Critique des médias

Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 14 Aoû 2017, 14:35

Donner au public « ce qu’il demande »

La machine à abrutir

Jusqu’à présent, la qualité des médias audiovisuels, public et privé confondus, n’était pas vraiment un sujet. Puis le président de la République découvre que la télévision est mauvaise. Il exige de la culture. En attendant que la culture advienne, l’animateur Patrick Sabatier fait son retour sur le service public. En revanche, des émissions littéraires disparaissent. C’est la culture qui va être contente.

Avec l’alibi de quelques programmes culturels ou de quelques fictions « créatrices », les défenseurs du service public le trouvaient bon. Ils ne sont pas difficiles. Comme si, à l’instar d’une vulgaire télévision commerciale, on n’y avait pas le regard rivé à l’Audimat. Comme si la démagogie y était moins abondante qu’ailleurs.

Les médias ont su donner des dimensions monstrueuses à l’universel désir de stupidité qui sommeille même au fond de l’intellectuel le plus élitiste. Ce phénomène est capable de détruire une société, de rendre dérisoire tout effort politique. A quoi bon s’échiner à réformer l’école et l’Université ? Le travail éducatif est saccagé par la bêtise médiatique, la bouffonnerie érigée en moyen d’expression, le déferlement des valeurs de l’argent, de l’apparence et de l’individualisme étroit diffusées par la publicité, ultime raison d’être des grands groupes médiatiques. Bouygues envoie Jules Ferry aux oubliettes de l’histoire.

Lorsqu’on les attaque sur l’ineptie de leurs programmes, les marchands de vulgarité répliquent en général deux choses : primo, on ne donne au public que ce qu’il demande ; secundo, ceux qui les critiquent sont des élitistes incapables d’admettre le simple besoin de divertissement. Il n’est pas nécessairement élitiste de réclamer juste un peu moins d’ineptie. Il y a de vrais spectacles populaires de bonne qualité. Le public demande ce qu’on le conditionne à demander. On a presque abandonné l’idée d’un accès progressif à la culture par le spectacle populaire. Victor Hugo, Charlie Chaplin, Molière, René Clair, Jacques Prévert, Jean Vilar, Gérard Philipe étaient de grands artistes, et ils étaient populaires. Ils parvenaient à faire réfléchir et à divertir. L’industrie médiatique ne se fatigue pas : elle va au plus bas.

Chacun a le droit de se détendre devant un spectacle facile. Mais, au point où en sont arrivées les émissions dites de « divertissement », il ne s’agit plus d’une simple distraction. Ces images, ces mots plient l’esprit à certaines formes de représentation, les légitiment, habituent à croire qu’il est normal de parler, penser, agir de cette manière. Laideur, agressivité, voyeurisme, narcissisme, vulgarité, inculture, stupidité invitent le spectateur à se complaire dans une image infantilisée et dégradée de lui-même, sans ambition de sortir de soi, de sa personne, de son milieu, de son groupe, de ses « choix ». Les producteurs de télé-réalité — « Loft story », « Koh-Lanta », « L’île de la tentation » —, les dirigeants des chaînes privées ne sont pas toujours ou pas seulement des imbéciles. Ce sont aussi des malfaiteurs. On admet qu’une nourriture ou qu’un air viciés puissent être néfastes au corps. Il y a des représentations qui polluent l’esprit.

Si les médias des régimes totalitaires parviennent, dans une certaine mesure, à enchaîner les pensées, ceux du capitalisme triomphant les battent à plate couture. Et tout cela, bien entendu, grâce à la liberté. C’est pour offrir des cerveaux humains à Coca-Cola que nous aurions conquis la liberté d’expression, que la gauche a « libéré » les médias. Nous, qui nous trouvons si intelligents, fruits de millénaires de « progrès », jugeons la plèbe romaine bien barbare de s’être complu aux jeux du cirque. Mais le contenu de nos distractions télévisées sera sans doute un objet de dégoût et de dérision pour les générations futures.

... http://www.monde-diplomatique.fr/2008/0 ... 04#partage
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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 31 Aoû 2017, 12:32

L’information à tout prix, de Julia Cagé, Nicolas Hervé et Marie-Luce Viaud

L’information à tout prix, de Julia Cagé, Nicolas Hervé et Marie-Luce Viaud [1], propose une étude qui jette une lumière nouvelle et chiffrée sur la production, la diffusion, la consommation de l’information sur Internet, mais surtout sur les risques d’appauvrissement croissant de la production d’informations originales. Quelques solutions sont envisagées à la fin de l’ouvrage.

... http://www.acrimed.org/Lire-L-informati ... Julia-Cage
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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 09 Sep 2017, 20:03

Couverture médiatique de l’attentat de Barcelone (1) : naufrages de l’information en temps réel
Les séances (rituelles) d’autocritique médiatique (partielle) n’ont pas manqué depuis les attentats de janvier et, plus encore, de novembre 2015. Il serait grand temps de vérifier que les leçons ont été pratiquement tirées, comme l’actualité en a malheureusement donné l’occasion le 17 août dernier, lors des attentats en Espagne [1]. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que rien n’a changé, comme en témoigne le panorama qui suit, fondé sur des observations effectuées au cours des 24 heures suivant l’attentat de Barcelone [2].
... http://www.acrimed.org/Couverture-media ... -Barcelone


Couverture médiatique de l’attentat de Barcelone (2) : le retour des « experts »
Dans un précédent article à propos de la couverture médiatique de l’attentat de Barcelone, nous avons montré comment la qualité et la fiabilité de l’information souffraient de la précipitation induite par la course au « direct » imposée à tous les médias par les chaînes d’information en continu. Mais cette course de vitesse avec les événements, souvent aussi confuse qu’anxiogène, n’est pas la seule tare de ce journalisme par temps d’attentat : pour meubler le vide et donner un semblant de recul aux commentaires mal informés des journalistes, les grands médias ont, comme à leur habitude, fait appel aux « experts ». Comme lors des précédents attentats [1], des « spécialistes » et autres « consultants » se sont ainsi succédé sur les antennes des principaux médias d’information pour prodiguer leurs pertinentes « analyses » d’un événement dont on ne savait alors à peu près rien.
... http://www.acrimed.org/Couverture-media ... elone-5585
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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 14 Sep 2017, 19:03

Critique des médias, une histoire impétueuse

On ne découvrira l’histoire des résistances à la presse de marché ni dans les manuels scolaires ni dans… les grands journaux. Avec ses personnages hauts en couleur et son ambition généreuse, cette tradition internationale de critique des médias fait courir depuis deux siècles le fil rouge d’une autre information possible, comme le montre cet article extrait du dernier numéro de « Manière de voir ».

... http://www.monde-diplomatique.fr/2016/04/PINSOLLE/55201
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Re: Critique des médias

Messagede Pïérô » 20 Sep 2017, 04:07

Médias mainstream : comment « Le Monde » désinforme sur la situation réelle en Grèce
http://blogyy.net/2017/09/18/medias-mai ... -en-grece/
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Messagede Lila » 01 Oct 2017, 19:02

Ces articles sur les violences faites aux femmes auraient dû être titrés comme ça

Tous les ans, en France, plus de 200 000 femmes sont victimes des coups de leur conjoint. La presse continue pourtant de rapporter ces histoires avec humour...

Chaque année, 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales physiques ou sexuelles, selon l'Observatoire national des violences faites aux femmes. Ce chiffre est minimal et ne compte pas les violences subies par les personnes en collectivités et les sans-abri. Ce chiffre élevé ne prend pas non plus en compte l'ensemble des violences présentes au sein du couple, comme les violences verbales ou psychologiques. Plus grave encore, en 2016, 123 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Dans la presse, ces violences sont souvent dépeintes avec une pointe d'humour ou d'ironie. Et pourtant, ce n'est pas drôle. Un «acte sexuel barbare» est un viol. Un «drame conjugal» est un féminicide. Un homme qui se «glisse et caresse une femme dans son lit», c'est une agression sexuelle. Nous avons ainsi corrigé certains articles publiés ces trois derniers mois dans la presse locale et nationale, dont certains ont été puisés dans le Tumblr «Les mots tuent» de Sophie Gourion, journaliste et ancienne conseillère de Laurence Rossignol au ministère du Droit des femmes. Voici ce que ça donne

la suite : https://www.buzzfeed.com/assmamaad/on-a ... .qxEx13nGg
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Messagede bipbip » 05 Oct 2017, 20:17

France Info « éduque » les enfants sur la réforme du Code du travail et les manifestations

Chaque jour, l’émission « Franceinfo junior » « propose, nous dit-on, une lecture pédagogique de l’actualité » à grands renforts de spécialistes. Sous couvert d’éduquer les enfants, le journal adopte, le temps de quelques minutes, un ton paternaliste pour mettre dans la bouche d’enfants des questions d’adultes, et diffuser aux oreilles des adultes un discours professoral et, forcément, infantilisant. En cette période de mouvement social contre les ordonnances modifiant la législation du travail, l’émission ne pouvait pas éluder une telle actualité.

Mercredi 20 septembre, veille d’un large mouvement de grèves et manifestations interprofessionnel et intersyndical, « Franceinfo junior » interroge et s’interroge : « Pourquoi des manifestations contre la réforme du Code du travail ? »

... http://www.acrimed.org/France-Info-eduq ... reforme-du
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Re: Critique des médias

Messagede Pïérô » 12 Oct 2017, 08:59

Aude Lancelin : "Les milliardaires ont fait leur marché dans les médias avec la complicité du politique"

Aude Lancelin, autrice de Le Monde libre aux Éditions Les Liens qui Libèrent, revient sur le projet de Le Média, déconstruit la notion de neutralité journalistique tout en dénonçant la concentration des médias au service du capital. Rencontre sans langue de bois.

http://www.regards.fr/la-midinale/artic ... as-avec-la

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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 15 Oct 2017, 13:23

Rencontre avec Yves Citton « Médiarchie »

Paris mardi 17 octobre 2017
à 19h30 Librairie « Le Merle moqueur », 51 rue de Bagnolet, Paris 20e

Mardi 17 octobre à 19h30, nous aurons le plaisir de recevoir Yves Citton, à la librairie le Merle moqueur. Il nous présentera son ouvrage, "Médiarchie". L'occasion de discuter et de débattre autour de ces sujets de société.

Nous nous imaginons vivre dans des démocraties, alors que nous vivons dans des médiarchies. Car, plus que les peuples ou les individus, ce sont les publics formés par les médias qui sont les substrats de nos régimes politiques. Même lorsque nous dénonçons le « pouvoir des médias », nous n'entrevoyons qu'à peine à quel point ceux-ci conditionnent nos perceptions, nos pensées et nos actions, individuelles et collectives. En reliant des courants de pensée étrangers à nos traditions critiques et universitaires, Yves Citton renouvelle considérablement notre boîte à outils conceptuelle et s'applique tournevis en main à recadrer nos débats.

De l'écoféminisme à la sociologie des réseaux, des algorithmes de l'apprentissage profond à l'archéologie des infrastructures, de la démonologie au design d'ingénierie, du médiactivisme au médiartivisme, le parcours proposé élargit notre horizon théorique et notre imaginaire politique en explorant d'autres manières de penser les « médias ». Nous ne saurions échapper aux conditionnements opérés sur nous, entre nous, à travers nous et en nous par nos médiarchies. Ce livre espère toutefois nous aider à mieux percevoir ces conditionnements, à mieux les concevoir - et à moins les subir.

Yves Citton est professeur de littérature et media à l'Université Paris 8, après avoir enseigné à l'Université Grenoble Alpes. Il co-dirige la revue Multitudes et a notamment publié, aux Éditions Amsterdam, Mythocratie (2010) et Zazirocratie (2011), ainsi que, au Seuil, Renverser l'insoutenable (2012) et Pour une écologie de l'attention (2014).

Image

https://www.lemerlemoqueur.fr/rencontres/13000/
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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 23 Oct 2017, 11:07

3e Journée de la critique des médias : "Quelles critiques des médias ? État des lieux" (vidéo)

Le 25 mars 2017, Acrimed organisait à Paris la troisième Journée de la critique des médias. Nous publions ici la vidéo de la première table ronde autour de laquelle Dominique Albertini (journaliste, Libération), Aurore Krol (Acrimed) et David Perrotin (journaliste politique, BuzzFeed) ont tenté d’analyser comment la critique des médias tend à être instrumentalisée par les responsables politiques, dévoyée par l’extrême-droite qui la place pourtant au cœur de son offre politique, ou encore pervertie par les médias les plus ouvertement réactionnaires.

... http://www.acrimed.org/3e-journee-de-la ... as-Quelles
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Re: Critique des médias

Messagede Lila » 02 Nov 2017, 20:56

Derrière Bertrand Cantat en héros romantique, l'histoire d'une presse française machiste

franceculture.fr

Barbe de trois jours, cheveux en bataille, regard de cocker... Bertrand Cantat, en couverture des Inrocks pour annoncer son retour sur la scène musicale, voilà qui fait grincer bien des dents. À commencer par celles de la secrétaire d’État, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. "Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné Marie Trintignant à coups de poings ?", interrogeait-elle sur Twitter le 11 octobre. De nombreuses féministes ont également réagi à cette Une, comme cette célèbre blogueuse ayant pour pseudonyme Crêpe Georgette, dont le billet a fait le tour des réseaux sociaux, et dont voici un extrait : « Oh les hommes français, qu'ils soient de gauche ou de droite, aiment à corner qu'ils aiment les femmes en grands poètes de l'amour courtois qu'ils sont. Les femmes françaises se bercent de cette douce illusion et chacun de croire que c'est de l'amour si typiquement français que d'infliger tant de coups que le visage devient violet, que le nez éclate, qu'on finisse dans le coma, qu'on meure ». Un buzz à bon marché pour Les Inrocks, qui repose sur l'image (Cantat, en clair-obscur, a des allures d'icône), mais aussi sur l'éditing et le vocabulaire choisi. Pathos et empathie maximale jusque dans la titraille, qui installe l'ancien chanteur de Noir Désir dans la posture du héros maudit, victime de sa passion : "On finit toujours par se retrouver seul face à soi-même", titre, en énorme, la première double page. O.J. Simpson, Oscar Pistorius, Bertrand Cantat... Ce n'est pas la première fois qu'en France, le traitement médiatique d'affaires de violences conjugales prend des allures de feuilleton romanesque. D'où vient cette tradition, très française, de romantiser les fémicides, de tenter de polir les contours d'une réalité terrible (rappelons que 123 femmes sont mortes de violences conjugales en 2016), avec des expressions vides de sens juridique, comme "crime passionnel" ? Nous avons posé la question à Annik Houel, professeure émérite en psychologie sociale à l'Université Lumière-Lyon 2, et auteur de Crime passionnel, crime ordinaire (2008), et Psychosociologie du crime : à la vie, à la mort (2008), aux PUF. Elle a notamment travaillé sur le décalage entre ce que disait la presse, et la réalité crue des dossiers d’assises. Que pensez vous de cette Une des Inrockuptibles ? : Barbu, les cheveux un peu dans tous les sens… il ressemble vraiment à un grand romantique, un héros. Il n’y a pas de doute sur la présentation signer : https://www.change.org/p/sauvons-le-r%C ... ge-pour-l- 20 qu’on en donne. De manière générale, Cantat est très souvent présenté comme une victime. Dans toutes ces histoires de fémicides, ce qui est frappant c’est qu’il n’y a pas d’analyse sociale ou politique. Ça reste étonnant, passionnel, donc ça concerne tout le monde. Mais on n’analyse pas. Le Monde, à l’époque, avait traité l'affaire dans la rubrique "fait divers", celle des chats et des chiens écrasés. C’est un "fait divers", donc un truc qu'on n'analyse pas. Et puis ensuite, c’est devenu une affaire passionnée et passionnelle. On était au mois d’août 2003, et ça remplissait les pages. On voit qu’au tout début, cette histoire est présentée comme une histoire de passion à laquelle on ne comprend rien. On ne peut rien en dire car il s’agit de passion. Il faut savoir qu’en France il n’y a pas de "crime passionnel" dans la loi, ça n’existe pas ! Cantat s’est fait juger en Lituanie [où a eu lieu le meurtre de Marie Trintignant, NDR], où le crime passionnel existe comme catégorie juridique. En France ça ne se serait pas passé comme ça. Là-bas, il n’a écopé que de huit ans de prison. Il est sorti assez vite d’ailleurs, il n'a pas purgé entièrement sa peine, et il est sorti [au bout de trois ans de prison, NDR]. Si ça avait été reconnu en France comme "violence conjugale", il aurait pu prendre vingt ans. Cantat, Pistorius… Pourquoi les médias traitent-ils ce genre d’affaires en romantisant le féminicide ? Qu’est ce que ça veut dire des médias et de notre société ? : Grâce à "l’affaire Cantat", si j’ose dire, la problématique des violences faites aux femmes est devenue très publique. À la même époque, il y avait l’enquête ENVEFF, une enquête nationale sur les violences conjugales, qui avait eu beaucoup de mal à passer. "Grâce" à la mort de Marie Trintignant, on a pu publier tous ces chiffres. Il y a en France, qui est à la jonction des cultures latines et des cultures du Nord, une vraie tradition de "l'amour passionnel". La passion, ça marche bien, depuis le Moyen Âge. C'est le mythe de Tristan et Iseut etc. La presse, depuis le XIXe siècle, a toujours fait ses choux gras de ces histoires-là. Avec les histoires d’adultères d'abord. Et aujourd’hui, on axe autour de "la passion". Très souvent, on titre : “Un coup de folie”. D’ailleurs, Cantat lui-même plaide la folie. La passion, c’est de la folie, c’est l’idéalisation de la passion amoureuse. Et ça, c’est absolument français. Encore aujourd'hui, il y a souvent des titres dans la presse où l'on trouve des expressions comme “crime passionnel”... alors que, juridiquement, ça n’existe pas ! C’est un schéma de la presse. Qu’est ce que ça dit du rapport de notre société aux femmes ? : Ça veut dire qu’il reste beaucoup à faire. C’est un symptôme de l’inégalité des sexes, en terme de domination. Cantat a toujours été présenté dans cette affaire comme le pauvre homme. Il y a eu beaucoup d’articles, même dans Le Monde, qui disaient : “Bertrand Cantat est notre frère.” On n’a jamais vu ça pour une femme qui aurait violenté un homme. Quand les femmes tuent leur conjoint - avec le cas récent de Jacqueline Sauvage par exemple -, il n'est pas question de “crime passionnel”. Le mot "fémicide" n’est toujours pas reconnu en France. Il a été inscrit dans des lois en Amérique latine, curieusement, mais toujours pas en France. La presse est assez épouvantable, parce qu’elle traite tout ce qui va concerner les hommes et les femmes, de façon inégale. On doute de la parole des femmes. Et les hommes sont dominés par leurs passions, c’est-à-dire par leur sexualité en fait. C’est la même chose pour les histoires de harcèlement sexuel. Toute la presse véhicule sans arrêt des stéréotypes sur la famille, le couple, avec des schémas sous-jacents extrêmement traditionnels. Je vous donne un exemple : à la radio, il y a une pub en ce moment pour une voiture. Le propos est : “Votre beau frère vient d’acheter une super voiture. Il pourrait peut être vous la prêter puisqu’il a épousé votre sœur.” Et là, vous voyez qu’on est dans ce que Lévi-Strauss aurait appelé l’échange des femmes. Ce sont des choses très, très latentes. Que ce soit dans la presse ou la publicité, on trouve les mêmes stéréotypes. La femme a valeur d’objet, sexuel ou marchand.


https://marchemondialedesfemmesfrancedo ... 2b0341.pdf
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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 27 Nov 2017, 20:10

Censure privée, censure publique...

On a beau verrouiller, re-verrouiller partout, vérifier trois fois les verrous

, surveiller, faire des rondes, il y a toujours des interstices. Et c'est par un de ces interstices que s'est glissé, en octobre, dans une émission de Canal+, un reportage sur l'opposition au régime togolais. Images de manifestations, de répression policière, témoignages de militants tabassés par la police : un reportage inimaginable, sur la chaîne phare de l'Empire Bolloré. La suite, on vous l'a racontée : panique à tous les étages, suppression des redifffusions du reportage fautif, effacement partout où c'était possible (mais pas partout. Les interstices, toujours...). Et sanctions envisagées contre un lampiste, coupable de ne pas avoir assez bien verrouillé..

C'est qu'il ne s'agit pas, pour Canal+, de contrecarrer les intérêts du groupe Bolloré en Afrique. Ces intérêts, on les connait bien. Au moins, on les connait si on regarde de temps en temps Complément d'enquête, qui consacrait un reportage aux intérrêts de Bolloré au Cameroun, et plus particulièrement aux conditions de travail dans les palmeraies, reportage qui a valu à son auteur, en même temps que le prix Albert Londres, une persécution judiciaire inimaginable, et juridiquement très créative, par le groupe Bolloré.

Sur la télévision publique, on ne censure pas. On n'a pas de ces mauvaises manières.On est sur le service public. Et sous l'ère Macron de surcroît, dans un régime de liberté et de bienveillance. D'autant qu'on a trouvé plus simple : l'étranglement financier. Pourquoi censurer des enquêtes...

... https://www.arretsurimages.net/chroniqu ... ue-id10353
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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 30 Nov 2017, 18:47

Sept idées fausses sur les médias

Les gardiens de nos médias CAC 40 ont une rhétorique bien rodée pour se garder de toute critique, et continuer à passer pour des héros des libertés publiques tout en oeuvrant à verrouiller le système d’information français. Demi-vérités, mythes éculés ou mensonges éhontés, certains de leurs arguments s’avèrent hélas encore très efficaces auprès du public. Voici comment s’armer intellectuellement contre ces pseudo-évidences en sept leçons.

... https://audelancelin.com/2017/10/11/sep ... es-medias/
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Re: Critique des médias

Messagede bipbip » 04 Déc 2017, 21:07

Jeudi d’Acrimed (7 décembre) : « La télévision, une moribonde tonique »

Le prochain « Jeudi d’Acrimed » aura lieu le 7 décembre prochain, avec Brigitte Le Grignou (professeure émérite de science politique à Paris-Dauphine) et Érik Neveu (professeur de science politique à l’IEP de Rennes), qui viendront présenter leur dernier ouvrage Sociologie de la télévision. Entrée libre dans la limite des places disponibles…

« Jeudi d’Acrimed »
Jeudi 7 décembre 2017 à 19 heures
à la Bourse du travail de Paris
3, rue du Château-d’Eau, Paris 10e
Entrée libre

Faire une sociologie de la télévision consiste dans un premier temps à se demander « pourquoi faire une sociologie de la télévision aujourd’hui ? » Et pour commencer à répondre à cette question, nos invités montrent qu’il est nécessaire de savoir si on peut vraiment parler de la « fin de la télévision ».

Extrait du paragraphe « une moribonde tonique » :

... http://www.acrimed.org/Jeudi-d-Acrimed- ... vision-une
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