans la continuité du parlementarisme. Il appartient aux populations de ne pas se laisser piéger par l’imposture d’un « développement durable », d’une « croissance verte » ou d’une illusoire moralisation du capitalisme. Seule une rupture avec le système actuel – une révolution libertaire – peut ouvrir des perspectives d’émancipation pour l’humain et de vie décente pour les générations futures parce que le patronat utilisera les méthodes les plus barbares pour sauvegarder ses privilèges.

En prenant conscience de leur capacité politique, les producteurs & productrices et les habitant-e-s eux-mêmes doivent se réapproprier leur avenir, reprendre en main l’économie et la gestion des cités. Pour redéfinir ensemble le sens du travail, la finalité de la production, l’usage social des biens en partageant les richesses et en auto-limitant individuellement et collectivement nos besoins. Mais le temps joue contre le seul projet qui puisse rendre aux hommes et aux femmes leur dignité. Il y a donc urgence à sortir de l’impasse suicidaire du capitalisme.
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CHAOS CAPITALISTE OU DECROISSANCE LIBERTAIRE

Messagede barcelone 36 » 01 Déc 2009, 13:33

CHAOS CAPITALISTE OU DECROISSANCE LIBERTAIRE

tract 4 pages de la fédération anarchiste inséré dans le prochain Monde libertaire dans le cadre de la campagne "Chaos capitaliste ou décroissance libertaire" format .pdf, 3,8 méga-octets : http://public.federation-anarchiste.org ... ML1575.pdf

http://public.federation-anarchiste.org ... article371

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Deux siècles d’une croissance économique ininterrompue ont conduit à l’avènement de notre société dite de consommation, celle de la démesure (réservée, cependant, à un être humain sur cinq !). La planète paraissait immense et inépuisable; le bonheur semblait programmé sur ordonnance. Certes, la science et la technique ont permis d’augmenter sensiblement le niveau de vie matériel de centaines de millions de personnes. Mais le prix à payer restait ignoré.

Le bilan humain se révèle désastreux. L'augmentation constante du Produit intérieur brut, notion purement quantitative, n'a pas engendré, comme certains le faisaient croire, une amélioration du bien-être des populations. D'abord parce que les inégalités sont devenues exorbitantes; ensuite parce que l'argent permet de tout acheter, sauf l'essentiel : la richesse relationnelle, la reconnaissance, la dignité. Le bilan écologique est du même ordre, parce qu'on a « oublié » que tout acte de consommation est d'abord un acte de destruction. Aujourd’hui se développe la prise de conscience des dimensions finies de la Terre. La réalité montre chaque jour plus crûment la dépendance des économies modernes vis-à-vis du pétrole notamment, la vulnérabilité des écosystèmes, la multiplication des atteintes à l’environnement, leur gravité sans précédent, leur dimension planétaire, parfois leur irréversibilité. Nous sommes la première génération dans l'histoire à transmettre à ses enfants un héritage moins favorable que celui qu'elle aura reçu.

La décroissance est incontournable

En dépit des simplifications inhérentes à tout indicateur synthétique, la notion d’empreinte écologique, qui reflète le rapport colonial d'exploitation des ressources ayant permis aux pays riches d'atteindre leur niveau de développement actuel, et qui mesure l’impact des activités humaines sur la planète, met en lumière l’essentiel : nous sommes en train de solliciter la nature au-delà de ses capacités de régénération, d’épuiser une partie du capital naturel mondial. Si tous les habitants de la planète voulaient adopter le mode de vie « occidental », les ressources de cette planète n’y suffiraient pas. Notre mode de vie n’est pas généralisable dans l’espace ; il l’est encore moins dans le temps. Que nous dépassions de 10, 20 ou 30 % les capacités biologiques de la Terre, peu importe. Nous sommes dans une impasse ; la croissance économique n’est plus possible. Il nous faut remettre en cause nos modes de production, de consommation, de distribution.Il nous faut renoncer au productivisme et au consumérisme individualiste, et au-delà sortir de l' « économicisme », c'est-à-dire de la soumission du politique à l'économique.

Partant de cette évidence qu’une croissance illimitée est impossible dans un monde qui, lui, est limité, la décroissance consiste donc en un ralentissement du cycle production-consommation autour de quelques axes : respect du rythme de régénération des ressources renouvelables, diminution de la consommation des ressources non renouvelables, relocalisation de l’économie, sobriété énergétique, recyclage des matériaux, développement des énergies renouvelables…

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L'échec des luttes internationales contre les émissions de gaz à effet de serre est sans appel : entre 1990 et 2008, le taux global de CO2 dans l'atmosphère a augmenté de près de 35% (source NOAA). Depuis 2000, le rythme d'augmentation annuel de l'ordre de 3% dépasse même les scénarios les plus pessimistes du GIEC : une évolution à l'opposé des efforts nécessaires pour parvenir à diviser les émissions de GES par deux d'ici 2050 au niveau mondial.

Pourtant, en signant le protocole de Kyoto (1997), un certain nombre de pays industrialisés s'étaient engagés à limiter leurs propres émissions de GES entre 1990 et 2012, et certains pays comme la France se targuent même de leur réussite. Outre l'objectif dérisoire (moins 5% pour des pays représentant alors 40% des émissions mondiales contre 30% environ actuellement) et la non prise en compte des émissions liées au commerce international, le mode de décompte est à lui seul une véritable arnaque : les GES sont imputés aux seuls pays producteurs (situés de plus en plus au Sud, et non aux consommateurs (situés souvent au Nord). Aujourd'hui, plus de 30% des émissions de la Chine sont d'ailleurs liées à la production de biens destinés à être exportés en Occident (Energy Policy, 24/07/08). Avec Kyoto, les pays riches se sont donc avant tout acheté une morale à bon compte à coups de délocalisations vers les pays « émergents » pour le résultat que l'on connaît. A Copenhague ou ailleurs, tant que les lois du capitalisme et de la croissance primeront, le climat se déréglera !
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Notre décroissance sera anticapitaliste

Les dégâts causés par le capitalisme engendrent un gâchis considérable. Sur le plan écologique : pénurie d'eau, accumulation des déchets, déforestation, dégradation des terres cultivables, dérèglements climatiques, perte de biodiversité... Sur le plan humain, déracinement, solitude, angoisse, mal-être, stress, états dépressifs, logique du repli sur soi conduisant au suicide... Fondé sur la recherche de l’accumulation du profit maximum dans le temps le plus réduit possible, le capitalisme est incapable de prendre en compte les intérêts écologiques qui, eux, ne peuvent se concevoir que sur le long terme puisqu’ils résultent d’équilibres ajustés finement sur des millénaires. La « logique du vivant » consiste à maximiser des stocks – la biomasse – à partir du rayonnement solaire ; celle de l’économie capitaliste s’acharne, au contraire, à maximiser des flux marchands en épuisant des stocks naturels : c’est la marchandisation du vivant. La nature fonctionne de manière cyclique ; en créant des déchets non recyclables, l’économie capitaliste fonctionne de manière linéaire : elle est donc inapte à assurer la continuité de la vie.

Le capitalisme semble jusqu’à présent avoir réussi à surmonter ses contradictions internes – les inégalités sociales – par la fuite en avant dans une croissance économique continue. Celle-ci est désormais impossible, sauf à s'enfoncer dans un désastre écologique et humain irréversible. La récession, échec du capitalisme, n'ayant rien à voir avec une décroissance choisie en toute lucidité, il s'agit bien d'opérer une rupture.

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Les dégâts économiques et sociaux du capitalisme sont considérables. Ce système criminel fabrique en permanence de la souffrance et saccage des milliards d'existences en maintenant un tiers de l'humanité au niveau de vie du Moyen-Age européen. D'un côté, des productions céréalières détournées, des forêts abattues, des modes de vie traditionnels détruits, des paysans expropriés pour assurer le « confort » de 20 % de l'humanité, un pillage rationalisé des pays pauvres sous couvert d'assistance technique. De l'autre, la mise en concurrence des salariés : sous-traitance, intensification du travail, flexibilité, précarité.
En France, 537 décès par accident du travail en 2006.
Explosion des maladies professionnelles reconnues : 52 979 en 2005.
Les suicides directement liés au travail sont estimés à 400 par an.
Plusieurs millions de salariés sont exposés, sans aucune protection, à des produits reconnus pour être cancérogènes, mutagènes ou toxiques.
(chiffres extraits de : Travailler tue en toute impunité - Fondation Copernic)
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Notre décroissance sera antiétatique

C’est l’Etat, fondé sur la force, qui par la loi protège la propriété privée (et notamment des moyens de production). C’est l’Etat qui finance la recherche-développement et les infrastructures au profit de la grande industrie, offrant au patronat un cadre juridique sur mesure. C’est encore l’Etat qui vole au secours des banques ou des multinationales à coups de milliards ou à grand renfort de police ou d’armée. C'est toujours l'Etat qui, pour la prospérité des riches, au Nord comme au Sud, accentue le contrôle social, criminalise les mouvements sociaux, réprime la contestation, entrave la libre circulation des personnes, harcèle ceux qui refusent de se couler dans le moule idéologique du prétendu libéralisme. Alors, que l’on cesse de croire – et de faire croire - qu’un Etat de droit va surgir dans la jungle de la mondialisation et résoudre à la fois la crise écologique et sociale ! Autant espérer que le tigre devienne végétarien !

Seuls la mauvaise foi ou l’aveuglement empêchent de voir que c’est le capitalisme qui instrumentalise l’Etat, et non l’inverse, qu’après avoir été complice, le pouvoir politique est devenu otage de la finance internationale. Et compte-tenu des nombreux liens tissés entre les oligarchies du public et celles du privé, entre le monde politique et les milieux d’affaires, cette situation est irréversible. Les politiciens sont trop bien élevés pour mordre la main qui les nourrit; ce n’est pas celui qui a le pistolet sur la tempe qui dicte ses conditions, mais celui qui a le doigt sur la gâchette.

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Non seulement le domaine militaire est celui des structures hiérarchiques et de domination, du culte de la violence et de la virilité. Non seulement l'augmentation des dépenses militaires s'effectue au détriment des programmes sociaux et de santé. Mais encore le militaire pèse d'un poids considérable sur l'environnement. Les réacteurs nucléaires militaires sont en volume responsables d'environ 97 % de tous les déchets nucléaires de niveau élevé de radiation et de 78 % de tous les déchets nucléaires de niveau de radiation faible.

En moins d'une heure, un avion militaire à réaction F16, décollant pour une mission d'entraînement de routine utilise presque deux fois plus de carburant que l'automobiliste américain moyen sur toute une année. De fait, le Pentagone est le plus grand consommateur d'énergie du pays, et très probablement du monde. Il utilise en douze mois autant d'énergie qu'il en faut pour faire fonctionner le système entier de transport urbain de masse des Etats-Unis pendant 14 ans.
(source : Surarmement, Pouvoirs, Démocratie – Andrée Michel – L'Harmattan 1999)
Hervé Morin, ministre de la Défense, vient de confirmer la commande de 60 nouveaux avions de combat Rafale, dans le cadre du développement durable...de l'entreprise Dassault. Mais ce n'est pas une raison suffisante pour oublier d'éteindre le plafonnier quand vous quittez votre chambre !
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Pour une révolution écologique et sociale

Le mouvement anarchiste n’a pas attendu la crise écologique pour dénoncer le capitalisme : cette crise constitue seulement un argument supplémentaire, mais décisif, dans la volonté d’éliminer ce système morbide, mortifère et meurtrier. Notre décroissance n’est ni celle des républicains accrochés à un prétendu Etat vertueux qui ne verra jamais le jour, ni celle des autoritaires de tout poil qui rêvent non seulement d’accentuer la précarité, mais d’éradiquer la pauvreté…en supprimant les pauvres.

L’histoire prouve tous les jours, et après chaque échéance électorale, qu’aucun changement n’est possible dans la continuité du parlementarisme. Il appartient aux populations de ne pas se laisser piéger par l'imposture d'un « développement durable », d'une « croissance verte » ou d'une illusoire moralisation du capitalisme, de ne pas succomber au charme perfide d'un D. Cohn-Bendit, joyeux colporteur du green business ou d'un N. Hulot, le virevoltant multi-sponsorisé. La relance économique est condamnée du simple fait que tout nouvel endettement en faveur de la consommation suppose l'aggravation de la dette écologique. Seule une rupture avec le système actuel – une révolution libertaire – peut ouvrir des perspectives d’émancipation pour l’homme et de vie décente pour les générations futures parce que le patronat utilisera les méthodes les plus barbares pour sauver ses privilèges.Il s'agit bien de transformer radicalement les structures économiques et sociales plutôt que de tabler sur les seuls changements de comportements individuels ou sur des initiatives étatiques.

Parvenu à un tel point de non-retour, le capitalisme ne peut que s'empêtrer dans ses contradictions et entraîner les populations avec lui, notamment par les bouleversements sociaux qu'engendrera la fin du pétrole bon marché. En prenant conscience de leur capacité politique et en renouant avec une solidarité disparue, les producteurs et les habitants eux-mêmes doivent se réapproprier leur avenir, reprendre en main l'économie et la gestion des cités. Pour redéfinir ensemble le sens du travail, la finalité de la production, l'usage social des biens, la mutualisation des services, la convivialité en partageant les richesses et en auto-limitant individuellement et collectivement nos besoins. La réduction du temps de travail qui en résulterait favoriserait un réel épanouissement de l'homme. Pour que toutes ces initiatives ne restent pas que des îlots d'autogestion dans un océan capitaliste, il importe de les fédérer entre elles. Mais le temps joue contre le seul projet qui puisse rendre à l'homme sa dignité. Il y a donc urgence à sortir de l'impasse suicidaire du capitalisme.

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Parce qu'elles permettent d'expérimenter la démocratie directe, l'initiative, la responsabilité, le partage, la solidarité, la préservation de l'environnement, les SEL (système d'échange local), les AMAP ( association pour le maintien d'une agriculture paysanne), les coopératives, les marchés fermiers, l'agriculture de communauté, les jardins urbains, les groupes d'achat solidaires, la permaculture, les mouvements de simplicité volontaire, les ateliers de savoirs populaires, l'habitat groupé..... peuvent contribuer à ouvrir des brèches et constituer un levier intéressant pour amorcer une déstabilisation du système. Mais, si elles peuvent élaborer des stratégies partielles de transition, jamais la somme de ces alternatives dans le système ne suffira à créer une alternative au système. Nous ne ferons pas l'économie d'une révolution sociale.
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Re: CHAOS CAPITALISTE OU DECROISSANCE LIBERTAIRE

Messagede abel chemoul » 01 Déc 2009, 21:08

Ce qui me gène dans cette décroissance c'est qu'on fait fi du développement du "tiers-monde". En cas de révolution libertaire demain, comment met-on en place le développement de l'Afrique par exemple? Le concept de décroissance est valide pour les pays industrialisés, encore que je préfère le terme "rationalisation écologique de l'économie", plus long mais moins attrape-bobos car plus global, ça intègre une dimension collective pas forcément visible dans la décroissance à première vue, le terme décroissance faisant croire que chacun peut/veut sauver la planète à lui tout seul, ce qui va dans le sens de l'air du temps d'une individualisation du rapport au monde. Mais dans les pays en voie de développement, faire décroitre les besoins, ça va être dur, pourtant, ce texte n'aborde pas le sujet des pays pauvres. C'est là qu'on voit que le concept de décroissance est très occidentalo-centré me semble-t-il. Pour ce qui ressort de ce tract en tout cas.
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Re: CHAOS CAPITALISTE OU DECROISSANCE LIBERTAIRE

Messagede luco » 18 Déc 2009, 13:24

La croissance mesure la quantité de richesses marchandes produites et échangées sur le marché.

La croissance n'est pas une idéologie, c'est l'autre nom du processus d'accumulation du Capital :

- innover, produire toujours plus, pour vendre toujours plus. Si possible en produisant des produits rapidement obsolescents, matérielement (qui se détériorent, ne "marchent plus"...) ou symboliquement (la tehon ton portable de la préhistoire).

Derrière, le profit pour les détenteurs du capital, propriétaires et actionnaires.

La croissance "de gauche", c'est la même chose pour d'autres raisons. Il est évident que dans un tel système de production qui ne fonctionne que par le cycle production/consommation, il faut qu'il y ait de la croissance (que les "carnets de commande soient pleins) pour qu'il y ait de l'emploi.

L'emploi dépend donc de la croissance en système capitaliste, comme on peut le constater en ce moment avec la crise. Donc, une "gauche" qui ne remet pas en cause la propriété et la production en fonction des profits (pour les uns), de la "solvabilité" (pour les autres), qui n'est pas "anti-capitaliste donc, défend la croissance, seul moteur de l'emploi.

Pour sortir de la croissance, donc du productivisme, il faut sortir d'une économie basée sur la propriété et le marché, sortir du capitalisme.

Tout le reste, c'est du vent. Les Objecteurs de Croissance sont anti-capitalistes ou ils ne sont rien.

L'inverse de la croissance, ce n'est pas la décroissance stricto-sensu.

C'est un sytème économique qui produit en fonction des besoins sociaux de tous, au niveau mondial, et en fonction des ressources naturelles et des équilibres écologiques. Les "besoins sociaux" ne pouvant dès lors plus qu'être déterminés par la délibération démocratique et rationnelle, et plus par le "marché" (qui est aveugle à toute considération autre que la concurrence des prix).

Il ne s'agit donc pas d'empêcher les pays "sous-développés" de satisfaire leurs besoins sociaux, mais de mettre au niveau mondial tout le monde dans le même bateau démocratique et rationnel.

Mais un système anti-capitaliste "rationnel" pose d'autres problèmes :

- la possible main mise des techniciens, spécialistes, scientifiques, organisateurs... sur la société. Car pour se déterminer "rationnellement" il faut "connaître" (les stocks, les ressources naturelles, les équilibres écologiques...)

- une société devenant une sorte de fourmillière. les travailleurs produisant selon un plan déterminé à partir des données transmises par les "spécialistes" (du climat, de l'agricuture...), avec bien sûr une allocation autoritaire du travail (il faut tant de production de cuivre, on forme tant de travailleurs du cuivre, et on affecte la main d'oeuvre là où on extraie le cuivre) et l'idéologie autoritaire qui va avec (si tu fais ceci tu tues les abeilles à l'autre bout de la planète...).

C'est le risque totalitaire, celui du stalinisme passé, dont les seules injonctions à la "démocratie", aux conseils, à la planification "démocratique" (juré promis, cette fois ce sera fait "par en bas"), ne suffisent pas à éloigner le spectre pour demain.

L'alternative à cet hypercentralisme est assez difficile à établir dans l'abstrait : des planifications moins impératives, plus décentralisées, des zones de marché (et donc de liberté dans la production/consommation) échappant au plan, des échanges mondiaux moins importants en essayant de relocaliser ce qui peut l'être afin de respecter à la fois la logique écologique mais aussi le développement d'une diversité culturelle et humaine... Compliqué.

Bref, le communisme libertaire est un pari, le seul que nous pouvons faire face à la catastrophe en cours, mais un pari... risqué.

Une chose est sûre, la "décroissance" sauce FA ne risque ni de dire COMMENT on abat le capitalisme et sa croissance et encore moins comment on évite les écueils du communisme autoritaire. L'écclectisme qui lui tient lieu de doctrine masque mal les difficultés qu'il y aurait à marier DANS LE REEL le fédéralisme proudhonien (avec marché, avec propriété privée, avec consommateurs...) et disons un communisme-anarchiste qui veut l'abolition de l'argent et de la propriété privée, et le tout en satisfaisant aux équilibres écologiques.
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Re: CHAOS CAPITALISTE OU DECROISSANCE LIBERTAIRE

Messagede Femto » 18 Déc 2009, 17:29

Ce qui me gène c'est la vision d'une orga. Certes les anarchistes libertaires ... devont tendre vers un mode de vie ou l'être humain puisse s'épanouir pleinement dans une société libérée des entraves du capitalisme. Mais évitons de courir après les poubelles des gouvernements sous peine de perdre notre crédibilité.
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Re: Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Messagede bipbip » 01 Aoû 2015, 09:42

Pour une Décroissance Communiste Libertaire

Avant propos
Chapitre I - De quoi "ecosocialisme" est-il le nom ?
Chapitre II - Abandonner l'éco-logie
Chapitre III - Apports et limites des Objecteurs de croissance et des Décroissants
Chapitre IV - Premiers pas vers une Décroissance Communiste Libertaire
Chapitre V - Considérations Stratégiques

Texte PDF : http://ekladata.com/_8SfN16fJd08Bz_mlk8 ... rtaire.pdf


Fiche synthèse décroissance (provisoire) :

Cette fiche de présentation résume, de manière très synthétique, les grandes lignes du projet de Décroissance Communiste Libertaire:

Bref rappel sur le Communisme Libertaire p2
1 L’écologie contemporaine : 4 grands scénarios, 1 vraie solution p3
2 La Décroissance, quelle décroissance ? p5
3 La Décroissance Soutenable et les impératifs de transformation de la société p9
4 La question des sciences p15
5 Décroissance et lutte de classes p18
6 Une démarche non-répressive et autonomisante p22
Conclusion : ce que nous avons à gagner d’une Décroissance Communiste Libertaire Soutenable p25
Stratégie Communiste Libertaire concernant la Décroissance p26

Texte PDF : http://ekladata.com/9sMZ0z42F9HdnmnP54o ... ssance.pdf
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Re: Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Messagede bipbip » 01 Mai 2016, 01:46

« La décroissance selon les communistes libertaires », le 6 mai à Périgueux

Épuisement des ressources, pollutions multiples, accumulation des déchets, déforestation, perturbations climatiques, colonisation, capitalisme et crise écologique : des alternatives existent ! Nous vous proposons de venir en discuter lors d’une réunion publique d’Alternative Libertaire Dordogne.

Épuisement des ressources, pollutions multiples, accumulation des déchets, déforestation, perturbations climatiques… Sous l’impulsion de la révolution industrielle et de la colonisation, deux siècles d’une croissance économique ininterrompue ont gravement endommagé la planète.

Nous sommes la première génération, dans l’histoire, à transmettre à ses descendants un héritage moins favorable que celui qu’elle a reçu. Un chiffre significatif : au niveau mondial, nous consommons en une année, en termes d’énergie fossile, ce que la nature a accumulé en un million d’années !

Face à un capitalisme sans issue et à une régulation impossible à mettre en place dans ce système, la solution réside pour nous dans une décroissance communiste libertaire.

Nous vous proposons de venir en discuter lors d’une réunion publique d’Alternative Libertaire Dordogne le 6 mai à 20h30 à la Bourse du Travail de Périgueux

http://www.alternativelibertaire.org/?L ... -selon-les

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Re: Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Messagede bipbip » 09 Fév 2017, 14:23

Metz samedi 11 février 2017

Formation sur l’économie et la décroissance

de 14 à 18h, au bar associatif La Chaouée à Metz

Alternative Libertaire Moselle


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http://alsace.alternativelibertaire.org ... article872
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Re: Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Messagede bipbip » 10 Mar 2017, 11:45

Nantes vendredi 10 mars 2017

Pour une décroissance libertaire
Rencontre avec JP Tertrais

à 19h, B17, 17 rue Paul Bellamy, fond de la cour à gauche, au dessus de l'Atelier

Le groupe Déjacque de la Fédération Anarchiste organise une rencontre avec JP Tertrais, auteur de Jusque là tout va bien, pour une décroissance libertaire. Il sera question d’un état des lieux sur les questions environnementales (pollution, climat, déforestation, technologies, démographie, etc.) et sociales (mobilité, cadence, accélération, etc.). Nous parlerons ensemble, entre autres, des solutions proposées par la décroissance libertaire par rapport à d’autres courants, du rapport entre environnement et luttes sociales et des précurseurs (Reclus, Kropotkine, Bookchin). L’entrée et le buffet sont à prix libre. Un librairie sera disponible.

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bipbip
 
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Re: Chaos capitaliste ou décroissance libertaire ?

Messagede bipbip » 25 Jan 2018, 18:07

POUR UNE DECROISSANCE LIBERTAIRE

Le vendredi 10 mars 2017 à B17 à Nantes, le groupe Déjacque de la Fédération Anarchiste a organisé une rencontre avec JP Tertrais, auteur de Jusque là tout va bien, pour une décroissance libertaire. Il a été question d’un état des lieux sur les questions environnementales (pollution, climat, déforestation, technologies, démographie, etc.) et sociales (mobilité, cadence, accélération, etc.). Nous avons parlé ensemble, entre autres, des solutions proposées par la décroissance libertaire par rapport à d’autres courants, du rapport entre environnement et luttes sociales et des précurseurs (Reclus, Kropotkine, Bookchin). Voici un résumé de l’ intervention fourni par l’auteur.

Une dynamique complètement folle qui nous submerge

Pendant très longtemps, les sociétés ont été relativement stables, ou du moins leur extension n’a pas été significative. La croissance économique en tant que telle existe depuis seulement un peu plus de deux siècles dans les pays occidentaux. Cette croissance se réalise selon trois étapes fondamentales :

° sa naissance en Europe avec la révolution industrielle et la colonisation, c’est-à-dire la domestication de l’énergie et l’utilisation accrue des matières premières, soit par la force musculaire des esclaves, soit par le rationalisme scientifique, la machine à vapeur.

° une première accélération aux Etats-Unis, au début du 20e siècle, avec le taylorisme, l’organisation scientifique du travail, et le fordisme, la production et la consommation de masse.

° une deuxième accélération, après le seconde guerre mondiale, avec le plan Marshall de reconstruction de l’Europe en juin 1947, et une prétendue « aide au développement » en faveur des pays pauvres.

Plusieurs remarques s’imposent au préalable :

° la croissance économique n’est pas du tout un phénomène naturel, comme certains essaient de le faire croire, mais une exception historique (et qui aura même été de courte durée par rapport à la longue expérience de l’humanité).

° la production n’est plus censée répondre à la demande comme dans le sociétés traditionnelles ; elle la stimule par des besoins artificiels. Elle devient une fin en soi. C’est ce que certains appellent la filière inversée.

Cette croissance s’appuie sur deux facteurs qui s’auto-entretiennent : un essor démographique sans précédent dans l’Histoire et une accélération permanente du cycle production-consommation.

Le facteur démographique : la population mondiale connaît une très faible croissance durant des milliers d’années. Ce n’est qu’à partir du 19e siècle, avec les progrès économiques et sanitaires, que le processus s’accélère de manière vertigineuse : de un milliard peu après 1800 à plus de 7 milliards aujourd’hui.

Le cycle production-consommation : la recherche effrénée du profit a construit, non pas le rêve, mais le délire américain, illustré par les propos de Victor Lebow, spécialiste américain du marketing : « Notre économie remarquablement productive veut que nous fassions de la consommation notre mode de vie, que nous transformions l’achat et l’utilisation de biens et services en rituels. Il nous faut consommer, user, remplacer et rejeter à un rythme toujours croissant ». Plusieurs outils seront mis au point pour instaurer cette société de consommation (publicité, crédit, usure programmée des biens…). Tout a été aussi mis en œuvre pour contrer les résistances : nier l’évidence, tranquilliser à tout prix, minimiser les risques, masquer les périls, voiler les avertissements.

Le résultat, c’est que de nombreux paramètres de nos sociétés et de notre impact sur la planète adoptent aujourd’hui une allure exponentielle, c’est-à-dire dont la représentration graphique constitue une courbe s’élevant « jusqu’au ciel », c’est-à-dire encore des chiffres dont la grandeur défie l’intuition. Pour cette raison, la « mégamachine » (L Mumford) est confrontée aujourd’hui à une barrière externe, l’épuisement des ressources, l’ébranlement des bases naturelles. Et donc, parallèlement, à l’augmentation du coût de la restauration des fonctions environnementales, de la biodiversité, des « services écologiques » que rendait la nature.

Il s’agit bien dune dynamique folle, aveugle, irréversible, autodestructrice, d’un système qui sape quotidiennement ses propres fondements, qui consume tous les liens sociaux et toutes les ressources naturelles pour seulement se perpétuer. Le capitalisme ne peut s’auto-limiter : il faut croître ou disparaître. Un capitalisme qui se caractérise par la double exploitation de l’homme et de la nature. Ce qui a jusqu’à présent décuplé sa force accroît désormais sa vulnérabilité. D’un côté, la surexploitation, et donc la fragilisation, des écosystèmes, les pollutions multiples, l’épuisement des éléments naturels, l’instabilité du climat ; de l’autre, des salariés dont on exige qu’ils mobilisent toutes les ressources nécessaires – physiques, intellectuelles, affectives – à l’augmentation du chiffre d’affaires, un recyclage permanent du « capital humain ».

« L’humanité, notre propre espèce, est devenue si abondante et active qu’elle rivalise désormais avec les grandes forces de la Nature en termes d’impact sur le fonctionnement du système Terre », écrivait Jacques Grinevald, philosophe et historien, traducteur de Nicholas Georgescu-Roegen, le « père » de la décroissance.

Un état des lieux de la planète

Le symptôme le plus significatif de la dévastation capitaliste est sans doute l’état de la biosphère (ensemble de l’espace où la vie est possible). On ne peut estimer de manière pertinente le degré de gravité de la situation qu’avec un minimum de données fiables. Chacun des domaines abordés pourrait faire l’objet d’un débat spécifique ; on se limitera à deux ou trois lignes.

° La déforestation. Selon la FAO, le déficit réel des terres boisées pour la période 1990-2010, est de l’ordre de 53 000 km2 par an (l’équivalent de deux fois la France en vingt ans). Sans oublier que le plus grave n’est pas le recul des forêts en surface, mais la dégradation de leur fonction écologique.

° L’érosion de la biodiversité. L’humanité a plus profondément et plus rapidement modifié les écosystèmes depuis les cinquante dernières années que depuis toute son histoire. C’est le bien-être de l’homme qui est menacé, et peut-être bientôt sa survie. C’est ce qu’auraient dû comprendre les écolo-sceptiques soit-disant humanistes.

° La disponibilité réduite de l’eau douce. Au rythme actuel de la croissance démographique et de l’évolution de la consommation, la population vivant sous le seuil de rareté absolue (soit 500 m3 par habitant et par an) approcherait 1,8 milliard.

° L’accumulation des déchets. Juste un chiffre : en 2020, les villes chinoises produiront annuellement 400 millions de tonnes de déchets, soit la quantité rejetée par la planète entière en 1997.

° Les perturbations climatiques. Selon Norman Myers du Green College d’Oxford, à l’horizon 2050, deux cents millions de personnes pourraient être chassées de chez elles par le dégel des terres, la montée des mers ou l’avancée des déserts.

° L’épuisement progressif des matières premières. 27 matières premières minérales ont été qualifiées de « critiques » (cuivre, phosphore, hélium, uranium, zinc, argent, tritium…). L’inquiétude réside principalement dans le risque de pertes d’emplois et de conflits sociaux, de graves pénuries dans plusieurs filières, et l’avenir compromis de certaines nouvelles technologies.

° La question nucléaire. Les raisons du refus de cette filière sont nombreuses : atteintes graves à la santé, multiples incidents, insécurité, gestion des déchets reportées sur les générations futures, pseudo-indépendance énergétique, société policière, voire militarisée induite par la centralisation nécessaire, coût réel élevé…

L’empreinte écologique.

L’ensemble de tous ces impacts sur les différents milieux peut se concrétiser, se synthétiser, de manière globale, par la notion d’empreinte écologique, outil qui mesure la pression qu’exerce l’hommre sur la nature. Cet outil estime que nous dépasserions d’ores et déjà de 30 à 40 % (pour être prudent) les capacités de régénération de la planète. Non seulement nous puisons dans les revenus, mais nous dilapidons le capital. Si tous les habitants de la planète voulaient adopter notre mode de vie, les ressources mondiales n’y suffiraient pas. Le mode de vie « occidental » n’est pas généralisable à l’ensemble de la planète. Compte tenu des tendances lourdes de notre économie de prédation, il le sera encore moins pour les générations futures. L’humanité vit au-dessus de ses moyens ; il faut impérativement décroître.

Le problème de l’énergie.

Quand on sait que sa consommation a été multipliée par dix au cours du 20e siècle, on comprend que l’énergie constitue le pilier principal des sociétés modernes. Dans Le choix du feu, Alain Gras, socio-anthropologue des techniques, rappelle que, durant des millénaires, les énergies naturelles ont imposé des limites ; le recours à l’énergie fossile va débloquer ce verrouillage. La Révolution industrielle marque donc un point de rupture : la capacité à transformer l’environnement augmente de façon extrêmement brutale. Nous passons d’une société fondée sur la demande à une autre, fondée sur l’offre, avec l’illusion que l’homme peut s’affranchir des lois naturelles. Avec les énergies fossiles, tout semble désormais possible, ce qui annonce la société du toujours plus, de l’excès, de la démesure.

Or ce déni de la réalité, cette ignorance délibérée des limites conduit à une impasse. Le bilan, au plan énergétique, peut en effet se décliner selon plusieurs critères qui n’incitent guère à l’optimisme (là encore, chacun de ces critères pourrait faire l’objet d’un débat spécifique) :

° Les sociétés modernes sont totalement dépendantes des ressources énergétiques fossiles.

° La demande continue à croître (augmentation de la population mondiale, croissance économique des pays « émergents »).

° Les énergies fossiles s’épuisent inexorablement (le pic mondial de la production pétrolière « conventionnelle » a été atteint entre 2004 et 2008).

° Aucune alternative ne peut remplacer intégralement le pétrole.

° La filière nucléaire est en perte de vitesse (la part du nucléaire dans l’électricité mondiale passe de 17 % en 2005 à 9 % aujourd’hui, et les difficultés d’Areva, d’EDF et de quelques autres vont précipiter la chute).

° Les énergies renouvelables ne suffiront pas à couvrir les besoins (l’ensemble de ces énergies ne représentent actuellement que 14 % de l’énergie primaire totale consommée dans le monde, et 6,4 % dans l’Union européenne).

En résumé, compte tenu du déclin prochain des énergies fossiles et du nucléaire, de la difficulté à mettre en œuvre les énergies renouvelables à une échelle significative et de la demande croissante, nous nous dirigeons vers un « choc énergétique », et non vers une transition en douceur comme tentent de le faire croire les classes politiques, tous bords confondus.

Une autre conséquence de cette dynamique destructrice est la menace qui pèse sur la capacité à nourrir l’humanité dans un avenir proche. La FAO elle-même reconnaît près de 900 millions d’affamés dans le monde, chiffre auquel il faut ajouter un milliard deux cents millions de personnes souffrant de carences alimentaires graves. Si l’on peut considérer que ce problème est aujourd’hui un problème de distribution, d’accès à la nourriture, c’est-à-dire strictement politique, l’avenir pourrait être plus sombre.

La production alimentaire dépend en effet de nombreux facteurs. Quelques-uns pourront évoluer favorablement : la mise en culture de nouvelles terres, la lutte contre le gaspillage alimentaire, le développement de l’agro-écologie. Il est très peu probable que ces facteurs favorables parviennent à compenser ceux qui contribueront à réduire la production alimentaire :

° La diminution des surfaces des terres agricoles : la France perd, avec l’urbanisation, les infrastructures de transport, les chantiers, les carrières, l’équivalent d’un département tous les sept ans. Il faut y ajouter les surfaces consacrées aux agrocarburants et la submersion de certaines terres.

° La diminution des rendements : détérioration des sols, problème de l’eau, disparition des insectes pollinisateurs, perturbations climatiques, alimentation carnée, épuisement des « ressources halieutiques ».

La fin prochaine du pétrole bon marché sans lequel il n’y a ni mécanisation, ni engrais chimiques, ni pesticides, constitue une autre variable de taille.

La situation actuelle est donc plutôt préoccupante. Aucun scenario n’est écrit à l’avance, mais il est certain qu’on ne peut pas poursuivre dans cette voie. Le futur ne sera pas le prolongement des courbes du passé ; il sera fait de ruptures. La question essentielle est donc la suivante : quel type d’organisation sociale permettra de rendre harmonieux les rapports entre l’être humain et la nature ? Quels moyens politiques, sociaux, économiques ? Parce qu’on ne peut pas opposer le social et l’écologique : la sur-pêche inconsidérée, c’est à terme la mort du pêcheur.

La première condition est de sortir du capitalisme parce que ce système a besoin d’une croissance continue pour se perpétuer. Or une croissance économique illimitée dans un monde limité est rigoureusement impossible (et la croissance verte ou l’économie circulaire ne sont que de dangereux mythes). Ce système capitaliste s’est lui-même placé devant un choix difficile : ou il cherche à relancer la croissance (ce qui est d’ailleurs voué à l’échec) et il saccage irrémédiablement la planète ; ou il tente de préserver ce qui peut l’être des écosystèmes, et il torpille l’économie. La mauvaise santé du système, c’est-à-dire son effondrement partiel, pourra servir de point d’appui ; mais ce sera insuffisant.

La deuxième condition est la destruction de l’Etat parce que les intérêts dudit Etat et du capitalisme convergent . C’est l’Etat qui, par la loi, a légitimé la propriété privée, et qui la protège.

C’est l’Etat qui a permis la puissance des multinationales (subventions, allègements fiscaux, crédits de formation et de recherche, infrastructures, brevets, externalisation de nombreux coûts – dont la pollution, prise en charge de pertes financières, interventions policières lors de conflits entre employeurs et salariés…).

C’est la dimension même des travaux commandés par les Etats qui a conforté la taille des entreprises : infrastructures gigantesques, autoroutes, TGV, aéroports internationaux, terminaux portuaires, mégalopoles, barrages immenses, centrales, super-pétroliers, complexe militaro-industriel…

C’est l’Etat qui vient en aide aux banques en difficulté et au secteur automobile en sortie de route, tout en bradant le service public et la protection sociale.

La troisième condition est de stabiliser le plus rapidement possible la population mondiale, avant de la faire décroître, parce que l’arrivée chaque année d’environ 50 millions d’individus nouveaux porte atteinte aux ressources naturelles et aux écosystèmes, et anéantit les efforts consentis par une partie des populations pour tendre vers un mode de vie plus frugal.

La quatrième condition est de sortir du productivisme qui pourrait tenter même des partisans d’une société égalitaire et libertaire si, par productivisme, on entend l’accroissement systématique de la production pour satisfaire des besoins sans intégrer les contraintes écologiques. Or le moteur principal du productivisme est l’accélération du progrès technique. Sortir du productivisme, c’est donc parallèlement redéfinir le rapport de l’homme à la technique, l’utilité sociale et la finalité de la production, le sens du travail.

Ce que l’Histoire officielle ne dit pas, c’est que de nombreux travailleurs, artisans, paysans ont dénoncé les effets des nouvelles machines sur leur travail et leur mode de vie, les dangers, les risques, les nuisances pour un « confort » souvent illusoire acquis au prix de la dignité, de la liberté. Les différents pouvoirs ont tout utilisé pour faire taire les contestations, éteindre les controverses, pour imposer aux catégories dominées une société technologique, annonçant la société de production et de consommation de masse.

Mais le refoulé resurgit toujours. On commence seulement à mesurer les conséquences dans tous les domaines de l’asservissement aux machines et aux contraintes de l’industrie. Le schéma était trop simple : progrès de la science, puis progrès technologique et industriel, enfin progrès social et moral. Le mythe d’un vaste consensus autour du projet de fabriquer un monde meilleur par la technologie s’effondre.

Il nous appartient de concevoir des machines pour en faire des instruments servant nos propres fins (techniques intermédiaires, à basse consommation….) dont le fonctionnement soit aisément appropriable par tous dans le but d’une maîtrise collective de l’appareil de production.

Alors, la grande question, c’est comment passer d’une société mortifère à une société désirable ?

Pendant longtemps, considérant que l’entreprise était le seul lieu de pouvoir, la forme de lutte évidente a été le syndicalisme, qui prônait la grève générale en vue d’une révolution sociale supprimant la propriété privée des moyens de production.

Si cet objectif de société sans classes n’a pas disparu pour tout le monde, au cours du 20e siècle, la société a profondément changé : évolution des classes sociales, influence de la publicité, du marketing, des grands médias, fascination exercée par la technique, « embourgeoisement » par l’élévation du niveau de vie, dérive du syndicalisme vers la bureaucratie, le corporatisme, l’accompagnement des contre-réformes du capitalisme.

Depuis deux ou trois décennies, alors que le syndicalisme ne rassemble plus qu’environ 7 % des salariés, d’autres formes de luttes apparaissent, des résistances, des engagements plus locaux, sur des objectifs immédiats, proches, visibles, mais plus limités.

Aujourd’hui, les lieux de pouvoir sont multiples, l’entreprise n’en est qu’un parmi d’autres. C’est précisément parce que le capitalisme doit être attaqué en tant que système que la lutte doit être globale, regrouper toutes les sensibilités, les perceptions, les approches.

Syndicalisme, désobéissance civile (occupations, séquestrations, sabotage), opposition aux grands projets inutiles et imposés qui ne répondent en rien aux besoins vitaux des populations, c’est-à-dire contre l’aménagement capitaliste du territoire (TGV, lignes THT, centrales nucléaires, aéroports internationaux, sites miniers, projets immobiliers…), alternatives en actes (coopératives, AMAP, SEL, structures associatives autogérées, habitat en propriété partagée…), éducation populaire dans l’esprit des anciennes Bourses du travail (auto-formations, conférences…), luttes paysannes (contre les OGM, la brevetabilité du vivant).

Toutes ces luttes constituent autant de laboratoires où s’exercent l’appropriation de la parole, l’apprentissage de la démocratie directe, des relations horizontales, des prises de décision sans délégation, le partage des expériences. La palette des luttes possibles est suffisamment large pour que chacun puisse trouver sa place en fonction de ses motivations, de ses centres d’intérêts, de ses compétences, de sa disponibilité. Dans une société dont l’avenir est très mal engagé, le pire serait, de toutes façons, de ne rien faire.


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