Racisme d'Etat, affaire du burkini ...

Re: Racisme d'Etat, affaire du burkini ...

Messagede Pïérô » 01 Déc 2017, 07:43

Sur le racisme d’Etat: brèves remarques à l’attention de Jean-Michel Blanquer et de quelques autres

L'universitaire Olivier Le Cour Grandmaison rappelle ici que le «racisme d’Etat est parfaitement compatible avec un régime démocratique ou républicain dès lors que certaines catégories de citoyens et d’étrangers racisées sont victimes de discriminations systémiques liées à des pratiques dominantes au sein d’administrations et d’institutions spécialisées, la police par exemple».

Monsieur Jean-Michel Blanquer, remarquables sont votre courage et votre vigilance pour défendre la République outragée par des accusateurs irresponsables qui osent soutenir qu’il existerait dans la douce, l’admirable et la très républicaine France, que préside celui qui vous a fait ministre, un « racisme d’Etat ». Accusation aussi odieuse qu’inepte comme le prouvent, évidemment, les glorieuses traditions de cette belle nation, fille aînée de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, et les nobles principes sur lesquels les institutions présentes ont été établies. Au pays des droits de l’homme et de la Révolution française, une telle situation ne saurait exister.

Emporté par une indignation, que vous pensez sans doute vertueuse, applaudi par votre docile majorité, soutenu par une coalition hétéroclite d’associations et par un nouveau converti à la police de la pensée, le sociologue M. Wierviorka, vous avez décidé de porter plainte contre Sud-Education responsable de cet outrage auquel s’ajoute, c’est plus terrible encore parait-il, l’organisation d’ateliers en « non-mixité raciale », selon l’expression consacrée.

Intéressante réaction, dans tous les sens du terme. Elle vous a valu l’approbation chaleureuse de M. Le Pen, de Valeurs actuelles et d’une cohorte de soutiens divers, y compris au sein d’une certaine gauche qui n’hésite pas à participer à ce chœur aux vocalises singulières. De plus, votre réaction est une illustration probante de ceci : l’indignation peut être mauvaise conseillère car elle nuit gravement au libre exercice de la pensée et à la volonté de savoir en substituant à la nécessaire réflexion la fulgurance du réflexe et de l’expression obtuse des préjugés.

Passons sur votre ignorance de la législation, puisqu’il est impossible d’attaquer une personne morale pour diffamation. Plus surprenant, eu égard aux fonctions qui sont les vôtres et à vos prétentions, vous semblez découvrir un concept, celui de racisme d’Etat, pourtant déjà utilisé en 1976 par M. Foucault dans son cours au Collège de France [1]. Cours bien connu des universitaires, des chercheurs et des étudiants qui s’intéressent à l’œuvre de l’auteur de Surveiller et punir.

Contrairement aux affirmations péremptoires de certains journalistes et de lecteurs pressés, qui lient l’avènement du racisme d’Etat à celui du régime national-socialiste, Foucault estime que le premier surgit en Europe à la fin du XIXème siècle avec l’émergence d’un bio-pouvoir. Et, faut-il préciser, d’un racisme scientifique fondé, entre autres, sur l’anthropologie physique et la phrénologie dont Broca est un des pères fondateurs, honoré par la Troisième République reconnaissante qui a donné son nom à une rue parisienne. Racisme scientifique et élitaire partagé par nombre de républicains, au rang desquels Jules Ferry occupe une place de choix puisqu’il était convaincu de l’existence de races supérieures et inférieures, celles-ci devant civiliser celles-là par la grâce de la colonisation. Ainsi fut fait avec le soutien des radicaux-socialistes puis de la SFIO.

Critiquer le concept de racisme d’Etat est parfaitement légitime, encore faut-il ne pas substituer à l’autorité des arguments, des démonstrations et des analyses, l’argument d’autorité auquel s’ajoute le recours à une rhétorique hyperbolique et démagogique qui procède par amalgame. Laisser croire, comme certains le répètent de façon pavlovienne, qu’employer la catégorie de racisme d’Etat revient à mettre sur le même plan la France de la Cinquième République et l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid témoigne d’une grossièreté intellectuelle confondante.

« Ce qui est excessif est insignifiant », écrivait Talleyrand ; celles et ceux qui ont recours à cette équivalence sommaire atteignent des sommets d’insignifiance et font la démonstration que si penser, c’est distinguer, ils ne pensent pas ou peu. Ils ont la tête farcie d’approximations et croyant raisonner et débattre, ils les imputent à leurs adversaires. A la bonne heure.

Réagir de la sorte, c’est confondre l’existence d’un Etat raciste, établi sur une conception hiérarchisée du genre humain, laquelle légitime des dispositions discriminatoires mobilisées contre une ou plusieurs minorités jugées inférieures et dangereuses qui sont ainsi privées de droits et libertés fondamentaux, avec un racisme d’Etat. Racisme d’Etat qui est parfaitement compatible avec un régime démocratique ou républicain dès lors que certaines catégories de citoyens et d’étrangers racisées sont victimes de discriminations systémiques liées à des pratiques dominantes au sein d’administrations et d’institutions spécialisées, la police par exemple[2]. Jusqu’à plus ample informé, cette dernière fait partie de l’appareil d’Etat où elle assume des missions régaliennes essentielles sous l’autorité du ministre de l’Intérieur.

De telles pratiques sont connues des gouvernements de droite comme de gauche, et des présidents, mais couvertes par eux quand elles ne sont pas légitimées par des motifs divers liés à ce qu’ils nomment les “nécessités” du maintien de l’ordre ou de la lutte contre le terrorisme. A cela s’ajoute la mise en œuvre de politiques publiques débouchant, de facto, sur la relégation urbaine de ces minorités dans les quartiers populaires ; leurs habitants étant privés, en tout ou partie, de l’accès à certains services pourtant essentiels ce qui aggrave les discriminations et les inégalités multiples dont ils sont victimes.

De plus, leur liberté d’aller et venir, pourtant considérée comme un droit fondamental, est gravement atteinte par des contrôles au faciès répétés. Leurs fonctions ? Assigner les jeunes d’origines africaines et maghrébines, qu’ils soient français ou étrangers, aux quartiers qu’ils habitent et renforcer les frontières intérieures qui séparent les banlieues appauvries de la capitale où les premiers font l’objet d’une suspicion souvent généralisée[3]. Jeunes, pauvres, « issue de l’immigration », comme on dit, donc dangereux.

Opposer à ces réalités, que confirment des enquêtes anciennes[4] et nombreuses, les principes républicains, et le constat que les lois et les décrets ne comportent aucune disposition discriminatoire, c’est s’en tenir à un positivisme juridique qui témoigne d’une cécité stupéfiante à l’endroit des pratiques précitées, d’une paresse intellectuelle certaine ou de la volonté délibérée d’entretenir la mythidéologie nationale-républicaine et le grand roman hexagonal qu’elle soutient. Dans votre cas, monsieur le ministre, les trois semblent se combiner puisque vous affirmiez, le 19 mai 2017, que l’un des rôles de l’enseignement de l’histoire est de faire aimer la France. Voilà qui aide à comprendre votre croisade présente contre celles et ceux qui, pour diverses raisons, s’opposent à vos injonctions réactionnaires et autoritaires.

Sur ce sujet, vous êtes le piteux ventriloque de conceptions forgées sous la Troisième République où cet enseignement fut instrumentalisé par l’Etat avec le soutien actif d’historiens comme Lavisse, Malet et Isaac dont les manuels ont longtemps été les vecteurs de la doxa officielle relative à la grandeur immarcescible de la France. Au service de celui qui prétend incarner un monde nouveau, vous êtes, monsieur le ministre, la petite main soumise et active d’une régression pédagogique, intellectuelle et politique qui, en d’autres temps, eut suscité scandale et risées. Leur absence ne vous donne pas raison pour autant, elle confirme seulement la dégradation inquiétante de la situation présente.
1.Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : L’empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014 où il est aussi question, je l’avoue, de racisme d’Etat.


[1]. Cf. entre autres, M. Foucault, « Cours du 4 février 1976 », in Il faut défendre la société. Cours au Collège de France, 1976, Paris, Gallimard/Seuil, 1997, pp. 75-100.

[2]. Le 8 novembre 2016, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), constatait : « Un ensemble convergent d’études a mis en évidence la surreprésentation des jeunes hommes issus des minorités visibles dans les contrôles de police. » Le 13 février 2017, le Défenseur des droits, J. Toubon a rendu public les résultats d’une enquête menée par l’institution qu’il dirige. On y lit ceci : « 80% des personnes » perçues comme des jeunes noirs ou arabes ont fait l’objet de contrôle au cours des cinq dernières années alors que 85% des autres affirment ne l’avoir jamais été.

[3]. F. Truong, « Au-delà et en deçà du périphérique. » in Métropoles, n°11, 2012.

[4]. En 1956, déjà, l’un des fondateurs de la Sécurité Sociale, P. Laroque, écrivait à propos d’une enquête réalisée par Andrée Michel : « s’il est une conclusion qui se dégage de manière aveuglante » de cette étude, « c’est que la discrimination entre travailleurs européens et travailleurs algériens est partout, dans les conditions d’emploi, dans l’embauche, (…) dans les conditions d’existence » et dans « l’habitat. » Préface à A. Michel, Les travailleurs algériens en France, Paris, CNRS, 1956, p. 3. Précision essentielle : les Algériens dont il est question sont alors citoyens français.


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Messagede Pïérô » 03 Déc 2017, 13:35

«Racisme d'Etat»: Michel Wieviorka et la sociologie lexicale

La distinction entre « racisme institutionnel » et « racisme d’Etat » est au mieux défaillante, au pire, fallacieuse puisque les deux notions recouvrent un caractère tautologique. Nulle distinction qui vaille entre l’Etat et ses institutions, les doigts étant au service de la main.

Une querelle sémantique est née dernièrement autour de la notion de « racisme d’Etat ». L’antiracisme « roots-génération » serait obsédé par ses lubies à l’instant où la syntaxe « racisé/blanchité » voilerait un antiracisme "communautariste" qui mettrait en péril les valeurs républicaines.

Pauvre République : « comme on te malmène ». Toi qui t’épanchais hier sur les « Ruines » de Volney pour dévoiler le tragique de notre espèce. Toute civilisation germe, brille puis, s’effondre. Voilà l’essence de l’universel. Cette conclusion s’érigeait en « vérité suprême » aux yeux du penseur devant l’observation des ruines des civilisations orientales. Dans sa Mouqadima, Ibn Khaldoun n’a rien dit de plus. Jadis. Quelques siècles plus tard, les héritiers de Rousseau « prophète sémitique » pour l’aristocratie contre-révolutionnaire proclamait les « droits naturels » d’une humanité désormais actrice de l’Histoire. Ses idées ponctueront sur la « Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen » quelques années plus tard. Non, sans quelque oraison de la "sanctum guillotinam" dérogeant à l’autorité impersonnelle du « Législateur ».

Que faut-il conclure d’un idéal romantique de société quasi incarné par la Révolution Française ? Que l’universalisme républicain bien que simulacre pour les déshérités de la Nation reste une « belle utopie ». Il y a de belles et de mauvaises espérances. L’on se fourvoie donc lourdement quand on estime que le lexique antiraciste du « racisé » est antirépublicain. Son mode opératoire comme sa syntaxe héritent de l’espérance républicaine (au sens d’un vocabulaire, d’une prise de parole certes, qui se démarquent des autres, mais aspirant d’abord à l’égalité: "Going back to my roots" dit la chanson).

« Parler de racisme d’Etat veut dire que l’Etat pratique et professe le racisme. C’est mettre la France sur le même plan que l’Afrique du Sud de l’apartheid. Il y a racisme d’Etat quand le phénomène se hisse au niveau de l’Etat. Ce qui n’est pas du tout la même chose que s’il s’agit de mécanismes inacceptables qui existent certes au sein de l’Etat - un Etat qui s’efforce de les faire reculer (…) il est vrai que si vous êtes issus de l’immigration maghrébine vous avez plus de peine à trouver un stage ou un emploi au sortir de l’école. Mais il n’y a pas de volonté explicite, ni même l’acceptation de telles logiques de la part de l’Etat. Au contraire, la République donne tous les signes d’une forte mobilisation contre le racisme »[1].

C’est en ces termes que le sociologue Michel Wieviorka (respectable) discrédite la notion de racisme d’Etat. La conclusion du raisonnement est logique : le « racisme institutionnel » ne doit pas se confondre avec le « racisme d’Etat », la République « qui se mobilise contre le racisme » n’est pas le régime d’Apartheid qui légalise les pratiques racistes.

L’argument est convainquant mais il relève de l’habileté casuistique. Il est également le signe de l’émergence d’une « sociologie lexicale » qu’on peut définir comme « une étude des faits sociaux déterminés par des catégories lexicales ». Ici en l’occurrence, l’auteur a choisi de disqualifier la notion de « racisme d’Etat » en la démarquant du « racisme institutionnel », ce qui se traduit dans les mots du sociologue par : « un racisme d’Etat (…) qui se hisse au niveau de l’Etat » versus « des mécanismes inacceptables qui existent au sein de l’Etat ».

C’est sur le terrain lexical qu’il faut déconstruire la « sociologie lexicale ». L’Etat définit une « Autorité politique souveraine, civile, militaire ou éventuellement religieuse, considérée comme une personne juridique et morale, à laquelle est soumise un groupement humain, vivant sur un territoire donné »[2]. Sachant qu’une personne morale est « une entité dotée de la personnalité juridique », il s’agit de définir « les droits et obligations » que cette entité (L’Etat) exercent à la place des personnes physiques. D’un point de vue marxiste, l’Etat exerce le « monopole de la violence ». La reconversion althussérienne de cet Etat Léviathan fait une distinction entre les « appareils idéologiques d’Etat » (ex : école, industrie culturelle) et les appareils répressifs d’Etat (armée, police) selon que l’institution use majoritairement de l’idéologie ou de la répression dans l’exercice de son pouvoir.

En d’autres termes, l’Etat comme entité n’existe objectivement sur l’Agora publique qu’au regard des institutions qui le servent : les services publics, l’armée, l’école, la police. L’objectivation de l’Etat est donc irréductible des pratiques de ses institutions sans quoi l’Etat ne serait qu’une idée abstraite, un corps désincarné. Il faut alors conclure que la distinction entre « racisme institutionnel » et « racisme d’Etat » est au mieux défaillante, au pire, fallacieuse puisque les deux notions recouvrent un caractère tautologique. Nulle distinction qui vaille entre l’Etat et ses institutions, les doigts étant au service de la main. Le racisme institutionnel est un racisme d’Etat médiatisé par ses institutions, ce qui par extension, définit n’importe quel racisme institutionnel comme un racisme d’Etat puisque l’atteinte à la dignité humaine revêt un caractère institutionnel qui relève exclusivement du monopole de l’Etat. Certes, le débordement d’un enseignant, d’un policier envers un enfant d’immigré est le fait d’une subjectivité individuelle mais cet individu est assermenté, ce qui lui confère par essence la légitimité d’une autorité suprême dans l’exercice de ses fonctions, celle de l’Etat. Tout agent assermenté incarne et personnalise l'Etat lors de l'exercice de ses fonctions.

Il reste que le régime d’Apartheid n’est pas la République. C’est une évidence que de le rappeler. Ce qui différencie ces deux régimes en face de l’atteinte à la dignité d’un enfant d’immigré ne relève pas de l’humiliation mais du caractère légal de l’humiliation. Le régime d’Apartheid sépare les noirs des blancs dans un bus, l’humiliation est légale. Malek Oussekine se fait tabasser à mort par la police, c’est illégal mais l’humiliation et la tragédie persistent. Elle est dans bien des cas couverte par l’institution ou déclarée sans suite. La justice défaillante, le crime revêt alors un caractère "légal" puisque le 'déviant' incarne l'Etat lors de l'exercice de ses fonctions.

Margalit[3] définit la société décente comme « une société dont les institutions n’humilient pas ses concitoyens ». Cette destitution du caractère légal de l’humiliation subie pour la dimension éthique de « l’esprit des lois » fait toute la différence entre une société vertueuse et une société indécente. Il faut me semble-t-il se déprendre du spectacle casuistique pour renouer avec le vrai débat de fonds. Après tout, la République se voulait une « République des vertus ».

Ne vous en déplaise. En attendant l'avènement de 'l'utopie républicaine' les minorités de ce pays essuient des avanies quotidiennes. Il faut donc légiférer et contrôler le bon usage de la loi.

Bouhout Abdelkrim

Billet également disponible sur le site Anti-K: http://www.anti-k.org/2017/12/02/racism ... -lexicale/ 3

[1] http://www.liberation.fr/france/2017/11 ... re_1612399

[2] CNRTL

[3] Margalit A., La société décente, Paris, Flammarion, 2007


https://blogs.mediapart.fr/blaz/blog/01 ... e-lexicale
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Re: Racisme d'Etat, affaire du burkini ...

Messagede bipbip » 20 Jan 2018, 14:40

Y a-t-il un racisme d’État ?

Décryptage : Y a-t-il un racisme d’État ?

Après avoir dénoncé le racisme supposé d’un stage syndical organisé par SUD-Éducation 93, des ateliers étant réservés au personnes victimes de racisme, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, a décidé de porter plainte contre le syndicat pour l’utilisation de la notion de « racisme d’État » qu’il juge diffamatoire. Pourtant, l’usage de ce terme est belle et bien adéquat face aux discriminations que subit un grande partie de la population.

Le racisme est une réaction de peur et de rejet de la différence produisant des « théories » basées sur la supériorité prétendue d’une race. Dans tous les cas une stupidité puisque que la race humaine est une et indivisible, par-delà des attributs physiques nuancés. À toutes ces formes de racisme s’oppose depuis toujours un antiracisme moral, humaniste ou religieux. Même si certaines militantes et militants de l’antiracisme politique se moquent à tort de l’antiracisme moral d’où provient la majorité des militants et militantes impliquées dans le soutien quotidien aux Roms, aux réfugié.es, aux sans-papiers ou s’ils s’enferment parfois dans des impasses communautaristes, ce combat est aussi le nôtre.

Car il existe un racisme ­d’État qu’il est nécessaire de combattre, quoi qu’en pense le ministre de l’Éducation nationale.

En France, patrie des droits de l’homme (!), on a longtemps considéré que le racisme d’État n’existait que sous les formes paroxystiques de l’antisémitisme entre l’affaire Dreyfus et Vichy ; ou alors très loin de chez nous en Afrique du Sud par exemple. C’est ce confort intellectuel que viennent bousculer depuis quelques années des intellectuel.les, souvent issu.es de l’immigration, qui dénoncent en France un racisme d’État auquel beaucoup refusent de croire. Et c’est à ce combat que s’attelle l’antiracisme politique.

Des chercheurs et chercheuses désireux de dépassionner la question préfèrent utiliser le concept de racisme institutionnel ou celui de discriminations systémiques. Ces deux formulations dépolitisantes ont l’avantage de préciser les enjeux car le racisme en question est produit non seulement par l’État mais par toutes les institutions publiques, et se concrétise par des discriminations bien réelles sans nul besoin d’une législation.

Droit à l’hébergement dénié

Il est bien évident que l’interdiction d’accès aux emplois titulaires de la fonction publique et de certaines professions est une loi objectivement raciste. Mais les politiques du gouvernement, les pratiques des appareils d’État (armée, police, école...) ou celles des collectivités locales n’ont pas toujours besoin de loi explicite pour être racistes. Quand la France interdisait l’accès à l’emploi aux Bulgares et Roumains qui venaient d’entrer dans l’Union européenne, elle ne visait pas les peuples de deux nations pauvres mais très directement les Roms, dont la discrimination dans leurs pays laissait craindre un afflux de population... Quand la scolarisation est refusée ou pas appliquée dans les faits avec des classes d’accueil pour non-francophones qui restent vides alors que des centaines de dossiers ont été traités dans les CIO du 93, quand le droit à l’hébergement est dénié, ­l’État français est en dehors de ses propres lois ! Il a d’ailleurs été condamné à Bruxelles plusieurs fois sans que cela ne change rien à ses pratiques !

Quand l’État français organise les contrôles au faciès, quand il proclame un état d’urgence permanent autour des gares pour faire la chasse aux sans-papiers, quand il prépare une intervention militaire en Libye pour soi-disant « libérer » les esclaves victimes des passeurs mais en réalité pour les renvoyer dans leurs pays d’origine, quand il déploie des tests osseux inefficaces pour déterminer l’âge des réfugié.es et rejeter ses obligations légales vis-à-vis des mineur.es, oui on peut et on doit parler de racisme d’État.

Jean-Yves (AL 93-centre)


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