Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !

Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !

Messagede Lila » 15 Aoû 2015, 20:27

Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !
Wassyla Tamzali

Dans cet entretien, la féministe algérienne Wassyla Tamzali, revient sur le houleux débat autour de la burqa en France, mais également sur d’autres questions liées à la femme au Maghreb..

L’Expression: La polémique sur la burqa est à son paroxysme en France. En tant qu’intellectuelle, ne pensez-vous pas que le traitement médiatique de ce débat permet aux politiques d’occulter d’autres questions hautement plus importantes, notamment celles liées à la crise financière ou encore la crise au sein de l’UPM ?
Wassyla Tamzali: Dès qu’on parle de femme, il y a quelque chose de plus important. Personnellement, je trouve que la burqa est une question très importante, et ce, même si elle ne concerne qu’une minorité car il s’agit d’une grave offense faite aux femmes. Tout est signe dans la vie. Le monde a une certaine signification et le voile intégral a, bien évidemment, la sienne. Et c’est pour cela que je ne l’accepte pas.
Je crois que quand on est musulman, on ne peut se sentir stigmatisé par le débat autour de la burqa. Les musulmans ne s’identifient pas à cet habit. Pour revenir à ce qui s’est passé en France, je ne comprends pas comment le Parlement français crée une commission pour débattre du port de la burqa. A-t-on créé une commission sur la torture. Avec la burqa, j’ai découvert une chose très grave concernant les Européens. Ces derniers sont incapables d’avoir un jugement moral.

Dans votre dernier ouvrage, Une Femme en colère: Lettre d’Alger aux Européens désabusés, vous évoquez la question du voile, votre position est assez claire là-dessus, mais certains seraient tentés de dire que le féminisme est d’abord le fait de laisser à la femme le choix de ce qu’elle veut être. Qu’en pensez-vous ?
Il y a le problème de la liberté qui se pose. Celle-ci a des bases éthiques. La liberté n’est pas un produit statique. Si je fais un choix, celui-ci est inéluctablement remis en question par le monde extérieur et par moi-même.
On ne peut comparer une obéissance déguisée en choix et qui, en fait, n’est qu’un consentement. Partout dans le monde, la pratique du voile, n’est pas un choix, mais un consentement. Ce n’est pas la même chose, il y a une différence entre le consentement et le choix.
Le choix libre se fait à travers un esprit critique, qui, sans cesse, va analyser les rapports de domination auxquels on est soumis. Quant au consentement, il s’effectue par rapport à des idéologies qui se situent au-dessus de la personne. Donc celle-ci ne peut pas discuter de ces idéologies, elle se soumet. Elle consent librement à respecter l’idée ou l’idéologie, qui est supérieure à soi, sans remettre en cause cette supériorité.

Peut-on dire qu’Une Femme en colère est un pamphlet contre vos amis intellectuels de gauche qui prônent le relativisme culturel quand il s’agit du voile ou d’autres questions liées à la femme ?
Il ne s’agit pas d’un pamphlet. Je pense que c’est quelque chose de très argumenté. Par contre, c’est le titre qui est pamphlétaire. C’est celui de l’éditeur. Le mien c’était L’Innomée, celle qui n’a plus de nom.
Il y a 15 ans, quand je disais en France que je suis Algérienne, c’était normal. Aujourd’hui, pour être Algérienne, il faut être voilée, musulmane, pratiquante et il faut le revendiquer.

On vous fait le reproche d’être à l’extérieur de ce monde que vous prétendez représenter.
On fait des reproches à tous les féministes en Algérie qui ont les mêmes idées que moi, et donc au féminisme qui s’inscrit dans une trajectoire universaliste. Le féminisme est lié dans son histoire à l’universalité.
Aujourd’hui, on a créé des féminismes particuliers, aberrants et paradoxaux, comme le féminisme islamique. Nous, on revendique un féminisme universaliste, suivi et respecté en Europe, pour les Européens, bien sûr mais pas pour les «indigènes». Ça veut dire que nous n’avons pas le droit à l’universalité.

Les intellectuels de gauche nous considèrent toujours comme des indigènes...
J’appelle cela une vision «ethniciste», pas indigène. Ils «éthnicisent» leur pensée. Pour eux, tout dépend de l’ethnie à laquelle vous appartenez.

Donc ce qui leur convient, ne convient pas forcément aux autres ?
C’est ce qui est terrible. Eux, ils ont travaillé sur la différence. Personnellement, j’aime la notion d’altérité. Je suis autre, on est tous autre, mais on reste deux choses pareilles. Ce n’est pas parce que je mange du couscous que je ne resemble pas à la personne qui mange de la choucroute. Il n’y a pas de différence, il y a une altérité.

Vous évoquez le danger souvent minimisé du relativisme culturel...
Ça a commencé par la tolérance. Et au départ, c’était une idée assez généreuse, avec laquelle on a essayé de régler le problème insupportable du racisme. Mais on ne peut être tolérant de tout. On ne peut tolérer, par exemple, de voir un enfant vendu comme esclave dans les quartiers, une femme battue a côté de nous.
Donc, à un moment donné, il faut mettre une barrière à la tolérance qui s’appelle l’intolérable. La liberté individuelle qui n’est pas fondée sur une liberté collective et politique, est une liberté qui peut mettre en péril la liberté des autres. La liberté des uns doit s’arrêter à la liberté des autres. C’est le principe et la meilleure manière pour moi de pratiquer ma liberté sans porter ombrage aux autres.

Quel commentaire faites-vous des intellectuels qui produisent des discours sur des sociétés dont ils ne font plus partie ?
Ces intellectuels n’ont pas oublié l’Algérie, ce qui est vraiment bien. Moi, je vis entre les deux. Je ne connais pas des Algériens qui ont coupé les liens avec leur pays et qui continuent à écrire là-dessus Ils vivent plutôt entre les deux pays. Là-bas, ils trouvent une certaine liberté sociale qui n’existe pas en Algérie.

Doit-on s’attendre à quoi que ce soit des militants de la gauche européenne, surtout qu’en matière de lutte contre l’ordre patriarcal, ils ont toujours beaucoup de choses à faire ?
Mais ils ont fait beaucoup de progrès quand même.
Personnellement, j’aimerais bien avoir une législation comme celle qui existe en Europe. Il y a des pratiques de liberté qui n’existent pas chez nous.

En Algérie, il n’y a pas que les textes juridiques qui posent problème, ce sont plutôt les mentalités qui restent toujours à la traîne...
Il faut continuer à se battre pour changer les textes. Le rôle de la loi est très important. C’est le départ de la violence symbolique. Quand une loi ne me reconnaît pas comme un être libre, c’est une violence. C’est cette violence symbolique qui engendre toutes les autres. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé avec les femmes qu’on a agressées à Hassi Messaoud.

Justement, comment expliquez-vous le silence des politiques par rapport à ce qui s’est passé à Hassi Messaoud ?
C’est une faute grave, c’est un crime. J’espère qu’il y aura des sanctions. Il faut protéger les travailleuses. On les a même traitées de prostituées. Personnellement, je pense et c’est ce qui est vraiment horrible parce que si c’était réellement des prostituées, ils n’auraient pas fait cela.

Hadjer GUENANFA


http://e-mujeres.net/ateneo/wassyla-tam ... nsentement
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Re: Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !

Messagede Lila » 02 Aoû 2016, 20:30

Islamisme & Droits des femmes : la leçon de l’Algérie

Interview de Malika Boussouf
Par Francine Sporenda

Malika Boussouf vit en Algérie. Grand reporter, rédactrice en chef, directrice de la rédaction puis chroniqueuse-éditorialiste pour « Le Soir d’Algérie », elle est victime d’une fatwa du GIA en 1993, publie « Vivre traquée » (Calmann-Lévy), et contribue à l’ouvrage « Dérives Nord » (Actes Sud). Elle participe régulièrement à des tables rondes sur le Code de la famille et les violences envers les femmes et a publié en 2014 (avec Monique Ayoun) « Musulmanes laïques en révolte, rencontres avec 20 femmes d’exception, leur combat est aussi le nôtre » (éditions Hugo Doc).

à lire : https://revolutionfeministe.wordpress.c ... -lalgerie/
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Re: Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !

Messagede clateuf » 04 Aoû 2016, 16:02

Derrière chaque voile, 3000 ans de haine envers la femme qui nous regarde


par Mohamed Kacimi, romancier algérien

Le voile est commun aux trois religions monothéistes. Regard d’un écrivain algérien sur un signe religieux qui, selon lui, est un marqueur de soumission de la femme à l’homme.

Lire la suite : http://clas.pe.hu/spip.php?article299
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Re: Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !

Messagede Lila » 06 Nov 2016, 19:47

Corps des femmes et religion

Chahla Chafiq : « Les intégristes sont obsédés par le corps des femmes »

Chahla Chafiq, sociologue, interroge l’islamisme sous l’angle du rapport entre le religieux, le politique, le sexe et le genre. Dès qu’une femme se voile, dit-elle, ce geste banalise un signe sexuel et symbolise une féminité soumise au regard de l’homme. La condition des femmes questionne radicalement le système social et politique, défend-elle.

Quelle est la signification du voile islamique ?

Chahla Chafiq
La philosophie du voile, qui existe en islam comme dans le judaïsme et le christianisme, consiste à dérober les femmes aux regards illicites des hommes. Une analyse approfondie démontre qu’il est révélateur de la situation sociale et politique de la société concernée. Dès l’instant où la religion quitte le domaine de la spiritualité pour devenir la loi qui gère la vie collective et individuelle, la foi entre dans un processus d’idéologisation. Le voile devient la bannière du projet politique islamiste. Opérée depuis les années 1970 dans de nombreux pays, la réislamisation idéologique est systématiquement liée au développement des islamistes. C’est le cas de l’Égypte, l’Iran, l’Algérie, la Tunisie ou encore du Maroc. À partir du vide politique créé par la dictature et la défaite des mouvements humanistes, l’islam politique propose son idéologie comme une offre alternative. Pour infléchir les lois et règles sécularisées, puis installer sa société islamique idéale, il passe, soit par la voie des armes, soit par celle des urnes.

Quel lien peut-il y avoir entre le développement du voile et la situation sociale et politique d’un pays ?

Chahla Chafiq
Ne faut-il pas d’abord se demander pourquoi l’imposition sacrée du voile ne concerne que les femmes ? Avec cette question, on entre dans la dimension sexuée du sujet. Quand l’islam devient charia, il préconise une séparation sexuée. C’est flagrant dans le Code islamique de la famille qui renforce la hiérarchisation des droits et des devoirs. L’homme, père, mari, étant le chef, la femme, aimée en tant que fille, épouse et mère, se doit de lui obéir sous prétexte de l’intérêt de la famille. C’est d’ailleurs le cas de l’ensemble des lois religieuses. Elles épousent toutes le système patriarcal qui convient parfaitement à l’autoritarisme. C’est pourquoi, dans certains pays, en dépit de constitutions prônant l’égalité, le principe est bafoué dès qu’il s’agit de la famille. Voté en 1984 en Algérie, le Code de la famille a été négocié avec les islamistes. Le gouvernement a intégré les éléments idéologico-religieux dans le Code de la famille pour préserver son propre régime. L’inclusion de l’identité religieuse dans l’identité nationale a toujours aidé les pouvoirs autoritaires à refuser les droits démocratiques des peuples. Les dictatures ont joué avec les islamistes et avec la religion. Un jeu à double tranchant puisqu’il a permis aux islamistes de se développer jusqu’à leur prendre le pouvoir.

Pourquoi le voile est-il l’emblème du projet politique des islamistes ?

Chahla Chafiq
Ils le propagent comme un repère identitaire et le proposent soi-disant pour le respect de la dignité des femmes. Protégées et aimées, elles sont, selon eux, complémentaires des hommes. L’égalité est rejetée, car supposée « occidentale » et non conforme à la « culture musulmane », alors que ce principe est universel et universalisable. Les islamistes confondent sciemment liberté sexuelle, prostitution et pornographie. Ils vantent leur conception de la famille comme garante de la sécurité des femmes, à condition qu’elles se soumettent aux normes et lois dictées au nom de Dieu. Cette perspective peut faire sens auprès des musulmans en quête de repères dans un monde en crise. Les islamistes réhabilitent les valeurs sexistes et sexuelles pour leur offrir un cadre identitaire « sécurisant » et « valorisant ». Cette offre idéologique peut prospérer là où le vide social, culturel et politique se creuse, dans un pays dit islamique mais aussi au-delà, comme en France.

Le voile islamique n’est donc pas qu’un simple vêtement ?

Chahla Chafiq
Diverses raisons peuvent expliquer qu’une femme se voile. Mais ce geste banalise un signe sexuel et symbolise une féminité soumise au regard de l’homme. Le corps des femmes est ainsi marqué, comme objet de la convoitise sexuelle. Cela va avec la diabolisation de la libération des femmes, présentée dans la propagande islamiste comme source de dépravation des mœurs et de dislocation des familles. L’islamisme labélise la libération des femmes comme le fruit de l’« Occident impie » et transforme le voile en un rempart contre ses prétendus dangers.

De nombreuses femmes le portent par choix…

Chahla Chafiq
La question est bien évidemment différente selon qu’on le porte par choix ou par contrainte. Derrière chaque voile, on ne trouve pas une femme islamiste. Mais le dialogue ne doit pas s’arrêter à la question du choix. Au contraire, il doit continuer en explorant la trajectoire de la personne concernée, l’ambiance dans laquelle elle vit et l’évolution sociale et politique de son environnement. Certains sociologues et intellectuels estiment que le libre choix clôt le sujet. Or, le choix du voile n’est pas équivalent au choix d’un rouge à lèvres. On impose aux femmes, au nom du dieu, un rapport sexiste avec leur propre corps. Celui-ci devient un lieu de péché et de tentation. Dans le même mouvement, les hommes apparaissent comme porteurs d’une virilité non maîtrisable. Tout cela conduit à bannir la mixité comme dangereuse. Les rapports de sexe s’en trouvent aussi diabolisés. Quelles en sont les conséquences en termes d’égalité de sexe et de liberté des femmes ? C’est à cette interrogation que l’on doit répondre.

Pourquoi les islamistes s’intéressent-ils tant au corps des femmes ?

Chahla Chafiq
La double image de la femme, celle de la putain et de la mère, persiste dans la culture patriarcale de manière générale. La mère est aimée, protégée dans le cadre familial. La femme libre est identifiée à la putain et la liberté sexuelle est confondue avec la prostitution. Le fait qu’une femme maîtrise son corps a été mal vu dans toutes les cultures patriarcales. Les islamistes propagent cette confusion pour imposer leur ordre régressif dans lequel chacun et chacune a une place prédéterminée par le Tout-Puissant. Ce qui permet d’instaurer un ordre total et totalitaire au nom du divin. La hiérarchisation des sexes offre à l’islamisme la colonne vertébrale d’un ordre fondé sur l’obéissance.

Tous les intégrismes religieux adoptent la même attitude envers le corps des femmes, non ?

Chahla Chafiq
Effectivement. Nous retrouvons cette ligne chez tous les extrémistes religieux. Ce fameux « ordre moral » est au centre des projets des mouvements néoconservateurs qui s’appuient sur l’idéologisation religieuse. Le sexisme et l’homophobie sont les éléments fondateurs de leurs idéologies. Leur rejet de la liberté des femmes, des droits des homosexuels s’explique par le désordre que créent ces acquis au regard de l’ordre régressif qu’ils veulent instaurer. Tous diabolisent le corps des femmes et leur refusent la liberté sexuelle. Nous assistons par exemple à une contre-offensive sur le droit à l’avortement dans divers pays. La France a eu une histoire tumultueuse avec l’Église, qui a abouti à la laïcité. Celle-ci a soutenu la possibilité de revendiquer des droits égaux dans la famille. Et beaucoup de catholiques, des deux sexes, en ont été soulagés. Quant aux intégristes juifs, on retrouve chez eux le même refus obsessionnel de la mixité hommes-femmes. On se souvient du scandale provoqué, en Israël, par la revendication de séparer les femmes et les hommes dans les bus.

Pourquoi les islamistes ne parlent plus de peuple, mais d’oumma, cette communauté des croyants ?

Chahla Chafiq
Ils ont idéologisé certains concepts religieux, comme celui de l’oumma, qui devient une communauté homogène devant remplacer la notion de « peuple ». C’est une des bases de leur stratégie pour instaurer un régime politique islamiste. Dans ce modèle, le pouvoir affirme sa force au nom de l’autorité divine et soumet les membres de la communauté à un ordre venant de l’au-delà. Dans la citoyenneté démocratique, le peuple est perçu comme une assemblée d’individus libres et égaux, alors que l’oumma islamiste est conçue comme une communauté unie socialement et politiquement par et dans l’islam. Les islamistes s’autoproclament représentants de Dieu sur terre.

Les femmes sont-elles l’avenir de cette oumma ?

Chahla Chafiq
Non, elles n’en sont pas l’avenir, mais les gardiennes. Toutes les cultures patriarcales comptent sur les femmes pour perpétuer les traditions au sein du foyer. Ce sont elles qui éduquent les enfants. C’est une immense responsabilité puisque la famille est la cellule de base de l’oumma. C’est commun à l’ensemble des intégristes, la preuve avec la Manif pour tous, où, d’ailleurs, tous y défilent la main dans la main, sans complexe.

Y a-t-il un renouvellement du discours islamiste à l’égard des femmes ?

Chahla Chafiq
L’islamisme a en face de lui des femmes qui ont gagné leurs droits à faire des études ou à travailler. Certains courants de l’islamisme (qui est une idéologie pluritendance allant des libéraux aux radicaux) prennent en considération ce mouvement irréversible. Pour ces derniers, le port du voile ne rime pas forcément avec l’enfermement des femmes dans l’espace domestique ni avec leur exclusion des espaces publics et de la société, du savoir et du travail. Dans leurs propagandes, ils mettent en avant l’image d’une collectivité qui met les hommes et les femmes à l’abri des tentations malsaines pour qu’ils puissent agir conjointement en vue de construire une famille et une société selon les normes et lois islamiques. Dans cette optique, la propagande pour le voile se fait plutôt en le présentant, d’une part, comme un rempart contre le désordre sexuel et moral, et d’autre part, comme un moyen de restituer la dignité des femmes en les sortant de la position d’objet sexuel. Le voile devient aussi une condition licite d’accès des femmes musulmanes à l’espace public. D’où les inventions comme le burkini. Comme le disent Tariq Ramadan et ses adeptes : « Le voile est le passeport des femmes musulmanes pour devenir citoyennes. » Mais pourquoi devraient-elles se munir d’un passeport pour accéder à l’espace citoyen ? La réalité est que les femmes ont acquis des droits, et les islamistes essaient d’adapter leur stratégie à cette évolution majeure, ils veulent canaliser leur force dans le sens de leur projet.

Pourquoi le combat pour la liberté des femmes est-il si difficile ?

Chahla Chafiq Les féministes savent que l’émancipation ne peut se réaliser sans l’articulation de l’égalité des droits et de la liberté. Elles savent que sans cela les réformes obtenues se heurtent à des pesanteurs sociales et culturelles, car l’histoire des femmes est sujette à l’histoire des mentalités. La loi doit changer mais les mentalités aussi pour entrevoir l’émancipation. Le droit à l’avortement, par exemple, ne peut être vraiment acquis qu’accompagné d’une éducation conséquente sur l’égalité des sexes et sur les droits sexuels. La liberté individuelle est indispensable à l’avancée de cette éducation, d’autant qu’elle touche à des questions intimes, tels que le corps, la sexualité, l’érotisme et l’amour. Comment travailler sur ces sujets sans reconnaître la liberté comme une valeur commune ? La condition des femmes est en lien dialectique avec cette liberté, et celle-ci interroge le modèle social. Le changement de la condition des femmes questionne radicalement le système social et politique.

Auteure, sociologue et spécialiste du monde musulman

Chahla Chafiq est l’auteure d’un premier roman, Demande au Miroir, sorti en 2015 aux éditions l’Age d’homme (19 euros). Docteure en sociologie, elle a publié plusieurs essais sur l’islamisme aux Éditions du Félin et aux Presses universitaires de France (PUF), entre 1991 et 2011. Son dernier essai, Islam politique, sexe et genre (2016, PUF, 24,50 euros), a reçu le prix le Monde de la recherche universitaire. Exilée politique iranienne, elle vit en France depuis 1982. Elle figure parmi les rares spécialistes du monde dit musulman qui décortiquent l’histoire longue de l’islamisme en en montrant les contradictions.

SOURCE : L’Humanité


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Re: Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !

Messagede T.B. » 06 Nov 2016, 21:40

Je ne comprends pas pourquoi Chahla Chafiq dit que "le choix du voile n’est pas équivalent au choix d’un rouge à lèvres." Tous deux contribuent à sexualiser le corps de la femme, non ? A moins de reconnaitre une place particulière à la religion au sein des idéologies.
Les femmes sont toujours (je veux dire encore aujourd'hui) les victimes de tenues discriminantes. Cette mauvaise herbe, dont le voile n'est qu'un des avatars les plus visibles car sans doute un des plus exotiques, ne se laisse pas si aisément tuer. Je crois qu'en ce domaine, il faut ratisser large.

Reste à savoir comment agir. Le politicien moyen ne pense qu'à l'interdiction/pénalisation. L'exclusion est le pire des remèdes, elle ne fait que renforcer les discriminations qui pèsent déjà. Il me semble qu'en ce domaine, rien ne remplace le dialogue (et la propagande).
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Re: Le voile n’est pas un choix, mais un consentement !

Messagede Pïérô » 10 Nov 2016, 19:43

T.B. a écrit:Je ne comprends pas pourquoi Chahla Chafiq dit que "le choix du voile n’est pas équivalent au choix d’un rouge à lèvres." Tous deux contribuent à sexualiser le corps de la femme, non ? A moins de reconnaitre une place particulière à la religion au sein des idéologies.

Le choix d’un rouge à lèvres ce n'est quand même pas la même chose que le "choix" du voile, même si cela ressort d'une représentation contestable et sexiste de la femme en terme d'apparence, parce que justement c'est un symbole de l'oppression spécifique des femmes porté par la/des religions dans un cadre idéologique liberticide et aujourd'hui rétrograde, et que la pression n'est pas la même. Mettre tout sur le même plan en terme de tenue vestimentaire tend à relativiser justement ce type de symbole fort, et s'apparente d'avantage à la confusion libérale qu'au combat libertaire.

Et je partage complètement la position reposant sur nos capacités à convaincre, et sur les luttes individuelles et collectives, plutôt que sur les interdictions étatiques, qui peuvent en plus dans le contexte s'apparenter à du racisme d'Etat sur le port du voile, et qui peut participer à confiner les femmes à la maison et rejoindre, là, ce que portent les réacs sexistes, machos, et antiféministes, qui se drapent derrière la religion. En même temps ce n'est pas pour moi une position de principe, car dans le cadre des violences faites aux femmes je suis pour un cadre législatif protecteur, en attendant la révolution libertaire.
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