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Passer à l'offensive.

MessagePosté: 05 Déc 2011, 01:29
de Sid
Voilà, j'ai quelques interrogations/idées/ressentis ces derniers temps que j'ai envie de partager et d'enrichir d'autres points de vue. Ma dernière réflexion porte sur le comportement global (difficile de faire des généralités sur les anarchistes) des anars/antifas vis à vis de l'extrême droite aujourd'hui.

J'ai commencé à m'énerver en découvrant stupidement (j'avais la candeur de croire que c'était des méthodes d'il y a 30 ans ou au moins que ça s'était calmé) le nombre hallucinant d'agressions fascistes et racistes qu'il y a à Lyon, que ce soit envers des proprios de café chicha, des types un peu trop bronzés à leur goût ou des militants cénétistes et antifascistes. Les fascistes sont de plus en plus décomplexés mais surtout de plus en plus actifs via les récentes modes identitaires (merci le débat sur l'identité nationale, ça a sûrement dû arranger les choses...), pseudo mouvements pro-ouvriers (blancs), la mode conspi, etc...
Déjà, le bilan est amer, l'extrême revient en force mais semble plus politiquement correcte pour certains, notamment avec la super pub pour Marine Lepen et le FN dé-diabolisé.
Soudain je tombe sur un fait-divers (sur rebellyon je crois), une militante antifa se fait attendre chez elle par trois fafs. Ils la tabassent, l'interrogent mais elle ne dit rien. A cause de ça elle se fait violer par les trois types. A ce moment précis je dois avouer que j'ai déjà une grosse envie de taper du nazi. On lis ensuite que la fille porte pas plainte parce qu'elle est anar et qu'elle ira pas chialer dans les jupes de l'État. Ça se comprend et je vois mal les flics dépenser leur précieux temps à aller chercher "qui qu'à violé la gauchiste" surtout s'ils ont une chance d'être dans un groupe facebook commun du genre "le porc ça rend fort" ou autre connerie.
Je lis la suite puis... rien. Merde alors ! Une camarade se fait tabasser puis violer par trois connards rasés, ses copains disent qu'ils ont la haine puis rien ? Bon, j'ai doublement les nerfs mais je prend sur moi, je ferme ma gueule et je passe à la suite. La suite c'est une émission de radio de france culture qui parle justement de la montée de l'extrême droite à Lyon et des actions racistes, agressions anti-antifa... Un type qui se présente comme un militant cénétiste raconte s'être fait agresser avec des potes alors qu'ils rentraient d'une soirée. Une bande de fafs leur est tombée dessus (par derrière précise-t-il) sans prévenir avec pas mal de bobos et d'ITT à la clef. On entend aussi le témoignage d'un type qui s'est fait coincer en bagnole par des fafs qui se sont dépêchés d'appeler leurs copains pour leur dire qu'ils avaient "attrapé du gaucho". Cette fois c'est en plein jour.
Bon, d'accord, pour l'extrême droite il est évident que la guerre reprend. Suite de l'émission de france culture, le militant cénétiste nous dit que désormais il évite, comme beaucoup de militants anars ou antifa, de se balader à Saint Jean, une quartier du vieux Lyon qui est désormais un territoire conquis par les fafs. A ce moment précis je dois avouer que je pète réellement un câble ! Les fachos foutent sur la gueule, intimident, agressent et ça marche ! Ils "gagnent du terrain" face à... personne en fait car c'est une guerre à sens unique. Soit un seul côté est conscient d'être en guerre, soit un seul bouge, l'autre se laisse faire.

C'est là que je me pose la question de l'offensive (ou auto-défense, appelez ça comme vous voulez). Pourquoi est-ce qu'on continue à se laisser martyriser comme ça ? En lisant quelques articles et quelques communiqués en réponse aux agressions (maigres réponses...) j'ai quelques éléments de réponse: "se foutre sur la gueule ça fait viriliste", "entrer dans la violence c'est entrer dans le jeu de l'extrême-droite", "la violence ne résout rien".
Là c'est le sommet de la connerie sauf que ça sort de la bouche de types qui sont sensés être du même bord politique que moi, et ça fait mal, très mal.
Comment peut-on refuser de répondre aux coups en brandissant une bannière aussi fédératrice que celle de l'antifascisme ? Comment peut-on encourager les fascistes à continuer en ne répondant pas ? A-t-on déjà vu un faf s'arrêter de taper parce qu'on était pacifistes ? Je ne pense pas. Et le fait de réserver la violence aux fascistes et aux "virilistes" je trouve ça con. J'aurais bien aimé voir la colonne de fer repousser les franquistes à coup de manifs tiens !
Si les fafs chient pas dans leurs frocs qu'est-ce qui va les empêcher de continuer de passer à tabac, de vandaliser et d'humilier ? La police ? Les manifs ? Est-ce qu'on va accepter de ne plus se balader dans tel ou tel quartier par peur de se faire tabasser ? L'extrême-droite agit en toute impunité et les seuls à vraiment condamner leurs agissements se terrent dans un pacifisme aussi malsain que dangereux.
C'est quoi la prochaine étape, la CASA POUND à Lyon ? La mort d'un camarade comme récemment en Ukraine ou trop souvent en Russie et ailleurs ?

Je pense que c'est justement dans cette période propice à la montée de l'extrême-droite, que ce soit grâce à la crise ou au discours des politiques, qu'il faut montrer qu'on est là et qu'on se laissera pas faire.
Et pour fédérer autour de l'antifascisme les tracts et les manifs ne suffisent pas. Sans propagande par le fait les paroles n'auront ni consistance ni crédit.



Pas d'avenir dans la légalité, pas de salut hors de la lutte.
Ni peur ni compassion, mort au fascisme.

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 05 Déc 2011, 11:59
de Kzimir
L'impression que j'ai c'est que la situation a Lyon est tellement particulière que le milieu militant a intégré que la ville était perdue, qu'il y avait pas un rapport de force suffisant pour aller au carton avec les fafs. Je pense qu'on peut tous comprendre que même sans avoir de réticences particulières envers la violence, l'idée d'aller se faire démonter la gueule à intervalles réguliers par des fachos soit pas spécialement enthousiasmante. Surtout que ces ordures ont mis la barre très haut, que la baston ça les fait tripper, et que les grands messes antifa avec des manifestants venus de toute la France ont pas semblé particulièrement efficaces.
En tout cas, et je parle pour moi, j'ai pas de réticences particulières envers les trucs antifas, mais je me vois mal entrer dans une logique de guérilla urbaine avec les fachos (ce que nécessiterait la situation de Lyon). Je veux pas de trucs du genre me balader systématiquement avec une gazeuse sur moi au cas ou, prendre des détours quand je rentre chez moi de peur d'être attendu, avoir la peur au ventre si un mec saoul sonne chez moi à 3h du matin, et passer mes nuits à faire des rondes en ville en espérant tomber sur un facho et lui faire la fête. Si on en arrive à une situation dans ce genre vers chez moi, je pense que je limiterais le militantisme trop visible, ou alors que je déménagerais.
Après voilà, je dis ça je suis ok que l'autodéfense est nécessaire, que le fascisme on l'élimine ou on en crève, que la peur doit changer de camp, etc. et si des gens se le sentent de militer de la sorte, tant mieux. Mais le contexte de Lyon me semble tellement pourri qu'à part devenir un antifa professionnel ou entrer dans une semi-clandestinité, je vois pas trop comment les militants sur place peuvent se démerder.

(Edit : je précise que je ne vis pas du tout à Lyon, donc je parle de loin)

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 05 Déc 2011, 13:00
de Sid
Pour la baston, je parle pas de batailles rangées ou de distributions de tartes mais d'actions plus fortes symboliquement. Il s'agit pas de se foutre sur la gueule pour se foutre sur la gueule mais d'instaurer un vrai climat de peur et d'insécurité chez les fachos tout en faisant un très gros travail de propagande à côté pour pas que la chose soit vu comme une guerre de gang ou je ne sais quoi. Il faudrait selon moi en venir à des actions très fortes symboliquement et qui les touche de très prêt, comme par exemple la destruction des locaux identitaires ou autre. Mais surtout, le plus important, répondre aux attaques. La bataille est déjà perdu si on refuse de la mener.
Et honnêtement je pense que des actions antifascistes radicales bénéficieraient d'un large soutient populaire et que ce serait l'occasion pour la propagande par le fait de refaire ses preuves.
Après c'est sûr faut faire avec les flics mais on a rien sans rien.

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 05 Déc 2011, 14:17
de Kzimir
Ce que je voulais dire c'est qu'instaurer, comme tu dis, un climat de peur et d'insécurité chez les fachos, ça passe par un changement de mode de vie des militants.
Par exemple si le local identitaire crame, il faudra s'attendre à ce que les fachos répondent par une escalade. Ca leur sera d'autant plus facile que le rapport de force est en leur faveur. Et vu le niveau de violence actuelle, aller plus loin ça veut dire aller très loin. Ca voudra dire que l'ensemble des militants qui pourraient être ciblé (c'est à dire tout les militants) prennent d'énormes précautions : éviter de se balader seul ou en petit groupe dans le centre ville, que ceux dont les fafs connaissent l'adresse déménagent, que ceux dont les fafs connaissent le boulot se soient jamais seuls à la sortie du taff, etc. Bref, ça demande à adopter un mode de vie parano, voir à rentrer dans une sorte de semi-clandestinité (et à surtout ne pas en parler sur internet :) ).
On peux comprendre qu'au delà de l'analyse politique, ce genre de choix soit très difficile à prendre.

Et sur le soutien de masse, je pense que c'est illusoire : les gens sont prêts à soutenir des actions gentillettes, mais le mythe de la liberté d'expression est trop ancré pour que ça aille plus loin que du symbolique. En plus le travail de propagande à coté d'actions coup de poing serait extrêmement complexe, car il pourrait mettre en danger ceux qui l'effectuent, et les désigner comme cibles aux représailles des flics et des fachos.

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 05 Déc 2011, 15:21
de Sid
Alors oui, évidemment que ça passe par un changement radical de l'approche politique et du mode de vie mais c'est un prix à payer qui est vraiment ridicule par rapport à l'enjeu. Ensuite il y a deux options en ce qui concerne l'évolution du conflit. Soit les fachos se calment, ils ont peur, etc, soit ça monte d'un cran. J'avoue que la première est très peu probable. Dans le cas d'un durcissement du conflit je ne pense pas qu'on y perde, ça force les prises de position et si on en arrive là ça favorisera bien plus les antifascistes que les fachos car l'antifascisme est moins marqué politiquement qu'un mouvement anar par exemple. Il est plus naturel pour l'opinion (pour l'instant) de se reconnaitre dans l'antifascisme, la lutte contre le racisme que chez les apprentis nazillons.
Parce que pour l'instant la stratégie globale c'est quand même le laisser-faire. Je pense pas que ce soit vraiment efficace, surtout quand on voit à quelle vitesse la peste se répand.

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 05 Déc 2011, 15:59
de Kzimir
Je pense que tu raisonnes de manière trop politique.
Un changement de mode de vie, politiquement c'est pas grand chose, mais personnellement c'est énorme. Je me vois mal flipper à chaque fois que je promène mon chien en me disant que si ça se trouve je suis attendu en bas de mon immeuble par une bande de fachos qui vont peut être tuer mon chien et m'envoyer à l'hôpital. Sans même parler de sortir en ville, ou de la peur pour mes proches qui militent. En tout cas en ce qui me concerne, c'est un mode de vie que je serais incapable de supporter.
De manière concrète un nombre important de militants dans cette situation, sans même parler des conséquences physiques directes en cas d'agression facho, ça risque de donner pas mal de dépressions, de problèmes psychologiques, de gens qui craquent, etc. ainsi qu'un milieu militant en situation de paranoïa permanente avec une mentalité de forteresse assiégée, le truc pas super attirant pour les masses (le complexe de Massada on a vu ce que ça donnait à l'échelle d'un pays, je préfère pas imaginer ce que ça donne sur un petit groupe militant).
Après ça veut pas dire qu'il faut forcément rien faire, mais juste que je pense pas qu'il y ait vraiment de solutions, et que les choses ne me semblent pas aussi évidentes que ce que tu dis.

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 05 Déc 2011, 17:36
de digger
Je pense que tu raisonnes de manière trop politique.


De manière trop théorique, en tout cas.
Krizmir soulève la question de l’engagement personnel, sur un plan personnel, avec une belle honnêteté.
L’analyse politique est une chose, l’engagement personnel en est une autre. Et l’analyse de Krizmir est tout à fait lucide, tant sur le plan politique que personnel, dans le contexte où il vit

c'est un prix à payer qui est vraiment ridicule par rapport à l'enjeu.


Le prix à payer ne peut être jugé ridicule que si c’est toi qui le paie et non le copain d’à côté. Je ne serais pas prêt non plus à payer ce prix "ridicule", vivre avec la peur, pour moi et pour ceux avec qui je vis.

La question du fascisme se pose. Elle se posera encore et sans doute de manière plus aigüe qu’aujourd’hui. Toutes les formes de réactions existent au niveau militant, y compris celles et ceux qui vont en découdre de temps en temps. Tu devrais pouvoir y trouver une place, Sid, celle qui te conviens le mieux.

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 06 Déc 2011, 17:26
de Sid
Ouais enfin après la force de conviction ça dépend des personnes, c'est comme choisir entre payer de sa personne pour préparer l'avenir ou laisser faire, je pense pas qu'on puisse faire trop de généralités dessus.
Enfin ça me ferait mal au cœur que les anarchistes aient perdu toute capacité à se battre hors du cadre légal.
Après je ne pense pas qu'aller taper du facho entre skin changera la stratégie globale antifasciste. Planter un faf c'est pas dur, sortir de la torpeur c'en est une autre.

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 07 Déc 2011, 15:38
de GuevaraFan
Yo !

Désolé, pas le temps de tout lire, j'écris vite fait avec mon tel entre deux cours, mais je trouve que cette monté du fascisme est très couverte par l'état, d'où le fait que personne n'en entende parler. J'ai pris conscience de ça quand j'ai vu écris sur un mur près du lycée "les noirs en esclavage, marine fera le ménage".

C'est révoltant, je suis preneur de toute action qui se pointe sur Dijon. Bon, ça sonne, et il faut bien s'instruire, donc je retourne au formatage de masse, à plus ! :antifa:

Re: Passer à l'offensive.

MessagePosté: 07 Déc 2011, 16:04
de digger
Voilà une saine occupation pendant les récrés :D