Primitivisme

Primitivisme

Messagede Pia » 23 Sep 2008, 21:33

Une approche du primitivisme


Nous avons traduit le texte ci-dessous du journal américain Anarchy : a journal of desire armed. L’anarcho-primitivisme est un courant peu connu ici, même si les deux livres de John Zerzan traduits il y a deux ans par l’Insomniaque et une réponse publiée ensuite par En attendant ont permis de se familiariser avec certaines de ses thèses et peut-être d’amorcer un début de débat. Le texte Pourquoi je ne suis pas primitiviste ? a pour premier intérêt de faire un tour d’horizon du courant primitiviste, de Fifth Estate à Earth First!, en passant justement par sa tendance anarchiste. Ensuite, l’auteur expose certaines critiques qui le conduisent à préférer un anarchisme qui intégrait des apports du courant primitiviste, plutôt que d’être partisan de cette nouvelle idéologie. Pour notre part, il s’agit de présenter une approche de ces théories qui rassemblent outre-manche et outre-atlantique bon nombre d’acteurs de la scène radicale, même s’ils tombent bien souvent dans une réification des sociétés précapitalistes ou dans un mysticisme de la nature (existe-t-elle ?) qui, tout en ne valant pas mieux que celui de la lutte de classe, semble de plus oublier la dimension essentielle des rapports sociaux et donc du capitalisme. Reste que la question des aliénations pointées par le primitivisme – qui restent encore à déconstruire individuellement et collectivement – permet de mieux mettre en perspective notre désir de destruction de ce monde-là, et que les réflexions sur la technologie ou la civilisation permettent non seulement de le relativiser de façon radicale mais aussi d’ouvrir des perspectives de libération.


Pourquoi je ne suis pas primitiviste ?


Le primitivisme, en tant que réponse multiface, et toujours en développement aux crises de notre époque auxquelles l’humanité est désormais confrontée, mérite une sérieuse évaluation. Il s’agit certainement d’une des différentes réponses possibles qui tente de comprendre notre situation difficile actuelle dans le but de suggérer une sortie. Néanmoins, les positions primitivistes qui ont été développées jusqu’à aujourd’hui posent de nombreux problèmes. Notamment de sérieux problèmes à propos du concept de primitivisme lui-même comme mode de théorie et de pratique. Il peut être intéressant d’examiner d’abord certaines sources du primitivisme dans le but d’identifier et d’approfondir quelques unes de ses difficultés les plus évidentes puis de suggérer quelques solutions.

Bases primitiviste

sIl y a plusieurs pistes d’évolution qui semblent avoir plus ou moins convergées pour former le mélange primitiviste actuel de théories et de pratiques, du moins en Amérique du Nord (je ne suis pas familier avec le primitivisme anglais). Mais deux ou trois bases ressortent comme les plus influentes et les plus importantes : celle qui s’est développée à Détroit à partir de l'anarcho-marxiste Black & Red et des anarchistes qui participent à Fifth Estate (FE), incluant un moment John Zerzan, bien que ce dernier et FE se soient finalement séparés brouillés à propos du statut et de l’interprétation de l’agriculture, de la culture et de la domestication. Enfin, certains activistes issus du milieu de Earth First !, souvent influencés par les écologistes partisans de la Deep ecology [“Ecologie profonde”, voir plus loin], mettent en avant une perspective de retour à la Pleistocène 1 – il s’agit de l’ère géologique au cours de laquelle sont apparues les espèces humaines.

Fredy Perlman et Fifth Estate

Bien qu’il y ait eu des prémices du primitivisme radical à l’intérieur – et même avant sa constitution – du mouvement anarchiste moderne, c’est à Fredy Perlman et au collectif de Détroit Black & Red, par lequel son travail fut publié au début des années 60, que le primitivisme contemporain doit le plus. Ce qui a eu le plus d’influence a été sa reconstruction visionnaire des origines et du développement de la civilisation dans Against His-Story, Against Leviathan, publié en 1983. Dans cet ouvrage, Perlman proposait l’idée que la civilisation a pris naissance dans des conditions de vie relativement sévères (dans un endroit et à un moment donné) qui pour l’élite tribale ont exigé le développement d’un système d’irrigations collectives. La construction effective de ce système a nécessité l’action de nombreux individus grâce à une “machine sociale” sous la direction de cette élite tribale. Et la “machine sociale” qui était née devint le premier Leviathan 2, la première civilisation, qui a grandi et s’est reproduite à travers les guerres, l’esclavage et la création d’une machinerie sociale toujours plus importante. La situation dans laquelle nous sommes à présent est un monde dans lequel les descendants de cette civilisation originelle ont réussi à envahir le globe et ont conquis presque toutes les communautés humaines. Mais, comme Perlman le signale, même si presque toute l’humanité est maintenant piégée au sein des civilisations, des Leviathans, il y a toujours des résistances. Et, en fait, le développement des civilisations depuis leurs origines a toujours subi la résistance de tous les non-civilisés, la communauté des humains libres. L’Histoire n’a toujours été jusqu’à aujourd’hui que le récit des premières civilisations détruisant les communautés relativement plus libres autour d’elles, en les intégrant ou en les exterminant, et le récit victorieux de civilisations luttant entre elles, de civilisations exterminant, incorporant ou subjuguant d’autres civilisations. La résistance est pourtant possible et nous pouvons tous relier notre lignage ancestral à des personnes qui furent d’abord sans Etat, sans argent et, dans un certain sens plus profond, plus libres.

La vision de Fredy Perlman a été abordée et élaborée au milieu d’autres personnes impliquées dans le projet du journal Fifth Estate, dont le plus notable est David Watson, qui a écrit sous de nombreux pseudonymes dont George Bradford. Fifth Estate était lui-même un journal underground dans les années 60 qui a évolué comme un journal anarchiste révolutionnaire au milieu des années 70, puis, plus tard, comme un projet anarcho-primitiviste au cours des années 80. Bien que Fifth Estate ait récemment abandonné certaines des implications les plus radicales de ses positions initiales, il reste une des bases majeures du milieu primitiviste contemporain.

Et bien que le travail de Watson soit clairement basé sur celui de Perlman, il a également ajouté ses propres préoccupations, qui comprennent un développement plus avancé de la critique de la technologie et de la “megamachine” de Lewis Mumford, une défense de la spiritualité primitive et du shamanisme, et l’appel pour une nouvelle et véritable écologie sociale (qui éviterait les erreurs du naturalisme, rationalisme et techno-urbanisme d’après disette de Murray Bookchin 3). On peut maintenant trouver le travail de Watson dans un nouveau recueil de ses écrits les plus significatifs publiés par Fifth Estate dans les années 80 sous le titre Against the Megamachine (1998). Mais il est aussi l’auteur de deux autres livres : How Deep is Deep Ecology (1989, sous le pseudonyme de George Bradford) et Beyond Bookchin : A Preface to Any Future Social Ecology (1996).

John Zerzan

John Zerzan, certainement le plus connu des défricheurs du primitivisme en Amérique du Nord, a commencé en questionnant les origines de l’aliénation sociale dans une série d’essais également publiés par Fifth Estate tout au long des années 80. Ces essais ont finalement trouvé leur place dans le recueil Elements of Refusal 4 (1988, seconde édition en 1999). Ils comprennent des critiques radicales des aspects centraux de la culture humaine – le temps, le langage, le nombre et l’art – et une critique influente de l’agriculture, soit la ligne de partage créant le changement dans une société humaine, que Zerzan appelle “la base de la civilisation” (1999, p.73). Cependant, si ces essais initiaux, comme on les appelle souvent, furent publiés dans Fifth Estate, ils n’étaient pas toujours bien accueillis. Et, en fait, chaque numéro de FE dans lesquels ils sont parus comprenait des commentaires rejetant ses conclusions dans des termes très clairs. Finalement, lorsque le collectif de FE fut fatigué de publier ces essais originaux, et puisque Zerzan trouvait de plus en plus difficile d’endurer le dégoût évident de FE pour la direction dans laquelle il menait ses investigations, il s’est tourné vers d’autres pour être publié, dont ce journal, Anarchy ; Demolition Derby, le journal à la vie brève de Michael William ; et finalement le journal anglais Green Anarchist, parmi d’autres. Un second recueil de ses essais, Future Primitive and Other Essays 5 fut alors publié par Anarchy/C.A.L. Press en association avec Autonomedia en 1994. De façon complémentaire, il a édité deux anthologies primitivistes d’importance, Questioning Technology (co-édité par Alice Carnes en 1988 avec une seconde édition en 1991) et plus récemment Against Civilization (1999).
John Zerzan est peut-être plus célèbre pour les conclusions brusques et plus absurdes de ses critiques initiales. Dans ces derniers essais, et dans ses écrits ultérieurs – qui seront familiers aux lecteurs d’Anarchy magazine, il a finalement rejeté toute culture symbolique comme de l’aliénation et une régression de l’état primitif de la nature humaine pré-civilisée, pré-domestiquée et antérieure à la division du travail. Il est aussi devenu connu dans certains cercles pour son soutien chaleureux à Unabomber 6, à qui il a dédicacé la seconde édition d’Elements of Refusal, précisant à ceux qui auraient pu en douter qu’il était vraiment sérieux à propos de ses critiques et de notre besoin de développer une critique de fond avec une pratique sans compromis.

Earth First! et la Deep Ecology

La base primitiviste développée par le milieu de l’action directe d’Earth First! (EF!) “en défense de la Terre-Mère” est lourdement entrelacée avec la formulation de la Deep ecology [“écologie profonde”] par Arne Naess, Bill Devall et George Sessions, entre autres. A la base, la communauté d’action directe de Earth First! (principalement implantée à l’ouest des Eats-Unis et largement anarchiste) semble s’être retrouvée dans la recherche d’une fondation philosophique appropriée pour sa défense non-urbaine des régions vierges et du côté sauvage de l’humain et avoir trouvé quelques munitions irrésistibles, sinon une théorie cohérente, dans la Deep ecology.
Earth First!, en tant qu’organisation solide et informelle (mais certainement pas complètement), puise ses propres origines dans l’éco-anarchisme autochtone [soit indien, ndt] d’Edward Abbey (dont les écrits sur la nature comme Desert Solitaire et la nouvelle The Monkey Wrench Gan furent très influents) et l’écologisme radical autochtone de David Foreman et de ses amis. En fait, le Earth First! des débuts a souvent défendu une approche explicitement anti-immigrés – “la nature sauvage nord-américaine pour les citoyens américains et canadiens uniquement” –, pour sauver toute cette nature qui pourrait encore l’être de la dégradation humaine croissante qui exploite des mines, construit des routes, défriche des forêts, mène une agriculture intensive et développe le tourisme au service de la société de consommation de masse contemporaine. Mais sans jamais se sentir obligé de développer une théorie sociale critique. Cependant, dès qu’Earth First! s’est étendu en dehors du sud-ouest américain et est devenu le centre d’un large mouvement de l’action directe, il est devenu clair que la plupart des personnes qui se joignaient aux blocages, marches, accrochages de banderoles et lock-downs 7 étaient plus qu’un peu influencés par les mouvements sociaux catégoriquement non-autochtones des années 60 et 70 (les droits civiques, anti-guerre, anti-nucléaire, mouvements féministes et anarchistes, etc.). Les contradictions entre la base et la direction informelle sous le contrôle du journal Earth First! atteignirent leur apogée avec la démission de Foreman et la fondation du journal Wild Earth, focalisé sur une perspective de conservation biologique plus proche de ses aspirations. La nouvelle direction d’Earth First! (et le nouveau collectif qui anime le journal depuis le départ de Foreman) reflète la diversité actuelle des activistes désormais impliqués dans tout le milieu d’EF! – un mélange éclectique d’environnementalistes libéraux/réformistes, d’éco-gauchistes (et même des éco-syndicalistes affiliés aux IWW), quelques écologistes [au sens du parti des Verts, ndt], une variété d’éco-anarchistes et certains partisans de la Deep ecology. Mais au regard de cette diversité, il est clair que l’ “écologie profonde” est certainement l’influence la plus vaste à l’intérieur du milieu d’Earth First!, y compris parmi ceux qui se considèrent eux-mêmes comme primitivistes. Cela s’explique principalement parce qu’EF! est fondamentalement un mouvement d’action directe en défense de la Nature non-humaine, et clairement pas un mouvement orienté vers le social, malgré l’engagement social radical fréquent de nombreuses personnes qui y participent. La Deep ecology apporte la justification théorique pour des attitudes du genre “la Nature d’abord, la société ensuite”, souvent présentes à EF! Elle substitue une vision bio-centrique ou éco-centrique très construite (“la perspective d’un monde naturel unifié” comme le disent les Lone Wolf Circles [Cercles du loup solitaire]) aux perspectives supposément anthropo-centriques qui privilégient les valeurs humaines et qui prédominent dans la plupart des autres philosophies. Elle offre en plus une philosophie qui se fond avec une spiritualité de la nature et qui, ensemble, servent à justifier la perspective éco-primitiviste de nombreux activistes qui souhaitent une réduction drastique de la population humaine et une réduction d’échelle ou l’élimination de la technologie industrielle, dans le but de réduire ou de supprimer la destruction croissante du monde naturel par la société industrielle moderne. Bien que le philosophe norvégien Arne Naess (qui n’est pas primitiviste) soit souvent crédité de la création de la Deep ecology, le livre qui lui a donné son nom au départ aux Etats-Unis était celui de Bill Devall et George Session : Deep Ecology (1986). Celui d’Arne Naess, Ecology, Community and Lifestyle : Outline of an Ecosophy est paru en 1990 alors que George Session publiait en 1994 Deep Ecology for the Twenty-First Century.


Quel primitivisme ?


Comme cela apparaît d’évidence lors de ce rapide tour d’horizon (qui laisse nécessairement de côté la discussion de nombreux détails ainsi que d’autres courants et influences importants), les fondements du milieu primitiviste ne sont pas simplement divers, ils sont souvent aussi dans une large mesure incompatibles. Se définir comme primitiviste peut signifier des choses très différentes pour ceux/celles qui sont influencéEs par Fredy Perlman ou David Watson, John Zerzan ou Arne Naess. Fredy Perlman commémore de façon poétique le chant et la danse des communautés primitives, leur immersion dans la nature et leur harmonie avec les autres espèces. Pour David Watson, le primitivisme implique avant tout la célébration de la manière de vivre de façon “soutenable” et préindustrielle (mais pas nécessairement préagricole) de nombreux peuples, qui, d’après lui, sont bien plus centrés sur des cultures tribales (en particulier les religions tribales) et des outils et techniques conviviaux. Pour John Zerzan, le primitivisme est d’abord et avant tout une position appelant de la fin de toutes les aliénations symboliques possibles et de toute la division du travail dans le but que nous expérimentions le monde en tant qu’unité d’expérience nouvelle sans avoir besoin de religion, d’art ou d’autres compensations symboliques. Alors que pour celles/ceux qui sont influencéEs par la Deep ecology, le primitivisme signifie le retour à un monde préindustriel habité par une petite population humaine capable de vivre non seulement en harmonie avec la nature, mais aussi avec un impact minimal sur les autres espèces d’animaux et de plantes (et même les bactéries).

Le primitivisme comme idéologie

Même si j’apprécie et je respecte les contenus de la plupart des courants du primitivisme, il se pose d’évidents problèmes avec la formulation de toute théorie radicale principalement centrée sur l’identité primitiviste (ou de toute autre positivité conçue comme identité). Comme Bob Black l’a soutenu, “L’existence de chasseurs-cueilleurs communistes/anarchistes, passés et présents, est importante. Pas (nécessairement) pour leurs adaptations d’habitat-spécifique réussies puisque celles-ci, par définition, ne sont pas généralisables. Mais parce qu’ils démontrent que la vie fut d’abord, que la vie peut être, radicalement différente. La question n’est pas de recréer ce mode de vie (bien qu’il puisse y avoir certaines occasions de le faire) mais d’apprécier le fait que, si un mode de vie si totalement contradictoire au nôtre fut réalisable, avec l’enregistrement de ses traces sur un million d’années, alors peut-être d’autres modes de vie opposés au nôtre le sont aussi” (Bob Black, Technophilia, An Infantile Disorder, publié dans Green Anarchist et sur le web à http://www.primitivism.com).

S’il était évident que le primitivisme impliquait toujours ce type de conclusion ouverte et de position non idéologique, l’identité primitiviste serait bien moins problématique. Malheureusement, pour la plupart des primitivistes la vision idéalisée et hypostasiée des sociétés premières tend irrésistiblement à déplacer la centralité essentielle de la théorie critique elle-même, quelles que soient leurs protestations régulières à ce sujet. La critique se déplace rapidement d’une compréhension du monde social et naturel vers l’adoption d’un idéal préconçu à partir duquel ce monde (et la propre vie de chacunE) est mesuré, soit une position idéologique par excellence. Cette tendance presque irrésistible à l’idéalisation est la plus grande faiblesse du primitivisme.

C’est particulièrement clair lorsque des tentatives sont faites pour préciser la signification exacte du mot “primitif”. Il n’y a pas de sociétés “primitives” contemporaines, et n’y a même pas de société “primitive” isolée, identifiable, archétypale. Bien que ceci soit tout de même accepté par la plupart des primitivistes, l’importance de ce fait n’est pas toujours comprise. Toutes les sociétés existant à présent (et historiquement) ont leurs propres histoires, sont des sociétés contemporaines dans le sens fondamental qu’elles existent dans le même monde – même si elles sont loin des centres du pouvoir et de la force – que les Etats-nations, les multinationales et le système d’échange de biens global. Même les sociétés anciennes qui existaient avant l’avènement de l’agriculture et de la civilisation [souvent associées dans les théories primitivistes, ndt] se sont adaptées de façon inimaginable à des modes de vie divers et innovants au cours de leur existence. Et, au-delà de certaines spéculations de base, nous ne pourrons tout simplement jamais savoir [il s’agit de millions d’années et non pas des recueils d’anthropologues ou de missionnaires du XIXe, ndt] ce que ces modes de vie étaient et moins encore qui étaient les plus authentiquement primitifs ! Cela ne signifie pas que nous n’avons rien à apprendre du mode de vie des chasseurs-cueilleurs contemporains – ou des horticulteurs, des bergers nomades et même des communautés qui vivent de l’agriculture –. Cela signifie qu’il n’est pas question de mettre en avant une forme de vie comme un idéal qu‘il faut égaler sans critique, ou de construire un idéal primitif archétypal basé sur des spéculations concernant toujours ce qui aurait pu exister.

Ni derrière ni devant, mais où nous choisissons d’aller

Comme toutes les critiques du primitivisme ne se lassent jamais de le pointer, nous sommes incapables de remonter dans le temps. Mais ce n’est pas (comme la plupart des critiques le pensent) parce que le “progrès” social et technique est irréversible, ni parce que la civilisation moderne est irremplaçable. Il existe plusieurs exemples historiques de résistances à la fois aux innovations sociales et techniques, et de retours vers ce qui est d’habitude considéré (par les croyants au Progrès) non pas comme un simple mode de vie, mais comme inférieur ou retardataire. Plus fondamentalement, nous ne pouvons revenir en arrière dans le sens ou dans n’importe quelle direction qu’aille la société, notre départ sera forcément lié à la place où nous sommes à présent. Nous sommes tous/tes pris-es dans un processus historique et social qui limite nos options. Comme les marxistes le montrent de façon typique, les conditions matérielles de production présentes et les relations sociales de production déterminent largement les possibilités de changement social. Même si les anarchistes sont extrêmement (et à juste titre) critiques sur les hypothèses productivistes présentes derrière ce type de formulation, il reste généralement exact que les conditions de vie sociale existantes (dans toutes leurs dimensions matérielles et culturelles) exercent une inertie qui rend toute idée d’un “retour” à un mode de vie antérieur (ou plus certainement imaginé) extrêmement problématique.
Mais nous n’avons pas plus de besoin nécessaire d’aller en arrière que dans le futur que nous préparent le capital et l’Etat. Comme nous l’enseigne l’histoire, leur progrès n’a jamais été notre progrès – conçu comme la disparition substantielle de l’aliénation sociale, de la domestication ou encore de l’exploitation. Bien plus, nous ferions mieux de nous passer du sablier standard de toutes les philosophies de l’histoire pour voguer enfin dans notre propre direction.
Ce n’est que sans les contraintes inutiles, et toujours idéologiques, imposées par les interprétations directives de l’histoire que nous serons enfin libres de devenir ce que nous souhaitons, plutôt que ce que certaines conceptions du progrès (ou du passé) nous demandent d’être. Cela ne signifie pas que nous devons tout simplement ignorer ce que, en tant que société entière, nous sommes aujourd’hui, mais doit au contraire impliquer que finalement aucune idéologie ne peut renfermer ou définir la puissance sociale et révolutionnaire sans la falsifier. La vitalité de cette puissance critique précède toute théorisation, dans chacune et dans toute contradiction entre nos désirs immédiats pour des vies unitaires [au sens de briser les séparations, notamment entre les différents moments/activités d’unE individuE, ndt] et non-aliénées et toutes les relations sociales actuelles, les rôles et les institutions qui empêchent ces désirs de se réaliser.

Critiques de la civilisation, du progrès et de la technologie

Pour nous, ce qui est bien plus important que la réévaluation de ce qui est appelé “sociétés primitives” et “modes de vie”, c’est l’examen critique de la société dans laquelle nous vivons ici et maintenant et les façons dont elle aliène systématiquement nos activités quotidiennes et écrase nos désirs d’un mode de vie plus unitaire et satisfaisant. Et cela doit toujours d’abord être un processus de négation, une critique de nos vies de l’intérieur plutôt que de l’extérieur. Les critiques idéologiques, lorsqu’elles contiennent des éléments négatifs, restent toujours centrées à l’extérieur de nos vies, autour d’une sorte d’idéal positif auquel nous devrions éventuellement nous conformer. Le pouvoir de leurs critiques sociales (ultrasimplifiées) est obtenu par le refus de la nécessaire centralité de nos propres vies et de nos propres perspectives vers toute véritable critique de notre aliénation sociale.
Le milieu primitiviste a développé et popularisé des critiques de la civilisation, du progrès et de la technologie, et c’est sa force la plus importante. Je ne me considère moi-même pas comme primitiviste à cause de ce que je vois comme l’avancée fondamentalement idéologique d’une théorie qui idéalise une forme particulière de vie (que celle-ci ait jamais existée ou non). Mais cela ne signifie pas que je sois moins critique sur la civilisation, le progrès ou la technologie. Au contraire, je vois ces critiques de manière essentielle pour le renouveau et la future radicalisation de toute véritable tentative de critique sociale contemporaine générale.
Le primitivisme comme idéologie est englué dans une position inconfortable qui demande au final la construction d’une forme de société complexe (bien plus discutée dans ses détails) qui nécessite de façon évidente non pas uniquement des transformations sociales massives, des changements techniques et des dispersions de populations, mais aussi l’abandon rapide d’au moins 10 000 ans de développement de la civilisation. C’est un euphémisme de dire que cela entraîne d’énormes risques pour notre survie en tant qu’individuEs et même, probablement, en tant qu’espèce (à cause tout d’abord des menaces probables liées aux armements nucléaires, chimiques et biologiques qui ne pourraient être démantelés). A présent, le primitivisme peut au mieux offrir des promesses imprécises sur des résultats hautement spéculatifs, même dans les circonstances imaginables les plus favorables : l’éventuelle démoralisation et capitulation planétaire de la classe dominante la plus puissante, sans trop de guerres civiles importantes menées par des factions tentant de restaurer l’effondrement du vieux monde, en partie ou dans sa totalité. Ainsi, le primitivisme, au moins dans sa forme, ne sera jamais susceptible d’obtenir le soutien de plus qu’un relativement petit milieu de mécontents à la marge, même à la suite d’un effondrement social conséquent.
Pour s’exercer, la critique de la civilisation n’a pas besoin de signifier le rejet idéologique de tout développement historique et social au cours des 10 ou 20 000 dernières années. La critique du progrès ne signifie pas que nous ayons besoin de retourner à un mode de vie antérieur ou d’établir un état préconçu et idéalisé de la non-civilisation. La critique de la technologie ne signifie pas que nous ne pouvons agir victorieusement pour éliminer d’abord les formes les plus destructrices de la production technologique, de la consommation et de contrôle, tout en conservant les formes de technologies les moins intensives, les moins sociales et les moins destructives pour l’environnement, en vue de transformations futures ou de leur élimination (tout en tentant bien sûr de réduire leurs effets aliénants). Tout ceci signifie qu’il peut être bien plus puissant de formuler une position révolutionnaire qui ne se laissera pas si volontiers dégénérer en idéologie. Et que le primitivisme, débarrassé de toutes ses tares idéologiques, s’améliore sous un autre nom.
Comment devrait s’appeler une perspective sociale et révolutionnaire qui inclurait les critiques de la civilisation, du progrès et de la technologie, liées à celles de l’aliénation, l’idéologie, la morale et la religion ? Je ne peux pas dire qu’il n’y ait aucune formulation qui n’ait pas également de possibilité réelle de dégénérer en idéologie. Mais je doute que nous pourrions faire pire que “primitivisme”.
Je continuerai probablement à me référer le plus souvent au simple label “anarchiste”, en étant sûr qu’avec le temps, la plupart des critiques valides désormais étroitement identifiées au primitivisme seront intégrées de manière croissante dans le milieu anarchiste et identifiées étroitement à celui-ci, tant dans la théorie anarchiste que dans la pratique. Les anarcho-gauchistes n’aimeront pas ce processus. Les anarcho-libéraux ou les autres pas davantage. Mais la critique de la civilisation est bien présente pour rester, avec ses corollaires que sont les critiques du progrès et de la technologie. L’approfondis-sement continu des crises sociales planétaires, qui résultent des développements incessants du capital, de la technologie et de l’Etat, ne permettra pas aux anarchistes encore réticents à l’élargissement de la critique d’ignorer longtemps les implications de ces crises.
Nous sommes maintenant au début d’un nouveau siècle. Certains diraient que nous sommes plus proches de l’anarchie maintenant que nous ne l’étions il y a deux siècles au temps de Godwin, Coeurderoy ou Proudhon. Plus nombreux sont ceux/celles qui pourraient dire que nous en sommes bien plus loin. Le sommes nous ? Si nous sommes capables de formuler une critique plus forte, plus résistante aux tentations de l’idéologie, et si nous sommes capables de développer une pratique plus radicale, plus intransigeante et pourtant ouverte dans ses conclusions, peut-être avons nous encore une chance en luttant d’influencer les révolutions inévitables encore à venir.

Jason McQuinnAnarchy : A Journal of Desire Armed, n°51, printemps-été 2001
C.A.L. Press / POB 1446 / Columbia , MO 65205-1446 / Etats-Unis
(http://www.anarchymag.org)


Notes du traducteur (ndt) :
1. En géologie, la pléistocène correspond au début du quaternaire, en archéologie elle correspond au paléolithique.
2 Le Léviathan (1651) est un livre du philosophe Hobbes (1588-1679), pour qui l’homme est un être créateur de ses oeuvres et particulièrement de l’Etat. L’état de nature (status naturalis) est considéré comme la guerre de tous contre tous avant que les hommes s’engagent mutuellement selon un contrat social qui limite leurs prétentions, en investissant à un organisme supra-individuel le pouvoir qui doit les assujettir.
3. Murray Bookchin, auteur né en 1921, s’inscrit dans le courant américain de l’écologie sociale, et a notamment écrit (disponible en français) : à l’atelier de création libertaire (ACL, Lyon), Sociobiologie ou écologie sociale (1983, rééd. 1999, 52 p.), Qu’est-ce que l’écologie sociale ? (1989, 43p.), Quelle écologie radicale ? (1994, 144 p.) avec Dave Foreman et une contribution à Interrogations sur l’autogestion (1979, réed. 1982). Aux éditions Ecosociété (Montréal) : Une société à refaire, vers une écologie de la liberté (1993, 300 p.) et un livre sur ses thèses par Janet Biehl, Le municipalisme libertaire (1998, 299 p.). On trouvera également un extrait en français de From urbanization to cities (Londres, Cassell, 1995) dans Alternative libertaire belge de juillet 2000. Enfin, pour celles/ceux qui ne sont guère séduitEs, le journal L’anarcho (basé à Nice) n°12 de janv./mars 1998 a traduit sous le titre Murray Bookchin et l’Ecole de Francfort un article de Paul Z. Simons tiré de Anarchy, a journal of desire armed (printemps/été 1997) : Rare praise, or Bookchin hate us (and that’s a good thing). Article disponible à : http://www.multimania.com/lanarcho/12psmb.htm
4. Aux sources de l’aliénation, éd. L’insomniaque, octobre 1999, 128 p.
5. Futur Primitif, éd. L’insomniaque, décembre 1998, 96 p.
6. Unabomber était le surnom donné par le FBI et la presse américaine à Theodore Kaczynski. Il a été arrêté le 3 avril 1996 pour avoir envoyé de 1978 à 1995 des lettres piégées à des crapules liées à la recherche scientifique, la technologie ou l’industrie, du fond de la forêt où il vivait en autarcie quasi-complète. Il avait exigé la publication d’un manifeste dans la presse à grand tirage en échange de l’arrêt de ses lettres, ce qui fut fait. Début 1998, il a été condamné à la prison à perpétuité.
7. Lock-down : forme de lutte liée à “l’action directe non-violente” de sacrifice du corps qui consiste à s’arrimer à un objet. Exemple : s’attacher à des rails pour empêcher un convoi nucléaire de passer.

[Nous n’avons pas traduit le début de l’introduction. CS]


[Texte publié dans Cette Semaine n°83, sept/oct 2001, pp. 36-39]

http://cettesemaine.free.fr/cs83/cs83primitivisme.html
Pia
 
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede Tenryu » 25 Sep 2008, 06:10

Salut Pia !

Tiens c'est marrant, quand je lisais Rahan, en arrivant en France, c'est de suite devenu mon héros favori (avec Spider-man), et petit à petit dans mon esprit, son époque devenait pour moi l'époque idéale.

Quelque part, ça m'est resté, ce qui a orienté pas mal de mes expériences et choix de la vie.

Bien amicalement,
@ bientôt.
Tenryu
 

Re: Une approche du primitivisme

Messagede gyhelle » 25 Sep 2008, 08:34

J'avais traduit (plus ou moins bien) sur l'endehors une analyse (très) critique d'Andrew Flood (anarchiste irlandais) du primitivisme. Je la poste dans le message suivant.
Modifié en dernier par gyhelle le 26 Sep 2008, 09:08, modifié 1 fois.
gyhelle
 

Re: Une approche du primitivisme

Messagede gyhelle » 25 Sep 2008, 08:34

Civilisation, Primitivisme et anarchisme
--> Par Andrew Flood

Pendant la dernière décennie, une critique généralisé de la civilisation a été faite par un certain nombre d'auteurs, pour la plupart basés au États-Unis. Certain d'entre eux ont choisis de s'identifier comme anarchiste bien que leur identification la plus courante est celle de primitiviste. Leur argument général est que c'est la "civilisation" elle-même qui est le problème qui a résulté en notre échec de vivre desvies enrichissantes. La lutte pour le changement est donc un combat contre la civilisation et pour une Terre d'où la technologie a été éliminé.

C'est un argument intéressant qui a quelques mérites comme exercice intellectuel. Mais le problème est que quelques un de ses partisans ont usés du primitivisme comme base depuis laquelle attaquer toutes les autres propositions pour changer la société. En face de ce défi, les anarchistes ont besoin en premier lieu de voir si le primitivisme offre une quelconque sorte d'alternative réaliste au monde tel qu'il est.

Notre point de départ est que l'expression "la vie est dure" peut toujours recevoir la réponse "elle est meilleure que son alternative". Ceci fourni un bon test général à toutes les critiques du monde 'tel qu'il est', en incluant l'anarchisme. Qu'est-ce qui est à examiner pour savoir si une meilleure alternative est possible ?

Même si nous ne pouvons indiquer "une meilleure alternative", les critiques du monde "tel qu'il est" peuvent avoir un certaine valeur intellectuelle. Mais après le désastre du 20ème siècle quand de soi-disantes alternatives comme le Léninisme ont créées de durables dictatures qui ont tués des millions de personnes, la question "est-ce que votre alternative est meilleure que ce qui existe ?" doit être posée à toute personne recommandant le changement.

La critique primitiviste de l'anarchisme est basée autour de la revendication d'avoir découvert une contradiction entre la liberté et la société de masse. En d'autres mots, ils voient comme impossible pour une société impliquant des groupes plus large qu'un village d'être une société libre. Si c'était vrai, cela rendrait la proposition d'un monde de "fédérations libres de villes, cités et campagnes" impossible. De telles fédérations et centres de populations sont évidemment une forme de société/civilisation de masse.

Cependant le mouvement anarchiste a répondu à cette soit-disante contradiction depuis ses origines. Au 19ème siècle, les libéraux [ndt: au sens classique] défenseurs de l'état ont pointé une telle contradiction afin de justifier le besoin d'avoir un groupe d'homme pour en diriger un autre. Michel Bakounine a répondu a ceci en 1871 dans son essai sur "La commune de Paris et la notion de l'état" [1]:

«Il est dit que l'harmonie et la solidarité universelle des individus avec la société ne peut pas être atteint en pratique parce-que leurs intérêts, étant antagonistes, ne peuvent jamais être réconciliés. A cette objection, je répond que si ces intérêts ne sont encore jamais arrivés à un accord mutuel, c'est parce que l'état a sacrifié les intérêts de la majorité pour le bénéfice d'une minorité privilégiée. C'est pourquoi cette fameuse incompatibilité, ce conflit des intérêts personnels avec ceux de la société, n'est rien sauf de la fraude, un mensonge politique, né du mensonge théologique qui a inventé la doctrine du péché originel dans le but de déshonorer l'homme et de détruire son respect de lui même. [...] Nous sommes convaincu que tout le bien du développement intellectuel, moral et matériel de l'homme aussi bien que son évidente indépendance, est le produit de sa vie en société. En dehors de la société, non seulement il ne serait pas libre, mais il ne saurait même pas devenir véritablement humain, un être conscient de lui même, le seul être à penser et à parler. Seule la combinaison de l'intelligence et du travail collectif a été capable d'extraire l'homme hors de l'état sauvage et brutal qui constituait sa nature originale, ou plutôt le point de départ de son développement ultérieur. Nous sommes profondément convaincus que la vie entière des hommes - leur intérêts, tendances, besoins, illusions, et mêmes stupidités, aussi bien bien que chaque épisode de violence, d'injustice et apparemment d'activité volontaire - représente simplement le résultat des forces sociétales inévitables. Le peuple ne peut pas rejeter l'idée de l'indépendance mutuelle,ni ne peut denier l'influence réciproque et l'uniformité exposant les manifestations de nature externe [ndt : je n'arrive pas à bien traduire cette phrase].»

Quel niveau de technologie ?

Beaucoup de primitivistes esquivent la question d'à quel niveau de technologie ils souhaitent retourner en se cachant derrière la revendication qu'ils ne soutiennent pas un retour à quelque chose, mais qu'au contraire ils veulent aller de l'avant. Avec ceci en tête, un résumé raisonnable de leur position est que certaines technologies sont acceptable jusqu'au niveau d'une société correspondante a un grand village alimenté par la chasse et la cueillette. Pour les primitivistes, les problèmes commencent le developpement de l'agriculture et la société de masse.

Bien sur, la civilisation est un terme assez général, comme l'est la technologie. Certains de ces primitivistes ont amenés cet argument jusqu'à sa conclusion logique. Un d'entre eux est John Zerzan qui identifie la racine du problème dans l'évolution du langage et de la pensée abstraite. C'est le point final logique du rejet primitiviste de la société de masse.

Pour le propos de cet article, je prend comme point de départ que la forme de la future société défendue par les primitivistes serait similaire en termes de technologie a ce qui a existé sur terre il y a environ 12.000 ans, à l'aube de la révolution agricole. Par ceci, je ne prétend pas qu'ils veulent 'retourner en arrière', quelque chose qui est de toute façon impossible. Mais plutôt que si vous chercher à aller de l'avant en vous débarrassant de toute la technologie de la révolution agricole et d'au delà, les résultats ressembleront assez aux sociétés pré-agricoles de 10.000 avant J.C. Comme elles sont le seul exemple en fonctionnement que nous avons de ce type de société, il semble raisonnable de l'utiliser pour évaluer les revendications primitivistes.

Une question de nombre.

Les chasseurs-cueilleurs vivent de la nourriture qu'ils peuvent chassé ou cueillir, d'où leur nom. Les animaux peuvent être chassés ou piégés, tandis que les fruits, noix, légumes et racines sont cueillis. Il y a 12.000 ans chaque humain sur la planète vivait comme un chasseur-cueilleur. Aujourd'hui seul un petit nombre de personne le sont, dans des régions isolées et marginales de la planète comme les désert, la toundra arctique et la jungle. Quelques un de ces groupes comme les Acres [ndt: Amazonie Brésilienne ] ont seulement été en contact avec le reste de la planète dans les récentes décennies [2], d'autres comme les Inuits [3] ont été en contact pendant de longues périodes et ont donc adoptés des technologies supérieures à celles développées localement. Ces dernier groupes font complètement parti de la civilisation et ont contribués au développement de nouvelles technologies dans cette civilisation.

Dans des écosystèmes marginaux, la chasse et la cueillette représentent souvent la seule façon possible de produire la nourriture. Le désert est trop sec pour supporter de l'agriculture et l'arctique trop froid. La seule autre possibilité est le pastoralisme, la dépendance dans les animaux semi-domestiqués comme source de nourriture. Par exemple, dans l'arctique scandinave, les Sami [4] [ndt : les Lapons] contrôlent le déplacement d'énormes troupeaux de rennes pour se fournir une source de nourriture régulière.

Les chasseurs-cueilleurs survivent grâce à la nourriture qu'ils chassent et cueillent. Cela implique des densités de populations très basses parce que l'augmentation de la population est limité par le besoin d'éviter la sur-chasse. Trop de cueillette de plantes comestibles peut aussi conduire à réduire le nombre de plantes qui seront disponibles dans le futur. Ceci est le problème central avec l'idée primitiviste que la planète entière peut vivre comme chasseurs-cueilleurs : il n'y a même pas assez de nourriture produite dans les écosystèmes naturels pour ne serait-ce qu'une fraction de la population mondiale actuelle.

Il devrait être évident que la quantité de calorie disponible pour la nourriture des humains dans un acre [ndt: ~0.4 hectares] de forêt de chênes serait beaucoup plus faible que la quantité de calories disponible pour les humains dans un acre de blé [ndt: ou de maïs, ce n'est pas clair] le serait. C'est parce que nous avons passé 12.000 ans à sélectionner des plantes et à améliorer les techniques agricoles de façon à ce que nous bourrions dans un acre beaucoup de plantes productives qui transforme leur énergie reçue en parties comestibles plutôt qu'en parties qui ne sont pas de la nourriture pour nous. Comparez n'importe quel graine cultivée avec sa parente sauvage et vous en verrez une illustration: la variante cultivée aura de beaucoup plus gros grains et en une plus grande proportion par rapport à ses tiges et à son feuillage. Nous avons choisi des plantes qui produisent une grande proportion de biomasse comestible.

En d'autres mots, un pin peut être aussi bon ou meilleur qu'une laitue pour capturer l'énergie solaire qu'il reçoit. Mais avec une laitue, un énorme pourcentage de l'énergie capturée se transforme en nourriture (à peut près 75%). Avec le pin, rien de l'énergie reçue ne produit de la nourriture que nous pouvons manger. Comparez la quantité de nourriture trouvable dans un bois proche avec la quantité que vous pouvez faire pousser dans quelques mètres carrés de jardin cultivé, même de manière biologique et peu énergétique et vous verrez pourquoi l'agriculture est indispensable pour la population de la planète. Un acre de pomme de terre biologiques peut produire 15.000 livres [ndt: ~7000 Kg] de nourriture [5]. Un carré de 70 yards de coté [ndt: 64 m] mesure juste un peu plus d'un acre.

La population estimée d'hommeq sur terre avant l'avènement de l'agriculture (-10.000 J.C.) varie, avec des estimations aussi basses que 250.000 personnes [6] . D'autres estimations de la population de chasseurs-cueilleurs d'avant l'agriculture sont plus généreuse, dans une échelle de 6 à 10 millions de personnes [7]. La populations actuelle sur terre est d'environ 6.000 millions de personnes.

Ces 6.000 millions de personnes vivent pour la quasi-totalité grâce à l'agriculture. Elles ne peuvent pas vivre grâce à la chasse et à la cueillette, d'ailleurs il est suggéré que même les 10 millions de chasseurs-cueilleurs qui ont pu exister avant l'agriculture peuvent avoir été un nombre non soutenable [ndt: pour l'environnement]. Une preuve de ceci peut être vu dans l'extinction du Pleistocène [8], une période allant de 12.000 à 10.000 avant J.C. pendant laquelle 200 espèces de grands mammifères se sont éteintes [9]. Ceci a été due à la sur-chasse, selon une hypothèse controversée. Si cela est vrai, alors l'avènement de l'agriculture (et de la civilisation) peut même avoir été due a l'absence de gros gibier, ce qui a forcé les chasseurs-cueilleurs de "s'installer" et de chercher de nouveaux moyens d'obtenir de la nourriture.

Il est certain que dans l'histoire connue, la sur-chasse a été observée avec l'arrivée de l'homme sur des îles polynésiennes isolées. La sur-chasse a causé l'extinction du Dodo sur l'île Maurice [ndt: l'auteur écrit Mauretania au lieu de Mauritius] et les Moas de Nouvelle-Zélande, pour ne pas cité des espèces moins connues.

Vivre dans les tourbières en hiver.
Une autre façon d'examiner le fait que le primitivisme ne peut pas supporter toute la population de la planète est plus anecdotique et utilise l'Irlande (où je vis) comme exemple. Laissé à elle même, la campagne irlandaise consisterait principalement en forêt âgées de chênes avec quelques bosquets de noisetiers et des tourbières. Allez dans une forêt de chêne et regardez combien de nourriture vous pouvez ramasser - si vous vous y connaissez, vous pouvez en trouver. Des glands, des mûres dans les clairières, un peu d'ail sauvage, des fraises, des champignons comestibles, du miel sauvage et de la viande provenant d'animaux qui peuvent être chassés comme les cervidés, les écureuils, les chèvres sauvages et les pigeons. Mais cela fourni beaucoup, beaucoup moins de calories que la même surface cultivée avec du blé ou des patates fournirait. Il n'y a tout simplement pas assez de terre en Irlande pour faire vivre 5 millions de personnes, la population actuelle de l'île, comme des chasseurs-cueilleurs.

Typiquement, les chasseurs-cueilleurs vievent dans des zones avec une densité de population de 1 habitant pour 10 km carrés. (La densité de population actuelle de l'Irlande est d'environ 500 habitants pour 10km² soit 500 fois la précédente). En étendant ce calcul standard à la planète entière, le nombre de personne pouvant vivre en Irlande serait de moins de 70.000. Probablement beaucoup moins car seulement 20% de l'Irlande est couverte de terre arable. Les tourbières ou les karst des Burren fournissent assez peu de nourriture utile aux humains. En hiver, il y aurait très peu de nourriture à ramasser (peut-être quelques caches de noix enfouies par les écureuils et un peu de miel sauvage) et même seulement 70.000 personnes vivant de chasse éradiqueraient les grands mammifères (cerfs, chèvres sauvages) très rapidement. Les zones côtières, les larges fleuves et les lacs serait les sources principales de chasse [ndt: et de pêche] et d'un peu de glanage (de coquillages et d'algues comestible).

Mais en étant généreux et en supposant que d'une manière ou d'une autre l'Irlande peut faire vivre 70.000 chasseurs-cueilleurs, nous découvrons le besoin de "réduire" la population de quelques 4.930.000 personnes. Soit 98.6% de la population. Les estimations archéologiques réelles de la populations de l'Irlande d'avant l'arrivée de l'agriculture est d'environ 7.000 personnes.

L'idée qu'une certaine quantité de terre peut faire vivre un certain nombre de personnes selon comment elle est (ou dans notre cas, n'est pas) cultivée est connue comme étant sa "capacité de charge". Ceci peut être estimé pour la terre entière. Un calcul récent pour les chasseurs-cueilleurs vous donne en fait 100 millions comme borne maximum. Mais à quel point ceci est un maximum ne devient clair seulement que lorsque vous réalisez qu'utiliser une méthode similaire donne 30 milliards comme borne maximum avec utilisation de l'agriculture [10]. Cela serait 6 fois la population mondiale actuelle.

Mais prenons cette borne de 100 millions comme le maximum plutôt que le maximum historique de 10 millions. Ceci est une estimation généreuse, bien au dessus de celle de ces primitivistes qui ont osés aborder cette question. Par exemple, Miss Ann Thropy, écrivant dans le magasine Étatsunien Earth First ! a estimé : «Ecotopia serait une planète avec environ 50 millions de personnes, qui chasseraient et cueilleraient pour leur subsistance.» [11].

La population de la Terre aujourd'hui est d'environ 6.000 millions. Un retour vers une terre "primitive" requiert donc que quelques 5900 millions de personnes disparaissent. Quelque chose doit arriver à 98% de la population mondiale pour que les 100 millions de survivants n'aient ne serait-ce que le plus petit espoir d'une utopie primitive soutenable.

Des sales coups ?

A ce point, quelques écrivains primitivistes comme John Moore protestent, rejetant la suggestion «que les niveaux de populations envisagés par les anarcho-primitivistes devraient être obtenus par une mortalité massive [ndt: j'ai choisi de traduire "die-off" par massacre, mortalité ou extinction selon le cas] ou des camps de la mort du type nazi. Ce ne sont que des tactiques diffamatoires. L'attachement des anarchos-primitivistes pour l'abolition de toutes les relations de pouvoirs, en incluant l'État et tout son appareil administratif et militaire, ainsi que n'importe quel type de parti ou d'organisation, signifie qu'un tel massacre organisé reste une impossibilité aussi bien qu'une complète horreur. » [12].

Le problème pour John est que ces "tactiques diffamatoires" sont basés non seulement sur les besoins logiques d'un monde primitiviste mais sont aussi explicitement admises par d'autres primitivistes. Les 50 millions de personnes de Miss Ann Thropy ont déjà été citées. Une autre FAQ primitiviste proclame que « des réductions drastiques de la population vont arriver que cela soit volontaire ou non. Il serait mieux, pour des raisons évidentes de faire tout ceci de manière graduelle et volontaire, mais si nous ne le faisons pas, la population humaine va être diminuée de toute façon.» [13].

La Coalition Against Civilization (Coalition Contre la Civilisation) écrit «Nous devons être réalistes à propos de ce qui arrivera quand nous entreront dans un monde post-civilisation. Un constat basique est que beaucoup de personnes mourront pendant l'effondrement civil. Bien que cela est une chose difficile a soutenir à une personne morale, nous ne devrions pas prétendre que cela ne sera pas le cas» [14].

Plus récemment Derrick Jensen, dans une interview dans le numéro 6 du magasine 'A' Word [15] a dit que la civilisation «a besoin d'être activement combattue, mais je ne pense pas que nous pouvons l'abattre. Ce que nous pouvons faire c'est aider le monde naturel à l'abattre. [...] Je veux que la civilisation soit abattue et je la veux abattue maintenant.» Nous avons vu plus haut ce que sont les conséquences du fait "d'abattre" la civilisation.

En bref, il n'y a pas de pénurie de primitivistes qui reconnaissent que le monde primitiviste qu'ils désirent requiert une "extinction". Je n'ai rencontré personne recommandant des "camps de la mort de type nazi" mais John l'a peut être seulement agité pour troubler les esprits. Les primitivistes comme John Moore peuvent ainsi refuser de se confronter à la question de l'extinction en augmentant la mise émotionnelle et en accusant ceux qui font remarquer la nécessité de l'extinction de mener des "tactiques diffamatoires". C'est à eux d'expliquer soit comment 6 milliards de personnes peuvent être nourries soit d'admettre que le primitivisme n'est rien de plus qu'un jeux d'esprit pour intellectuels.

Mon attente est que toute personne qui se retrouve confrontée cette nécessité d'une mortalité massive conclura que le "primitivisme" n'offre rien de valable pour quoi lutter. Un petit nombre de personne, comme les survivalistes confrontés à la menace de la guerre nucléaire dans les années 80, peuvent conclure que tout ça est inévitable et commencer à planifier comment leurs proches survivront quand les autres mourront. Mais ce groupe s'est éloigné, loin, très loin au delà de toute compréhension de l'anarchisme,tel que je le comprend. Donc le préfixe "anarcho-" que ces primitivistes essayent de revendiquer doit être rejeter.

La plupart des primitivistes esquivent la nécessité de l'extinction par deux manières. Les plus doux décident que le primitivisme n'est pas un programme pour une manière différente de diriger le monde. Mais plutôt qu'il existe en tant que critique de la civilisation et non comme une alternative à elle. Mais dans ce cas, le primitivisme n'est pas un substitut au combat anarchiste pour la libération, qui implique d'adopter la technologie à nos besoins plutôt que de la rejeter. Le problème est que les primitivistes aiment attaquer les méthodes même d'organisation de masse qui sont nécessaire au renversement du capitalisme. C'est assez raisonnable si vous croyez que vous avez une alternative à l'anarchisme mais assez dommageable si tout ce que vous avez est une intéressante critique !

Cependant d'autres primitivistes suivent le chemin de Cassandre, nous disant qu'ils sont de simples prophètes d'une catastrophe inévitable. Ils ne désirent pas la mort de 5.900 millions de personnes, ils montrent seulement que cela ne peut pas être évité. Cela vaut le coup d'être examiné un peu en détail précisément parce que cela est si désarmant. Après tout, quelle est l'utilité de combattre pour une juste société aujourd'hui si demain ou après demain 98% de la population va mourir et que tout ce que nous aurons construit sera réduit en poussière.

Sommes nous tous condamnés ?

Les primitivistes ne sont pas les seuls à user de la rhétorique de la catastrophe pour paniquer les gens de manière a faire accepter leurs propositions politiques. Des réformistes comme George Monbiot utilisent des arguments du genre "nous sommes tous condamnés" similaires pour essayer de paniquer les gens pour qu'ils se jettent dans le soutien du réformisme et du gouvernement mondial. Dans les dernières décennies, l'acceptation que le monde est d'une manière ou d'une autre condamné est devenue une part de la culture dominante, premièrement avec la guerre froide puis avec le désastre environnemental menaçant. George Bush et Tony Blair Blair ont créés une panique à propos des armes de destructions massives pour couvrir leur invasion de l'Irak. Le besoin d'examiner et de démonter de telles paniques est clair.

La forme la plus convaincante de panique du type "fin de civilisation" a comme source l'idée que la crise des ressources qui nous menaçe rendra la vie telle que nous la connaissons impossible. Et la plus importante ressource sur laquelle se concentrer pour ceux qui veulent utiliser cet argument est le pétrole. Tout ce que nous produisons, y compris la nourriture, est dépendant de fournitures massives d'énergie et 40% de l'énergie utilisée dans le monde est produite par le pétrole.

La version primitiviste de cet argument donne quelque chose comme ça : "Tout le monde sait que dans X années, il n'y aura plus de pétrole, cela signifie que la civilisation s'éteindra et cela veut dire que de nombreuses personnes mourront. Donc nous devrions aussi bien nous engager dans l'inévitable". L'argument de la fin du pétroles est l'équivalent primitiviste de "la crise économique finale qui à pour résultat le reversement du capitalisme" du marxiste orthodoxe. Et tout comme le marxiste orthodoxe, le primitiviste soutien à chaque fois que la crise finale est juste au prochain virage.

Quand on l'observe en détail, cet argument s'évapore et il devient clair que ni le capitalisme ni la civilisation ne fait face à une crise finale à cause du fait que le pétrole disparaît. Ce n'est pas parce que les réserves de pétroles sont inépuisables, en fait nous pouvons bien avoir atteint le pic de production du pétrole aujourd'hui en 1994 [ndt: il veut dire 2004]. Mais loin d'être la fin du capitalisme ou de la civilisation, c'est une opportunité pour faire des profits et pour restructurer. Le capitalisme, bien qu'à contrecoeur, est en train de s'organiser pour réaliser des profits du développement des sources d'énergies alternatives d'un coté et de l'accès à des réserves de carburant fossile abondantes mais d'extraction plus destructrice d'un autre coté. La seconde voie, bien sûr, empire beaucoup le réchauffement planétaire et les autres formes de pollutions, mais ce n'est pas ce qui va plausiblement stopper la classe capitaliste mondiale.

Il n'y a pas que les primitivistes qui ont été hypnotisés par la crise du pétrole, j'ai donc l'intention de traiter de ce problème dans un essai séparé. Mais en résumé, quoique le pétrole deviendra plus cher pendant les prochaines décennies, le processus de développement de substituts est déjà en cours. Le Danemark par exemple entend produire 50% de ses besoins énergétiques avec des fermes éoliennes en 2030, et les entreprises danoises gagnent déjà beaucoup d'argent parce qu'ils sont les producteurs leaders de turbines éoliennes. L'arrêt du pétrole va probablement fournir une opportunité de faire des profits pour le capitalisme plutôt que de représenter une forme de crise finale.

Il pourrait bien y avoir une crise de l'énergie comme le prix du pétrole commence à augmenter et que les technologies alternatives ne sont pas capable de remplacer les 40% d'énergie fournie par le pétrole. Cela causera une montée en flèche du prix du pétrole et donc du prix de l'énergie mais cela sera une crise pour les pauvres de l'ensemble du monde et non pour les riches, certains d'entre eux en feront même des profits. Une crise énergétique sévère peut déclencher une crise économique mondiale, mais encore une fois c'est les travailleurs du monde entier qui souffrent le plus de la situation dans de telles périodes. Il y a un bon argument que l'élite mondiale est déjà préparée pour une telle situation, c'est que plusieurs des guerres US récentes ont un sens en terme de sécurisations des futures réserves de pétrole pour les entreprises US.

Le capitalisme est bien capable de survivre à une crise très destructive. La 2ème guerre mondiale a vue plusieurs des villes principales de l'Europe détruites et la majorité de l'industrie de l'Europe Centrale rasée. (Par les bombardements, la guerre, par les allemands en retraite et enfin arrachée et expédiée à l'est par les russes qui avançaient). Des millions de travailleurs européens sont mort à la fois pendant les années de guerres et dans les années qui ont suivis. Mais le capitalisme n'a pas seulement survécu, il s'est épanoui car la famine a permis de réduire les salaires et que les profits sont montés en flèche.


Et si ?

Cependant il est utile de faire un petit exercice mental sur l'idée de la fin du pétrole. Si effectivement il n'y avait pas d'alternative a ce qui pourrait arriver ? Est-ce qu'une utopie primitiviste émergerait, même au prix amer de 5.900 millions de morts ?

Non. Les primitivistes semblent oublier que l'on vit dans une société de classe. La population de la terre est divisée entre un petit nombre de personnes avec de grandes richesse et puissances et le reste de nous. Ce n'est pas un cas d'accès égal aux ressource, plutôt un accès assez incroyablement inégal. Ce qui tomberont victimes des massacres de masses n'inclurons pas Robert Murdoch, Bill Gates ou George Bush car ces gens ont l'argent et le pouvoir pour monopoliser les réserves restantes pour eux.

En fait, les premiers à mourir en grand nombre seront les habitants des mégacités les plus pauvres de la planète. Le Caire et Alexandrie en Egypte ont une population d'environ 20 millions de personnes à elles deux. L'Egypte est dépendante à la fois des importations de nourriture et de l'agriculture très intensive de la vallée du Nil et des oasis. Excepté pour la petite élite riche, ces 20 millions de citadins n'auraient aucun endroit où aller et il ne reste plus de terre à travailler. Les hauts rendements actuels sont en partie dépendant de grands approvisionnements d'énergie bon marché.

La mort en masse de millions de personnes n'est pas quelque chose qui détruit le capitalisme. En fait, à certaines périodes de l'histoire, cela a été assez naturel et même désirable pour la modernisation du capital. La famine des pommes de terres des années 1840 qui a réduit la population irlandaise de 30% a été vue comme désirable par plusieurs personnes partisanes du le libre-échange [16]. De même la famine de 1943/44 dans le Bengale dirigé par l'Angleterre dans laquelle quatre millions de personnes sont mortes [17]. Pour la classe capitaliste, de telles morts en masse, particulièrement dans les colonies, offre des opportunités de restructurer l'économie en des manières qui auraient autrement soulevés des résistances.

Le vrai résultat d'une crise "fin de l'énergie" verrait nos dirigeants stocker les sources d'énergie restantes et les utiliser pour faire fonctionner les hélicoptères de combat qui seraient utilisés pour contrôler ceux d'entre nous assez chanceux pour être sélectionné pour travailler durement dans les champs de biocarburants. La majorité malchanceuse serait seulement laissée là où elle est et autorisée à mourir. En d'autre mots, plutôt "Matrix" que l'utopie.

L'autre point à faire ici est que la destruction peut servir a régénérer le capitalisme. Aimez le ou non, les destructions à large échelles permettent à certains capitalistes de faire beaucoup d'argent. Pensez à la guerre en Irak. La destruction des infrastructures irakiennes peut être un désastre pour le peuple d'Irak mais c'est un filon exceptionnel pour Halliburton et compagnie [18]. Ce n'est pas une coïncidence que la guerre en Irak aide les USA, où les plus grosses compagnies sont basées, de prendre le contrôle de parties de la planète où beaucoup de la production actuelle et future de pétrole a lieu.

Nous pouvons étendre notre exercice intellectuel encore plus loin. Imaginons que des anarchistes sont transportés magiquement de la Terre jusqu'à quelque autre planète de type terrestre. Et nous sommes largués ici sans aucune technologie du tout. Les quelques primitivistes parmi nous pourraient partir courir avec les cerfs mais un pourcentage honnête se rassembleraient et se mettraient à essayer de créer une civilisation anarchiste. Plusieurs des talents que nous pourrions apporter pourraient ne pas être si utile (la programmation sans ordinateur a peu d'utilité) mais entre nous, nous aurions une bonne connaissance de l'agriculture, de l'ingénierie, de l'hydraulique et de la physique. La prochaine fois que les primitivistes se baladeraient dans le coin que nous avons colonisé, ils trouveraient un paysage de fermes et de barrages.

Nous aurions au moins des charrues à roues et possiblement des animaux de traits si un des grands gibiers était domesticable. Nous aurions envoyé des groupes rechercher des sources évidentes de charbon et de fer et si nous les avions trouvés nous aurions creusé des mines et nous en aurions ramené. Sinon nous aurions transformé beaucoup de bois en charbon pour extraire tout le fer ou le cuivre dont nous aurions été capable dans ce qui aurait été trouvable. Les fourneaux et les fonderies seraient aussi trouvables dans le paysage. Nous avons quelques connaissances médicale, et plus important, une compréhension des microbes et de l'hygiène médicale, donc nous aurions à la fois une purification basique de l'eau et un système d'égout.

Nous aurions compris l'importance de la connaissance donc nous aurions un système éducatif pour nos enfants et au moins le début d'un enregistrement de la connaissance sur le long terme (des livres). Nous pourrions probablement trouver les ingrédients de la poudre, qui sont assez courants, ce qui nous donneraient la technologie des explosifs nécessaire à l'exploitation minière à grande échelle et à la construction. Si il y avait du marbre à proximité, nous pourrions faire du béton qui est un bien meilleur matériau de construction que le bois ou la boue.

La technologie ne nous est pas venue des dieux. Elle n'a pas été imposée a l'homme par une mystérieuse force extérieure. C'est plutôt quelque chose que nous avons développé et que nous continuons a développer. Même si vous pouviez reculer les aiguilles de l'horloge, elles se remettraient seulement à tictacter.

Pourquoi argumenter contre ?

Mais alors pourquoi passer tant de temps à démolir l'idéologie si fragile qu'est le primitivisme. Une raison est la connection embarrassante avec l'anarchisme que certains primitivistes cherchent à revendiquer. Plus important, le primitivisme, à la fois par ses implications et souvent dans ses appels veut que ses partisans rejettent le rationnalisme pour le mysticisme et l'unité avec la nature. Ce n'est pas le premier mouvement écologique irrationnel à le faire, un bon tiers du parti Nazi allemand est venu des mouvements d'adoration de la forêt et de la terre qui ont surgis à la suite de la première guerre mondiale.

Ce n'est pas un danger imaginaire. A l'intérieur du primitivisme, une aile auto-proclamée irrationnelle a, si ce n'est fait une défense des "camps de la mort de type nazi", ouvertement célébré la mort et le meurtre d'un grand nombre de personnes comme étant un premier pas.

En décembre 1997, la publication Etatsunienne Earth First a écrit que «l'épidémie de SIDA, plutôt que d'être un fléau est un développement bienvenu dans la réduction inévitable de la population humaine.» [19]. Environ au même moment en Angleterre, Steeve Booth, un des éditeurs d'un magasine appelé "Green Anarchist", a écrit que

«Les poseurs de bombes d'Oklahoma [ndt: Oklahoma City] avaient la bonne idée. Le dommage est qu'ils n'ont pas fait exploser plus de bâtiments gouvernementaux. Quand bien même, ils ont fait tout ce qu'ils ont pu et maintenant il y a au moins 200 automates du gouvernement qui ne sont plus capables d'oppression.

Le culte du sarin de Tokyo avait la bonne idée. Le dommage était qu'en testant le gaz un an avant les attaques, ils se sont tués eux même. Ils n'étaient pas assez secrets. Ils avaient la technologie pour produire le gaz mais la méthode de distribution était inefficace. Un jour, les groupes seront totalement secrets et leur méthodes de fumigations seront complètement efficaces.» [20].

C'est à ceci vous arrivez quand vous célébrez la supériorité de la spiritualité sur la rationalité. Quand l'espoir de "courir avec les cerfs" surpasse le besoin de s'occuper du problème de faire une révolution sur une planète de 6 milliards d'habitants.

Nous avons besoin de plus de technologie et non de moins.

Ceci nous ramène au début. La civilisation vient avec beaucoup, beaucoup de problèmes mais c'est mieux que l'alternative. Le défi pour les anarchistes est de transformer la civilisation en une forme sans hiérarchie ou de déséquilibre de puissance ou de richesse. Ce n'est pas un défi nouveau, cela a toujours été le défi de l'anarchisme comme l'a montré la longue citation de Bakounine au début de l'essai.

Pour le réaliser, nous avons besoin de la technologie moderne pour purifier l'eau, éliminer et traiter nos déchets et vacciner ou soigner les gens des maladies affectants une grande densité de la population. Avec seulement 10 millions de personnes sur la terre, vous pouvez chier dans les bois tant que vous restez en mouvement. Avec 6 milliards de personnes, ceux qui chient dans les bois, chient dans l'eau qu'ils et que ceux autour d'eux devront boire. Selon l'ONU, «chaque année, plus de 2.2 millions de personnes meurent de maladies liées à l'eau ou au manques d'installations sanitaires, beaucoup d'entre eux étant des enfants.» Près d'un milliard d'habitants urbains n'ont pas accès à des installations sanitaires durable. Des données pour «43 villes Africaines [...] montrent que 83% de la population n'a pas de toilettes reliées aux égouts.» [21].

Le défi n'est pas alors simplement la construction d'une civilisation qui conserve les conditions de vie de chacun au niveau où ils sont maintenant. Le défi est de relever le niveau de vie de chacun, mais de le faire d'une manière écologiquement viable. Seul le développement de la technologie couplé à une révolution qui élimine les inégalité sur la planète peut le fournir.

Il est malheureux que quelques anarchistes qui vivent dans les nations les plus développées, les plus riches et les plus technologiques du monde préfèrent jouer avec le primitivisme plutôt que de venir réfléchir à comment nous pouvons vraiment changer le monde. La transformation globale requise rendra insignifiante toute les révolutions précédentes.

Le problème majeur n'est pas simplement que le capitalisme a été heureux de laisser une immense partie de la population mondiale dans la pauvreté. Le problème est aussi que le développement a eu pour but de créer des consommateurs pour de futurs produits plutôt que de fournir ce dont le gens ont besoin.

Le transport en fournit l'exemple le plus simple. Un grand choix de formes différentes de transport de masse existe qui peut déplacer de grandq nombres de personnes d'un endroit à l'autre à grande vitesse. Pourtant dans la dernière décennie, le capitalisme s'est concentré sur la forme qui utilise le plus de ressources par voyageur, à la fois en terme de ce qui est nécessaire à la construction et en terme de ce qui est requis pour le faire fonctionner. C'est la voiture individuelle.

Dans de grandes zones des parties du globe les plus développées, c'est presque la seule manière de se déplacer de manière efficace. La voiture a crée les mégacités tentaculaires dont Los Angelès en est peut être le plus célèbre exemple. Ici, une ville a été crée dont l'agencement urbain fait de la propriété individuelle d'une voiture presque une obligation.

Cette forme de transport n'est simplement pas une solution pour la plupart de la population mondiale. Et ce n'est pas simplement parce que la plupart des personnes ne peut se permettre d'acheter une voiture en ce moment. Les ressources consommées par la construction de 3 milliards de voitures pour chaque habitants adulte du globe ne sont tout simplement pas disponible. Non plus que les ressources (pétrole) pour faire rouler ces 3 milliards de voitures.

Donc récupérer les technologies existantes et en développer de nouvelle ne peut simplement signifier poursuivre la production capitaliste (ou les méthodes de production) sous un drapeau noir et rouge. De même qu'une future société anarchiste rechercherait à abolir le travail ennuyeux et monotone des lignes d'assemblages, elle aurait besoin de changer la nature de la production. A un simple niveau en terme de transport, cela signifierait peut être de commencer à réduire grandement la production de voiture et de grandement augmenter la production de vélo, motos, trains, bus, camions et mini-bus.

Je ne suis ni un "expert des transports" ni un travailleur de l'industrie du transport donc je ne peut pas faire plus que penser à ce que ces changements pourraient être. Mais nous devons être averti qu'en dehors de l'occident, le besoin du transport est souvent résolu de manière bien moins individualiste. Seul les riches peuvent se permettre d'acheter une voiture mais la masse de la population peut souvent se déplacer presque aussi vite d'un endroit à un autre en utilisant non seulement le bus et le train mais aussi un système de taxis collectifs longue distance et de mini-bus qui circulent entre les villes dès qu'ils sont pleins.

C'est le défi de l'anarchisme. Non seulement renverser le monde capitaliste existant mais aussi voir la naissance d'un nouveau monde. Un monde qui est au moins capable de fournir le même accès aux biens, transports, soins et éducation qui sont accessibles aux "classe moyennes" des pays scandinaves de nos jours.

C'est cette nouvelle société qui décidera quelle nouvelles technologies sont nécessaires et comment adapter les technologies existantes au défi d'un nouveau monde. Il est assez probable que certaines technologies, si elle ne sont pas abandonnées, seront très dévalorisés. Il est dur de croire que nous déciderons joyeusement de construire de nouvelles centrales nucléaires par exemple. Les OGMs devrons prouver leur intérêt au delà de leur capacités de faire faire des plus grands profits et des monopoles aux entreprises, de montrer que leurs bénéfices sont supérieur aux dangers.

Aussi longtemps que le capitalisme existera, il continuera d'infliger des dévastations environnementales dans sa course au profit. Il ne répondra efficacement à la crise de l'énergie seulement une fois que cela deviendra profitable, et parce qu'il y aura un retard de plusieurs années avant que le pétrole puisse être remplacé, cela pourrait signifier l'aggravation de la pauvreté et la mort de nombreux parmi les plus pauvres dans le monde. .

Le primitivisme est un rêve fumeux - il n'offre aucune manière d'aller de l'avant dans la lutte pour une société libre. Souvent ses partisans finissent par miner cette lutte en attaquant les choses mêmes qui sont nécessaires pour gagner, comme les organisations de masse. Ceux des primitivistes qui sont sérieux à propos du changer le monde ont besoin de réexaminer ce pour quoi ils combattent.

[ndt : essayez de copier/coller le lien si le clic simple ne marche pas]
1 http://flag.blackened.net/daver/anarchi ... paris.html
2 http://www.guardian.co.uk/Columnists/Co ... 25,00.html
3 http://www.heritage.nf.ca/aboriginal/inuit.html
4 http://www.yukoncollege.yk.ca/~agraham/ ... aysami.htm
5 http://www.gardensofeden.org/04%20Crop% ... cation.htm
6 6 http://biology.queensu.ca/~bio111/pdf%2 ... aphy-1.PDF
7 http://qrc.depaul.edu/lheneghan/ENV102/ ... cture8.htm
8 The Pleistocene Overkill Hypothesis
9 http://qrc.depaul.edu/lheneghan/ENV102/ ... cture8.htm
10 Earth's Carrying Capacity
(Désolé pour le long lien mais la page n'est pas accessible directement)
11 "Miss Ann Thropy," Earth First! Dec. 22, 1987, cited at http://www.processedworld.com/Issues/is ... hought.htm
12 http://www.eco-action.org/dt/primer.html A Primitivist Primer (Une amorce primitiviste) par John Moore
13 http///www.eco-action.org/spellbreaker/faq.html
14 The Practical Anarcho-Primitivist: actualizing the implications of a critique -Coalition Against Civilization
(L'Anarcho-Primitiviste Pratique: actualisation des implications de la critique), en ligne sur http://www.coalitionagainstcivilization ... r/pap.html
15 Numéro 6 de 'A' Word Magazine, cette interview de Derrick Jensen
16 http://struggle.ws/ws95/famine45.html
17 http://www.abc.net.au/rn/science/ockham ... s19040.htm
18 Pour une critique raisonné de l'idéologie de l'effondrement depuis une perspective d'Anarchiste Vert voir
http://pub47.ezboard.com/fanarchykkafrm ... =372.topic
19 Earth First!, Dec. 22, 1987, cité sur Primitive Thought
20 Green Anarchist, numéro 51, page 11, une défense de ces remarques a été publiée dans le numéro 52. L'auteur Steve Booth était un éditeur du magasine (et le trésorier) à l'époque.
21 http://www.unhabitat.org/global_water.asp
Modifié en dernier par gyhelle le 27 Sep 2008, 12:15, modifié 1 fois.
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede kuhing » 25 Sep 2008, 09:03

Je ne connaissais pas trop cette tendance qu'est le primitivisme.
juste entendu parlé au coin d'un feu de camp vetu d'une peau de bête.

Mais je ne savais pas non plus qu'ici même en France des hommes politiques étaient de fervents adeptes de cette théorie au point de la mettre eux-mêmes en pratique !

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Re: Une approche du primitivisme

Messagede gyhelle » 25 Sep 2008, 09:42

lapin compris
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede kuhing » 25 Sep 2008, 09:47

gyhelle a écrit:lapin compris

Les deux premiers s'habillent en bonobos.
le troisième en néanderthal.
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede Pia » 25 Sep 2008, 20:06

Merci gyhelle! j'essaierai de lire ta traduc quand j'aurai un peu de temps.
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede kuhing » 26 Sep 2008, 09:21

Pia a écrit:Merci gyhelle! j'essaierai de lire ta traduc quand j'aurai un peu de temps.

Et moi on ne me remercie pas d'avoir présenté tous ces playboys ? :shock:
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede happilhaouer » 27 Sep 2008, 11:04

Par contre 500hab/km2 en irlande c'est un peu énorme... c'est plutot de l'ordre de 70hab/km2 ce qui fait quand meme 700 fois plus que le 1hab/10km2
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede gyhelle » 27 Sep 2008, 12:18

Bien vu. C'est une erreur de traduction de ma part : c'est 500 hab/10km². On garde le rapport 500 du texte qui lui était juste. Wikipidia parle de 70hab/km² en, je suppose que ce chiffre est plus exact.
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede moolood » 02 Nov 2008, 07:14

Ca serait trop façile de rejeter d'un revers de la main les thèses primitivistes. Crier au loup rétrograde et irrationnel, je croyais que c'était l'apanage d'occidentalistes post-libéraux. Je vois que c'est aussi le cas de progressistes d'avant-garde. Pourquoi ne pas simplement considérer le primitivisme comme une remise en question toute écologiste de la civilisation agro-industrielle et de ses avatars ? Sauf à considérer l'écologisme comme un aménagement vertueux de l'exploitation capitaliste actuelle, ce n'est plus la peine d'agir alors il vaut mieux adhérer au parti de votre choix. Jusqu'à preuve du contraire, le fait de s'inspirer de modes de vie para-civilisation ou non-civilisés n'est pas condamnable en dehors de toute idéalisation.

Par ailleurs, j'aimerais dire que l'un des points faibles des anars, c'est cette manie du grand soir. Certains vont jusqu'à croire qu'une fois l'ordre ancien démantelé, les nouvelles structures libertaires se mettraient simultanément à s'imbriquer par l'action concertée des individus dans une harmonie idéale. Encore une fois, je crois que c'est trop façile comme scénario. Ca serait oublier les mouvements de fond qui travaillent n'importe quelle societé parfois tacitement d'autres fois inconsciemment en-dehors même de la morale strictu sensu. Les normes, les tabous, les habitudes n'éclateront pas par enchantement ni par diabolisation. Aucunement, je ne m'éloigne du sujet qu'est le primitivisme car je considère cette idée comme un chantier de fond qui ne verra pas le jour qu'en étant associée à d'autres idées telles que la libération, l'autonomie et l'individualisme. Le primitivisme (ou anti-civilisation) est une piste à défricher pour ceux qui croient en une gestion soutenable à long terme du patrimoine terrestre.

Je ne suis pas contre la révolution violente et libératrice coûte que coûte du joug autocratique et fataliste. Je suis contre l'agitation ponctuelle et éparpillée par rapport au contexte de combat effectif. Ca n'en fait pas de moi non plus un inconditionnel du militantisme organisé.

Merci, gyhele, pour la traduction.

Le site de L'endehors a publié également la réponse d'un tenant du primitivisme, en réaction au texte de Andrew Flood (le 2eme sur cette page), sous le titre "Civilisation, anarchie et anarchisme". Voici le lien: http://endehors.org/news/civilisation-a ... anarchisme
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede sebiseb » 02 Nov 2008, 10:00

moolood a écrit:Ca serait trop façile de rejeter d'un revers de la main les thèses primitivistes. Crier au loup rétrograde et irrationnel, je croyais que c'était l'apanage d'occidentalistes post-libéraux. Je vois que c'est aussi le cas de progressistes d'avant-garde. Pourquoi ne pas simplement considérer le primitivisme comme une remise en question toute écologiste de la civilisation agro-industrielle et de ses avatars ? Sauf à considérer l'écologisme comme un aménagement vertueux de l'exploitation capitaliste actuelle, ce n'est plus la peine d'agir alors il vaut mieux adhérer au parti de votre choix. Jusqu'à preuve du contraire, le fait de s'inspirer de modes de vie para-civilisation ou non-civilisés n'est pas condamnable en dehors de toute idéalisation.

Ce n'est pas condamnable en soit, mais cela doit rester un choix individuel - Il y a "encore" assez de place sur cette planète pour construire des groupes autonomes et indépendants du reste du monde. De plus le primitivisme oubli, me semble-t-il, que l'individu doit une bonne part de son développement à la civilisation.
La question est donc, quel est l'intérêt de l'individu au primitivisme !? Hors il me semble que le primitivisme s'attache à une nécessité pragamatique de réguler la société humaine tout en négligeant l'individu - Les anarchistes ont me semblent-ils résolu la dualité qui existe entre l'individu et la société (et à la base de toutes les idéologies politiques), au moins en théorie, en considérant que l'individu gagnera sa liberté en rendant l'ensemble de la société plus libre, et non pas en faisant correspondre l'un à l'autre ! C'est pourquoi en tant qu'anarchiste, je soutiens le principe de décroissance économique - Dans le principe, la technologie qui doit répondre à des critères éthiques, écologiques.. peut apporter une amélioration des conditions de vie individuelle et collective, et une plus grande liberté à chacune et chacun d'entre nous. Mais cet apport ne doit en rien être induit, comme le fait le capitalisme.

moolood a écrit:Par ailleurs, j'aimerais dire que l'un des points faibles des anars, c'est cette manie du grand soir. Certains vont jusqu'à croire qu'une fois l'ordre ancien démantelé, les nouvelles structures libertaires se mettraient simultanément à s'imbriquer par l'action concertée des individus dans une harmonie idéale. Encore une fois, je crois que c'est trop façile comme scénario. Ca serait oublier les mouvements de fond qui travaillent n'importe quelle societé parfois tacitement d'autres fois inconsciemment en-dehors même de la morale strictu sensu. Les normes, les tabous, les habitudes n'éclateront pas par enchantement ni par diabolisation. Aucunement, je ne m'éloigne du sujet qu'est le primitivisme car je considère cette idée comme un chantier de fond qui ne verra pas le jour qu'en étant associée à d'autres idées telles que la libération, l'autonomie et l'individualisme. Le primitivisme (ou anti-civilisation) est une piste à défricher pour ceux qui croient en une gestion soutenable à long terme du patrimoine terrestre.

Je pense que de ce point de vue les anarchistes sont plus réalistes que les organisations "de gauche" ou "syndicales" qui voient dans les élections, et donc dans l'accession au pouvoir exécutif la possibilité de réaliser le fameux "grand soir" !

moolood a écrit:Je ne suis pas contre la révolution violente et libératrice coûte que coûte du joug autocratique et fataliste. Je suis contre l'agitation ponctuelle et éparpillée par rapport au contexte de combat effectif. Ca n'en fait pas de moi non plus un inconditionnel du militantisme organisé.

C'est un peu antagoniste avec l'affirmation précédente, me semble-t-il !?
Ce que tu qualifies "d'agitation ponctuelle" est souvent induite par la nécessité de réagir dans l'urgence à des mesures injustes.. Elle ne s'inscrit pas forcément dans une lutte de fond, mais peut participer à donner des points d'amélioration dans cette dernière.
$apt-get install anarchy-in-the-world
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede chaperon rouge » 02 Nov 2008, 14:33

Est-ce moi ou les primitivistes sont assez souvent des gens de la ville? Il y a pas mal de critique de la société dans ce courant et pourtant, tout ce qu'on entend, ce sont des trucs que les primitivistes ont voulu partager avec celle-ci. Au Québec, il y a probablement des gens qui s'en approchent. Tient, l'autre jour en faisant de l'autostop vers La Tuque, un gars m'a dit que le printemps passé il avait prit un sans-abris de montréal qui, à partir du temps où les cours d'eau dégèlent un peu, s'installe dans le bois solitairement et vie de la nature jusqu'à ce que les cours d'eau regèlent. Ce que je veux dire dans tout ça, c'est que ouais c'est assez libre comme démarche, mais aucun changement social en vue par cette voie. L'expérience en vaut tout de même totalement la peine.
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Re: Une approche du primitivisme

Messagede vauthier » 02 Nov 2008, 18:40

Salut à vous,
Pour alimenter ce débat fort intéressant, un article dans le dernier numéro du Monde Libertaire (celui de cette semaine) tombe à pic. Son titre : "Tyrannie de la technique ou tyrannie du capitalisme ?"
Bonne lecture à vous,
Guillaume
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