Stratégies syndicales

Re: Stratégies syndicales

Messagede altersocial » 08 Fév 2014, 09:14

On voit mal comment les délégués vont discuter de toute ces choses avec un simple mandat d'"usine", les mandats doivent être très larges, très souples ... j'imagine aussi la catastrophe quand va etre évoqué la reprise de la production ...


mimosa, c'est pas les mandats qui font la révolution, c'est nous les travailleurs ! :lol:

le "conseil ouvrier" n'est pas un fétichisme organisationnel, c'est un principe, le principe de l'auto-émancipation des travailleurs.
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Messagede mimosa rouge » 08 Fév 2014, 10:52

Les délégués de toutes les usines sont alors chargés de discuter et de décider de toutes les conditions de la lutte

c'est pas moi qu'a écrit ça ....
ni souligné ça :
Toutes les opinions, les volontés, les disponibilités, et les hésitations des masses ne font plus qu'un tout à l'intérieur de l'organisation conseilliste. Celle-ci devient le symbole, l'interprète du pouvoir des travailleurs ; mais elle n'est aussi que le porte-parole qui peut être révoqué à tout moment.


c'est écrut noir sur blanc pour le coup que ça tourne autour des délégués ... qui prennent leurs mandats des "usines"
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Re: Stratégies syndicales

Messagede mimosa rouge » 09 Fév 2014, 13:43

berneri a écrit:
Ensuite il y a la question du logement, to follow , à vos claviers, etc...


je transfert ici, ce que j'en disait sur le sujet de la liste "basta"... pour moi les comités de quartiers ça ne s'oppose pas au syndicats (les travailleurs s'organisant contre l'exploitation), c'est juste être cohérent et investir toute notre vie quotidienne de prolétaire : de 0h00 à 23h59 ... en tant qu'exploité ou dominé. C'est pour ça qu'il ne faut pas que les confédération syndicale de classe se spécialisent sur les relations a l'employeur (c'est bien le rôle du syndicat professionnel, mais les confédérations syndicale ne sont par nature pas que des fédérations de syndicats professionnels ... elle groupent aussi des associations ou encore des coopératives historiquement et dans une certaine mesure toujours maintenant ) mais permette de coordonner toute l'action ouvrière y compris en tant que consommateur donc locataire, propriétaire, sans logement, occupant de logements précaires etc ... Par exemple historiquement les confédérations présente des candidats aux élections des représentant de locataire des HLM .En transformant cette activité de représentation en véritable activité de terrain autour d'un "syndicalisme de locataire" Il y a là un véritable outil pour prendre la bourgeoisie en étau et préparer la gestion de la société future en apprenant a coordonner les besoins et les moyens . Et on pourrait aussi voir que les associations de sociabilité de classe animent la vie ouvrière d'un quartier : activité pour les enfants, fêtes, activités culturelle ont toujours été l'outil des confédérations syndicale pour s'assurer une autonomie culturelle et une émancipation réelle, c'était des activité de quartier de fait, car rattaché aux UL . Et dans les vraie UL qui fonctionnent a peut près correctement ça existe encore un peu.
Et puis il y a une vraie question d'adhésion sur une base de classe, donc d'outil de classe autonome et cela doit être garantie . En tout cas je vous dit pas ça en l'air, c'est une vraie réflexion et une expérimentation (car oui, il faut reprendre de zéro, réinventer même à la cgt) qu'avec les copains on mène sur mon quartier . Le but c'est pas de faire de la "concurrence" aux activité et organisation actuellement existante sur les quartiers, mais bien de rendre cohérente et entière l'activité syndicale et enfin faire émerger des victoires plus nombreuses et accumuler les expériences.



mimosa rouge a écrit:
mais sur Toulouse j'ai l'impression que c'est plus des comités de petits commercants du quartier qu'autre chose

c'est le problème partout a partir du moment ou on va vouloir militer dans un quartier sans prendre la peine de le faire autours d'organisation de classe et en le reliant aux organisations de classe et en France c'est les bourses du travail et les syndicats . Sinon je voit pas ce qu'on construit d'autre qu'un comité mélangeant toute les classes sociales et aboutissant donc a reproduire la domination des classes dominantes (bourgeoisie et petite bourgeoisie) . Sinon il y a encore le choix de faire un comité de quartier qui est en fait un parti politique (car ne groupant que des militants anticapitalistes par exemple) mais là ce sera plus une organisation de classe non plus ou alors d'une toute petite fraction de la classe et au mieux on reproduit la délégation de pouvoir ... et puis de dire que c'est au militants politique de l'impulser ... peut etre... comme les militanst politiques devrait impulser la création de syndicats dans leur branche quand il n'y en a pas ... mais c'est pas au parti de servir de coordination entre les comités et avec le reste du mouvement ouvrier (comme le mouvement syndical par exempel) . On fera une meilleure œuvre révolutionnaire à développer l'autonomie de la classe, l'indépendance des ses organisation et surtout la fédérations de celle-ci ( je pense encore au bourse du travail ) afin que cette autonomie soit une vraie puissance.

J'ai un peu bondit aux propose de Diggers. Moi je pense que c'est a la fois une forme de syndicalisme de locataire, des études sur le quartier, son histoire, mais surtout une anticipation de son évolution, des politiques bourgeoise d'urbanisme, une contestation et une lutte contre cet urbanisme et la logique du marché de l'immobilier, une coordination très forte avec les sections et syndicats des travailleurs de l'habitat, des travailleurs de la construction et de la maintenance, de l'environnement et du nettoiement (qui doivent avoir eux aussi une reflexion et une activité coordonnée sur ces questions) . Tout ceci afin de prendre en étau la bourgeoisie .... (ça sert a se défendre tout de suite) et afin de commencer à s’organiser maintenant sur une base de classe en vue de la gestion future de la société, mais pas à partir à l'assaut des mairies ?! (mais j'ai peut etre mal compris Diggers !). Je veut dire que les expérience de municipalisme dit ouvrier (en france, le PCF ) ont toute étaient des impasses et on grandement contribué à institutionnalisé ce qui était autrefois géré par le mouvement ouvrier . Parce que des militants qui font vivre la sociabilité ouvrière et l'entraide, avec quelques bout de ficelle, quand ils parviennent à la Mairie, ça fait ni une ni deux : les fonds municipaux permettent de multiplier énormément les capacités d'action . On transfert alors la gestion des œuvres d'entraides et de sociabilité à la municipalité, et on dépouille le mouvement ouvrier de ce qui faisait sa force ... même si avant on était un militant très ouvriériste.

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Messagede Pti'Mat » 13 Fév 2014, 12:08

« Pour ma part, je ne me sentais pas entièrement à l'aise parmi ces camarades (la « Gauche Révolutionnaire » au sein de la SFIO). Chez les syndicalistes, j'avais parfois souffert d'un manque de vues politiques générales ; chez les pivertistes, par contre, je souffrais de leur origine non-ouvrière, de la distance relative qui les séparait de l'authentique prolétariat et de ses problèmes. Et, surtout, je n'avais guère confiance malgré mon retour tardif à la SFIO, dans l'action des partis politiques. Ma ré-adhésion au parti socialiste n'avait été qu'un pis-aller, une tentative d'échapper à un isolement stérile. Mais les mœurs, le formalisme et la vétusté de cette vieille maison me rebutaient. Je n'étais pas à l'unisson de mes camarades lorsqu'ils jouaient le jeu du parti, lorsqu'ils prenaient au sérieux son rituel désuet, lorsqu'ils pensaient en terme d'arithmétique de tendances, de congrès fédéral ou national, de tactique électorale, de statuts, etc.
Par contre, j'étais pleinement avec eux lorsqu'ils tentaient de s'implanter et de faire entendre leur message hors du parti, au sein des larges masses ouvrières. Au fond, j'étais demeuré un syndicaliste révolutionnaire. La révolution menée par les syndicats était pour moi la meilleur des révolutions, celle qui éviterait l'hiatus, l'arrêt prolongé du mécanisme de la production, qui assurerait la continuité technique grâce à des comités préparés à assumer la gestion, enfin, qui dispenserait les travailleurs de passer par les fourches caudines de technocrates autoritaires.

Tel était, en effet, pour moi, le dilemme: ou bien le syndicalisme serait en mesure de se substituer à l'Etat, de produire et de répartir lui-même les fruits du travail, de fournir les cadres et de s'identifier avec la structure de l'économie future, ou bien, pour éviter le chaos, la classe ouvrière serait assujettie à la dictature de quelques intellectuels. Le syndicalisme, à mes yeux, n'était pas une idéologie, mais une organisation, l'organisation, le rassemblement des producteurs sur le lieu de travail, l'ordre en face du désordre. Le jour où les militants ouvriers auraient une mentalité de successeurs, la révolution sera aux trois quarts remplie. »

Daniel Guérin, "Front Populaire, révolution manquée", sous-partie "syndicaliste avant tout", édition Agone
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Messagede Nyark nyark » 13 Fév 2014, 20:44

Des fois, P'tit Mat, je me demande si on vit dans le même monde, toi et moi. Je développe pas, j'ai pas envie de tuer la discussion qui ne manque pas d'intérêt. Mais j'ai quand même la vague impression que tu vis dans ta bulle. Enfin, si tu t'y sens bien, hein, surtout n'en sors pas... :roll:
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Messagede mimosa rouge » 13 Fév 2014, 23:28

en scred vous etes amoureux l'un de l'autre mais vous osez pas vous le dire !!! :couple:
ah la honte, ils croient à l' Amour :love: !!!! et en plus c'est déjà un vieux couple :haha:
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Messagede Pti'Mat » 14 Fév 2014, 11:17

Dans ma bulle ? :ET:

Le topic s'appel "stratégies syndicales" et on vient de parler de comités et syndicats. Je post un extrait d'un des livres de Daniel Guérin qui est quand même une figure du syndicalisme révolutionnaire et du communisme libertaire, anti-dogmatique, et qui pour moi répond au sujet et au débat de manière simple. Et en plus le bouquin dont je mets la référence (et qui vient juste d'être réédité), n'est pas mal du tout sur la description de la gauche du front populaire et des différentes stratégies d'époque. Les procès d'intention je veux bien, mais quand c'est nécessaire et quand c'est justifié, là je vois pas...
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Messagede Nyark nyark » 14 Fév 2014, 13:56

Ça doit être ça mimosa, surtout qu'on se connaît pas irl :^^:

Plus sérieusement, désolée Ptit Mat d'avoir été un peu vive sur le coup. C'est juste que, quelquefois cette discussion -intéressante, je le répète- me semble un peu déconnectée de la réalité.
1) D'un point de vue syndical : ce que je vis en ce moment, ce que je vois autour de moi des luttes actuelles, me semble bien éloigné de toutes ces théories, si bien expliquées soient-elles, par un Daniel Guérin ou d'autres.
2) D'un point de vue plus général : en prenant un peu de recul j'ai l'impression qu'on va dans le mur, malgré toute l'énergie qu'on consacre à nos diverses batailles, qu'elles soient syndicales, politiques, environnementales.

Mais, bon, c'est mon côté "dark" qui ressort : à mon taf, on est dans une lutte où on s'épuise, où une partie d'entre nous tombe malade à tour de rôle et où on est bien loin de toute vision stratégique. Pour être un peu vulgaire, je dirais qu'on essaie juste de ne pas trop se faire entuber par notre employeur...

Désolée pour cette incursion dans un débat théorique : poursuivez sans moi...
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Messagede Pti'Mat » 14 Fév 2014, 14:55

Je comprends bien Nyark Nyark et tu n'es pas seule dans ce cas.

"Désolée pour cette incursion dans un débat théorique"

Tout débat est théorique, seule l'action est matérielle. Et sur un forum virtuel, je pense qu'il ne faut pas s'attendre à autre chose que du théorique... c'est le propre du virtuel :wink:
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Re: Stratégies syndicales

Messagede digger » 15 Fév 2014, 08:37

Tu as de saines lectures. :)
Malgré tout le bien que je pense de Guérin, qui a fait un gros travail de militant et d’historien dans le mouvement anarchiste , et tout le respect que j’ai en conséquence pour lui, je persiste à croire qu’il a eu une vision partielle, partiale sans doute, du mouvement.
Ce qui nous emmenerait loin, y compris avec des camarades communistes-libertaires.
On pourrait arrêter de parler "théories" et appeler cela "réflexions", moins prétentieux.
Ainsi Nyark Nyark aurait dit : "Excusez-moi de réfléchir".
La réflexion et l’action sont tout aussi inséparables que la pratique et la théorie et ce n’est pas à mon avis une question de "virtuel" et de "réalité". Après tout, c’est le cerveau qui commande les membres. Sauf pour les réflexes qui sont de l’ordre de la spontanéité, non pas opposée à l’organisation/réflexion mais complémentaire (et tout aussi vitale)
Je viens d’inventer la biologie politique :v:
Et le découragement est proportionnel à la différence constatée entre l’idéal et la réalité. La théorie est le ou les moyens (stratégies) proposés pour franchir le gouffre qui les sépare.
Cette image a été remise en question. L’idéal serait un point sur l’horizon qui recule au fur et à mesure que l’on avance vers lui. La société idéale serait alors inatteignable. Pour certain-es, c’est inacceptable parce que cela revient à abandonner l’idée de révolution (comprise comme le passage soudain d’un état à un autre). Ce n’est pas très nouveau et pas du tout "post-anarchiste" (vilain mot)
Elisé Reclus dans L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique (1898) traitait déjà de la question.
En dehors du débat que peut faire naitre ces deux conceptions, la seconde a pour avantage pratique d’éviter les grosses déprimes. (elle n’entraine que des petites) . Vu que mon idéal ne sera pas atteint de mon vivant, je ne cours plus après l’horizon. Certain-es appelleront çà du défaitisme, mais j’ai appris en quelques dizaines d’années (je suis un lent) que c’était indispensable pour ma santé.
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Re: Stratégies syndicales

Messagede Pti'Mat » 15 Fév 2014, 12:54

De la biologie de la politique, on s'approche de la psychologie de la politique à la fin de ton com' digger :wink:

Daniel Guérin, une vision partielle du mouvement ? Je pense que le "mouvement" est tout sauf homogène, chaque anarchiste ou groupe d'anarchistes a sa propre vision de l'anarchisme. L'anarchisme c'est la libération de l'individu, et chaque courant de l'anarchisme a sa vision partielle du mouvement: syndicalistes, communistes, collectivistes, individualistes (et toutes les sous-parties que ces courants ont fait naître). Chaque courant proposant sa propre version pour arriver à cette libération, avec une nette rupture entre syndicalistes, communistes, collectivistes d'un côté qui veulent la libération de l'individu dans la société (c'est à dire en ayant une vision collective et d'ensemble), et individualistes de l'autre qui veulent la libération de l'individu par rapport à la société (le "moi" devient absoluement libre de toute entrave collective).
Ce que je respecte chez Guérin, c'est son parcours anti-dogmatique où il rechercha sans cesse la tendance anti-autoritaire dans toutes les écoles du mouvement ouvrier et révolutionnaire, il commence par la SFIO jeune, déçu, il adhère à la CGT et va chez les syndicalistes révolutionnaires, puis revient voir du côté de la SFIO et de la gauche révolutionnaire, renoue les liens avec le SR, devient un responsable dans le PSOP après la scission de la gauche révolutionnaire dans la SFIO, proche de la 4ème internationale, il s'en éloigne, puis va au PSU, puis se consacre au communisme libertaire dans l'ORA, puis à l'UTCL.
Je n'y vois pas quelque chose de partiel mais plutôt de complet, c'est un des seuls militants libertaires à être sorti de la sphère spécifiquement anarchiste pour justement rechercher des passerelles partout, éviter la vision manichéenne des idéologies et des interprétations d'organisations politiques.
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Re: Stratégies syndicales

Messagede bipbip » 20 Aoû 2017, 13:34

La démocratie ouvrière, garante de l’unité

(Frédo Krumnow)

Nous présentons ici des extraits d’interventions de Frédo Krumnow sur la démocratie ouvrière. Ils sont tirés de l’ouvrage posthume CFDT au cœur publié en mai 1977 aux éditions Syros, rassemblant des textes allant de 1966 à 1973 (la CFDT dont on parle ici est bien sûr celle qui se revendiquait alors de l’autogestion et de la lutte des classes…). Pourquoi les relire aujourd’hui ? Au-delà de l’intérêt historique pour un courant syndical dont l’Union syndicale Solidaires est en partie la continuatrice, il s’agit de se pencher sur l’articulation entre démocratie dans les luttes et unité, en lien avec le dossier sur lequel nous avons travaillé pour cette livraison de la revue.

Si à Solidaires nous promouvons l’auto-organisation des luttes, ce n’est en effet pas par coquetterie : c’est bien parce que l’action discutée, élaborée et partagée collectivement permet d’engager plus fortement et plus largement les travailleuses et les travailleurs dans l’action. La démocratie est bien une condition de l’unité.

Mais quelle démocratie ? Les réflexions de Frédo Krumnow à ce sujet, bien que s’inscrivant dans la période de l’après Mai 68, bien différente de celle que nous traversons, restent précieuses. Questionnant le lien entre spontanéité et organisation, elles abordent du coup la place des syndicalistes dans l’animation des contestations. Elles mettent en garde contre les risques de confiscation ou de substitution à la parole et à l’action collective des salarié.e.s, « pour que les assemblées de travailleurs deviennent autre chose que des réunions où un leader les informe et où ils approuvent ». Sur le fond, elles nous interpellent aussi, toutes et tous, sur les travers que peut véhiculer l’institutionnalisation de l’action syndicale.

Dans les pages qui suivent, les propos prennent souvent appui sur des exemples de luttes, longues et radicales, des années 68 (sur lesquelles des notes en fin d’article donnent les informations essentielles), témoignant d’un aller/retour constant entre pratique et analyse, les deux se nourrissant l’une de l’autre. Une démarche elle aussi inspirante pour que notre intervention syndicale ne se conçoive pas en dehors ou à côté du mouvement réel des luttes et des résistances.

Théo Roumier

Sélection par l’élection ou capacité collective ? 1

Il est important que depuis Mai 68 et avant déjà (Saint-Nazaire et Rhodiaceta2) des grèves d’une nature particulière mettant en œuvre une action de masse, une discussion collective, l’occupation d’usine, nous aient fait réfléchir sur l’action syndicale elle-même. Elle est le résultat d’un rapport de forces qui a donné un certain nombre d’institutions sociales. C’est à travers des institutions sociales comme les délégués du personnel, les comités d’entreprises, les délégués syndicaux, que nous avons acquis un minimum de liberté absolument indispensable. Ce sont des instruments utiles. Pourtant cette liberté est confinée à un certain niveau : celui de la sélection par l’élection.

La structure syndicale s’est greffée là-dessus et n’est pas tellement descendue vers la mobilisation des travailleurs sur le plan de la discussion collective. Au 35e congrès3, nous avons dit notre objectif : le syndicalisme de masse, c’est la capacité des travailleurs collectivement, après discussion, d’élaborer leurs revendications, de décider l’action. Cela ne veut pas dire que l’organisation syndicale n’a rien à faire. La spontanéité toute seule ne fera pas une analyse politique. Mais le problème est de savoir que c’est bien dans l’assemblée collective qu’il faut introduire les propositions syndicales. Le processus premier est celui des rassemblements de travailleurs. C’est une remise en cause des structures habituelles de l’organisation syndicale. C’est là que des éléments d’analyse politique peuvent s’insérer.

Faut-il reconvertir les syndicats ? 4

[…] Nous sommes un peu tributaires des rapports de forces successifs que la lutte des classes a connu dans notre pays. Notre syndicalisme est une vieille institution. Les conquêtes obtenues au niveau de son expression se sont manifestées par l’élection de délégués. L’expression syndicale a donc copié l’expression de la structure bourgeoise. Elle a mis en place des structures électives. Les premières libertés conquises sont celles des militants, pas de la grande masse. Et le syndicalisme s’est construit à partir de cette élite.

Question : D’où un décalage qui s’est accentué et est parfois perçu avec impatience aujourd’hui ?

Frédo Krumnow : Il est possible qu’il y ait décalage, mais il ne faut pas généraliser. Dans la pratique les choses se font souvent très bien. Ne disposant que de quinze ou vingt heures5 de délégation par mois, le militant est forcément à 80 % dans la réalité du travail, avec ses camarades. Le décrochage n’est pas le même quand un militant est encore au travail avec ses copains, et quand il est permanent à plein temps hors de l’entreprise.

Le seul problème important c’est celui des possibilités de communication entre les délégués et les autres travailleurs. Dans l’entreprise, un militant peut passer son temps de délégation de deux façons : discuter avec le patron des problèmes qui se posent lors des réunions avec les délégués du personnel ou au comité d’entreprise, ou parler avec les travailleurs.

Or, il est enfermé dans les contraintes de l’entreprise. Les temps morts, les temps de relation humaine sont de plus en plus évacués de l’entreprise par l’organisation plus intensive de la production, la division du travail, les cloisonnements catégoriels, le travail à la chaîne, les cadences […]. Le gros problème pour l’organisation syndicale, c’est d’arriver à provoquer dans l’entreprise les temps de liberté suffisants pour que les contacts entre travailleurs et délégués puissent s’établir.

Tu en fais uniquement un problème de temps. Or, on assiste depuis quelques années à un grand nombre de grèves sauvages, parties en dehors des syndicats. Et pourtant, les délégués étaient au milieu des travailleurs.

Il y a très peu de grèves sauvages, en France, qui se sont faites totalement en dehors des syndicats ou à leur encontre […]. Mais il n’est pas possible que dans notre pays, surtout dans l’industrie privée, le syndicalisme soit en dehors du coup quand quelque chose éclate, à la grande différence d’un pays comme l’Allemagne où le syndicaliste est souvent hors de la réalité vécue par les travailleurs.

Oui, mais quand il est « dans le coup », il peut être un éteignoir de l’action. Les assemblées générales se réduisent souvent à un meeting où l’on vient écouter des discours syndicaux et trancher brutalement sur la poursuite ou la fin d’une action, sans possibilités réelles de discussion.

C’est qu’alors l’organisation syndicale conçoit son rôle comme essentiellement informateur (c’est très près d’une pratique de la démocratie bourgeoise). On donne un compte-rendu et puis on fait sanctionner par les travailleurs l’un ou l’autre choix. Cela se modifie sérieusement et pas seulement depuis Mai 68. Le besoin des travailleurs d’être informés est extrêmement puissant. Le besoin de dire aussi. C’est d’autant plus puissant qu’on l’évacue de toute la vie politique, sociale, économique. Il y a un moment où cela peut exploser quelque part, et le meilleur endroit où cela puisse exploser, c’est dans l’entreprise.

Il y a de plus en plus de grèves avec occupation d’entreprises, assemblées quotidiennes des travailleurs, qui durent longtemps, dans lesquelles les travailleurs interviennent. Je ne vais pas jusqu’à dire que l’expression collective est assurée de manière satisfaisante. Dans l’entreprise, les moments de lutte, de grève, libèrent un potentiel d’énergie habituellement dépensé dans l’activité productive. Il est extrêmement important de commencer à pratiquer ces méthodes-là dans les moments de lutte, parce qu’elles deviennent expériences, puis habitudes. Les travailleurs, quand ils les ont vécues, ne peuvent plus s’en passer.

Mais pour que les assemblées de travailleurs deviennent autre chose que des réunions où un leader informe et où ils approuvent, il y a toute une autre pratique syndicale à mettre en place qui est contrée par la situation environnante. Les gens sont conditionnés psychologiquement à l’obéissance passive dans leur milieu scolaire ou professionnel : à aucun moment, ils n’ont la parole. On ne peut pas demander à Roger Bambuck ou à Colette Besson6, trois minutes après leurs 100 ou 400 mètres, ce qu’ils pensent des investissements sportifs dans le cinquième Plan. Les travailleurs doivent faire un effort pour venir à leur assemblée hors des moments de lutte. Ils ont la hantise de la prime de rendement, du travail qu’ils viennent de faire ou la fatigue de ce travail.

Quelle est pour toi la fonction du syndicat ?

La fonction la plus positive d’une assemblée des travailleurs c’est quand ceux-ci se mettent à intervenir dans un débat d’une façon qui soit une recherche, quand l’élaboration des revendications se fait plus précise et leur formulation meilleure. Le rôle de l’organisation syndicale se traduit alors par l’intervention des hommes : il s’agit de laisser effectivement les collectivités procéder à un cheminement dans la réflexion. Et cela prend du temps. La prise de conscience de la situation de classe n’est pas faite une fois pour toutes. Les gars découvrent leur situation de classe […].

C’est toute la question d’avoir des militants formés à l’animation de groupe. […] Il est sûr, qu’à un moment donné, les militants devraient être capables de faire parler les autres. C’est aussi dans l’assemblée générale que devrait être posé le problème d’une adhésion qui ne soit pas de la « pêche à la ligne », mais un acte collectif de soutien permanent aux moyens d’action […].

Prends le con
flit de la Redoute7, au cours de 1970. Au bout de trois ou quatre heures de débat, les travailleurs étaient au centre du problème qui les préoccupait. Ils commençaient à découvrir qu’en fin de compte ce n’était pas seulement une question de salaire mais de surveillance et de rythme de chaîne. Si l’organisation syndicale n’aide pas à faire cette découverte, elle ne joue pas son rôle d’organisation de masse et d’organisation démocratique.

Et les « minorités agissantes » ? 8

Le premier problème est celui de la solidarité des travailleurs directement concernés, des possibilités d’engager et de tenir une véritable action de masse. L’expérience nous laisse sans illusions dans ce domaine. Il n’est pas possible d’arriver à la perfection, de compter sur une unanimité absolue avant d’engager l’action ou la poursuivre […]. Le problème est d’arriver à une solidarité active d’une majorité de travailleurs.

La CFDT est pour le développement de l’action de masse. Nous n’approuvons pas les déviations de l’action ouvrière qui consistent à substituer à l’action démocratique de masse, des types d’actions minoritaires violentes, même s’il ne s’agit bien souvent pour leurs auteurs que d’une réplique à la répression. Ce type d’action n’a rien à voir avec notre stratégie de rassemblement conscient d’une majorité de travailleurs pour la défense de leurs intérêts, et au-delà, pour une transformation socialiste et démocratique de la société.

Mais cette volonté de provoquer la solidarité la plus large dans l’action à l’intérieur de l’entreprise ne peut pas se réaliser partout. Il faut bien tenir compte de la réalité et l’organisation syndicale est bien souvent conduite à prendre en charge des situations qui sont loin de l’idéal. […]

La meilleure garantie pour la réalisation d’une action de masse au niveau de l’entreprise se trouve dans la pratique d’une véritable démocratie. Il est clair que pour nous il ne s’agit pas de pratiquer cette démocratie par une succession de votes ou de consultations sans qu’elle soit précédée d’informations et de discussions collectives. Il est arrivé, dans de nombreux conflits, que les pouvoirs publics ou les patrons veuillent imposer une consultation du personnel de l’extérieur. Parfois ils ont même menacé de l’organiser de leur propre chef : « Si vous ne procédez pas à une consultation, vous n’êtes pas une organisation démocratique ». La démocratie bourgeoise a depuis longtemps confiné la participation des masses aux seules opérations électorales ; la pratique démocratique s’est enfermée dans le geste de déposer un bulletin dans une urne. Il ne peut s’agir de cela, pour nous, de cela seulement !

Certes, la consultation est un moment important de la pratique démocratique, mais ce n’est qu’un moment de celle-ci […]. Ainsi les travailleurs de Pennaroya9 ont engagé une discussion démocratique bien avant d’arriver à décider de la grève et le débat a été permanent tout au long du conflit permettant du début jusqu’à la fin une solidarité dans l’action.

Cette pratique démocratique comporte des risques. La discussion collective, si elle peut permettre l’expression de tous, peut aussi devenir l’occasion pour quelques-uns de monopoliser pour eux la liberté de parole. Ceci est particulièrement vrai dans l’expression politique, surtout si elle prétend jouer un rôle d’avant-garde éclairée de la classe ouvrière. Il arrive que dans une assemblée, un travailleur de l’entreprise, militant politique, utilise l’assemblée pour « expliquer » aux travailleurs l’analyse et les positions de son parti. Ce n’est pas en soi quelque chose de condamnable si cela ne réduit pas l’assemblée au silence et tant que cela n’empêche pas les autres de s’exprimer. Or c’est cette participation active et collective que la CFDT recherche, il est donc de son rôle de veiller à ce que le maximum de possibilités d’expression soit assuré. Il est donc aussi de son devoir de ne pas monopoliser pour son compte le temps de parole tout en sachant qu’il est essentiel de mettre à la disposition des travailleurs le plus grand nombre d’informations nécessaires à la réflexion et aux décisions à prendre.

Frédo Krumnow


1 Extrait d’un entretien accordé à Tribune socialiste, journal du PSU, du 6 mai 1971.

2 En mars 1967, une grève prend chez les « mensuels » (salarié.e.s au mois) des chantiers navals de Saint-Nazaire. Elle durera 63 jours. Les Assemblées générales sont quotidiennes, les manifestations monstres et la solidarité de la population sans faille. C’est également une grève longue, d’un mois, de février à mars 1967 qui frappe l’usine Rhodiaceta de Besançon. Les ouvriers occupent et organisent le blocage de l’usine. Le 28 mars, c’est l’usine Rhodiaceta de Lyon-Vaise qui entre dans la lutte. Frédo Krumnow s’implique directement dans le conflit en tant que secrétaire général de la fédération Hacuitex, la « Rhodia » dépendant de son secteur d’activité. Plus généralement l’année 1967 est fertile en conflits sociaux annonciateurs de la grève générale de l’année suivante.

3 Le 35e congrès confédéral de la CFDT se déroule des 6 au 10 mai 1970 à Issy-les-Moulineaux. Deux ans après Mai 68, il est représentatif du tournant pris par la CFDT : une orientation de lutte des classes, appuyée sur le socialisme autogestionnaire comme but, y est adoptée. L’Internationale s’élève des travées et est reprise par la tribune en clôture du congrès. Frédo Krumnow y porte la voix de la gauche de la CFDT. C’est aussi le congrès qui voit Edmond Maire devenir secrétaire général.

4 Extrait d’un entretien accordé à Politique hebdo du 13 janvier 1972.

5 Il est ici fait référence aux moyens en temps dont dispose un ou une Délégué.e du Personnel ou membre d’un Comité d’Entreprise.

6 Il s’agit de deux athlètes olympiques des années 1960-1970.

7 En septembre 1970, les employées de La Redoute à Roubaix font plus d’une semaine de grève : revendiquant au départ une augmentation de salaires, la section CFDT organise le débat avec les salariées… qui adoptent un cahier revendicatif en 56 points où reviennent avec insistance la question des brimades et des discriminations à la tête du client et la nécessité de ralentir les cadences. Cité par Les Cahiers de Mai (n°24-25 de novembre-décembre 1970), le délégué CFDT estime alors que « ça va être difficile car, si les salaires ça se négocie, les conditions de travail, il faut pouvoir les imposer : cela implique pour nous de repenser complètement nos formes d’action et notre organisation. »

8 Extrait de la préface du livre Quatre grèves significatives, éditions EPI, 1972.

9 En mars 1972, les 105 Ouvriers spécialisés (OS) de l’usine Pennaroya de Lyon, Marocains et Algériens, organisés dans une section CFDT jeune et combative, mènent une grève d’un mois. Portant notamment sur les conditions de travail et le logement (insalubre) des ouvriers, c’est sur le front de la santé que « la grève atteste d’une radicalisation des positions ouvrières, caractérisée à la fois par la mise en cause, radicale, d’une médecine du travail aux ordres du patronat, et le refus de monnayer l’exposition au risque d’intoxication par le plomb » (Laure Pitti, « Penarroya 1971-1979 : Notre santé n’est pas à vendre ! », article extrait de Plein droit, revue du Gisti, n°83, décembre 2009).


Frédo Krumnow
Né en 1927, Frédo Krumnow grandit à Mulhouse dans une famille socialiste et cégétiste. De 1946 à 1951 il est permanent de la Jeunesse ouvrière chrétienne, la JOC. Militant de la Confédération des travailleurs chrétiens (CFTC), il est un chaud partisan de la déconfessionalisation en 1964 qui aboutit à la création de la CFDT. Également encarté au Parti socialiste unifié (PSU), il est secrétaire général de la fédération Habillement-Cuir-Textile (Hacuitex) de la CFDT à partir de 1960. En 1966 il présente le premier rapport syndical sur l’autogestion dans sa fédération et en 1968 puis les années qui vont suivre, il va incarner la gauche de la CFDT. Il meurt prématurément d’un cancer en 1974.


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Re: Stratégies syndicales

Messagede bipbip » 26 Aoû 2017, 18:55

L’interprofessionnelle à proximité

Développement et place des Unions Locales dans Solidaires à partir de l’exemple de Saint-Denis

La Seine-Saint-Denis compte actuellement six unions locales (UL) à Aubervilliers, Bobigny, Bondy, Montreuil, Noisy-le-Grand, Saint-Denis. Chacune a ses spécificités et une histoire plus ou moins récente : Montreuil s’est développé depuis le début des années 2000 notamment autour de permanences juridiques et d’aide aux sans-papier-e-s ; Bondy est arrivée de la CGT après le mouvement contre les retraites de 2010 ; « Noisy-le-Grand » est en fait une UL créée en 2014 à cheval sur deux départements (77 et 93) avec Marne-la-Vallée, formant un territoire d’action cohérent de la banlieue parisienne ; Aubervilliers s’est créée en 2015 ; Bobigny est la résultante de la mobilisation en 2016 contre la « loi travail ». Au total, ce sont des dizaines de camarades qui participent à l’échelle du département à la vie de ces UL.

L’UL SUD Solidaires Saint-Denis a été statutairement créée en 2012 mais elle avait déjà une existence concrète sur le terrain depuis quelques années. Elle est la conséquence de l’activité syndicales et de la participation aux luttes du mouvement social local de militant-es de l’Union, en particulier de SUD PTT depuis la fin des années 1990. Son vrai développement commence avec l’agrégation de camarades de SUD Collectivités Territoriales Mairie de Saint-Denis, de SUD Education et de SUD Santé social, puis de Solidaires Etudiant-es. Le catalyseur fut la lutte pour nos retraites en 2010 qui oblige alors à se doter d’un outil interprofessionnel efficace localement.

Saint-Denis et le 93 c’est, à l’époque, avant tout une CGT historiquement hégémonique, qui refuse encore en 2010 à l’échelle du département de nous inviter aux intersyndicales. Un des bilans que nous tirions à Saint-Denis de la défaite de 2010, c’est que les endroits les plus combattifs, où des assemblées générales interprofessionnelles ont réussi à exister étaient aussi les endroits, comme au Havre, où un travail unitaire intersyndical était engagé sur la durée, permettant sur les grandes luttes d’avoir un a priori de « confiance » au moment de luttes larges. Nous avons pu en 2011 et 2012 « dégeler » les relations avec la CGT et entamer des relations unitaires autour de la lutte contre la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. Aujourd’hui les relations sont normalisées, Solidaires est reconnue dans le 93 comme à Saint-Denis.

Pourquoi créer des unions locales ?

Il s’agit de développer au maximum et dans la plus grande proximité possible avec les salarié-es des espaces syndicaux, donc collectifs. Cette proximité a de multiples avantages et nous a semblé primordiale, en partant d’un constat localement partagé dans nos syndicats : sans construction d’outils interprofessionnels, nos outils syndicaux catégoriels sont condamnés à une inefficacité certaine face aux politiques antisociales et anti-écologiques des capitalistes et aux attaques réactionnaires. Surtout, l’UL est, de notre point de vue, la pierre de base de notre union pour résister et développer notre projet de transformation sociale.

... http://www.lesutopiques.org/interpro-a-proximite/



De l’histoire de la construction des Unions Interprofessionnelles Locales (UIL) dans le Pas-de-Calais

Depuis quelques années, l’Union syndicale Solidaires se développe et réfléchit à son organisation. De plus en plus d’unions départementales évoquent leur structuration en unions locales. Ces débats ne sont pas sans faire ressurgir des interrogations sur le modèle démocratique que propose Solidaires et sur la place que devront occuper ces unions locales dans le fonctionnement de notre Union syndicale. Sur ce sujet, il peut être intéressant d’observer l’Union Départementale Solidaires dans le Pas-de-Calais. Aujourd’hui, en 2016, cette UD est structurée en six Unions Interprofessionnelles Locales (UIL). De plus, lors de son Assemblée Générale du 14 octobre 2016, une modification statutaire a été adoptée accordant le droit de vote dans Solidaires Pas-de-Calais aux UIL : cet aspect est évidemment précurseur dans Solidaires.

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Re: Stratégies syndicales

Messagede bipbip » 28 Aoû 2017, 11:42

Invoquer l’unité, oui… la faire c’est mieux !

L’unité syndicale, que ce soit sous la forme de l’unité d’action syndicale ou de l’unification organisationnelle, est une question récurrente au sein du mouvement syndical. Elle concerne potentiellement bien d’autres mouvements sociaux aujourd’hui formés en associations mais dont le rôle dans la lutte des classes est au moins aussi, important, voir plus, que certaines organisations syndicales. La question internationale ne peut être évacuée d’une réflexion qui porte sur l’efficacité de nos outils pour une transformation sociale radicale. Tout ceci est à traiter à l’aune des expériences historiques que nous connaissons, qu’il faut se réapproprier tout en les renouvelant, en inventant ce qui correspond aux besoins de notre temps. En tout cela, nous devons garder une priorité, qui d’ailleurs doit être une constante en matière de pratique syndicale : partir de la réalité, même quand elle ne nous plait pas, ne pas nous contenter d’incantations mais rechercher quels sont les meilleurs moyens de créer le rapport de forces qui permettra les transformations voulues. Aligner les textes se désolant de la division et appelant à l’unité est une chose ; ouvrir les perspectives et créer les conditions pour que ça change en est une autre. Puissent, sans aucun doute très modestement, les quelques réflexions qui suivent y contribuer…

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Re: Stratégies syndicales

Messagede Pïérô » 29 Aoû 2017, 00:42

Autonomie du mouvement social: reprendre le débat

Par Théo ROUMIER

Le rapport au « politique » n’est pas vraiment une nouveauté pour les mouvements sociaux. Il n’a en fait pas cessé de les traverser. On assiste aujourd’hui à un retour en force des volontés d’hégémonie qui viennent menacer l’autonomie du mouvement social. En mettant à disposition des réflexions anciennes… mais aussi quelques remarques bien actuelles, il s’agit ici de retrouver le fil de ce débat.

Il semblerait donc qu’il faille reprendre le débat sur l’autonomie du mouvement social. Rien n’est jamais acquis (même nos conquis sociaux d’ailleurs). Pour preuve, un récent article sur l’Université d’été des mouvements sociaux invitée par Attac se faisait ainsi l’écho des « tiraillements » traversant cette association quand aux liens à entretenir avec la France insoumise. Un peu avant dans l’été, à la mi-juillet, Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, invitait justement à « réinterroger la Charte d’Amiens », texte adopté par la CGT de 1906, d’inspiration syndicaliste révolutionnaire et qui affirme à la fois l’indépendance du syndicalisme comme sa volonté d’en finir avec le capitalisme. La proposition consistait en quelque sorte à trouver des « adaptations » à cette indépendance. Ce fut l’occasion d’un premier échange avec deux billets publiés sur Mediapart : « Réinterroger la Charte d’Amiens : et pourquoi pas ? » et « La Charte d’Amiens, bible du syndicalisme du 21ème siècle ? ». Beaucoup de choses y étaient déjà dites et je reproduis plus bas une réponse au billet Pierre Khalfa.

Aujourd’hui, parmi nombre de syndicalistes, on peut observer un agacement au sujet de l’initiative prise par la France insoumise d’une manifestation le 23 septembre (il suffit de voir les réactions de Philippe Martinez à ce sujet) quand la CGT et l’Union syndicale Solidaires appelaient déjà à une journée de grève le 12 septembre. Il ne s’agit pas de chercher à se fâcher « à tout prix » avec les nombreuses et nombreux insoumis.es qui sont partie prenante de la contestation aux politiques macroniennes et patronales. Ce serait bien mal inspiré. Mais il est légitime de rappeler l’exigence d’autonomie du mouvement social… et de la défendre.

Ce n’est pas un débat neuf. Il avait d’abord eu lieu, les arguments affutés de part et d’autre tout en étant respectueux, à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Il s’appuyait sur la publication de deux appels pour l’autonomie du mouvement social, le premier publié dans Libération à l’été 1998, en ligne ici 3, et un second, que les lectrices et lecteurs pourront consulter en PDF en fin de billet, lancé en octobre 1999 et signé notamment par Pierre Bourdieu (ce qui avait occasionné une réponse de Daniel Bensaïd et Philippe Corcuff 3). On trouvera également ci-dessous deux articles de 1998 se répondant (et qui n’étaient pas disponibles en ligne jusqu’ici) : l’un paru dans l’hebdomadaire Rouge, l’autre dans le mensuel Alternative libertaire (remarquons au passage que ces échanges ont eu lieu dans les colonnes de titres de presse d’organisations politiques. On ne peut que regretter qu’alors des revues émanant des gauches syndicales et qui auraient pu accueillir ces discussions, comme 3Résister ou Collectif 3, aient disparu).

Sur le fond, à la lecture de ces contributions, on pourrait tout à fait reprendre les échanges là où ils en étaient restés.

S’il ne s’agit pas, loin de là, d’abandonner l’autonomie « défensive », qui a pour pivot le refus de l’hégémonie du « politique » sur le « social » (et incarnée par qui, quelle force ou quel parti du reste ? il y aurait là un terrible ferment de division), il est évident que la question restée en jachère est celle d’une autonomie « offensive », qui reprendrait justement ce sillon de la « double besogne, quotidienne et d’avenir » tracé par la Charte d’Amiens pour l’adapter aux coordonnées contemporaines. Il faut sans doute regarder de plus près du côté des coopératives autogérées (pensons à nos camarades de Scop-Ti 3) ; s’intéresser aux engagements associatifs et collectifs retissant les solidarités abîmées dans les villes et les quartiers ; redonner toute leur place aux unions locales syndicales dans l’organisation des contestations, sur le terrain même de l’exploitation et des oppressions ; être attentives et attentifs aux nouveaux espaces de l’action syndicale, notamment parmi les travailleuses et travailleurs « ubérisé.es » ; réfléchir aux droits nouveaux que nous voulons arracher, au travail, dans la vie, et les populariser... bref, reconstruire du politique à partir des légitimités sociales qui sont les nôtres et pas celles, institutionnelles, de nos adversaires. Parce qu’en réalité, il ne s’agit pas tant de prendre le pouvoir que d’en construire un autre.

Mais revenons déjà sur l’actualité de la Charte d’Amiens.

... https://blogs.mediapart.fr/theo-roumier ... e-le-debat
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