Peut-il y avoir une paix juste avec le sionisme ?

Re: Peut-il y avoir une paix juste avec le sionisme ?

Messagede Pïérô » 18 Fév 2018, 16:57

Contester librement la politique israélienne? Un droit qui reste à conquérir

A-t-on le droit de contester la politique israélienne ? C’est le thème d’un colloque qui a lieu lundi 12 février au Sénat. Et c’est la question que posent dans cette tribune Pascal Boniface, Rony Brauman, Ivar Ekeland, Bertrand Heilbronn, Christiane Hessel, Renée Le Mignot et Dominique Vidal.

A-t-on le droit, en France, de contester la politique israélienne, de condamner son mépris du droit international, de dénoncer les injustices subies par le peuple palestinien ? Et ce, dans une période où le peuple palestinien est de plus en plus menacé par la colonisation, les projets d’annexion, le projet de redéfinir la nature même de l’Etat d’Israël ?

En théorie, rien ne nous empêche de nous exprimer, mais qu’en est-il en pratique ?

Quiconque a envie de contester la politique israélienne va se poser la question des attaques auxquelles il ou elle risque d’être confronté : insultes, intimidation, pressions, amalgames, délégitimation, accusations infâmantes d’antisémitisme. Qui va prendre ce risque, avec une carrière politique ou journalistique à construire ? Les expressions se font rares, et parfois les portes se ferment sans autre raison. C’est une forme de peur et d’autocensure qui s’installe…

L’intimidation ? Savez-vous que l’un de nous, directeur d’un centre de recherches stratégiques, 16 ans après avoir écrit une note interne au Parti socialiste sur l’orientation de sa politique israélo-palestinienne, est toujours soumis aux attaques de ses détracteurs, y compris d’un ancien Premier ministre ?

Les pressions et les interdictions ? Avez-vous entendu parler de l’interdiction faite à des élus de la République de se rendre en Israël, en novembre dernier, sous prétexte qu’ils avaient demandé à rendre visite à Marwan Barghouthi, le Mandela palestinien, dans la prison où il est détenu par Israël ? Et vous souvenez-vous aussi, de la « liste noire », publiée début janvier, des organisations dont les dirigeants peuvent désormais être refoulés par l’Etat d’Israël, rendant impossible leur accès à la Palestine occupée ?

Les amalgames ? Savez-vous que les inconditionnels de la politique israélienne font la promotion d’une « définition » de l’antisémitisme qui prendrait en exemple la critique « excessive » de la politique israélienne ? Insulte au combat antiraciste, l’adoption d’une telle définition, sous quelque forme et à quelque niveau que ce soit, ferait des ravages vis-à-vis de la liberté d’expression. Avez-vous lu l’interview du président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), demandant que cette « définition » soit inscrite dans la loi, transformant ainsi une opinion en délit ?

La délégitimation ? Mesurez-vous les effets, sur la liberté d’expression et d’action citoyenne, des tentatives de diabolisation des campagnes de Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), que chacun a le droit d’approuver ou non, mais qui ne sont qu’un moyen pacifique de tenter d’imposer le droit ?

Que faire face à ces attaques et tentatives de délégitimation ? La première chose est d’étudier la question en profondeur : c’est l’objet d’un colloque organisé le 12 février au Palais du Luxembourg ; une discussion sans tabou, qui analyse les amalgames et les attaques, en recherche les causes possibles en France (sans nier ni mettre en scène les différentes composantes de la montée du racisme), tout en cherchant à comprendre et dépasser les phénomènes communautaires. L’exposé de la situation en Israël, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, doit nous montrer aussi la puissance et la détermination du pouvoir israélien, qui s’exprime au grand jour en mettant des moyens considérables pour faire taire la contestation de sa politique partout dans le monde.

Rien ne nous oblige d’avoir la même analyse de la situation, ni d’être d’accord entre nous sur le fond. Le débat peut être vigoureux, mais il ne doit pas être entravé, ni soumis à des coups bas incessants. Il doit être libre, démocratique, loyal, débarrassé de ses amalgames. Nous l’affirmons à travers une initiative, « 6 principes pour un débat libre et démocratique sur la question israélo-palestinienne », que nous lançons avec les 50 premiers signataires en clôture du colloque du 12 février. Cette initiative, publiquement ouverte aux signatures sur son site internet (6principes.fr 3) dès son lancement, veut donner le coup d’envoi d’une mobilisation citoyenne : nous ne voulons plus nous laisser intimider, dénigrer, nous avons la force d’être ensemble et la volonté, partout, de faire reculer la peur de s’exprimer.

Mais cette mobilisation citoyenne ne sera pas suffisante si l’exemple ne vient pas, aussi, du plus haut niveau de l’Etat. Nous attendons du Président de la République qu’il cesse d’encourager et reprendre les amalgames (notamment entre antisionisme et antisémitisme), qu’il rejette clairement la projet de donner une définition, de surcroît manipulée, de l’antisémitisme, qu’il donne des limites claires au débordement des approches communautaristes, et qu’il soit le garant de notre liberté d’expression et d’action citoyenne.

Nous attendons des signes forts dans ce sens, et nous y serons particulièrement attentifs dans les semaines et les mois qui viennent.

Face à la politique irresponsable du gouvernement israélien et de son allié états-unien, qui risque encore de connaître de nouveaux développements, la France a besoin d’un débat citoyen, démocratique, un débat qui peut être vigoureux mais doit être exempt d’attaques personnelles et de coups bas. Nous y veillerons.

Pascal Boniface, géopolitologue
Rony Brauman, médecin, professeur et essayiste
Ivar Ekeland, ancien président de l'Université Paris Dauphine
Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité
Christiane Hessel
Renée Le Mignot, co-présidente du MRAP
Dominique Vidal, journaliste et historien


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Re: Peut-il y avoir une paix juste avec le sionisme ?

Messagede bipbip » 03 Mar 2018, 13:13

Pierre Stambul

Le sionisme m’a quitter

Les origines

Mes parents sont nés tous les deux en 1917 dans un pays qui n’existe plus : la Bessarabie. Cette région peuplée en majorité de Roumains avec des minorités turques et juives (séfarades) a été ottomane jusqu’à la conquête russe de 1812. Le tsar a fait venir des populations russophones. C’est ainsi que des Juifs ashkénazes venus des pays baltes et de Biélorussie se sont installés. Pour les attirer, on leur a permis la possession de la terre (ce qui n’existait nulle part ailleurs dans l’empire russe) et l’exemption du service militaire (qui durait à l’époque 25 ans pour les aînés).

L’antisémitisme est une politique d’État dans l’empire russe. Les pogroms débutent en 1881. L’émigration vers l’Europe occidentale et l’Amérique commence. C’est ainsi que mon père aura des cousins aux États-Unis et d’autres en Argentine. Ma famille maternelle vivait dans un shtetl (ces bourgades juives où l’on parlait yiddish) au bord du Dniestr. Ils étaient paysans mais très pauvres. Ma grand-mère paternelle a été une survivante du pogrom de Kichinev (1903).

Comme dans beaucoup de régions de l’empire russe, l’antisémitisme et la prolétarisation des masses juives ont provoqué une perte massive de religion et un engagement assez répandu dans les différents mouvements révolutionnaires. Mon père a été conçu à Saint-Pétersbourg pendant la révolution de février 1917. Sa famille était russophone. Il est né à Akkerman, au bord de la Mer Noire dans une ville où vraisemblablement les Juifs venus du nord s’étaient mélangés à des Juifs ottomans (d’où mon nom : Stambul). Il était l’arrière petit-fils du grand rabbin Rabinovitz d’Odessa, mais mes grands-parents étaient athées.

Au moment de la révolution d’octobre, la Bessarabie est conquise par les troupes roumaines.

Le communisme et le génocide

Entre les deux guerres, la Roumanie est un royaume. Les Juifs forment environ 5% de la population. L’antisémitisme s’exprime de façon décomplexée.

Dans la famille de ma mère, les parents sont religieux et les cinq frères et sœurs sont communistes et bien sûr athées. Leur village, Vertujeni, est situé juste en face du « paradis » : l’URSS de l’autre côté du fleuve. Ma mère quittera l’école assez tôt pour l’usine où elle deviendra une militante active du parti communiste roumain. Elle a fréquenté Olga Bancic (décapitée à la hache en 1944), Ion Maurer (le futur président de la république roumaine) et sans doute Ceaucescu. C’est le parti qui décide son émigration vers la France en 1938. Et c’est parmi les Juifs immigrés du parti qu’elle va trouver son insertion sociale à Paris. Elle parlait yiddish et roumain. Elle comprenait le russe et à peine le Français.

Mon père, fils unique, a été un élève brillant. Il a fait ses études à Galati, au bord du Danube puis, après le baccalauréat, à l’école polytechnique de Bucarest où il étudie la chimie. Politiquement, il passe de l’Hashomer Hatzaïr (un mouvement de jeunes « sionistes de gauche ») au parti communiste, ce qui était à l’époque une évolution classique. Il affronte parfois violemment les fascistes de la « garde de fer ». Son groupe communiste est démantelé par la police roumaine en 1938. Pour lui éviter la prison, mon grand-père achète le juge et tout le groupe est expulsé en France où mon père poursuit ses études de chimie.

En France, l’émigration juive bessarabienne va plonger dans la clandestinité dès le début de l’occupation. Ma mère sera agent de liaison de la MOI (Main d’Oeuvre Immigrée, bras armé des étrangers du PC) à Paris sous un pseudonyme qui n’aurait trompé personne en cas d’arrestation vu son accent.

Mon père sera recruté par le groupe Manouchian. Le groupe était organisé en triangles. Il y a eu un « triangle » Boczor-Glasz-Stambul. Les deux premiers ont été fusillés au mont Valérien, ils sont sur l’affiche rouge. Mon père participera à des actions de déraillement de trains. Le groupe tombe en novembre 1943. Mon père est torturé par la police française et condamné à mort. Il a subi un simulacre d’exécution et a été livré à la Gestapo. Déporté à Compiègne-Royallieu, il a réussi à convaincre les Nazis que Stambul était un nom roumain et que sa circoncision était due à une opération médicale. Il sera déporté à Buchenwald. Sa compagne de l’époque sera gazée dès son arrivée à Auschwitz. Les conditions de Buchenwald étaient très dures, mais mon père n’a livré que des bribes de récit. Il perdra 25 kg en 18 mois de détention.

En mai 1945, ma mère est chargée par le parti d’accueillir les rescapés des camps à l’hôtel Lutétia. C’est ainsi qu’elle connaîtra mon père.

En Europe Orientale, au moment de l’offensive allemande, mes grands-parents paternels auront le temps de partir en Union Soviétique et de fuir (à pied, en charrette, en train, en bateau) jusqu’en Ouzbékistan où ils passeront la guerre. La famille de ma mère (parents, frères, sœur) a disparu sans qu’on sache où et comment : les Nazis ? Les Roumains ? Le shtetl est devenu un camp de concentration, c’est peut-être là qu’ils ont disparu. Le seul qui n’était pas là s’est engagé dans l’armée rouge, a été grièvement blessé à Stalingrad et est mort peu après.

La transmission

Comme beaucoup de rescapés du génocide, mes parents après guerre n’ont eu qu’une idée : se reconstruire, essayer d’oublier, se fondre dans la population française. Les nouvelles reçues d’URSS, le fait que de nombreux résistants qu’ils avaient côtoyés, avaient été arrêtés ou exécutés dans les « démocraties populaires » les ont éloignés progressivement du communisme. Ils ont accueilli avec enthousiasme la création de l’État d’Israël où une partie de la famille s’est établie, certains avant guerre, d’autres à la libération. Mes parents seront opposants à la guerre d’Algérie. Mon père sera au PSU avant de virer à droite en 1967.

J’ai eu une éducation pas seulement athée mais profondément antireligieuse. Je ne suis pas circoncis. Je savais que j’avais des grands-parents soviétiques et que mes parents parlaient parfois des langues bizarres à la maison, mais je ne savais pas que j’étais juif. Un jour (je dois avoir 8 ans), je rentre de l’école et je raconte des choses que j’ai entendues sur les Juifs dans la cour de récréation. Mes parents sont bouleversés. Ils me prennent dans une chambre, rideaux baissés. En une heure, on m’explique tout : l’antisémitisme, les pogroms, les camps d’extermination … Je suis devenu juif.

Ma famille parlait politique sans arrêt et j’ai commencé très tôt à lire Le Monde et Le Canard Enchaîné. Enfant, je suis allé à deux reprises visiter mes grands-parents en Union Soviétique. J’y ai découvert un antisémitisme décomplexé et une société qui n’avait pas grand-chose à voir avec le socialisme.

Mes parents parlaient très souvent des Juifs. Tous les grands scientifiques, écrivains, cinéastes, artistes, journalistes étaient juifs. Mes parents avaient même annexé Charles Chaplin au judaïsme. Ma mère savait même débusquer les Juifs qui avaient francisé leurs noms. Parmi les livres que j’ai lus, il y a « Le dernier des Justes » d’André Schwartz-Bart qui commence au pogrom d’York au Moyen-Âge et se termine à Auschwitz.

Le sionisme

À l’âge de 14 ans, je prends pour la première fois l’avion … pour Israël. Séjour familial au Club Méditerranée. Voyage d’une semaine dans le pays et visites familiales. Je trouve ça superbe : Le Néguev, la Mer Morte, Eilat et la Mer Rouge, Jérusalem. On visite des kibboutz qui (surtout en comparaison avec l’URSS), nous apparaissent comme le vrai socialisme avec leurs cantines collectives et la forme d’éducation des enfants. Le discours sur la beauté du pays, les slogans « du désert nous avons fait un jardin » me plaisent.

Je ne verrai pas d’Arabes. Je verrai un peu les régions frontalières et je partagerai l’admiration pour l’héroïsme des gens qui se défendent contre un ennemi qui veut les jeter à la mer. On ne voit quasiment pas de religieux, sauf à Méa Sharim à Jérusalem et je partage le mépris de mes parents à leur égard.

J’ai 16 ans au moment de la guerre des 6 jours (juin 1967) et je suis en train de passer le baccalauréat. Toute la famille vit cette guerre comme une menace d’anéantissement, une malédiction sur les Juifs, l’idée que les Arabes poursuivent l’œuvre des Nazis.

Sitôt mon bac passé, je pars travailler au kibboutz, à Sde Boqer, le kibboutz de Ben Gourion (que je ne verrai pas) dans le nord du Néguev.

Je suis bluffé. Il me faudra des décennies pour découvrir que les terres de ce kibboutz ont été volées à des Bédouins expulsés.

C’est un kibboutz athée, où je vais dépecer un sanglier (pas vraiment casher) et où on travaille le samedi. Il n’y a pas d’argent. Au magasin, on peut prendre ce qu’on veut, mais on ne prend que ce dont a besoin. Je monte fièrement la garde en pleine nuit (la première frontière est très loin). Je tiens à travailler jusqu’à 13 h alors que la chaleur du désert est déjà terrible.

Bien sûr, je ressens une gène quand un volontaire français qui a émis des critiques est expulsé. Je ne vois pas d’arabe, il n’y en a pas.

Pendant mes courtes permissions, je voyage. Je vois Jérusalem Est et Béthléem qui viennent d’être conquis. Je sens bien que les habitants sont mécontents mais j’évacue ces sensations de ma pensée : ces territoires vont forcément être rendus en échange de la paix, c’est ce que j’imagine.

Je viens à Tel-Aviv pour la bar-mitsva d’un cousin. En fait, avec mon éducation antireligieuse, j’ignore ce qu’est une bar-mitsva. Le père de ce cousin est un général de l’armée de l’air qui a été attaché militaire de l’ambassade d’Israël en France et qui sera plus tard (avec le criminel de guerre Rafael Eitan) un des deux députés du Tsomet, un parti de l’extrême droite « laïque ». Yoash m’explique tranquillement : « nous n’étions absolument pas menacés. Les plans d’attaque étaient prêts depuis longtemps. C’est moi qui ai fait les plans de bombardements de Bagdad et Khartoum. » Et il ajoute : « et tu vas voir, la colonisation va commencer » (je rappelle a posteriori que c’est le travailliste « de gauche » Yigal Allon qui a fait les plans – toujours appliqués – de la colonisation). Dans ma tête, un univers commence à s’effondrer. Moi qui étais venu « sauver mon pays » pour être solidaire contre ce que je croyais être un anéantissement programmé.

La bar-mitsva a lieu à Tsahalla, la banlieue « militaire » de Tel-Aviv. Je serre la main de Mordekhai Hod, général en chef de l’armée de l’air (qui vient de montrer son « efficacité »), d’Ezer Weizman (qui sera plus tard Président de la République). Je serre la main d’un petit gros (probablement Sharon). Et très probablement Eitan et Rabin étaient aussi là.

La fêlure

J’étudie au lycée Louis-le-Grand en plein Quartier Latin en 1968. Je participerai aux « événements » comme on les a appelés : occupation de mon lycée, comité de grève, Assemblées générales, manifestations, barricades, enthousiasme et désillusion. En un temps très bref, politiquement, je passe du « mendésisme » au communisme libertaire. La révolution est devenue à la fois possible et indispensable.

J’avais prévu avant mai 68 de repasser l’été au kibboutz. J’y retourne, mais cette fois le goût est plus qu’amer. Je suis dans un kibboutz capitaliste au pied du Golan occupé. Rien n’a le goût ou l’odeur des barricades parisiennes. J’entends des propos militaristes, racistes, colonialistes, réactionnaires. En plus pendant l’été, l’invasion de la Tchécoslovaquie me pousse un peu plus à croire que l’avenir, c’est la révolution partout : à l’Ouest, à l’Est, en Israël et dans les pays arabes. Je vais sur le Golan et un peu en Cisjordanie, toujours incapable de « voir » l’autre : le Palestinien. Jamais je n’avais apprécié la mentalité israélienne : la « chutspah, » ce mélange d’insolence et de sentiment de supériorité. Même mes parents, devenus depuis la guerre des 6 jours de fervents sionistes (surtout mon père qui a donné beaucoup d’argent à Israël) n’ont jamais supporté cette mentalité et ne se sont jamais posé la question d’émigrer.

La déception fera que je mettrai 26 ans avant de retourner en Israël. Mais la rupture n’est pas vraiment faite. Je constate que, dans tous les combats que je soutiens : au Viêt-Nam, contre l’apartheid sud-africain, contre les dictatures sud-américaines, Israël est dans le mauvais camp. Je soutiens les mouvements révolutionnaires, donc bien sûr je me sens solidaire du FPLP et des Palestiniens massacrés par le roi Hussein lors de « septembre noir ». Je ne saurai que bien plus tard qu’un pont aérien israélien en faveur de ce roi a été décisif. Je suis révulsé quand le Mossad assassine impunément en France Mahmoud Hamchari, représentant de l’OLP. J’aime à me présenter comme « juif palestinien ». En 1973, lors de la guerre du kippour, je suis pour les armées égyptienne et syrienne puisqu’il me paraît normal qu’elles veuillent récupérer leur territoire. Les débuts de la colonisation me révulsent, mais je reste aveugle face au négationnisme d’une Golda Meir pour qui les Palestiniens n’existent pas.

Je vis la victoire électorale de Begin en 1977 comme une catastrophe, oubliant que c’est la « gauche sioniste » qui a expulsé les Palestiniens en 1948 et initié la colonisation. Pour moi, Begin est un fasciste. Mais j’accorde encore plein d’excuses à la pseudo « gauche sioniste ».

Un « outing » qui a tardé.

En 1982, Begin et Sharon lancent leurs troupes sur le Liban. Il s’agit d’écraser l’OLP et de soutenir les fascistes des Phalanges Libanaises. Juste avant les massacres de Sabra et Chatila, j’envoie à une revue culturelle juive nommée « Traces » un texte de colère intitulé « Que reste-t-il du judaïsme ? » que je qualifierais aujourd’hui de « naïf » voire d’aveugle. Je commence par renvoyer dos-à-dos Israéliens et Palestiniens à propos de la guerre de 48. Je pose la question : « comment les Juifs peuvent-ils se conduire comme cela après ce qu’ils ont subi ? » Grossière erreur : les soudards de Tsahal ressemblent plus à ceux qui ont commis le génocide qu’à ceux qui l’ont subi. C’est plus tard que je découvrirai que pas mal de sionistes ont collaboré pendant le génocide nazi.

Mais je souhaite déjà dans ce texte un judaïsme sans sionisme. Je me réclame d’un judaïsme minoritaire et universaliste et je fustige ceux qui (déjà) traitent de « Juifs de la honte » ceux qui critiquent Israël.

C’est l’époque où la colonisation s’accélère. Je soutiens sans réserve Yasser Arafat contre les « extrémistes » de son camp. À partir de 1989, j’écris tous les mois les « brèves internationales » dans la revue « L’École Émancipée » puis, à partir de 2004 dans la revue « Émancipation ». Beaucoup de ces brèves ou des articles plus longs abordent la question juive, l’antisémitisme et la guerre au Proche-Orient. Leur mise bout à bout montre, documents à l’appui, comment a fonctionné le rouleau compresseur colonial.

En 1993, je me réjouis de la signature des accords d’Oslo. En même temps, je fais un voyage familial en Israël/Palestine à l’été 1994 et de façon prémonitoire, je prédis l’échec du « processus ».

Je suis horrifié lors de l’assassinat de Rabin. C’est pourtant lui qui vient d’installer 60 000 nouveaux colons et qui a amené l’armée pour protéger les « fous de Dieu » d’Hébron.

Qu’est-ce qui m’a manqué dans toute cette période ? Je gardais l’idée qu’Israël avait été un « havre de paix » pour les Juifs persécutés. Je ne faisais pas encore la distinction entre les Juifs qui sont arrivés là parce qu’ils ne savaient pas où aller et le sionisme qui, 40 ans avant Auschwitz, a commencé à mettre en place les structures qui allaient expulser les Palestiniens de leur propre pays.

Je ne mettais pas en cause la « légitimité » de l’État d’Israël. Il m’apparaît aujourd’hui clairement qu’on peut le tourner de tous les côtés : la Nakba, l’expulsion préméditée des Palestiniens, l’interdiction qu’ils reviennent et la destruction de leurs villages sont illégitimes.

Il me manquait encore quelques éléments d’histoire : le fait qu’à l’évidence les Juifs d’aujourd’hui ne sont pas les descendants de ceux de l’Antiquité. Ils sont des descendants de convertis de différentes époques et de différentes régions et les descendants des Judéens d’autrefois sont les Palestiniens. Il n’y a pas eu d’exil et il n’y a pas de retour. Il me manquait la compréhension du colonialisme particulier qui a été à l’œuvre.

L’antisionisme

En 2002, c’est la deuxième Intifada. Sharon lance ses soudards sur Ramallah et Jénine. Je décide de faire une conférence intitulée « Les Juifs, le sionisme et Israël ». Je m’attends à une assistance confidentielle et la salle est trop petite. Je croyais dire des choses connues de tout le monde et j’observe la stupéfaction de l’auditoire. Dans mon discours, j’ai une intuition : « pour fabriquer l’Israélien nouveau, il a fallu détruire patiemment le « Juif », l’étranger, le cosmopolite, l’universaliste, l’exilé … » ce qu’on traduit aujourd’hui par « le sionisme est un crime contre les Palestiniens et un suicide pour les Juifs ».

Il me faudra encore un peu de temps pour adhérer à l’UJFP, c’est le J qui m’embête. Au début de mon adhésion, l’idée dominante est « pas de crimes en notre nom », une façon assez narcissique de dire : « nous on est des Juifs propres ». La découverte du Palestinien, de la Nakba, de l’occupation, de l’apartheid, de la cage de Gaza, ce sera plus tard.

Tout le monde n’était pas antisioniste dans le mouvement de solidarité. Je me souviens d’une conférence sur « antisionisme, antisémitisme » en 2006. Des amis avaient affirmé que ce que je disais sur le sionisme était juste, mais que c’était une question d’histoire, sans grand intérêt puisque l’État d’Israël existe.

C’est Michel Warschawski qui conteste cette idée dans la préface de mon livre « Israël/Palestine, du refus d’être complice à l’engagement ». Le sionisme est bien la question centrale. Ce qui est à l’œuvre explique l’écrasement de la Palestine et la destruction de sa société. Si on pense qu’il n’y a pas d’alternative au « vivre ensemble dans l’égalité des droits », on ne peut que refuser une théorie de la séparation et la mise en place d’une société où, selon ses origines ou son identité supposée, les uns ont tous les droits et les autres n’en ont aucun.

Pierre Stambul


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Re: Peut-il y avoir une paix juste avec le sionisme ?

Messagede bipbip » 09 Mar 2018, 02:57

« L'antisionisme, nouvelle forme d'antisémitisme ? »

Salon anticolonial - débat organisée par l'UJFP

Paris samedi 10 mars 2018
à 13h30, La Bellevilloise, 19-21 rue Boyer

Comment l'accusation d'antisémitisme sert à criminaliser l'antisionisme.

Intervenants : Maxime Benatouil et Pierre Stambul.

Après la projection du clip éponyme, Maxime Benatouil interviendra sur les offensives réactionnaires en Europe visant à normaliser juridiquement la criminalisation de l'antisionisme au nom de l'antisémitisme et Pierre Stambul interviendra sur le thème : Expliquer que la complémentarité sionisme /antisémitisme a toujours existé depuis Herzl. Sionistes et antisémites ont le même axiome : séparer les Juifs du reste de l'humanité.

https://paris.demosphere.eu/rv/59842
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Re: Peut-il y avoir une paix juste avec le sionisme ?

Messagede bipbip » 10 Avr 2018, 02:38

Amalgame entre antisionisme et antisémitisme, l’arme des sionistes

Si l’on en croit Emmanuel Macron, Manuel Valls ou encore Anne Hidalgo, toute critique d’Israël relèverait de l’antisémitisme. Cela ne masque-t-il pas un autre discours ?

Dominique Vidal : Sans ignorer Manuel Valls et Anne Hidalgo, qui font du zèle, ce qui me paraît le plus grave, c’est l’initiative prise le 16 juillet 2017 par le président de la République. Non content d’inviter – pour la première fois – le Premier ministre israélien, incarnation de l’ultranationalisme, à la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv et de lui donner du « cher Bibi », il a repris à son compte – pour la première fois aussi – l’amalgame de la propagande israélienne entre antisionisme et antisémitisme. C’est une faute politique, car on ne saurait transformer une opinion en délit. Les sionistes prétendent interdire l’antisionisme. Les communistes exigent-ils l’interdiction de l’anticommunisme, les gaullistes celle de l’antigaullisme ou les ultralibéraux celle de l’altermondialisme ?

Cette faute politique se double d’une erreur historique. Jusqu’en 1939, l’écrasante majorité des Juifs rejetait le projet sioniste. Et si, ensuite, le génocide nazi a poussé nombreux d’entre eux vers la Palestine, la majorité ne vit toujours pas en Israël. La majorité des Juifs du monde est-elle antisémite ?

Cette manœuvre est couse de fil blanc : il s’agit pour Benyamin Netanyahou de faire taire les critiques de sa politique. De fait, il n’a jamais été aussi isolé dans l’opinion mondiale.

Les États-Unis viennent de reconnaître Jérusalem « capitale d’Israël ». Est-ce un tournant dans la politique états-unienne ? Quelles peuvent en être les conséquences ?

Dominique Vidal : Non seulement cette décision viole les résolutions de l’ONU, mais elle tourne le dos aux positions affichées, de longue date, par leur diplomatie : contre la colonisation, pour deux États ayant chacun leur capitale à Jérusalem. Ce parjure sème le doute sur la parole des États-Unis et les disqualifie comme médiateurs.

Malgré l’isolement de Trump à l’ONU, cette provocation risque d’avoir de graves conséquences. Car elle encourage la radicalisation de la droite et de l’extrême droite au pouvoir à Tel-Aviv qui, tout en accélérant la colonisation, veulent désormais annexer le reste de la Palestine. La Knesset a adopté une loi en ce sens le 6 février dernier. Une autre permettra l’annexion des cinq blocs de colonies situés à l’est de Jérusalem, « bétonnant » l’hégémonie juive dans la ville et interdisant la naissance d’une capitale palestinienne. Sans parler de la nouvelle loi « verrouillant » Jérusalem. Même le Likoud, jusqu’ici plus prudent, exige l’annexion de la Cisjordanie.

Au-delà, le président américain pourrait porter un coup mortel à la solution des deux États, au profit d’un seul État où les Palestiniens n’auraient aucun droit – un apartheid à l’israélienne...

La politique française au Proche-Orient a-t-elle changé depuis l’accession à la présidence d’Emmanuel Macron ?

Dominique Vidal : Franchement, la politique proche-orientale du président de la République donne le tournis. Officiellement, il se prononce pour la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël avec Jérusalem-Est pour capitale. Mais il refuse de reconnaître cet État pourtant entré à l’ONU et à la Cour pénale internationale. En revanche, il semble être intervenu, fin 2017, en faveur de la libération de Salah Hamouri – il était temps !

Mais il n’y a pas que la situation en Palestine. La France d’Emmanuel Macron est absente du conflit syrien comme du chaos libyen. Elle se pose en libératrice du Premier ministre libanais, mais se tait devant les crimes perpétrés par l’Arabie saoudite et ses alliés au Yémen… À quand une grande initiative pour faire baisser la tension entre Ryad et Téhéran et empêcher qu’elle ne débouche sur une guerre régionale ?

Revenons sur la campagne menée par Boycott-Désinvestissement-sanction (BDS).

Dominique Vidal : Sous la pression d’Israël et de ses inconditionnels français, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient mis le doigt dans l’engrenage de la criminalisation. Mais sur des milliers d’action, seules quelques-unes avaient été jugées.

Car ce n’est pas si simple. Il n’existe pas de loi réprimant le boycott. Et le jugement de la Cour de cassation de 2015 pourrait être « retoqué » par la Cour européenne des droits de l’Homme. Federico Mogherini, la ministre européenne des Affaires étrangères, a précisé : « L’Union européenne se positionne fermement pour la protection de la liberté d’expression et de la liberté d’association, en cohérence avec sa Charte des droits fondamentaux, qui est applicable au territoire des États membres, y compris en ce qui concerne les actions BDS. »

C’est une question de liberté, mais aussi d’efficacité dans la solidarité. Car il y a le boycott militant, mais aussi institutionnel : quand le Fonds de pension pour l’avenir de Norvège, la Danske Bank, la société de sécurité G4S ou encore Veolia et Orange se retirent des Territoires occupés, voire d’Israël, on comprend l’inquiétude des dirigeants israéliens. En qualifiant BDS de « menace stratégique majeure », Netanyahou nous montre le chemin. La meilleure réponse à la radicalisation de Tel-Aviv et de Washington, c’est BDS !

Dominique Vidal


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Re: Peut-il y avoir une paix juste avec le sionisme ?

Messagede bipbip » 12 Avr 2018, 15:24

L'antisionisme est-il une nouvelle forme d'antisémitisme ?

Paris vendredi 13 avril 2018
à 20h15, Librairie Jonas, 14-16 rue de la Maison Blanche

Nous recevons à la librairie Dominique Vidal pour son ouvrage Antisionisme = antisémitisme (Editions Libertalia, Paris, 2018)

L'antisionisme est-il une nouvelle forme d'antisémitisme ?

C'est ce que le président de la République avait affirmé le 16 juillet dernier, en commémorant la rafle du Vel d'Hiv.

Dominique Vidal lui répond dans un petit livre très pédagogique. Pour lui, « cette vision constitue une erreur historique et une faute politique. »

Journaliste et historien, auteur de nombreux livres Dominique Vidal exprime ici son opinion, mais s'efforce surtout de donner les éléments d'information permettant à tout un chacun de se faire la sienne.

Depuis de longues années Dominique VIDAL nous fait l'amitié d'animer nombre des soirées organisées par les Violons à la librairie. C'est un véritable cadeau tant ses dons pédagogiques et son écoute enrichissent nos échanges

Dominique Vidal, journaliste, fut directeur adjoint au Monde Diplomatique, auteur de nombreux livres principalement à propos du Proche et du Moyen Orient

PAF adhérents 1€50 non adhérent 2€50

Conviviale sangria en fin de soirée

https://paris.demosphere.eu/rv/61344



Conférence-débat sur le thème

Antisémitisme et antisionisme

En solidarité avec la résistance héroïque du peuple palestinien

Paris dimanche 15 avril 2018
à 15h, Siège de la FTCR, 23 Rue du Maroc

Le peuple palestinien traverse, ces jours-ci, une étape cruciale de son héroïque histoire, à la suite de la décision des Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'entité sioniste et d'y transférer leur ambassade. Les Palestiniens ont réagi à cette agression par des luttes et des affrontements quotidiens avec l'armée sioniste, affrontements qui ont fait plusieurs morts et blessés en Palestine occupée (Jérusalem, Cisjordanie, Gaza). A Gaza, la manifestation pacifique et populaire (la Marche du Retour) du vendredi 30 mars à l'occasion de la Journée de la Terre a été violemment réprimée par la même armée d'occupation par des tirs à balles réelles qui ont fait plus 17 morts et autour de 1500 blessés. Et depuis le nombre de manifestants assassinés et blessés par la machine de la terreur sioniste ne cesse d'augmenter.

Pour soutenir le peuple palestinien dans sa lutte continue depuis plus de 70 ans et son actuel soulèvement, le Front Populaire (Tunisie)- Coordination France Nord organise une conférence-débat qui sera donnée par le militant anticolonialiste et antisioniste Pierre Stambul, le 15 avril 2018 à 15 heures, sur le thème

« Antisémitisme et antisionisme. Comment l'entité sioniste est devenu le laboratoire de I 'enfermement et de la régression »,

Avec la participation des associations palestiniennes.

« Comprendre l'injustice est la première condition pour la combattre ! »

Venez nombreux et prenez part au débat.

Vive l'héroïque lutte du peuple palestinien pour son émancipation !
Palestine vivra Palestine vaincra !

Front Populaire (Tunisie) Coordination France-Nord

https://paris.demosphere.eu/rv/61454
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