De nouvelles formes d'anarchisme ?

Parecon et la Construction du Mouvement

Messagede digger » 09 Sep 2012, 09:33

Ce qui suit est une présentation résumée offerte comme base à un débat avec Wayne Price un membre de la Northeastern Federation of Anarchist-Communists (NEFAC).
Parecon est l’abréviation de Participatory Economics ou Economie Participative

Parecon et la Construction du Mouvement

Texte original Parecon & Movement Building
Michael Albert http://www.zcommunications.org/parecon-and-movement-building-by-michael-albert

Vouloir une économie participative implique un engagement envers la justice cohérent avec la volonté d’une transformation révolutionnaire des autres sphères de la vie également. Pour vaincre le cynisme, guider les pratiques, renforcer les soutiens, éviter l’hypocrisie et apprendre sur le tas, nous avons besoin d’une vision mutuellement compatible, motivante et largement partagée, englobant les relations politiques, affinitaires, culturelles et économiques. En outre, découlant de cette vision partagée, nous avons aussi besoin d’une perspective stratégique partagée que nous sommes motivés pour mettre en application collectivement. Cependant aucune vision largement partagée de la société, encore moins une stratégie sociale pour l’atteindre, n’ont obtenu un large soutien à gauche bien qu’il y ait ici et là des esquisses de propositions et des idées porteuses d’espoirs

Vision Économique

En ce qui concerne l’économie, un point central pour cette exploration sommaire de ce qu’est explicitement parecon (par rapport à d’autres point également centraux dans d’autres domaines de la vie sociale) , les fonctions que j’entrevois sont la production, la consommation et la répartition [allocation] . Les valeurs mises en avant sont la satisfaction des besoins et le développement des capacités plus l’encouragement à la solidarité, à la diversité, à l’équité et à l’autogestion [self-management] tout en ne gaspillant pas des biens précieux. Cette combinaison, avec un nombre toujours plus grand de partisans, est appelé parecon et se veut être une vision viable pour une économie post capitaliste et donc une partie d’une vision plus large pour une nouvelle société.

Une économie devrait produire et distribuer de façon appropriée des biens utiles mais aussi de l’empathie plutôt que de l’hostilité, de la diversité plutôt que de l’homogénéité, de l’équité plutôt que de l’exploitation et de l’autogestion plutôt que la gouvernance d’une élite - ou, dit autrement, cela impliquerait une société sans classe.

Parecon rejette la propriété privée parce que cela conduit quelques personnes à posséder et à contrôler presque tous les moyens de production et donc à détenir un énorme pouvoir.
Parecon rejette aussi la division du travail du monde de l’entreprise, qui garantit à environ 20% des employés de s’épanouir dans leur travail alors que 80% d’entre eux le subissent.

Parecon rejette aussi le marché parce que les marchés détruisent la conscience sociale, produisent l’asociabilité, violent l’écologie et obligent les travailleurs et les consommateurs à agir en contradiction avec les problèmes sociaux en essayant de s’en sortir au détriment des autres. En outre, les marchés créent une inégalité criante, imposent une aliénation quasi universelle et, peut être encore plus accablant, imposent une division de classe même en l’absence de propriété privée.

Dans l’économie participative, la propriété des biens de production ne génère aucune différence de revenus ou d’ influence. En effet, au lieu d’avoir des personnes tirant des profits de leurs propriétés, ou des salaires de misère gagnés grâce à leur pouvoir de négociation ou même des salaires proportionnels à leur production, elles recevront un revenu basé uniquement sur la durée et la dureté de leur travail et selon les conditions qu’elles supportent pour le réaliser. 

Si vous ne pouvez pas travailler, ou si vous avez des besoins médicaux spécifiques, votre revenu est garanti, tout comme le sont vos besoins médicaux. Mais pour ceux qui peuvent travailler, la quantité de produits qu’ils peuvent consommer dépend uniquement de la densité et de la durée de leur travail socialement utile, ainsi que de la dureté des conditions de ce travail.

Si cela résume la question de la propriété et de la rémunération, comment les besoins et la production coïncident ils dans une parecon ? Les gens discutent de leur activité économique au sein de leurs conseils autogérés. Nous établissons ce que nous voulons faire comme travail et ce que nous voulons consommer dans notre vie quotidienne, à la fois individuellement et au sein de notre groupe de travail ou de consommateurs, et nous enregistrons nos préférences. L’éventail de ces préférences est affiné lors d’une série de discussions de groupe jusqu’à ce que nous nous décidions pour un programme complet. Chacun a une influence sur cette répartition telle qu’elle a été convenue proportionnellement à son implication dans les décisions prises. Ce système de répartition comprend bien sûr de nombreux autres détails, comme le flux d’ information, le calcul et l’échelle des prix, les préférences et les modalités de travail, parmi d’autres aspects, mais le point essentiel est que chaque travailleur ou consommateur, à la fois individuellement et en groupe, évalue ses propres désirs et situations et fait des propositions quant à la production et à la consommation. Bien sûr, ces propositions différentes ne peuvent pas se réaliser sans les relier les unes aux autres et cela se fait à travers une série de réunions d’affinage que nous appelons planning participatif.
Il n’y a pas de hiérarchie. Les instructions ne proviennent pas de quelques-uns et ne sont pas transmises à d’autres qui obéissent. La compétition ne dirige pas le système. Ne sont pris en compte que les désirs des gens, et les capacités humaines et techniques, plus un processus participatif pour les coordonner dans un plan économique. Le résultat en est un ensemble d’évaluations de besoins et de production qui prend en compte la totalité des coûts et bénéfices sociaux et écologiques de leur production et de leur consommation. Tous les acteurs, concernés également par la production de solidarité, de diversité, d’équité et d’autogestion, déterminent ensemble un plan de production et de distribution.  

Une autre des caractéristiques définissant la parecon est l’organisation des lieux de travail. D’abord, concernant l’autogestion, les travailleurs ont besoin d’un lieu où se rencontrer et diriger leurs affaires. Nous l’appelons le conseil ouvrier [worker's council] et il utilise des procédés de prises de décisions autogérées. Mais au-delà de cela, il y a aussi la question de comment organiser le travail lui-même.
 
Dans le capitalisme, les propriétaires des biens de production établissent des tâches, valorisantes ou dévalorisantes seulement. Une personne fait un travail de surveillance. Une autre du secrétariat. Quelqu’un gère les employés. Une autre détermine la politique financière. Chaque travail occupe une place dans un schéma hiérarchique et environ 20% des employés au sommet monopolisent les tâches économiques valorisantes alors que 80% d’entre eux à la base n’effectuent que des tâches routinières et répétitives. Les premiers bénéficient d’une accréditation, d’un savoir et d’une confiance plus importants et, par conséquent, dominent les seconds qui sont en grande majorité mis à l’écart, fatigués et socialement diminués par leur travail dévalorisant.

L’approche participative d’organisation du travail, au contraire, permet aux travailleurs, via leurs conseils d’incorporer une sélection équilibrée de tâches complémentaires pour chaque travail, si bien que au final, tous bénéficient de conditions valorisantes comparables dans leurs vies professionnelles quotidiennes. Chaque personne obtient une affectation juste et comparable – ou un ensemble de tâches équilibré. Nous ne faisons pas tous le même travail, ni ne remplissons des tâches pour lesquelles nous n’avons pas de capacités. Mais nous accomplissons une variété de tâches avec fondamentalement la même somme d’implications valorisantes pour tous. Le but et le résultat sont que chacun peut participer de façon appropriée dans la prise de décision autogérée plutôt que de voir une minorité dominer les autres.
En résumé, la principale différence entre les économies capitalistes et participatives, c’est l’existence d’un côté de la propriété privée, d’une hiérarchie d’entreprise, d’une rémunération liée à la propriété et au pouvoir, et des marchés – et de l’autre, l’existence de conseils autogérés, d’ensembles de tâches équilibrées, d’une rémunération de l’ effort et du sacrifice et l’élaboration participative d’un planning. Cela demanderait bien sûr un examen supplémentaire pour en prouver le bien-fondé mais cela montre la différence entre la hiérarchie , l’irrationalité et l’injustice économiques et la rationalité, la justice et la liberté économiques. C’est la différence entre la séparation en classes et une société sans classe..
 
Mais la Parecon postule aussi que ce qui a été appelé socialisme combine habituellement toutes les caractéristiques que nous refusons, autre que la propriété privée, dans un système qui élève la classe des coordinateurs, et non les travailleurs, à un statut de dirigeants. Il est possible de transcender le capitalisme mais de ne pas atteindre une société sans classe.

Stratégie Économique

On demande aux militants non seulement ce qu’ils veulent mais aussi comment comptent-ils réussir à surmonter les immenses obstacles qui se dressent devant eux. C’est une question compréhensible et nous devons décrire notre stratégie d’une manière convaincante. Nous devons présenter comment notre vision et un éventail de propositions d’organisation peuvent se combiner dans une dynamique d’avancée que d’autres à leur tour affineront et développeront à partir des expériences accumulées. Il n’existe pas qu’une manière pour avancer et la plupart des orientations stratégiques doivent être flexibles et certainement pas méprisantes et encore moins sectaires. Présenter une vision de la parecon vision n’implique en aucun cas d’avoir des idées verrouillées sur la stratégie, l’expérience étant seule capable de privilégier des idées d’organisation par rapport à d’autres.

Pourtant, selon moi, la première implication de la vision d’une société sans classe est en corrélation avec ce pourquoi nous nous battons et avec la manière dont nous nous battons. Obtenir des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail, des impôts plus justes, des lois progressistes pour l’écologie ou un salaire minimum plus élevé, par exemple, tout comme obtenir des améliorations toutes aussi importantes dans d’autres sphères de la vie, peut bien sûr contribuer à dépasser le capitalisme (patriarcat, racisme et autoritarisme). Mais cela peut aussi à avoir pour seul but d’en améliorer les défauts tout en acceptant son maintien.

C’est la différence entre une approche réformiste et révolutionnaire. Dans le premier cas, vous obtenez des améliorations et c’est le but. Vous vous félicitez d’un travail bien fait et vous rentrez chez vous.
Dans le second cas, les améliorations sont toutes aussi valables et souhaitables, mais vous luttez pour les obtenir de manière à ce que toutes les personnes impliquées soient préparées à gagner d’autres améliorations, sur la voie menant à une autre économie. Mais la révolution ne signifie pas la violence, un cataclysme ou toute autre idée simpliste. C’est une transformation de relations sociales précises associée à des opinions et un comportement humains dans un ou plusieurs sphères de la vie sociale, peu importe la manière dont surviennent ces changements. 
Tous ceux qui se battent pour de meilleurs salaires, conditions de travail ou autres améliorations le font au moins en partie pour que cela profitent aux récipiendaires qui le méritent. Mais un révolutionnaire combat aussi pour cela, tout en plaidant pour les valeurs portées par une société nouvelle, pour les façons de développer des infrastructures suscitant l’intérêt pour celle-ci et pour les moyens de l’atteindre. Le révolutionnaire souhaite des réformes, mais de manière non réformiste visant à transformer aussi les institutions sous-jacentes.
 
Une seconde implication stratégique de la parecon est que quelqu’un peut combattre sincèrement le capitalisme et même vouloir personnellement une société sans classe tout en utilisant des vieilles méthodes de division du travail des entreprises et ou du marché et une organisation centralisatrice , et, par ces choix, malgré le souhait inverse, préserver voire renforcer la division de classe entre coordinateurs monopolisant les tâches valorisantes et les travailleurs subissant les tâches dévalorisantes. (1)
Ce résultat, je l’appelle coordinationisme, mais la triste vérité c’est qu’il a souvent usurpé le nom de socialisme. Par conséquent, se battre pour des avancées significatives, ou même pour l’établissement de nouvelles institutions peut être réaliser de manière à conduire vers le coordinationisme ou vers des méthodes participatives.

C’est la différence entre la vie et la mort, entre la victoire et la défaite. Rechercher une société sans classe exige que les mouvements ne rejettent pas seulement le capitalisme mais aillent vers des structures de prises de décisions autogérées, des rémunérations équitables, des ensembles de tâches équilibrées et des plannings participatifs.

Une troisième implication stratégique de la parecon est lié à l’organisation du mouvement. Les militants progressistes et de gauche sont à juste titre partisans de l’abolition du racisme et du sexisme dans la société. Et nous savons que nous devons persévérer pour réduire et finalement mettre un terme aux hiérarchies raciales et sexuelles dans nos mouvements – car sinon, nous sommes mal inspirés, hypocrites, serions nous-mêmes victimes de ces oppressions et, en outre, nos mouvements n’attireront jamais ni ne retiendront les femmes et les gens de couleur, ni ne combattront jamais efficacement le racisme et le sexisme. Il y a encore certainement du travail à faire dans nos mouvements concernant le racisme et le sexisme, mais la question est soulevée et nous allons globalement dans la bonne direction..
 
Quoi qu’il en soit, les militants de gauche sont aussi pour mettre un terme à l’injustice économique et à la hiérarchie de classe dans la société. Et nous devons prendre conscience que cet objectif a une même implication: Nous devons patiemment, tranquillement et de manière constructive restructurer nos mouvements afin qu’ils ne reproduisent plus les divisions du travail du monde de l’entreprise, les modes de prises de décision et de rémunération du marché. Cela doit devenir une priorité si nous voulons dépasser l’hypocrisie , faire preuve d’imagination, échappe aux aliénations de classe, et encore plus si nous voulons attirer en grand nombre, retenir et responsabiliser les travailleurs dans le mouvement et respecter notre engagement vis à vis d’une société sans classe.
 
La gauche, par exemple, dispose de nombreuses organisations de recherches, de réflexion, de présence médiatique et structures organisationnelles En principes, elles devraient incarner nos valeurs à travers leur organisation interne. Cependant, lorsque nos organisations rémunèrent, elles le font le plus souvent sur des normes classistes, récompensant le pouvoir et la position. Certains travaillent dans les bureaux, prennent des décisions, ont des salaires élevés et obtiennent plus de considération. D’autres occupent des salaires plus subalternes, obéissent , sont peu ou pas considérés, moins bien payés et ont beaucoup moins de pouvoir. En clair, au lieu de réduire les divisions de classe en fournissant des tâches qui utilisent les pleines capacités des gens et de répartir équitablement les tâches pénibles, nos organisations reproduisent souvent des relations propres au monde de l’entreprise. La question stratégique encore à résoudre, ou même à soulever, est d’incorporer dans ces projets des normes et valeurs compatibles avec la société sans classe.
Étant donné la nécessité d’obtenir des changements radicaux dans tous les aspects de la vie - une priorité qui a été brièvement abordée dans ce bref résumé – une autre implication stratégique de la parecon est la nécessité de développer une approche globale, en combinant solidairement nos différentes formes de militantisme , tout en respectant en même temps leur autonomie.

Des mouvements mettent en avant différentes priorités du fait que les gens endurent des conditions différentes selon leur race, leur genre, leur classe, leur sexualité et divers autres facteurs. La diversité des orientations qui s’ensuit sert la profondeur et l’amplitude de l’attention prêtée aux divers aspects de la vie. Mais le fait que nos mouvements ne s’aident pas souvent mutuellement, ou même entrent en compétition le uns avec les autres, privent chaque mouvement de l’unité essentiel au succès.

Des programmes différents ont besoin de place pour se développer , gagner de la confiance, retenir l’attention et se mettre en avant. Il n’est pas possible d’obtenir l’unité en demandant aux autres d’abandonner ses priorités pour rejoindre un programme précis. Mais même si nous conservons des identités uniques et des priorités différentes au sein de mouvements autonomes, pour gagner, ces différents mouvements ont besoins de vastes alliances, pour que chacun d’entre eux bénéficie de la force et des spécificités des autres. Nous devons résoudre le problème du respect de la diversité et de l’autonomie même si nous trouvons des façons de manifester une solidarité mutuelle.

Tout le monde finira par combattre toutes les formes d’oppressions dans leur ensemble, en se soutenant mutuellement, même si des personnes différentes, avec des expériences et dans des contextes différents se focaliseront sans doute davantage sur une forme ou une autre d’oppression. Un grand pas vers l’unité consistera pour les plus grands mouvements à soutenir les plus petits, et pour les plus riches, à contribuer au fonctionnement des plus pauvres – inconditionnellement, en ressources humaines comme en matériel, tout en développant une structure organisationnelle d’un mouvement des mouvements qui facilité une telle solidarité.
 
C’est un refrain constant – "comment se fait-il que vous les gauchistes prêchez toujours qu’aux convertis?" Cela ne fait parfois malheureusement aucun doute parce que c’est plus facile que de s’adresser à des gens dont nous ne savons si ils seront d’accord avec nous et qui pourraient même se montrer hostiles. Mais l’explication première du pourquoi les gens de gauche s’adressent souvent à d’autres gens de gauche, ou qui se revendiquent déjà de gauche, est que la gauche ne dispose pas d’un mégaphone assez puissant pour être entendue par les gens qui ne prêtent pas déjà une oreille à ses messages. Parce que nos médias sont encore faibles et, même quand nous poussons un coup de gueule, nous ne sommes principalement entendus que par ceux qui sont déjà à notre écoute.
Une autre implication de l’engagement pour créer des mouvements de masse composés de membres bien informés est la nécessité de développer des moyens de communication vis à vis d’une large population qui n’est pas déjà en relation avec nous, en même temps que de faciliter les échanges entre nos propres membres. 
Nous devons renforcer nos médias alternatives actuelles et de faire pression également sur les médias traditionnels – mais au-delà de ces deux tâches, nous devons nous assurer que la gauche provoque un déclic médiatique qui offre ses programmes, ses opinions et ses analyses aux yeux de tous plutôt que de n’être visibles que dans des recoins et fissures difficiles à dénicher et que les gens doivent chercher pour connaître notre existence même.  
Autre axe des besoins du mouvement, nous connaissons l’importance de l’argent dans nos sociétés mais nous ne semblons pas être conscients qu’il en a aussi pour la gauche. D'où provient-il? Comment est-il utilisé? Bénéficie t-il à quelques-uns au détriment de tous les autres ? Y en a-t’il assez ? Beaucoup de gens de gauche n’ont pas de réponse parce que ce sujet est essentiellement tabou. Essayez de trouver des écrits et des réflexions, encore plus des propositions, sur comment financer des évènements, des projets, des manifestations, et plus encore sur comment ces fonds disponibles doivent être redistribués. Vous ne pourrez pas la plupart du temps. C’est un silence assourdissant.
Le fait d’ignorer comment nous obtenons de l’argent et comment nous l’utilisons est une approche sans issue qui bénéficie seulement à ceux qui monopolisent le contrôle des sommes marginales dont la gauche jouit actuellement. Une autre implication stratégique de la parecon est la mise en place de moyens de financement d’opérations cohérentes avec nos valeurs et nos aspirations.
 
Certes des mouvements à l’avenir inspireront, responsabiliseront, répondront aux besoins, élèveront des aspirations... enrichiront la vie. Certes, une fois que les gens entreront dans leurs orbites, ils s‘engageront. Néanmoins, au cours des dernières décennies, des millions de gens se sont approchés de la gauche, ont participé à différentes manifestations et projets, puis, plus tard, se sont désengagés. Les mouvements futurs devront être totalement différents.
Il existe différentes raisons pour les quelles les gens n’adhèrent pas à la contestation et au militantisme politiques. Surtout parce qu’un mouvement capable de survivre sur une longue durée avec persévérance et sincérité doit encourager plutôt que de harceler ses membres , de les enrichir plutôt que de les diminuer, de satisfaire leurs attentes plutôt que de les négliger ou même de les ridiculiser. Rejoindre un mouvement et se sentir seul n’est pas propice à son développement. Rejoindre un mouvement et rire moins ne produit pas des mouvements plus grands et efficaces.
Alors, sur le chemin du futur, nous devons rendre nos mouvement conviviaux pour les gens de milieux différents. La construction d’un mouvement comporte des moments assommants bien sûr mais il n’y a pas de raison d’en faire quelque chose d’aussi abrutissant que possible mais plutôt quelque chose de riche, varié et valorisant.
 
Nos mouvements doivent retenir leurs membres – existe t-il une stratégie plus simple? Mais cela demande que la participation au mouvement procure des moments pleins, variés plutôt que d’interminables réunions ou des styles de vie rebutants, si éloignés des comportements sociaux qu’ ils rebutent tout le monde à part quelques-uns.
Nous luttons admirablement pour rendre le monde moins opprimant et plus libre. Si nous voulons gagner, il est urgent de faire la même chose pour nos mouvement aussi.  
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(1) Michael Albert est un des cofondateurs de South End Press, une maison d’édition à but non lucratif qui fonctionne selon les principes de l’économie participative
http://www.southendpress.org/

On peut lire aussi
Why Participatory Economics?
Michael Albert
http://www.zcommunications.org/why-participatory-economics-by-michael-albert

Prochainement : La réponse sur la Parecon de Wayne Price, anarchiste révolutionnaire membre de la NEFAC
digger
 
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Réponse sur la Parecon par un anarchiste révolutionnaire

Messagede digger » 09 Sep 2012, 21:34

Réponse sur la Parecon par un anarchiste révolutionnaire
Wayne Price
29 Septembre 2008
http://www.zcommunications.org/response-on-parecon-by-a-revolutionary-anarchist-by-wayne-price


Mon organisation, la NEFAC (Northeastern Federation of Anarchist-Communists), n’a pas de position officielle opinion concernant la Parecon (" économie participative"). Certains de ses membres ont été favorablement influencée, d’autres ont des opinions négatives, la plupart d’entre eux aucune opinion. Par conséquent je présenterai mes vues personnelles au sujet des relations entre la Parecon et l’anarchisme révolutionnaire de lutte des classes

Sur quoi sommes nous d’accord et en désaccord

Sur quoi nos deux tendances sont-elles d’accord ? Sur de nombreux points. Tout en soutenant des luttes pour des réformes, nous sommes d’accord sur le fait que notre objectif doit être la révolution qui nous débarrassera du capitalisme et de toutes les formes d’oppression (genres, nationale, race, orientation sexuelle, etc.) aussi bien que de l’état. Cela se fera par un mouvement de tous les opprimés incluant, mais non limité à, la classe ouvrière. En lieu et place de l’état et de l’économie capitaliste, une fédération, enracinée dans des conseils communautaires et sur les lieux de travail, régis par la démocratie directe. Organisée ni par le marché, ni par la planification centralisée, l’économie sera planifiée démocratiquement du bas vers le haut par ces conseils. Une organisation politique sans état, autogérée, consistera en une fédération de conseils. Sous le capitalisme d’entreprises, nous avons connu une vaste expansion de strates des "classes moyennes""qui sont en capacité , dans certaines circonstances, de remplacer la bourgeoisie, comme nouvelle classe dirigeante collectiviste. Pour cette raison, et d’autres, une société libre devra chercher à réorganiser le travail de telle façon que les tâches comprennent à la fois des aspects intellectuels, créatifs, aussi bien que des aspects laborieux, moins intéressants. Également pour cette raison, et d’autres, nous devons travailler à rendre nos organisations d’opposition quotidiennes aussi radicalement démocratiques que possible.

De toute évidence, nous sommes d’accord sur de nombreux points. Où sommes-nous en désaccord ? Laissez-moi vous donner deux exemples où les anarchistes révolutionnaires ne sont pas d’accord avec le modèle de la Parecon.

Quasiment toutes les tendances de l’anarchisme sont en faveur de la décentralisation, même si nous croyons aussi en des fédérations nationales et internationales. Nous souhaitons des petites régions qui reposent principalement sur des ressources locales et qui comprennent des industries autogérées avec une agriculture biologique durable, générant des communautés et des lieux de travail démocratiques. Alors que la Parecon plaide pour des conseils locaux, son unité économique de base reste la nation, comme les USA (une entité arbitraire). Une planification de base à l’échelle de la surface d’un continent, inefficace à la fois en terme de production et de distribution, conduit au désastre écologique et rend difficile toute planification économique ou organisation politique réellement démocratiques.

Le courant historique de l’anarchisme a plaidé pour un communisme libertaire, où les gens travaillent pour des raisons sociales et partagent la richesse sociale selon les besoins. La Parecon, au lieu de cela, plaide pour rémunérer les travailleurs valides différemment selon la quantité et l’intensité de leur travail. Puisque les capacités et les besoins de chacun sont différents, il reste encore une forme d’inégalité, réminiscence du capitalisme. Cela sera incompatible avec toutes les capacités de productivité offertes par la technologie moderne, qui réduiront pratiquement à néant les tâches nécessaires. Je n’aurais pas d’objection envers cet aspect de la Parecon, si il était proposé comme une phase transitoire vers le communisme, qui synchronisera une production améliorée et la conscience morale. Mais ce n’est pas le programme de la Parecon.

La méthode de la Parecon.

Je pourrais développer sur ce point et d’autres au sujet de la vision de la Parecon quant à une société post-capitaliste. Mais au lieu de cela, je commenterai la méthode de la construction du modèle. Elle est apparemment fondée sur un ensemble de critères moraux, choisis par Michael Albert et Robin Hahnel. Un modèle a donc été construit d‘une économie qui pourrait répondre à ces critères. Cela représente une vision morale qui fait contrepoids aux maux du capitalisme.

Je suis d’accord quant à la nécessité d’une vision utopiste. Et je reconnais l’utilité de développer un modèle détaillée de comment une société pourrait réellement (possiblement) fonctionner. Cela s’oppose à la méthode scientifique du marxisme, qui se refuse à présenter une vision morale, sous prétexte que le socialisme se développera soi-disant (automatiquement et inévitablement) hors de la dynamique du capitalisme.

Cependant la Parecon va trop loin dans une direction. Son modèle est complètement séparé d’une analyse du capitalisme, de sa dynamique , et d’un programme permettant de l’abolir (Capitalisme présenté seulement dans ses grands traits, à l’inverse de la Parecon présentée dans ses détails). Il n’y a pas de discussion sur comment une société post-capitaliste pourrait naitre d’un soulèvement révolutionnaire. Cependant les idées de bases d’une économie conseilliste sont fondées non pas sur des modèles abstraits mais sur des expériences réelles de révolutions passées, durant lesquelles des conseils furent créés par les travailleurs sans l’aide de théoriciens!

Peut-être qu’après une révolution, une société libre mettra aussitôt en place une Parecon Peut-être pas Ou peut-être quelques régions essaieront et d’autres expérimenteront d’autres variantes d’une organisation politique et économique conseillistes. Nous sommes bien trop éloignés d’une telle révolution pour le savoir. Je n’ai rien contre le fait d’essayer d’imaginer des modèles possibles pour aider les générations futures (la Parecon n’étant seulement un modèle parmi d’autres), mais je rejette toute tentative pour faire d’un modèle le programme officiel.

Le but de Michael semble que la Parecon devienne la "vision largement partagée" d’une grande partie de la gauche. Cette vision ne colle pas avec les vues d’un socialiste conseilliste anti-autoritaire telles que je les ai présenté plus haut dans le paragraphe traitant des points d’accord entre anarchistes et partisans de la Parecon. Non, cela doit être le modèle spécifique de la Parecon. Cela va de pair avec le rejet de l’étiquette de "socialisme" (et sans doute de "communisme") comme synonyme de socialisme d’état, bien que de manière incohérente, il ne rejette pas l’étiquette de "gauche", même si pour le grand public, la gauche est historiquement identifiée avec l'étatisme tout comme l’est le socialisme. De même, il ne fait aucune mention de l’’"anarchisme." (J’ai l’impression, à partir d’autres écrits qu’il est ambivalent au sujet de l’anarchisme; toutefois, Robin Hahnel considère la Parecon comme une version du "socialisme libertaire.")

Essayer de faire en sorte que la gauche se reconnaisse spécialement dans la Parecon plutôt que, en général, le socialisme libertaire (l’ anarchisme socialiste et le marxisme anti-étatique) représente une position rigides, d’arrière-garde et pour tout dire sectaire.

Sectaire? Opportuniste? Ou Révolutionnaire?


Mais Michael dit qu’il rejette le sectarisme. "Il n’existe pas qu’une manière pour avancer et la plupart des orientations stratégiques doivent être flexibles et certainement pas méprisantes et encore moins sectaires." . Qui pourrait ne pas être d’accord (à ce niveau de généralisation)? Flexibilité, humilité et respect des autres, même lorsqu’ils sont en désaccord, est important.

Cependant, il y a deux choses qui clochent avec la déclaration de Michael. La première est que, alors qu’il condamne le sectarisme de l’extrême-gauche (avec de bonnes raisons), il ne nous avertit malheureusement pas du danger réciproque de l’opportunisme. Je n’entends pas par cela la corruption personnelle mais la capitulation politique devant le capitalisme. Est ce que Michael est d’accord avec le fait qu’il existe un danger d’opportunisme droitier? Je ne sais pas. La seconde est que toutes les "orientations stratégiques" ne peuvent certainement pas être toutes justes. Certaines peuvent être mauvaises. Cela n’est pas sectaire de le dire et d’avoir une discussion ouverte et respectueuse sur les divergences politiques.

Par exemple, nous sommes à la veille d’une élection nationale et les radicaux ont à ce sujet des opinions différentes ("orientations stratégiques" ou "programmes ") sur quoi faire et dire –bien que les radicaux sont plutôt marginaux actuellement et que ces opinions sont principalement de la propagande en vue de l’avenir. Les Democratic Socialists of America et le Parti Communiste sont pour travailler au sein du Parti Démocrate. La International Socialist Organization et la plupart des autres organisations trotskystes sont pour rejeter les Démocrates et de construire (ce qui équivaut à) de nouveaux partis classes moyennes, pro-capitalistes (Vert, Nader, New Party, Labor Party, etc.). Michael lui-même ne fait pas grand cas de l’électoralisme, mais il a écrit que s’il vivait dans un état "bascule", il voterait pour Obama. A l’inverse, les anarchistes révolutionnaires plaide pour que les travailleurs et les communautés opprimées rompent avec les Démocrate et toute forme d’électoralisme, en faveur d’action de masse, et plus précisément la grève générale.

Toutes ces opinions ne peuvent pas être justes. Certaines doivent être fausses. Celles que je soutiens sont claires, sans condamner les motifs de ceux que je pense avoir tort. Tout récemment, j’ai écouté le "débat" entre les candidats à la présidence. McCain ressemblait à un va-t’en guerre fou. (Pour moi, pas nécessairement pour l’électeur moyen). Obama a déclaré qu’il étendra la guerre d’Afghanistan, qu’il restera en Irak jusqu’à ce qu’il puisse se retirer de manière "responsable", attaquera unilatéralement le Pakistan, menacera l’ Iran et l’attaquera éventuellement, inclura l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN, ce qui signifie que si la Russie attaque l’un ou l’autre de ces pays, les USA entreront en guerre avec la Russie. En bref, Obama sera un agresseur impérialiste, un meurtrier de masse et un criminel de guerre. Et il a le soutiens des libéraux et de la plupart de la gauche ! Pardonnez-moi de dire que cette orientation est mauvaise, politiquement et moralement, pour ceux qui se considèrent comme socialistes, anarchistes ou révolutionnaires. C’est de l’opportunisme politique.

En résumé, La Parecon de Michael et l’anarchisme révolutionnaire ont de nombreux points en commun; ce sont, selon moi (et Robin Hahnel), deux variantes du socialisme libertaire. Les anarchistes émettent quelques critiques sur le modèle de la Parecon concernant une société post-capitaliste, dont deux que j’ai cité . Plus important peut-être, j’émets des critiques sur la méthode de la Parecon comme définition d’un modèle, que je ressens comme trop séparé d’une analyse quant au fonctionnement du capitalisme et quant à la façon dont doit être construit un mouvement. Enfin, je pense qu’il n’est pas seulement important d’être contre le sectarisme d’extrême-gauche mais aussi d’être contre le danger droitier d’opportunisme, tel que le soutien au Parti Démocrate impérialiste et à ses candidats ou à toute forme d’électoralisme .
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Sur le même sujet, Wayne Price a écrit (entre autres articles) pour Anarkismo.net
Anarchist Economics, Marxist Economics, and Pareconist Economics
http://www.anarkismo.net/article/23267
Prochain article : Réponse de Michael Albert aux critiques de Wayne Price.
J’éditerai ce texte et intercalerai les réponses
digger
 
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Albert & Graeber à Paris

Messagede digger » 14 Oct 2012, 08:44

David Graeber et Michael Albert participeront à une Conférence Internationale le 12 Novembre à Paris
"La résistance aux Etats-Unis : quelles stratégies et tactiques  pour mobiliser des communautés ?"
Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense, Amphi B-2 à partir de 9h00 (inscriptions et café). David Graeber participera à une table ronde autour de   "Les objectifs et motivations avant de commencer à mobiliser une communauté" (10H) Egalement B. Lehman: Institute for Anarchist Studies et fondateur du Continental Direct Action Network

D’autres tables rondes incluront les sujets "Les techniques pratiques utilisées dans leur expériences de mobilisation de communautés variées" et "Les obstacles et limites rencontrés au cours de la mobilisation et les compromis et les alternatives qu’ils ont eu à inventer avant de trouver des solutions aux problèmes qu’ils ont rencontrés."
A 18h00, Michael Albert présentera le concept de ‘Participatory Economics’ et la création récente de la International Organization for a Participatory Society (IOPS) suivi d’une discussion.

Le titre pompeux de conférence ne doit pas faire peur. La démarche globale (en tout cas
pour Albert et Graeber) est la confrontation de la pratique et de la théorie, chaque militantE ayant un rôle de théoricienNE (réflexion sur la pratique) . Parmi les intervenantEs, des militantEs de quartier, travaillant auprès des Roms, etc...

Une amie a contacté Radio Libertaire pour proposer une rencontre. Si quelqu’unE a des entrées et est intéressée... faire savoir par MP.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede Flo » 17 Oct 2012, 23:32

Merci pour l'information, je pense que je serai à cette rencontre :D

Je joints ici un article paru dans le monde libertaire pour faire suite à tes derniers post sur les rapports entre économie et anarchisme.

Anarchisme et politique économique (1re partie)

Le sujet de cet article peut paraître surprenant, mais je pense que si nous voulons cesser d’être une secte agissant en marge des grands courants politiques et sociaux, il va bien falloir se poser la question : les anarchistes doivent-ils envisager de mener une réflexion sur la mise en œuvre d’une politique économique ?
C’est une vraie question piège parce que beaucoup de libertaires aujourd’hui en sont encore à s’imaginer qu’il va y avoir un jour une révolution fondée sur les modèles du passé, et où, évidemment, les libertaires seront tellement nombreux et tellement implantés dans les masses populaires qu’ils seront les seuls, ou quasiment les seuls acteurs de la révolution, et qu’ils seront ainsi en mesure d’appliquer leurs options sans se préoccuper de l’existence d’autres courants politiques.
Malheureusement, il est fort à parier qu’aucune révolution future ne renouvellera les schémas du passé. Il nous faudra donc faire preuve d’un minimum d’imagination pour expliquer quel type d’organisation économique et sociale correspondrait à l’approche libertaire.
Quelle que soit la manière dont se fera le grand chambardement, à supposer même qu’entre-temps nous nous soyions considérablement développés, nous ne serons pas les seuls sur le marché de la révolution, beaucoup de monde se bousculera au portillon pour proposer ses solutions, et si ce jour-là nous n’avons pas quelque chose de cohérent dans la manche, nous retournerons au rôle traditionnel que nous jouons depuis maintenant des décennies, celui de mouche du coche de la gauche.
Se posera donc de manière aiguë la question a) de définir quelles seront nos propres options, et b) comment nous allons les rendre plus attractives, plus réalistes, plus constructives que celles de la concurrence. J’ajouterai même un dernier point c) étant donné que nous ne serons pas les seuls en lice, quels types de compromis, d’alliances sera-t-il nécessaire ou possible de contracter avec des courants plus ou moins proches, et dans quelles conditions ?
D’ailleurs, il n’est même pas certain qu’il y ait une révolution un jour, dans le sens où nous l’entendons aujourd’hui, et s’il me paraît évident que des mutations profondes modifieront l’organisation actuelle de la planète, elles se feront selon des modalités auxquelles nous n’aurons pas pensé et que nous ne pouvons pas imaginer.
Le seul concept économique publiquement « visible » dans la propagande libertaire d’aujourd’hui est le concept extrêmement vague d’« autogestion », sans que personne n’explique jamais comment on va « autogérer » les transports ferroviaires, la fabrication et la distribution d’énergie, etc., ni comment seront déterminées les politiques sur lesquelles seront fondées ces activités, et toutes les autres.
La question piège a encore un autre aspect. C’est bien beau de faire des propositions correspondant à ce qui pourrait être dans l’après-« grand soir ». Mais il y a toute la période intermédiaire entre maintenant et ledit « grand soir ». Devons-nous adopter l’attitude hautaine de ces révolutionnaires qui pensent que seule compte la révolution, et que tout ce qu’on fera entre-temps n’est que de la compromission réformiste ? Cette attitude-là est extrêmement commode pour justifier l’absence totale d’action.
Littéralement, le réformisme ne désigne pas l’action visant à obtenir des améliorations de ses conditions d’existence, il désigne l’idée selon laquelle il serait possible de réaliser le socialisme progressivement par une suite de réformes successives. Cela n’a rien à voir avec le seul fait de revendiquer. Il serait temps de remettre en cause l’opposition entre « réforme » et « révolution ». Jusqu’à présent, si le réformisme n’a rien changé de fondamental, on peut dire que la révolution non plus.
Eric Vilain

http://www.monde-libertaire.fr/debats/1 ... 1re-partie

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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede digger » 18 Oct 2012, 19:07

Cet article est d'une grande lucidité. Il rejoint, sans doute pas par hasard, la question sur l'autogestion posée par René dans un autre sujet.
Il pose aussi la question d'un certain "romantisme" révolutionnaire - Le Grand Soir.
J'ai toujours aimé le slogan de Occupy. "This is not a Protest. This is a Process" qui rompt avec l'idée d'une révolution soudaine mais qui introduit l'idée d'un processus. C'est cette idée de processus qui mériterait d'être creusé. Cela n'a rien à voir avec le "réformisme", méthode utilisée par les partisans du statu quo pour lâcher un peu de lest devant des mouvements ou revendications qui risquent d'échapper à leur contrôle.
Enfin, il met l'accent sur l'aspect multiforme des forces et courants qui participeront à ce processus, dans lequel les courants anarchistes seront probablement minoritaires, mais qui aura néanmoins toute sa place par certains aspects théoriques et historiques.
Je ne pourrai pas y être Flo, mais je suis intéressé pour avoir tes commentaires notamment sur l'IOPS tel que présenté par Albert. J'ai rejoint le mouvement dans sa phase transitoire de construction.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede Flo » 19 Oct 2012, 11:11

Tout comme toi je m'accorde largement avec qui est dit ici, il ne pas s'agit d'anarcho-fiction mais bien de questions et de problématique qui ne peuvent qu'émerger de manière naturelle dans un contexte révolutionnaire et post-révolutionnaire. Il ne pose néanmoins pas l'épineux débat sur la nécessité ou non de préparer une lutte armée contre les forces capitalistes expropriées revenant au pas de charge - éventuellement avec l'aide étrangère - pour récupérer leurs entreprises - et leurs salariés-. C'est vrai qu'on sait pas comment et quand cela se produira ni si cela se produira vraiment. Mais j'ai du mal à imaginer que les dominants seront prêts à délaisser les empires qu'ils ont construits.

J'avais prévu de faire un compte-rendu de cette rencontre, je vais voir aussi si il est possible d'enregistrer. En tout cas tu auras effectivement un retour ici même :).
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede digger » 19 Oct 2012, 12:30

Merci. Les interventions devraient être filmées, je pense.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede Flo » 19 Oct 2012, 16:52

Buen.

Je crois qu'à terme faudrait faire un article synthétique sur tous ces renouvellements diverses de la pensée anarchistes, que ce soit sur l'économie ou d'autres domaines. Pour y voir plus clair. Parce que là j'ai l'impression qu'il y a foisonnement assez conséquent d'idées avec ce que tu postes et ce que je vois ailleurs.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede Nyark nyark » 19 Oct 2012, 20:03

Si j'ai le courage d'aller à Nanterre un jour où je n'y suis pas obligée, j'y serai aussi. Je le mets dans l'agenda.
edit : et je déplace la discussion dans "débats théoriques" ;)
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede digger » 19 Oct 2012, 21:48

@ Flo : Il y a certainement beaucoup de réflexions en cours mais je suis limité par la seule langue que je puisse lire et écrire, l'anglais.L'IOPS n'est pas exclusivement anarchiste et je me limiterai ici aux sujets qui traite des relations avec l'anarchisme. Je ne suis pas très prosélyte et je mettrai un lien pour celles et ceux que cela intéresse. Je suis en train de mettre en place des outils qui permettront des échanges plus spécifiques avec les groupes et initiatives libertaires ou d'inspiration libertaire, ainsi que des tentatives de ponts avec des groupes ou personnes qui en partagent les valeurs et les idées principales.
@ Nyark Nyark
Si j'ai le courage d'aller à Nanterre un jour où je n'y suis pas obligée, j'y serai
Anarchiste !
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede Flo » 20 Oct 2012, 15:22

digger a écrit:@ Flo : Il y a certainement beaucoup de réflexions en cours mais je suis limité par la seule langue que je puisse lire et écrire, l'anglais.L'IOPS n'est pas exclusivement anarchiste et je me limiterai ici aux sujets qui traite des relations avec l'anarchisme. Je ne suis pas très prosélyte et je mettrai un lien pour celles et ceux que cela intéresse. Je suis en train de mettre en place des outils qui permettront des échanges plus spécifiques avec les groupes et initiatives libertaires ou d'inspiration libertaire, ainsi que des tentatives de ponts avec des groupes ou personnes qui en partagent les valeurs et les idées principales.
@ Nyark Nyark
Si j'ai le courage d'aller à Nanterre un jour où je n'y suis pas obligée, j'y serai
Anarchiste !


Ah non mais je dis pas que toi tu dois écrire quelque chose sur les nouvelles pensées anarchistes/libertaires/socialistes autogestionnaires (c'est vrai que l'économie participative n'est pas fondamentalement anarchiste puisque le mérite y est toujours un principe déterminant de la possession individuelle, ce qui est hautement critiquable à mon sens) c'était simplement une idée lancée en l'air. Quelque chose que je garde dans le coin de ma tête et que je ferai bien un jour si j'avais du temps. Mais ce n'est pas une demande qui s'adresse à qui que ce soit :)
A quels types d'outils d'échanges faisais-tu référence ? Je trouve l'idée intéressante car je suis moi même en train de monter quelque chose allant un peu dans ce sens.

Nyark Nyark a écrit:Si j'ai le courage d'aller à Nanterre un jour où je n'y suis pas obligée, j'y serai aussi.

Si jamais tu viens je te ferai visiter mon ancienne Fac en buvant un cawa s'tu veux :wink: . Sauf si tu l'as connais déjà.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede digger » 20 Oct 2012, 16:48

Je n'ai pas d'opinion arrêtée sur la question du mérite ni même du terme "économie participative" ou "participaliste". Seulement il m'apparait juste, pour prendre un exemple, que les personnes qui ont travaillé à la construction d'une maison soient prioritaires pour l'habiter vis à vis de quelqu'un qui les aura regarder faire, justifiant de sa prétendue liberté à glander si bon lui semble. Je n'appelle pas cela "mérite" mais justice sociale.
Mais plus importants me semblent l'abolition des classes sociales, la question de la division du travail, l'abolition des droits de propriété des moyens de productions et ressources naturelles, qui sont parmi les points fondamentaux d'une organisation économique révolutionnaire, quel que soit le nom qu'on lui donne.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede Flo » 20 Oct 2012, 20:22

digger a écrit:Je n'ai pas d'opinion arrêtée sur la question du mérite ni même du terme "économie participative" ou "participaliste". Seulement il m'apparait juste, pour prendre un exemple, que les personnes qui ont travaillé à la construction d'une maison soient prioritaires pour l'habiter vis à vis de quelqu'un qui les aura regarder faire, justifiant de sa prétendue liberté à glander si bon lui semble. Je n'appelle pas cela "mérite" mais justice sociale.

De ce point de vue la notion de mérite se justifie effectivement, on est bien d'accord !
Mais moi je faisais d'avantage référence au mérite en terme d'argent dont M. Albert soutien qu'il sera calculé en fonction des efforts que chacun aura fourni dans son travail. Mon désaccord avec cette proposition est lié au triple problèmes que cela pose à mon sens. 1) L'effort n'est pas quelque chose de mesurable de manière égalitaire car il ne peut être comparable suivant les types d'activités qui sont réalisés (peut-on mettre sur le même pied d'égalité l'effort de quelqu'un qui aime profondément son travail et celui qui réalise des tâches avilissantes et abrutissantes) 2) Si l'effort est calculé au temps de travail comme M. Albert le préconise, c'est insensé puisque certaine personne peuvent arriver à de meilleure résultat que d'autres, sur la même tâche, en y passant moins de temps qu'eux. Ça m'amène au point 3) : l'effort dépendant des capacités intellectuelles et physiques des individus, et les individus partant de prédisposition inégalitaire dès leur naissance en raison des différences de capital culturel des noyaux familiaux, ils ne peuvent prétendre à atteindre, au terme de leur scolarité, les mêmes capacités que ceux qui sont les mieux disposés culturellement à réussir. De ce fait, le mérite est ici d'avantage une idéologie qui justifie la place de subalternes et d'exploité-e-s en maintenant la croyance que tout le monde peut réussir et justifie, en retour, les salaires élevés et place dominantes des autres. On pourrait rajouter un 4). Le mérite pourrait entraîné certains à faire sa course après lui et instauré un esprit de compétition annihilant la solidarité entre individus au travail. Comme c'est le cas aujourd'hui finalement. Désolé, je suis un peu long.

digger a écrit:Mais plus importants me semblent l'abolition des classes sociales, la question de la division du travail, l'abolition des droits de propriété des moyens de productions et ressources naturelles, qui sont parmi les points fondamentaux d'une organisation économique révolutionnaire, quel que soit le nom qu'on lui donne.

Tout à fait d'accord.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede digger » 20 Oct 2012, 20:59

1) L'effort n'est pas quelque chose de mesurable de manière égalitaire car il ne peut être comparable suivant les types d'activités qui sont réalisés (peut-on mettre sur le même pied d'égalité l'effort de quelqu'un qui aime profondément son travail et celui qui réalise des tâches avilissantes et abrutissantes

Tout à fait. C'est pourquoi Albert préconise l'abolition de la division du travail. Les travaux les moins valorisants, les plus pénibles sont répartis équitablement et tous y participent.
certaine personne peuvent arriver à de meilleure résultat que d'autres, sur la même tâche, en y passant moins de temps qu'eux

La durée du travail n'est pas le seul critère (la pénibilité, par exemple) et certainement pas le premier. Le premier est la participation de touTEs aux tâches socialement utiles. L'objectif est que chacunE assume sa part de responsabilités (selon ses moyen et compétences) et obtienne en retour la rétribution pour ses besoins (pas forcément sous forme d'argent)
La société sans classe signifie que l'ouvrier et l'ingénieur ou l'intellectuel (qui participeront aussi aux tâches les moins valorisantes) seront rétribués de la même manière.
en maintenant la croyance que tout le monde peut réussir
C'est le terme de réussite, en économie capitaliste, qui est perverti. La réussite ne serait plus un salaire le plus élevé possible, pour obtenir un statut social et une vie confortable. La seule condition serait la participation. Et oui, tout le monde pourra réussir (à subvenir à ses besoin, à avoir accès à la culture,...)
Je pense que l'approche de Albert ne se différencie pas beaucoup d'autres théories économiques révolutionnaires, sinon qu'elle est plus circonspecte sur les changements comportementaux dans une société révolutionnaire.
Mais il reste encore beaucoup de points à clarifier, à développer, à discuter....et à faire passer sur les lieux de travail.
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Re: De nouvelles formes d'anarchisme ?

Messagede altersocial » 21 Oct 2012, 11:21

J'ai trouvé ça :

http://al-rouge.blogspot.fr/p/production.html

un peu long (enfin pour moi :oops: ) mais passionnant.

La préface est à lire après le texte à mon avis (ils auraient dû mettre en postface).

Ca peut compléter le débat sur la comptabilité du temps de travail comme mesure etc. de digger et Flo.
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