Migrants, droit d’asile, liberté de circulation

Re: Migrants, droit d’asile, liberté de circulation

Messagede bipbip » 17 Jan 2018, 14:38

Les migrants ne sont pas des fardeaux ! L’irrationalité au pouvoir ( dans Libération, janvier 2018)

Politique migratoire: l’irrationalité au pouvoir ?

Comme celle de ses prédécesseurs, la politique migratoire d'Emmanuel Macron, en visite ce mardi à Calais, refuse d'entendre ce que disent les chercheurs depuis des années: les dispositifs répressifs créent le «problème migratoire» qu'ils prétendent pourtant résoudre.

Par Karen Akoka , Maîtresse de conférence à l’Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du politique (ISP). et Camille Schmoll , Maîtresse de conférence à l’Université Paris Diderot, membre de l’Institut universitaire de France et chercheuse à l’umr Géographie-cités.

16 janvier 2018

Très loin du renouveau proclamé depuis l’élection du président Macron, la politique migratoire du gouvernement Philippe se place dans une triste continuité avec celles qui l’ont précédée tout en franchissant de nouvelles lignes rouges qui auraient relevé de l’inimaginable il y a encore quelques années. Si, en 1996, la France s’émouvait de l’irruption de policiers dans une église pour déloger les grévistes migrant·e·s, que de pas franchis depuis: accès à l’eau et distributions de nourriture empêchées, tentes tailladées et couvertures jetées, familles traquées jusque dans les centres d’hébergement d’urgence en violation du principe fondamental de l’inconditionnalité du secours.

La loi sur l’immigration que le gouvernement prépare marque l’emballement de ce processus répressif en proposant d’allonger les délais de rétention administrative, de généraliser les assignations à résidence, d’augmenter les expulsions et de durcir l’application du règlement de Dublin, de restreindre les conditions d’accès à certains titres de séjour, ou de supprimer la garantie d’un recours suspensif pour certain.e.s demandeur·e·s d’asile. Au-delà de leur apparente diversité, ces mesures reposent sur une seule et même idée, jamais démontrée et toujours assénée, de la migration comme «problème».

Des idées reçues bien tenaces

Cela fait pourtant plusieurs décennies que les chercheurs spécialisés sur les migrations, toutes disciplines scientifiques confondues, montrent que cette vision est largement erronée. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu d’augmentation drastique des migrations durant les dernières décennies. Les flux en valeur absolue ont certes augmenté mais le nombre relatif de migrant·e·s par rapport à la population mondiale stagne à 3% et est le même qu’au début du XXe siècle. Dans l’Union Européenne, après le pic de 2015, qui n’a par ailleurs pas concerné la France, le nombre des arrivées à déjà chuté. Sans compter les «sorties» jamais intégrées aux analyses statistiques et pourtant loin d’être négligeables. Et si la demande d’asile a connu, en France, une augmentation récente, elle est loin d’être démesurée au regard d’autres périodes historiques. Au final, la mal nommée «crise migratoire» européenne est bien davantage une crise institutionnelle, une crise de la solidarité et de l’hospitalité, qu’une crise des flux. Car ce qui est inédit dans la période actuelle c’est bien davantage l’accentuation des dispositifs répressifs que l’augmentation de la proportion des arrivées.

La menace que représenteraient les migrant·e·s pour le marché du travail est tout autant exagérée. Une abondance de travaux montre depuis longtemps que la migration constitue un apport à la fois économique et démographique dans le contexte des sociétés européennes vieillissantes, où de nombreux emplois sont délaissés par les nationaux. Les économistes répètent inlassablement qu’il n’y a pas de corrélation avérée entre immigration et chômage car le marché du travail n’est pas un gâteau à taille fixe et indépendante du nombre de convives. Ils s’échinent à faire entendre qu’en Europe, les migrant·e·s ne coûtent pas plus qu’ils/elles ne contribuent aux finances publiques, auxquelles ils/elles participent davantage que les nationaux, du fait de la structure par âge de leur population.

Imaginons un instant une France sans migrant·e·s. L’image est vertigineuse tant leur place est importante dans nos existences et les secteurs vitaux de nos économies: auprès de nos familles, dans les domaines de la santé, de la recherche, de l’industrie, de la construction, des services aux personnes, etc. Et parce qu’en fait, les migrant·e·s, c’est nous : un·e Français.e sur quatre a au moins un·e parent·e ou un grand-parent immigré·e.

Les migrants ne sont pas des fardeaux !

En tant que chercheur·e·s, nous sommes stupéfait·e·s de voir les responsables politiques successifs asséner des contre-vérités puis jeter de l’huile sur le feu. Car loin de résoudre des problèmes fantasmés, les mesures que se sont empressées de prendre chaque nouvelle majorité, n’ont cessé d’en fabriquer de plus aigus. Les situations d’irrégularité et de précarité qui feraient des migrant·e·s des «fardeaux» sont précisément produites par nos politiques migratoires: la quasi absence de canaux légaux de migration (pourtant préconisés par les organismes internationaux les plus consensuels) oblige les migrant·e·s à dépenser des sommes considérables pour emprunter des voies illégales. Elle les dépossède des ressources financières nécessaires pour prendre place dans les sociétés d’arrivée. La vulnérabilité financière mais aussi physique et psychique produite par notre choix de verrouiller les frontières (et non par leur choix de migrer) est ensuite redoublée par d’autres pièces de nos réglementations: en obligeant les migrant·e·s à demeurer dans le premier pays d’entrée de l’UE, le règlement de Dublin les prive de leurs réseaux familiaux et communautaires, souvent situés dans d’autres pays européens et si précieux à leur insertion. A l’arrivée, nos lois sur l’accès au séjour et au travail les maintiennent, ou les font basculer, dans des situations de clandestinité et de dépendance. Enfin ces lois contribuent paradoxalement à rendre les migrations irréversibles: la précarité administrative des migrant·e·s les pousse souvent à renoncer à leurs projets de retour au pays par peur qu’ils ne soient définitifs. Les enquêtes montrent clairement que c’est l’absence de «papiers» qui empêche ces retours. Nos politiques migratoires fabriquent bien ce contre quoi elles prétendent lutter.

Contrairement à une idée largement répandue, les migrant·e·s ne sont pas «la misère du monde». Ce sont précisément nos choix politiques qui font basculer une partie d’entre eux/elles dans la misère. Comme ses prédécesseurs, le gouvernement signe donc aujourd’hui les conditions d’un échec programmé, autant en termes de pertes sociales, économiques et humaines, que d’inefficacité au regard de ses propres objectifs.

Imaginons une autre politique migratoire. Une politique migratoire enfin réaliste. Elle est possible, même sans les millions utilisés pour la rétention et l’expulsion des migrant·e·s (qui ne les empêchent par ailleurs pas de revenir), le verrouillage hautement technologique des frontières (qui ne les empêche pas de passer), le financement de patrouilles de police et de CRS (qui ne les empêche pas de résister), les sommes versées aux régimes autoritaires de tous bords pour qu’ils retiennent, reprennent ou enferment leurs migrant·e·s. Une politique d’accueil digne de ce nom, basée sur l’enrichissement mutuel et le respect de la dignité de l’autre coûterait certainement moins cher que la politique restrictive et destructrice que le gouvernement a choisi de renforcer encore un peu plus aujourd’hui. Quelle est donc sa rationalité: ignorance ou électoralisme?


Karen Akoka Maîtresse de conférence à l’Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du politique (ISP). , Camille Schmoll Maîtresse de conférence à l’Université Paris Diderot, membre de l’Institut universitaire de France et chercheuse à l’umr Géographie-cités.


http://www.isere-antifascisme.org/les-m ... nvier-2018
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Messagede Pïérô » 19 Jan 2018, 16:56

Libye et immigration [Radio]
l’Egregore du 15 Janvier 2018
Interview de Saoud Salem sur la situation en Libye et les migrants. Saoud est l’auteur de nombreux articles parus dans Courant alternatif, dont le dernier dans le numéro 275 de décembre 2017 “Immigration en Libye, piège entre sable et mer”.
à écouter : http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article2027
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Messagede bipbip » 20 Jan 2018, 14:43

Des migrants portent plainte en France pour tortures et mauvais traitements subis en Italie

Trente-huit migrants, essentiellement soudanais, ont déposé plainte jeudi auprès du procureur de Pau, dans le sud-ouest de la France, pour "actes de torture et traitements humains dégradants" qu'ils auraient subis à leur arrivée en Italie, a-t-on appris auprès de l'une de leurs avocats.

Ces 37 Soudanais et un Erythréen sont presque tous arrivés par la mer via la Libye, accostant sur l'île de Lampedusa ou directement en Sicile où ils ont d'abord refusé de donner leurs empreintes, comme le règlement communautaire dit "de Dublin" le prévoit, de manière à ce que le pays d'arrivée d'un migrant dans l'Union européenne soit aussi celui qui gère sa demande d'asile.

Face à ce refus, ces 38 migrants "ont été maltraités, d'autres battus, très souvent emprisonnés arbitrairement, victimes de chantage, privés d'eau et de nourriture", assure Me Isabelle Casau selon qui deux d'entre eux relatent des faits de tortures, "l'un ayant eu un bras cassé et l'autre les testicules broyés".

... https://www.voaafrique.com/a/des-migran ... 03080.html
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Re: Migrants, droit d’asile, liberté de circulation

Messagede Lila » 20 Jan 2018, 20:03

Violences sexuelles, VIH, précarité… la fragilité des migrantes en France

Les conditions d’accueil des migrants en France sont fortement dénoncées par de nombreuses associations de défense des droits humains. Deux chercheuses d’une équipe Inserm viennent de révéler une conséquence bien précise des difficultés rencontrées par les migrantes dans notre pays. Les violences sexuelles subies sur le territoire français par ces femmes multiplient par 4 leur risque d’infection par le VIH. Autre constat, les multiples précarités auxquelles elles sont soumises les exposent d’autant plus à ces violences.

à lire : https://fr.news.yahoo.com/violences-sex ... 40692.html
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Re: Migrants, droit d’asile, liberté de circulation

Messagede bipbip » 25 Jan 2018, 18:04

Présentation de « l'Atlas des migrants » de Migreurop

Paris vendredi 26 janvier 2018
à 19h30, École Normale Supérieure (ENS), Salle Dussane, 45 rue d'Ulm

Vendredi 26 janvier, Migreurop sera à l'Ecole Normale Supérieure avec l'association MigrENS pour une nouvelle présentation de l'Atlas des migrants !

"Crise des politiques migratoires européennes : réalités, enjeux et mobilisations"

Avec les interventions de :
• Lucie Bacon (géographe, Migrinter, Telemme)
• Emmanuel Blanchard (historien, président de Migreurop)
• Nicolas Lambert (géographe, Riate, CNRS)
• Isabelle Saint-Saëns (militante Gisti et Migreurop)

Modération par Edwy Plenel, directeur du journal Mediapart

La présentation sera suivie d'un débat avec la salle.

Entrée libre dans la limite des places disponibles

https://paris.demosphere.eu/rv/59357
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Re: Migrants, droit d’asile, liberté de circulation

Messagede bipbip » 11 Fév 2018, 17:04

L'Atlas des migrants en Europe,

approches critiques des politiques migratoires

de Migreurop.

Montreuil (93) lundi 12 février 2018
à 19h, Café-librairie Michèle Firk, La Maison de l’Arbre / La Parole Errante, 9 rue François Debergue

Présentation et discussion avec des chercheuses ayant participé à l'atlas

Déconstruire les a priori, changer les regards, interroger les frontières, cartographier le contrôle sécuritaire et l'enfermement, enfin, et surtout, donner la parole aux migrants : tels sont les objectifs des textes, cartes, photographies et illustrations réunis dans cet atlas critique des politiques migratoires européennes.

MIGREUROP est un réseau européen et africain de militants et de chercheurs, dont l'objectif est de dénoncer la généralisation de l'enfermement des étrangers et de défendre le « droit de quitter tout pays y compris le sien ».

Cette présentation avec des chercheuses ayant participé à l'Atlas sera aussi l'occasion d'évoquer les manques et améliorations possibles pour les prochaines éditions, notamment la difficulté à y intégrer la perspective de genre.

Entrée libre

Image

https://openagenda.com/cafe-librairie-m ... -migreurop
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Re: Migrants, droit d’asile, liberté de circulation

Messagede Pïérô » 18 Fév 2018, 16:06

En route vers l’Europe, quand l’eldorado ferme ses portes…

Depuis les arrivées massives de réfugiés en 2015, le renforcement du contrôle de l’immigration clandestine est devenu une priorité pour l’Union Européenne et passe par un ensemble de mesures rendant complexe la compréhension de son action. Néanmoins, comme l’indique un rapport récent sur la politique migratoire européenne, « la logique poursuivie est relativement simple et peut se résumer à deux grands objectifs : empêcher les personnes migrantes d’arriver sur le territoire européen et renvoyer celles qui s’y trouvent en situation administrative irrégulière. »

[1]
Vers une généralisation de la crise…

On peut lire dans le communiqué de presse rédigé à l’occasion du sommet européen des 14 et 15 décembre 2017, la déclaration du président de la Commission européenne M. Jean-Claude Juncker : « Même si nous quittons progressivement la gestion de crise, il est évident que les migrations demeureront un défi pour toute une génération d’Européens. L’Europe doit se doter de toute urgence de moyens pérennes de gérer les migrations de façon responsable et équitable. Nous avons certes accompli des progrès tangibles au cours des trois dernières années, mais il est temps à présent que les propositions deviennent législation, et que cette législation soit mise en pratique. » [2] La période de crise est donc passée nous informe t-on, et il est temps d’œuvrer à une gestion stable et pérenne des flux migratoires.

L’Union européenne entend montrer la voie à suivre, et se donne comme priorités législatives pour les années à venir les domaines d’actions suivants : « le renforcement de la sécurité des citoyens européens » et « la réforme et le développement de sa politique migratoire dans un esprit de responsabilité et de solidarité » [3]. Pour cela, la coopération des pays membres de l’Union européenne ainsi que celle des pays de départ et de transit est une priorité. Les principaux axes de la feuille de route proposée lors de ce sommet doivent permettre d’aboutir à un « accord global sur une politique migratoire durable » d’ici juin 2018. Il s’agira notamment de :

– rendre pleinement opérationnelles les capacités de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) et d’accroître ses objectifs d’expulsions (+50 % dès juin 2018) [4].

– assurer la mise en œuvre complète de l’accord UE-Turquie. Si la Commission européenne se réjouit en affirmant qu’il a permis de « […] jouer un rôle clé en veillant à ce que le défi migratoire en Méditerranée orientale soit traité efficacement et conjointement par l’UE et la Turquie. », pour de multiples raisons, le nombre de relocalisation dans les pays européens demeure bien en dessous des prévisions annoncées et les retours en Turquie depuis la Grèce restent pour l’heure limités [5]. Les réfugiés sont ainsi bloqués sur le continent ou sur les îles Grecques durant de longues périodes dans l’attente de la négociation de leur cas. Les principales considérations de la commission sont de réduire l’arriéré des demandes, améliorer les capacités de traitement et de détention en Grèce dans le but d’accélérer les retours.

– renforcer la coopération avec les pays « tiers » africains. La question migratoire est conditionnée à l’ensemble des domaines de coopération (économique, commercial, politique ou militaire, aide au développement) selon les intérêts européens : réadmission des personnes en situation irrégulière, renforcement des contrôles aux frontières et gestion des migrations au sein même des pays de départ ou de transit [6].

– réviser le régime d’asile européen commun (RAEC) avec pour objectif d’approuver, d’ici juin 2018, une révision du règlement de Dublin dans le cadre d’un accord plus large sur toutes les réformes proposées. Il est question d’harmoniser les conditions d’accueil dans toute l’UE et notamment de : réduire les différences de taux de reconnaissance d’un pays à l’autre et décourager les mouvements dits secondaires d’un pays européen à l’autre par des mesures plus strictes, adapter et renforcer le système Eurodac [7] pour faciliter les retours et lutter contre la migration irrégulière, et adopter le concept de « pays tiers sûr » [8].

Du point de vue des dirigeants européens, la gestion de la crise n’était donc pas entendue dans le sens de la capacité des états membres à faire face à un afflux exceptionnel de populations immigrées et de procéder à leur intégration sur leur territoire. Il s’agissait bien de développer des moyens pour bloquer dans l’urgence des entrées considérées comme intrusives. Autrement dit, l’essentiel des efforts ont été consacrés à la mise en place d’une politique migratoire coordonnée de gestion des flux et de protection, mais pas de résoudre la situation endurée par les personnes contraintes de fuir leur pays et demandant protection en Europe [9].

Si les États membres annoncent procéder à la réinstallation de 50 000 réfugiés vulnérables supplémentaires d’ici à mai 2019, ce chiffre est à mettre en relation avec la hausse des prévisions du nombre d’expulsions envisagées et les retours volontaires assistés supplémentaires financés par la Commission devant être effectués d’ici février 2018 (dont notamment 15.000 personnes bloquées en Libye). Il faut également relativiser les prévisions de réinstallations qui dans la pratique se heurtent aux cafouillages plus ou moins volontaires des états refusant de se prêter à la répartition dite équitable de la charge – et qui permettent d’ailleurs dans l’attente de résolutions de ne pas appliquer ces mesures [10].

Les orientations envisagées pour les années à venir par l’UE n’ont pourtant rien de fondamentalement nouveau. Elles ne font qu’entériner la logique que nous connaissons aujourd’hui et persistent dans une volonté de fermeté. Les migrations irrégulières doivent être combattues qu’elles qu’en soient les conséquences, et les possibilités légales d’accéder en Europe ne sont pas améliorées, bien au contraire. Si le nombre d’arrivées sur le sol européen demeure aujourd’hui nettement inférieur à celui de 2015, il est toujours question de poursuivre le virage sécuritaire légitimé par la « crise », et de le généraliser [11].

L’Europe sécuritaire comme repoussoir

Les annonces en trompe l’œil d’une politique « responsable et solidaire » viennent justifier la réadmission rapide et efficace de ceux qui n’auraient pas le droit de séjourner dans l’UE. Si des voies d’accès légales sont mises en avant dans les programmes de communication de la commission européenne, la majeure partie des réfugiés non éligible demeure toutefois laissée pour compte. Pour l’UE, ces voies légales présentent notamment l’avantage de renforcer la sélection parmi les candidats à l’exil et participeraient à réduire les incitations à la migration irrégulière [12]. Concernant les aspects économiques, la sélection est établie dans l’idée que les états membres puissent attirer selon leurs intérêts les travailleurs possédant les compétences « dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin » [13]. Ainsi, alors que le principe de l’accueil inconditionnel est constamment remis en cause, une partie de la population immigrée se voit destinée à répondre aux pénuries de compétences et aux besoins croissants de la société vieillissante européenne, tandis qu’une autre se voit criminalisée et rejetée.

Poursuivant cette logique, puisqu’une immigration dite légale est proposée, les autres moyens d’accès sont en conséquence considérés comme irréguliers. Les réfugiés deviennent alors des clandestins et tout un ensemble de pratiques répressives sont appliquées durant leur séjour en Europe. Il s’agira de la surveillance et des refoulements des zones frontalières, du fichage systématique et de la prise d’empreintes précédant toute démarche administrative, de l’extension de zones d’attentes dédiées à la vérification des identités, ou de l’enfermement en centres de tri ou dans des camps. En tant que demandeur d’asile, les assignations à résidence et l’enfermement peuvent compléter ce dispositif répressif. Une fois débouté, c’est la clandestinité avec des contrôles sur l’ensemble du territoire, des arrestations, la mise en rétention, puis pour finir, l’expulsion forcée qui peut achever pour beaucoup de personnes des périples parfois bien longs et dangereux…

Paradoxalement, en plus d’être criminalisés, les réfugiés sont souvent représentés à travers un prisme misérabiliste et victimisant où toute considération sociale et politique leur est dénigrée. Dans le meilleur des cas, ils peuvent se plaindre du froid ou de la faim, mais les raisons qui les poussent à subir ces conditions ne sont que rarement relayées publiquement. Ceux-ci restent donc privés de la possibilité de porter un discours critique voire des revendications. Un amalgame pervers se met en place entre la situation désastreuse engendrée par les guerres et les conditions déplorables que les réfugiés rencontrent également en Europe. Il serait donc « normal » ou « acceptable » qu’une personne fuyant la misère de son pays soit soumise à des conditions sociales et matérielles similaires en arrivant dans une métropole européenne. Un réfugié resterait donc un réfugié où qu’il soit, l’image d’un camp à la frontière syro-jordanienne ou aux abords de Mossoul ne différant pas tellement de celle d’un camp à Paris ou à Calais… Mais en Europe, le fait de dormir sous une tente est rapidement suspecté, – l’assimilation à la délinquance et aux troubles à l’ordre public arrivent vite – et la répression policière et les harcèlements sont donc là aussi justifiés.

Ainsi, la stigmatisation du réfugié en tant que « criminel » ou « victime » est produite et va de pair avec le renforcement des législations et des pratiques discriminantes. La privation de statut d’individu à part entière empêche une juste prise en considération des droits élémentaires et nie tout processus d’identification ou d’empathie. Les récents décrets, lois et applications vont cependant dans le sens de cette déshumanisation, et accompagnent la propagande médiatique alimentée par la plupart des gouvernements. L’effet repoussoir des murs, gardes-frontières et centres de rétention se trouve donc renforcé tant par le déni d’accès aux droits et aux protections sociales ou humanitaires, que par la répression mise en place. Autant d’arguments permettant de rendre l’Europe assez indésirable pour que de nombreuses personnes préférèrent aller voir ailleurs ou rentrer chez elles [14].

Une question humanitaire ?

Le traitement de la question migratoire prend une tournure inédite tant dans sa forme que dans ses proportions, et bien des interrogations demeurent face aux orientations en cours. Les impératifs qui sous-tendent cette politique méritent d’être questionnés et débattus, d’autant qu’ils ne sont que rarement abordés dans leur ensemble. Si quelques pistes peuvent être évoquées, il paraîtrait plus raisonnable d’envisager un ensemble de facteurs liés entre eux plutôt qu’une cause unique.

Les efforts déployés pour maintenir à distance une quantité toujours grandissante de la population laissent présager que des désordres tant économiques, écologiques que politiques pourraient engendrer d’importants déplacements de populations dans les années à venir. L’Europe souhaiterait alors se prémunir face aux mouvements migratoires qui peuvent être provoqués par les nombreuses zones profondément déstabilisées économiquement, ou en proie à de fortes tensions sociales susceptibles de se transformer à tout moment en véritable conflits explosifs. L’étincelle du printemps arabe dans sa tournure la plus sanglante en Syrie entraînant des millions de déplacés l’a montré [15]. L’instabilité dans les différentes régions du moyen orient où d’Afrique notamment légitimerait en conséquence la mise en place de cet impitoyable mécanisme de filtrage.

D’autre part, l’économie européenne, qui a jusque là été un facteur déterminant de l’immigration, est globalement au point mort et doit déployer d’importants efforts pour maintenir sa compétitivité au niveau mondial [16]. Il n’est guère surprenant que les principes humanistes des droits de l’homme cèdent vite le pas aux impératifs du marché… La survie économique de l’Europe passe avant celle des milliers d’individus jetés sur les routes à cause de la misère subie dans leur pays. Pour autant, la gestion des flux migratoires s’avère une activité particulièrement rentable et s’intègre pleinement dans un large pan de l’économie : nombreux sont les investisseurs prêts à profiter des nouveaux débouchés qu’elle ouvre [17]. S’ajoute à cela, la récupération politique sur fond de xénophobie dans une Europe sécuritaire et fascisante, qui est également l’un des aspects de l’instrumentalisation des politiques migratoires œuvrant à la fermeture des frontières [18].

L’immigration peut être perçue d’un point de vue politique pour l’Europe comme une épine bien embarrassante. Cela, certains états l’ont bien compris et tentent alors d’en faire valoir leurs intérêts. C’est le cas notamment de pays limitrophes tels la Turquie ou la Libye qui usent de leur position stratégique en devenant les avant-postes gardés de l’Europe. Leurs services se monnayent dans le cadre de signatures d’accords, et peu importe si les droits des réfugiés qui y sont retenus ne sont pas respectés. L’Europe « forte et démocratique » se retrouverait-elle ainsi prise au piège de sa propre politique par les milliers d’immigrés souhaitant fouler son sol ? La question reste complexe et ne peut entraîner d’affirmations rapides. Mais à travers la sinistre partie de poker qui se joue entre les états, leur manière de faire face et de reprendre les cartes en main est bien d’assurer la maîtrise de leurs propres frontières. De là s’explique alors leur fermeté et leur volonté sans failles de réguler l’immigration.

La question de l’immigration est aujourd’hui inextricable des intérêts politiques actuels. En étant liée aux contraintes économiques, diplomatiques ou militaires qui dépassent largement la simple question de la volonté de l’accueil, elle entre dans le jeu stratégique des rapports de forces entre états. Par conséquent, le principe de l’accueil inconditionnel et de la libre circulation des personnes ne peut s’envisager sérieusement qu’avec une remise en cause plus globale des enjeux liés aux migrations. Que signifie alors la revendication de l’ouverture des frontières dans un monde qui n’a de cesse que de se refermer ? La réponse n’est sûrement pas à chercher dans le nombre de couvertures qu’il faut apporter aux réfugiés, mais plutôt de replacer la critique des politiques migratoires non sur le plan de la question humanitaire, mais bien sur celui de la politique. L’un des premiers réflexes d’une partie de la société européenne est, à juste titre, de s’offusquer des conditions livrées aux réfugiés arrivant dans leur propre pays. Un autre pourrait être de s’intéresser aux raisons pour lesquelles ces personnes ont du fuir. En quelque sorte, plutôt que de regarder l’obus tombé à ses pieds, s’intéresser à qui l’a tiré.


P.-S.
Article initialement publié sur https://cevennessansfrontieres.noblogs.org


Notes

[1] Voir le rapport réalisé conjointement par le réseau Migreurop, le collectif Loujna-Tounkaranké, et la Cimade : http://www.migreurop.org/article2849.html?lang=fr

[2] Voir la feuille de route de la Commission européenne du 7 décembre 2017 : https://ec.europa.eu/commission/news/po ... -dec-07_fr

[3] Voir la feuille de route de la Commission européenne du 7 décembre 2017 : https://ec.europa.eu/commission/news/po ... -dec-07_fr

[4] Depuis juillet 2016 et l’adoption de son nouveau mandat par le Parlement européen, son rôle en matière d’expulsion s’est considérablement renforcé. Frontex peut en effet désormais prendre l’initiative d’organiser des « opérations de retour conjointes », ce qui était jusqu’ici une prérogative des États membres, et a coordonné en 2016 l’expulsion de 10 700 personnes dans le cadre de 232 opérations – soit trois fois plus qu’en 2015 – vers neuf pays dont l’Afghanistan, la Somalie, le Soudan et la Turquie. En 2017, Frontex est l’agence la mieux financée de l’UE avec un budget de 302 millions d’euros.

[5] Selon les chiffres annoncés par la commission européenne 11.490 réfugiés ont été réinstallés de la Turquie vers les États membres de l’UE, 2.059 ont été expulsés depuis mars 2016, 2.041 seraient rentrés « volontairement » des îles depuis juin 2016. Suite à la signature de la déclaration, la route des Balkans a été fermée et près de 60.000 se sont retrouvées piégées en Grèce, dont environ 15.000 dans les îles. Les arrivées sont toujours fréquentes sur les îles et viennent remplacer les expulsions en Turquie, ce qui fait que le nombre global de personnes en attente n’évolue que peu. Pour de plus amples informations sur les hotspots, voir l’étude : http://journals.openedition.org/revdh/3375#tocfrom2n2

[6] Pour obtenir la collaboration des pays tiers qui n’ont pourtant aucun intérêt à s’investir dans ce domaine, l’UE propose des contreparties. Progressivement, elle a étendu cette conditionnalité afin qu’il devienne impossible pour les États ciblés de coopérer avec l’UE dans un domaine spécifique sans que les objectifs européens en matière migratoire ne soient aussi abordés. Il ne s’agit pas seulement de récompenser les États qui acceptent de coopérer, mais de faire en sorte qu’ils n’aient pas les moyens de refuser (voir rapport http://www.migreurop.org/article2849.html?lang=fr).

[7] Eurodac est une base de données mise en place dans l’Union européenne et opérationnelle depuis le 15 janvier 2003. Doté d’un système automatisé de reconnaissance d’empreintes digitales, il a pour objet de contribuer à déterminer l’État membre qui, en vertu de la convention de Dublin, est responsable de l’examen d’une demande d’asile présentée dans un État membre et de faciliter à d’autres égards l’application de la convention de Dublin.

[8] L’adoption du concept de « pays sûr » permettrait l’expulsion automatique des demandeurs d’asile vers les pays extérieurs à l’Union européenne par lesquels ils auraient transité si ces pays sont considérés par les institutions européennes comme ne présentant pas de risques majeurs pour les personnes y étant renvoyées. Ce concept se base sur l’idée que la charge de l’accueil devait être au moins partagée avec les pays de transit. Voir par exemple pour plus d’informations : http://www.portail-humanitaire.org/news ... iers-surs/

[9] L’on comprend ainsi pourquoi du point de vue de l’Europe, l’application de l’accord UE-Turquie est une réussite : les entrées ont significativement chuté, l’accord a servi de base exportable pour d’autres pays, et au final, il ne resterait « que » le retour à mettre en place pour les quelques milliers de personnes encore bloquées dans le pays…

[10] On pense par exemple aux nombreux états refusant de se prêter au jeu de la répartition censé venir en soutien aux pays « en première ligne » comme la Grèce et l’Italie : au mois de septembre 2017 – au terme de la procédure prévue pour deux ans –, le nombre de personnes ayant bénéficié du dispositif était inférieur à 30 000 (dont 20 000 depuis la Grèce), ce qui correspond à un peu moins du cinquième du total que les États membres s’étaient engagés à accueillir ; où encore l’on pensera aux différents groupes parlementaires allemands ne souhaitant pas reconduire le programme de regroupement familial pour les bénéficiaires de la protection subsidiaire devant prendre fin en mars 2018.https://www.ecre.org/germany-proposals- ... pplicants/

[11] Les chiffres publiés début février 2018 par le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) montrent une diminution significative du nombre de demandes d’asile introduites dans l’UE en 2017 (une diminution de 43% par rapport à 2016. Cette tendance ne signifie pas pour autant que les populations nécessitant une protection aient diminué au niveau international, mais plutôt que la politique européenne de protection des frontières porte ses fruits. https://www.easo.europa.eu/news-events/ ... lum-trends

[12] Les voies d’accès légales permettent notamment d’effectuer un tri par un traitement discriminatoire selon la nationalité des demandeurs de protection. On peut citer comme exemple la sélection effectuée dans les hotspots grecs. Les personnes dont les nationalités obtiennent un fort taux de reconnaissance (supérieur à 75% comme pour les Syriens, Irakien, Érythréens…) pouvaient prétendre aux programme de relocalisation dans un autre pays européen. Celles obtenant un faible de taux de reconnaissance et considérées comme migrants économiques (par exemple les Pakistanais, Bangladais, Algériens…) sont préventivement placées en rétention dans l’attente de leur reconduite. https://noborderkitchenlesvos.noblogs.o ... detention/

[13] Voir le document sur les relocalisations et la migration légale présenté par la commission européenne en décembre 2017 : https://ec.europa.eu/home-affairs/sites ... ion_en.pdf

[14] Voir l’article : https://blogs.mediapart.fr/philippe-wan ... ndesirable

[15] Les bombardements, l’occupation, et la destruction de zones civiles entières en Syrie ont provoqué l’exil de millions de personnes durant les conflits (12 millions de réfugiés et déplacés internes au début 2017). De tels déplacements de populations ont entraîné des répercutions au sein même du pays, dans les régions voisines et jusqu’en Europe.

[16] Les états européens ont pourtant toujours su par le passé user de l’immigration en fonction de leurs besoins économiques : la population algérienne fut appelée en France dans les années soixante lorsque les projets d’infrastructures nécessitaient un large besoin en main d’œuvre adaptable, l’Allemagne a fait de même quelques années plus tard en allant directement choisir ses travailleurs en Turquie pour le bon développement de son industrie, plus récemment l’Espagne a ouvert ses portes à l’immigration maghrébine pour ses besoins ouvriers dans le domaine agricole…

[17] Chaque part de marché est bonne à prendre, qu’il s’agisse d’ailleurs d’économie parallèle comme d’économie « officielle ». On pensera notamment à l’exploitation par le travail clandestin, les réseaux de prostitution, ou à diverses activités lucratives (passage de frontières, location de logement insalubres,…) pour le versant non déclaré. Pour le versant légal, le business de l’humanitaire et du sécuritaire cherchent également le profit dans les moindres recoins : des supermarchés remplacent par exemple peu à peu l’aide humanitaire jusque là distribuée par les ONG dans les camps. Les réfugiés seraient ainsi en passe de devenir des consommateurs comme les autres… La part d’une « industrie de l’aide » représenterait un volume dépassant les 25 milliards de dollars annuels (voir : https://www.monde-diplomatique.fr/2017/ ... EMAN/57444)

[18] Cela étant, les discours sécuritaires agitant la « peur de l’immigration » sont portés depuis bien des années, et même si les amalgames plus récents et peu scrupuleux tentant d’établir des liens entre l’accueil des réfugiés et le risque terroriste font le choux gras des journaux en quête de gros titres, ceux-ci semblent plus de l’ordre de la récupération politique qu’issus de raisons objectives déterminant des politiques actuelles. Cette instrumentalisation n’en reste pourtant pas moins problématique pour bien des aspects, notamment dans les tensions qu’elle exacerbe au sein des populations et le racisme qu’elle produit.


https://mars-infos.org/en-route-vers-l- ... and-l-2858
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Re: Migrants, droit d’asile, liberté de circulation

Messagede Pïérô » 22 Fév 2018, 06:23

LE MYTHE DE L’IMMIGRATION MASSIVE

I. Une opinion ordinaire…

Pépère – oui, évidemment j’ai changé son nom… - est un collègue de travail qui représente bien l’opinion de nombre de personnes de ce pays. Dès que l’on commence à « parler politique » il émet bien vite des avis péremptoires et imparables.

Le grand fléau à combattre, qui est à l’origine de nos malheurs, c’est l’ immigration massive qui s’est abattu sur la France. « Il n’y a pas que ça bien sûr » mais ...tout vient de là ou presque. Même si dans sa petite ville de montagne il a du mal à en distinguer, les immigré sont partout.

L’explosion de l’immigration en Europe depuis deux ans n’est-elle pas indéniable ? Il n’y a qu’à aller à Calais… Et même si on lui dit que nombre d’immigrés, comme ceux de Calais, ne veulent pas s’établir en France, il est persuadé que notre pays accueille plus d’immigrés qu’ailleurs dans l’Union Européenne. La citoyenneté française serait accordée en masse « à n’importe qui ».

Quant aux aides, aux allocations versées aux immigrés, cela ne représente t-il pas une fortune soustraite à « notre bien public national » ? Si on lui que lesdits immigrés ne peuvent toucher le RSA, que l’aide à un immigré clandestin est pénalisée, il ne le croit pas. Qui vit sur des croyances et des impressions, trouve inutile l’énonciation de chiffres d’organismes ou d’instituts reconnus internationalement pourtant dignes de foi : de telles références ferait en effet partie d’un complot de politiciens et de gens intéressés !

L’immigration appauvrirait, participerait à l’attaque contre nos « valeurs de toujours ». Quand on lui demande à lui, Pépère, quelles sont ses références, cela l’énerve un peu. Il se réfugie derrière la dernière scène qu’il a vu au marché, avec ce « basané » qui baragouinait en cherchant de mauvaise grace sa monnaie dans sa poche.

Il rabache à nouveau une scène vue au journal télévisé à Calais. Quel bandes de s… tout de même ! Pour les dissuader de venir ne devrait-on pas organiser des expéditions punitives ? Comme les ratonnades des années 1960 ? Non, quand même..(Ah bon ?). ; il faut auparavant les trier, séparer les femmes et les enfants... Mais bon il faudrait quand même expulser tout ce monde. On lui dit que c’est impossible, compliqué, onéreux, que la France reconnaît le droit d’asile… Mais Pépère ne perd pas son bagoût raciste ; bombe la poitrine devant le comptoir où trône son verre de blanc, et se dit prêt à se porter volontaire « pour la France », à encourager nos forces de l’ordre en tous cas….

II. Quelques chiffres sur l’immigration en France

Avant d’entrer dans le vif du sujet , il convient de bien cerner les catégories de population et ce qui les différencie : étrangers, réfugiés, immigrés légaux, immigrés clandestins. C’est souvent en jonglant avec ces termes que l’on parvient à déformer complètement une réalité.

Ainsi en 2008 un tiers des immigrés provenaient de pays de l’Union Européenne , 38 % d’Europe. On compte ensuite 42,5 % d’immigrés originaires d’Afrique et du Maghreb, 14,2 % d’Asie et 5,3 % d’Amérique ou d’Océanie, selon l’Insee.

Le recensement de 2012 fait état d’une population totale de 65,2 millions d’habitants dont 61,2 millions de nationalité française et 4 millions d’étrangers. Les Français de naissance et les Français par acquisition parce que nés en France étaient alors 58,9 millions. Alors que 2,3 millions étaient Français par acquisition nés hors de France. Parmi les 4 millions d’étrangers, 3,4 millions étaient nés hors de France et 0,6 million nés dans le pays. Les 3,4 millions d’étrangers nés hors de France et les 2,3 millions de Français par acquisition nés hors de France constituent une population d’immigrés de 5,7 millions.

Les immigrés sont majoritairement originaires du Maghreb et de l’UE La colonisation et l’appel aux travailleurs immigrés dans les années 1960 explique en partie la forte part d’immigrés issus du Maghreb.

Selon la publication de BSI Economics de 2013, la population de la France était constituée à cette date, de 12 % d’étrangers, ce qui place le pays dans une moyenne basse, dépassée par le Royaume Uni, l’Allemagne (13%) ou la Suède (16%). En moyenne 85 000 migrants européens s’établissent chaque année en France. Selon l’OCDE, la France se situe ainsi au 17e rang des pays développés pour la part d’immigrés dans la population .

III. L’entrée clandestine des immigrés.

Il est évidemment difficile de comptabiliser les entrées d’étrangers en France et plus généralement dans l’Union Européenne. Ceux qui parle de « rétablir les frontières » se paye de mots face à un problème migratoire qui touche pratiquement tous les continents. Un flic tous les 5 mètres ? Une mitrailleuse tous les 50 mètres ? Les estimations les plus fiables sont données par l’agence Frontex, chargée de la « police » aux frontières européennes. Même si évidemment , selon les thèses de l’extrème-droite – celles que gobent régulièrement Pépère - cet organisme fait partie de la théorie du complot, tout comme l’INSEE, Frontex, etc.

Ainsi les entrées illégales ont certes augmenté en 2013. Mais elles sont restées inférieures à celles de 2011, de 2010, de 2009. Mais il est vrai qu’en 2014, les entrées illégales sur le sol européen ont connu un pic dépassant celui de 2011 lors des révolutions arabes. 68 589 migrants clandestins ont été recensés par les états membres de L’Union Européenne au cours du deuxième trimestre 2014, soit plus de trois fois qu’au premier trimestre. Comment chiffrer l’immigration clandestine ?

« S’il faut proposer un ordre de grandeur du nombre de migrants irréguliers vivant en France, mieux vaut le situer entre l’estimation haute tirée de l’AME (Aide médicale de l’État,) et l’estimation basse emprunté au modèle méditerranéen. La fourchette ainsi tracée va de 6 % à 10 % de la population immigré, autour d’un demi-million de personnes, moins de 1 % de la population du pays.

IV. La France n’est pas la destination préférée des immigrés.

Ainsi les chiffres publiés par Frontex pour 2014 montrent surtout une augmentation massive des demandes d’asile en Allemagne (+ 22 315 et en Suède (+ 20 130). Mais pour la France, c’est une diminution de - 11 600 demandes qu’il convient de constater. En août 2014, le ministère de l’intérieur expliquait cette situation au journal Le Monde par le fait que l’Hexagone était davantage « un pays de transit » vers d’autres destinations où les perspectives économiques sont jugées meilleures comme l’Allemagne, le Royaume Uni, la Suède.

Si, en 2015 , l’Europe était touchée par une nouvelle et brusque montée du nombre d’immigrés, la répartition était proportionnellement la même qu’auparavant.

« Attention aux chiffres sur l’augmentation « sans précédent » du nombre d’arrivées de personnes migrantes en situation irrégulière ! Les statistiques de Frontex sont très souvent citées dans les médias et par les hommes politiques, comme le chiffre de 710.000 entrées irrégulières entre janvier et septembre 2015. Or, la méthode de calcul de cette agence est très critiquable. Elle surévalue le nombre de personnes. Tout d’abord elle inclue celles qui peuvent prétendre à une protection internationale et qui n’ont souvent pas d’autre choix que de traverser « illégalement » la frontière pour aller demander l’asile en Europe, en raison du verrouillage de l’accès au territoire européen mis en place par l’UE et ses Etats. D’autre part, Frontex comptabilise parfois plusieurs fois les passages de frontière d’une même personne, confondant ainsi le nombre de passages de frontières avec celui des entrées effectives au sein de l’UE, comme elle le reconnaît à la fin de son communiqué de presse du 22 février 2016 » (Cimade, document repère « migrations internationales », version 23/01/2017 citant un communiqué de presse FRONTEX, 22 février 2016)

V. Perception de l’immigration.

Il y a les chiffres, des réalités globales et la perception des immigrés partagée par une large partie de la population française. Ce sentiment bien réel est trop souvent négligé par les analystes parce que jugé irrationnel. Mais il ne suffit pas de dire à ceux qui vivent dans des quartiers difficiles ou qui subissent des nuisances apparemment causées par des étrangers, qu’ils doivent sourire et tendre l’autre joue.

Remarquons tout d’abord que la concentration locale ou régionale d’immigrés fait effet de loupe déformante : ce qui se passe à Calais, dans la région parisienne, ou à Lampedusa en Italie, attire l’attention médiatique, conforte une image d’ensemble négative en donnant une impression d’un flux en hausse perpétuelle.

Une partie de l’immigration, maghrébine, musulmane, poserait aujourd’hui un problème nouveau. Pourtant l’immigration venant d’Afrique du nord n’est pas nouvelle, ayant été parfois encouragée par certaines entreprises française. La Guerre d’Algérie, pourtant sanglante, n’a pas empêché la poursuite d’une histoire commune par la langue et l’immigration. Mais jusque dans les années 1980 peu de personnes immigrées affichait des attitudes et des signes religieux contradictoires avec les principes de la république française.

Un terreau propice à la montée d’un fondamentalisme religieux s’est constitué. Mais il n’est pas né d’origine spontanée dans l’immigration de culture musulmane. Il s’agit d’une révolte d’une fraction de la jeunesse - dont l’origine n’est pas toujours musulmane ni maghrébine – manipulée par des réseaux intégristes. Les convertis justifient, tout comme l’extrème-droite , par des mythes et un retour à une culture idéalisée, des actions terroristes, visant les symboles du monde « occidental ». Cette stratégie de violences aboutit à mettre dans le même sac tous les immigrés musulmans devenus suspects. Ainsi se réalise l’objectif de confrontation des extrémistes.

Les fondamentalistes ont gagné du terrain dans la vie publique : harcèlement des femmes qui ne doivent plus se vêtir de jupe, généralisation de l’ usage du voile … Il est normal, dans un pays où les questions religieuses ont parfois provoquées de longues guerres civiles, où l’Église catholique a été combattue, où l’athéisme est une réalité historique, où la femme s’émancipe à travers un long combat, que l’on n’accepte pas certains accoutrements, certaines pratiques et attitudes, comme par exemple les gestes soutendant une volonté d’asservissement. . VI. Guerres et changement climatique causes des migrations internationales.

On chiffre à 244 millions le nombre de migrants à travers le monde. Mais dans plusieurs parties du monde, la migration s’effectue essentiellement entre pays du même continent. En 2015, 87 % des migrants internationaux vivant en Afrique, en étaient originaires, mais venant d’un autre pays . Les pourcentages correspondant étaient de 82% pour l’Asie, 66% pour l’Amérique latine et les Caraïbes, et 53% pour l’Europe.

En 2015, les deux tiers des migrants internationaux vivaient dans 20 pays seulement, tout d’abord aux Etats-Unis, qui accueillaient 19% de tous les migrants, suivis par l’Allemagne, la Russie, l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni et les Emirats arabes unis.

Mais pourquoi tous ces migrants ? D’où viennent ceux qui arrivent en Europe ? Lorsque l’on prétend aller à la racine du mal, souvent on met en avant un développement nécessaire et particulièrement pour l’Afrique l’équipement électrique. Loin de dire qu’un tel projet est accessoire, force est de constater qu’un des principaux fléaux de ce continent est la guerre. Si la destruction suit l’édification on n’en finira jamais.

Evoquer le dérèglement climatique qui est lui aussi la résultante du développement capitaliste obligerait à un nouveau chapitre.

Mais voyons un peu ces réfugiés et la situation de leur pays d’origine. En 2001 les Etats-Unis interviennent massivement en Afghanistan pour en chasse Al Quaida. l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la Roumanie entre autres pays européenns les soutiennent. En 2003,contre Sadam Hussein, c’est le n en Irak, avec le soutien de ces mêmes pays européens. Même type d’intervention en Irak en 2003, qui verra beaucoup de pays européens embarqués dans la guerre menée contre le régime de Saddam Hussein. En 2011 la France, l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Espagne et la Belgique soutiennent l’intervention militaire de l’OTAN en Lybie. L’objectif apparaît clairement comme étant l’élimination de Khadafi qui menaçait de relâcher les réfugiés détenus désirant traverser la Méditerranée.

La France intervient régulièrement en Afrique où elle dispose de plusieurs bases militaires. Sa dernière ingérence remonte à 2013 au Mali, à la demande du président malien de l’époque , devant la menace des groupes islamistes. Selon nombre d’observateurs internationaux, l’habituelle « lutte contre le terrorisme » cache des intérêts liés à l’exploitation de l’uranium.

Quant aux armes légères utilisées par les belligérants de par le monde, ils proviennent de Chine, d’Israël et d’une vingtaine de pays de l’OSCE, l’Organisation pour la Sécurité en Europe ( Etude réalisée en 2010 par le Réseau Afrique Europe Foi et Justice).

Et par conséquence, selon le rapport de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) de 2015 ? plus de deux tiers des demandes d’asile ont été adressées aux 6 pays suivants : l’Allemagne, les États-Unis, la France, la Suède, la Turquie et l’Italie.

Comme une sorte de sinistre « retour à l’envoyeur » une grande partie des immigrés viennent de pays où les puissances militaires américaines et européennes sont intervenus….

La politique des états, comme la ,France, devient de plus en plus coercitives vis à vis des réfugiés, des demandeurs d’asile, même si nombre d’entre eux ne veuillent pas y résider. Cette coercition fera surtout la fortune de passeurs qui eux, dans ces conditions, existeront toujours

Il est impossible d’empêcher ce flux si l’on ne coupe pas à la racines les raisons de ces migrations : guerres et désastre climatique. Ces raisons il faut les chercher dans le développement du capitalisme qui provoque la destruction de la planète. En attendant, fidèle à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, tendons la main à tous ceux qui veulent, se déplacer, vivre de leur travail sans exploiter personne.

Principale sources : INSEE 2008, 2012 ,2014,2015,2016 .


https://blogs.mediapart.fr/nemo3637/blo ... on-massive
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