Ecologie en axe théorie et pratiques

Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 01 Avr 2014, 01:35

Réponses anarchistes à la crise écologique
Texte émanant de la CGA Coordination des Groupes Anarchistes

Réponses anarchistes à la crise écologique


Enjeux de la question environnementale

La crise de développement du capitalisme et ses conséquences sociales ont éclipsé la crise environnementale, pourtant plus que jamais d’actualité. De notre point de vue, cette crise peut se décliner en trois points principaux : le réchauffement climatique global, la dégradation des écosystèmes et l'amenuisement des ressources naturelles.

Le réchauffement climatique global

Dès les années 70, les changements climatiques dus au système de production capitaliste ont été reconnus, notamment dans les milieux écologistes radicaux. Évidemment, ces positions ont été ridiculisées par les tenants du pouvoir. Ce n'est que dans les années 80-90, quand la question du réchauffement climatique deviendra de plus en plus incontournable, qu'ils l’intégreront dans leur discours sous la pression d’une partie de la communauté scientifique. Toutefois, le réchauffement climatique était encore considéré comme une conséquence possible des activités humaines, et non comme un fait avéré.

Depuis le rapport du GIEC1 en 2007, l'impact des activités humaines rejetant des gaz à effet de serre dans l'atmosphère est un fait incontesté, hormis par les partisans d'un discours climato-sceptique ou par de faux experts à la solde des multinationales pétrolières, comme on a pu le voir à l'occasion du scandale dit du « climategate ».

L’augmentation générale de la température du globe a en effet plusieurs conséquences : l'augmentation du niveau des océans due à la fonte des glaces terrestres et à la dilatation de l'eau de mer (en effet, contrairement à la fonte de la banquise, la fonte des glaces d'eau douce contribue à la montée de la mer) ; mais aussi la modification des courants océaniques et du cycle de l'eau. Cette augmentation du niveau de la mer met en péril les habitant-e-s des terres basses et notamment des zones de delta. L’exemple le plus emblématique est celui du Bangladesh qui, dans le pire des scénarios envisageables, pourrait voir plus de la moitié de ses 150 millions d'habitant-e-s migrer. Sans compter qu'à cela s'ajoute l’augmentation du volume de précipitations annuelles, risquant d'entraîner un accroissement de l'intensité et de la fréquence des tempêtes et cyclones.

Les conséquences du réchauffement climatique annoncent donc de grandes migrations qui ne manqueront pas de provoquer un véritable désastre social et agricole (avec la disparition totale de certains territoires cultivés) si aucune disposition collective n’est prise.

De manière générale, cette évolution écologique va probablement multiplier les phénomènes climatiques exceptionnels (tempête, sécheresse, canicule…), rendre la production agricole plus instable et aggraver les situations de pénuries alimentaires dans les régions qui seront victimes directes ou indirectes des catastrophes naturelles.

La dégradation des écosystèmes

L’industrialisation toujours croissante de nos sociétés s'accompagne d'une pollution croissante des écosystèmes naturels.

L’augmentation des surfaces industrielles et des zones urbaines liée à l’industrialisation détruit des écosystèmes et de potentielles zones agricoles, et perturbe le ruissellement des eaux. Les usines et particulièrement celles liées au raffinage utilisent des solvants, dont une partie se retrouve dans la nature et dans les cours d’eau. Dans de nombreux pays où les infrastructures de potabilisation de l’eau sont très insuffisantes, cela devient un problème de santé publique. Dans tous les cas, les ressources halieutiques sont affectées, diminuant les volumes de pêche. On observe parfois une quasi-stérilisation des milieux aquatiques comme dans le Danube.

Les plantes et animaux les plus fragiles et les plus touchés par ces pollutions ne sont généralement pas exploités par des secteurs d'activités majeurs dans le système de production capitaliste. Ce sont les organismes vivants des écosystèmes naturels qui sont détruits ou qui survivent difficilement aux ravages des pratiques d'élevages ou cultures intensifs. Pourtant, si ces organismes vivants n'ont pas, a priori, un poids économique direct important, ils ont un rôle indirect qui peut s'avérer absolument nécessaire. Par exemple, si l'apiculture a un poids économique direct très faible, la pollinisation par les abeilles est d'une importance capitale pour la pérennisation des espèces végétales et donc des productions fruitières. Il en va de même pour tous les écosystèmes des sols et micro-organismes mis à mal par de nombreuses pratiques agricoles qui méprisent le vivant et l'importance de la biodiversité.

Outre ces exemples, la liste des phénomènes préjudiciables à l’environnement et aux sociétés est longue : érosions massives des reliefs, destruction de larges étendues de forêt primaire, contamination de l'environnement avec des croisements OGM, etc. Cette dégradation des écosystèmes a des conséquences directes sur la santé des êtres humains. L'utilisation massive de pesticides, par exemple, est facteur d'augmentation des cas de cancers. Il en est de même pour l'usage de matériaux polluants dans les activités alimentaires, de constructions, etc.

L'amenuisement des ressources naturelles

Au-delà de la pollution engendrée par les modes de production intensifs et industriels, l’industrialisation croissante conduit inéluctablement à l'épuisement des ressources « brutes » et des matières premières dont elle a besoin dans des quantités démesurées. Pendant plusieurs siècles, la pression exercée sur le stock des ressources énergétiques minières était infinitésimale au regard des besoins humains exprimés. Aujourd’hui, le rapport s'est complètement inversé, et il est clair que ces ressources vont diminuer et, pour certaines, risquent de se tarir. Or une très large partie du système de production actuel, dicté par les logiques capitalistes de croissance et de profit, ne peut pas fonctionner sans ces ressources énergétiques. Selon les projections, les ressources non renouvelables actuellement exploitées finiront toutes par atteindre un « pic » après lequel l’extraction sera plus difficile, coûteuse, et à terme non rentable. En outre, les ressources naturelles vitales, telles que la surface des sols fertiles et la qualité de l'eau et de l'air, sont également affectées par l'industrialisation. Leur raréfaction ou leur dégradation constituent des menaces directes sur la santé et la vie des humains. Voici un aperçu de ce qui est connu et projeté pour les décennies à venir concernant l'amenuisement des ressources naturelles et les « pics » envisagés.

La dégradation et la raréfaction des sols utilisables pour la production alimentaire sont engendrées par deux facteurs principaux. Le premier est l'appauvrissement des sols, qui sont saturés d'engrais et de pesticides issus de l'industrie pétrochimique. Le phénomène le plus visible est l'imperméabilisation des sols, entraînant des glissements de terrain et de grandes inondations. Le second est l'accaparement des terres par les propriétaires qui disposent de grands capitaux. Ils vont acheter des territoires à l'étranger, notamment en Afrique, pour en faire des lieux de culture intensive excluant les usages locaux des populations, qui sont alors exploitées sur ces parcelles et dépossédées de tout choix de production. Quant aux sols cultivables et proches des habitant-e-s, les gouvernements et le patronat les ont souvent détruits pour les allouer à d'autres fonctions plus « rentables » que l'agriculture.

L'accès à l'eau salubre, et en particulier à l'eau potable, va s'avérer de plus en plus difficile. En plus de l'augmentation de la consommation d'eau due à la production industrielle et agricole, de nombreux problèmes de pollution s'accentuent, avec une présence accrue d'engrais, de pesticides, de médicaments, de métaux lourds et tous types de rejets industriels dans les eaux.

Les « terres rares » désignent un ensemble de matériaux métalliques devenus des ressources extrêmement stratégiques étant donné leurs propriétés magnétiques. Ils sont utilisés dans les domaines de l'électronique, de l'informatique et l'énergie, en étant présents par exemple dans les ordinateurs, téléphones portables, écrans plats, mais aussi dans les éoliennes et les batteries. L'extraction des « terres rares » est extrêmement polluante et nocive. On relève des problèmes de dents et de peau, ainsi qu'une augmentation des cancers au contact de l'eau rendue toxique. L'extraction entraîne des rejets d'acides et de thorium radioactif, qui se déversent sans mesure de protection dans les eaux et les terres environnantes. Au contact de ces produits, certains organismes vivants deviennent stériles et l'agriculture des terres est rendue impossible.

Concernant les autres métaux, tels que le cuivre, le nickel, le zinc, le plomb, l'étain, etc., face à la croissance de la demande et à la déplétion des gisements, leur exploitation pourrait atteindre un pic dans 20 ou 30 ans. La teneur en métal des nouveaux minerais exploités est plus faible, ce qui entraîne une augmentation de l'énergie nécessaire pour extraire les métaux. De plus, même si le recyclage permet de réutiliser les métaux, il est loin d'être total. Par ailleurs, les conditions de travail dans les mines sont dramatiques, et les conséquences sur la santé irréversibles et souvent mortelles.

Le pic pétrolier a déjà été atteint, et nous sommes dans la phase de plateau qui précède le déclin. Le pétrole le plus accessible a déjà été extrait, et en 2030, la « production » mondiale devrait avoir diminué de moitié. L'industrie pétrolière se tourne maintenant vers l'exploitation du pétrole des sables bitumineux et du schiste, entraînant d'importants dégâts environnementaux.

Les réserves d'uranium, nécessaire au fonctionnement des centrales nucléaires, déclinent rapidement. Les grandes réserves se trouvent aujourd’hui sous la mer. Sa vitesse d'extraction est déjà plus faible que sa vitesse de consommation, avec une grande partie de l'uranium qui provient du désarmement et des stocks. Au rythme actuel, le pic d'uranium est prévisible vers 2035. Les catastrophes nucléaires de Three Miles Island, de Tchernobyl et de Fukushima n'ont pas convaincu les dirigeant-e-s qui en tirent profit d'arrêter son utilisation.

Un pic gazier est prévu par l'Institut Français Pétrolier entre 2020 et 2030. Selon cette source, ce pic risque d'avoir des conséquences plus lourdes que celles du pic pétrolier, dont d'importantes pénuries, puisque le gaz peut être substitué au pétrole dans de nombreux cas, alors qu'il n'existe pas actuellement de substituant au gaz à grande échelle. Quant au pic de charbon, il pourrait être atteint vers 2025.


Fausses solutions aux problèmes environnementaux

Les problèmes environnementaux succinctement décrits précédemment font largement consensus dans les milieux politiques, ainsi que parmi les élites intellectuelles et politiques, qui malgré tout minimisent les enjeux écologiques. Nous proposons donc une critique anarchiste des positions politiques suivantes qui se veulent être une réponse aux enjeux environnementaux.

Capitalisme vert

Nous appelons capitalisme vert, les positions politiques qui avancent qu'il est possible de résoudre la crise environnementale sans sortir du capitalisme, grâce à une série de réformes censées organiser une transition énergétique. Par exemple, Europe Écologie Les Verts défend l'idée d'une économie capitaliste soutenue par l’État pour mener à bien cette transition. Dans le cadre de cette politique, on a vu apparaître les crédits carbone à l’échelle internationale, c’est-à-dire des droits à émettre du CO2 qui peuvent se monnayer entre États. Plus largement, une fraction de l’élite économique et intellectuelle pense que donner une valeur marchande à des biens « naturels » en fonction de leur rareté permettra au capitalisme de se réguler et de stopper la crise environnementale. Pour nous, cette position ne peut en aucune façon résoudre la crise environnementale ni même atténuer les dégradations en cours.

Tout d’abord, les quelques expérimentations pratiques de cette politique se sont avérées inefficaces. Les crédits carbone n’ont pas diminué le volume global des émissions de CO2 car les États puissants ont pu racheter des crédits pour pouvoir dépasser le seuil prévu. Ensuite, les capitalistes se moquent éperdument des lois nationales et transnationales. Il suffit de penser aux nombreuses mines en Afrique où on utilise des solvants sans aucune protection ni circuit de retraitement, particulièrement dans des pays comme la République Démocratique du Congo en guerre civile permanente. En France, les capitalistes refusent de payer l’assainissement d’anciennes mines ou les dégâts des marées noires. Nous faire croire que les capitalistes vont avec des lois vertes être de vrai-e-s petit-e-s écolos est soit d’une incroyable mauvaise foi, soit d’un angélisme qui dépasse l’entendement.

Rappelons que le système capitaliste est un système totalement dépendant de la croissance économique perpétuelle et qu'en cas de décroissance de la production, le niveau de profit par rapport au capital investi diminue. Cette analyse est d'ailleurs confirmée par les faits historiques. En effet, les besoins d'accroissement de la production et des profits du capitalisme a été un moteur essentiel du processus colonial, et reste le moteur essentiel des processus néo-coloniaux d'aujourd'hui. Nous le voyons avec la conquête de nouveaux territoires à exploiter (front colonial brésilien sur l'Amazonie), de nouvelles ressources à extraire (sables bitumeux, gaz de schiste...).

Ce besoin d'accroissement de la rentabilité intrinsèque à ce système rend impossible toute conciliation entre le Capital et les enjeux environnementaux. Pour nous, la solution à ces problèmes ne peut être trouvée que dans une rupture totale avec le capitalisme, c'est-à-dire par la voie révolutionnaire.

Le cas particulier de l'énergie nucléaire

De toutes les fausses alternatives à la crise écologique, présentée souvent aujourd'hui comme la meilleure solution pour réduire les émissions de CO2, l'énergie nucléaire est certainement la plus fallacieuse.

Notre refus et notre revendication de sortie immédiate du nucléaire s'appuie sur le constat de la spécificité du risque nucléaire par rapport à tous les autres risques industriels connus à ce jour :
• Sur le plan sanitaire, la radioactivité est le seul phénomène capable de détériorer le patrimoine génétique de n'importe quel être vivant (donc faune et flore confondues) de façon cumulative et irréversible de génération en génération, et vraisemblablement jusqu'à toucher la totalité de la population d'une espèce.
• Sur le plan de la sécurité, les installations nucléaires (réacteurs, stockage ou enfouissement de déchets) étant les structures industrielles qui présentent le potentiel de risque le plus élevé, sont inéluctablement aussi les plus vulnérables. Il existe une contradiction fondamentale entre les échelles de temps multi-millénaires de certains éléments radioactifs et les exigences de sécurité les plus élémentaires. Au-delà de tous les dangers qui menacent n'importe quelle infrastructure (climat, géologie, accident, erreur humaine, etc.), le principal facteur de risque qui menace une installation nucléaire est l'incertitude géopolitique.
• Sur le plan éthique, le nucléaire est la seule industrie capable de laisser en héritage pour plusieurs siècles ou millénaires aux générations humaines futures des sites de stockage et d'enfouissement de déchets à gérer, des réacteurs qui ne produisent plus d'électricité à démanteler, ou encore des régions voire des pays entiers irradiés. Exactement comme si aujourd'hui nous devions surveiller et renforcer des sites de stockage que nous auraient laissés les civilisations antiques pour se fournir en électricité pendant quelques décennies.
• Sur le plan économique, le nucléaire est l'énergie la plus chère de toutes. Le coût définitif d'un accident, les frais de gestion des déchets et autres démantèlements de réacteurs, sont tout simplement incalculables du fait de la durée de vie des éléments radioactifs.
• Sur le plan politique, l'énergie nucléaire implique, de par sa dangerosité, une concentration des pouvoirs et donc une société hiérarchique. Enfin, le nucléaire civil et le nucléaire militaire forment un tandem infernal depuis leur apparition. Jusqu'à présent, plus un État a développé son programme nucléaire civil, plus il a eu facilement accès à l'arme atomique. Le nucléaire militaire est toujours assis sur l'industrie nucléaire civile.

Réponse institutionnelle à la crise environnementale

Une large frange du tissu associatif2 à vocation environnementaliste attend de l’État qu’il légifère dans le sens de la préservation des écosystèmes menacés et pour une réforme des comportements individuels. Pour nous, cette option est vouée à l’échec car l’État ne peut aller à l’encontre des intérêts du capitalisme et ce dernier va structurellement à l’encontre des objectifs environnementaux.

Ces dernières années, en partie sous la pression des associations écologistes, l’État a augmenté le nombre de structures environnementalistes telles que les Parcs Nationaux, les PNR (Parc Naturel Régional), les directives habitats (Natura 2000)… Ces dispositifs d’État ont pour but de préserver des espaces particulièrement sensibles en réglementant les activités humaines en leur sein. Après 30 ans de cette politique, le constat est sans appel puisque les milieux sensibles sont en recul, et que, d’une manière générale, les dégradations en cours n’ont en rien été enrayées.

Au contraire du tissu associatif environnementaliste qui analyse cet échec par une implication trop faible de l’État, nous pensons que cette politique engendre uniquement une bureaucratie supplémentaire économiquement coûteuse et munie d’un pouvoir de répression qui opprime un peu plus le monde du travail, notamment dans la profession agricole. En effet, en plus d’un contexte économique qui tend à intensifier la production par une dégradation continue des revenus agricoles, les travailleurs-euses de la terre ont un surtravail important pour remplir les obligations de cette bureaucratie verte. Donc non seulement la tendance économique qui pousse les travailleurs-euses à avoir des pratiques anti-environnementales n’est pas combattue, mais de plus, cette contrainte bureaucratique favorise les comportements réactionnaires des travailleurs-euses de la terre et de la forêt vis-à-vis des enjeux environnementaux.

Plutôt que le développement d’une bureaucratie et la mise en place de répression, nous pensons qu’il faut se battre pour une amélioration des revenus du travail qui permettent la mise en place de pratiques plus écologistes. De même, nous voulons favoriser la socialisation de la production qui, en élevant socialement les travailleurs-euses, rend possible les échanges d'analyses et de pratiques, l'ouverture vers de nouvelles perspectives collectives et l’émergence d’une plus forte conscience écologiste.

La décroissance autoritaire

Nous désignons sous ce concept l’ensemble des courants politiques et intellectuels qui affirment que la résolution des enjeux sociaux et environnementaux passe par la décroissance des activités économiques.

Si nous partageons l’analyse fondatrice de Georgescu-Roegen affirmant que l’économie mondiale a un niveau d’utilisation des ressources naturelles supérieur à leur vitesse de régénération, nous pensons que la décroissance est un concept imparfait car il ne permet pas d'exclure des modèles de société autoritaires ni d’expliciter la mise en place et le développement de structures sociales et d’activités économiques socialement utiles. Le concept de décroissance ne dit rien de l'organisation politique qu'il suppose. Ainsi, certains écologistes peuvent-ils appeler de leurs vœux une sorte de « dictature » écologiste censée forcer le respect de l'environnement. Plus largement, le concept de décroissance pourrait bien être revendiqué par des personnes porteuses d'une vision raciste, théocratique ou fasciste de la société. Actuellement, les contradictions internes du capitalisme et l'apparente absence de perspective révolutionnaire crédible font osciller la plupart des discours et mouvements écologistes entre deux pôles aussi utopiques l'un que l'autre : le « développement durable » (en clair, la croissance durable) et la décroissance sans sortie du capitalisme. Enfin, si le système capitaliste cherche à croître pour croître, il n'est pas plus pertinent d'y opposer une « alternative » qui consisterait à décroître pour décroître.

L'enjeu est bien plutôt de ramener le niveau de production global sous le seuil de renouvellement des ressources naturelles, tout en garantissant l'égalité d'accès aux biens et aux services produits. Donc, la question fondamentale à nous poser pour espérer dépasser la crise écologique est de savoir qui décide de ce qui est produit, et de la façon de produire. La nécessaire diminution du niveau de la production impose donc à l'humanité de relever le défi de la démocratie directe car seules les populations, et non des acteurs privés en concurrence les uns avec les autres, auront réellement intérêt à dépasser la crise écologique. Mais cela suppose également de relever le défi de l'égalité car la seule façon de diminuer le niveau de la production sans léser quiconque suppose de couvrir les besoins de façon égalitaire.

Ainsi, plutôt que la décroissance, nous revendiquons la socialisation de la production et du pouvoir de décision dans la société pour enfin rationaliser l'économie et satisfaire les besoins en fonction des ressources disponibles.

Dans la nébuleuse de la Décroissance, nous reconnaissons qu’il y a d’authentiques progressistes ainsi que des combats, notamment celui de la lutte contre le harcèlement publicitaire, dans lesquels nous nous retrouvons. S'il existe une composante libertaire dans ce courant, il existe également une forte tendance étatique, dont le PPLD (Parti Pour La Décroissance), le journal droitier La Décroissance3, les fascistes « identiverts »... Si on voit apparaître des courants d'ultra-droite se revendiquant de la décroissance, c’est que la promotion du localisme à tout va est pour le moins ambiguë.

Le contrôle de la démographie

Face à la question de la limitation des ressources et aux problèmes de pollution environnementale due aux activités humaines, certains courants dits « néo-malthusiens » préconisent le contrôle des naissances afin de stopper l'accroissement de la population mondiale, voire de réduire sa taille. Ces théories sont dénommées ainsi en référence à Malthus, économiste du début du 19ème siècle. Selon ce dernier, la croissance de la population étant beaucoup plus rapide que celle des ressources, il fallait imposer un strict contrôle des naissances par des « vertus morales » et le mariage tardif, et un arrêt de toute aide aux plus pauvres dans le but d'accroître leur taux de mortalité.

Nous ne pouvons qu'être en ferme opposition à ce qu'une partie de la population exerce sa domination en cherchant à maîtriser le taux de reproduction d'une autre partie de la population. Toutes les applications actuelles et passées de politiques de contrôle des naissances montrent clairement des pratiques inégalitaires, autoritaires, voire dictatoriales. Elles ont pu prendre le visage de larges campagnes incitant à la contraception menées par les pays riches dans les pays dits en voie de développement, de prises obligatoires de contraceptifs, d'amendes en cas de naissance, mais aussi de stérilisations forcées et d'avortements contraints.

Les raisons idéologiques sous-jacentes se sont révélées plus ou moins ouvertement racistes, ethniques, théocratiques, fascistes, ou eugénistes. Les considérations écologiques ont pu servir de paravents à des craintes d'ordre identitaires et racistes, avec une peur de l'«invasion » de populations désignées comme étrangères et possédant des taux de natalité plus élevés, que cela soit par migration, par des guerres, ou encore par l'accaparement des ressources disponibles. Sous couvert de la limitation des ressources, certains gouvernements ont appliqué des politiques ethniques, religieuses ou de contrôle social pour réduire la croissance démographique de minorités ciblées ou pour limiter les dangers d'explosion politique liée à la pauvreté. L'idéologie eugéniste caractérisée par la crainte d'une dégradation de la « qualité de la population » s'est concrétisée par des stérilisations forcées massives de « pauvres », de « délinquant-e-s », d'homosexuel-le-s, de personnes handicapées, ou encore présentant des affections psychiatriques.

Quant au concept même de vouloir réduire la population pour diminuer la consommation des ressources et la pollution, il omet de prendre en considération de nombreux facteurs. En effet, les niveaux d'exploitation des ressources disponibles et de la pollution ne dépendent pas que de la taille de la population, mais aussi des modes de consommation, de production, de transformation, d'acheminement, des pressions agro-industrielles... La structure d'âge de la population, sa manière d'occuper l'espace, la répartition territoriale des ressources sont des exemples d'autres éléments rentrant en jeu. Ainsi, non seulement une diminution de la population n'entraînerait pas de façon systématique une diminution de l'exploitation des ressources, mais qui plus est aucune étude scientifique n'a jamais montré que la population humaine est trop nombreuse compte tenu des ressources planétaires.

Les politiques malthusiennes s'inscrivent dans le système de domination patriarcale en ciblant majoritairement les femmes. Ces dernières sont réduites à la fonction de procréation qui, dictée par des campagnes politiques, interdite par des mesures coercitives, ou encore supprimée par des atteintes corporelles ne leur appartient même pas.

Pour nous, les enjeux environnementaux ne peuvent aucunement se résoudre en imposant autoritairement une quelconque limitation des naissances. De plus, le contrôle démographique n'est pas une solution en soi aux problèmes écologiques. A l'inverse, nous pensons que la prise en charge directe par les populations des questions économiques et sociales pour organiser la répartition égalitaire des richesses produites en tenant compte des ressources disponibles pourra répondre au plus près aux besoins de tous et toutes. Nous savons qu'à l'échelle de la population, le taux de natalité est influencé par le niveau de vie et l'organisation sociale. En rupture avec les discours religieux, patriotiques et natalistes, nous revendiquons un accès libre et gratuit à la contraception permettant le choix émancipateur d'avoir un enfant ou non, au moment souhaité. Dans ces conditions, nous pensons que la volonté de dépasser la crise écologique n'est pas une entrave au choix individuel d'avoir un, plusieurs, ou pas du tout d'enfant.

Promotion et massification des alternatives en actes

S’il n’existe pas d’organisations politiques qui portent exclusivement cette option politique, elle se retrouve de façon relativement diffuse notamment dans le milieu libertaire. En effet, un nombre important de camarades pensent que développer des projets alternatifs suivant les principes libertaires permettra de créer une rupture révolutionnaire.

Pour nous, la promotion et le développement des alternatives autogestionnaires / écologistes / ... en actes, s'ils sont nécessaires, ne peuvent constituer à eux seuls une stratégie centrale pour les communistes libertaires car :
• ces alternatives en actes demandent un investissement énorme pour un impact social limité ;
• elles sont dans un contexte sociopolitique qui leur est très défavorable, ce qui entraîne de bonnes chances d'échec total ou partiel avec de la récupération, hiérarchisation, etc. ;
• elles coupent de fait les militant-e-s qui s'y impliquent de la réalité sociale des exploité-e-s peu politisé-e-s ;
• et surtout elles ne sont pas un affrontement direct avec la domination du Capital et de l’État qui s’accommodent assez bien de cette forme de contestation pas si politique que ça. Les dominant-e-s peuvent aussi instrumentaliser ces expériences pour « démontrer » qu'il est possible de vivre de manière plurielle voire radicale dans le régime capitaliste.

Bien que les alternatives en actes soient riches, intéressantes, et parfois même exemplaires et à relayer, nous ne pouvons pas nous appuyer sur ces seules expérimentations pour aller vers une révolution sociale et libertaire.

L’antispécisme 4

Si la plupart des membres de ce courant politique ne limitent pas leurs actions aux problèmes environnementaux, ils-elles affirment souvent que leurs positions permettent de résoudre les difficultés pointées précédemment. Pour nous, l’antispécisme comme projet politique visant l’abolition de toutes formes d’exploitation des animaux, ne permet pas la résolution des problèmes environnementaux. Plus largement, ce courant politique n’est pas compatible avec l’anarchisme que nous défendons.

L’élevage industriel d’animaux, principalement volailles et porcs, est largement néfaste : fortes émissions de gaz à effet de serre, d’azote, et consommation d’antibiotiques importante. L’abandon de ces filières et des modes de consommation qui y sont liés est indispensable pour la résolution des problèmes environnementaux. Pour autant, l’utilisation des animaux est pour nous indépassable, particulièrement dans une conjoncture de raréfaction des ressources fossiles. En effet, l’élevage permet d’améliorer la fertilité des sols, condition à l’obtention de rendements céréaliers et maraîchers à la mesure des besoins alimentaires. Il permet également un recyclage rapide de sous-produits alimentaires comme le son (résidus de la décortication des céréales). Il assure la production de produits textiles avec la laine et les cuirs... L’abandon de l’élevage et de ses fonctions entraînerait soit une plus grande utilisation des produits pétroliers (intrants chimiques et fibres synthétiques) soit une réduction très importante du volume de production alimentaire (chute des rendements céréaliers par manque de fertilisation et remplacement des cultures alimentaires par des cultures de fibres textiles).

L’abandon de l’utilisation des animaux nous priverait d’une aide au travail importante pour le travail du sol, de la manutention d’objets lourds... que l’on ne peut compenser que par une augmentation de la consommation pétrolière. En effet, comment débarder un arbre d’une forêt sans utilisation de tracteur ?

Pour les antispécistes, l’arrêt de l’utilisation des animaux vise à l’établissement de l’égalité de droits entre animaux humains et non-humains. Pour nous, l’égalité correspond à l’établissement d’une organisation sociale où le pouvoir décisionnel et l’accès aux ressources sont équivalents pour toutes et tous. Cette égalité dépasse la simple égalité de traitement et nécessite de faire société, c’est-à-dire de partager une histoire et un travail collectif dont la transmission intergénérationnelle assure l’autonomie des individus de la société, ce qui n’est pas le cas entre humains et non-humains. L’antispécisme traite les inégalités exclusivement via les discriminations, niant de fait l’établissement de structures sociales conduisant à une inégalité structurelle entre les individus d’une même société.

Définissant la liberté et l’égalité exclusivement par les connexions entre individus et non au sein d’une structure sociale collective, l’antispécisme est pour nous d’essence libérale. Il est ainsi incompatible avec l’anarchisme que nous défendons, qui vise l’établissement d’une société d’égalité politique et économique où la liberté est la même pour toutes et tous puisqu’elle ne peut exister réellement dans des rapports sociaux inégalitaires. Loin d’être anecdotique, la définition de la liberté et de l’égalité en dehors de la définition d’une société, est la base idéologique qui conduit une partie des partisan-e-s de l’antispécisme à assimiler l’élevage industriel à la Shoah, brèche pour la banalisation du génocide, le négationnisme, et l’intrusion de fascistes dans ce mouvement.


Axes stratégiques sur la question environnementale pour la CGA

Militant-e-s de la CGA nous affirmons que la question environnementale comme la question sociale ne peut se régler dans l'économie capitaliste et sous le joug de l’État. Comme sur la question sociale, nous pouvons agir dès à présent en augmentant le rapport de force pour imposer des conquêtes progressistes aux tenant-e-s du pouvoir. Pour résoudre véritablement les problèmes environnementaux, nous voulons la socialisation des moyens de production et l'organisation fédérale, conditions à la réorganisation sociale et écologiste de l'économie.

La révolution sociale et libertaire est pour nous la seule option pour mettre fin aux dégradations environnementales. Il nous est possible aujourd’hui de pousser à l’intensification de luttes contre l’industrie nucléaire, contre les nouvelles extractions d’hydrocarbures (gaz et huile de schiste), imposer des restrictions à l’agriculture intensive, arrêter la mise en œuvre de grands chantiers inutiles et anti-sociaux...

Il est important pour nous militant-e-s anarchistes de se porter sur ces luttes car bien que seule l’action révolutionnaire puisse résoudre l’intégralité des problèmes environnementaux et sociaux, il est urgent de mettre un coup de frein aux dégradations en cours si nous ne voulons pas d’un champ de ruine à moyen terme.

En cela il nous semble nécessaire pour les anarchistes de s'emparer des questions environnementales et de s'investir avec d'autres dans les luttes « écologistes » quand cela permet de développer un rapport de force effectif tout en gardant notre discours spécifique.

Nous allons développer à présent les positions et axes stratégiques de la CGA vis à vis d'un certain nombre de problématiques environnementales.

Les luttes contre le nucléaire

Les luttes anti-nucléaires font encore aujourd’hui partie d’un des axes fondamentaux du combat « écologiste ».

Sur ce sujet la CGA affirme qu’il faut sortir du nucléaire immédiatement par la construction d'un rapport de force populaire pour l'abolition d'une industrie excessivement dangereuse et polluante et qui sert de paravent à l'armement militaire.

Nous revendiquons :
• le démantèlement de tout l’armement nucléaire ;
• la mise en arrêt de fonctionnement immédiate de toutes les centrales de production et de recherche nucléaire ;
• la dépollution des anciens sites nucléaires.

L'industrie pétrolière

Principale cause de l'effet de serre et responsable de nombreuses catastrophes écologiques (BP dans le golfe du Mexique), l’industrie pétrolière est au cœur du système économique capitaliste. Il est donc pertinent pour nous de développer des luttes qui limitent le développement de cette industrie, voire de la réduire.

Aujourd’hui les entreprises capitalistes multinationales ont de grandes facilités juridiques pour être exemptées de responsabilité lors de grandes catastrophes écologiques (Erika, BP...). Aussi le développement des luttes pour que les pétroliers payent l’intégralité de leurs dégâts devrait limiter la reproduction de ces catastrophes, constituant un enjeu pertinent face aux capitalistes. Nous soutenons donc les luttes qui, suite aux dégradations environnementales, réclament que les pollueurs soient les payeurs.

De plus, nous revendiquons dès aujourd'hui :
• l'arrêt de toutes nouvelles prospections d’hydrocarbure ;
• la gratuité des transports en commun, leur multiplication, et leur accessibilité au plus grand nombre ;
• la réorganisation des modes de déplacement.

Sur le plus long terme, afin de réduire nos besoins en terme de dépenses énergétiques, il paraît nécessaire d'envisager un réaménagement du territoire. Celui-ci ne doit plus être adapté seulement à la consommation de masse dans les centres commerciaux et à l'acheminement des salarié-e-s sur leurs lieux de travail.

L'aménagement du territoire doit être pensé pour diminuer les distances à parcourir par les populations pour accéder à leurs instances de décisions, de travail, d'approvisionnements en nourriture, en eau, etc. Nous devons d'une manière générale tendre vers le développement des circuits courts et vers un système énergétique décentralisé, basé sur les énergies renouvelables les moins néfastes possibles pour l'environnement à un endroit donné.

Pour la biodiversité

A l’échelle du monde, la diversité des écosystèmes et leur complexité sont largement en recul. En cause existent deux facteurs principaux, les rejets importants de substances toxiques issues de l’industrie et de la consommation ménagère et l’intensification en intrants chimiques de l’agriculture.

Pour ce qui est des rejets toxiques, nous pensons qu'il faut imposer l’arrêt de l’utilisation des molécules polluantes de synthèse, ou a minima leur confinement strict, ainsi que l’arrêt de l'utilisation des OGM.

Pour ce qui est de l’agriculture, nous pensons que l’universalisation de la culture biologique, c'est-à-dire sans intrants chimiques de synthèse, constitue un véritable progrès sur notre santé et la préservation de « l’environnement ». Mais déconnectée de revendications sociales, nous jugeons cette revendication contre-productive. Car en l’état de l’économie capitaliste, imposer la culture biologique induirait une augmentation des prix des produits alimentaires largement supérieure à l’inflation donc un appauvrissement des travailleurs-euses, puisque l'offre diminuerait avec une demande constate, les rendements « biologiques » étant en moyenne 30 % inférieurs aux conventionnels. Nous pensons donc qu'il faut coupler la revendication de la culture biologique à des revendications sur les prix des denrées alimentaires avec, par exemple, leur plafonnement et une indexation inférieure ou égale à l’inflation du tiers des plus bas salaires ou du RSA, ou sur tout autre indice représentatif de l’évolution de la richesse des classes populaires. Sans être dogmatique, il s'agit là de rechercher une revendication mobilisatrice et progressiste de manière pratique.

La mise en culture biologique, bien que représentant majoritairement un progrès « écologique », ne garantit pas de certaines dégradations agricoles induites par des problèmes de structures. Par exemple, le développement de grands bassins de production avec un très faible niveau d’intégration entre l’élevage et les cultures entraîne entre autre une proportion très élevée des nitrates dans l’eau, la rendant impropre à la consommation. Seule la gestion collective des terres, par une approche globale de l'agriculture dans son environnement, peut éviter ces problèmes en prenant en compte l'ensemble des avantages et inconvénients des productions.

Pour lutter dès aujourd’hui contre l’appauvrissement des écosystèmes et les pollutions agricoles et industrielles, nous revendiquons :
• l’arrêt de l’utilisation de toutes les molécules diagnostiquées comme dangereuses et le renforcement des dispositifs d’homologation ;
• l'arrêt de l'utilisation des OGM ;
• l’universalisation de la culture biologique et le plafonnement des prix alimentaires ;
• l'augmentation des prix d'achat des produits agricoles et l'amélioration des conditions de travail des ouvrier-es agricoles.

Plus généralement, militant-e-s de la CGA, nous pensons que les luttes écologistes doivent se lier aux luttes sociales car elles ont toutes deux pour but de réduire l'impact néfaste du Capital et de l’État sur nos vies. Ce lien est d'autant plus important que certaines luttes écologistes à elles seules sont facilement manipulables et/ou récupérables par des partis bourgeois et étatistes.

Évidemment, le mouvement fasciste s'illustre lui aussi dans la récupération de certaines luttes écologistes, la mouvance au sens large en ce qui concerne la défense du droit des animaux et le courant plus spécifiquement identitaire se raccrochant à une vision de ''défense des terroirs '' et des traditions excluant tout ce qui y serait étranger (humains ou cultures non européennes).

Ces revendications, bien que limitées, sont pour nous un progrès social effectif sur le champ des enjeux environnementaux. Outre un progrès immédiat, nous pensons que porter des axes revendicatifs immédiats est indispensable à la construction d'un rapport de force populaire qui s'oppose aux forces capitalistes et constitue l'embryon de la révolution sociale, libertaire et écologiste de demain.


Coordination des Groupes Anarchistes
Janvier 2014

1 Groupe d’Experts Intergouvernementales sur l’évolution du Climat, mandaté par l’ONU sur les questions climatiques.

2 Nous pensons entre autre au WWF, la LPO, Greenpeace, etc.

3 Les rédacteurs-trices contesteraient cette appellation, mais pour nous ce journal comporte de nombreux articles visant à définir les « bons » comportements d’un-e décroissant-e, véritable catéchèse verte. Parmi les multiples articles politiquement douteux, nous retenons le numéro de décembre 2012 en plein débat sur le Mariage pour toutes et tous qui n’avait sur ce sujet qu’une seule brève relatant un fait divers aux USA, parlant d'un couple de lesbiennes ayant permis à leur fille trans de prendre un traitement pour retarder sa puberté, et les présentant comme ayant castré chimiquement un garçon d’une dizaine d’année. Rivarol n’aurait pas fait mieux...

4 Pour un développement plus approfondi du clivage entre notre anarchisme et l’antispécisme, se reporter aux textes sur l'antispécisme disponibles sur le site de la CGA dans le thème « écologie ».



http://www.c-g-a.org/content/reponses-a ... ecologique
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 22 Juil 2014, 01:44

Question énergétique : L’écologie sociale contre le capitalisme mortifère

Question énergétique : L’écologie sociale contre le capitalisme mortifère

Comment, sous les feux de la crise climatique qui monte, intégrer la question énergétique, à la fois dans nos pratiques militantes quotidiennes et dans un projet de société actualisé ?

La révolution industrielle, qui s’est développée à partir du XIXe siècle et a profondément transformé la planète a été rendue possible par l’exploitation forcenée des énergies fossiles. D’abord le charbon, puis et de plus en plus par le pétrole. Aujourd’hui, la perspective de l’épuisement des ressources et l’enclenchement du dérèglement climatique vont rendre inéluctable une mutation des sociétés humaines … Elles ne pourront subsister qu’en devenant sobres en énergie.

Les révolutionnaires ne peuvent pas se contenter de renvoyer cette question au lendemain de la révolution. Nous sommes confrontés dès aujourd’hui à deux défis, en réalité profondément imbriqués l’un dans l’autre : d’une part contribuer au développement d’éléments d’une transition vers une société écologique et d’autre part définir les grandes mutations sociales qui permettront à une société sobre en énergie de répondre aux besoins de ses membres : l’actualisation de notre projet de société est un élément clé de notre combat pour anticiper les changements vers une société écologique.

Est-ce à dire qu’au sein de la société capitaliste il est possible de construire à grande échelle cette mutation  ? Nous ne le pensons pas. Mais cela ne signifie pas non plus qu’il n’y a rien à faire aujourd’hui, ou que le développement de telles alternatives puisse s’opérer sans un lien fort avec les luttes sociales et écologiques …

L’héritage capitaliste

Avant toute chose nous devons connaître l’état des lieux aujourd’hui. Penchons-nous, pour simplifier la question, sur la situation en France. Les émissions de CO2 y atteignaient 5,04 tonnes par habitant en 2011 (64e rang mondial), quand la moyenne mondiale se situait à 4,50 tonnes  [1] . Évidemment ce classement ne suffit pas pour évaluer l’importance des changements nécessaires dans l’utilisation énergétique. Rappelons que l’empreinte écologique  [2] française, qui est pour moitié due aux émissions de CO2  [3] , est estimé aujourd’hui en moyenne à 5 hectares par personne, alors que la planète ne dispose que de 1,8 hectare par habitant  [4].

En 2012, l’énergie consommée (mesurée au niveau de l’utilisateur final) en France se répartit entre les ménages (29,8 % de la consommation finale totale), le secteur tertiaire (14,7 %), le secteur des transports (31,9 %), l’industrie (20,8 %) et le secteur agricole (2,9 %). Tous secteurs confondus, les produits pétroliers sont la première forme d’énergie consommée représentant 41,8 %. Viennent ensuite l’électricité (24,4 %), le gaz (20,8 %), les énergies renouvelables thermiques – bois, agrocarburants, biogaz et déchets – (9,7 %) et le charbon (3,4 %) [5] . L’électricité provient pour 75,8 % du nucléaire, pour 14,6 % de sources d’énergie renouvelables (surtout production hydroélectrique : 11,2 %) et pour 9,6 % de centrales thermiques fossiles. Ainsi les énergies fossiles représentent 68 % de la consommation énergétique, le nucléaire 19 % et les énergies renouvelables seulement 13 %.

Ce bref bilan permet de se faire une idée de l’ampleur des mutations nécessaires pour que l’économie française cesse de détruire la planète. La loi «  Grenelle 1 » fixe comme objectif de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Ce qui correspond à l’objectif fixé lors du protocole de Kyoto de contenir le réchauffement climatique à un niveau d’élévation de 2 degrés au delà desquels le dérèglement climatique «  entraînera une multiplication des événements climatiques extrêmes, une montée du niveau des océans, une avancée des déserts, etc., avec la cohorte de drames humains et l’explosion des coûts que ces phénomènes vont engendrer  »  [6].

Qu’en est-il aujourd’hui  ? En 2010, au niveau mondial, ont été relâchées 50,1 gigatonnes d’équivalent CO2 dans l’atmosphère, soit 20 % de plus qu’en 2000. Certes la France peut se targuer d’un bilan plus positif. «  En 2012, les émissions de la France au périmètre du protocole de Kyoto s’élevaient à 490 Mt éq. CO2, soit une diminution de 12 % par rapport au niveau de référence (...). Cette évolution à la baisse s’explique par l’ensemble des mesures d’atténuation, notamment l’amélioration des procédés industriels, l’isolation renforcée des bâtiments, le recours aux énergies renouvelables, etc.  » [7] Sans doute faudrait-il ajouter pour expliquer ce bilan, l’impact du ralentissement économique dû à la crise et surtout le processus de désindustrialisation qui déporte les pollutions vers les pays du Sud.

Objectifs ambitieux

Quand un pays se targue d’être vertueux en affichant une baisse de 12 % en 22 ans, alors qu’il est nécessaire de parvenir à une baisse de 75 % d’ici 2050, et que cette baisse est en réalité principalement un déplacement de la pollution dans d’autres pays, il apparaît que c’est l’ensemble du système économique et social actuel qui est incapable de résoudre la crise climatique. Il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de solution capitaliste à la crise écologique, ne serait-ce que parce que sans «  croissance du PIB  », le système capitaliste ne peut survivre. Aussi, les améliorations dans les économies d’énergie ou dans les énergies renouvelables compensent à peine la croissance des dépenses d’énergie dues à l’augmentation du PIB...

L’énergie dans une société écologique

La société écologique que nous appelons de nos vœux ne sera pas une société qui abandonnera la technologie, ni au sein de laquelle les hommes et les femmes devront vivre sous un régime de restriction. Prenons l’exemple de l’habitat qui accapare aujourd’hui le tiers de l’énergie consommée en France. Aujourd’hui, nous savons construire des habitations à «  énergie positive  », c’est à dire qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Évidemment cela implique un niveau technologique important.

De plus, la société écologique, en rupture avec le capitalisme sera nécessairement une société égalitaire. La société génèrera un mode de vie beaucoup plus collectif, où de nombreux biens et services – machines à laver, ordinateurs, moyens vidéo, automobiles … – seront mis en commun au sein d’îlots de plusieurs habitations. Cela permettra de diminuer de façon drastique les productions nécessaires au bien-être et de produire des biens plus coûteux, mais moins nombreux et surtout débarrassés de l’obsolescence programmée  [8] chère aux capitalistes. L’exemple de l’agriculture où l’essentiel des consommations énergétiques sont liées à la production des intrants de l’agro-industrie, montre qu’il sera possible, par la mise en œuvre de changements techniques – dans cet exemple l’agriculture biologique – de réduire fortement les dépenses énergétiques liées à la production... De plus, de nombreux secteurs économiques qui dans la réalité ne correspondent pas à des besoins des hommes et des femmes, mais à générer des profits, seront abandonnés ou pratiquement abandonnés : la publicité, les emballages, la production de tous ces gadgets inutiles qui pullulent au sein des sociétés de consommation. Il n’y aura plus cette course au changement incessant des matériels imposée à coup de campagne publicitaire. Sans parler de toutes les fonctions de répression, d’encadrement et de mise au pas de la population qui ne visent qu’à permettre la survie des sociétés inégalitaires.

La transition énergétique

La question des transports, qui eux aussi consomment le tiers de l’énergie en France se traduira par un bouleversement fondamental. D’abord en ce qui concerne le transport des marchandises qui sera réduit à la portion congrue par la mise en œuvre d’une autonomie productive de chaque région. Ensuite le transport quotidien des personnes, lui aussi sera réorganisé, d’une part par le recentrage de l’économie sur le local et d’autre part par la mise en place systématique de transports collectifs gratuits. La question des moyens affectés aux transports de loisir sera gérée collectivement au sein des structures d’autogestion de la population en respectant l’équilibre entre les souhaits exprimés par les personnes et la protection de l’environnement.

Pour conclure sur ce point, une société écologique privilégiera la fourniture à ses membres de services de santé, d’éducation, de logement bénéficiant de l’eau courant, d’énergie et de moyens de communication, d’accès à la culture... La vie collective y sera plus riche, permettant une plus grande solidarité collective, une meilleure prise en charge des personnes en situation de faiblesse et mettant fin à ces grandes solitudes des cités modernes. Cette société sera sobre en énergie, seule façon, en mettant fin à l’exploitation des énergies fossiles, de diminuer suffisamment les rejets de gaz à effet de serre. Dès aujourd’hui, au-delà du combat idéologique, il est possible d’obtenir des avancées vers une société sobre en énergie. Les moyens pour cela sont multiformes, à l’image du caractère global de la question énergétique.

Il est possible de populariser les expérimentations de moyens d’économie d’énergie et de mise en œuvre d’énergies renouvelables, éolien, petit hydroélectrique, solaire, biomasse … et d’entraîner dans ces actions une proportion significative de la population. Ces expérimentations peuvent prendre le chemin d’un habitat communautaire permettant de collectiviser de nombreux matériels et de construire dès aujourd’hui des relations humaines sans domination.

Méthodes alternatives

Il est aussi possible de travailler, que ce soit dans l’agriculture ou l’artisanat avec des méthodes alternatives, d’employer des matériaux écologiques, de construire des installation de méthanisation des déchets végétaux. Favoriser la consommation en «  circuit court  » relève de la même logique. Toutes ces formes d’expérimentations permettent déjà de réduire les émissions de gaz de serre de façon mesurable et surtout de favoriser le développement des technologies sobres en énergie. Mais évidemment, croire en une généralisation progressive de ces logiques, sans remettre en cause l’organisation capitaliste de la société relèverait de l’imposture.

Un des obstacles majeur qui freine la progression de ces logiques est la dépendance massive de la population à l’idéologie capitaliste, ce «  besoin de consommer  » qui enferme dans la soumission à l’ordre capitaliste. Ce n’est pas par une propagande pour la «  simplicité volontaire  » qu’il sera possible de détacher des pans entiers de la population de cette dépendance. La transition énergétique ne pourra se construire qu’en lien avec l’émergence d’une contre-société, capable d’organiser les exclus avec celles et ceux qui rejettent la vie que le capitalisme cherche à nous imposer et de construire une vie plus enviable. Mais une telle contre-société, liant toutes les expérimentations pour une sobriété énergétique et pour un autre mode de vie, risque d’isoler cette frange de la population et de stériliser cette perspective.

Aussi est-il fondamental que cette contre-société se construise en lien avec le reste des classes sociales dominées ; de multiplier les passerelles entre celles et ceux qui se veulent en rupture avec la société de consommation et la grande masse du prolétariat qui s’y inscrit. Cette convergence ne peut s’opérer qu’au sein des luttes sociales et écologiques. Les militantes et les militants révolutionnaires qui agissent tant au sein des luttes sociales que des luttes écologiques ont sur ce sujet une responsabilité importante. Construire la convergence entre les luttes sociales et écologique relève aujourd’hui d’une gageure, tant les logiques sont dissociées. Comment faire prendre en compte les aspirations qui s’expriment dans les luttes sociales concernant l’emploi, les salaires, les conditions de travail, le droit à la retraite, dans le cadre des combats contre la destruction de la nature, comment faire prendre en compte la nécessité de lutter contre les rejets de gaz à effet de serre par le mouvement social alors que trop souvent ces combats sont vécus comme contradictoires  ?

C’est sans doute un des enjeux fondamentaux d’aujourd’hui pour les révolutionnaires. Si nous ne nous donnons pas les moyens de dépasser cette contradiction, le combat pour une société écologique sera perdu  ! Pourtant des pistes existent qu’il faut travailler. Et en premier lieu, multiplier les ponts militants au travers d’un projet de transformation sociale commun et les actions communes en valorisant à chaque fois les convergences possibles entre les deux combats. Et rappelons que les principaux émetteurs de gaz à effet de serre dans les sociétés inégalitaires se trouvent dans la bourgeoisie, et que le combat pour le partage des richesses est un préalable à une société sobre en énergie.

Jacques Dubart (AL Agen)


[1] Site internet de « The World Bank » : data.worldbank.org. Voir la partie «  CO2 emissions (metric tons per capita)  »

[2] Cette notion est une estimation des ressources produites par la terre par unité de surface utile disponible. Évidemment l’humanité ne pourra pas durablement, comme elle le fait aujourd’hui, consommer davantage que la terre ne produit.

[3] Source : ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer

[4] Rapport 2012 sur l’état de la planète publié par le WWF en collaboration avec la Société zoologique de Londres et le Global Footprint Network

[5] Repères - Chiffres clés de l’énergie, Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie,

[6] Voir http://www.developpement-durable.gouv.fr

[7]  www.developpement-durable.gouv.fr/Emissions-de-la-France,33791.html.

[8] Ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie d’un produit afin d’en augmenter le taux de remplacement

http://alternativelibertaire.org/?Quest ... L-ecologie
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 05 Sep 2014, 10:48

Ecologie radicale : Attaquer le mal à la racine

Face à la crise écologique majeure qui sévit déjà, l’écologie d’accompagnement du système, visant à poser quelques rustines sur les problèmes les plus voyants, n’est pas suffisante. Une écologie radicale, proposant une autre organisation de la société, est plus que jamais nécessaire.

L’époque actuelle est caractérisée par une incertitude écologique majeure. Avec le réchauffement climatique, l’épuisement global des ressources en énergies fossiles et en métaux [1] , la destruction des sols liée à l’agriculture intensive et à l’urbanisation croissante, la pollution et la diminution des réserves en eau douce, la destruction accélérée de la biodiversité, entre autres réjouissances, ce sont bien les conditions de (sur)vie de l’humanité et de milliers d’espèces qui sont gravement menacées.

Contre la logique de croissance

Or les capitalistes en profitent, ouvrant de nouveaux marchés juteux dans les énergies renouvelables et certaines reconversions industrielles, instaurant des marchés de droits à polluer, et créant de nouveaux produits financiers basés sur les risques environnementaux [2]. Et derrière, la logique reste la même : la croissance, donc la surproduction, l’obsolescence programmée, le consumérisme, le dumping social et environnemental. Avec en toile de fond l’extension de la sphère marchande aux biens communs tels que l’eau, l’air, le patrimoine génétique du vivant (brevets sur les plantes, catalogue restrictif de semences échangeables ou commercialisables), qui prolonge le mouvement généralisé au niveau international de marchandisation des services publiques (éducation, santé, culture, transport). Et pour maintenir l’illusion que le système est sain, on rejette la faute de la crise écologique sur les individus, qui prendraient des douches trop longues et ne trieraient pas leurs déchets. Pourtant, la conscience de l’imminence de la crise écologique, et les propositions pour l’éviter, existent depuis longtemps. Dès le milieu du XIXe siècle, les scientifiques constatent que l’industrialisation engendre la disparition des espèces, la modification du climat (notamment avec la déforestation), une pollution chronique, et plonge le prolétariat dans un état de santé désastreux. Elisée Reclus (1830-1905), géographe de renom et militant anarchiste, est l’un des premiers à articuler cette prise de conscience écologiste avec une vision sociale. Il souligne la responsabilité de l’organisation sociale de nos société (le capitalisme) dans les problèmes environnementaux, et la nécessité de repenser notre rapport à la nature pour construire une société basée sur la coopération et la complémentarité, au sein et ­entre les espèces, seule à même de préserver la nature et de redonner du sens à nos vies.

Cette vision globale (écologique et sociale) va être au cœur de l’écologie politique. Celle-ci émerge réellement comme mouvement à partir des années 1960 et condamne l’agriculture intensive, la logique techniciste symbolisée par le nucléaire, la prédation sur les ressources naturelles, la perte de sens du travail, la création de besoins artificiels par le capitalisme pour maintenir sa croissance, la confiscation du débat politique par les technocrates, etc. L’analyse est bien radicales : résoudre le problème à la racine, en sortant du capitalisme et de la technocratie qui l’administre. Car tant que la production est contrôlée par une élite ne visant que l’augmentation de ses profits, on ne peut pas sortir des contradictions écologiques et sociales qui se révèlent chaque jour plus catastrophiques. Les actions menées sont elles aussi radicales, avec le recours à l’action directe pour occuper des sites ou saboter des machines, à l’image des bateaux de Greenpeace envoyés dans les années 1970 dans le Pacifique sud pour empêcher la réalisation d’essais nucléaires.

Mais les solutions proposées, la vision globale de la place de l’homme dans la nature, et les priorités d’action diffèrent selon les courants de l’écologie radicale. La division la plus flagrante se voit aux Etats-Unis dans les années 1980. Certains partisans de l’écologie profonde ont en effet tendance à idéaliser une nature vierge et pure que l’homme parasiterait, allant jusqu’à se réjouir des famines ou de l’épidémie de sida qui sévissent alors en Afrique. Ils s’attirent les ­foudres des partisans d’une écologie sociale, développée par Murray Bookchin et de tendance libertaire, qui martèlent que le problème n’est pas l’homme, mais l’organisation sociale des société humaines. A côté, d’autres mouvements mettent l’accent sur les questions de justice écologique, soulignant l’exposition spécifique des populations pauvres, et particulièrement afro-américaines, aux méfaits de l’industrialisation (pollutions, déplacements forcés).

La trahison des compromis

Au-delà de ces divergences théoriques et stratégiques, ­l’écologie radicale a été progressivement dévoyée à partir des années 1980 avec l’institutionnalisation de l’écologie. D’une part par les partis « verts » qui, de compromis en compromis pour accéder aux instances de pouvoir, vont abandonner toute radicalité. D’autre part par les ONG environnementales, dont beaucoup ont choisi d’accompagner le système pour limiter ses méfaits, lui permettant en fait de survivre. Les cas du WWF, ou de la fondation Nicolas-Hulot, sont emblématiques : sponsorisées par des multinationales, elles médiatisent des campagnes pour la protection des espèces en voie de disparition, ou la création de réserves naturelles, tandis que ces mêmes multinationales continuent d’exploiter à outrance les hommes et la planètes. Et enfin par la capacité du capitalisme à s’adapter et à absorber les revendications en les vidant de leur sens, avec l’essor du « capitalisme vert » et son pendant politique, le développement durable.

Heureusement, de nombreux mouvements sociaux rejettent cette écologie gestionnaire de la crise, et s’opposent fermement aux logiques mortifères du capitalisme, sur les gaz de schiste, les grands projets inutiles et imposés, les semences, ou en expérimentant des modes de vie alternatifs. Et la plupart des organisations politiques anticapitalistes intègrent de plus en plus cette dimension écologique dans leurs revendications et leur projet de société. Car l’écologie avaleuse de couleuvre de type Europe écologie Les Verts n’est pas suffisante, et il faut renouer avec une écologie radicale telle que la concevait un Reclus, un Bookchin ou un André Gorz. Une écologie qui défende une organisation sociale décentralisée, coopérative, égalitaire et autogérée, assurant dans les limites naturelles des écosystèmes la satisfaction des besoins sociaux des individus émancipés et libres de choisir leurs activités productives et de loisir. œuvrons au renforcement de ces dynamiques, et à la diffusion de cette écologie radicale, pour libérer la planète, les hommes et les femmes, de toute forme de domination !

Jocelyn (AL Gard)


[1]  Voir P. Bihouix et X. de Guillebon, Quel futur pour les métaux ?, EDP Sciences, 2010

[2] R. Keucheyan, « Quand la finance se branche sur la nature », Le Monde diplomatique, mars 2014

http://alternativelibertaire.org/?Ecolo ... uer-le-mal
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede Pïérô » 26 Fév 2015, 12:59

Les anarchistes et l'écologie

Emission sur France inter : http://www.franceinter.fr/emission-la-m ... -lecologie

Les occupants de la ZAD de Notre Dame des Landes ou des forêts de Sivens dans le Tarn et de Roybon dans l’Isère sont tour à tour traités par ceux qui ne les aiment pas de… hippies, de Pink Floyd quand ce n’est pas, dans un registre plus contemporain, de djihadistes !

Ils préfèrent, de loin, qu’on les traite d’anarchistes : ils se targuent d’ailleurs d’un fonctionnement décentralisé et anti-hiérarchique. L’historien, de son côté, note qu’écologie et anarchie, rapprochées aujourd’hui dans les pays occidentaux, y ont déjà émergé à la même époque, au milieu du XIXe siècle.

Pour autant, les deux mots vont-ils si bien ensemble ? L’écologie est une science qui ne devient que tardivement un mouvement politique. Les anarchistes se méfient des idées qui recherchent l’amélioration du comportement de l’homme sans s’attaquer en même temps à l’exploitation de l’homme. Eux-mêmes ont souvent considéré la terre comme une usine, la production comme un objectif premier alors que "la sobriété heureuse" chère aux écologistes était davantage prêchée par des auteurs d’origine chrétienne, de Thoreau à Illitch, en passant par Ellul.

Le rapprochement de l’écologie et de l’anarchie s’opère aujourd’hui dans des luttes communes, c’est une idée très présente mais n’est-ce pas aussi une "idée reçue" ?

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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 20 Mai 2015, 01:24

Ressources, dossier écologie sur le site d'Alternative Libertaire :
http://alternativelibertaire.org/?Ecologie,6362
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 11 Aoû 2015, 10:35

Production : Industrie contre écologie ?

La montée de la crise écologique met en question la place de l’industrie dans l’économie. Peut-on pour autant éliminer toute forme de production industrielle et aspirer à la renaissance d’une société fondée sur l’artisanat ?

L’industrialisation de la production se caractérise par une productivité élevée, l’usage de machines, l’organisation centralisée de la production et parfois du travail à la chaîne. Elle utilise des techniques résultant du développement de la recherche et de la science, mais parmi elles ne sont choisies que celles qui servent les intérêts des capitalistes.

Elle incarne une économie du gaspillage et de la destruction du vivant. Elle ne fournit même pas les moyens de subvenir aux besoins élémentaires de chacun et la production est souvent de mauvaise qualité. Les conditions de vie au travail sont destructrices pour la santé des travailleurs, l’organisation du travail est déshumanisée, et la dichotomie producteur/consommateur est un des moteurs de l’aliénation.

Vivre et travailler autrement

Face aux « dégâts du progrès », plus qu’à une alternative entre industrialisme aveugle et abandon de toute forme d’industrialisation et de science, nous sommes confrontés à deux questions posées depuis l’émergence du capitalisme : Que produire ? Comment produire ?

Pour éviter la saturation des marchés, les produits sont programmés pour tomber rapidement en panne ; il en résulte un gaspillage et une production de mauvaise qualité. L’explosion de l’industrie de luxe se réalise au détriment des besoins élémentaires de tous, ce qui n’est qu’une manifestation du mépris de classe. Les pollutions sont la conjugaison du choix des techniques mises en œuvres et des économies réalisées au détriment de la sécurité industrielle.

En bref, les « décideurs », la classe capitaliste, imposent leurs choix pour éviter la chute des profits et maintenir leur position dominante. La pression à la rentabilité exercée par la concurrence bride la science, la technique et l’industrie, rendues incapables de mettre en œuvre les solutions nécessaires.

Un abandon des processus industriels n’apporterait aucune réponse réelle à ces questions. Au contraire d’autres problèmes émergeraient : régressions sur le plan matériel, social et sanitaire ; gâchis de travail humain, de ressources naturelles et d’énergie ; difficultés techniques dans le contrôle des pollutions ; impossibilité technique de fabriquer des biens complexes, pourtant nécessaires socialement, etc.

Autolimiter démocratiquement les besoins de consommation

Des pistes existent pour s’attaquer à la crise écologique :
- remettre en cause l’organisation mondialisée de la production et en relocaliser la plus grande part, avec l’utilisation de ressources locales et la fabrication de produits adaptées aux conditions naturelles et sociales ;
- choisir les productions nécessaires aux besoins des populations au détriment des produits de luxe réservés à la bourgeoisie ;
- fabriquer des biens d’équipement durables, facilement réparables et conçus pour être recyclés ; donner la priorité aux équipements collectifs ; réduire drastiquement, voire abandonner certains secteurs productifs : emballage, usage unique, publicité, armements, matériaux non durables, industrie automobile, etc. ; mettre en œuvre des économies d’énergie et de matières premières et un recyclage généralisé ; etc.
- autolimiter démocratiquement les besoins de consommation pour maintenir l’activité humaine en deçà du seuil de soutenabilité ; etc.

Des secteurs industriels comme l’agroalimentaire seraient sans doute appelés à très fortement régresser au profit d’une multitude de petits établissements productifs locaux, tandis que d’autres industries seraient appelées à se développer : celles qui représenteront un avantage en terme de gain de travail humain, de qualité des produits, de nécessité technique, de limitation des dépenses énergétiques et de matières premières et/ou de contrôle des pollutions à l’environnement.

Bien sûr il est possible d’agir dès aujourd’hui en convainquant des franges de la population de vivre et de travailler autrement, voire en popularisant les recherches sur l’écologie industrielle [1], c’est-à-dire l’ensemble des pratiques destinées à réduire la pollution industrielle.

Mais une solution globale est incompatible avec le maintien d’une économie de marché. Elle nécessitera d’attaquer le capitalisme au cœur, de remettre en cause les modalités de production de la valeur et des rapports d’échanges, d’abolir la propriété privée des moyens de production et d’instaurer une égalité économique entre toutes et tous.

Participation collective, solidaire, égalitaire

Et comment produire ? L’autoritarisme, la hiérarchisation, la séparation entre commandement et exécution, entre production et consommation font aujourd’hui partie intégrante de ce qu’est l’industrie. Mais ces phénomènes sociaux sont antérieurs à l’industrialisation, la société industrielle n’a fait que les amplifier.

Imaginer une société où l’industrie serait remplacée par une multitude d’ateliers artisanaux n’apporterait aucune solution aux conditions sanitaires et à l’insatisfaction dans le travail qui prévalent dans la société d’aujourd’hui. Face à la concurrence, l’artisan propriétaire qui ne pousserait pas à l’intensification du travail serait menacé de faillite et ses salariés n’y seraient pas moins aliénés que dans l’industrie. Notre dénonciation de la forme d’organisation sociale où le sujet n’est plus acteur de sa production sociale, et n’a plus de prise sur le monde qui l’entoure, nous renvoie là encore à la société de classes.

Dès les premiers jours de la révolution, l’organisation du travail pourra être métamorphosée. Personne ne doit plus être en situation d’être un simple exécutant. Tous se verront confier pour partie des tâches d’exécution, pour partie des fonctions de responsabilité. La spécialisation au travail sera réduite ne serait-ce que parce qu’il sera indispensable que toutes et tous soient formé-e-s pour participer aux grandes décisions de l’entreprise.

La possibilité d’une autre société industrielle

Le contrôle des travailleurs sur les conditions de travail changera la vie dans l’entreprise. La participation à l’autogestion généralisée de la société – dans la cité pour décider des besoins, dans « l’atelier » pour gérer les conditions de travail – fera disparaître les mécanismes d’aliénation à l’œuvre aujourd’hui.

La fin du capitalisme ouvrira la possibilité d’une autre société industrielle : la production serait organisée à partir des besoins de tous et non pour permettre l’accumulation capitaliste ; le gaspillage matériel et énergétique sera abandonné.

Une telle société sera fondée sur une participation collective, solidaire, égalitaire. Elle sera une véritable démocratie permettant aux hommes et aux femmes de gérer la contradiction entre diminution nécessaire de l’empreinte écologique de l’humanité et satisfaction des besoins de tous les humains, permettant également de privilégier la dimension collective des besoins et de respecter les aspirations de chacun. La solidarité retrouvée créera une société conviviale, débarrassée du consumérisme, et où il fera bon vivre.

Jacques Dubart (AL Agen)

http://www.alternativelibertaire.org/?P ... rie-contre
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede Blackwater » 15 Aoû 2015, 12:35

Mon post pourra peut-être être déplacé ailleurs...néanmoins la question écologique est centrale dans ce texte.

Que sommes-nous censés faire de nos vies, sachant que nous nous dirigeons vers un effondrement?

Cela devient monnaie courante de dire que nous, « les jeunes », n’avons plus d’avenir. Nous blâmons la crise financière qui entraine des taux de chômage ahurissants ; nous blâmons ces gouvernements inefficaces qui n’ont pas intérêt à nous aider ; nous blâmons les baby-boomers qui ont refusé de léguer un peu de leur richesse aux générations suivantes ; nous blâmons les corporations qui ne fournissent que des emplois à mi-temps, précaire et uniquement dans le service et l’industrie. Et nous avons raison.

Ces problèmes viennent effacer des années de progrès et ne nous laissent qu’une existence stérile et dénuée d’enfance, dont nous ne pouvons nous échapper qu’à l’aide de jeux d’alcools, de petits-dejs chez Taco Bell, de drogues qui nous font moisir de l’intérieur, et de jeux de téléphones mobiles merdiques. Mais qu’allons-nous faire lorsque tout ça nous pètera à la gueule ?

A gauche, un des passe-temps favoris des mal nommés pays « développés », et à droite, la vie de bien trop de gens dans le mal nommé « Tiers-monde », deux facettes de la même organisation humaine mondialisée.
Tout le monde prédit la fin des temps depuis la nuit des temps, manifestement. Dieu allait nous tuer. Puis le Diable. Puis la bombe nucléaire. Maintenant des astéroïdes, ou la mer, nous nos propres comportements de merde. Peu importe ce qui se passe, nous savons qu’un jour tout partira en fumée, et pour les médias, cette paranoïa est du pain béni, l’outil de marketing ultime. La plupart des gens se sont au moins un peu souciés de savoir comment et quand leur espèce s’éteindrait, c’est pourquoi les sectes religieuses apocalyptiques sont toujours à la mode. C’est l’attrape-nigaud de première classe, avec des rebondissements alléchants, le saint Graal des médias modernes.

Malheureusement, lorsque vous lisez le New York Times, ou n’importe quel autre journal, il ne s’agit pas de prophètes de l’apocalypse à la mords-moi-le-nœud avec des pancartes « la Fin des temps » — il s’agit de scientifiques sérieux. Cela donne du poids, non seulement aux histoires individuelles effrayantes sur les grippes aviaires, les pluies acides, mais aussi à l’ensemble de ce panel terrifiant, qui suggère que — à travers une combinaison d’avidité, de stupidité et de cruauté — nous avons réellement saccagé la planète au-delà de toute remédiation, et que le futur ressemble à un film catastrophe de Michael Bay.

La dernière étude que j’ai lu, qui était en partie financée par la NASA, « a souligné la possibilité d’un effondrement de la civilisation industrielle, dans les décennies à venir, en raison de l’exploitation insoutenable des ressources et de la hausse continue de l’inégale distribution des richesses. » Et cela selon le GUARDIAN, un journal respectable, qui, apparemment, ne peut se permettre d’écrire « NOUS SOMMES FOUTUS, NOUS SOMMES FOUTUS, AHHHHH! ». Quoi qu’il en soit, cet article est une lecture intéressante bien que peu réjouissante.

La vraie question, cependant, ne dépend pas du degré d’anéantissement de l’humanité, mais de savoir ce que nous sommes supposés faire de cette information. Y-a-t-il quelque chose que nous puissions faire ? Ou devrions-nous simplement sortir les chaises de la cave, mettre de la bière au frais, et attendre que les voisins commencent à passer les bergers allemands au barbecue ? Enfin, c’est une chose pour les vieux d’entendre que leur planète est foutue et qu’ils passeront leur âge d’or à boire de l’urine sur des radeaux de survie à la Kevin Costner, mais c’en est une autre pour les jeunes d’entendre qu’ils n’ont pas d’avenir.

Si vous avez 20 ans aujourd’hui, à quoi bon? A quoi bon les enfants, la carrière, l’arrêt de la cigarette, la construction d’une famille, l’éducation, ou tout ce qui requiert quelque effort que ce soit ? Pourquoi devrions-nous passer nos années post-adolescence à viser la stabilité matérielle, quand nous savons que cette stabilité commencera à s’effriter dans 15 ans, peu importe nos agissements ? Pourquoi ne pas simplement rester assis à sniffer du protoxyde d’azote, avoir des relations non-protégées avec des étrangers rencontrés sur Grindr et/ou Tinder ?

Cela ne me surprendrait pas. Je ne suis pas sûr que nous soyons une génération particulièrement bonne en ce qui concerne la confrontation de la réalité, de toute façon, et il me semble maintenant que nous sommes la génération qui se retrouve avec la pire des donnes en main. L’idée de la catastrophe environnementale mondiale est si effrayante à saisir que nous courons le risque de nous retrouver comme paralysés, dans un état d’inquiétude perpétuelle, et qu’alors nous continuions à faire ce qu’on a toujours fait avant — i.e., à tout ignorer au-delà de notre weekend.

Aucun d’entre nous ne sait comment réagir face aux sinistres prédictions qui émanent régulièrement des institutions de recherche les plus respectées du monde. Il est peut-être trop tard pour stopper les effets du réchauffement climatique, bien que nous n’ayons absolument pas l’air de vouloir ralentir cet engrenage infernal ; nous sommes trop ancrés dans nos quotidiens. Les solutions semblent soit impossible, soit ont l’air de mesures symboliques trop faibles et arrivant trop tard. Nous maudissons nos ancêtres d’avoir tout foutu en l’air pour nous, mais nous rappelons alors que nous sommes la génération qui a demandé à être emmenée à l’école en voiture, à avoir de plus en plus de consoles de jeux vidéo, de téléphones mobiles et de gadgets de merde. Nous n’avons pas allumé le feu, mais nous n’avons pas non plus exactement essayé de l’éteindre.

Nous vivons donc dans un monde où nous sommes tous responsables, et il n’y a rien que nous puissions y faire. Les nouvelles de l’imminence de l’apocalypse ne deviennent qu’une chose de plus arrivant à quelqu’un d’autre, un nouvel objet pour notre indifférence et notre apathie. A quoi bon en reconnaître l’existence ? Nous savons que les calottes polaires fondent depuis des années, mais combien d’entre nous ont changé leur mode de vie pour autant ? Continuons tel que nous sommes, et, avec un peu chance, nous nous ficherons de mourir lorsque notre tour viendra.

Bien sûr, il y a eu tout un tas de pétards mouillés et de peurs en ce qui concerne la fin du monde, beaucoup de science-fiction vacillante et très peu de faits, mais le poids écrasant des problèmes auxquels nous faisons face nous donne vraiment l’impression d’être sur la dernière ligne droite du chemin de la destruction.

Le problème, c’est que l’ignorance est bénie lorsque la recherche de la vérité implique de se rendre compte que tous vos amis et vous-mêmes êtes sur la corde raide. Si rien ne peut être fait, il semble alors aussi bien de continuer à vivre nos vies comme nous l’avons toujours fait : avec nos réseaux, avec les mêmes fréquentations, les mêmes bavardages jusqu’à ce que le soleil s’assombrisse et qu’il se mette à pleuvoir des oiseaux.

L’apathie est certainement l’émotion caractérisant le mieux notre époque. Politiquement, culturellement, dans tous les domaines-ment. Tellement que nous semblons incapables de réagir lorsque la NASA suggère que nous ne sommes qu’à quelques décennies de l’effondrement social total, et que toutes les autres agences de renseignements scientifiques suggèrent que les conditions environnementales que nous avons façonnées auront eu raison de nous bien avant.

Tout va bien, cependant. Détendons-nous. Nous avons Angry Birds. Nous avons Drake et Rihanna. Un Starbucks ouvre bientôt à côté. Nous mourrons tous. Rien que nous puissions y faire, pas vrai ?

Clive Martin

Traduction: Nicolas Casaux

http://partage-le.com/2015/08/que-somme ... ondrement/
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 16 Sep 2015, 03:04

Fondements politiques et stratégiques pour une approche communiste libertaire de l’écologie

« Les problèmes écologiques ont une origine sociale, et ne peuvent être résolus qu’en s’attaquant à cette origine : le mode de production capitaliste, et le productivisme en général. Propriété privée des moyens de production, marchandisation de la vie sociale, choix éducatifs, vision exclusivement scientifique de la médecine, mécanismes d’exploitation et de domination, création artificielle de besoins... »

Sommaire

• Développer nos positions écologistes
http://www.alternativelibertaire.org/?F ... #positions

• Analyse d’autres mouvements écologistes
http://www.alternativelibertaire.org/?F ... et#Analyse

• Stratégie pour Alternative libertaire
http://www.alternativelibertaire.org/?F ... s-et#Stratégie

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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 28 Mai 2016, 11:29

Production : L’économie circulaire lave plus vert

Sous des dehors vertueux et pleins de bonnes intentions, ­l’économie circulaire est un projet de réorganisation du système de production, tant pour faire face à l’épuisement des matières premières... que pour maintenir les profits des capitalistes. Un bel exemple de greenwashing.

Dans l’économie circulaire, il s’agit d’aller plus loin que le simple recyclage des matériaux ou que les économies d’énergie lors de la production des biens. L’idée est de prendre en compte l’objet dans la totalité de sa vie, et d’envisager en amont de sa production tout le cycle extraction-production-recyclage. Ainsi, le démontage pour un recyclage facile sera envisagé dès le montage. Prenons par exemple un vieil objet complexe, une machine à laver avec sa base métallique et son « cerveau » électronique : les deux seront séparés, les pièces usées éjectées et remplacées, pour une remise en service. Chaque individu qui bricole fait cela, mais quand il s’agit d’objets complexes, ce sont les industries qui remplacent le bricolage.

Aveu d’obsolescence programmée

Du point de vue des industriels, il faudra donc que le bricolage soit assez simple pour pouvoir réparer-recycler-transformer, et assez compliqué pour que l’amateur ne puisse pas le faire, histoire de se rendre indispensable. Une fois incontournables, les industriels usent d’un autre concept : la fidélisation. Le « consommateur écocitoyen » ne va plus acheter le bien, mais en devenir locataire auprès d’une entreprise, qui en assurera le service pièces et main-d’œuvre.

Sans parler des contentieux client-fournisseur en cas de casse du matériel, soulignons tout de suite le bénéfice direct pour les industriels, qui est de minimiser les coûts de production, mais sans que soit garantie la baisse du coût final pour le consommateur. Par ailleurs, en termes de perspectives écologiques, pour l’instant « l’objectif d’un bilan énergétique positif » ressemble plus à des pronostics de l’ordre de 50 % de récupération dans le meilleur des cas.

En outre, le recyclage n’arrêtera pas pour autant l’exploitation des matières premières, car tous les produits trop complexes doivent être fait avec des matériaux de première qualité, donc de première main. Enfin, comme il s’agit de produire pour que les entreprises soient pérennes, la durée de vie des produits sera allongée, ce qui constitue un aveu de l’obsolescence programmée pratiquée actuellement.

Nouvelles législations et mensonges fondateurs

Cette économie « nouvelle » est actuellement préparée par des mesures législatives, qui ne concernent pas que les biens de consommation, mais aussi la production d’énergie ou le bâtiment. Par exemple, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte d’août 2015 instaure une obligation de retour en carrière des gravats du BTP ­d’ici 2017.

Voilà qui met des entreprises comme le cimentier Lafarge dans de très bonnes dispositions économiques : fini le bon vieux temps où on pouvait récupérer un camion de graviers pour faire sa cour, tout retournera en centrale, sera recalibré, et les Lafarge et consorts réfléchissent déjà à une labellisation de leurs produits. Autre aspect dans lequel l’État joue son rôle, le recyclage a un coût, et pour que les produits recyclés soient compétitifs par rapports aux produits neufs, il faut que les matières premières soient taxées de leur côté.

La promesse rituelle : ça créera de l’emploi

Tout ce recyclage devrait être générateur d’emploi. Un think tank optimiste comme le club de Rome table sur la création de 500.000 emplois en France [1] d’ici 2030. Cela peut paraître beaucoup, car ce chiffre ignore les emplois détruits par ailleurs, de même que les effets de la robotisation.

On pourrait donc opposer ce chiffre à un autre, plus ancien, issu du scénario d’une agriculture écologique et paysanne qui créerait un million d’emplois voire plus. Mais on peut craindre que la technologie soit plus importante que l’écologie aux yeux des décideurs, puisque les fermes-usines avec méthaniseurs semblent plus en vogue que le paysan. Ces fermes, issues du cerveau d’ingénieurs, concentrent toutes les productions animales au même endroit pour en réutiliser les déchets, au lieu de moins en produire.

Le même rapport du club de Rome dit qu’à production égale une économie circulaire utiliserait 30% de matière en moins, mais la consommation allant croissant, les émissions augmenteront. Alors ça va freiner la locomotive ? Non, ça lui donnera un peu plus d’endurance, de longévité... De toute façons il ne faut pas se méprendre, l’économie circulaire devra « permettre d’exploiter au maximum la totalité des matières premières, des produits et des déchets pour en tirer le meilleur parti » et visera « à développer un avantage concurrentiel » au niveau mondial, comme l’a déclaré la Commission européenne en décembre 2015.

Récupération de la notion de « simplicité volontaire »

Pour faire adhérer à cette « transformation de la société », il faut la vendre, et le marketing écologique est lui aussi en train de muter. Après quinze ans de dépolitisation, de culpabilisation et de stars en carton (Nicolas Hulot n’est plus très crédible à faire la leçon dans son avion), l’heure est au réenchantement du capitalisme.

Le nouveau défi est de convaincre les consommateurs et les persuader de faire confiance aux entreprises pour garantir leur « écocitoyenneté ». C’est pourquoi les acteurs se réapproprient par exemple la simplicité volontaire, ainsi que d’autres notions subverties dans le but de manipuler les masses. Le document « La Vie happy » édité par Ikea et l’Ademe (Agence de l’environnement et du développement de l’énergie) fourmille de méthodes de manipulation de ce type, mêlant psychologie, mimétisme avec le milieu militant, et prétention à partir de la base, à être horizontal.

Marketing à paillettes

On peut d’ailleurs juger de leur manière de voir un mouvement par la base : « L’enjeu est […] de parler à chacun non pas tant de ce qu’il peut faire pour le développement durable, mais de ce que le développement durable peut faire pour lui », ces personnes seront confrontées à des vendeurs formés « à comprendre le pouvoir incroyable que peut avoir une marque, son influence décisive sur les comportements, notamment par la création de la norme sociale... »

Nous sommes déjà dans ce marketing à paillettes, et le côté exalté, et du coup persuasif, de certaines campagnes produites par les sponsors de grands événements écologistes ne doit pas être sous-estimé. Les entreprises s’en inspirent. À titre d’exemple citons le clip de Lafarge qui invoque la centralité locale (en remplacement des acteurs publics) et la promotion des circuits courts... à coup de camions. Ces nouvelles campagnes médiatiques et économiques révèlent un virage important dans les stratégies capitalistes, et il s’agit de bien l’observer.

Dan Jeanré (AL Gard)


[1] Voir « L’Économie circulaire et ses bénéfices sociétaux » étude commandée par le club de Rome.

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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 26 Aoû 2016, 12:01

L’écologie sociale en débats

Rencontres : L’écologie sociale en débats

Les rencontres internationales de l’écologie sociale, qui se sont tenues à Lyon les 27, 28 et 29 mai, ont été l’occasion de partager sur les idées de Bookchin, mais aussi sur les mouvements sociaux actuels, et sur les stratégies pour un changement de système.

Organisées par les objecteurs de croissance de l’association Aderoc dans la MJC Jean-Macé et l’espace culturel et politique Grrrnd Zéro, ces rencontres ont rassemblé une centaine de militantes et militants, chevronné-e-s pour la plupart, venu-e-s d’Espagne, de Suisse, de Belgique, d’Italie, des États-Unis, d’Allemagne, de France. Elles ont traité des principaux concepts de l’écologie sociale en matière d’organisation et de pratiques politiques, d’économie (communs, propriété, démocratie, capitalisme, monnaie, etc.) et de stratégies de rupture avec le capitalisme. Il faut noter que les cultures politiques en présence étaient diverses.

Féminisme et écologie

Des féministes ont impulsé les débats et posé que l’équilibre êtres humains/nature ne se ferait pas sans égalité de sexe et de race. Remarquable également, la présence de sensibilités citoyennistes ou d’individu-e-s se cherchant du côté du mouvement Colibris (celui de Pierre Rabhi), mais dont les questionnements radicaux les ramènent aux arguments libertaires. Issus de cette diversité, voici quelques autres éléments qui ont fait consensus.

La définition de l’écologie sociale, qui désigne le courant créé par Bookchin peut néanmoins être élargie à de nombreux autres ou inversement considérée comme faisant partie d’un courant plus large, écologiste et antiautoritaire (avec Reclus, Kropotkine, Illich, Gorz, et une partie du mouvement décroissant). Le travail de diffusion réalisé entre autres par Janet Biehl (États-Unis), Vincent Gerber (Suisse) ou Floréal Roméro (Espagne), tous trois présents aux rencontres, permet de prolonger les réflexions, en les séparant de la personne parfois controversée de Bookchin. Du côté des expériences politiques proches des théories de Bookchin, l’expérience kurde du Rojava et le projet de confédéralisme démocratique du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) adopté en 2005, ont tenu une place importante : projection du film Kurdistan – La guerre des filles de Mylène Sauloy, participation de plusieurs militants kurdes. Le Chiapas, l’autre grand système alternatif actuel, a également été un centre des discussions, ainsi que les coopératives intégrales d’Espagne, qui se revendiquent du municipalisme libertaire.

La question de l’économie a fait débat, après un consensus sur la nécessaire subordination de l’économie au politique et au social. Doit-on mieux contrôler l’argent et la monnaie, ou tenter de s’en passer complètement grâce à des systèmes de troc, d’échanges de services et de libre accès ? Voilà qui rouvre la discussion sur la valeur : faut-il quantifier le travail ? En argent ? En temps ? La quantification n’est-elle pas ce qui entraîne vers la recherche de plus de productivité au détriment de la qualité du travail et des produits ?

La notion de propriété collective a ensuite été débattue, à travers les nombreux domaines qui doivent être considérés comme des communs (les ressources naturelles en général, l’alimentation, les soins, l’éducation, le logement), et dont la gestion démocratique suppose de rompre avec la propriété privée. La propriété communale, au plus près des lieux de production et de consommation, est donc adaptée, mais seulement si elle est reliée à une fédération de communes, à même d’appréhender les enjeux globaux et qui assurent la solidarité et l’égalité entre territoires.

Il existe de nombreuses formes de résistances au capitalisme. Certaines sont légales comme la récupération d’usines en coopératives ouvrières, la défense des régies municipales (de l’eau par exemple), les monnaies locales, les Amap, etc. Sans directement menacer le système, ces expériences créent ou préservent d’autres formes d’organisation, elles sensibilisent par l’exemple une certaine population encore peu encline à des actions radicales. Néanmoins, ces expériences risquent d’être récupérées ou noyées par le système marchand, telles les Amap concurrencées par La Ruche qui dit oui, forme capitaliste du concept.

Occuper, exproprier

Une autre stratégie est illégale, elle consiste à occuper des terres, des logements, des usines, c’est-à-dire à exproprier les capitalistes, et menace donc directement le système en place, d’où une ­forte répression comme à Notre-Dame-des-Landes. L’enjeu est donc de relier ces deux stratégies au maximum, de structurer des réseaux pour cela, et aussi de nourrir les alternatives concrètes d’une réflexion théorique poussée, montrant que le capitalisme n’acceptera jamais de disparaître gentiment, et qu’il y aura forcément une phase d’affrontement plus ou moins violente. À partir de ce constat, il a été proposé d’organiser une journée sur l’écologie sociale à Notre-Dame-des-Landes le 8 juillet à l’occasion du rassemblement annuel, et au printemps prochain de nouvelles rencontres internationales, très probablement à Barcelone.

Commission écologie


Prolonger la réflexion théorique

L’écologie sociale regorge d’analyses et de propositions pour nourrir nos luttes et notre projet de société, et elle mérite d’être actualisée et enrichie au regard des deux décennies écoulées depuis les derniers écrits importants de Bookchin. D’une part, le capitalisme lui même a évolué, avec un développement démesuré du secteur financier et la récupération des enjeux écologiques dans la fumeuse « croissance verte ». D’autre part, le mouvement actuel contre la loi travail rappelle que pour construire un mouvement social de masse à même d’affronter le capitalisme, il est nécessaire que les travailleurs et travailleuses se mobilisent et bloquent l’économie par la grève. Certes le prolétariat a évolué depuis Marx, mais il reste central dans toute possibilité révolutionnaire contrairement à ce que Bookchin avait conclu après sa déception face au mouvement ouvrier. Enfin, l’aggravation de la catastrophe écologique remet en question l’émancipation par la technique – relativement élevée – qu’envisageait Bookchin, car une telle société induirait des besoins que les écosystèmes ne pourraient peut être pas supporter. Il y a donc matière à organiser d’autres rencontres !

http://alternativelibertaire.org/?Renco ... -social-en
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 04 Aoû 2017, 10:49

L’écologie : nécessairement anticapitaliste !

Chapitre 1 :
La dégradation de l’environnement et les dangers pour l’humanité

La question du réchauffement climatique


Le changement climatique commence à apparaître de manière visible dans nos vies. Les hivers sans neige, le chant des cigales à Lyon, l’apparition dans le Midi de la France de certaines espèces de moustiques qui n’existaient que dans les régions tropicales. Le seuil de 2° considéré comme dangereux sera très probablement franchi quoi qu’on fasse.

Un petit rappel sur les mécanismes du réchauffement climatique : quand le soleil chauffe la terre, une partie du rayonnement est renvoyée vers l’espace. Mais pas la totalité car l’atmosphère retient la chaleur et maintient une partie de ce rayonnement au niveau du sol. Sans cette particularité, la température moyenne de la terre serait de -18°. Ce mécanisme qui a été favorable à la vie est en train d’être gravement perturbé. Le gaz carbonique est le principal contributeur à effet de serre. Or le fait de brûler du pétrole, du gaz et du charbon a pour effet d’élever considérablement le taux de gaz carbonique dans l’atmosphère, qui est passé de l’ère industrielle de 280 ppm à 380 : c’est une augmentation considérable.

Le gaz carbonique n’est pas le seul gaz à effet de serre : il y a aussi le méthane. Sa concentration dans l’atmosphère a plus que doublé. Or le méthane bien que présent en très petite quantité est 14 fois plus puissant que le gaz carbonique comme gaz à effet de serre. Le méthane provient de la décomposition des matières organiques, pour partie de l’agriculture.

La troisième composante importante des gaz à effet de serre est la famille des oxydes nitreux. Leur augmentation est aussi considérable. Ces gaz peuvent être entre 100 et 300 fois plus puissants que le gaz carbonique pour réchauffer l’atmosphère. Les oxydes nitreux proviennent de l’industrie et en partie de l’agriculture.

Pourquoi a-t-on dit qu’il ne fallait pas dépasser 2° d’augmentation ? Dans les risques du réchauffement climatique, il n’y a pas seulement le fait que demain il risque de faire plus chaud qu’aujourd’hui, mais aussi des risques d’emballement. Au-delà d’un certain seuil qu’on ne sait pas très bien définir, le climat peut se modifier de manière extrêmement brutale pour arriver à des températures qu’on n’a pas vues sur Terre depuis plus de 100 millions d’années.

On peut avoir un aperçu de ce mécanisme avec la fonte de la banquise de l’océan Arctique. Autour de l’an 2000 on prévoyait une fonte de la banquise en 2050 qui permettrait aux bateaux de traverser sur une mer libre de glace au cours de l’été. Nous sommes en 2017 et c’est déjà le cas : que s’est-il passé ? Quand la glace commence à fondre, la couleur blanche et brillante ne reflète plus le soleil et celui-ci se met à chauffer l’eau directement, ce qui accélère la fonte de la glace. Très au-delà des prévisions des modèles du GIEC, les régions arctiques ont connu au cours de l’été 2016 des températures supérieures de 6° aux températures habituelles du siècle dernier. Cette combinaison de fonte des glaces et de réchauffement de l’eau qui accélère la fonte des glaces s’appelle un phénomène non linéaire.

Un autre exemple de ce type de phénomène, c’est la fonte des glaciers du Groenland et d’Alaska : leur régression est beaucoup plus rapide que prévu. Une chose n’avait pas été suffisamment prise en compte par les modèles : ils intégraient uniquement l’apport supplémentaire de chaleur solaire. On s’est aperçu que la fonte des glaciers en surface provoque des rivières sous glacières qui sapent la base des glaciers et accélèrent leur glissement vers la mer. Ce glissement peut être cinq fois plus rapide que le mouvement normal des glaciers. La fonte accélérée des glaciers, qui se disloquent dans la mer sous forme de gigantesques icebergs, va provoquer une élévation plus grande que prévu du niveau de la mer.

Mais le plus inquiétant des phénomènes d’accélération pourrait être la fonte des sols gelés des régions arctiques. Ces sols ont accumulé plusieurs mètres, voire plusieurs dizaines de mètres, de matières organiques, des herbes, des lichens, qui poussent chaque été au moment du dégel sur une couche superficielle et qui sont progressivement enfouis dans la glace d’année en année. Une fonte brutale et en profondeur de ces sols provoquera une fermentation de ces matières organiques qui vont relarguer en très peu d’années d’immenses quantités de méthane dans l’atmosphère. On a déjà observé dans les régions arctiques des lacs qui se forment dans les bas-fonds et qui bouillonnent comme une casserole à ébullition à cause du méthane qui se dégage. L’accélération du réchauffement provoquera une accélération de la fonte et de la fermentation du permafrost (pergélisol).

Et pour élargir le tableau (qui n’est pas complet, on pourrait aussi parler des forêts), il faut aussi prendre en compte le pouvoir absorbant de la mer, qui en permanence capte le gaz carbonique grâce aux algues et à divers micro-organismes. Ce pouvoir absorbant sera diminué par le réchauffement et l’acidification de l’eau. Pendant que l’on relarguera davantage de gaz carbonique et divers gaz à effet de serre, la mer en absorbera de moins en moins.

Si tous ces effets d’accélération se cumulaient, nous aurions un emballement du réchauffement qui nous conduirait à une catastrophe ingérable.

Une montée du niveau de la mer peut rendre inhabitables et impropres à l’agriculture de nombreuses zones côtières, en particulier les deltas des grands fleuves. Avec une élévation d’un mètre, même si ces terres n’étaient pas totalement inondées, le niveau maximum des marées ferait qu’elles deviendraient salées et incultes. Une grande partie du Bangladesh deviendra inhabitable.

Près de chez nous, le Rhône et le Nil forment des deltas, mais de manière beaucoup plus vaste, les grands fleuves asiatiques qui ont formé des plaines côtières immenses, densément peuplées, fournissent une grande part de l’agriculture des pays.

La fonte de la calotte glacière dans la région arctique provoquerait une élévation du niveau de la mer de 6 à 8 mètres à l’échelle de 3 à 5 siècles. Les plus grandes villes du monde, New York, Changaï, Rio, sans parler des Pays-Bas, seraient submergées. Ce processus, maintenant qu’il est lancé, semble irréversible.

Ici, à Lyon et dans la vallée du Rhône, nous sommes directement concernés par la fonte des glaciers. Le Rhône est un fleuve glaciaire : pendant l’été la majorité de son flux provient de la fonte des glaciers des Alpes. Or s’il n’y a plus de glacier, son débit à l’étiage sera si faible qu’il sera impropre à la navigation, qu’il ne pourra plus refroidir les centrales nucléaires, ni être utilisé pour l’irrigation des cultures de la vallée du Rhône.

La fonte des glaciers de l’Himalaya serait encore plus dramatique. Les grands fleuves d’Asie y prennent leur source et l’approvisionnement en eau pendant l’été de plusieurs régions de Chine, d’Inde et du Pakistan serait extrêmement fragilisé.

Mais nous devons déjà mesurer l’effet d’un réchauffement climatique de 2°, seuil en dessous duquel il sera très difficile de se tenir. Le GIEC, organisme international d’étude du climat, composé de scientifiques collaborant à l’échelle du monde entier, estime qu’avec le niveau de réchauffement sur lequel nous sommes lancés, il y aura 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050. 2050, c’est demain. Des parties entières du monde risquent de devenir inhabitables.

250 millions de réfugiés : imaginons ce que ça signifie en comparaison des 5 millions de réfugiés syriens de ces dernières années. Nous voyons là que quoi qu’il arrive, tous les pays auront à gérer des mouvements de population de grande ampleur. Le délire actuel contre les réfugiés ne nous y prépare pas. Pourtant nous savons bien que quand c’est une question de vie ou de mort, les gens passent les frontières, franchissent la mer sur des barques, traversent les murs de barbelés. Nos États seraient bien avisés d’apprendre à gérer correctement l’arrivée de réfugiés qui, de toutes façons, viendront. Si nous ne leur donnons pas des conditions d’accueil et de vie correctes, nous irons au devant de graves problèmes sociaux.

Pour limiter les effets du réchauffement climatique, il faudra arrêter complètement l’extraction des combustibles fossiles. Des scénarios pour se passer des combustibles fossiles en 2050 ont été établis : ce n’est pas leur faisabilité technique qui est en cause. Mais si on déclarait aujourd’hui que les champs pétrolifères, les gisements de charbon, les puits de gaz naturel ou de schiste n’ont plus aucune valeur financière, ce sont les bourses mondiales qui s’effondreraient. Les possessions des compagnies pétrolifères et minières de l’énergie sont au premier ou au deuxième rang des bourses du monde. ExxonMobil représente à lui seul autant que le PIB de l’Autriche. C’est le pilier du capitalisme, la Bourse, qui est remise en cause.

Sur le plan industriel aussi, arrêter de fabriquer à l’autre bout du monde remet en cause le modèle basé sur la concurrence et la recherche du toujours moins cher. Sur ce plan aussi, sortir des énergies fossiles est totalement incompatible avec le capitalisme.

Pour lutter contre le réchauffement climatique, les États capitalistes du monde ont inventé le commerce des droits à polluer. Ce principe est sans précédent : vingt ans plus tôt, une action internationale de grande ampleur avait été entreprise pour lutter contre les gaz qui détruisent la couche d’ozone. Le principe était alors qu’un certain nombre de gaz polluants seraient progressivement interdit. On peut considérer que cette action a été couronnée de succès. Mais avec le réchauffement climatique c’est un autre procédé qui est adopté : pour polluer il faudra payer. Le principe réglementaire a été totalement abandonné. La gestion des problèmes par la loi a été remplacée par la gestion des problèmes par le marché. D’un point de vue légal, c’est un peu comme si on finançait les braqueurs de banque pour qu’ils cessent de braquer.

Du point de vue de l’efficacité, c’est totalement inopérant : l’utilisation des énergies fossiles continue d’augmenter au rythme de 3 % par an. La première conséquence est que l’air est devenu une marchandise qui est cotée en bourse. On aurait le droit de polluer ici si on dépolluait ailleurs : ainsi des compagnies d’aviation sont incitées à planter des forêts pour compenser leurs émissions. Mais les forêts sont plantées au détriment des paysans locaux qui sont expropriés et chassés de leurs terres. On plante des forêts ici, et on continue à les détruire partout ailleurs. On plante des forêts mono-espèce, de type pins ou eucalyptus, pendant qu’ailleurs on détruit des forêts naturelles et foisonnantes de vie.

La question de la biodiversité

La surpêche dans les mers et les océans nous donne une idée de ce que peut être un effondrement de la biodiversité : des millions de kilomètres carrés d’océan sont totalement dévastés par les gigantesques filets qui raclent le fond et ne laissent rien de vivant derrière eux. Les forêts sont détruites à grande vitesse, et ce ne sont pas seulement les arbres qui disparaissent mais toute la vie qui se trouve à l’intérieur. Dans nos campagnes, dans certains secteurs, il n’y a plus d’insectes à cause des épandages massifs d’insecticides, et par voie de conséquence, il n’y a plus d’oiseaux.

Ce n’est pas seulement la question de la disparition de telle ou telle espèce prise isolément qui est un jeu, comme les orangs-outans, certains batraciens ou chauves-souris, c’est aussi l’équilibre de l’ensemble qui est perturbé. Car les espèces sont interdépendantes : certains insectes pollinisateurs sont spécifiques de certaines plantes, la disparition des uns entraîne la disparition des autres, ensuite disparaissent des êtres vivants qui se nourrissent de ces plantes et de ces insectes. Certains appellent la phase que nous vivons anthropocène, le nom d’une nouvelle ère géologique, pour signifier la puissance des effets sur la terre entière, comparables aux mouvements de l’écorce terrestre, ou du choc d’un astéroïde qui a provoqué l’extinction des dinosaures. Effectivement, la vitesse de disparition des espèces que nous connaissons est aussi rapide que lors des périodes de grandes extinctions. Mais le terme est impropre car ce n’est pas « l’homme » en général qui est responsable mais un système productif bien particulier qui s’appelle capitalisme, qui n’est pas naturel, qui n’est le propre de l’espèce humaine, et qui peut être remplacé.

La question de l’empoisonnement chimique de l’environnement

Tout le monde a entendu parler de la destruction massive des abeilles. Ce n’est que la partie visible parce que des gens en vivent : c’est leur métier et ils donnent l’alerte. Mais en arrière plan, c’est la destruction massive d’insectes, d’oiseaux, etc., que personne ne remarque. Les criquets, les mésanges, les chauves-souris, ce n’est pas l’objet d’un métier, d’une source directe de revenu : personne ne mesure les incidences économiques directes de leur disparition. Or, dans notre société, ce qu’on ne mesure pas avec des euros ou des dollars, « ça n’existe pas ».

La toxicité sur l’homme des produits qui tuent les insectes n’est pas apparue immédiatement. On s’aperçoit peu à peu qu’ils agissent à des doses extrêmement faibles, notamment sur le développement de l’embryon humain. Des corrélations ont été démontrées entre l’augmentation des cas d’autisme et la présence de pesticides dans les urines de femmes enceintes.

Une prise de conscience de la nocivité de certaines substances a commencé à se faire jour à travers les luttes syndicales suite aux maladies liées à l’amiante, au plomb, au benzène, à des cancers liés à l’exposition lors du travail. Une véritable expertise syndicale a vu le jour. Elle peut être un point d’appui pour étendre ces luttes au-delà de l’exposition des travailleurs, jusqu’à l’utilisation finale des produits. De ce point de vue, nous pourrions développer un éco-syndicalisme qui, au-delà des conditions de travail, engagerait la lutte sur la question des finalités de la production, l’usage des produits, leur toxicité, leur empreinte écologique, leur durabilité.

La question nucléaire

Depuis que le nucléaire existe, nous en sommes à trois accidents graves avec fusion du cœur du réacteur. Une fois, le cœur fondu est resté confiné dans l’enceinte en béton (Three Mile Island, aux USA). Les deux autres fois, il a été libéré à l’extérieur : à Thernobyl et à Fukushima. Si un accident de type Tchernobyl survenait dans la vallée du Rhône où il y a 4 centrales et une quinzaine de réacteurs, le cœur fondu n’irait pas polluer la mer mais il partirait dans le fleuve, rendant la vallée du Rhône toxique pour des siècles, ou au minimum impropre à l’agriculture.

Mais il n’y a pas que le risque : la gestion des déchets radioactifs nous projette sur des temps qui s’expriment en dizaines de milliers d’années.

Sans tenir compte du risque, le coût des déchets et du démantèlement n’est pas pris en compte à sa juste mesure, ce qui fait que l’électricité nucléaire est vendue à prix bradé, en dessous de ce que serait son véritable coût. Pour le nucléaire comme pour les entreprises, les bénéfices sont pour les entreprises et les pertes ou les coûts induits sont pour la collectivité.

Pour le NPA, il faut sortir du nucléaire en dix ans.

Chapitre 2 :
L‘écologie implique un autre regard sur le monde


Le monde vu comme une mécanique :

Les OGM : il suffirait d’échanger des pièces (des gènes) pour obtenir de nouvelles propriétés des êtres vivants. Bien avant l’invention des OGM, la conception des semences sélectionnées a obéi à des principes qui ont été radicalisés par les semences OGM : une sélection qui visait à fabriquer des semences identiques, diffusées dans le monde entier, et indépendantes des milieux auxquels elles étaient destinées. Par conséquent, ces semences ne pouvaient fonctionner qu’à l’aide de béquilles chimiques, d’engrais, pesticides et de fongicides. Une autre propriété de ces semences est que, quand elles sont obtenues par hybridation, elles sont instables. De ce fait les agriculteurs sont obligés de les renouveler, de les racheter régulièrement.

Depuis presque un siècle, les semences sélectionnées uniformes ont remplacé les variétés locales adaptées au terrain et au climat : elles ont accompagné la montée en puissance de l’industrie chimique et semencière.

Avec les engrais et les pesticides, « il suffit » d’ajouter ce qui manque pour faire pousser les plantes et détruire les parasites et adventices, pour augmenter les rendements. Par ce procédé, on crée des plantes qui ne peuvent vivre qu’avec l’appoint des engrais et pesticides, on perd les variétés locales, on perd les compétences agronomiques qui permettent de comprendre les interactions entre les plantes et leur milieu.

La conception du vivant comme une mécanique accompagne l’uniformisation mondiale des semences, l’utilisation massive d’engrais et de pesticides : elle est en parfaite adéquation avec la stratégie des multinationales.

Le vivant n’est pas une machine, ce n’est pas un assemblage de pièces, c’est un équilibre d’interactions.

Et pourtant les cerfs ne mangent pas de poissons. Dans des parcs naturels aux États-Unis, on a constaté une régression massive du nombre de cerfs. Ni l’augmentation du nombre de prédateurs (les ours) ni l’apparition de nouvelles maladies ne pouvait expliquer le phénomène. On s’est aperçu que le comportement des ours avait changé : ils s’étaient mis à dévorer les jeunes cerfs. C’est parce qu’ils n’avaient plus de poissons à manger dans les rivières qui étaient polluées. Nous voyons l’apparent paradoxe de la disparition des cerfs liés au manque de poissons. Un bon exemple de la complexité du vivant.

Les morues de Terre-Neuve : il ne peut y en avoir que beaucoup ou aucune. La surpêche de la morue dans la région de Terre-Neuve a entraîné la disparition totale de cette espèce dans le secteur. Ni l’interdiction de la pêche à la morue, ni l’introduction artificielle de nouveaux poissons n’ont permis que cette espèce réapparaisse. À cause des prédateurs, les requins, les morues ne peuvent survivre que si elles sont rassemblées en banc serré de plusieurs dizaines de milliers. Les quelques dizaines de poissons qui peuvent réapparaître sont systématiquement mangés par les requins.

La pêche en Irlande : en Irlande au début du XXe siècle, on péchait autant de poissons avec des barques qu’on en pèche aujourd’hui avec de puissants chalutiers traînants des filets de plusieurs kilomètres. La population de poissons a tellement régressé qu’on va les chercher de plus en plus loin et de plus en plus profond. Mais le massacre continue, et moins il y a de poissons plus on racle la mer.

Les baleines : à l’échelle mondiale, les baleines mangent autant de tonnes de poissons que n’en mangent les humains. Cela devrait nous alerter, non pas sur le fait que les baleines sont nos concurrentes, mais que les ressources de la mer sont beaucoup plus grandes qu’on ne l’imagine. Ce que l’on appelle épuisement des ressources ne serait-il pas tout simplement la destruction des ressources existantes par la surpêche, l’utilisation de techniques inadaptées comme les chaluts qui raclent le fond et détruisent tout, la pollution ?

Cultures associées : les orges d’hiver sont très sensibles aux insectes parasites et beaucoup de récoltes sont perdues quand les semences ne sont pas traitées par des pesticides. Mais la même plante associée à de l’avoine ne subit aucun dégât. Autre exemple : les céréales ont besoin d’apport d’azote pour pouvoir se développer. Mais les céréales associées à des pois, qui sont des légumineuses, trouvent l’apport d’azote nécessaire à leur croissance. Or cette association est très utile pour nourrir les animaux, car elle remplace l’importation de soja.

C’est une autre conception de l’agriculture, de la pêche, des parcs naturels qu’implique une vision écologique et non plus mécanique du monde. Une autre conception de la recherche agronomique : il ne s’agit pas seulement de chercher ce qui manque aux plantes ou aux sols pour faire de l’agriculture, mais de comprendre les interactions, d’adopter des variétés locales, d’orienter la sélection vers l’adaptation au milieu, de rechercher les associations qui sont les plus pertinentes. C’est Ie siècle de recherche agronomique qu’il faut critiquer.

Écologie de l’organisation sociale : l’organisation moderne du travail, ce sont des travailleurs interchangeables, conçus comme des pièces mécaniques, accessoires des machines. Les collectifs de travail sont systématiquement détruits, les compétences ne sont pas reconnues, tout le savoir est placé dans des procédures. Nous sommes tous submergés par les procédures. Une conception du travail fondé sur l’interaction, la solidarité, le partage des compétences, est à l’opposé du travail flexible, de l’organisation par projets, de la comptabilité financière de chaque minute de travail. C’est la même conception mécanique du monde qui détruit la nature et qui fait souffrir les êtres humains.

Considérer le monde comme une mécanique et les humains comme des pièces interchangeables détruit à la fois les sources de toute richesse : la nature et le travailleur.


Chapitre 3 :
L’écologie n’est pas un problème isolé : c’est l’ensemble de la société qui est concernée


Le réchauffement climatique et les réfugiés. Si 250 millions de réfugiés doivent être accueillis dans 30 ans, la question écologique deviendra alors un problème géopolitique. À l’intérieur de chaque pays, c’est la question de l’accueil, de la nationalité, de qui est citoyen, qui devront être entièrement revus. Nous n’en prenons pas le chemin.

Les délocalisations. Avec les délocalisations, nous sommes confrontés à la concurrence internationale entre travailleurs qu’organisent les capitalistes. De ce fait, les délocalisations sont au croisement des problèmes écologiques liés au transport, à la réglementation environnementale différente selon les pays, et à la précarité des travailleurs partout dans le monde. Dans une société socialiste, le contrôle des travailleurs sur la production ne pourrait se faire qu’avec des productions relocalisées, qui intègrent dans une même zone toutes les phases de la production, et qui sont à proximité des lieux de consommation pour éviter les transports et permettre le recyclage.

Transports gratuits en zone urbaine et périurbaine. Pour limiter l’utilisation des voitures, les transports gratuits pourraient être une mesure très efficace. Là aussi, amélioration des conditions de vie et écologie peuvent aller dans le même sens. Mais il ne faut plus chercher à faire des profits avec des entreprises de transports privées.

Les autoroutes : lutter contre l’extension des autoroutes, c’est aussi comprendre ce qui est en arrière-plan de cette frénésie de transport. En plus du transport inutile de marchandises en tous sens, ce sont les déplacements de travailleurs qui créent aussi cette demande. Certaines zones sont sinistrées par la désindustrialisation. Les gens sont obligés d’aller loin pour chercher du travail. Le chômage et la précarité exacerbe ce besoin de transport. De plus, dans certaines zones urbaines, les prix du logement sont tellement prohibitifs que les travailleurs modestes sont obligés d’habiter de plus en plus loin. L’ouverture de nouvelles autoroutes devient alors l’occasion d’ouvrir de plus en plus loin de nouvelles zones constructibles avec tout ce que ça implique d’emprise sur le sol, de coûts annexes comme l’assainissement, la voirie. Les luttes contre les autoroutes, contre l’habitat dispersé, contre la spéculation foncière, contre la précarité du travail sont intimement liées. Là aussi il n’y a pas d’écologie séparée du social.

Économie circulaire. Il y a quelques années à Lyon, une usine de fabrication de lave-linge, avec 400 salariés, était fermée pour cause de délocalisation en Pologne. Un groupe de salariés avait proposé de reconvertir l’usine de façon à récupérer toutes les machines à laver hors d’usage de la marque, de les remettre à neuf en remplaçant pour un coût réduit les pièces défectueuses. Ce projet appelé économie circulaire a été soumis aux élus locaux de l’agglomération et de la région afin qu’ils le soutiennent. Mais le fabricant des machines neuves s’y est opposé en raison de la protection de la marque. Il aurait fallu contester ce droit à la marque mais évidemment les élus locaux, Europe-Ecologie-les-Verts compris, sont passés sous la table. L’usine est fermée. Nous voyons que l’écologie et le social ne peuvent être liés qu’à condition d’être anticapitalistes. Mais les élus, quand ils ne sont pas anticapitalistes, fussent-ils écologistes, sont des lâches.

Croissance ou réduction du temps de travail. Continuité du salaire. Face à l’efficacité de plus en plus grande des processus de production, à l’automatisation et à la robotisation, les gouvernants prétendent que la seule solution au chômage est la croissance. À l’opposé, nous revendiquons une réduction massive du temps de travail, tout de suite à 32 heures comme le revendiquent certains syndicats, mais ce ne serait pas suffisant et probablement faudrait-il aller à 28 ou 25 heures pour résorber entièrement le chômage et améliorer les conditions de travail.

Un programme écologique radical impliquerait une réorganisation complète de la production : la fermeture des centrales nucléaires, de l’industrie d’armement, et de bien d’autres productions inutiles ou dangereuses. La seule solution pour que cette transition soit acceptable serait de garantir les salaires de tous les travailleurs quel que soit le destin de leur entreprise. C’est une revendication pour tout de suite, au sens où elle procède de l’interdiction des licenciements. C’est aussi une revendication pour la transition écologique.

Un peu de maths pour finir :

Les propriétés de la multiplication par deux : la croissance disent les gouvernements et les capitalistes. Ils n’ont que ce mot à la bouche. La croissance mondiale est aujourd’hui de 3 % par an. Ils trouvent que c’est insuffisant. 3 % de croissance, c’est multiplier la production par 2 tous les 23 ans. Si vous doublez en 23 ans, et que vous doublez encore 23 ans plus tard, vous multipliez par plus de 16 en un siècle, par 360 en 200 ans, et par 10 000 milliards en 1000 ans. (vous avez bien entendu, et si vous en doutez, prenez votre calculette et faites 2 puissance 43 : en effet, on multiplie par deux 43 fois en 1000 ans avec une croissance de 3 %). Appliquée à la production de voitures, de béton, d’autoroutes, une croissance de 3 % par an dépasserait le volume de la planète Terre.

Poser le problème ainsi montre à quel point la croissance comme principe infini est une idée absurde. S’il y a des instituteurs dans la salle, je vous invite à donner de tels exercices de multiplication par 2 aux enfants. Ça éduquera aussi les parents.

Une autre propriété de la multiplication par deux est la suivante : aujourd’hui la croissance de l’extraction des énergies fossiles et de 3 % par an, comme la croissance mondiale. Donc ça double tous les 23 ans. Dans le prochain cycle de 23 ans, nous allons extraire autant de pétrole, de gaz et de charbon qu’on en a sortis de terre dans toute l’histoire de l’humanité. Et il en sera de même dans le cycle suivant. Il y aura bien un jour où ça devra prendre fin. Mais malheureusement, brûler tout ce qu’il y a sous terre rendrait la vie sur Terre impossible.


Conclusion

Il n’y a pas de possibilité d’un capitalisme vert. Le capitalisme, par définition, considère la terre, les plantes, les animaux, les humains comme des choses que l’on utilise en fonction de la rentabilité.

De manière beaucoup plus profonde, l’époque moderne s’est constituée autour de l’idée que l’homme doit être maître et possesseur de la nature. La religion a séparé le corps et l’esprit, elle a prétendu refouler une prétendue part animale de l’homme du côté du mal.

L’écosocialisme, c’est donc beaucoup plus que le contrôle rationnel des moyens de production. Il ne suffirait pas de supprimer la propriété privée. C’est une réorganisation de fond en comble des moyens de produire et bien au-delà : protéger la nature, c’est encore se situer en dehors de la nature alors que nous sommes la nature. L’écosocialisme, c’est une transformation radicale des mentalités. L’écosocialisme n’est pas seulement un autre rapport à la nature, une nature qui nous serait extérieure et qu’il faudrait protéger. C’est une transformation conjointe de la vie en société et de notre rapport à la nature qui est en jeu.

L’écosocialisme, à l’opposé de toute vision pessimiste d’un avenir fait de privations « pour sauver la planète », dessine plutôt les contours d’une société où on vivrait mieux. C’est sur cette aspiration à vivre mieux que nous devons nous appuyer pour mener le combat. Une transformation écosocialiste du monde, non seulement nous protégerait de bien des malheurs, mais permettrait aussi d’améliorer les conditions de vie. En finir avec l’usage de la voiture, avec les appareils que l’on remplace tous les trois ans, le gaspillage généralisé et l’obsolescence programmée, travailler moins, accéder facilement au logement, peut compenser largement ,en termes de qualité de vie, la consommation de masse que le capitalisme présente comme l’accès au bonheur.

Gérard Vaysse

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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 25 Aoû 2017, 17:10

Trier, manger bio, prendre son vélo… ce n’est pas comme ça qu’on sauvera la planète

La culpabilisation des individus occulte les véritables causes de la destruction de la planète: le capitalisme et les Etats-nations. Par Slavoj Zizek.

En décembre 2016, des milliers de citadins chinois asphyxiés par le smog ont dû se réfugier à la campagne dans l’espoir d’y trouver une atmosphère plus respirable. Cette «airpocalypse» a affecté 500 millions de personnes. Dans les grandes agglomérations, la vie quotidienne a pris les apparences d’un film post-apocalyptique: les passants équipés de masques à gaz circulaient dans un sinistre brouillard qui recouvrait les rues comme une chape.

Ce contexte a clairement fait apparaître la séparation des classes: avant que le brouillard n’amène à fermer les aéroports, seuls ceux qui avaient les moyens de s’acheter un billet d’avion ont pu quitter les villes. Afin d’exonérer les autorités, les législateurs pékinois sont allés jusqu’à envisager de classer le smog au nombre des catastrophes météorologiques, comme s’il s’agissait d’un phénomène naturel, et non d’une conséquence de la pollution industrielle. Une nouvelle catégorie est ainsi venue s’ajouter à la longue liste des réfugiés fuyant les guerres, les sécheresses, les tsunamis, les tremblements de terre et les crises économiques: les réfugiés du smog.

Décroissants, démocrates, catastrophistes, etc.: comment se repérer dans la pensée écolo
http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/201 ... ecolo.html

L’airpocalypse n’a cependant pas tardé à faire l’objet d’une normalisation. Les autorités chinoises, bien obligées de prendre acte de la situation, ont appliqué des mesures permettant aux citoyens de poursuivre leur train-train quotidien. Elles leur ont recommandé de rester calfeutré chez eux et de ne sortir qu’en cas de nécessité, munis d’un masque à gaz. La fermeture des écoles a fait la joie des enfants. Une escapade à la campagne est devenue un luxe et Pékin a vu prospérer les agences de voyage spécialisées dans ces petites excursions. L’essentiel étant de ne pas s’affoler, de faire comme si de rien n’était.

Une réaction compréhensible, si l’on considère que «nous sommes confrontés à quelque chose de si complètement étranger à notre vécu collectif que nous ne le voyons pas vraiment, même lorsque la preuve est écrasante. Pour nous, ce ‘‘quelque chose’’ est un bombardement d’immenses altérations biologiques et physiques sur le monde qui nous a nourris». Aux niveaux géologique et biologique, l’essayiste Ed Ayres énumère quatre «pics» (développements accélérés) approchant asymptotiquement du point au-delà duquel se déclenchera un changement qualitatif: croissance démographique, consommation de ressources limitées, émissions de gaz carbonique, extinction massive des espèces.

Face à ces menaces, l’idéologie dominante mobilise des mécanismes de dissimulation et d’aveuglement: «Parmi les sociétés humaines menacées prévaut un mode général de comportement, une tendance à s’affubler d’œillères au lieu de se concentrer sur la crise, bien en vain.» Cette attitude est celle qui sépare le savoir et la croyance : nous savons que la catastrophe (écologique) est possible, voire probable, mais nous refusons de croire qu’elle se produira.

L’écologie est-elle réactionnaire?, par André Gorz
http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/201 ... -gorz.html

Quand l’impossible devient normal

Souvenez-vous du siège de Sarajevo au début des années 1990: qu’une ville européenne «normale» de quelques 500.000 habitants se trouve encerclée, affamée, bombardée et terrorisée par des snipers pendant trois ans aurait semblé inimaginable avant 1992. Dans un premier temps, les habitants de Sarajevo ont cru que cette situation ne durerait pas. Ils comptaient envoyer leurs enfants en lieu sûr pendant une ou deux semaines, jusqu’à ce que les choses s’apaisent. Pourtant, très vite, l’état de siège s’est normalisé.

Ce même basculement de l’impossible au normal (avec un bref intermède de stupeur et de panique) se manifeste dans la réaction de l’establishment libéral américain face à la victoire de Trump. Il se manifeste également dans la manière dont les États et le grand capital appréhendent des menaces écologiques telles que la fonte de la calotte glaciaire. Les politiciens et les gestionnaires qui, récemment encore, écartaient la menace de réchauffement climatique comme un complot cryptocommuniste ou, du moins, comme un pronostic alarmiste et infondé, nous assurant qu’il n’y avait aucune raison de s’affoler, considèrent désormais le réchauffement climatique comme un fait établi, comme un élément normal.

En juillet 2008, un reportage de CNN, «The Greening of Greenland» («Le Groenland se met au vert»), vantait les possibilités ouvertes par la fonte des glaces: quelle aubaine, les habitants du Groenland vont désormais cultiver leur potager! Ce reportage était indécent en ce qu’il applaudissait les bénéfices marginaux d’une catastrophe mondiale, mais surtout parce qu’il associait la «verdure» du Groenland, conséquence du réchauffement climatique, à une prise de conscience écologique. Dans «La Stratégie du choc», Naomi Klein montrait comment le capitalisme mondial exploite les catastrophes (guerres, crises politiques, catastrophes naturelles) pour faire table rase des vieilles contraintes sociales et imposer son propre agenda. Loin de discréditer le capitalisme, la menace écologique ne fera peut-être que le promouvoir davantage.

Naomi Klein : « Il y a un choc frontal entre l’urgence climatique et l’idéologie de nos élites »
http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20 ... lites.html

Battre sa coulpe

Paradoxalement, les tentatives mêmes de contrer d’autres menaces écologiques risquent d’aggraver le réchauffement des pôles. Le trou dans la couche d’ozone contribue à protéger l’Antarctique du réchauffement climatique. S’il était amené à se résorber, l’Antarctique pourrait bien rattraper le réchauffement du reste de la planète. De même, il est de bon ton de souligner le rôle décisif du «travail intellectuel» dans nos sociétés post-industrielles. Or, aujourd’hui, le matérialisme opère un retour de bâton, comme en témoigne la lutte pour les ressources raréfiées (nourriture, eau, énergie, minerai) ou la pollution atmosphérique.

Même lorsque nous nous disons prêts à assumer notre responsabilité, on peut y voir un stratagème visant à occulter leur véritable ampleur. Il y a quelque chose de faussement rassurant dans cette promptitude à battre notre coulpe. Nous culpabilisons bien volontiers car, si nous sommes coupables, c’est que tout dépend de nous, c’est nous qui tirons les ficelles, il suffit que nous modifions notre style de vie pour nous tirer d’affaire. Ce qu’il nous est plus difficile d’accepter, nous Occidentaux, c’est d’être réduits à un rôle purement passif d’observateur impuissant. Nous préférons nous lancer dans une frénésie d’activités, recycler nos papiers usagés, manger bio, nous donner l’illusion de faire quelque chose, apporter notre contribution, comme un supporter de foot bien calé dans son fauteuil, devant un écran de télé, qui croit que ses vociférations influenceront l’issue du match.

Arundhati Roy : “Le capitalisme fabrique des fantômes”
http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/201 ... tomes.html

En matière d’écologie, le déni typique consiste à dire: «Je sais que nous sommes en danger, mais je n’y crois pas vraiment, alors pourquoi changer mes habitudes?» Mais il existe un déni inverse: «Je sais que nous ne pouvons pas faire grand-chose pour enrayer le processus qui risque de mener à notre perte, mais cette idée m’est tellement insupportable que je vais essayer, même si cela ne servira à rien.» Tel est le raisonnement qui nous pousse à acheter des produits bio. Nul n’est assez naïf pour croire que les pommes étiquetées «bio», à moitié pourries et hors de prix, sont plus saines. Si nous choisissons de les acheter, ce n’est pas simplement en tant que consommateurs, c’est dans l’illusion de faire un geste utile, témoigner de nos convictions, nous donner bonne conscience, participer à un vaste projet collectif.

Retour à la Mère Nature ?

Arrêtons de nous leurrer. L’airpocalypse chinoise montre clairement les limites de cet environnementalisme prédominant, étrange combinaison de catastrophisme et de routine, de culpabilisation et d’indifférence. L’écologie est aujourd’hui un champ de bataille idéologique majeur où se déploie toute une série de stratégies pour escamoter les véritables implications de la menace écologique:

1) l’ignorance pure et simple : c’est un phénomène marginal, qui ne mérite pas que nous nous en préoccupions, la vie (du capital) suit son cours, la nature se chargera d’elle-même;

2) la science et la technologie peuvent nous sauver;

3) le marché résoudra les problèmes (par la taxation des pollueurs, etc.);

4) insistance sur la responsabilité individuelle au lieu de vastes mesures systémiques: chacun doit faire ce qu’il peut, recycler, réduire sa consommation, etc.;

5) le pire est sans doute l’appel à un retour à l’équilibre naturel, à un mode de vie plus modeste et plus traditionnel par lequel nous renonçons à l’hybris humaine et redevenons des enfants respectueux de notre Mère Nature.

Pour résoudre la crise climatique, pourquoi ne pas manipuler le climat ?

Le discours écologique dominant nous interpelle comme si nous étions a priori coupables, en dette envers notre mère Nature, sous la pression constante d’un surmoi écologique: «Qu’as-tu fait aujourd’hui pour dame Nature? As-tu bien jeté tes vieux papiers dans le container de recyclage prévu à cet effet? Et les bouteilles en verre, les cannettes? As-tu pris ta voiture alors que tu aurais pu circuler à vélo ou emprunter les transports en commun? As-tu branché la climatisation au lieu d’ouvrir les fenêtres?»

Les enjeux idéologiques d’une telle individualisation sont évidents: tout occupé à faire mon examen de conscience personnel, j’en oublie de me poser des questions bien plus pertinentes sur notre civilisation industrielle dans son ensemble. Cette entreprise de culpabilisation trouve d’ailleurs une échappatoire facile: recycler, manger bio, utiliser des sources d’énergie renouvelables, etc. En toute bonne conscience, nous pouvons continuer notre petit bonhomme de chemin.

Mais alors, que devons-nous faire? Dans son dernier ouvrage, «Was geschah im 20. Jahrhundert» (non traduit en français), Sloterdijk dénonce la «passion du réel» caractéristique du siècle précédent, terreau de l’extrémisme politique qui mène à l’extermination des ennemis, et il formule des propositions pour le XXIe siècle: nous, êtres humains, nous ne pouvons plus minimiser les dommages collatéraux générés par notre productivité. La Terre n’est plus l’arrière-plan ou l’horizon de notre activité productive, mais un objet fini que nous risquons de rendre invivable par inadvertance.

Alors même que nous devenons assez puissants pour affecter les conditions élémentaires de notre existence, il nous faut reconnaître que nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres sur une petite planète. Cette prise de conscience appelle une nouvelle manière de nous inscrire dans notre environnement : non plus comme un travailleur héroïque qui exprime son potentiel créatif en exploitant ses ressources inépuisables, mais comme un modeste agent qui collabore avec ce qui l’entoure et négocie en permanence un degré acceptable de sécurité et de stabilité.

Tambora, le volcan qui a causé une catastrophe écologique mondiale
http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/201 ... diale.html

La solution : imposer une solidarité internationale

Le capitalisme ne se définit-il pas justement par le mépris des dommages collatéraux? Dans une logique où seul le profit importe, les dégâts écologiques ne sont pas inclus dans les coûts de production et sont en principe ignorés. Même les tentatives de taxation des pollueurs ou de mise à prix des ressources naturelles (y compris l’air) sont vouées à l’échec. Pour établir un nouveau mode d’interaction avec notre environnement, il faut un changement politico-économique radical, ce que Sloterdijk appelle «la domestication de la bête sauvage Culture».

Jusqu’à présent, chaque culture disciplinait ses propres membres et leur garantissait la paix civile par le biais du pouvoir étatique. Mais les relations entre différentes cultures et États restaient constamment menacées par une guerre potentielle, la paix n’était qu’un armistice temporaire. Hegel a montré que l’éthique d’un État culminait dans cet acte d’héroïsme suprême, la volonté de sacrifier sa vie pour la nation. En d’autres termes, la barbarie des relations interétatiques sert de fondement à la vie éthique au sein même d’un État. La Corée du Nord, lancée dans la course aux armements nucléaires, illustre bien cette logique de souveraineté inconditionnelle de l’État-nation.

Comment le discours médiatique sur l’écologie est devenu une morale de classe

La nécessité de civiliser les civilisations elles-mêmes, d’imposer une solidarité et une coopération universelles entre toutes les communautés humaines est rendue d’autant plus difficile par la montée de la violence sectaire et ethnique et par la volonté «héroïque» de se sacrifier (ainsi que le monde entier) au nom d’une cause. Surmonter l’expansionnisme capitaliste, établir une coopération et une solidarité internationales capables de générer un pouvoir exécutif qui transcende la souveraineté de l’État: n’est-ce pas ainsi que nous pourrons espérer protéger nos biens communs naturels et culturels? Si de telles mesures ne tendent pas vers le communisme, si elles n’impliquent pas un horizon communiste, alors le terme de «communisme» est vide de sens.

Slavoj Zizek

Traduit de l’anglais par Myriam Dennehy


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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 18 Jan 2018, 22:36

Écologie sociale : le communalisme contre le chaos climatique

La théorie de l’écologie sociale et sa pratique demeurent notre meilleur espoir pour repousser un avenir dystopique et pour refaçonner de manière sensée le destin de l’humanité sur cette planète.

Depuis les années 1960, la théorie et la pratique de l’écologie sociale ont guidé les efforts visant à articuler un point de vue écologique radical et anti-systémique, dans le but de transformer la relation de la société avec la nature non-humaine. Depuis de nombreuses décennies, les écologistes sociaux expriment une critique écologique fondamentale du capitalisme et de l’État, et proposent une vision alternative de communautés humaines autonomes, organisées confédéralement, en quête d’une relation plus harmonieuse avec le monde naturel au sens large.

L’écologie sociale a contribué à façonner la nouvelle gauche des Etats-Unis, les mouvements antinucléaires dans les années 1960 et 1970, elle a suscité l’émergence de politiques vertes dans de nombreux pays, le mouvement altermondialiste de la fin des années 1990 et du début des années 2000, et plus récemment la lutte pour l’autonomie démocratique des communautés kurdes en Turquie et en Syrie, ainsi que la résurgence de nouveaux mouvements municipaux dans le monde entier – de Barcelona en Comú à Cooperation Jackson dans le Mississippi.

La vision philosophique de l’écologie sociale a été formulée pour la première fois par Murray Bookchin entre le début des années 1960 et le début des années 2000, et elle a depuis lors été développée par ses collègues et bien d’autres. C’est une synthèse unique de la critique sociale, de l’investigation historique et anthropologique, de la philosophie dialectique et de la stratégie politique. L’écologie sociale peut être vue comme le développement de plusieurs couches distinctes de compréhension et de perspicacité, couvrant tous les domaines cités et plus encore. Elle commence par une appréciation du fait que les problèmes environnementaux sont fondamentalement de nature sociale et politique, et qu’ils sont enracinés dans les héritages historiques de domination et de hiérarchie sociale.

... http://www.kedistan.net/2018/01/15/ecol ... munalisme/
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 15 Mar 2018, 02:28

Choix énergétiques

Choix énergétiques : Power to the people  !

Le plus souvent, un problème environnemental est aussi un problème social. On peut aller plus loin  : discuter de l’énergie revient à poser la question des modes d’organisation politique que l’on veut défendre.

Sans vraiment de surprise, le ministre de l’Écologie Nicolas Hulot, star libérale de l’écologie en carton (recyclé, certes), a annoncé en novembre 2017, vouloir reporter d’une décennie la diminution en dessous de 50 % de la part du nucléaire dans le mix énergétique français. Cette décision est politique, mais pas seulement parce qu’elle relève des prérogatives de la classe dirigeante, ou parce que les questions environnementales nous concernent toutes et tous. Elle équivaut en fait aussi à décider de la forme même du pouvoir qui va être exercé pendant ces dix années de report – et bien au-delà.

Choix énergétiques et formes de pouvoir

Lorsque l’on discute des choix énergétiques, c’est souvent sur le plan de l’écologie que l’on argumente pour ou contre une certaine forme de production ou une technologie particulière, du point de vue des dégâts causés à l’environnement et de leurs conséquences sociales. Mais on peut engager la réflexion dans une autre direction, et mesurer les choix énergétiques à l’aune de la forme politique qu’ils présupposent, en parallèle de l’aspect strictement écologique de la discussion  [1]. En suivant cette voie, l’écologiste Denis Hayes prédisait dans les années 1970  [2] que «  la multiplication des centrales nucléaires ne peut que conduire la société vers l’autoritarisme. En effet, il n’est possible de s’appuyer en toute sécurité sur le nucléaire comme source principale d’énergie que sous le joug d’un État totalitaire  ». C’est ce que, la même année, l’allemand Robert Jungk essayait de penser sous le nom d’«  État nucléaire  »  [3].

Le maintien des 58 réacteurs nucléaires en activité sur le territoire français requiert un certain nombre de conditions sociales. Étant donné la difficulté et la dangerosité de l’exploitation de l’uranium, la formation d’une élite technocratique assise au sommet d’une bureaucratie inébranlable apparaît nécessaire pour concentrer le savoir, les moyens matériels, et l’inertie impersonnelle que requiert une telle exploitation. Plus encore, cette forme politique est requise dans la durée  : le démantèlement d’une centrale peut réclamer jusqu’à 30 ans, et les cinq premières années sont critiques  : c’est là que l’on retire les matières radioactives les plus dangereuses. On ne sort pas brutalement du nucléaire sans risquer une catastrophe, par conséquent on risque de ne pas pouvoir se débarrasser immédiatement de la forme de pouvoir qui l’accompagne. Mais la technocratie indéboulonnable n’est qu’un aspect de l’affaire. Pensons en effet aux risques de sabotage des centrales nucléaires. Ou encore à tout le plutonium, déchet réutilisable des centrales, qui est retraité dans l’usine de la Hague et est expédié à travers tout le pays dans des wagons plombés  : il suffit d’en détourner juste un peu pour se lancer dans la fabrication d’une bombe incroyablement dangereuse. La protection des centrales, des trains de matière radioactive, des sites d’enfouissement, doit être absolument infaillible, sous peine de mettre des millions de vie en danger, ce que seul un contrôle militaire totalement centralisé semble en mesure de mettre en œuvre. Il est facile d’imaginer que si du plutonium venait ainsi à être volé, pour quelque raison que ce soit, tous les garde-fou légaux sauteraient immédiatement pour laisser place au contrôle maximum de la population.

Rallonger de dix ans l’engagement de la France dans le nucléaire, c’est donc en quelque sorte installer pour dix ans de plus un pouvoir technocratique et militaire ultra-centralisé. Pour beaucoup plus que dix ans, en réalité, si on ajoute le fait que la sortie du nucléaire se fait sur le long terme – sans que la question des déchets soit jamais totalement réglée – et qu’un tel État doit être stable par définition.

L’énergie solaire, plus naturellement décentralisée

La question politique se pose aussi pour les autres sources d’énergie. Indépendamment de leur bilan environnemental désastreux, le charbon, le pétrole et autres énergies fossiles sont-ils utilisables massivement par les multinationales prédatrices du capitalisme que nous connaissons  ? Il est sans doute moins facile de répondre que pour le nucléaire, mais l’extraction, le traitement et l’acheminement de volumes importants de combustibles fossiles exigeront quoi qu’il en soit une concentration certaine de moyens matériels et une hiérarchie assez verticale.

Est-ce qu’à l’inverse on peut penser à des formes de production d’énergie qui seraient fortement compatibles avec des formes politiques émancipatrices ? Le même Denis Hayes défendait vigoureusement l’énergie solaire, plus naturellement décentralisée, à la fois techniquement et politiquement, puisque – comme pour l’éolien ou l’hydraulique, pourrait-on ajouter – il est tout-à-fait envisageable de construire une multitude de panneaux et turbines de tailles diverses, et de les gérer localement. D’une part un tel réseau serait beaucoup moins susceptible d’une panne globale catastrophique et ne requièrerait donc pas la sécurité d’une gestion centralisée, et d’autre part il n’exigerait pas une grande concentration de moyens techniques et de connaissances. Plus locales, accessibles, compréhensibles et contrôlables, indépendemment de leurs vertus strictement écologiques, ces énergies s’accommoderaient de formes politiques plus démocratiques.

Quand des communistes étatistes font aujourd’hui la promotion du nucléaire, rien que cela revient à renvoyer le dépérissement de l’État à un lointain avenir. À l’inverse, il est aussi naïf d’ignorer que le temps du démantèlement des centrales, le nucléaire va charrier des formes de centralisation. Plus positivement, parvenir à imposer le solaire, l’éolien ou l’hydraulique là où c’est possible c’est aussi ancrer des formes de production d’énergie qui seront à l’avenir plus facilement réappropriables. L’energie, c’est une question de pouvoir.

Marco (AL92)


[1] Le contenu de cet article est très largement inspiré de Langdon Winner, La Baleine et le réacteur  : à la recherche de limites au temps de la haute technologie, Paris, Descartes & Cie., 2002, et Murray Bookchin, Pour une écologie sociale et radicale, Neuvy-en-Champagne, Le Passager clandestin, 2014.

[2] Denis Hayes, Rays of Hope : The Transition to a Post-Petroleum World, New-York, W. W. Norton, 1977.

[3] Robert Jungk, Der Atom-Staat : Vom Fortschritt in die Unmenschlichkeit, Munich, Kindler, 1977.


https://www.alternativelibertaire.org/? ... the-people
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Re: Ecologie en axe théorie et pratiques

Messagede bipbip » 19 Mai 2018, 19:55

Alternatives : Quelle énergie voulons-nous  ?

Abandon du nucléaire et des carburants fossiles, contestation des projets de solaire ou d’éolien gigantesques… Au final de quelle énergie disposerons nous dans la société écologique et libertaire que nous voulons construire  ? Car si nous avons une certitude, c’est que pour offrir aux humains des conditions de vie et de travail décentes, la société du futur devra disposer de sources d’énergie  !

Lors de son congrès d’octobre 2006, Alternative libertaire ait affirmé que «  face au défi écologique, trois révolutions sont nécessaires  »  : dans les échanges, dans les modes de consommation et dans la production. Le premier enjeu du défi énergétique qui nous attend est celui des économies d’énergies  : relocalisation des productions, abandon des activités économiques inutiles, mise en œuvre de techniques de production et de consommation économes. Mais il est aussi nécessaire de s’engager immédiatement dans le remplacement des énergies fossiles par du renouvelable.

Objectif : décroissance

L’utilisation directe de combustibles fossiles pour produire de l’électricité ou de la chaleur a représenté, en 2010, 41 % des émissions mondiales de CO2  [1]. Il est pourtant possible de construire des bâtiments à «  énergie positive  », produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Les économies d’énergie potentielles sont considérables dans ce secteur.

Les transports constituent la deuxième source majeure d’émissions de CO2, avec 22 % du total mondial en 2010. Les trois quarts résultent du transport routier, et les transports du quotidien en forment la grande majorité. Comme le propose Alternative libertaire, de vastes économies pourraient être obtenues par «  l’aménagement global du territoire de chaque région et des équilibres entre les différentes régions sur la planète. Un démantèlement des métropoles, dont le développement constitue une dérive liée à l’organisation hiérarchisée et inégalitaire des sociétés de classes, s’organisera au profit d’une répartition plus homogène de la population et de l’installation des travailleurs au plus près des lieux de disponibilité des matières et de l’énergie utilisées dans le travail  »  [2].

De plus, dans la société que nous voulons construire, «  des pans entiers de l’économie capitaliste disparaîtront, en particulier tout ce qui est lié à la marchandisation de la vie, au contrôle des classes sociales dominées, à la publicité, au suremballage, à l’appropriation privée des terres, des bâtiments et des outils de production, à la bourse et à la domination de la finance, aux productions réservées aux classes sociales privilégiées, aux transports du quotidien imposés aux classes sociales dominées... C’est une part importante des activités humaines qui doit disparaître, permettant rapidement à la fois une baisse de l’empreinte écologique, la fin de l’exclusion sociale et une diminution importante du temps de travail  »  [3]. Entre abandon de production et mise en œuvre de techniques de productions plus sobres, les économies d’énergies seront massives dans le secteur industriel qui représentait 20 % des émissions mondiales de CO2 en 2010.

Un scénario pour la Bretagne

Plusieurs études, telle le «  Nouveau projet alter breton  » de 2009  [4], qui ne postule même pas une rupture avec le capitalisme, ont élaboré des scénarios qui traduisent en objectifs chiffrés, par secteurs de production et de consommation, une autonomie énergétique pour 2030. Ce plan concerne cinq départements et cinq millions d’habitants. Il démontre qu’il est possible, d’une part de stabiliser, par des économies, sa consommation annuelle à 9,8 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) et de produire régionalement 12,2 millions de TEP, uniquement par l’utilisation des énergies renouvelables  : éolien, solaire, hydraulique, marémotrice, houlomotrice et biomasse.

Quelques collectivités territoriales en France se sont engagées dans cette logique. Par exemple citons la communauté de communes du Mené, au centre de la Bretagne, qui vise l’autonomie énergétique dès 2025  [5]. C’est la logique dite de la transition énergétique, proposant à terme à se passer des énergies fossiles. Cette logique a le mérite de démontrer la faisabilité d’une économie décarbonée et de poser quelques jalons pour l’avenir.

Une société écologique et libertaire où il fera bon vivre

Le mouvement pour «  la transi­tion énergétique  », ses balbutiements dans les réponses qu’il apporte aux questions des économies d’énergie et d’utilisation du renouvelable ne saurait être négligés. Mais la dépolitisation de cette démarche – alors que le gaspillage de ressources est d’abord le fait des classes dominantes et que la production est régie, non par les besoins des personnes, mais par les «  opportunités de profits  » – la rend incapable d’avancer vers son objectif  : les quelques avancées obtenues ne compensent pas l’augmentation des émissions liées à la logique capitaliste.

L’augmentation mondiale des émissions de CO2 continue, avec pendant la décennie 2004-2013  [6], une progression de + 2,3 % par an. Certes la hausse a été contenue en 2014 à 0,7 %, mais comme le précise Le Monde  [7], ce bilan ne prend pas en compte les émissions dues à la déforestation, ce qui neutralise cette prétendue «  baisse de la croissance  » des émissions. Il convient de rappeler la nécessité de rompre, dans le développement des énergies renouvelables, avec la logique de recherche du profit pour une minorité. Sans une telle rupture, loin d’apporter un début de solution à la crise climatique, ces énergies contribueront simplement à consolider le capitalisme. Les maîtres mots des énergies renouvelables doivent être  : décentralisation, maîtrise par les populations, au service de leurs besoins.

Nous savons qu’il est nécessaire et possible de parvenir à une économie décarbonée. Toutefois, il semble illusoire d’imaginer une transformation significative du mode de production et de consommation sans avancer dans la construction d’embryons d’une contre-société au sein desquels «  des fractions significatives des classes sociales défavorisées pourraient accéder aux produits d’une industrie échappant aux règles du capitalisme  »  [8]. Évidemment ces éléments alternatifs ne pourront pas, par un illusoire processus de généralisation, aboutir à eux seuls au renversement du capitalisme. Mais, «  construits en convergence avec une dynamique de luttes sociales revendiquant la socialisation des moyens de production, ils sont une nécessité pour créer des imaginaires libertaires et structurer un contre-pouvoir indispensable au renversement du capitalisme  »  [9].

Commission écologie


[1] «  CO2 Emissions from Fuel Combustion  », International Energy Agency, 2012.

[2] «  L’humanité au sein du monde vivant  », congrès 2017 d’Alternative libertaire.

[3] Idem.

[4] «  Nouveau projet alter breton  », Academia.edu, 2009.

[5] «  En Bretagne, l’autonomie  », Reporterre.net.

[6] Global Carbon Project, consortium scientifique sous l’égide de l’université britannique d’East Anglia.

[7] «  Les émissions mondiales de CO2 se stabilisent, mais le climat continue de s’emballer  », Le Monde du 13 novembre 2016.

[8] «  L’humanité au sein du monde vivant  », congrès 2017 d’Alternative libertaire.

[9] Idem.


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