Transhumanisme

Transhumanisme

Messagede bipbip » 01 Mar 2018, 17:44

Ces milliardaires et multinationales qui investissent dans la quête d’immortalité et de jeunesse éternelle
Des start-up se lancent dans des transfusions de sang de patients jeunes vers des personnes plus âgées dans le but de prolonger la vie. Des grandes fortunes ou des multinationales, comme Google-Alphabet, investissent dans des biotechnologies pour identifier les gènes de longévité et ralentir le vieillissement. D’autres mènent des expérimentations pour dupliquer le cerveau dans des machines. L’industrie de la cryoconservation – congeler un organisme en attendant un hypothétique remède contre la mort – connaît un succès grandissant. Tous partagent l’ambition transhumaniste : créer un être humain à la longévité décuplée, voire immortel. Sans aucune réflexion sur les conséquences sociales. Une enquête extraite de l’ouvrage Au Péril de l’humain, co-écrit par Agnès Rousseaux, journaliste de Basta !.
... https://www.bastamag.net/Ces-milliardai ... la-quete-d

Humains modifiés technologiquement contre humains « bio » : pourrons-nous échapper au délire qui vient ?
Fabriquer un être humain supérieur, artificiel, voire immortel, dont les imperfections seraient réparées et les capacités améliorées. C’est l’ambition du mouvement transhumaniste, qui veut créer un « homme augmenté » façonné par les biotechnologies, les nanosciences, la génétique. Ce projet technoscientifique avance discrètement, impulsé par les multinationales de la Silicon Valley, mais aussi les laboratoires européens et chinois. Quel être humain émergera de ces expérimentations hasardeuses sur notre espèce ? Voici un extrait de l’ouvrage Au Péril de l’humain, co-écrit par Agnès Rousseaux, journaliste de Basta !.
... https://www.bastamag.net/Humains-modifi ... chapper-au
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Re: Transhumanisme

Messagede bipbip » 25 Aoû 2018, 19:42

Délires transhumanistes et résilience marseillaise

Demain (on) ne meurt jamais

Crever ? C’est pour les nazes, clament les transhumanistes. Deux ouvrages reviennent sur ce refus du trépas. À ma droite, Aventures chez les transhumanistes, du journaliste irlandais Mark O’Connell [1] ; à ma gauche, Homme augmenté, humanité diminuée, de Philippe Baqué [2]. Recension croisée.

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De votre fauteuil défoncé, avec une Kro à la main et CQFD ouvert à la présente page, vous vous sentez sans doute bien loin des transhumanistes. À la rédaction, c’est pareil : personne n’y rêve de se faire cryogéniser, de s’augmenter ou de se laisser sucer le cerveau par une machine. C’est qu’on est à Marseille, et on préfère trouver bath de glander à l’anse de Maldormé ou de deviser en braillant dans un bar de La Plaine.

Les transhumanistes rencontrés par Mark O’Connell sont, eux, des cerveaux dérangés qui bullent sur leur tablette entre une plate-forme Google et le désert de l’Arizona. Que veulent ces gugusses ? Ne plus vivre sous la tyrannie de la mort et améliorer leurs capacités physiques et cérébrales. En bref, ils refusent d’être le produit d’une évolution aveugle. Rien que ça, les mecs. On leur souhaite bien du courage, vu qu’ici on n’arrive déjà pas à se comprendre entre nous et que la seule chose qu’on souhaite améliorer, c’est notre score au Vélodrome. Autant dire que c’est pas demain la veille qu’on va se laisser aspirer le cerveau dans une machine…

Au gré de ses recherches, Mark O’Connell a rencontré de nombreux chercheurs aux points de vue certes divergents, mais toujours mégalo. Ray Kurzweill, star du mouvement, explique ainsi qu’en 2030 on pourra télécharger notre cerveau, histoire de nous débarrasser de ces encombrants corps périssables. Finis les gueules de bois : un coup de reset et ça repart ! Au cours de cette lecture d’Aventures chez les transhumanistes, facilitée par une traduction érudite [3], on apprend aussi que la science-fiction est désormais advenue : des macchabées attendent déjà dans des congélateurs qu’on les en sorte plus tard, façon bâtonnets de poisson reconstitué. Alcor, la boîte de Max More, pilier du mouvement, conserve ainsi 117 corps, clients ayant raqué plein pot de leur vivant pour revenir dans le futur. Bonne chance, les gars ! Quand vous ressortirez en 2070, c’est la petite-fille de Marion Maréchal-Le Pen qui présidera les States !

Le livre de Philippe Bacqué traite du même sujet, mais en partant de la maladie d’Alzheimer : l’immortalité pour les riches (tant pis s’ils ne se souviennent de rien), la mort pour les pauvres. Lutter contre le vieillissement est l’une des priorités des grands labos médicaux, rappelle Homme augmenté, humanité diminuée. Parce que ça rapporte grave.

Ce qui payera aussi, c’est la destruction des emplois et leur remplacement par des robots, réputés moins grévistes. Le domaine de l’intelligence artificielle est ainsi investi par des milliers de startup, rachetées au gré de leurs succès par Google ou par d’autres multinationales tentaculaires. Elles se retrouvent lors de grands raouts, notamment pour comparer leurs progrès en matière de véhicules autonomes. Uber n’attend que ça pour jeter ses conducteurs aux oubliettes. C’est le progrès, mec ! Sur le site du Forum économique mondial, on trouve ainsi la liste des vingt premiers boulots qui seront récupérés par des « copains » robots : postiers, comptables, secrétaires…tout ça à la benne. Et alors ? Tu ne veux quand même pas qu’on ressuscite les allumeurs de réverbères ou le poinçonneur des Lilas ?

Mais ne vous inquiétez pas. Ceux qui annoncent la fin du travail pour demain se sont gourés : il nous reste encore quelques belles années de boulot de merde. Et ce ne sont pas les riches qui vont s’en charger. Eux préfèrent nous faire chier au maximum, avant de se faire congeler. Mais gaffe, on va tout débrancher !

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Notes

[1] L’échappée, 2018.

[2] Agone, 2017.

[3] NDLR : l’azimuté camarade Goby oublie de préciser que le traducteur de ce livre, Émilien Bernard, est soutier à CQFD. Copinage, quand tu nous tiens...


paru dans CQFD n°166 (juin 2018)
http://cqfd-journal.org/Demain-on-ne-meurt-jamais
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Re: Transhumanisme

Messagede bipbip » 01 Sep 2018, 16:33

Radio: Céline Lafontaine, La bioéconomie, stade ultime du capitalisme, 2014

Dans son livre Le Corps-Marché, la sociologue québequoise Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité…

Le monde vivant est devenu aujourd’hui, selon vous, “une mine à exploiter”. Une mine qui définit ce que vous appelez la “bioéconomie” ? Qu’est-ce qui la caractérise ?

La bioéconomie, c’est le nouveau modèle de développement économique, promulgué par l’OCDE. La bioéconomie est au cœur du processus de globalisation. L’origine du concept se rattache à l’écologie et au modèle de la décroissance. Face à l’épuisement des ressources naturelles, la bioéconomie, dans sa première version, devait tenir compte des limites imposées par la planète, des limites du vivant. Historiquement, la bioéconomie est directement liée à la crise du pétrole du début des années 1970, à l’abandon de l’étalon-or, au moment où le rapport du Club de Rome annonçait l’épuisement de l’énergie fossile.

Les États-Unis ont alors réagi en développant un nouveau modèle de l’économie qui place les processus vivants au centre de tout. Dès le début des années 1980, le pays a investi massivement dans les biotechnologies. La bioéconomie, c’est donc un mode de production qui touche tous les secteurs économiques (agriculture, industrie, santé…), qui prend les processus vitaux, au niveau de l’ADN et des cellules, pour les transformer et leur conférer une nouvelle productivité.

Ces processus biologiques sont à la source d’une nouvelle productivité. Plutôt que d’utiliser la force de travail des ouvriers, la bioéconomie est fondée sur l’exploitation du vivant, la manipulation des gènes, des processus cellulaires et des processus vitaux. La vie elle-même est devenue la source de la productivité économique.

La bioéconomie est-elle consubstantiellement liée à l’économie financiarisée ?

Oui, c’est très clair ; il y a un lien entre le corps des femmes et la monnaie. L’abandon de l’étalon-or au début des années 1970 – la dématérialisation de la monnaie, donc –, c’est la dématérialisation du rapport à la nature, au corps. L’économie informationnelle transforme le rapport au corps avec une vision décomposée du corps. On a l’impression, dans cette économie dématérialisée, que les ovules poussent dans les arbres. Il faut, je pense, revenir aux bases matérielles, biologiques, de ces corps.

Existe-t-il un marché constitué autour du corps humain ?

Le marché du corps humain existe de fait depuis les débuts de la médecine occidentale. Mais, le marché de la bioéconomie s’est internationalisé, avec notamment le développement des recherches sur les cellules souches embryonnaires. La bioéconomie, centrée sur le corps féminin se nourrit en fait de l’industrie de la procréation in vitro. Ce premier modèle d’industrialisation permet de comprendre la logique de la globalisation. Cette industrie a créé une demande, la fécondation in vitro, avec des banques d’ovules et des banques de sperme, apparues dès les années 1980 aux États-Unis. Le phénomène s’est démocratisé de par le monde. Le travail reproductif des corps s’est exporté.

Les ovules des femmes américaines se vendent et s’exportent. Les mères porteuses se trouvent surtout en Inde : les femmes indiennes coûtent moins cher que les mères porteuses américaines. Mais on ne prend pas les ovules des femmes indiennes, car on ne veut pas du matériel génétique “racialisé” ; on en est là.

Comment comprendre le développement de ce marché du corps ? A quoi imputez-vous ce développement : aux progrès scientifiques, à la demande sociale qui évolue, aux intérêts marchands… ?

Il y a d’abord une volonté des États de développer la recherche biomédicale. Après la Seconde Guerre mondiale, la santé est devenue le fondement de la citoyenneté en s’inscrivant dans le corps de la nation à travers la mise en place des systèmes de santé publique ou le système du don du sang. Un système que le scandale du sang contaminé a effrité, en France comme au Canada dans les années 1980.

Le modèle du don a été transposé aux ovules. Mais dans les faits, il n’y a pas de don d’ovules sans rémunération, sauf en France et au Canada où les banques sont vides. C’est une technologie invasive qui a des effets importants sur la santé, malgré la banalisation de l’in vitro, la stimulation ovarienne, la mise en production du corps… Ce sont des traitements pénibles. Pour donner, il faut qu’il y ait de l’argent en retour. Des femmes, dans le besoin, vendent leurs ovules, avec des effets catastrophiques pour leur santé, souvent. Même si c’est un échange financier, on le camoufle dans la rhétorique du don : le don de vie.

Le don vous semble donc un faux-semblant ?

Cette rhétorique du don de sang est à la base des États-nations. Or, j’insiste, le don camoufle aujourd’hui des logiques d’appropriation. On parle de compensation financière aux Etats-Unis, pour masquer la réalité d’une relation marchande. Les défenseurs des mères porteuses parlent du don de vie ; les femmes seraient censées se valoriser à travers ce don.

Pour moi, il faut questionner ce don qui est plus proche d’un sacrifice. Dans une société très capitaliste, la valorisation du don des femmes est problématique. Les bio-banques qui se développent dans le monde symbolisent ce travestissement du don, sous couvert du consentement éclairé. Les gens donnent pour faire avancer la recherche, mais les mécanismes de recherche mis en place font en sorte que les retombées de ces recherches sont privatisées et reviennent dans le corps social sous forme d’une médecine privatisée, tellement chère qu’elle met en péril le système de santé publique. On naturalise le don des femmes aujourd’hui ; or, l’économie du don se nourrit du corps de la population et privatise les retombées.

Tous les éléments du corps humain, qui font l’objet d’un trafic marchand – les organes, le sperme, le sang, les cellules… doivent-ils être mis sur le même plan, d’un point de vue moral ?

Avec les organes, on est aux limites de l’illicite. On est là dans une forme de “cannibalisme”, dans une forme d’appropriation de l’autre. Le don d’organes a donné lieu à une rhétorique de la pénurie qui a nourri ainsi le “tourisme médical”. Les femmes donnent par exemple leur rein, plus que les hommes. Il y a une survalorisation du don des femmes dans une société qui proclame l’autonomie.

Je ne me situe pas sur un plan moral s’agissant des mères lesbiennes désirant un enfant. Mais le sperme n’est pas l’équivalent biologique de l’ovule ; il y en a un qu’on doit récolter, c’est une ressource renouvelable ; l’autre est une ressource rare, puisque le nombre d’ovocytes est limité à la naissance. Donner du sperme ou des ovules, ce n’est pas pareil ; cela n’a pas les mêmes répercussions ; il y a une intrusion dans le corps qui n’est pas du même ordre.

Comment définissez-vous votre approche sociologique dans le cadre de ces questions complexes, où les positions morales et éthiques s’opposent souvent violemment ?

Ma perspective est celle d’un féminisme matérialiste, qui consiste à prendre au sérieux la matière du corps. L’un des problèmes des “gender studies” est selon moi d’avoir oublié la matérialité des corps. Faire croire à un équivalent du masculin et du féminin nous fait oublier que dans les faits, un ovule, ce n’est pas du sperme. L’enjeu de la bioéconomie, c’est précisément la valeur de ces produits reproductifs.

Vous parlez d’un renversement entre le “zoe” et le “bios” ; c’est-à-dire ?

Selon la thèse du philosophe Giorgio Agamben, il y a une distinction entre la vie nue, purement biologique, zoe et bios, la vie sociale, politique. Dans l’époque contemporaine, il y a ce renversement car les processus biologiques deviennent la valeur politique. Le projet du politique devient le projet du bios, du prolongement de la vie. L’individu investit maintenant dans son capital biologique, porté par une vision “biologisante” du rapport à soi. C’est cette distinction que je fais entre le corps-objet et le corps-sujet.

L’idée du post-humain, l’idée de faire de son corps un projet de vie se sont imposées : plus on subjectivise le corps, plus on l’objectivise à travers ses différents produits. On reprend les mêmes logiques d’exploitation que l’industrie manufacturière. C’est pire encore car on s’appuie sur des logiques de domination des femmes.

Vous parlez même d’un “cannibalisme technoscientifique”.

Oui, dans le sens où le corps des plus pauvres nourrit le corps des plus riches. Le corps des femmes les plus jeunes et pauvres nourrit le corps des femmes ménopausées. La médecine régénératrice vise à contourner la pénurie d’organes à partir de traitements à base de cellules. La cellule ne sert plus exclusivement d’expérimentation : elle devient un produit thérapeutique. Avec les cellules souches embryonnaires, issues de l’industrie de la procréation in vitro, on est dans une économie de la promesse, de spéculation.

L’idée de régénérer le corps est née avec l’annonce de la Banque mondiale d’un rapport sur le lien entre la décroissance et le vieillissement de la population. On a alors investi dans cette médecine régénératrice, avec cette idée de vaincre le vieillissement en tant que tel. Les logiques de marché sont liées à des politiques gouvernementales. On investit donc publiquement dans une médecine qui ne concerne que les riches.

Même en France ?

Il n’y a pas d’exception française sur ce point. Certes, il y a en France une bioéthique développée, mais les biobanques et le modèle de recherche et la médecine régénératrice se développent tout autant, c’est le même modèle que dans les pays anglo-saxons. On observe la même logique de privatisation ; on présuppose que les prélèvements sont opérés pour le corps de la nation ; or, ce n’est pas le cas ; le modèle du don, très politique, n’est qu’apparent. On est passé d’un don de corps à corps, comme dans le cas de la greffe d’organes, au corps pour la recherche, comme si c’était la même logique, comme si le corps politique faisait corps avec la recherche biomédicale. Je ne veux pas critiquer la recherche en tant que telle, mais discuter de la place qu’a prise la médecine dans nos vies. La bioéconomie, c’est le stade ultime du capitalisme ; on est dans la promesse d’une régénération infinie des processus vitaux.

Où placez-vous l’éthique dans votre travail ? L’argument de la marchandisation ne vous semble-t-il pas parfois détourné par tous ceux qui, au nom de normes morales conservatrices contestent, le droit pour ceux qui le désirent à la procréation médicale assistée ou à la gestation pour autrui ?

Il n’y a pas, selon moi, d’ambiguïté, on est vraiment dans une marchandisation au sens de mise en marché. Là où il y a un glissement possible, c’est quand le débat dérive vers un point de vue moral ou religieux. Mais mon point de vue est celui d’une sociologue attentive aux inégalités que cela engendre. La distinction faite entre conservateurs de droite et libéraux de gauche me semble erronée. Pour moi, être de gauche, ce n’est pas militer pour le in vitro, qui reste une industrie. C’est du libéralisme pur. Ceux qui manifestent pour le droit à la PMA ne questionnent pas la pression faite sur les femmes, le modèle de la maternité…

L’accès aux nouvelles technologies, c’est réclamer l’accès à d’autres corps. Qu’on le veuille ou non, cela repose sur un marché. Est-ce conservateur de rappeler qu’il existe du masculin et du féminin ? Les mères porteuses, c’est une pratique d’exploitation. C’est du même ordre que le travail des enfants en Chine. Les mères porteuses sont toujours des femmes dominées, pauvres, qui le font toujours en échange d’argent. Le don de soi se rapproche d’un sacrifice.

Ma perspective, c’est de réfléchir au maintien des systèmes de santé publique, à la réduction des inégalités. Et surtout, je pense que les corps sont reliés les uns aux autres. Il y a un corps social, il faut réfléchir à une nouvelle politique de la vie et penser le corps social dans sa finitude.

Interview réalisée par Jean-Marie Durand
pour le magazine Les Inrocks,
le 21 mai 2014.

Céline Lafontaine,
Le corps-marché.
La marchandisation de la vie humaine
à l’ère de la bioéconomie,
éd. du Seuil, 288 p., 21,50 €


Céline Lafontaine, Les enjeux de la bioéconomie du corps humain, 2017.

46 mn
Description :

La sociologue québécoise Céline Lafontaine nous propose d’analyser le phénomène du transhumanisme en partant de la notion de bio-économie qui voit dans le vivant en général et dans le corps humain en particulier une matière première. Elle présente successivement les concepts de bio-capital – le corps comme un capital personnel à valoriser –, de bio-citoyenneté et de bio-médicalisation. Ils permettent de saisir l’étendue des pratiques et recherches médicales en lien avec l’utopie transhumanistes déjà à l’œuvre. En conclusion, elle interroge le retournement qui voit l’homme devenir à nouveau objet de recherche scientifique.

Une conférence prononcée dans le cadre du colloque “Critique de la raison transhumaniste” au Collège des Bernardins le 20 mai 2017.


à écouter : https://sniadecki.wordpress.com/2018/08 ... humanisme/
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Re: Transhumanisme

Messagede bipbip » 20 Sep 2018, 16:13

Lecture : Aventures chez les transhumanistes de Mark O’Connel

Ce livre de Mark O’Connel (2) qui est à la fois sérieux, instructif, désopilant et a surtout le grand mérite d’être drôle en portant à réfléchir, débute par une définition des transhumanistes dont l’objectif consiste à « se rebeller contre l’existence humaine telle qu’elle nous échoit […] et fondé sur la conviction qu’il nous faut utiliser la technologie en vue de contrôler l’évolution future de notre espèce […] pour éradiquer la mort par vieillissement et fusionner avec les machines pour enfin mener une vie conforme à nos idéaux les plus élevés. »

Nous sommes prévenus. L’enquête conduite par O’Connel avec la plus grande rigueur commence alors qu’il quitte son Irlande natale et débarque dans la Silicone Valley (Californie) à la rencontre des plus célèbres et actifs transhumanistes subventionnés par les fonds privés des milliardaires internationaux pour leurs recherches sur l’Intelligence artificielle (IA). Première rencontre avec le professeur Max More dans une banlieue de Phoenix, pays des « corps en suspens », où ce dernier a déjà pratiqué la cryogénisation (conservation à très basse température, usuellement −196 °C, de tout ou parties d’êtres vivants dans l’espoir de les ramener à la vie par la suite lorsque les avancées scientifiques seront suffisantes) sur 117 « morts cliniques volontaires ». Une nouvelle science transformée en commerce aussi prometteur que florissant…
Deuxième arrêt chez Randal Koene, spécialiste en carboncopie (organisation à but non-lucratif destinée à faire progresser l’ingénierie des tissus neuronaux, l’émulation du cerveau et le développement de neuroprothèses, pour créer des substrats d’esprits indépendants). Il s’agit de scanner les cerveaux en très haute définition et en 3D pour stocker et conserver leur contenu dans un réceptacle adapté et pouvant traverser le temps. Rien de plus, rien de moins. Les chercheurs ont d’ailleurs déjà imaginé un stockage des cerveaux à grande échelle si cette pratique venait à se généraliser…

O’Connel nous offre ensuite quelques passionnants chapitres sur les rêves et cauchemars induits par l’IA, ponctués d’interviews de chercheurs regroupés au sein du MIRI (dont la mission est de s’assurer que la création d’une IA a un impact positif) manifestant quelques doutes « quant à notre capacité à communiquer » avec ces futures machines intelligentes sophistiquées, substrats et autres robots, « conscients des dangers encourus », certains d’entre eux mettent en avant le principe de précaution : « L’IA pourrait se montrer dangereuse parce qu’elle est différente de nous, [humains, au corps faits de chair et de viande] dépourvue de sentiments humains, d’empathie, immunisée contre la colère et l’empathie. »
Pour sa part, Randal Koene répond que « Tout dépendra du substrat, du type de support qui sera mis à notre disposition », propos relativisé par Elon Musk qui lui considère que l’IA est : « le plus grand événement de toute l’histoire de l’humanité mais pourrait tout aussi bien être le dernier, à moins que nous trouvions dès à présent un moyen de réduire les risques au maximum ».

Puis O’Connel nous emmène assister au « Darpa Robotic Challenge » de Pomona qui met en concours les robots les plus perfectionnées. On y découvre d’abord des robots intelligents plutôt sympathiques capables de remplacer les hommes pour le traitement des sites contaminés, puis leurs pendants beaucoup moins sympathiques présentés à « L’Amazon Peacking Challenge » : des robots voués à remplacer les employés aux basses tâches dans les entreprises « permettant de nouvelles performances débarrassées des contraintes humaines (pauses toilettes, fatigue et syndicalisme…) », doux rêve des techno- capitalistes caressant l’idéal de contrôler aussi bien les moyens de production que la force de travail elle-même. Puis, dans le rayons sécuritaire, la firme Hewlet Packard, sous contrat avec l’armée américaine, présente des robots dotés d’armes technologiques « capables de remplacer les militaires humains trop vulnérables » ou encore des prototypes de robots policiers, armés de gyroscopes stabilisateurs de tuyaux de gaz lacrymogène intégrés dans leur discrète protubérance phallique pour charger efficacement les manifestants ou les ouvriers en grève… Petit arrêt ensuite au pays des « cyborgs » dans la banlieue de Pittsburg, plus allumés ou cocasses les uns que les autres, ceux-ci cherchent à « augmenter l’humain grâce à des technologies sûres, abordables et libres de droits, conçues pour être implantées sous la peau et accroître les capacités sensorielles et communicationnelles de notre corps »…

Nous accompagnons ensuite l’enquêteur à une conférence sur la dimension religieuse du transhumanisme, en compagnie d’une propriétaire de sexshop, d’un mormon, d’un éditeur ésotérique, d’une boudhiste, etc. Au vu de la convergence semblant exister entre les différentes religions représentées, O’Connel constate que le mouvement transhumaniste n’est pas en contradiction avec le religieux dans la mesure où il répond à sa manière aux contradictions et frustrations fondamentales de l’existence (l’enfermement dans son corps). Arrêt chez les adeptes de la recherche contre le vieillissement et dernier voyage dans le « bus de l’immortalité » à travers le désert du nouveau Mexique avec Zoltan, candidat aux présidentielles de 2015. Ce dernier expliquant aux rares prospects égarés que son bus de campagne en forme de cercueil est « une provocation dont le but est de susciter la controverse aux Etats-Unis pour sortir l’opinion publique de son apathie sur la question de la mortalité humaine ». Roen son « assistant » qui garde sa virginité en attendant l’ère enchantée des sexbots (robots dotés d’une IA et conçus pour faire l’amour) « moins décevants que les humains en la matière »...

En conclusion de son livre aussi sérieux que foldingue, à lire avec délectation, O’Connel nous lance cet avertissement : « J’ai toujours eu un avis mitigé sur les innovations technologiques. Elles m’ont certes beaucoup simplifié la vie, mais j’ai parfaitement conscience que les entreprises qui les développent en profitent pour contrôler et monnayer nos activités, dans le seul but réel de nous réduire à des amas de données et donc à une source de croissance de profits. […] Après avoir terminé mon enquête, j’en suis venu à penser que l’avenir n’existe pas à proprement parler, sinon comme une version hallucinée du réel »…What else ?


https://monde-libertaire.net/?article=_ ... rk_OConnel
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