Autogestion : théories, pratiques et critiques

Re: Autogestion : théories, pratiques et critiques

Messagede bipbip » 13 Juin 2018, 21:27

Autogérée et coopérative, Ardelaine tisse des liens depuis 50 ans

Les utopies peuvent fonctionner ! Ardelaine est une filature coopérative née en Ardèche dans le sillage de mai 1968. Autogestion, polyvalence et « ménagement » sont les principes qui ont fait son succès. C’est désormais une référence dans le secteur de l’économie sociale et solidaire.
Saint-Pierreville (Ardèche), reportage

... https://reporterre.net/Autogeree-et-coo ... uis-50-ans
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Re: Autogestion : théories, pratiques et critiques

Messagede bipbip » 28 Juin 2018, 16:19

Discussion sur l'autogestion dans la production

Pamiers (09) jeudi 28 juin 2018
à 18h Librairie le Bleu du Ciel, 15 rue Victor Hugo

Benoit Borrits nous fait le grand plaisir de venir discuter de son livre tout récemment paru « Au-delà de la propriété, pour une économie des communs ».

À partir d'une enquête sur le mouvement coopératif, les diverses approches de la propriété collective au XIXe siècle, l'étatisation soviétique, la socialisation espagnole de 1936 et la tentative de correction autogestionnaire des communistes yougoslaves, ce livre propose de penser un au-delà à la propriété productive, qu'elle soit privée/capitaliste ou collective.

Il montre que, jusqu'ici, deux grandes formes de propriété collective ont été expérimentées : la coopérative et l'étatisation des moyens de production. Dans la première, le capital, même second, tend à reprendre le dessus en cas de succès de l'entreprise. Dans la seconde, elle induit une concentration du pouvoir excluant ceux au nom de qui elle a été réalisée. Ces échecs sont inhérents à la notion même de propriété : excluante et centralisatrice par nature. Même collective, une propriété reste un instrument d'oppression.

Le XXe siècle a été porteur d'innovations qui permettent d'envisager la disparition de la notion de propriété productive et d'envisager que travailleurs et usagers d'une unité de production puissent avoir sur elle un droit de codirection. L'unité productive devient ainsi un commun à côté d'autres communs assurant des tâches de financement des actifs, de mutualisation des investissements, de redistribution et de péréquation des revenus. C'est l'articulation de ces différents communs qui permet d'envisager la disparition totale de la propriété productive.

http://www.librairielebleuduciel.com/ar ... a-18h.html
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Re: Autogestion : théories, pratiques et critiques

Messagede bipbip » 28 Juin 2018, 18:45

La clinique sociale d’Elliniko en Grèce

L’Union syndicale Solidaires soutien depuis plusieurs années les dispensaires, pharmacies, cliniques,... autogérés qui se sont développés en Grèce depuis la crise. La clinique d’Elliniko est une de ces initiative de solidarité.

La formidable solidarité locale et internationale qui s’est manifestée à propos de la menace d’expulsion du Dispensaire social d’Eliniko a permis d’annuler cet arrêt promis fin juin. Lors d’une conférence de Presse, le cardiologue Georges Vixas, l’un des fondateurs du centre, a noté que cette évolution positive « est née suite à un mouvement de solidarité sans précédent en Grèce et en Europe. » Il a souligné qu’ à Bruxelles une manifestation a eu lieu devant le siège de l’UE et devant le consulat grec, alors qu’au Parlement européen se sont élevées des voix de solidarité principalement portées par le député européen Rebecca Harms.
Le gouvernement grec explore toutes les possibilités pour déplacer le dispensaire social d’Eliniko dès qu’un endroit approprié sera trouvé afin de continuer en toute transparence ses activités. Toutes les options seront discutées avec la direction pour trouver la meilleure solution afin de ne pas compromettre la prestation de services.

La solidarité repousse la fermeture du dispensaire social d’Eliniko :

... https://solidaires.org/Soutien-a-la-cli ... o-en-Grece
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Re: Autogestion : théories, pratiques et critiques

Messagede bipbip » 30 Juin 2018, 03:18

CR de l’Atelier sur l’autogestion lors du congrès fédéral SUD Education de Boulogne s/Mer

Introduction à l’atelier et à la projection (15 mn)

L’autogestion et le contrôle ouvrier sont historiquement présents dans le syndicalisme français au travers de l’AIT (Banque coopérative du crédit au travail en 1863, coopératives de consommation et de production en 1868), la Charte d’Amiens de 1906 (qui prône « l’expropriation capitaliste », et un syndicat qui devienne « un groupement de production et de répartition »), ou le travail de la CFDT et de la CFTC dans les années 1960. Mais ces thèmes ont ensuite disparu du champ théorique et revendicatif syndical, et Solidaires a décidé depuis 2011, et lors du dernier Congrès National, de réinvestir les notions de socialisation, d’expropriation et d’autogestion. C’est ce qui a motivé l’organisation de cet atelier dans le congrès de la Fédération SUD Education, ainsi que la participation de SUD Education et de Solidaires aux rencontres internationales L’Economie des Travailleur-ses au sein d’une délégation comprenant notamment l’Association Autogestion. L’atelier est introduit par la projection d’un documentaire (Vos Como Trabajas ? Autogestion au féminin, de Lucile Nabonnand et Etienne Simon, 2010) sur les femmes dans les entreprises récupérées en Argentine. Marquée successivement par les dictatures militaires (d’Uriburu à Galtieri), le Péronisme, le Menemisme, et l’ultralibéralisme aujourd’hui représenté par Macri, l’Argentine a été purgée dans la 2ème moitié du 20ème siècle de ses militant-e-s révolutionnaires et anarcho-syndicalistes, en particulier lors de la guerre sale qui a débouché sur 30 000 desaparecido-as. La casse sociale et les privatisations du ménemisme puis la crise économique et financière de 2001-2003 ont provoqué de gros mouvements sociaux et insurrectionnels : cacerolazos, piquetero-as, assemblées populaires, mouvements de troc, récupération d’entreprises.

... https://www.sudeducation.org/CR-de-l-At ... on-de.html
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Re: Autogestion : théories, pratiques et critiques

Messagede bipbip » 20 Juil 2018, 12:15

L'autogestion. Théorie et expériences en France au XXIe siècle

Qu'entend-on par "autogestion" et quelles valeurs la sous-tendent ? Quels sont ses objectifs, ses moyens et les difficultés qu'elle rencontre dans sa mise en oeuvre ? Son exercice est-il lié à des secteurs particuliers de la vie économique et sociale ?

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Re: Autogestion : théories, pratiques et critiques

Messagede bipbip » 01 Aoû 2018, 22:15

Grandeur et décadence des coopératives de consommation

Alors que l’agro-industrie, la production de masse, peuvent nous entraîner à consommer beaucoup trop et mal, il est temps de revisiter l’histoire de ces coopératives qui ont permis, durant un siècle, une autre consommation à partir du besoin réel des gens, particulièrement des prolétaires. La disparition de ces coopératives en seulement deux ans (1985-1986) a constitué une grande perte. Mais cette très longue expérience nous montre qu’il est possible de développer un secteur alternatif ambitieux au capitalisme, porteur, à terme, de transformation sociale.

En 1835, Michel-Marie Derrion crée au 95 montée de la Grande Côte, dans les pentes de la Croix-Rousse, une épicerie sous l’enseigne Au commerce véridique et social, considérée comme l’ancêtre des coopératives. Sa naissance à Lyon, juste après les insurrections des canuts (1831-1834), n’est pas un hasard car c’est à l’époque la ville où la misère ouvrière est la plus visible et où on peut trouver en abondance des sociétés secrètes de réformateurs. C’est aussi un lieu qui inspire les penseurs du socialisme émergeant : Fourier [1], plus tard Proudhon [2], tous deux nés à Besançon mais qui séjourneront à Lyon.
Ce magasin, qui connaît un succès rapide mais bref (trois ans), ne servira cependant pas comme référence car ses principes de fonctionnement sont insuffisamment progressistes [3]. Le véritable démarrage de ces coopératives de consommation intervient donc en 1844 avec la création des Équitables Pionniers de Rochdale, près de Manchester, notamment inspiré par les travaux d’Owen [4]. Quatre règles fondatrices seront systématiquement reprises par la suite : liberté d’adhésion, principe de la prise de décision selon un homme, une voix, répartition des bénéfices entre les consommateurs au prorata de leurs achats, rémunération des capitaux uniquement sous forme d’intérêts.
À l’époque, l’épicier capitaliste est qualifié de « picsou », pratiquant des prix très élevés (dus aussi à la multiplicité des intermédiaires) pour des produits de piètre qualité. Par ailleurs, le crédit systématique place les clients dans une logique de dépendance et d’appauvrissement permanent, la paie suivante ne servant qu’à rembourser les dettes contractées.
La coopérative refuse cela : elle impose le paiement au comptant, veut garantir des prix raisonnables (dus à la suppression de tous les intermédiaires) pour des produits de qualité.

"La coopération est révolutionnaire car elle appelle les consommateurs et les producteurs à s’unir sur une base égalitaire pour s’autogérer sans patron ou État interposés."

Dans l’esprit des théoriciens du début du XIXe siècle, les coopératives de consommation sont la première brique (avec les coopératives de production et les mutuelles) d’une société alternative au capitalisme, alors en plein essor. Ils espèrent qu’elles vont devenir rapidement dominantes par dissémination. Mais si ces coopératives ont pu se développer de façon conséquente, elles n’ont jamais atteint une taille leur permettant de s’affranchir totalement des logiques capitalistes. La coopération est révolutionnaire car elle appelle les consommateurs et les producteurs à s’unir sur une base égalitaire pour s’autogérer sans patron ou État interposés. Mais dans les faits, elle est réformiste car elle doit tenir compte de la législation et du système économique dominant.
Dès le milieu du XIXe siècle, des coopératives se créent dans beaucoup de pays européens, mais aussi aux États-Unis, au Japon… À Lyon, la Société des Travailleurs Unis (créée en 1849), possède, après seulement deux ans, un magasin de gros, sept épiceries, une boulangerie, deux boucheries, deux magasins de charbon, un entrepôt de vin, une pâtisserie et une fabrique de chocolat. Les bénéfices réalisés sont en totalité attribués à des œuvres d’éducation et de solidarité : elle finance ainsi deux écoles primaires et une caisse des invalides du travail. Mais dès le coup d’état de Louis-Napoléon (décembre 1851), le nouveau pouvoir ordonne la liquidation de toutes les sociétés ouvrières dites fraternelles, à ses yeux foyers potentiels de républicanisme et de révolution.
Le véritable développement des coopératives de consommation n’interviendra en France que dans les années 1870. Dans la Loire, parmi les dizaines créées à cette époque, les plus significatives sont La Solidarité (Roanne, 1872), l’Union des Travailleurs (Saint-Étienne, 1876), l’Alliance des Travailleurs (Saint-Chamond, 1879), La Renaissance (Firminy, 1881), La Providence (Terrenoire, 1884)… Elles sont créées par les salarié.e.s d’entreprises (Jacob Holtzer pour La Pensée, ou celle des personnels de La Poste créée en 1905, La Coop), de branches d’activité (les mines…), parfois par des syndicats (la SCATS, Société coopérative des travailleurs du sous-sol, à Roche la Molière par des militants de la CGT en 1944).

Le quart de la population française est adhérent des coopératives

Le nombre de membres en France passe de 350 000 en 1873 à plus de 880 000 en 1913. La guerre de 1914-1918 va encore renforcer les coopératives car elles assurent mieux l’approvisionnement des zones urbaines, notamment ouvrières. En 1920, elles sont environ 4 600 pour près de 2 500 000 membres. Les responsables nationaux estiment alors que le quart de la population française est adhérent des coopératives. Dans le même temps, le mouvement se structure dans la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation (FNCC, 1913) et l’Alliance Coopérative Internationale (ACI, 1895).
En France ses promoteurs se retrouvent dans l’École de Nîmes, assez vite portée par Charles Gide [5]. Ceux-ci poussent au renforcement de leur coordination (notamment par la mise en place d’une centrale d’achat nationale, la Société générale des coopératives de consommation, SGCC), et au regroupement des coopératives autour d’un territoire. Dès 1930, il n’en reste plus que 1.391, jusqu’à 550 en 1962, alors que, dans le même temps, le nombre de magasins croît à presque 10 000 en 1962, et que le nombre de membres monte à plus de 3,5 millions.
Les disparités régionales sont cependant importantes : entre 1935 et 1955, si La Renaissance (Roannais) progresse de 74 % en nombre d’adhérent.e.s, et l’Union des Travailleurs (bassin stéphanois) de 20 % en augmentant leurs parcs de magasins, la croissance d’Unicoop (Rhône), certes conséquente (53 %), est réalisée en perdant environ un quart de ses magasins. En 1955, la part de la distribution alimentaire prise par les coopératives dans la Loire est alors de 10,5 %, en s’appuyant sur la plus grande densité ouvrière de France (41 % de la population active en 1946). Dans le Rhône, où la population est plus diversifiée et la concurrence plus forte, cette part n’est que de 4,1 %.

Une marque nationale, Coop

En 1969, une marque nationale, Coop, s’impose sur les enseignes de tous les magasins et sur les presque 300 produits issus de leurs quinze usines. C’est aussi le début d’une interrogation qui ne fera qu’enfler dans les années 70 et 80 : celle de développer des super et hypermarchés. Il est vrai qu’alors la bascule vers les grandes surfaces paraît inexorable, tous les groupes capitalistes (à la notable exception du stéphanois Casino) abandonnent les petites succursales, supposées très coûteuses en frais de personnel, en immobilier et en logistique. Mais pour les coopératives, cette fuite en avant, dévoreuse de capitaux et facteur d’éloignement avec les sociétaires, peut être suicidaire. Ainsi, à Saint-Étienne, le seul Rond-Point Coop (hypermarché) sera ouvert à Villars en 1985, puis vendu six mois après (car il n’y a plus d’argent) à Auchan.

"Dans les faits, la coopération est réformiste car elle doit tenir compte de la législation et du système économique dominant."

Des coopératives vont disparaître de certaines zones très urbanisées (à Lyon, Unicoop sera dissoute au début des années 70), elles résisteront mieux dans les zones rurales et dans les grands bassins industriels. Mais le mouvement poussera à la fusion des coopératives saines avec celles en difficulté. Ainsi, l’Union des Travailleurs (Saint-Étienne) fusionnera à la fin des années 70 avec celles de Moulins et de Guéret, puis reprendra une partie des magasins de celle de l’Ain en 1981, avec des coûts alourdis.
Par ailleurs, les grands groupes capitalistes jouent sur des prix bas (ou affichés comme tels), en s’appuyant sur des centrales d’achat capables d’imposer leurs conditions aux producteurs (souvent de façon cynique), et sur l’importation de produits à bas coûts, de piètre qualité. Les coopératives, qui avaient su faire de la question du prix un avantage (par des circuits courts et en se dotant d’une centrale d’achat nationale), voient leurs marges bénéficiaires s’effriter d’autant que les productions de qualité de leurs propres usines deviennent « trop chères ».

La catastrophe arrive dans les années 1985-1986

Au début des années 1980, les Coop ne réalisent plus que 2,4 % des ventes nationales au détail. Elles comptent environ 6500 magasins (35 % de moins que le sommet de 1961), dont 395 supermarchés et 49 hypermarchés (chiffres de 1985). La catastrophe arrive dans les années 1985-1986 avec la disparition de nombreuses coopératives locales (dont celle de Saint-Étienne en 1986), de la centrale d’achat, de toutes les usines et du laboratoire coopératif, de la revente de la FNAC (alors leur propriété collective). Les conséquences sociales sont lourdes : les effectifs salariés chutent de 43 000 salariés en 1975 à 14 000 en 1987.
Seules subsistent alors les coopératives de Normandie-Picardie (fusionnées en 1990, restées coopératives mais depuis 2009 aux enseignes « Leader Price » — du groupe Casino — pour les épiceries, et « Système U » — coopérative de commerçants — pour les grandes surfaces), de Saintes (devenue Coop Atlantique, « Système U » depuis 2012), de Champagne (« Leader Price » depuis septembre 2017) et d’Alsace (disparue en 2015). Aujourd’hui, il n’y a plus en France de magasins à l’enseigne Coop, alors qu’ils sont toujours présents au Royaume-Uni, en Suisse, en Italie, aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves, au Japon, au Canada…
Cet effacement des Coop se fait sans réaction du pouvoir politique socialiste, alors que ses responsables invoquent Jaurès dans leurs discours (lui a soutenu la coopérative Verrerie ouvrière d’Albi en 1896, et a été l’un des instigateurs de la création de la FNCC). Parallèlement, ils privilégient la restructuration très coûteuse des entreprises nationalisées en 1981-1982, au détriment de coopératives qu’ils ne contrôlaient pas directement, ce qui confirme leur vision étatique. À l’époque, un soutien financier relativement peu coûteux (une caution auprès des banques, qui refusaient de prêter aux Coop dont les parts sociales ne sont que le fait de particuliers peu solvables) aurait sans doute permis de passer la crise et d’accompagner une réorganisation du mouvement.
Mais il existe des causes internes qui peuvent expliquer cette chute brutale. Les coopératives, toujours plus grosses suite aux regroupements, ont été entraînées dans une dérive bureaucratique qui a dépossédé leurs sociétaires de tout pouvoir. Dès 1967, l’Alliance Coopérative Internationale alertait pourtant : c’est dans le « retour vers ses sources populaires spontanées plus que dans un économisme néo-capitaliste que le mouvement coopératif doit chercher son adaptation ».

La renaissance de l’esprit coopératif ?

Par ailleurs, vu de notre époque où le recul du grand commerce est manifeste, les grands groupes investissant désormais dans de petites unités, le passage aux grandes surfaces était-il indispensable ? L’exemple du réseau Biocoop, surtout développé à partir des années 1980 (au moment où les Coop s’effondrent), montre la pertinence de supérettes de proximité, vendant des produits de bonne qualité non soumis aux dérives de l’agrobusiness, perceptibles dès cette époque.
Cela aurait pu mettre les Coop en porte à faux vis-à-vis de leurs sociétaires, le plus souvent de milieu populaire, aux faibles revenus et peu sensibles à ces problématiques. C’est là que l’éducation à une maîtrise de leur consommation, le soutien à des structures d’insertion productrices de légumes revendus dans le réseau, la promotion d’un commerce équitable avec les producteurs locaux ou du « sud », la certification y compris autonome des produits vendus, même non bio et donc moins chers (le réseau disposait d’un excellent laboratoire de tests) auraient pu être mobilisés.
Comme Biocoop, les AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, qui organisent un lien direct du consommateur avec les producteurs) et les supermarchés coopératifs (dont les membres fournissent un travail bénévole) représentent des alternatives qui s’inscrivent dans la filiation des coopératives de consommation et qui renouvellent ses approches, même si certaines de ces innovations doivent être discutées.

[1] Charles Fourier (1772-1837). Il imagine les phalanstères, tout à la fois habitats collectifs et coopératives ouvrières de consommation et de production. Une de ses nombreuses déclinaisons, le familistère de Guise (créé vers 1870 par l’inventeur du poêle Godin) durera un siècle (jusqu’en 1968

[2] Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), animateur du courant mutuelliste et l’un des pères de l’anarchisme. Il insiste sur l’organisation interne des coopératives (préfigurant les principes de l’actuelle autogestion) et sur les rapports des coopératives entre elles par la théorie du fédéralisme (convention par laquelle des organisations engagent des relations d’échanges librement consentis dans un rapport égalitaire, rompant avec la logique dominants-dominés propre au capitalisme).

[3] Le magasin Au commerce véridique et social, « ne peut être considéré comme la première coopérative car la ristourne n’y constituait qu’un procédé commercial, elle n’excluait pas le profit du commerçant et ne s’insérait pas dans un programme de transformation sociale et économique », Michel David, dans L’évolution des formes d’exploitation, 1950.

[4] Robert Owen (1771-1858) : au départ c’est un patron industriel philanthrope qui s’investira dans la création de coopératives. Il restera cependant en retrait de l’action politique et privilégiera un socialisme de transformation sociale.

[5] Charles Gide (1847-1932) : pour lui, la coopération doit amener la transformation totale de la société par la multiplication à l’infini de nouvelles associations et ce sera alors « l’émancipation de la classe ouvrière par la transformation du salariat ». Il sera surtout, dans l’entre-deux-guerres, le grand réorganisateur du mouvement des coopératives de consommation (via la FNCC), en poussant au regroupement des coopératives, au développement d’outils nationaux (centrale d’achats, revue d’analyse, élaboration d’un outil statistique…).


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